Nazik était au sommet de la tour du clocher du crépuscule, quand c'est arrivé... lorsqu'un voile menaçant a commencé à recouvrir le monde. Au loin, on aurait d'abords cru à un orage descendu à terre pour tous nous punir. Obscur, d'une teinte qui ne dit rien qui vaille, le voile avançait comme la marée, lente à l'oeil mais rapide comme des chevaux aux galops. Jusqu'ici, serein et détendu, il ne fallu pas longtemps au jeune homme pour comprendre l'urgence de la situation ou même le lien avec la bataille royale. Heureusement pour lui, cet étrange phénomène a réveillé les instincts de survie de tout à chacun. Nazik lui-même se leva d'un bond de tout son long, le poil hérissé à la façon d'un félin qui fait le dos rond en feulant face à une menace. Sa clef lui apparut en main d'instinct. La théorie aurait voulue que seule les concurrents encore en lice s'en inquiètent mais en pratique ? Ce fut si soudain que tous s'agitèrent à fuir.
Sans attendre, le jeune homme a fait un pas pour se laisser tomber du haut de ce qu'il reste de la tour du clocher ! A chuté sur les creux et les gravats de la tour, à une vitesse trop peu vive pour être naturelle.

En quelques bonds, bien que secoués, il était arrivé à terre pour se mettre à courir... au diable la nonchalance lorsqu'un sinistre phénomène avale l'horizon à vue d'oeil. Toute personne qu'il croisait se faisait alpaguer sans attendre ! " Toi là ! Aide-moi et la Coalition te le revaudra ! " La mention faisait fuir certains, se rameuter d'autres et Nazik, lui, continuait de hurler à quiconque s'approchait. " Vous là ! Dépêchez-vous de m'aider où la Coalition vous le fera payer ! "

Tour à tour, le jeune homme hurla des menaces et des promesses, rameutant tout une troupe à sa suite à la recherche d'un vaisseau... mais surtout de quelqu'un en mesure de piloter. Fort heureusement, dans le lot des suiveurs, il y eut très vite un opportuniste de la Shinra pour s'y greffer. La gare fut retournée, des dizaines de personnes s'agitant à déblayer ruines et gravats pour ensuite infester tout ce qui ressembla de près ou de loin à un vaisseau utilisable. Nazik, lui, gravissait les monticules de détritus avec un regard soucieux et nerveux, pris de sueurs froides. Il suffisait qu'un "bip' se fasse entendre, qu'un moteur râle ou que de la fumée s'envole pour qu'il y concentre toute son attention avec un regard meurtrier.
Puis, finalement, un vaisseau fit tout cela suffisement longtemps pour qu'il s'y jette, à corps perdu, pire qu'une hyène sur la carcasse d'un fauve.

Ses pupilles jaunes se noyaient dans le blanc de ses yeux devenus de véritables mers d'encres, il en pleurait et la pulsation des ténèbres colorait de violet ses veines. Le contrecoup serait dur mais, se disait-il, il aurait la route pour s'en remettre. En attendant, la rage au coeur, il chassait à coup de clefs furieux tout ce qui lui barrait la route ! Très vite, il rejoignit le vaisseau, à proximité mais une foule de gens compacte le bloquait. Ni une, ni deux, son ombre s'éleva en des griffes monstrueuses pour disperser tout ça et s'ensuivit un coup de clef duquel émana une déflagration de ténèbres pures.
Froid comme un sans-cœur, il s'engouffra dans la brèche et pénétra le vaisseau, vociférant au pilote de décoller.

Celui-ci cria en retour à la compassion ou que sais-je comme idiotie, clama que sans pouvoir accueillir tout le monde, quelques réfugiés seraient possibles... mais Nazik vociféra d'autant plus, hurla et jura avec une absence total de self-control. Même pas des phrases, à peine des mots. Face au cri et à la fureur de l'homme en surchauffe, la maigre volontée du pilote effrayé se fit complètement broyé. La porte du vaisseau se ferma pour que ce dernier décolle... et à bout de souffle, le coeur qui explosait à chaque battement, Nazik s'assit le dos vouté à même le "sol" du vaisseau.
Après avoir fui le voile au travers de l'espace gummi, l'embarcation se pose finalement en catastrophe dans un boulevard à la Ville de Traverse.

Top Un ou rien... Nazik se l'est répété durant tout le voyage... et le pilote, un peu confus, a finalement du mal à comprendre ce qu'il fait là sans sa saturation.

" On fait quoi maintenant... ? "

Nazik se lève, jette à peine un regard à l'homme avec un rictus mauvais, lui dit au revoir d'une main jetée avec mépris. Trois portails d'ombres s'ouvrent dans le cockpit pour que le jeune homme s'en échappe sous ses cris.

Vaguement, trop préssé pour détailler, l'obscurantiste résume d'un regard le patchwork urbain qui l'entoure. L'on distingue des vaisseaux dans les airs et certains pas si hauts, d'autres carrément posés qui se laissent apercevoir entre les bâtisses. Quatre ombres sortent du vaisseau à quatre pattes, ventre à terre avant de s'y aplatir en marres ombreuses et se disperser. Sa clef en l'air, à deux mains, Nazik jette un regard décidé aux cieux et la silhouette d'une vouivre le recouvre. Très vite, il file à grandes enjambés en direction d'une maison pour s'y retrancher. Celle-ci ne distingue pas tellement du reste. La porte râle en fracas sous son pied furieux, se dégonde à moitié en voilant son cadre pour lui tirer révérence mais ne s'ouvre pas. Stoppé net dans sa précipitation, Nazik ramène sa clef devant en la faisant tournoyer et tape, très légèrement, le loquet de l'ouverture. D'elle-même, la porte s'ouvre au son de son mécanisme qui s'ouvre et l'obscurantiste file à l'intérieur.
Enfin, le jeune homme se permet de respirer, de reprendre son calme... pourtant bien conscient que cette drôle de brume était toujours en mouvement dans l'espace.

Tôt ou tard, elle atteindra Traverse et... l'arène rétrécit. Compter sur les autres concurrents pour s'éliminer entre eux ? Ca ne suffit pas à Nazik qui voudrait plus de garantie. L'ombre converge au creux de sa paume aux doigts ouvertes comme des serres. Peu à peu, une masse noire chaotique y nait, pulse comme un coeur et, à chaque pulsation, grossit un peu plus. Jusqu'à ce l'entité rivalise en taille avec son invocateur mais plus large encore, se densifie et se solidifie. Le sourire cruel d'une citrouille s'y dessine, dévoile son intérieur violet en une expression cruel... s'ouvre ses yeux jaunes vides et sans âmes dont la simple gueule esquisse l'attention. Trois tentacules aux extrémités roses poussent comme des fleurs en accélérés, sans jamais fleurir.
La Boule Noire est lâché... et dès qu'elle sort, à l'aide de bras furieux, Nazik fait se coucher une armoire pour bloquer l'entrée de la porte.

L'esprit ailleurs, l'impression d'avoir perdu une partie de lui... ce sentiment de vide qui, forcément, cesse après quelques temps... pourtant, à chaque fois ? L'élu ne peut ignorer la peur viscérale que cette partie de lui, prise à chaque invocation, ne revienne jamais à lui. La seule chose qui le raccroche encore à la réalité, c'est...

" Top 1 ou rien. "