Et pourquoi est-ce qu’un homme d’affaire, coincé dans son bureau à longueur de journée, ne participant jamais à aucune bataille ou tournoi de grande envergure, ne pourrait pas l’emporter ? Je suppose que pas grand monde n’aurait parié sur lui au début du mois. Lui-même avait semblé faire en sorte de rester un temps le plus loin possible de l’action en se barricadant à son étage. Mais voilà, le sort avait parlé.

-Ahlala, c’était quand même mieux qu’à la télé tu trouves pas ?

Tandis que tout reprend forme autour de nous et que tous se réunissent autour du grand gagnant du mois, nous restons à distance. Temerys était partie pour s’en approcher, mais je la retiens par le bras.

-Quelque chose me dit que si on s’approche, on ne sera pas les bienvenues.
-Tu crois vraiment que cette histoire de vaisseau va se retourner contre nous ?
-Pourquoi, pas toi ?
-Mmmmm…

Nous nous refaisons le film de ce Battle Royal. Comment nous nous en sommes prises aux Turks, comment j’ai pu le provoquer à travers le gummiphone, comment ils nous ont ensuite prises pour cible à travers le vaisseau. Et puis évidemment, la prise de contrôle du vaisseau à travers un empoisonnement général, sans parler des conséquences matérielles que cela a pu avoir.

-Ouais… en fait je crois que t’as raison.

Nous reculons encore un peu. Le Président est en train de parler à la caméra tandis qu’il tient Scarlett contre lui d’une manière qui laisse peu de place au doute quant à l’évolution de leurs relations. Odile ne s’était donc pas trompée.

-Allez Nina, regarde pas ça, tu te fais du mal.

Ce n’est pas tant que cela est douloureux, mais, je sens que, effectivement, les choses commencent à reprendre leur cours. Je commence à sentir que mes ténèbres redeviennent ce qu’elles étaient avant. Je sens le coeur de Temerys à côté et j’ai l’impression que je peux à nouveau l’atteindre. Mes « couleurs » sont revenues, moins intenses que celles que je portais pendant le Battle Royal. La Ville de Traverse semble à nouveau intacte.

-Qu’est-ce qui se passe maintenant ?

Je m’apprête à répondre puis, une drôle…d’impression me parcourt. Je tourne les yeux vers Temerys, elle n’est plus là. Il n’y a rien tout autour. Je cligne des yeux et je ne suis plus du tout dans la Ville de Traverse. Je suis assise dans la salle d’archives, devant un écran, mon doigt est posé sur la souris que je fais bouger machinalement. Je me recule dans ma chaise, m’appuie sur le dossier, repense à ce qui vient de se passer. Je regarde autour de moi, plusieurs autres personnes semblent dans le même état que moi. Je me lève et sors de la salle, hésitant presque à marcher.

Est-ce que c’était bien réel ? Je me souviens avoir failli finir carbonisée. Je me souviens du moment où le petit lapin l’a emporté sur moi. Je me souviens de la victoire du Président, de la tête de ce même petit lapin qui saute en arrière sous le coup de feu. Je me souviens de cet échange de messages avec Odile où elle me disait ce qu’elle avait vu dans l’hôtel.

Je découvre les couloirs gris et familiers du Vaisseau. Je suis bien de retour. Mon gummiphone vibre.

-Euh…Ni..na ?
-Ouais ?
-Tu te souviens de moi ?
-Temerys.
-Putain ok ! C’est carrément dingue ! On est de retour là où on était juste avant le coup de Lord Business. Tu comprends quelque chose ?
-Pas vraiment.
-Il y a un truc qui me dérange. Je sais qu’on est restées ensemble presque tout le temps, mais y a des trucs dont je me souviens pas. Genre… je crois qu’à un moment on s’est rendues dans un bois quelque part et qu’on a trouvé des paysans. Et c’est là que j’ai été éliminée…Par Roxas ? Ca n’a aucun sens non ?
-Si si, t’as bien été éliminée par Roxas. Mais je ne parviens pas non plus à me rappeler où c’était.
-Vraiment trop bizarre.

J’essaie de me remémorer ces instants pourtant si récents, mais je n’y parviens pas.

-Ah, et je me souviens pas comment on a éliminé tout le Vaisseau, mais je sais qu’on l’a fait. C’était un truc un peu dégueulasse et vraiment…massif je crois…

Moi non plus. Je me souviens seulement des sentiments négatifs de l’équipage à notre égard.

-Peut-être que c’étaient des trucs dont il ne vaut mieux pas qu’on se souvienne.
-Ecoute, je te laisse, il faut que je fasse un truc…
-Ok, bah, à toute !

Un mois que j’attends, c’est l’heure du festin.