J’ouvre les yeux, péniblement. Mes paupières sont sèches, de même que ma bouche. Je tourne la tête sur la gauche puis sur la droite dans l’idée de découvrir où je suis. Je reconnais petit à petit la chambre d’hôtel qui était notre destination il y a encore quelques heures si ce n’est plus à en croire les rayons du soleil qui percent à travers les rideaux tirés.

J’aperçois Balto assis sur une chaise à côté de mon lit. Son regard est porté sur un magazine qu’il tient des deux mains. Je vais pour me redresser mais suis vite stoppé par une douleur saisissante au niveau de la poitrine, cela m’arrache un râle.


Monsieur, vous êtes réveillé ! Ne forcez pas, tout va bien, dit-il, posant le magazine sur la table de chevet à côté de moi. Il se lève et se penche au dessus de moi. Sale blessure hein, on a essayé de panser vos blessures comme on a pu. Je dois dire que vous nous avez fait une petite frayeur, tente t-il sur le ton de la plaisanterie.

Je porte la main à mon torse nu et y sens un large bandage m’entourant le haut du torse. Je le parcoure du bout des doigts jusqu’à arriver à cette zone qui me tire. Je plisse les yeux avant de porter mes doigts à mon regard. Du sang.

C’est plus impressionnant qu’autre chose. Vous vous rappelez de ce qu’il s’est passé ?

Jusqu’à ce que nous montions en voiture. Je veux bien un résumé, si ça ne vous dérange pas.

Eh bien vous n’avez pas raté grand chose. Depuis le moment de l’attaque, Elena m’a appelé pour me dire de préparer de quoi vous transporter, et un nécessaire de premiers secours. Elle a récupéré des potions dans une pharmacie, vous êtes arrivés, on vous les a fait boire et on vous a pansé vos plaies avant de vous laisser vous reposer.

Et les autres ? Comment vont-ils ?

Il remonte ses lunettes sur son nez, avant de me répondre.

Ils vont bien, ils s’échangent les tours de garde, c’est Elena qui les gère. On a pas de nouvelles de Rude, ni de Mid qui se sont fait éliminer pendant l’attaque si j’ai bien compris. Reno, aux dernières nouvelles, est à l’extérieur fumant clope sur clope en attendant un signe de vie de Rude. Juget et Ruluf se sont réveillés peu de temps après votre arriv-

Et Scarlett ?

Elle était sous le choc, Freyra s’en est occupée comme elle le pouvait. Là, elle dort dans la pièce à côté, toutes ces émotions ont fini par la mettre K.O.

Je vois. Je pourrais avoir un verre d’eau ?

Oui, bien sûr.

Il se lève, part dans la pièce à côté et ouvre un robinet dont j’entends l’eau couler. Il revient quelques secondes après, avec une boite de pilules. Il les pose sur la table de chevet et vient pour m’aider à me redresser.

Ça va, ça va… Je vais bien, dis-je en me débrouillant seul. Je détestais cette idée d’être le fardeau de mon propre groupe. J’attrapai le verre d’eau que je bus d’une traite avant de le reposer sur le meuble en bois.

Je vous ai ramené des anti-douleurs, si jamais elle devient insoutenable, mais normalement les potions que nous vous avons données devraient finir de faire leur boulot d’ici quelques heures. Je ne dis pas que vous vous sentirez comme neuf, mais vous serez sur pieds plus rapidement.

Je soupirai en me renfonçant dans mes draps. Tout ceci était la faute de Rude, du moins c’est ce dont j’essayais de me persuader. S’il n’avait pas appuyé sur ce maudit frein, probablement que je n’en serais pas là. A refaire, je lui ordonnerai de l’écraser et de faire marche arrière pour être sûr que la vie la quitte. Si seulement ces potions pouvaient se dépêcher de faire leur oeuvre.

Balto. Pourriez-vous me laisser ? Je vous suis reconnaissant, mais j’aimerais me reposer encore un peu.

Oui, bien sûr. Je resterai dans la pièce à côté si vous avez besoin, dit-il en se levant, le magazine à la main, avant de quitter la pièce.

Je laissais ma tête s’enfoncer dans l’oreiller et fermai les yeux, laissant traîner mes doigts sur mes bandages. Je me rappelais cette sensation lorsque la lame de cette femme tranchait ma chair. Une douleur froide, lancinante, sans aucune certitude quant à ce qu’il était en train de se passer. Et puis le feu, un feu dévorant qui venait du plus profond de mes entrailles et qui ne me faisait plus rien désirer d’autres que la mort de mon agresseur. La colère, puis juste après la plénitude d’avoir troué son corps, pourtant à l’apparence si fragile. De lui avoir rendu, à cette garce, la souffrance qu’elle avait pu m’infliger, tout en ayant la satisfaction d’être celui qui survit, et surtout, d’être celui qui la fit échouer.


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Lendemain difficile Dd736708773db3f50ba2