Il vient de perdre conscience ! Il…

Scarlett était en train de s’affoler pendant que j’essayais de nous conduire au plus vite que je le pouvais à l’hôtel. Elle était comme hystérique, elle s’arrêtait pas de gueuler ce qui n’aidait… bah personne en fait. Je serrais les dents, et le volant entre mes doigts, en essayant de pas exploser. Si je perdais mon calme, on était dans la merde.

Crisis, dis lui de fermer sa gueule. J’te jure, dis lui de fermer sa gueule.

Bah… tu veux dire quoi à une femme paniquée, toi ?

J’m’en tape, mais on risque l’accident si elle la ferme pas.

Putain…

J’regarde dans le retroviseur, Scarlett a ses mains de collées à la plaie d’un Président complètement dans les vapes. J’espère qu’Elena va les trouver ces putains de potions, sinon on est pas dans la merde.

Mais… mettez pas vos mains comme ça, faut que vous fassiez un point de compression ! Appuyez aussi fort que vous le pouvez sur la plaie, ça ira jusqu’à ce qu’on arrive.

Mais si on le déplace ? Il…

On en est pas encore à là.

Je continue de rouler. Costa c’est pas non plus un monde gigantesque, mais étrangement, le trajet me paraît faire le double de ce qu’il est réellement. Mon gummiphone vibre, je l’arrache de la poche et le jète à Crisis pour qu’il me dise c’que ça raconte.

C’est Elena. Elle a réussi à trouver des potions dans un vieux carton au fond d’une pharmacie pillée, elle nous dit de nous grouiller.

Bah tu lui réponds que je l’emmerde et que je fais ce que je peux !

Crisis pianote sur l’écran de l’appareil, et, de virages en virages, on arrive enfin à l’hôtel du président. On descend à peine de la bagnole, que Maur et Freyra se précipitent à notre rencontre. Maur charge le président sur un genre de porte bagage et l’emmène à l’intérieur. Scarlett essaie de le suivre, mais Freyra la retient.

Non, avant de rentrer, vous allez vous calmer. Vous allez respirer un bon coup, Balto est à l’intérieur avec Elena, ils s’occupent du reste.

Je laisse Freyra se charger du truc le plus chiant, et j’me mets à l’écart en fumant une clope. J’ai encore les mains qui tremblent, je galère à allumer mon briquet, et quand j’y arrive, j’emplis enfin mes poumons d’un peu de réconfort. Je me repasse les événements sur la plage, avec cette espèce de sombre pute qui saute sur Rude et qui l’exécute sans autre forme de procès. Je sais bien que c’est du faux, qu’il va se relever, qu’il va ramasser ses lunettes de soleil au sol, virer le sable de son costard et qu’il va sûrement nous rejoindre mais… Y’a quand même une partie de moi qui essaie de me convaincre que si, c’était bien réel.

Ça va aller, me dit Crisis en s’approchant, puis en me tapotant le dos. Je retire une latte, la main toute tremblante. Vois ça… comme un entraînement. Tu sais très bien que de toutes façons, c’est censé arriver un jour. Pas de retraite chez les Turks.

Ouais je sais bien mais… putain on à même pas pu prendre le corps.

C’est vraiment ça qui te froisse ? Qu’on ait pas récupéré un corps ?

Tss… Non. Mais, c’était qui cette connasse ?

Maur pense qu’elle est de la coalition.

C’est pas censé être que des losers là-bas ?

Bah, c’est comme partout, j’imagine que y’en a qui relèvent le niveau. Enfin… t’inquiète pas hein, vu ce que tu lui as mis, ça m’étonnerait qu’elle se relève tout de suite, dit-il avec un sourire qui se voulait réconfortant.

Ouais. Je pense que je vais me rallumer une clope, tu me laisses seul un peu ?

Ouais, ok. Courage.

Il s’éloigne et je me retrouve de nouveau seul. Je m’assieds sur les marches menant à la réception de l’hôtel. Quelque part, j’attends qu’une chose, c’est qu’on vienne nous emmerder, histoire que je puisse faire sortir cette boule de haine que j’ai de coincée dans la gorge. Je sors mon gummiphone pour envoyer un message à Rude, qu’il sache où nous retrouver demain, s’il se relève.

Je jète un oeil du côté de Scarlett et de Freyra. Elles aussi se sont assises. La première sanglote, le visage enfoncé dans ses mains, alors que la seconde lui parle et essaie de lui remonter le moral tout comme Crisis à tenté avec moi. Scarlett finit par poser sa tête sur l’épaule de ma collègue, et on est là, à attendre comme des cons, soit des nouvelles, soit une attaque. En fait, qu’il se passe un truc.

On reste peut-être une bonne heure comme ça, avec les bagnoles garées à l’arrache sur le devant de l’hôtel. Je verrouille et déverrouille mon gummiphone, j’ai aucune réponse. Puis finalement, Elena sort et nous rejoint, pour nous dire que le président va bien, mais qu’il faut le laisser se reposer. Au moins une bonne nouvelle dans la soirée.