La plupart du temps, nous nous trouvons une utilité dans le vaisseau. Ce matin justement, nous avons récupéré un container au milieu de l’espace. Celui-ci devait initialement être livré au vaisseau mais avec les conflits spatiaux, il était perdu en plein milieu de l’espace. Notre avantage par rapport au reste du vaisseau était de pouvoir faire face à d’éventuelles attaques. Quand nous sommes arrivées, nous avons été accueillies avec un peu plus d’enthousiasme qu’à l’accoutumée. Même le commandant était à la sortie, hochant la tête à la vue de notre cargaison saine et sauve.

Temerys en a profité pour prendre quelques unes de ses rations préférées et nous sommes retournées dans nos quartiers privés.

A présent, elle écoute de la musique, le casque vissé sur les oreilles, pendant que je consulte gumminow. Il semble que les gens sont moins actifs. D’une part, je suppose que cela est dû à la réduction de participants, d’autre part, cela doit avoir rapport avec le fait que pour survivre, la plupart doivent se cacher. Poster ce serait risquer de dévoiler sa position, peut-être ?

L’application de messages m’envoie une notification. Odile est en train d’écrire. Des nouvelle``s du Président peut-être. Quelques minutes plus tard, je lance le gummi violemment contre le mur, sans réfléchir, juste comme ça.

Temerys arrête de chantonner, elle a dû entendre le bruit du choc.

-Hey Nina, ça va pas ?!

Je me lève et me mets à faire les cent pas. Je pourrais lui dire que je suis prête à ravager les mondes et à me nourrir de tous les coeurs des enfants les plus innocents qui existent, mais devinez-quoi. Je ne peux pas. Je suis heureusement en pleine possession de mes pouvoirs, sans quoi j’aurais déjà repris ma forme naturelle.

Elle ramasse mon gummiphone et inspecte l’écran.

-C’est bon, il n’est pas cassé. ‘Fais gaffe quand même.

Elle me le tend, je le refuse, croise les bras et pose mes doigts sur ma bouche pour réfléchir.

-Tu vas me dire ce qui te met dans des états pareils ?
-Il faut croire que je supporte assez mal de perdre.
-Perdre…? Il s’est passé quelque chose ?

Je la fixe quelques instants, l’air évident.

-Attends. Ne me dis pas que c’est le Président.

Je ne prends même pas la peine de répondre. Je tourne sur moi-même et continue de songer à la suite des opérations. Les jours passent. Dans le monde extérieur, il y a de moins en moins de participants. Temerys et moi sommes à l’abri ici mais ça ne pourra plus durer longtemps avant que quelqu’un se décide à venir ici pour trouver les derniers survivants. Pourquoi ne pas anticiper notre départ, avant que la zone de survie ne rétrécisse ? Il ne faut pas que nous continuions à nous engourdir. Dehors les gens se battent en permanence pour leur survie pendant que nous nous endormons sur nos lauriers. A tous les coups, si l’on continue ainsi, notre compte sera réglé dès les premières minutes du dernier jour.

-Comment t’es au courant de ce qui se passe pour lui ?
-J’ai mes sources.
-T’es vraiment… une grande malade. Je t’assure, tu me fais peur. S’il m’interroge après tout ça, je serai probablement obligée de lui dire que tu le perma-fliques.

Je la regarde l’air inquisiteur.

-Wowowo, c’est bon, je déconne, calme-toi Nina !
-Que dirais-tu de quitter le Vaisseau-Mère ?
-Tu veux partir d’ici ?
-Ouais.
-Après tout ce qu’on a accompli ?
-Ouais.-Avec toute la puissance de frappe qu’on a ici ?
-Je commence à m’ennuyer.
-J’avoue.
-Alors, t’en es ? Ou je pars sans toi ?
-Non, camarade, tu vas devoir faire avec moi, jusqu’à ce que…
-Jusqu’à ce que ?
-Bah que l’une d’entre nous décide de tuer l’autre.
-Au moment opportun.
-C’est ça.

Nous nous préparons alors, choisissant des tenues adaptées à la survie. Nous décidons de passer discrètement à l’armurerie pour nous équiper en conséquence. Il ne faut pas que l’équipage sache que nous nous apprêtons à déserter. Même s’il ne leur reste que quelques jours à gérer le vaisseau sans notre présence. Nous prenons des sacs assez discrets et empruntons des passages peu fréquentés pour rejoindre les plateformes d’embarquement. L’avantage avec l’ambiance actuelle, c’est que la plupart des gens sont trop bourrés pour faire attention à nous.

Pendant que je vérifie une dernière fois l’actualité des mondes dans un coin, Temerys choisit un vaisseau encore fonctionnel.

-Putain j’adore ce vaisseau, j’ai toujours rêvé d’en piloter un. Tu viens Nina ?

Nous entrons dans ce petit vaisseau sombre au style assez élancé, dont la technologie me semble très récente. L’intérieur est en cuir et les témoins lumineux sont en dégradés de couleurs sombres.

-C’est tellement la classe, c’truc, je crois que je vais m’en prendre un quand cette histoire sera terminée.

Tandis qu’elle lance les moteurs, nous recevons un appel radio.

-SH-347. Ici la tour de contrôle. Quelle est la raison de votre départ ? Vous n’êtes pas au programme du jour.
-Merde je croyais qu’il n’y avait plus personne à la tour de contrôle. C’est pas ce que tu m’avais dit ?
-Si, c’était le cas… l’autre jour.

J’enfile le casque de communication.

-Tour de contrôle, ici SH-347. Je suis Nina Arad et je suis en compagnie de Temerys…
-Fadel. C’est Fadel mon nom, Nina.
-Temerys Fadel. Nous sommes parties ce matin remorquer un conteneur de nourriture.
-Bien reçu, SH-347, quelle est la raison de votre départ ?
-Nous avons reçu des informations selon lesquelles un grand vaisseau serait dans les environs et nous souhaitons vérifier cette information en partant en éclaireur.
-Je vérifie ces informations et vous recontacte, SH-347.

Je mute mon micro.

[color=#aaaaaa]-Est-ce qu’on peut brouiller le pistage pour qu’ils ne sachent pas où nous allons ?
-Non. On ne peut pas.
-Ah.
-En revanche…

Elle fait manoeuvrer le vaisseau et le fais sortir du hangar plus rapidement que dans les manoeuvres standard. Une fois sorties de là, elle appuie sur le levier et nous fait foncer droit devant à pleine vitesse. Je suis écrasée dans mon siège, subissant la pression.

-On peut toujours se barrer avant qu’ils se rendent compte qu’on se fout de leur gueule.
-SH-347 ?
-Réponds pas, on gagne du temps avant qu’ils comprennent. Et qu’ils essaient de nous descendre… On sait jamais qu’ils trouvent un moyen d’y parvenir.
-SH-347, vous avez quitté le vaisseau sans autorisation. Si vous persistez, nous ferons feu sur vous.
-Essaie toujours connasse.

Temerys pousse encore le vaisseau plus proche de ses limites. Tandis que je subis les effets de la pression, je la vois serrer les dents et tenir bon. Une minute plus tard, elle s’exclame et diminue la puissance.

-C’est bon ! On est en dehors de leur portée de tir.
-Bien joué.
-Merci. Maintenant il va falloir faire gaffe à tous les autres vaisseaux peuplant l’espace infini, on vient de quitter le seul endroit à peu près safe de l’univers.

Je desserre les harnais qui compriment ma poitrine pour me mettre plus à l’aise.

-Où est-ce qu’on va du coup ?
-Allons au Colisée de l'Olympe. Allons rencontrer les dieux des hommes.