J’ai fini par me calmer et quitter ses appartements, me rendant compte que s’il n’y est pas, cet immense espace, luxueux, vide et protégé, ne représente plus…rien.

Alors, je l’ai retrouvée, à quelques couloirs du bar où je l’avais abandonnée. Elle est assise à terre appuyée sur une plante en pot, bavant sur les feuilles. Je me penche vers elle et secoue son épaule, l’appelant par son prénom. Elle grogne mais ne bouge pas. Je me mets à la gifler quelques fois, toujours pas. Elle est vraiment anesthésiée. Bon sang, quel boulet. Et je ne peux même pas me permettre de la laisser là, elle, ma seule alliée pour le meilleur et pour le pire.

Je me relève et attrape son bras. Elle me revaudra ça, assurément. Je la transporte dans la foule, toujours en délire. Au rythme où ça va, la situation pourrait rester telle quelle jusqu’à la fin du mois, dans cette ville volante où il fait toujours nuit.

En approchant de notre chambre, nous croisons le commandant. Il nous détaille quelques instants, nos tenues, son état, et il ne cache pas sa désapprobation.  Je hausse les sourcils, l’air de dire « qu’est-ce que vous voulez que ça me foute ? » et je passe mon chemin. En arrivant, je la jette pratiquement sur sa couchette et remonte ses jambes dessus, c’est le minimum mais bien le maximum que je suis prête à faire pour quelqu’un.

-C’…toi ?

Je vais dans la salle de bain pour me rafraîchir le visage. Je ne réponds pas à ses demandes. J’aimerais juste qu’elle dorme à présent, pas l’entendre partir dans ses divagations. Je l’entends respirer profondément et pense qu’elle s’assoupit puis…

-‘Dois vomir…

Mais non, pas ça. Je me jette dans la chambre et la tire par la chemise brusquement pour la traîner jusqu’aux toilettes. Je serais capable de la détester si je le pouvais. Mais tout ce que je peux faire c’est sentir les ténèbres bouillir en moi et me supplier de les laisser sortir et de lui régler son compte. Je lui mets la tête au dessus de la cuvette la tenant fermement par les cheveux, et sans aucune forme de tendresse.

-Maintenant, tu vides ton estomac.

Quelle idée de merde de se mettre dans des états pareils. Humanité de merde.  Je masse mon poignet en le faisant tourner, essayant de reprendre totalement le contrôle de cette humanité que je dois lui simuler à elle aussi, même dans cet état, puisqu’on ne sait jamais.

Une demi-heure passe, pendant laquelle je l’entends prise de spasme, respirer bruyamment puis s’assoupir. Puis elle se met à ramper sur le sol de la chambre et à essayer de rejoindre son lit. Je finis par l’y aider. Je me rends alors compte qu’elle pue atrocement, un mélange de vieux tabac, d’alcool, de vomi et de…bref. Sans aucune forme de pudeur, je lui ôte ses vêtements, les mets dans une poubelle en métal puis la mets dans le couloir devant la chambre.

Quelques heures plus tard, je me réveille et commence à me préparer, fermant la porte de la salle de bain, cette fois. En sortant, j’entends un nouveau grognement. Elle commence à émerger. Voilà bien dix heures qu’elle dort.

-wh…what ? Pourquoi je suis à poil ?

A vrai dire, elle ne l’est pas totalement, il était hors de question que je touche ses sous-vêtements. Je hausse les épaules, je ne fais pas la gueule évidemment, mais je n’ai juste pas le courage de répondre à cette question pleine d’espoirs.

-On…on l’a fait ?

Je la regarde l’air plein de dégoût.

-Dans cet état misérable, là ?
-Tellement que ça ?
-Oui. Et tu continues de sentir, alors va te laver, maintenant. ‘Faut qu’on bosse.

Je n’ai pas oublié le regard dédaigneux du Commandant hier soir. Il faut qu’on fasse quelque chose d’utile pour ne pas se dire à la fin du mois qu’on a passé la moitié du temps à laisser ce vaisseau basculer dans la vacuité. Je profite de son absence pour enfiler une tenue que je prends encore une fois dans l’armoire d’une des personnes à qui cette chambre appartient. C’est un pull fin au col roulé noir avec jean taille haute brut.

Quand elle sort de la douche, elle semble hésitante.

-Nina ?
-Ouais ?
-Tu me le dirais si j’avais été vraiment vraiment lourde hier soir ?
-Ouais bien sûr.
-D’accord.

Elle semble rassurée, les images doivent être floues dans sa tête.

-T’as vraiment vraiment été lourde hier soir. J’ai cru que j’allais te jeter par dessus bord tellement tu me collais. Puis j’ai pas apprécié l’épisode du vomi, tu vois.
-Ah…merde.
-Bon, habille-toi maintenant.
-Où est-ce qu’on va ?

Je n’en sais rien encore. Je sors mon gummiphone et cherche dans mon répertoire un nom bien connu. Il y a déjà quelques temps que je n’ai pas eu de ses nouvelles.



NinaEs-tu dispo, genre, rapidement ?

Odile?

NinaTu pourrais retrouver quelqu’un pour moi ?

OdileTu peux pas mener ta propre petite enquête ?

NinaOn sait toutes les deux que tu es bien meilleure que moi à ce petit jeu.

OdileComme à tous les jeux en fait.

NinaNe t’emballe pas, simili.

OdileSois plus aimable, sans-coeur. love

NinaAvec joie,  quand tu te seras rendue utile, je ferai ce que tu voudras.

OdileTout ce que je veux ?

NinaAbsolument. Tout.

OdileQui est-ce que je dois rechercher pour toi ?



-Nina ?
-Ouais ?
-Tu m’a pas répondu.
-Je me concentrais sur un truc important.
-Tu parles à qui ?

Je réfléchis un instant, comment la qualifier de façon humaine.

-A ma soeur.