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Nous sommes quatorze ans après les évènements de Kingdom Hearts 2. En tant d’années, les choses ont considérablement changé. Les dangers d’hier sont des soucis bénins aujourd’hui, et au fil du temps, les héros ont surgi de là où on ne les attendait pas. Ce sont les membres de la lumière qui combattent jour après jour contre les ténèbres.

Ce n’est plus une quête solitaire qui ne concerne que certains élus. C’est une guerre de factions. Chaque groupe est terré dans son quartier général, se fait des ennemis comme des alliés. Vivre dehors est devenu trop dangereux. Être seul est suicidaire. A vous de choisir.

La guerre est imminente... chaque camp s'organise avec cette même certitude pour la bataille.

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D’entre les poubelles cabossées, on ne voit que ses yeux. Ternes, jaunis, seuls rescapés de la crasse environnante. Sa pose est celle d’un camé lancé sur son dernier voyage, soit un amas informe de tissus malodorant, couverts de carton et de détritus de plastiques colorés. Un bon camouflage, dans l’ombre de la ruelle.
Son souffle est long. Léger. Presque imperceptible.
Elle attend une proie.

Si elle a bien tenté les breuvages du cru, les aiguilles, les cristaux, les poudres et la pâte grisonnante… La chasse reste son plaisir favori.
Mais le Grand Jeu a pris fin. La chasse a des conséquences, désormais. Revenu à l’embuscade, à la traque, à l’attente.
Et, alors que ses muscles commencent à gémir, alors que ces excès de la veille s’immiscent à l’arrière de son crâne, alors que la rage se réveille dans ses tripes…. Sous ses yeux, une proie.
Un vêtement blanc, presque une insulte à la pénombre locale. Un sweat, selon les locaux – épais, lâche, capable de cacher couteau et arme à feu. Un jean, aussi, un pantalon solide et passe partout dans la cité. Et, ah, dans la poche arrière… Bingo. Un Gummi phone.
Dans la ruelle, la seule lumière est celle d’un néon bleu ciel. Le mot, « GELA O », illumine brièvement le passage luisant d’humidité. Elle compte trois respirations entre chaque grésillement. Trois respirations, suffisamment pour bondir, pour saisir, pour…
Elle pourrait tuer.

Ses lèvres sèches s’étirent.
Mais tuer, c’était éveiller les suspicions des gangs. C’était repartir dans la traque, risquer la capture par la Shin Ra. C’était retrouver l’adrénaline, plus puissante encore que toutes les drogues de ce monde si sombre. C’était continuer son existence de pénombre, de méfait en méfait – sans direction, sans espoir, sans conséquence.
Ou elle pourrait voler ce Gummi phone. Trouver à qui revendre ce petit gadget hors de prix, contacter… Contacter qui, déjà ?
Sa cible approche. Blond, jeune. Inoffensif. Dans ses pattes traine un hybride coloré. Sur ces terres, loin parmi les étoiles, on en aurait fait un monstre ou un dieu. Ici, ce n’est qu’une tortue rousse et enfantine.

Une seconde cible. Cela multipliait les chances de se faire attraper. Tout ça pour quoi ? Quelques munnies, tout au plus ? Le blondinet n’avait probablement pas grand-chose sur lui. Il allait falloir employer une méthode plus subtile.
Le grésillement du néon fut le signal.
Dans un sursaut, Naran bondit. Plutôt que de dépecer l’imbécile, elle se contenta de la prise la plus importante.
C’était simple. Lui faire peur, avec sa démarche, ses yeux… Profiter de sa surprise pour pêcher ce Gummi phone de son jean, et disparaitre dans les bas-fonds d’Illusiopolis.

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- Où est-ce qu’on va ?

Les épaules affaissées et l’air absent, Bowser Jr marche à mes côtés dans les rues sombres d’Illusiopolis. Sa voix ne laisse ni transparaître un certain intérêt, en serait presque maussade. Les derniers jours ont été particulièrement lourds pour lui. Les nains de la Saint-Patrick n’ont pas été les seuls à tenter de nous ennuyer et j’ai parfois été contraint de passer à l’acte. Le retour à la réalité est toujours aussi dur. L’enfant comprend que ces personnes n’auront pas d’autre chance comme les règles de son monde le leur autoriserait. Que le chemin pour eux s’était arrêté de cette manière. Et donc, ouais, en résumé, l’atmosphère est pesante.

- On va au bar où j’ai trouvé le gars qui m’a donné l’adresse la dernière fois, “Chez Régis”. Avec un peu de chance, on le recroisera. Après… Je verrai si Roxas en a fini avec sa part du marché.

Le môme ne répond même pas, poursuit simplement son chemin d’un air totalement déconnecté. Les rues sont calmes, peut-être même trop calmes pour ce monde, mais c’est pas moi qui m’en plaindrai. Je m’arrête en plein milieu du chemin, regarde le ciel obscur et ces gratte-ciel qui se fondent dans la pénombre ambiante. Quelques instants passent comme ça, et puis d’un coup, je sursaute comme jamais. Je sens une putain de main aux fesses.

Mon cœur a fait un gros bond dans ma poitrine. Je grimace, me retourne et donne aussitôt un coup furieux dans le vide. La crainte passe même un instant dans mon regard. Un souvenir aussi vif que répugnant a refait surface. Pourtant, cette main au derrière s’arrête là, bien qu’ayant déjà largement dépassé les limites de ce que je peux accepter, suite à cette abomination que je souhaite oublier.

- Ton gummiphone !

Je pars aussitôt à la course de la voleuse, massant la poche arrière effectivement dépossédée de son contenu. La silhouette détale à grandes enjambées, à un rythme bien plus soutenu que le mien. C’est qu’elle est agile, cette connasse ! Parant au plus pressé et ne souhaitant pas la laisser s’échapper si facilement, je sors mon arme à feu, hésite sur l’instant à tirer dans sa direction, puis me ravise, canalisant un sort. Bientôt, une image de moi-même apparaît derrière un véhicule, surprenant l’importune.

Espérant que le sortilège la désarçonne, je tente d’en profiter pour effectuer un premier tir. La balle siffle et dans cette pénombre, je ne parviens pas à distinguer si elle atteint la fugitive. Elle a sûrement manqué sa cible, puisqu’elle semble reprendre contenance et reprendre sa course. Je tente de me jeter sur elle, mais elle parvient à s’esquiver et bientôt, la voilà qui commence à reprendre de la distance. Pourtant, rien ne change pour moi. C’est une question de fierté désormais…

Elle ne m’échappera pas ainsi.
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Pwah, c’que c’chiant ! S’passe rien ! Ce n’est pas un mal, un peu de calme, ça fait du bien. Surtout après ce battle royal de l’enfer. Et si j’frappe un gars au hazard, genre… LUI ! Avec l’grosse moustache ! Karg’, t’es sur le territoire de Jimbo, t’es même sensé le patrouiller là. Tu crois qu’il va réagir comment si non seulement tu ne le protège pas, mais en prime, t’es la source d’une agression ? Pwaaaaaaah.

J’regarde autours d’moi. C’trop calme ! Et quand c’calme ! Moi, j’le sang qu’boue ! Pourquoi font rien ? C’quoi s’problème à l’femme là ? Pourquoi elle r’garde l’vitrine d’magasin s’rien faire ? Elle veut pas crier ? Et lui là ? Il fiche quoi à fumer sous l’pas d’porte ? Frappe quelqu’un ! Allez !

Bon sang… Ça va être une longue journée hein… ? Depuis que le battle royal a fini, t’es intenable. Raaaah, j’avance d’plus en plus vite, là, j’tourne à droite à l’prochaine rue. Si j’vais assez vite et qu’je tourne dans tout l’quartier, j’vais bien finir par tomber sur de l’action ! TSAH ! C’est car on a perdu pas vrai ? Nah ! Ça te frustre NAH ! Rigole-pas Karg’, j’ai bien compris, je ne suis pas un idiot. TA-TA-TA J’ENTENDS RIEN !

BANG

C’est un… COUP DE FEU !

BWAHAHAHA ! ENFIN ! J’commence à courir comme j’peux, c’tout proche en plus ! Là ! C’venait de cette rue ! J’commence à débouler dans l’coin, et j’regarde autours d’moi d’suite !
Attend, arrête de bouger la tête, là-bas ! Y’a quelqu’un qui vient de sauter sur une autre au fond ! Elle s’enfuit ! Attend, celui derrière, ce ne serait pas…

« CHAIR MOLLE ! » Qu’je gueule au blondinet ! AH ! Là c’de l’bonne journée ! C’me fait plaisir d’revoir s’tronche au gamin ! L’Fille ! J’commence à m’mettre en plein milieu d’la rue où elle s’barre en courant. C'tombe bien ! Avec l'coup d'Bang, l'passants s'sont écartés sur l'côté ! Plus d'places rien qu'pour nous !

Allez ! Viens voir Tonton Karg’orth !
Oulah mais attend ! Ce n’est pas nos oignons d’un, et de deux, on sait pas ce qu’elle a T’gueule l’chouineur ! L’blondinet et elle s’batte, j’veux cueillir l’deux ! Bah voyons ! Et tu vas essayer de me faire croire que soudainement, tu prends ton rôle de garde au sérieux ? Eh… Eh… Eh… Nah. Ouais, bien ce qui me semblais.

J’veux juste l’tatanner l’gueule d'deux fouteurs d’troubles !
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Face à elle, un géant vert. Sa bouille écrasée n'était pas aussi amicale que celle qui orne les conserves sur lesquelles elle faisait parfois ses repas... Mais l'odeur, elle, rivalisait avec celle des monceaux de détritus qui meublaient la cité.
Clairement, le monstre tentait de l'intercepter. Tout aussi clairement, il n'avait aucune chance. Naran bifurqua brutalement. Son pied glissa sur le ciment humide alors qu'elle se ruait à gauche du colosse, et elle roula sous sa portée pour reprendre sa course.

Le Gummi phone était maintenant oublié, glissé dans cette poche de lycra qu’elle avait ceint à sa ceinture. Ses mains devaient être libres, ses yeux grands ouverts… Son plaisir complet.
La cible qu’elle pensait inoffensive l’avait repéré, l’avait pris en chasse, lui avait tiré dessus, et lui avait même fait le plaisir de démontrer quelque tour de magie.
Mieux, les jurons légers du gamin et de son acolyte s'étaient doublés d'un beuglement gras du géant. Ils se connaissaient ? Allaient-ils s'allier contre elle ?

Elle n’était pas dans ses ruelles. Mais, même hors de son territoire, elle connaissait les courants ; savait où trouver les bouches béantes d’où montait la fumée, les artères illuminées où filaient les voitures, et les hauts bâtiments d’où se dissimuler.
Surtout, elle était bien plus rapide qu’eux.

Il était temps de leur préparer un accueil à leur mesure.
Premièrement, choisir le terrain. Sans armure, sans compagnons d’arme, elle n’avait pas l’avantage : Il lui fallait un lieu connu, sombre… animé. Ici, tous avaient déjà fui, et une foule sera tout à la fois diversion, bouclier et potentielle porte de sortie. Où trouver une telle masse, alors que la journée prenait fin à Illusiopolis ?
Le marché nocturne. Là, entre les baskets Roxus, les kebabs inidentifiables et les marchandises tombées du camion ; entre les pickpockets, les petites frappes et les locaux en déshérence… Là, elle aurait l’avantage. Suivant les odeurs de viande grillée et de crabe calciné, Naran remonta allée sur allée, brûlant son avance à travers plusieurs raccourcis.

Deuxièmement, le blondinet allait apprendre qu’il n’était pas le seul à pouvoir se dédoubler. Mais, quand il s’agit de créer des pantins, il est bien plus utile de les utiliser pour frapper, que simplement pour surprendre.
Alors qu’elle approchait la nuée de badauds, Naran entama un pas de danse. Un tour de hanche, une envolée de ses manches, et elle se vit à ses côtés ; identique, vêtue d’une même tenue grise tranchée de deux bandes blanches, marquée du même œdème à la pommette droite, dotée du même regard extatique et nerveux.
Ça ne suffirait pas. Puisqu’ils étaient trois à la poursuivre, elle fit trois copies, chacune née d’une enjambée ; chacune allant se perdre dans la clientèle hétéroclite alors même que les trois poursuivants allaient atteindre son niveau.

Et, enfin… Il lui fallait une arme. Alors qu’elle fendait un groupe d’adolescents paradant leurs vestes fluorescentes, Naran puisa en elle. Là, au fond, où se cache le désespoir, l’horreur, la rancune et la rage. Et, dans ce lieu où guettent encore les yeux de Death, se trouve une arme : un petit calibre au revêtement terni, de ceux qui pullulent dans la cité. Un pistolet qui prit forme sous sa manche, entre ses doigts serrés.

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- Oh non, pas lui, que je râle à voix basse.

Putain de merde. Même en étant aussi préparé que possible, toutes mes visites à Illusiopolis se finissent toujours de manière catastrophique. Ça en devient juste parodique, à ce stade. D’abord, il y a eu ma mission avec Septimus où on s’est attiré les foudres des gangs. Sans parler du pacte magique pour un pouvoir qui ne s’est… jamais manifesté.

La seconde visite, le jour de la Saint-Patrick, n’est clairement pas en reste. Je me suis fait piquer mon manteau préféré par des leprechaun enragés, sous les yeux d’un Roxas qui s’est bien foutu de ma gueule. J’ai croisé le gérant des Diables Blancs alors que je tentais de quitter le monde… et en fuyant ses hommes, je l’ai rencontré. Karg’orth. Un malade mental de colosse vert à l’hygiène fort douteuse qui m’a séquestré et menacé. Et pourtant, j’ai tenté de le recruter. Ça s'était bien fini, mais j’espérais revenir le voir avec plus d’hommes… par sûreté.

Et donc, lors de ma troisième visite, un an après, je tombe sur une bande de voleurs copycat qui se la jouent Saint-Patrick et je me fais piquer mon gummiphone par une voleuse sans gêne qui m’a rappelé un souvenir exécrable. Et en la prenant en chasse, de toutes les personnes que je pouvais croiser dans une de ces rues, il fallait que je tombe sur lui. Fort heureusement, il semble se ranger aussitôt de mon côté, tentant d’intercepter ma cible sans succès.

- Elle a volé mon gummiphone !

Le résumé que je fais en arrivant à sa hauteur est fort succinct, je ne m’arrête même pas et continue ma course, talonné par Bowser Jr et le géant vert. Elle creuse pas mal la distance, mais avec le rythme qu’elle tient, j’espère bien qu’elle se fatiguera plus vite que nous. En attendant, c’est la merde.

- Elle se dirige vers le marché noir !

J’y suis passé la dernière fois que je suis venu, lorsque je cherchais un bar qu’on m’avait indiqué. Faut pas qu’elle l’atteigne, mais à cette distance, ça sert juste à rien. Je suis pas un excellent tireur. Mes tirs n’atteindront jamais leur cible. Le gros bras est… beaucoup trop lent, je vois pas ce qu’il pourrait faire non plus. Et ce qui devait arriver arriva. Elle s’est enfoncée dans la foule. Elle va vraiment se barrer comme ça, tranquillement comme une lâche ?! Une idée, n’importe quoi. Sinon, on risque pas de la retrouver. Je fais un double saut pour prendre de la hauteur sur un camion.

- Qu’est-ce que tu branle sur ma bécane, connard ! Proteste le propriétaire du camion de kebab qui, pour le moment, est le cadet de mes soucis.

Je la vois. Cette connasse est sérieusement en train de se pavaner, butin en poche, avec la ferme idée de le revendre ici, ou ailleurs ? Peu importe. Je saute du véhicule, préférant éviter de tenter un tir d’aussi loin et me précipite vers elle.

Bowser Jr, quant à lui, s’est séparé de moi, son attention se dissipant légèrement au profit d’une meuf qui l’a alpagué dans l’idée d’essayer de lui faire le coup classique de la pièce et des trois gobelets. Heureusement que le gosse n’a pas un rond, sinon il ne serait pas parvenu à se débarrasser d’elle, puis à apercevoir la chapardeuse à laquelle il tente de subtiliser son butin à priori absent, avant de se faire repousser assez brusquement, ne manquant pas de lui faire pousser un juron. Mais l’enfant n’a pas dit son dernier mot.

- Je t’ai parlé !

De mon côté, je suis à la hauteur de l’autre voleuse. Mais une force me tire vers l’arrière par la capuche de mon sweat blanc. Le conducteur m’a suivi jusqu’ici et ne manque pas de m’étrangler en me beuglant de mécontentement à la figure, si bien que j’hésite sur l’instant à faire feu sur lui en premier. Mais évidemment, mon attention se redirige vers ma proie qui s’est retournée et qui tente de m’asséner un coup. Énervé, je me baisse pour esquiver la frappe qui atteint l’autre gêneur. Furieux, celui-ci me projette contre un mur et s’en prend à mon adversaire.

Une fois revenu à mes esprits et mon arme ramassée, deux clones disparaissent alors que résonnent un coup de feu et une explosion.
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Pwah ! Mais elle détale trop vite ! J’fais comment ?! J’fuis jamais, MOI, j’peux pas d’venir un aussi bon coureur ! T’es surtout obèse. BWEHEHEHEH, c’que d’muscle gamin, pas d’graisse !

Mais c’pas l’sujet ! Où qu’elle est ? Raaaah, même l’chair molle m’est passé d’vant ! C’va m’énerver ! NAH, CA M’ENERVE !
Là, en face ! L’adolescent ! Aïe, il est en mauvaise posture ! AH, il a tiré avec s’flingue ! L’voilà m’raison d’le fracasser aussi ! L’Jimbo, il dira rien m’tenant qu’il y autant d’bordel !

Il t’a dit qu’il s’est fait volé son gummiphone, c’est elle le problème pas lui. M’en fiche !

Et puis, t’es sensé avoir des plans pour lui, alors… Le frapper c’est… je veux dire… Teuh, j’sais c’que t’essaye d’faire là gamin ! T’me prend par l’sentiments pour qu’je laisse tranquille. Eh bah nah, d’jà parce que comme j’dis l’dernière fois. L’est…à… MOI.

Et parce qu’il est à moi, faut qu’il comprenne un p’tit truc. C’moi l’boss, et j’dois m’assurer qu’il l’a pas oublié d’puis l’dernière fois.

Mais arrête bon sang, pourquoi tu t’acharnes autant sur lui ? Ça va faire quasi un an maintenant ! Passe à autre chose ! Parce qu’il m’plait !

Et d’ailleurs, vu qu’il est à moi…. J’redresse l’regard vers l’gars qui a l’air d’vouloir l’rouster.
Il a l’air plutôt costaud, et sacrément remonté.

« EH, toi ! L’chair molle ! » Qu’je beugle, v’là, tourne l’tête vers papa Karg’orth…

ET VLAM !

Un bon coup d’poing, et c’parti pour le tabass’ork !
Il vient de tomber au sol, tu l’as pris par surprise ! Attend, attend, qu’est-ce que tu fais ?! J’vais pour m’assoir d’ssus. Mais… Et la voleuse ? L’gamin va gérer pour l’moment, j’ai un message à faire passer c'lui-là ! UN POING ! DEUX POING ! TRO… AIE ! Aah bon sang ! Il se défend, il va… TROIS POING ! QUATRE POING ! Il est ko, arrête, Karg’, il est Ko ! BWEHEHEHEH, C’nul ! CINQ POING ! KARG’ ! Arrête ! Arrête, tu vas le tuer ! Tu vas… STOP !

J’retiens m’coup et j’regarde l’gars. L’tête toute gonflé, l’yeux fermé, et l’sang partout. C’fragile ! C’fait s’petite loi, pas foutu d’se prendre d’poings, m’dégoute ! J’me r’lève et j’regarde autours d’moi.

Eh ? Mais c’est qu’ça s’est vidé.
T’as même pas fait attention dans ta fureur débile ! Les gens se sont écarté, ont fui à cause du coup de feu ! Ce n’est pas bon, c’est pas bon du tout Karg’, ça va attirer le reste du réseau. Jimbo ne va vraiment pas être content !

TSAH ! T’as raisons, faut qu’fasse un peu m’boulot. Mais vu comment l’voleuse elle court, j’vais pas réussir à... EH ?! La voleuse… Qu’est-ce qu’elle fait encore là, en plein milieu ?

« WAAAAAARRGGGHHHHH ! »

Attend ! Attend ! C’est forcément un piège ! Atte…

L’POING DE L’ORK DANS L’GUEULE ! Aaaah, pourquoi elle a disparu ? L’est passé où ?

J’me r’tourne, j’regarde partout autours d’moi. L’est où ?!

J’commence à frapper l’sol d’pied, plusieurs fois.

C’m’énerve ! C’M’énerve ! C’M’ENERVE !  
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Ses clones n’avaient pas fait long feu. Elle avait senti leur présence disparaitre en courte succession, chacun une décharge électrique à l’arrière son crâne déjà rugissant.
Ces nouveaux adversaires étaient plus forts qu’elle n’avait escompté. Forts et sans pitié, surtout à en juger les attaques brutales du grand verdâtre.
Mais, là, Naran avait l’avantage. Elle pourrait disparaitre, se fondre dans la foule… Qui la reconnaitrait, sous différents traits ? Elle pourrait courir, faussement paniquée, prendre l’apparence des derniers rescapés toujours figés derrières leurs abris de fortune.
A sa droite, trois jeunes garçons s’étaient plaqués derrière une caisse de rebuts électroniques. De sa cachette, un étal de peluche massive, Naran entendait leur souffle haletant, sentait leur sueur apeurée. Un coup d’œil pour leurs yeux tétanisés la fit grimacer.
Il faisait trop longtemps qu’elle était une proie.

Naran passa sa main sur sa veste. Le tissu ample, noir opaque pour se fondre dans la ville, cachait un T-Shirt sale et sa poche ceinture. Ses doigts survolèrent le Gummi phone, et… Ah, il restait bien quelques surprises à offrir à ses poursuivants.
Il lui fallait un plan d’action pour faire durer cette entrevue surprise. S’il se vidait à vue d’œil, le marché était dense – s’amoncelaient ici caisses d’armes, là cages d’animaux rares, partout masses de textiles et moto à moitié en flamme depuis l’explosion. Même s’ils venaient droit sur elle, sûrement, elle pourrait les retarder… Ou mieux, les combattre, montrer sa valeur, revivre un peu du Battle Royal.
Et puis, les gangs ne tarderaient pas à ramener la paix. Naran pourra profiter de leurs arrivées pour disparaitre ; en attendant, le combat lui était servi sur un plateau d’argent.

Ses yeux retracèrent le champ de bataille chaotique.
Trois adversaires la traquait dans les décombres. Au centre de ce qui fut, il y a quelques seconde, un camion vendeur de kebab, et qui n’était maintenant qu’une ruine fumante, la menace numéro 1 : Un géant de muscle et de défense. Quelque part au sol, une tortue d’un mètre cinquante armée d’explosif, la menace numéro 2. Et, à peine capable de tenir son arme, ce petit blondinet qui ne savait pas protéger ses affaires – doué de magie, donc généreusement titré menace numéro 3.

Numéro 3 prenait préséance, étant clairement le plus faible des trois. Naran plaqua son arme dans une peluche panda accrochée face à elle, puis tira. Le coup était assourdi, mais moins puissant – avec cela, elle gardait un semblant de surprise pour –
Sa gâchette était bloquée. Deux pression de ses doigts confirmèrent sans peine : son arme s’était embrayée, les fibres de la peluche ayant envahi le mécanisme. Rageuse, Naran lâcha le pistolet, se baissant plutôt pour se glisser d’étal en étal. Tant pis pour numéro 2 ; avec un peu de chance, il avait été sonné par son propre explosif.
En attendant, pas question d’approcher ce gros lard de numéro 1 avant d’avoir un peu assoupli son cuir. Elle s’empara d’un petit explosif de son cru – du bricolage, mais de quoi réveiller les papilles -, qu’elle arma avant de le jeter droit sur le monstre.
Qu’il vienne, et elle lui glisserait le petit frère entre les dents !

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Explosif ! Karg’ ! Explosif !

KWAAA WAAAAH ?!

Aaaargh, bordel ! Aie, bon sang ! Ça brûle ! Ça brûle !

« Eh…Eheh… »

Arrête de rire espèce de taré ! Fais quelque chose ! Reste pas sur le dos comme ça en plein milieu de la rue !

« …Eheh…EHEH… »

Elle t’a envoyé un explosif dessus ! Mais enfin, regarde la gueule de ta peau ! Ça fume ! Ça fais un mal de chien ! T’as des brûlures partout !

« …BWAHAHAHAHAHA ! »

Ça fais tellement mal, AH, c’bon ! C’tellement bon ! Taré putain ! J’vais la récompenser ! Que… Quoi ? Elle m’fait mal, elle m’fait marrer. J’suis un ORK sympa moi ! J’vais lui arracher l’tête et lui donner comme cadeau ! … Sérieux ? Ouais ! EHEH !

Désolé l’gamin ! Mais à choisir l’chairs molles, j’veux cette nana en premier !


Il c’est peut-être fait toucher, il est en danger ? L’blondinet ? J’veux qu’il m’regarde d’abord ! J’veux qu’il voit c’que c’est qu’être un ORK ! J’veux qu’après ça, il vienne m’voir en rampant pour d’mander d’être mon hôte ! Encore cette idée, t’es pas sérieux…

Eh… Eh… Eh… Oh qu’si, j’suis sérieux. T’vas m’refaire t’petite crise d’jalousie c’ça ?

Je ne suis pas jaloux Karg’orth, je suis inquiet pour ce pauvre gamin. Il ne mérite pas d’être… de vivre ce que c’est qu’être ton hôte et… JALOUX !

J’me r’lève d’un bond, cherchant d’regard où qu’elle peut être.
L’explosif est venu de derrière cet étalage, là-bas.

Eh, on s’planque d’moi ? J’commence à serrer le poing, avant d’prendre d’pas. Aie, bon sang, tes brûlures, arrête de boug… NAH ! Ca m’motive, plus ç’me fait mal, plus j’vois rouge ! Et plus j’vois rouge, et plus j’vais lui arracher l’tête !

J’commence presque à bondir sous chaque pas, j’sens l’puissance, m’sang d’ORK. Ouaaais, ç’vient, ç’se rassemble. J’le sens qui boue, qui vient s’mettre dans m’poing !
Encore cette technique ? Ça ne marchera pas Karg’, elle est trop rapide ! Ça va faire comme avec Erik Wood ! TSAH, on v’ra !

J’frappe d’poing contre l’sol d’coup, si fort qu’ça craque !
BORDEL, LES PHALANGES ! T’gueule l’chouineur ! C’rien ça ! J’commence à sourire d’toute m’babines quand j’vois l’onde d’choc qui commence à v’nir.

C’bien, c’bien, t’croyais que j’allais v’nir jusqu’à toi m’cocotte ? AH ! Pas b’soin ! C’mon onde qui vient t’chercher !

Et si tu t’fais avoir… AH ! C’que ç’va être drôle !
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- AH !

Un impact. Simple, bref, mais si intense ! Largement suffisant à me faire constater mon erreur. Celle d’avoir cru que je suis le seul capable de créer des leurres. Quelle salope ! Elle est capable de la même chose que Septimus. Elle peut disperser de véritables clones d’elle. Et c’est ce foutu clone qui m’a berné. Il s’est pas écoulé une seconde, je tente de bouger et… putain, je m’étale par terre. Je halète, respire par grandes bouffées. Je douille juste trop, c’est insoutenable ! Je vais buter cette pétasse.

Je suis prostré au sol. Ma main masse la nouvelle blessure par réflexe. Puis je lève la main, la porte à hauteur de mon visage. C’est rouge. Je pisse le sang. Pas de doute : c’est une balle. J’ai peur. Je suis toujours inerte, exposé et vulnérable. Je redresse le regard. Qu’est-ce que… Karg’orth a défoncé le gars qui m’emmerdait. Sa gueule est… dégueulasse. Il en a posté une autre, d’image de gars qu’il a saigné, sur le GummiNow. Là-bas, c’était censuré. Ici, ça a rien à voir, je vois bien son visage en sang. Enfin, j’ai déjà vu et fait bien pire que ça, donc je passe vite.

Je me mets à ramper pour m’abriter derrière le premier truc qui passe. Mais le souffle d’une explosion me repousse un peu, j’étais peut-être un poil trop proche. Je finis par réussir à me relever, toujours un peu hagard. Je suis pas sûr de savoir comment réagir à ma blessure. J’ai jamais été blessé par balle, merde ! Je vais sûrement devoir me démerder pour l’extraire dès que possible. Mais j’ai… pas le temps. Pour le moment, je me contente de serrer la main et les dents, faute de mieux.

J’observe les environs : tout ce grabuge a bien dispersé nombre des personnes qui dérangeaient la visibilité des lieux. Faut dire que deux explosions et un coup de feu, ça a vite fait de repousser les gêneurs. J’aperçois le corps inerte de Bowser Jr. La première explosion… ça devait être lui ! D’ici, je vois pas grand chose, mais je crains qu’il soit pas parvenu à s’éloigner suffisamment de son propre explosif. Faut que je réussisse à trouver une ouverture pour m’assurer de son état.

- Je vais te sortir de là.

J’ai pas le choix. Étalé tel qu’il est, il est giga exposé. Faut que je le mette au moins à l’abri des balles et que je regarde si ses blessures sont pas trop sérieuses. Dans le cas où elles le seraient… Je secoue la tête. Faut pas que j’y songe. BAM. Une bonne onde de choc. L’orc vient de frapper le sol, sûrement dans l’idée d’atteindre la connasse que j’aperçois pas. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est désarmée. Le tir de tout à l’heure provenait d’une peluche et… l’arme à feu est toujours coincée entre ses fils. Je vais donc pouvoir également tenter quelque chose.

Je plaque ma main au sol et commence à canaliser mon énergie magique. Je suis concentré, tant sur le sort que je prépare que sur les mouvements de la voleuse. Je vais essayer d’attendre le bon moment, profiter de l’attaque de mon allié imprévu pour placer mon sort. L’instant venu, quelques étincelles se formeront au sol avant que des éclairs n’en jaillissent.
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Le sol tremble. Ce monstre frappe le sol, et le sol tremble.
Décidément, numéro 1 est plein de surprise…
Naran, elle, sait sauter. Moins flashy, peut-être, mais tout aussi efficace. D’un bond, elle grimpe sur un étal ; puis, agrippant un câble de métal qui pend d’un des éternels chantiers qui bouffent les façades, elle virevolte en hauteur. L’onde de choc du taré vert bouscule les restes du marché noir dans un fracas crasseux, loin en dessous d’elle, assourdissant presque son ricanement moqueur.

De son appui, elle scrute le contrebas. Le blondinet est à terre, sa tortue sur le dos. La masse verte la fixe, sourire large et cruel parsemé de croc. Au sol, il doit bien y avoir un projectile, quelque chose pour affaiblir la montagne –
Un éclair la transperce. Un éclair magique, puissant, qui fend le ciel et sa colonne vertébrale. Sous la surprise, sous la douleur, ses mains lâchent le câble, s’écorchent sur le métal, et elle se sent glisser. La chute est un vif rappel. Le sol qui approche, tout autant.

Enroulant le câble autour de son avant-bras, Naran stoppe sa chute – au prix d’un craquement suspect autour de ses biceps. Elle ne prend pas même le temps de grogner : Le combat était loin d’être fini. Maintenant presque au sol, elle se déroule, tourbillonnante alors qu’elle met pied à terre. D’entre les débris, elle arrache une broche à kebab encore chargée de couche de viande rôties. La graisse dégouline sur ses bras alors qu’elle la saisit à deux mains. Elle inspire, muscles contractés, et situe sa cible.
Puis, d’un lancer pour le moins olympique, elle balance la broche à travers les décombres. Droit sur la brute. Enfin, d’abord, elle évite – sans trop de difficulté – la moto calcinée que ce dernier avait voulu lui adresser. Quoique. C’était peut-être véritablement destiné à agrémenter la devanture derrière elle – ça expliquerait que le projectile ne l’ait pas même approché.

Une fois son premier présent envoyé… Le mage. Pourquoi tous les mages qu’elle rencontre sont si porté sur les éclairs ? Tant mieux, peut-être : Elle allait pouvoir lui rendre la pareille.
Tengr. Une petite faveur ? Une de plus. Tu mettras ça sur ma note…
Plongeant non pas dans sa rage, mais dans les bribes de foi qui pensaient ses plaies, Naran grimpa sur la carcasse d’un camion à frite. Le mage avait bougé, s’était rapproché de sa précieuse tortue explosive… Parfait.
D’un mouvement de main, Naran en appelle à ce qui lui reste de faveur divine, droit sur l’inopportun. Un fin éclair s’abat sur le blondinet, lumière blanc pâle, presque bleue dans l’allée illuminée de flamme. Bon. Ce n’est pas la rafale de foudre qui l’a transpercée, elle… Mais c’est tout de même de quoi rappeler à ce petit con qu’elle ne lui pardonnerait pas.

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Parfait. Je souris en constatant le succès de mon sort. Lire ces quelques ouvrages portés sur la magie dans les archives du manoir n’aura pas été vain. Des bouquins poussiéreux, car comprenez bien que les mages de ce groupuscule ne sont pas foule, déjà que son effectif actuel n’est pas glorieux. Bien que la perspective ne m’enchante guère, je devrais poursuivre les efforts du Battle-Royale pour me constituer un groupe d’alliés digne de ce nom… et plus largement, recruter même pour mon groupe.

Bien que ça fasse bientôt un an, j’ai toujours bien dans l’idée de tenter de recruter cet orc. Mais avant ça, on doit mettre cette femme hors d’état de nuire. Je me redresse de manière un peu trop brusque suite à mon sort, manquant de trébucher par la même occasion. Je profite du répit qu’il m’accorde pour me rapprocher du petit. Décharge. Je me ramasse littéralement sur son abdomen. La foudre s’est abattue sur moi et le courant électrique s’est propagé jusqu’au niveau de ma plaie, que je serre toujours d’une main en espérant que ça suffise à arrêter le saignement.

Je me redresse et observe le corps inerte de Bowser Jr. Outre quelques brûlures, ses blessures ne semblent pas bien sérieuses. Je tente de le secouer en espérant qu’il reprenne conscience, en vain.

- Tu m’entends petit ? Réveille-toi ! Bon sang… je t’en prie !

Rien à faire. Faut que je le mette à l’abri pour l’examiner tout à l’heure et que j’en finisse au plus vite avec ce problème. Je tire. Deux coups de feu. Ma main a tremblé, le geste est relativement imprécis. Bref, peu de chance que ça ait touché. Je m’efforce surtout de gagner du temps pour Karg’orth. Avec un peu de chance, ça aura contraint l’importune à descendre de ce camion de frites. Dès que je vois le diable vert agir, je lâche mon arme à la hâte dans une poche et attrape la main de l’enfant.

Malgré qu’il ne soit pas bien grand ni même particulièrement lourd, je galère à le traîner d’une main jusque derrière un étal de ce que je miserais être des bijoux de contrefaçon. Enfin, il n’y en a pas beaucoup. Le marchand doit s’être tiré avec un maximum d’entre eux lorsque l’affrontement a éclaté. La cachette ne reste pas bien sûre, mais c’était ce que j’avais de mieux près de moi…

Une fois ceci fait, je me place à découvert afin d’éviter que mon allié ne soit pris par un éventuel assaut de la voleuse et me concentre pour attirer à moi une créature qui serait ravie de se repaître de son cœur. Un mignon petit Opéra Jaune !
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Karg’, attention ! EH ?!

J’me jette sur l’côté, l’truc c’est écrasé juste à côté ! C’quoi ?
Une… Une brochette à viande ? Oh… Bon sang, si ça nous avait touché, j’aurais été transpercer et… J…Je… Oui ? JE SUIS AMOUREUX ! Qu…Quoi encore ? Elle m’a jeté d’la viande ! Je l’aime ! Mais sérieusement… BWAHAHAHA, j’le savais gamin ! Je l’ai senti dès l’premier coup d’œil ! ELLE EST RAIDE DINGUE D’MOI ! Elle essaye de nous tuer ! OUI, c’est c’que j’dis ! Je... Tu… Qu’importe ! Met-toi à couvert !

Et gaspiller l’cadeau d’ma chérie ? AH ! J’me r’lève, et j’viens saisir l’viande. J’ouvre grand l’gueule pour mordre dedans ! C’est plutôt bon mais… Eh oh, Karg’, tu ne crois pas qu’il y a mieux à faire là ? Comme, je ne sais pas, arrêter cette fille ? EH…EHeh…

« C’TROP BON ! BWAHAHAHA ! »

J’mâchouille l’gueule ouverte, la viande ! La viande ! LA VIANDE !
Ce n’est pas le moment ! EH ! J’suis un romantiq-ORK moi ! Si elle veut un diner entre z’amoureux, j’vais pas tout bouffer et j’lui laisse un morceau ! Là, j’vais lui rendre !

J’prends l’brochette et l’reste d’viande à deux mains, et j’balance d’toute m’force sur elle !
 Elle a esquivé ! Attend, c’est des tirs qu’on entend ?

AH, l’blondinet ! L’est pas encore mort c’lui là ? C’bien ! C’trèèès bien ! Oh bon sang ! Kwa ? Un sans-cœur ! Là ! Un sans-cœur ! Raaaah, mais vois pas qu’je suis en rencard là ?! D’quoi s’mêle l’petit prout jaune là !

J’pousse un grognement alors qu’je m’retourne. L’truc est en train d’briller !
Ça incante un sort ! TSAH ! J’commence à courir pour chopper l’truc l’plus proche, et j’vais lui envoyer l’truc C’est un ours en peluche… Eh ? Euh… BAH j’lui envois l’ours en p’luche d’ssus ! Dégage l’sans-cœur, c’ma chérie ! C’moi qui doit l’buter d’abord !

Ça lui a fait perdre sa concentration ! Mais il n’est pas mort, Karg’, si ce truc s’approche de nous, ça pourrait Blah blah blah, m’en tape l’défenses !

« Karg’orth ! C’est quoi ce bordel ?! »

Eh ? J’tourne l’tête, raaah mais vont pas tous s’y mettre ! Luis, un des gars du cartel de Jimbo. Evidemment qu’ils ne vont pas tarder à arriver, vu le chaos ambiant. Eh, c’qui Luis ? Mais, tu sais, l’humain, cheveux bruns, qui vient de la conquête de l’ouest. Nah Ce n'est pas important, tout ce qu’il faut que tu retiennes, c’est qu’il est avec nous. Il vient de tirer son arme de poing, et se prépare à viser la voleuse.

Tsah !
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Ça commence à puer. Voilà les gangs qui s’en mêlent, et des Sans Cœurs qui apparaissent. Trop de monde. Trop de balles.
Il est temps pour Naran de tirer sa révérence.
Dommage. C’était si… Si sanglant. Si vivant, aussi.

Mais, de sa course à travers les décombres, elle entend les tirs qui se rapprochent. En sent un perforer sa veste, l’autre grignoter sa cuisse. Elle réalise, aussi, combien le combat l’a éreinté. L’odeur de graisse, de sang et d’explosif lui monte au nez. Tout aussi essoufflée qu’elle soit, elle sourit. Puis recule, d’abris en abris, et prévoit son échappée.
Elle connait les rues, les visages, il ne manque plus qu’une opportunité.
Son dernier explosif frappe le sol devant elle.

Une brève explosion, et la zone est emplie de brume. Naran, elle, connait son chemin, et s’efface à travers les ruelles. Son visage change, et devient celui d’un jeune homme apeuré ; sa posture celle d’un fuyard terrifié plutôt qu’une tueuse.
Reste plus qu’à dispa-
A peine si elle distingue un visage marqué de peinture de guerre, que déjà elle entend le sifflement d’une machette. La lame coupe, entaille son bras levé pour la protéger, et elle hurle. De sa voix, pas de celle qu’elle aurait dû affecter.

Mais la douleur ne peut pas l’arrêter longtemps. Tendue comme un ressort, elle passe à l’attaque, enchaine coup de pied et de son coude libre pour mettre à terre le guerrier. Il réplique, encaisse, arrache la lame qui lui scie le bras pour entamer une danse.
Il est armé, indemne, déterminé. Pourtant, il n’a aucune chance face à elle.
Elle le sait.
Elle sait aussi que derrière elle sont quatre combattants, dont un monstre vert à moitié fou.

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- Put…

Je serre le poing et me retiens de toutes mes forces d’insulter sur l’instant Karg’orth. Cet abruti d’ogre, de diable, ou de troll ou de je ne sais quoi d’autre de vert a balancé une peluche sur mon mignon petit allié, l’empêchant d’envoyer son sort de foudre. A quoi est-ce qu’il joue ? Il n’avait pas de raison particulière d’envoyer cette peluche vers l’arrière, si ? Peu importe. Je secoue la tête et me frappe une joue de la main. Ça va pas, à m’énerver j’ai perdu ma concentration moi aussi. Je dois réussir à mieux contrôler mes émotions, si j’aspire à devenir un jour un excellent mage !

La voleuse semble commencer à reculer, puis il y a une détonation qui m’empêche de voir. Je cesse d’incanter : ça ne sert à rien que je tente d’attaquer à l’aveuglette. Et puis avec ma blessure… j’arrive pas à détecter sa position tout en préparant mon sort. C’est peut-être un piège… Tant pis. Si c’est le cas, je vais foncer droit dedans et adviendra que pourra. Je m’enfonce dans la fumée laissée par l’explosion et m’efforce de sonder les environs à sa recherche.

Rien à faire. Même sans incanter, mon périmètre de détection s’est restreint. Et mine de rien, j’arrive pas à bouger vite avec les obstacles que je rencontre et ma blessure qui gêne un peu mes mouvements. L’opéra jaune me suit toujours d’assez près. Je prends quelques instants pour évaluer la situation, puis me décide assez vite. Elle ne peut pas être bien loin. Je vais en invoquer un second, les envoyer tous les deux en reconnaissance et attendre qu’elle en élimine un. Le bruit m’aidera à la débusquer.

Un cri.

La voix est féminine. Je suis la provenance du son de sa voix et découvre bientôt… deux hommes qui s’affrontent ? J’ai aperçu le premier avant de bouger tout à l’heure. Visiblement un membre d’un gang, de notre côté pour le moment, bien que la raison m’échappe. Je ne reconnais pas le second, mais n’hésite pourtant pas un instant avant de préparer un nouveau sort pour le soutenir en vitesse, tandis que j’ordonne à mon sans-cœur de préparer une attaque de foudre.

Après quelques instants, un pic de glace apparaît derrière la cible pour lui couper une voie de retraite. Je m’apprête à enchaîner en préparant un second sort, en espérant lui donner le coup de grâce, mais ma concentration est de nouveau rompue par un claquement brutal contre le mur voisin. Je tourne la tête pour voir une main verte, retenant d’une poigne de fer un long chapeau qui s’effrite. Et des volutes de fumée noirâtres, en lieu et place de mon compagnon.

- Mais qu’est-ce qui te prend, merde ?!

Je fronce les sourcils et le fusille du regard. Cette fois je n’ai su contenir ma frustration, ne tente même pas de cacher mon énervement. Et dire que je vais devoir continuer de coopérer avec ce véritable malade mental, cette brute incontrôlable… ça va donner !
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« C’du sans-cœur ! » Qu’je beugle à l’autre chair molle, quel nul c’lui là ! J’suis sûr qu’si j’étais pas là, c’ferait manger l’cœur tout rond ! Karg’, je crois qu’il l’a invoqué, c’était son serviteur. Eh ? L’serviteur d’chair molle ? AH ! AHAHA ! Et puis quoi encore ? Lui ? Invoquer d’trucs ? Allez, pourquoi pas ! Mais qu’ça lui obéisse à c’petit chouineur ? NAaaaaah !

TSAH ! Pas l’sujet, m’remerciera plus tard, l’blondinet ! Où qu’elle est ? Où qu’elle est ?! J’tourne l’tête, j’regarde partout, j’la vois pas ! J’suis sûr qu’je l’ai entendu pourtant ! C’était s’cri, si jolie cri, AH, j’veux le réentendre ! Maintenant ! Tout d’suite !

Là-bas, Kitchi est en train de se battre ! Eh ? Mais sont tous là ou quoi ?! J’commence à m’précipiter pour aller l’aider l’gars ! L’autre homme essaye de prendre la fuite, ou il danse, je ne sais pas ! EH ! Bonne chance pour sauter par d’ssus c’mur d’glace !

J’commence à prendre d’grandes enjambes, à la une ! A la deux ! Et à la trois ! J’donne un gros coup d’poing vers l’mec qui frappe Kitchi, me l’esquive, raaaah, ça me rappelle l’autre dépressif là ! Erik Blues
Non, c’est Wood ERIK BLUES !

J’tord m’babines dans un rictus.

« EH ! Z’avez pas vu m’femme ? »
Ta femme… Vu comment elle a essayé d’me tuer, oui ! C’peut être qu’la marque d’amour ça t’vois ! Ah uh…

Kimchi m’répond même pas, et l’autre… Attend, y’a un truc dans l’regard, c’familier…

Luis est en train d’arrivé, ça fait beaucoup de monde, qui que ce soit cet homme, ça va être compliqué pour lui. Mais j’m’en fiche d’gars moi ! C’la nana qu’je veux !

« C’est fini. »

Qu’gueule l’indien, j’suis jaloux, l’machette est encore humide d’sang, et moi, j’en ai pas sur m’poings !  Je ne comprends toujours pas, pourquoi Kimchi a attaqué cet homme ? Un coup monté ? Ou alors une autre opération a eu lieu en même temps ? Mais j’m’en fiche mwaaaa, j’veux l’nana j’dis ! Et l’blondinet veut s’gummiphone !
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