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Nous sommes quatorze ans après les évènements de Kingdom Hearts 2. En tant d’années, les choses ont considérablement changé. Les dangers d’hier sont des soucis bénins aujourd’hui, et au fil du temps, les héros ont surgi de là où on ne les attendait pas. Ce sont les membres de la lumière qui combattent jour après jour contre les ténèbres.

Ce n’est plus une quête solitaire qui ne concerne que certains élus. C’est une guerre de factions. Chaque groupe est terré dans son quartier général, se fait des ennemis comme des alliés. Vivre dehors est devenu trop dangereux. Être seul est suicidaire. A vous de choisir.

La guerre est imminente... chaque camp s'organise avec cette même certitude pour la bataille.

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-T’as vu le message ?

J’entre dans la maison et j’entends du bruit venant de l’étage, puis des pas. Odile apparaît en haut de l’escalier les bras chargés de vêtements.

-D’accord je suppose que t’es au courant.
-Tu t’occupes de rassembler tous les papiers et les trucs importants en bas ? Je me charge de nos vêtements et de nos trousses.

Sans attendre ma réponse, elle disparaît à nouveau dans la chambre. Je sens comme… une certaine satisfaction dans son attitude, comme si elle se réjouissait de ce nouveau changement. Evidemment, nous ne savons pas comment est la maison de Blake. Je crois que seul Rude s’y est rendu en personne. Mais c’était un commissaire nantis, nul doute que nous serons mieux logées là qu’ici.

Je me mets donc au travail, rangeant toutes nos notes et tous nos indices rassemblés sur les tables ou sur des tableaux im provisés dans des dossiers que je range dans une valise. Je n’oublie pas l’Himitsu-Bako évidemment.

Quelques minutes plus tard, j’ai fini, il ne faut pas traîner, si le Président dit que la sécurité des lieux est compromise. Pour accélérer le processus, je monte pour porter assistance à Odile. Je la regarde terminer de fermer sa valise puis jette un coup d’oeil vers la porte donnant vers la désormais ex-chambre du Président.

-Il faudrait peut-être que j’aille récupérer ses affaires…
-Quoi ?

Elle lève les yeux vers moi, ne semblant pas comprendre.

-Les affaires du Président, il ne les a pas reprises.

J’imagine bien qu’il n’a laissé aucune affaire d’importance, mais ce n’est pas une raison pour laisser des indices. Odile regarde tout autour d’elle et prend son temps pour répondre.

-Non, c’est bon, je m’en suis déjà chargée.

Elle me désigne un sac dans le coin. Je lui tourne le dos aussi vite. On ne peut pas dire que je suis vexée, évidemment, mais, oui, disons que…. Cela commence à faire beaucoup. Tout en descendant les escaliers, je serre les poings, et la laisse se démerder avec les sacs.

Quelques minutes plus tard, nous sommes dans un taxi que j’ai fait appeler sur le chemin du retour du parc. Je me suis dit qu’il serait préférable de ne pas se faire remarquer en train de déménager nos affaires en pleine nuit, d’un point A à un point B.

-Tu ne m’as pas dit comment ça s’était passé ?
-Quoi ?
-Bah, ton rendez-vous.

J’observe dans le rétroviseur central les yeux du chauffeur. Il est concentré sur sa conduite mais je ne vais pas prendre de risque pour autant.

-Ca a été, je pense qu’on… peut construire quelque chose ensemble.

Odile regarde à son tour vers l’homme au volant puis regarde à travers la vitre sur laquelle quelques gouttes commencent à tomber.

-Il m’a quand même demandé de l’aider pour quelque chose, mais bon, j’imagine qu’on a rien sans rien.
-Quelque chose de… compliqué ?
-Ouais.

Après la liste d’invités à trafiquer, maintenant cela. Je ne sais pas encore comment je vais pouvoir résoudre ces deux problèmes mais ils représentent tous les deux un risque pour notre couverture.

La voiture s’arrête, je regarde de mon côté de la rue. J’ai donné une adresse proche, la maison d’à côté en toute logique. Au bout de la rue j’aperçois un grand portail éclairé par un lampadaire. Je crois que c’est là.

-Nous y sommes.

Nous sortons de la voiture, ils nous donne des bagages, nous demande si nous voulons de l’aide pour les transporter à l’intérieur. Nous refusons et le payons puis attendons qu’il disparaisse dans l’angle de la rue. Ensuite nous rejoignons l’entrée où figure bien le numéro annoncé.

Nous restons là quelques secondes, sans savoir quoi faire.

-Il faudrait peut-être sonner.
-Et s’il n’y a personne ?
-Eh bien, nous les attendrons.

J’appuie sur le bouton.  Une sonnerie retentit. Il y a une petite caméra devant l’interphone. Nous attendons comme cela quelques instants dans la pluie naissante, finissant par croire qu’ils ne sont effectivement pas encore arrivés, et puis…. Le portail fait un bruit mécanique, et commence à s’ouvrir.

Nous marchons ensuite dans une allée donnant sur une grande villa moderne et manifestement confortable. Effectivement, cela ne ressemble pas à la maison d’un fonctionnaire, même important. Combien y a-t-il de pièces là-dedans ? Je croise le regard d’Odile qui semble plus enjouée que jamais. Puis en voyant que je l’observe, elle fait l’outrée.

-Quoi qu’est-ce qu’il y a ?
-Rien, il n’y a… rien.

Quand nous arrivons devant l’entrée, la porte est entre-ouverte.  Odile s’avance en première et penche la tête.

-Ohé, il y a quelqu’un ?


Dernière édition par Le Cygne le Mar 20 Avr 2021 - 23:33, édité 2 fois
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Appuie sur le truc pour ouvrir la grille, elles sont là.

C’est lequel ?

Euh… bah essaye les tous, on va bien trouver.

Rude appuie sur un bouton, ça éteint les caméras. Il les rallume en ré-appuyant sur le même bouton, puis il en essaye un autre, ça ouvre effectivement la grille. On les voit rentrer à l’intérieur de la cour, je me lève et je vais pour les accueillir.


Tu vas où ? Il me le demande genre, sans se retourner ou quoi. Il a le nez dans les écrans et il a pas prévu d’en bouger.

Je vais les accueillir, les faire visiter tout ça.

Tu sais ce qu’à dit le président.

Ouais, mais ça craint rien là. Je vais juste leur faire faire un tour du propriétaire !

Moi, je reste là et je surveille les caméras. Fais ce que tu veux, mais m’inclue pas dans tes idées à la con.

Je hausse les épaules avant de sortir de la toute petite pièce. J’arrive dans un couloir juste à côté d’une des entrées du salon du rez-de-chaussée. Je vais pour passer par une porte fenêtre pour les rejoindre dehors, mais j’entends la voix d’Odile derrière moi. Je me retourne et je les rejoints.

Hey ! Vous avez eu le message alors ! Comment ça va ?

Je m’approche d’Odile en essayant de créer un contact dans nos regards, tu sais. Quand c’est fait je lui souris, genre un peu mystérieux, mais pas ridicule.

Attends, laisse-moi t’aider, je vais te débarrasser.

Je lui prends ses affaires des mains, et je vois qu’un sac est réservé aux affaires du président. Sûrement ce qu’il avait laissé sur place. Je le prends, ainsi qu’un autre pour ne lui en laisser plus qu’un seul. Les escaliers sont juste à côté de nous, je les invite toutes les deux à me suivre dans les marches, histoire d’aller poser tout ça dans leurs chambres.

Vous allez voir, les chambres sont super cool ! C’est pas la qualité Turk non plus, mais franchement… comparé à votre ancienne baraque ça n’a rien à voir.

Je fais un clin d’oeil à Odile en terminant ma phrase. Genre léger, discret… le truc que normalement tu peux percevoir qu’avec ton inconscient et… inconsciemment te dire que le mec est cool. C’est du neuro-linguistique, j’avais lu ça dans un bouquin.

On monte les marches et on arrive dans un couloir assez large. Les lumières sont déjà allumées, le Président à pas dû les éteindre. Y’a cinq portes dans le couloir, deux sur le côté gauche, et trois sur le côté droit. Je m’arrête à côté de la première porte.


Là c’est la chambre du Président. Je crois qu’il est au téléphone, il viendra sûrement vous demander comment ça s’est passé après. Je crois. Bah non en fait, avec ce qu’il s’est passé ce soir, il voudra sûrement en apprendre plus du côté de Pavani. ‘fin bon.

Je tourne mon regard vers la porte en face de la sienne.

Là, je crois que c’est ta chambre Odile. Bah d’façon, j’vais vous la faire en courte. Là, c’est ta chambre, en face, celle du président, à côté de la sienne c’est la salle de bain, puis encore après, c’est la tienne Nina.

Je me tais deux secondes pour vérifier qu’il est encore au téléphone, ça a l’air d’être bon. Non parce que s’il sort maintenant, j’vais avoir des emmerdes moi.

Ça vous va ?

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Elle surveillait du coin de l’oeil la réaction de Nina. Avec toutes ses réactions disproportionnées dont elle les avait gratifiés jusqu’ici, elle se demandait si elle allait mal prendre le fait d’être quelque peu… mise à l’écart. Sans doute était-ce idiot de réfléchir ainsi. Sans doute était-ce exagéré de voir là autre chose qu’une coïncidence dans le fait que la chambre qui lui était réservée était celle se trouvant devant la chambre du Président. Elle secoua la tête comme pour se remettre les idées en place et non sans avoir jeté un coup d’oeil vers la porte de l’intéressé, elle ouvrit la porte qui était donc la sienne.

-C’est…. Waw…

Elle se retourna vers Reno qui resta dans l’encadrement de la porte C’était assez… impressionnant. Cela faisait très longtemps qu’elle n’avait plus eu droit à une chambre de standing. C’était une chambre très moderne, sans doute une chambre d’ami, dans laquelle il y avait assez grand lit, recouvert de draps blancs éclatants et semblant aussi frais qu’une rosée de printemps. Il y avait un bureau installé devant la baie vitrée, elle-même recouverte de stores automatisés, puis aussi de grands placards pour ranger plus d’affaires qu’elle n’en avait jamais possédées. Il y avait aussi une cheminée électrique qu’elle ne put s’empêcher de lancer.

C’était sans doute un peu ridicule pour un endroit comme Costa mais elle trouvait tout cela… très excitant. Reno se tenait toujours à l’entrée, semblant s’amuser de son enthousiasme. Sans arrière-pensée, elle l’interrogea.


Et toi, enfin, je veux dire, toi et Rude, vous êtes bien installés ?


Puis, sans doute trop agitée pour s’arrêter là, elle chercha du regard Nina, qui n’était manifestement plus dans le couloir. Elle s’approcha de la porte, obligeant Reno à se décaler.

-Nina ?

Elle était déjà rentrée dans sa chambre et avait fermé la porte. Tant pis, elle osa s’imposer, trop curieuse de voir la chambre dans laquelle son sans-coeur avait été logé. En entrant, elle fut immédiatement fixée d’un regard sans appel, elle n’était pas la bienvenue.

-Qu’est-ce qu’il y a ?
-Rien, je te l’ai dit.

Elle s’assit sur son lit. Il était à la fois… ferme et moelleux. Elle se laissa rebondir quelques instants dessus puis se laissa tomber en arrière. Sa chambre était assez semblable à la sienne, dans une autre couleur, et peut-être légèrement … plus petite.

-Ce sera quand même mieux de dormir ici que dans la petite maison.

Reno les avait suivies, mais semblait rester sur la réserve, il n’osait pas entrer.

-Sans vouloir te vexer bien sûr ! Je crois que c’était toi qui l’avais trouvée cette maison, non ?
-Ce sera surtout mieux de ne pas t’entendre ronfler.

Elle fronça les sourcils.

-Je ne ronfle pas.
-Bien sûr.

Reno retint difficilement un rire, pouffant presque dans son poing. Elle se redressa et le fusilla du regard puis se releva pour de bon pour aller voir la vue que sa soeur avait.

-Hey, mais il y a une piscine en fait !

Elle fut bientôt rejointe par les deux autres. Ils observèrent la grande étendue bleue et luminescentes qui éclairait le jardin et sa terrasse.

-Pour peu, on pourrait croire qu’on n’est pas là pour bosser. Vous imaginez si on était en vacances ici ?
-Sauf qu’on est justement là pour bosser, Odile, plus que jamais, il va falloir faire nos preuves, enfin, je veux dire, mes preuves. Toi, tu n’as rien à prouver. Vu que tu n’es là que provisoirement.

Sans savoir pourquoi, elle se sentit attaquée dans cette remarque. Elle eut l’envie de répliquer quelque chose qui ne lui plairait certainement pas mais se retint à temps. Evidemment qu’elle n’avait pas besoin de prouver quelque chose, elle se suffisait à elle-même, comme elle l’avait toujours fait jusque-là. De plus, apparemment cela marchait mieux que ses petites stratégies alambiquées de sans-coeur. Elle soupira lourdement, créant un halo de buée devant ses yeux sur la fenêtre.


-Arrête de faire la gueule Nina, ça donne des rides.
-Très drôle.
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Provisoirement… Enfin c’est cool, y’a de l’ambiance ! Que je fais en frappant dans mes mains.

Je les regarde toutes les deux. L’une semble amusée de sa petite pique, l’autre la fusille du regard. Faut peut-être… que j’intervienne. Mais pas en leur disant qu’avec Rude on était assigné au placard à balais. C’était… T’as compris.

Bon ! Est-ce qu’on redescendrait pas ? Vous avez p’tête faim. Le frigo est rempli ! Alors… les… précédents locataires ont pas fait les courses avant de « partir » donc y’a p’tête des trucs à jeter mais on s’en fout !

J’invite Odile à descendre, dans l’idée de fermer la marche. Puis une fois qu’elle finit de descendre les escaliers, je tapote sur l’épaule de Nina. Elle se retourne. J’me mets à chuchoter.


Va sérieusement falloir que t’arrêtes de faire la gueule à un moment, hein. C’est pas contre toi, mais ton numéro de meuf blasée ça va pas t’aider.

Je regarde en direction du rez-de-chaussée pour être sûr qu’on nous écoute pas.

J’ai parlé de toi avec Rude et… Bah tu sais comment il est.

J’me gratte l’arrière de la tête. Ça me gratte pas du tout en fait, c’est genre… rhétorique.

Puis j’ai entendu parler de tes sauts d’humeurs, de la bouche du Président. Je pense que ça va, il aime bien bosser avec toi. Mais va pas saboter tout ce que t’as fait pour te racheter une conduite. Faut que t’apprennes à te contrôler.

Je lui souris genre… « tu sais que je sais ». J’ai une chance sur deux d’y laisser des plumes, mais bon.

Il se passe quoi avec ta soeur ? Pourquoi vous vous tirez dans les pattes ? Me dis pas qu’elle a pris le dernier yahourt, je te croirais pas.

Nan parce que là, j’le raconte vite fait mais en vrai ? C’était une bataille de lionnes. D’façon c’était pas compliqué. T’en avais une qui possédait approximativement… une expression, hein. C’était de tirer la gueule. Mais t’inquiètes que dans ce rôle, c’était l’excellence même. Et en plus de ça, dès qu’Odile ouvrait la bouche elle arrivait, bim, pour lui planter un gros couteau dans le crâne.

Odile est cool. Tu pourrais pas… être un peu plus comme elle ? Genre, détendue ? Sympa ?

Fallait que je fasse gaffe à pas en faire un portrait trop flatteur non plus. Question de… discrétion !

Tiens exercice simple.

Je mets mon pouce sur la commissure de ses lèvres, et mon index pareil mais de l’autre côté. Puis ensuite je tire un peu vers le haut. Comme elle y met de la mauvaise volonté, forcément ça rend comme de la merde mais, j’ai de l’espoir.

Voilà. Essaie de mémoriser cette expression. Ça s’appelle un « sourire », s-o-u-r-r-i-r-e. C’est quelque chose que les gens gais font souvent. Ça permet d’exprimer… quelque chose de positif.

Je la regarde dans les yeux, elle me semble pas… ravie. Je crois ? Non mais en même temps cette meuf, elle est plus dure à lire qu’une fresque à Agrabah.

Je soupire.


Positif, ça veut dire que….
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Un peu plus comme elle, hein ?Nous sommes restés dans le couloir du premier. Je regarde le Turk appuyer sur mon visage sans la moindre retenue, essayant de forcer mes commissures à s’élever jusqu’à mes joues.

-Mais lâche-moi !

Il ne faudrait pas qu’il me pousse à bout. J’attrape ses poignets et les écarte de mon visage avec une certaine nervosité puis je masse mes joues tout en réfléchissant à ce qu’il vient de dire. Je ne peux pas nier qu’il y a une part de vérité dans ce qu’il dit, je sais avoir irrité le Président à plusieurs reprises. Je l’ai plus ou moins entendu le reconnaître lorsque nous étions aux Grands Hommes, et tout était plus simple alors. Je ne nie pas savoir qu’il y a des efforts à faire mais…

Je fixe l’extrémité du couloir, et parle assez bas. Je ne veux pas que qui que ce soit d’autre que mon interlocuteur m’entende.

-Ce serait peut-être plus facile si tout le monde cessait d’attendre de moi que je lui ressemble un peu plus.

N’est-ce pas ce qu’ils veulent tous, à la fin ? Une Nina Arad, efficace, capable d’exécuter les missions les plus infâmes avec la plus profonde indifférence, et l’instant d’après en train de sourire et de se réjouir de manger des sushis ?

-J’ai dit au Président que j’allais faire des efforts, me contrôler. Mais…

Je le fixe à présent dans les yeux.

-Je vais être claire, ce qui se passe entre ma soeur et moi, est au delà de ce que tu peux comprendre. Je ne peux pas devenir une autre personne avec elle pour tes beaux yeux ou parce que cela vous arrange.  

Je pose ma main sur un mur, comme pour en capter la fraicheur et m’apaiser, puis je soupire.

-En revanche, je peux effectivement, faire des efforts pour que notre cohabitation à tous se passe sous les meilleures auspices.

Y compris l’épargner au maximum. Enfin… j’imagine que tout dépendra de son attitude envers le Président. Je peux me contrôler, mais il y a forcément certaines limites, étant donné les enjeux que cela représente pour moi. Au pire, il ne me restera plus qu’à partir chasser.

Je prends la direction du rez-de-chaussée, rapidement suivie par Reno. Nous rejoignons Odile dans la cuisine, elle est manifestement en train de chercher de quoi manger dans le frigo à double-portes. Reno et moi nous venons nous asseoir sur des tabourets installés autour du grand ilot qui fait face à la cuisine.

-Bon, alors… il y a …  des pâtes, des conserves de tomates, de l’ail. Ah non, c’est vrai, c’est pas bon pour l’haleine.

Elle se prend le menton entre le pouce et l’index.

-Sinon, il y a des chips, des biscuits apéritifs et du saucisson, ça peut toujours dépanner.


Alors qu’ils réfléchissent à manger, je me demande l’heure qu’il est et sors mon gummiphone. Trois heures trente du matin. Que cette nuit a été longue. J’ai l’impression d’avoir plus vécu ce soir que sur une semaine entière du temps où nous étions encore au Vaisseau-Mère.

Odile sort alors des verres, une bouteille de vin au hasard dans le cellier et des plats pour déposer les choses à grignoter dedans. En attrapant un chips, elle se retient de le mettre en bouche et fais un geste vers l’étage en s’adressant au turk.

-Au fait, c’est quoi cet appel ? Tu penses qu’il en a encore pour longtemps ?


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En fait.

Je pense que je vais revoir mon jugement. Y’en a une, parfaite. Et l’autre qui est une éternelle casse couilles. Nan, ok… Peut-être que je suis un peu dur, mais… En deux semaines… trois ? Rah j’en sais rien ça m’énerve. Bref, Costa l’a changée. Avant, ça va, elle avait quand même un peu de recul. Maintenant, bah, comme je l’ai dit, elle passe son temps à tirer la gueule, à être chiante et…

Je regarde Odile. Au moment où elle termine sa phrase, on entend légèrement le bruit de l’eau qui coule. Le Président doit prendre une douche. Je m’apprête quand même à lui répondre en me redressant sur la chaise, peut-être en bombant le torse aussi un peu.

Pourquoi ? T’es pressée qu’il descende ? J’le dis genre avec un sourire un peu moqueur, un peu taquin ça les filles elles aiment bien.

Bon, p’tête pas elle. Je.. vais reprendre plus soft, hein.


Bah… tu sais. Nous les Turks, on va avoir pas mal de boulot je pense. Ce qui s’est passé à l’Estrella c’est pas rien. Il devait être en train de gérer des trucs pour l’hôtel. Enfin… Je dis ça, mais quand j’ai proposé au président d’aller directement attaquer Pavani, histoire qu’on règle ça une bonne fois pour toutes, il m’a remballé.

Je prends une mine boudeuse voir si Odile réagit mais, non. Son regard est resté quelques secondes fixé vers les marches. Enfin les marches ou autre chose, tout ce que j’ai vu c’est qu’elle m’a calculé de rien du tout. J’aurais pu jeter un coup d’oeil vers Nina, histoire d’essayer de comprendre deux trois trucs mais… puisqu’elle avait décidé d’être une connasse, j’allais lui accorder le moins d’attention possible.

J’me demandais quand même si c’était la bonne idée, son truc. On avait littéralement un couple de soeurs, qui… Bon, je crois que je commençais à cerner un peu le problème. A mon avis, elles étaient en concurrence permanente, genre le truc qui dure depuis l’école ou j’sais pas. Et Odile, la plus canon des deux, c’était pas étonnant qu’elle soit admirée et tout quoi. Du coup, pour moi, Nina elle est su-per jalouse de sa soeur. Ça se comprend, mais ça la rend vraiment détestable quand elle s’y met.

J’me coupe quelques tranches de saucisson, en fait une bonne vingtaine mais j’en laisse la moitié de côté pour Rude. J’me sers un verre de rouge aussi, pas trop pour pas me faire engueuler mais ouais. Vu que Veld est pas là, j’dirais qu’on est plutôt libres. Je récupère un bol dans un des placards et j’y verse quelques chips, toujours pour Rude.


J’vais les apporter à Rude, que j’dis en terminant ma bouchée. Le pauvre à encore rien mangé ce soir.

Je me lève avec tout de fourré dans le bol, j’range pas ma chaise et j’commence à traverser le salon. Arrivé près des canapés, j’entends une porte s’ouvrir là-haut, ça doit être la salle de bain. J’continue l’air de rien, et puis j’entends les marches qui craquent. C’est l’patron qui descend. Là j’suis partagé. Faudrait que je me grouille de rejoindre Rude, mais si je me mets à détaler, j’vais passer pour un naze et…

Le boulot d’abord.

Je presse le pas pour rejoindre le couloir. J’atteins la porte du truc à caméras avant qu’il n’ait pu me voir normalement. Je souffle. Si je veux y retourner, va falloir que j’attende un peu. C’est pas si grave, comme ça je me fais un peu désirer.

La porte pas tout à fait fermée, je l’entend les saluer. A mon avis, il a directement rejoint la terrasse pour fumer un cigare. Il l’aurait pas fait dans sa chambre, et si ça fait aussi longtemps qu’il était au téléphone, a mon avis, il doit bien avoir envie d’en griller une petite.

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Après le départ de Reno, nous nous retrouvons quelques instants seules, dans la cuisine. Odile semble fuir mon regard, espérer qu’il va revenir rapidement, chercher n’importe quelle chose d’intérêt pour ne pas avoir à m’affronter, tandis que je la fixe. Mais rapidement, nous entendons le bois de l’escalier grincer puis des pas évoluer dedans. Je la regarde toujours, une lueur a traversé son regard. Une lueur, dans les yeux d’un simili, hein.

Elle se lave rapidement les mains à l’évier de la cuisine, tandis que je me retourne vers le bas de l’escalier pour le voir arriver. Il nous salue, ce à quoi nous répondons pratiquement en coeur, Odile avec enthousiasme et moi avec un peu plus de sobriété. Là encore, il semble que le temps ait joué un tour de passe-passe, j’ai l’impression que nous nous sommes vus il y a trois jours, alors que c’était ce matin.

Mais il ne nous rejoint pas, il traverse la grande pièce à vivre, manifestement préoccupé, le gummiphone serré entre ses doigts, et se dirige vers la baie vitrée où il ouvre une porte fenêtre pour rejoindre la terrasse. Je remarque alors qu’il tient un cigare dans son autre main et comprend qu’il va fumer dehors.

Odile et moi, nous nous regardons quelques instants, sans savoir quoi faire.

-Peut-être qu’il préférerait être tranquille ?
-Hm…. On a qu’à lui apporter un verre de vin. Ça le détendra.
-A deux ?
-Bah, je peux y aller toute seule si tu préfères.

Elle affiche un sourire radieux, je fais brièvement un sourire sarcastique. Oui vraiment, très amusant. Hors de question que je lui laisse ce genre d’occasion si je peux l’éviter.

[color=#aaaaaa]-Ok, allons-y.

Lentement, nous nous approchons toutes les deux de la terrasse, passons la porte et nous retrouvons dehors. Il y a toujours cette petite pluie légère qui tombe et clapote sur la piscine, mais la terrasse est protégée par une pergola. La nuit est douce, une très légère brise caresse nos joues. Le terrain est grand, dans la nuit, on aperçoit même pas les murs qui délimitent la propriété, et on entend pas non plus les bruits avoisinants, si ce n’est un aboiement de chien, de temps à autre. Le Président n’a pas allumé la lumière de la terrasse, aussi, les principales sources de lumière sont la piscine, à quelques mètres de là, les lampes du salon, juste derrière en contre-jour et l’extrémité de son cigare embrasé.

Quelques secondes passent sans que personne ne lève la voix. J’imagine que le Président est encore sous le coup de sa précédente discussion qui, il semblerait, a duré assez longtemps. Mais… j’ai promis d’être sage n’est-ce pas ? Cela commence en général par d’aimables manières.

-Nous sommes désolées pour l’Estrella, Monsieur.
-Je vous ai apporté un verre de vin, je ne sais pas si vous aimez, euh… c’est du rouge.

Brillante description, Odile. Elle dépose le verre sur la table de la terrasse.

Il faudra aussi que je pense à lui parler cette histoire de Little Bro. Avec tout ce qui vient de se passer, j’avais presque oublié.

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Je vous remercie, dis-je en essayant de leur offrir un sourire aussi sincère que possible. Nul doute qu’il ne fut pas aussi convaincant que je l’aurais souhaité. Si j’avais pris la nouvelle de l’attaque avec beaucoup de recul, je commençais a ressentir le contrecoup. Ce n’était ni de la tristesse, ni de la colère, peut-être de l’impuissance. Nous ne pouvions répondre directement, il allait falloir nous montrer patients.

Je me retournais pour leur faire face avant de me saisir du verre de vin. Je le portais jusqu’à mon regard et le fit tourner lentement pour en admirer la robe. Elle n’était pas rouge, elle tendait plutôt vers des tons bruns. Je le portais ensuite à mon nez pour en capter tout ses arômes. J’eus une idée, elle aurait peut-être le mérite de me changer les idées.

Excusez-moi, je reviens tout de suite.

Je posais mon cigare dans le cendrier, sur la table, puis je me levai en prenant le soin de défaire tout les plis de mon sweat blanc. Je passais la porte menant au salon et me dirigeais vers la cuisine. Je rebouchais la bouteille sans ne jeter un regard à l’étiquette, une erreur assez commune qu’elles avaient faite, et je la pris dans la main, ainsi que deux verres rangés dans un placard.

Je ressortis et posais un verre devant chacune d’elles avant de le remplir, normalement au tiers, mais cette fois-ci au même volume qu’était le mien. Je me rassis finalement, et écrasais mon cigare afin que leur perception ne soit pas dérangée par les effluves de tabac.

Savez-vous comment goûter un bon vin ?

L’attente que suscitait toute cette cérémonie ne faisait que renforcer mon plaisir. Du peu que j’en avais vu, nous avions à faire à un très bon vin, sûrement acheté par les pots-de-vin de Pavani. Reporter sa mise en bouche n’était pourtant pas frustrant, toute cette attente, cette patience faisait partie du rituel.

Tout d’abord, vous prenez le verre par son pied et vous le portez à la lumière.


Je leur donnais l'exemple, saisissant le verre et l’amenant devant les lumières qui provenaient de l’intérieur.

On peut observer que sa robe est certes, rouge, mais dispose de quelques reflets bruns. C’est le premier indice quant à son âge. Nous sommes donc devant un vin assez âgé. Normalement, il nous faudrait le sentir avant de le faire tourner, mais nous pouvons passer cette étape.

Je me mets à faire de légers mouvements de poignets, le verre à la main.

Faites comme ceci, de petits mouvements, très légers. Le but n’est évidemment pas d’en reverser.

Je m’arrête et le liquide continue de tourner.

Faire ceci permet au vin de s’oxygéner et de nous délivrer tout ses arômes. Surtout les plus complexes.

Il allait falloir le sentir, puis le goûter maintenant. Je cessais de les guider pour les voir se débrouiller. Peut-être une façon pour moi de vérifier qu’elles ne jouaient pas les ignorantes pour ne pas me froisser ? Non, c’était juste la curiosité de voir des novices se débrouiller.

Dites-moi ce que vous sentez.

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Sans doute avait-il besoin de penser à autre chose, et c’était bien compréhensible, non ? Il disparut quelques instants et revint avec deux verres supplémentaires qu’il tendit au sans-coeur et au simili.

Elle l’écouta parler, expliquer le processus de dégustation, ou plutôt ce qui se passe avant, suivant chacun de ses mouvements à la lettre, la façon dont ses doigts évoluaient sur son verre cristallin. Ses gestes étaient sûrs, habiles et expérimentés, elle manqua de déglutir. Oui, c’était cela, il y avait beaucoup de grâce en cet homme. Une grâce sobre et élégante, sans féminité bien sûr mais avec ce qu’il fallait se sensibilité.

Elle resta interdite quelques instants, le verre maintenu contre son ventre puis se rendit compte qu’il les regardait, attendant sans doute qu’elles passent à l’action. Elle jeta un oeil à Nina dont le verre avait manifestement déjà tourné au vu des traces rouges et ondulées qui le maculaient. Elle fit pareil, elle avait déjà vu cela à la télévision, dans des films, ou chez des gens expérimentés mais elle n’avait jamais compris l’intérêt sinon pour feindre de l’intelligence et la distinction. Elle se sentait pourtant disposée à essayer en écoutant les arguments qu’il leur avait avancés.

Elle porta ensuite son nez à l’intérieur du cercle et inspira profondément.

Elle avait déjà goûté du vin, évidemment, mais pour elle, ils se ressemblaient un peu tous, elle l’avait fait surtout par conformité. Elle était douée pour cela, faire comme les autres et avoir l’air humaine, normale.

Elle plissa les yeux, leva les yeux vers leur professeur émérite, et semblant presque désolée d’avoir à dire sans doute une grosse bêtise, elle essaya.

-C’est plutôt… sucré…non ?

Le Président souriait, en croisant son regard, elle dut se retenir de rire, tant elle se sentait ridicule ainsi mise à l’épreuve. Mais c’était plutôt… amusant en fait. Elle y porta ses lèvres et laissa entrer une petite gorgée, juste assez pour pouvoir bien goûter, mais pas trop pour ne pas noyer sa bouche. Sa salive s’y mêla, provoquant une réaction onctueuse et douce.

-Oui, c’est ça, c’est doux, ça ne ne râpe pas le palais. Et je… peux peut-être me tromper mais, n’y aurait-il pas comme une odeur de miel ?
-Et cannelle, oui.

Elle porta son regard vers sa soeur, qui semblait plus l’observer que véritablement se concentrer.

-Qu’en penses-tu ?
-Je te laisse chercher, j’ai un peu plus d’expérience en la matière.
-Ah, je ne savais pas.

Nina jeta un regard furtif vers le Président, comme pour lui indiquer que certaines choses ne devaient pas être prononcées. C’était par rapport à Agrabah, sans doute. Nul doute qu’elle n’avait pas appris ce genre de choses dans son bordel à Whitechapel.

-Je crois que… j’aime bien.

Au point d’avoir envie d’y regoûter. Elle se focalisa à nouveau sur son verre, en reprit une gorgée et réessaya. Oui, elle pouvait sentir la cannelle. Inconsciemment, elle fit en pas en avant vers leur orateur et arbora un sourire gêné.

-Alors, ai-je réussi le test ?

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Plutôt bien, je dois l’avouer, lui souris-je avant de refaire tournoyer le liquide rougeâtre à l’intérieur de mon verre. Je pris une gorgée à mon tour et, délicatement le mélangeais à l’intérieur de ma bouche. Je reconnaissais les parfums de miel et de cannelle, à ceux-ci s’ajoutait en note de fond un très léger parfum fruité, probablement de petits fruits noirs, présents mais discrets. Je ne l’évoquais nullement pour ne pas venir casser leur contentement.

Je reposais mon verre sur la table, plongeant mon regard dans celui d’Odile. Il y avait quelque chose de captivant à l’intérieur. C’était un mélange de tant de choses qu’il était impossible d’en discerner une en particulier. Ne restait qu’une étrange sensation de fascination, de celles qui rendaient difficile le fait de s’en décrocher. L’une de ses mèches se rebellait contre le reste de sa coiffure, une note anarchique sur un tableau pourtant peint avec soin.


Excusez-moi, cela me perturbe.

Je remis la mèche rebelle derrière son oreille, puis m’assis. Je repris mon cigare que je rallumais avant d’en prendre une bouffée et de la souffler au dessus de nos têtes. Cette petite distraction presque terminée, je cherchais de quoi nous éloigner encore un peu du sujet principal, de la raison de notre présence ici, et de mes questions au sujet de leur soirée chez Pavani.

Comme je le répétais depuis quelques temps déjà, je ne connaissais rien de mes deux collaboratrices. Odile me semblant ouverte à la discussion comme à son habitude, de même qu’Arad ne semblait pas être sujette à l’un de ses sauts d’humeurs habituels, je décidais de poursuivre.


Ça a ce petit quelque chose d’énervant que de se dire que ces murs ont été payés en partie par Pavani.

Je repris mon verre et en pris une nouvelle gorgée.

Ce qui me fait penser à une chose. Je tournais le regard vers Arad-employée. Vous habitez sur le vaisseau-mère, je le sais bien, mais vous… C’est à présent vers Odile que je regardais. Où habitez-vous ? Êtes-vous toujours aux Histoires de Grimm ? Comment est la vie là-bas ? J’imagine ce pays assez rural, je me trompe ?

A vrai dire, j’attendais une réponse de chacune. Si c’était vraiment de là qu’elles venaient, elles me semblaient parfaitement s’être adaptées au monde extérieur. Peut-être même plus dans le cas de Nina Arad, d’ailleurs.

Avez-vous déjà rencontré des contes ?

Un exercice difficile qui était celui que d’exprimer son intérêt pour quelqu’un. Mes questions semblaient peut-être maladroite ou dénuées de sens mais ce n’était pas le cas. J’essayais juste d’en apprendre plus. Je n’avais pas eu ce problème avec Reno, ou Freyra par exemple. Leur vie avait toujours été et serait toujours la Shinra.

Mon gummiphone vibra comme je commençais à en avoir l’habitude. Je le pris pour voir un message de Scarlett me demandant des nouvelles de l’Estrella. Je soupirais. Même lorsque j’essayais de me distraire, il y avait toujours quelque chose qui venait me rappeler à mes devoirs, à mes obligations, ou même aux problèmes qu’ils engendraient. Je l’éteignis avant de le poser sur la table, relevant la tête et souriant à mes deux … pourrait-on seulement parler d’invitées ?



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Tu as promis de te contrôler, de faire des efforts pour y parvenir. Devant le Président, et puis, il y a moins d’une demi-heure à Reno.

Je serre les poings, enfonçant mes ongles, comme des aiguilles dans le coeur de mes mains. De toutes mes forces, je lutte pour ne pas le laisser paraître dans mes expressions ou dans ma posture. Mes ténèbres brûlent, s’agitent, tournent en moi. Il me l’a bien fait comprendre, je ne peux pas continuer à réagir ainsi. Et c’est bien plus que l’issue de cette quête à Costa qui en dépend.

Il serait idiot de le nier à présent. Il se passe quelque chose entre le simili et le Président. Que puis-je faire sinon… faire avec ? Pas l’accepter non, autant m’avouer vaincue tout de suite et prendre un vaisseau, disparaître au fin fond de la galaxie, où je me consacrerai à me nourrir exclusivement. Finis les plans complètement invraisemblables et irréalisables, je me nourrirai jusqu’à trouver âme plus forte que moi, armée d’une keyblade sans doute, et ce qui restera de moi retournera à Kingdom Hearts, là où est ma place.

Je détourne les yeux pour m’éviter ce spectacle. Odile est manifestement troublée, mais c’était le but, n’est-ce pas, Monsieur ?

Après tout, il a bien fini par succomber aux charmes de sa secrétaire, qui l’attend bien sagement au Vaisseau-Mère. Autant que je sache, ça ne veut rien dire. En tout cas c’est ce que suggère ce qui est en train de se passer ici sous mes yeux. Je m’arrêterai le jour où j’entendrai son coeur sur le point de cesser de battre pour une autre, et pas avant. Peut-être là, me risquerai-je à tenter m’en emparer pour que personne d’autre ne l’ait. Rien n’est joué, à ce stade.

La suite de la discussion va peut-être me permettre de penser à autre chose, même si c’est l’occasion pour lui d’en savoir plus sur elle.

-Je… n’habite plus à Grimm, en vérité. J’aime beaucoup voyager. Je me trouve des petits boulots par-ci, par-là.

Elle croise ses bras dans le dos, comme légèrement gêné.

-Récemment j’ai vécu quelques temps à Port Royal. Je crois savoir que vous avez quelques soucis avec eux, n’est-ce pas ? C’est d’ailleurs là que je me trouvais quand le Battle Royale a commencé.

Elle prend un air plus sérieux, presque sombre. Je me rappelle ce qu’elle m’a dit sur la façon dont elle a été éliminée, dès le premier jour, enlevée avant minuit pour qu’ils soient sûrs d’avoir l’élimination. Une monstruosité digne de pirates.

-Quant à Grimm… Effectivement, c’est un très bel endroit, assez calme en apparence, mais quand on sait tout ce qui s’y passe. L’histoire de Barbe bleue, au hasard… On réfléchit un peu plus avant de le qualifier d’endroit paisible et sans danger.

Le Président tourne la tête vers moi pour savoir ce que j’en pense. Légèrement prise au dépourvu, je réfléchis. Je connais surtout ce que j’ai laissée Odile me raconter et je suis assez frileuse en la matière. Ce passé qui ne m’appartient pas vraiment ne m’intéresse pas. J’entre-ouvre la bouche et hésite, puis me lance.

-J’ai assez peu de souvenirs de ma jeunesse, là-bas.

Je me tourne vers Odile pour qu’elle vienne à mon secours.

-Je vous avais parlé de notre père un soir, il était mage. Je l’aimais beaucoup mais… sa relation avec Nina était beaucoup plus compliquée, presque explosive, il aimait les ténèbres lui aussi. Je crois que ça a du créer une forme d’amnésie chez elle.
-Je ne pense pas que ces vieilles histoires intéressent vraiment le Président.

Je lui jette un regard réprobateur. Elle mêle ses propres souvenirs à la fiction. Je sais que par exemple Rothbart avait volontairement exposé sa fille Odile aux ténèbres pour la forcer à devenir plus puissante. Je ne veux pas qu’elle s’engage dans cette voie là, je ne veux pas qu’il s’approche trop de la vérité. Elle décide donc de se concentrer sur la deuxième question, mais je ne suis pas au bout de mes peines. Elle semble presque s’amuser à me contrarier. Elle a évidemment beaucoup moins à perdre que moi là-dedans. Les Similis ne sont pas autant haïs que les sans-coeurs dans la conscience collective. Pour autant, je doute qu'elle veuille révéler sa véritable nature.

-Mais donc, oui, nous avons rencontré… La princesse aux petits pois, une fois, une fille vraiment difficile. Un jour je suis pratiquement certaine d’avoir aperçu le grand méchant loup dans la forêt, non loin de là où nous vivions. Et puis…

Elle trempe à nouveau ses lèvres dans son verre et se met à marcher calmement, s’arrêtant au bord de la piscine et nous tournant le dos.

-Seriez-vous surpris si je vous disais que nous étions nous aussi dans un conte ?

Elle se tourne vers le Président puis vers moi. N’était-ce pas évident que je n’approuverais pas cette révélation ? Et s’il veut en savoir plus ? Forcément qu’il voudra.

-Nous n’en étions pas des héroïnes évidemment, juste de… seconds couteaux.
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Intéressant. Cela explique plusieurs choses, comme… leur affiliation à la magie. Il était connu que les contes étaient empreints d’une certaine magie. Leur ensemble était plutôt hétéroclite, cependant. L’une… utilisait les ténèbres, tandis que l’autre m’avait avoué être capable de déverrouiller des … portes ? Etait-ce là les limites de ses capacités ?

J’avouais que cette révélation quant aux contes ne m’arrangeait pas. Du moins jusqu’à ce qu’elle se corrige et ne me dise qu’elles n’en étaient pas les personnages principaux. Cela leur garantissait un certain anonymat, une force dont elles avaient joui jusqu’à maintenant. Pavani n’avait pas l’air d’être le genre d’homme à s’intéresser aux contes, mais qu’en était-il des autres ?

J’avais regardé Odile s’éloigner de nous et rejoindre le bord de la piscine. J’avais d’abord regardé ses épaules, fines et bien dessinées, puis mon regard avait été attiré par cette portion de peau, blanche, qu’une ouverture dans sa robe noire laissait entrevoir. L’on distinguait avec aisance le creux de ses épaules, la ligne quasi parfaite dessinée le long de son dos. L’ouverture continuait jusqu’au milieu de ses hanches. Le reste n’était que suggestion, bien que sa robe ne laisse que peu de place à l’imagination, et ce jusqu’au haut de ses cuisses où continuaient ses jambes, fines, mais délicates.

Reprenant le contrôle de mon regard pour la deuxième fois ce soir, une idée parcourut mon esprit. Et si ce conte dont elles faisaient partie était responsable de cette fascination ? Ce n’était bien évidemment qu’une hypothèse qui ne se vérifierait, ou non, qu’au termes de recherches. Je décidais de poser une simple question. Je me retournais vers celle des deux soeurs qui était la plus proche de moi.


Vous, vous n’avez plus rien à prouver. Vos états de service parlent d’eux-même, qu’il s’agisse de cette histoire de Bloodfists, de l’affaire Pavani, ou même encore, ma rancoeur mise de côté, de la façon dont vous avez su mettre le vaisseau-mère en déroute. Vous auriez raison de me trouver dur par moments car je le suis, même si notre petite discussion aux Grands Hommes m’a permis d’y voir plus clair.

Je me retournais maintenant vers Odile, toujours debout au bord de la piscine. Maintenant tournée vers moi, je soutins son regard, peut-être avec une pointe de défi dans le mien.

Mais vous. J’aimerais en savoir davantage. Si j’aimerais apprendre à mieux vous connaître ? Oui, évidemment. Montrez-moi ce dont vous êtes capable.

L’atmosphère détendue l’aiderait peut-être à me montrer certaines choses ? Ce n’était pas mon idée initiale, mais il aurait été idiot de ne pas en profiter.

Lorsque viendra la soirée d’ouverture de l’Asmodée, il n’est pas impossible que les choses tournent mal. Je veux m’assurer que vous puissiez vous débrouiller.

J'offris mon plus beau sourire à l'Arad juste à côté de moi et me reprochais d'elle jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que quelques centimètres qui nous séparent.

Imaginons. Je viens d’être repéré. Après l’explosion de l’Estrella, la nouvelle de ma présence au sein de l’établissement de Pavani le pousse à se méfier et à prendre quelques précautions. Vous êtes là, non loin, à le servir. Il fait signe à ses hommes de prendre votre soeur en otage, et elle se retrouve comme ceci.

D’un geste rapide, j'attrape Arad par le poignet et l’attire vers moi de façon a ce que nous faisions face à la même direction. J’attrape son autre bras pour la bloquer contre mon corps, l’empêchant de se débattre puis, je sors une arme imaginaire de ma ceinture et la pose sur sa tempe. Je reprends mes explications, inclinant légèrement la tête en avant pour me mettre à sa hauteur.

En quelques secondes, votre soeur est devenue otage, et… d’après le portrait que vous m’en avez dépeint, je doute que la vie d’une « simple serveuse » lui importe énormément. Montrez-moi comment vous faites.

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Je sens un éclair jaune traverser mes yeux tandis que mon bras et mon corps sont pratiquement collés contre lui. Son coeur bat contre ma peau, je peux le sentir vibrer à travers nos couches de vêtements. Ce qu’il est certainement en train de prendre pour un jeu destiné à endurer Odile est en train d’éroder en vérité ma résistance aux ténèbres qui me supplient de les laisser sortir. Heureusement qu’il n’a pas pu voir cette lueur dans mon regard.

J’avoue ne pas avoir compris tout de suite son petit jeu et pourquoi il s’est approché de moi de cette façon, mais maintenant c’est certain, Odile l’intéresse jusqu’à ses pouvoirs, qu’elle utilise assez peu ici, tout comme moi, si l’on y réfléchit bien.

Je croise les yeux du simili, elle semble perturbée, elle sourit à moitié, hésitante. Elle plaisante pour dédramatiser.

-C’est un genre d’entretien d’embauche ? Je vous préviens, je ne suis pas sûre d’être faite pour votre entreprise.

Allez Odile, toi et moi on sait que tu maîtrises bien mieux ta magie et la manipulation de l’environnement que moi. Pas que ce contact me soit désagréable, il vaudrait mieux pour tout le monde qu’il ne s’éternise pas, ou j’en deviendrai folle. Je marque mon approbation en baissant le menton, elle hoche la tête, puis semble se concentrer, se tenant toujours au bord de la piscine.

Je sens alors la main du Président trembler à proximité de ma tête, et c’est bientôt tout son corps que je sens se débattre. Mais il tient bon, ou du moins les premières secondes, il continue de maintenir son emprise sur moi. Mais d’où tient-il toutes ces aptitudes à la fin ? Odile semble à présent presque ailleurs, presque comme si elle n’était plus elle-même.

-Attention à votre tête. Derrière.

Le Président tourne la tête, me faisant légèrement tourner par la même occasion. Agilement et vivement, il évite de justesse une chaise en nous faisant nous mettre pratiquement accroupis.  Elle aurait pu tout aussi bien lui fracasser la tête. Voilà qui était quelque peu risqué. Nous nous relevons tous les deux. Je sens l’emprise du Président se défaire sur mon bras, légèrement marqué par ses doigts fermes.

-Hem, je…

Je m’écarte de lui, remettant mes cheveux en bataille en place, plutôt soulagée à vrai dire, même si cela a failli mal tourner, je crois ?

Je fixe alors mon simili, elle revient à elle et affiche un sourire égal à celui qu’elle montrait un peu plus tôt, comme si… tout était parfaitement normal.

-Alors ? Comment était-ce ? J’ai songé à me servir de l’eau de la piscine, mais je me suis dit que ce ne serait pas très confortable pour après si vous aviez été trempés tous deux.

Sans se servir de l’eau de la piscine, elle fait alors apparaître dans ses mains de petites bulles d’eau, grossissant progressivement. Puis elles furent rapidement balayées par une bourrasque minuscule qu’elle fit apparaître avec son autre main, la lançant ensuite rapidement dans notre direction, d’abord sur mon visage, simulant un brumisateur, puis autour du Président.
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Une psychomancienne, doublée d’une mage ? Si les mages pullulaient, ceux utilisant le psychisme se faisaient plus rares. Une information elle aussi intéressante. Il restait à trancher sur la question suivante. Quelle avait été la meilleure chose qu’Arad ait faite ? Ses actions pour la compagnie, ou bien nous avoir présenté sa soeur, intriguante sur tout les points ?

C’était très bien, en plus d’être rassurant. Moi qui craignait qu’il puisse vous arriver quelque chose, c’est peut-être moi finalement qui devrait me méfier de vous, lui répondis-je sur un ton amusé, alors que les gouttelettes venaient s’échouer sur mon visage.

Je me rassis sur l’une des autres chaises restées en place, et récupérais mon cigare dont je pris la dernière bouffée avant de l’éteindre. Remarque pertinente, il aurait été utile aussi de faire l’exercice inverse pour voir ce qu’Arad savait faire sans avoir recours aux ténèbres.

Un détail ne m’avait évidemment pas échappé. Je tournais le regard vers elle avant de la féliciter sur le choix de son parfum. Une façon pour moi de peut-être déceler quelque chose dans son regard, ou dans sa gestuelle.

Les Histoires de Grimm devaient avoir énormément de choses à nous révéler. Peut-être était-ce un monde sur lequel je devais me pencher. Si elles n’étaient effectivement que des « second couteaux » comme Odile s’était plue à le dire tout à l’heure, que pouvait-il en être des héros de tout ces contes ?

Dans tout les cas, j’avais eu beau essayer… Mes pensées se tournaient toujours vers la même personne et le même événement. Je soupirais longuement.


Puisque je n’aurais l’esprit tranquille que lorsque je vous aurais posé la question… Ma voix se faisait plus monocorde. Comment s’est passée votre soirée ? J’imagine que Pavani arborait une mine satisfaite ?

A cet instant, je sentais mon poing se contracter très légèrement. Ce n’est que quand je le remarquais que je le desserrais, tenant de ne rien laisser paraître. Je l’imaginais dans son penthouse, jubiler devant les informations. Les caméras braquées sur la façade de l’hôtel noire de suie…

Je m’imaginais devant lui en train de le confronter. Lui proposer ce marché que j’avais en tête depuis peut-être une semaine maintenant. Je finis mon verre et le remplis de nouveau. S’il était devant moi à l’heure actuelle, il me serait sans doute difficile de résister à la tentation de l’abattre comme le chien qu’il était réellement.

Les deux fois où il s’en est pris à moi, ce sont des innocents qui en ont payé le prix. Pour… le simple plaisir de me mettre dans les bâtons dans les roues, qu’il s’agisse la compagnie ou de moi personnellement cela représente la même chose, il sacrifie ces gens qui travaillaient à l’hôtel, ces voyageurs…

Je repensais au visage de la réceptionniste de l’hôtel. Lorsque je l’avais vue, elle était allongée sur le dos, le visage déformé par la peur et peut-être la douleur, si tant est qu’elle ait eu le temps de la ressentir. Elle baignait dans son propre sang qui s’écoulait des trous dans sa peau qu’avaient causé les hommes de Pavani. Sa jambe était brisée, coincée sous un bout du mur, sans doute projeté dans l’explosion.

Ce n’était pas qu’une affaire de mauvaise publicité. Cette réceptionniste avait été blessée et était dans l’incapacité de s’enfuir. Ils auraient très bien pu la laisser là, attendre l’arrivée des secours, plutôt que de l’abattre alors qu’elle était au sol et sans défense. Ce n’était pas qu’un attentat, c’était un massacre.






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-Je suis ravie d’avoir pu vous convaincre de mon utilité, Monsieur. Mais j’ai bien remarqué votre résistance à mes pouvoirs, ceci dit. Il semble que rien ne vous fasse défaut.

Ah, la vanité. Odile semble ravie, tout le monde semble content en fait, et je dois faire avec.

Une remarque pourtant, accapare mon attention, tandis que nous nous asseyons aussi, imitant le Président.

Mon parfum ? Je ne réagis pas tout de suite, pensant que c’est une remarque comme une autre. Je souris en guise de remerciement. Puis… j’y réfléchis, entrouvre la bouche comme pour dire quelque chose et je m’interromps toute seule. A-t-il compris, finalement ? Je repense à cet instant, il y a un an environ à Illusiopolis, où j’avais été chargée de protéger son appartement d’une attaque de farfadets et où j’avais volontairement laissé mon empreinte olfactive dans ses draps et erré dans tout le reste de cet immense lieu de vie. J’avais fini par croire qu’il ne le remarquerait jamais, et pourtant… Je le regarde à nouveau, hésitante, puis je lui souris en coin. Qui sait ?

-Vas-y Nina, explique lui pour la soirée.

Elle croise les bras, manifestement contrariée à l’idée de ce souvenir. Quant à moi, je le trouve plutôt instructif.

-Il n’a rien laissé paraître évidemment. Mais comme vous le savez, nous ne devions pas travailler ce soir initialement. Non, je le suspecte d’avoir organisé cette soirée en dernière minute pour pouvoir profiter du « spectacle ». Je crois que cela en dit long sur le personnage et sa propension à vouloir briller, jusque dans les crimes les plus…  froids et cruels.

Je suis bien obligée de dire cela, jouer le jeu, même si je ne vois pas bien la différence entre tirer une balle sur quelqu’un et l’ôter de son coeur. Et puis franchement ? Scarlett, innocente ? Allons. Sensible et susceptible, oui certainement? Mais de ce que j’ai pu voir, elle est tout à fait le genre à ne pas se laisser faire, je l’imagine tout à fait sortir les griffes pour défendre ce qu’elle est parvenue à obtenir avec notre présent interlocuteur. Prends garde, Odile. Il ne faut jamais sous-estimer une femme qui passe dix heures par jour sur des talons de quatorze centimètres.

-Quelle… pourriture, je ne vois pas d’autres mots. Il était là à discuter avec ses amis, à feindre l’ignorance, et à faire l’innocent quand on lui a demandé d’allumer la télé. Il ne s’est pas non plus privé de faire une remarque sur le fait que la police était désorganisée avec la perte de Blake. J'avoue... avoir été rassurée quand nous vous avons vu apparaître à l'écran, j'ai pensé un instant que vous pouviez être la cible directe de cette attaque. Et Pavani quant à lui, était beaucoup moins enthousiaste.

Je continue mon raisonnement en m’appuyant sur le dossier de cette chaise en bois tropical.  Je lève les yeux et observe le ciel en train de se dégager.

-Mais je crois que cela nous indique également qu’il a tendance à agir de façon spontanée et précipitée. Nos plans pour ce soir étaient initialement de nous rendre à l’Asmodée. Il nous a pratiquement averties en milieu d’après-midi que nous étions attendues pour le soir même. Tout comme… il avait organisé en dernière minute cette attaque sur vous quand il avait déplacé son rendez-vous avec nous. Cela veut dire, je pense, qu’il réfléchit assez vite, qu’il ne prend pas le temps de faire mûrir ses plans, et que, peut-être, si nous le brusquons, le prenons au dépourvu, il pourrait commettre des erreurs en se précipitant.
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Il y avait énormément de variables à prendre en compte, mais celle-ci était de loin la plus intéressante. Pavani était dangereux, loin d’être inoffensif, mais il était d’après elle quelqu’un qui ne réfléchissait pas assez. A y repenser, il est vrai que cette attaque sur l’Estrella n’avait rien d’organisé, cela ressemblait à quelques indications gribouillées à la va-vite, données immédiatement à un homme de main.

Je vois, dis-je simplement, plus pour alimenter la conversation que pour réellement répondre. S’il compensait la réflexion par la force de ses assauts, c’était peut-être là la clé du pourquoi il n’avait pas rencontré de réelle opposition. La peur était un sentiment spontané, et elle était dissuasive. Dans mon cas, ce n’était pas la peur que je voulais faire naître en lui, c’était tout simplement le mettre en situation d’échec.


Nous allons donc parier sur un coup de malchance pour ce soir. Je pense mon hypothèse fausse. Je trouvais cela étrange que le soir où vous deviez retourner à l’Asmodée, vous soyez conviées à une fête improvisée.

Je finis mon verre avant de m’en resservir un nouveau, une fois de plus. Je commençais à sentir de légers effets, ma vue ne se troublait pas encore, de même que ma réflexion n’en était pas encore altérée, seuls étaient à noter un engourdissement de mes jambes, et une accélération de mon rythme cardiaque. C’était une chance d’avoir trouver un aussi bon vin.

J’allais pour attraper ma boite de cigares avant de me raviser. Je ne le finirais probablement pas.


Vous ne fumez pas, c'est vrai, dis-je en m'étant retourné vers mon ancienne otage. Odile ? L’appelais-je en tournant la tête dans sa direction. Verriez-vous un inconvénient à m’offrir l’une de vos cigarettes ?

Elle ne se fit pas attendre, récupérant son paquet et venant me le tendre, un sourire affiché sur ses lèvres. Je m’en saisis d’une que j’allumais, je la vis m’imiter. Je pris une légère aspiration avant de la souffler vers la piscine. Le tabac des cigarettes était plus agressif, sous tout les points d’ailleurs.

J’imagine que ce soir, vous retournerez toutes deux chez lui. Cette situation m’embête de plus en plus, je dois vous avouer. Que vous jouiez votre rôle est une chose, mais le plus tôt tout ceci sera terminé, le mieux ce sera. Que.. vous n’ayez pas à tenir des plateaux de petits fours pendant encore trois semaines.

J’en perdais légèrement ma verbe. La fatigue, cumulée à cette bouteille de vin probablement.

Dès que vous aurez une fenêtre, retournez à l’Asmodée, comme convenu. Je ferais venir des armes demain dans la journée, il vous faudra les dissimuler à l’intérieur, comme je l’ai déjà demandé. Vous devrez aussi trouver cet accès au sous-sol, prendre des photos si vous en avez l’occasion. Ce sera peut-être notre seule chance puisqu’il n’est pas impossible que les gummiphones soient interdits à l’intérieur.

Je repris une gorgée, encore, l’accompagnant d’un peu de tabac. Ma tête devenant encore un peu plus lourde.

Vous devrez aussi utiliser l’Architecte, récupérer les plans, quitte à les coucher sur papier. Et surtout, noter l’emplacement des caméras de surveillance. S’il n’y en a pas en bas, il y en aura forcément à l’étage principal. Qui dit caméras dit, bien évidemment, un local prévu à cet effet. Localisez-le, nous aurons peut-être à en prendre le contrôle lors de la soirée.

Je soupirais avant de me retourner pour leur faire face, dans la mesure du possible.

Dites-moi. Que pensez-vous de cette opération ?

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Tout en écoutant son récapitulatif, je l’observe. La fatigue, puis la consommation d’alcool et de tabac semblent atteindre les limites de son endurance. J’entends le rythme de son coeur commencer à ralentir, lentement mais sûrement.

-Cela devrait fonctionner, n’est-ce pas Nina ? Il faudra juste être prudente et se fondre dans l’ombre.

Elle me regarde avec une certaine insistance, c’est de l’humour je suppose.

-Il faudra juste que nous fassions attention aux tours de garde et à cacher ces objets dans des endroits insoupçonnables mais… faciles d’accès.
-Oui, si nous devons rester aussi longtemps, il est plus que probable que nous en rencontrions. Il faudra pouvoir les repérer sans être vues. N’y aurait-il pas un dispositif en votre possession capable de détecter les présences dans l’obscurité totale sans être vues. Du genre… vision infra-rouges ? Ça nous aiderait beaucoup.

Je hoche la tête, interrogeant du regard le Président par la même occasion. Je n’y avais pas pensé, mais c’est une bonne idée. Au sous-sol il est à peu près certain que nous n’aurons aucune source lumineuse sinon des lumières de chantier alimentées par un groupe électrogène dont ne nous pourrons à l’évidence pas nous servir. Pour faire les photos, les gummiphone disposent de flash, mais il serait préférable de rester discrètes tant que nous le pouvons.

Je repense alors à Pavani et à notre visite de ce soir.

-Monsieur, à ce propos, il faut que je vous dise. J’ai eu un rendez-vous avec Little Bro, ce soir, j’y suis allée seule évidemment, je ne lui avais pas du tout parlé d’une soeur. Pour l’appâter je lui ai donné la preuve que je travaillais bien pour Pavani et quelques maigres informations sur l’Asmodée.

Je réfléchis alors alors notre entrevue au pars, qui ne remonte qu’à quelques heures mais qui me semble pourtant déjà lointaine. Mes yeux errent sur les choses qui se trouvent autour de nous.

-Bref, j’y suis allée. Tout d’abord, c’est sans doute un détail sans importance mais c’est une femme, assez jeune je dirais, boucles rousses, c’est à peu près tout ce que j’ai pu voir dans l’obscurité et avec ses vêtements. Nous avons beaucoup parlé de ma motivation, des raisons qui me poussaient à vouloir trahir Pavani. Je crois l’avoir convaincue. Elle est restée assez évasive sur les siennes. Puis je lui ai demandé de l’aide, je lui ai demandé de me donner tout ce qu’elle avait sur lui, ses faiblesses, ses dossiers sensibles, qui m’aideraient à le décrédibiliser.


Je fixe à nouveau mon employeur.

-Elle a accepté mais…
-Mais ?

Je m’adresse à présent à Odile.

-Elle veut que je récupère quelque chose dans le coffre de Pavani.
-Quoi ?
-Elle ne l’a pas dit, elle dit attendre le bon moment. J’imagine que cela doit être très important pour elle si elle est prête à me donner toutes ses informations en échange.

Elle arbore un sourire triomphant, comme si elle venait de trouver une nouvelle occasion de briller.

-Alors c’est moi qui dois m’en charger.
-Pardon ?

Odile se lève et refait les cent pas, tout en tournant autour de nous, tirant à intervalle régulier dans sa cigarette pour réfléchir.

-Tu sais très bien que je suis la seule de nous deux à avoir les pouvoirs qu’il faut pour cela.
-Que comptes-tu faire de la caméra, à l’intérieur ?
-Je n’aurai qu’à étourdir les hommes au poste de surveillance pour quelques minutes.
-C’est trop dangereux. Tu vas avoir besoin de tes pouvoirs pour ouvrir le coffre. Si tu perds ta concentration sur les hommes, tu…
-Très bien, Nina.

Elle inhale en secouant la tête, puis expire, manifestement agacée.

-Je trouverai autre chose.

Je ne suis pas emballée mais je décide de ne pas embêter le Président avec nos chamailleries.
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Une remarque intéressante qu’était celle d’Odile. Je profitais de l’instant pour envoyer un message à Crisis avec la correction de ma commande. Venait maintenant le cas de ce, ou plutôt de cette « Little Bro ». Je m’étais surpris à grincer des dents lorsqu’elle nous dit avoir dû partager des informations quant à l’Asmodée. Finalement, je ne fis pas de remarques. Nina Arad était précautionneuse dans son travail, aussi n’avait-elle pas dû divulguer quoi que ce fût de sensible.

Le coffre fort de Pavani revint lui aussi sur le tapis, prétexte à un début de dispute entre les deux soeurs. Du moins c’était ce à quoi cela ressemblait le plus. Désireux d’étouffer cette querelle dans l’oeuf, je repris la parole.


Non, c’est bien. Vous vous en occuperez Odile. Je vous sens désireuse de nous prouver, de me prouver l’étendue de vos talents. Si vous jugez mieux vous en sortir, alors allez-y. Arad, c’est un travail d’équipe, n’est-ce pas ?

Je finis mon verre et me levai de la table. Je n’étais pas ivre, loin de là. Je me sentais juste plus léger, peut-être était-ce ce qu’il m’avait fallu.

Je vous veux toutes les deux vivantes à la fin de cette opération. Pour ce faire, il vous faudra travailler en équipe.

Je me tournais vers la première Arad.

Vous avez accompli beaucoup de choses, mais vous ne pouvez pas nier qu’il est possible que sans l’aide de votre soeur, vous ne soyez pas parvenue à approcher Pavani, du moins peut-être pas autant.

Je me tournais maintenant vers sa soeur, sur le point de terminer sa cigarette. Je fis quelques pas dans sa direction.

Quant à vous… Même si j’ai encore un peu de mal à cerner pourquoi vous souhaitez tant en faire, rappelez-vous ceci. Le courage est une chose, la témérité en est une autre. Il me serait fort désagréable de ne voir que l’une de vous deux me revenir, l’un de ces soirs prochains.

Je terminais ma phrase en écrasant ma cigarette dans le cendrier posé sur la table. Leur condition de jumelles était une force, comme elle pouvait très bien être une faiblesse. C’était à moi, à la Shinra, de les en protéger. La rivalité fraternelle n’avait pas sa place dans cette opération, et j’imaginais tôt ou tard devoir leur expliquer.

Il était amusant de se rendre compte de leurs ressemblances, mais il l’était encore plus lorsque venait le sujet des différences. A dire vrai, en dehors de leur aspect physique, elles semblaient diamétralement opposées. La seule chose qu’elles partageaient était l’envie de remplir leurs objectifs, de plaire peut-être ?


Odile, je vous remercie, dis-je en désignant le mégot avant de le laisser reposer dans le cendrier. Mesdemoiselles, il commence à se faire tard, je pense aller me coucher.

Je fis quelques pas en direction de la porte fenêtre avant de m’arrêter.

N’y voyez pas, là, une façon de vous intimer de faire de même, complétais-je avec un sourire.

J’ouvris la porte, et rentrais dans le salon. Je jetai un regard tout autour de moi avant de me diriger en direction des escaliers menant aux chambres.

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-Bonne nuit, Monsieur.

Nous le fixons toutes les deux rentrer puis prendre la direction de l’escalier dans lequel il disparait. Odile s’apprête à se lever mais j’attrape son poignet avant qu’elle s’en aille.

-Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
-Qu’est-ce que tu fais ?
-J’allais dire bonne nuit à Reno et Rude, puis dormir, en fait.
-Attends, deux minutes.

Elle soupire puis se rassied pratiquement de force, me fixe droit dans les yeux tandis que je suis pratiquement affalée dans ma chaise, les mains rentrées à l’intérieur de mon pull.

-Quoi ?
-Si je suis contre cette histoire de coffre-fort…
-C’est parce que ça t’emmerde que je sois sur le devant de la scène.
-Non.

Je me relève un peu et prends une mine concernée. Bien sûr elle sait que mes émotions sont factices mais elle en comprend l’intention.

-Je n’ai strictement rien à gagner à ce que tu te fasses prendre. Non seulement, cela veut dire que je serais associée à toi, et que au mieux ils essaieront de nous tuer et jeter nos corps vers le fin fond de la mer.
-Ce qui prouve que tu penses bien à toi.
-Mais aussi parce que… de toute évidence, s’il t’arrive quelque chose, cela se répercutera sur moi, et pas uniquement parce que tu ne pourras plus m’aider.

Elle semble essayer de comprendre ce que je suis en train de lui dire, moi-même j’ai quelques doutes sur mon raisonnement.

-Je ne vais pas dire les choses que tu veux entendre, mais, de toute évidence, il semble se soucier de toi, ou de ton sort.

Cela ressort de plus en plus souvent dans son discours. Je peux presque distinguer ses commissures se relever puis se forcer à rester immobiles. Cela ne laisse pas indifférente mes ténèbres.

-Et contrairement à ce qu’il semble penser me concernant, je suis tout à fait consciente du fait que je ne serais pas allée aussi loin sans toi.
-Tu deviens sentimentale, tu me fais peur.
-Non, je suis réaliste. Je dis les choses comme elles sont, je le sais, tu le sais.
-Mais… tu es…enfin tu me comprends, tu es fâchée ?

Elle fait un signe de tête en direction de l’étage comme pour indiquer le Président.

-J’imagine que si j’avais des sentiments, je t’aurais déjà tuée dans ton sommeil.
Elle émet un rire léger et ironique.

-Super !
-Je n’ai pas le choix. Je n’ai pas d’autres plans. C’est ça. Continuer ici, me battre pour ce que je veux, ou abandonner et partir, me laisser engloutir par les ténèbres. Bien sûr, ce n’est pas parce que nous sommes liées que je te ferai des cadeaux.

Sans compter que mon ambition le concernant est insatiable.

-Ouais.
-Mais tu as cessé de m’en faire, alors nous serons quittes.
-Je suis désolée.

Oui, au départ, elle voulait m’aider. Puis, son intérêt pour mon employeur l’a rapidement détournée de cette voie.

-Tu ne l’es pas.
-C’est vrai, mais je ne m’en fiche pas. Que la meilleure l’emporte ?
-C’est ça.
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Et on termine pour ce soir...

Bon déjà, commençons par le commencement (non, par la fin pour une fois SBAFF), plus sérieusement, le début, vraiment : Reno... De base, je le trouvais tordant (si je prends juste FF (et encore juste dans Advent Chlidren, je ne me souviens pas assez de sa présence dans les jeux), pas tout ce qu'il est dans l'univers du forum), mais là c'est juste... J'ai l'impression que c'est tellement bien retranscrit. Déjà juste pour ça, c'est cool ^^

Ensuite, on commence à connaître la chanson avec moi, ça risque d'être court, mais ce n'est pas pour autant que c'est mauvais. Au contraire. On en apprend un peu plus sur les pouvoirs d'Odile, c'est super intéressant, j'aime bien.

Les fautes, je n'y ai pas vraiment fais attention (mais là encore, c'est toujours pour les mêmes raisons, je me connais, tu me connais, vous me connaissez, je suis Jacques... Je suis une brêle sors et claque la porte) ^^

Mais autrement, non c'était très bien, je suis contente, j'ai vraiment hâte de voir la suite !!

et pour finir la notation ;)

Le Cygne :
Très facile : 5 xp, 50 munnies, 1 PS en Magie.

Rufus Shinra :
Très facile : 5 xp, 50 munnies, 1 PS en Défense.

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Évacuation Y99t
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