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Bravo à tous
Rufus Shinra Top-1 !
Rp final

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Nous empruntons les rames de métro désertées par la foule mais continuant inlassablement de traverser la métropole en toute heure. Pour nous deux, c’est une découverte de voyager ainsi sous terre, d’entrer à un endroit et de sortir dans un tout autre paysage. Nous sortons donc à la station Central Park. Les quais de cette dernière doivent être remplis de gens en temps normal, des gens qui se bousculent et se collent pour pouvoir entrer dans la rame, mais là nous sommes seuls partout où nous allons.

En grimpant les escaliers nous croisons des feuilles de journaux qui virevoltent autour de nous. Nous lisons les éternels et sans doute répétitifs gros titres. A la sortie, nous sommes effectivement surpris par le spectacle d’une toute autre nature. Des arbres nous entourent, des oiseaux chantent, comme si aucun événement n’avait frappé ce lieu. Au bout de quelques secondes à marcher, le constat est pourtant le même : nous entendons les détonations à quelques rues de là, mais rien d’autre.

-Tu es bien sûr de vouloir y aller ?
-Oui.. pourquoi pas toi ?
-Si, si, je me disais juste qu’on s’éloignait de plus en plus des vaisseaux qui pourraient nous amener ailleurs.

Je lui attrape la main et l’attire sur un chemin. A vrai dire, je ne sais pas où aller et je ne le saurai qu’en vérifiant mon guide, mais je me sens confiant dans cette entreprise. Je n’ai pas envie de rentrer, pas tout de suite en tout cas. Nous suivons alors l’itinéraire indiqué pour nous rendre sur ledit lieu. Même si tout semble « naturel » en ce lieu, tout est en vérité très bien tenu, très contrôlé, nous sommes très loin de la nature sauvage et envahissante du Domaine. Ici, les arbres flirtent avec les fontaines en pierre blanche sculptée avec soin, et les cours d’eau ne sortent jamais de leur lit.

Arrivés sur place, escaladons les portiques que l’on peut en temps normal traverser à condition d’avoir payé. Aujourd’hui, l’entrée est gratuite pour nous. Nous avançons alors dans les allées, apercevant des signalétiques gravées dans le bronze nous indiquant quels chemins mènent à quels animaux.

-Des éléphants ?! J’ai toujours rêvé d’en voir.

Nous nous dirigeons donc vers les éléphants. Demelza prend l’initiative de la marche, ayant accéléré le pas. Elle regarde tout autour d’elle, s’extasiant sur les taupières, les parterres de fleurs en parfait état. Visiblement personne n’a cru bon de venir déranger les animaux pendant le conflit.

-C’est bizarre, je crois qu’ils sont censés être ici mais…

Effectivement, l’enclos aux éléphants est vide. Peut-être qu’ils ont un abri pour la nuit et qu’ils n’en sont pas sortis. Notre attention est alors attirée par une forme mouvante vingt mètres plus loin, mais pas du tout à l’intérieur de l’enclos. Puis nous remarquons qu’effectivement, les barrières dudit dispositif ont été renversées. Ce n’est en vérité pas une forme mouvante mais trois que nous pouvons alors observer évoluer sur le chemin en béton habituellement réservé aux visiteurs. Ils sont énormes et pour le moins impressionnants.

-Je crois qu’on…

Demelza me tire le bras tout en reculant.

-Ouais on devrait… s’en aller, maintenant…

Elle ne parle pas trop fort pour ne pas attirer leur attention. Dieu sait quelle pourrait être leur réaction, ou même ce qu’ils pensent de la race qui les a enfermés ici. Nous nous retirons dans la plus grande discrétion alors que nous les voyons arracher les branches d’arbres qui les entourent pour se nourrir.

-Peut-être qu’avec tout ça, les animaux n’ont pas eu à manger, que personne n’est venu travailler et que… ils meurent de faim ?
-Oui, peut-être que c’est la même rengaine, à chaque cycle, depuis le début du Battle Royal.
-Alors, il faut qu’on les nourrisse !

Je ne m’y attendais pas du tout. Je me retourne vers elle, interloqué. Pas qu’elle soit particulièrement égoïste, je ne la voyais pas agir sur un coup de tête, alors que quelques minutes plus tôt elle parlait de sa peur d’être pris dans une transition meurtrière. Je ne veux pas gâcher cet élan de générosité qui ne peut que lui faire du bien au moral, je souris et hoche la tête.

-Ok, on commence par qui ?
-Mmmm. Les fauves, ils doivent mourir de faim !

Allons donc fouiller les coulisses à la recherche de viande fraîche.

Je ne le remarque pas encore mais le ciel commence à se griser et de petites cendres se mettent à tomber discrètement sur les feuilles des arbres.
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 -Je pousse et tu leur donnes à manger, ok ?
-D’accord !

Nous avançons dans le couloir qui donne sur les cages intérieures de félins. Je longe bien les murs pour ne pas risquer d’être à portée de leur pattes. Demelza ne semble elle pas plus effrayée que cela. Pourtant l’odeur de la viande crue semble les rendre fous et ils s’écrasent contre les barreaux pour essayer d’attraper ce qu’ils peuvent : de la viande ou un morceau de bras. Je remarque les grandes pattes véloces et acérées d’un jeune lion mâle.

-Bon, fais gaffe, hein. Tu… tu veux que je le fasse peut-être ?
-Non, t’inquiète, puis les enclos sont sûrement étudiés pour ça.  

Le trappe est effectivement positionnée en retrait par rapport aux grilles de sorte que la personne qui y dépose la nourriture ne peut pas être à leur portée, à moins qu’elle trébuche et tombe sur leurs pattes.

-Voilà, bon appétit !

Il y a quelques jours de cela, je l’ai entendu dire qu’elle me trouvait un esprit paternel, aujourd’hui je la vois moi aussi sous un autre jour.

-Ils devaient avoir vraiment faim.

Nous répétons l’opération autant de fois que nécessaire. Demelza s’extasie sur les bébés léopards sous les yeux vigilants de leur mère. Elle s’accroupit devant les barreaux et leur fait de petits signes attendris. Ils ne lui prêtent pas véritablement attention mais elle persiste. Après quelques secondes, elle reste dans cette position contemplative mais semble plus calme.

-Tu t’es déjà demandé ce que tu aurais voulu faire dans une autre vie, par exemple… en vivant dans un endroit comme celui-ci ?

Je sens un voile de regret teinter sa voix. Ce n’est pas du tout ce que j’avais en tête en l’emmenant dans cette ville, lui donner une idée de ce que pouvait être la vie mais sans pouvoir lui offrir, pourtant…

-Je ne pense pas que cela soit possible pour des gens comme nous d’entrer dans la boucle. Et puis, tu penses que tu aimerais ça ? Je veux dire… vivre la même vie tous les jours ou presque. Traverser toujours les épreuves puis l’oublier et recommencer.
-Je suppose que non.

Elle tape sur ses genoux et se relève.

-Ok. Continuons ! Les éléphants… se débrouillent par eux-mêmes, les fauves, c’est fait. Si on allait nourrir les primates.

Nous prenons la direction de la sortie. Les félins semblent beaucoup moins préoccupés par notre présence désormais. En sortant, nous sentons que l’air a changé. Je lève les yeux vers le ciel, il est gris-orange, couvert.

-Pas le temps pour les primates, il faut qu’on parte d’ici.  

Je n’ai pas besoin de lui expliquer la situation, elle le comprend elle-même quand nous arrivons dans un endroit découvert et que nous sommes entourés par une pluie de cendres. Je tourne la tête dans tous les sens à la recherche d’un indice dans le ciel. J’aperçois une zone plus orangée, d’où un gros nuage noir se dégage en particulier.

-Il faut qu’on s’éloigne de cet endroit !

Nous avons un peu de marge. Nous ne sommes pas tout à côté et la ville est grande mais j’ai cru comprendre que les transitions pouvaient être terriblement efficaces et dévastatrices.
Nous nous mettons à courir dans Central Park. Je prends le temps de revérifier mon plan de la ville pour avoir une idée de comment prendre la fuite. La station Shinra la plus proche où nous pourrions trouver des vaisseaux dans lesquels embarquer se trouve entre nous et le danger, nous ne devons pas prendre le risque de nous en approcher.  Tant pis, nous tenterons notre chance avec la rivière.

Sortis de Central Park, nous apercevons quelques personnes en train de courir pour se réfugier chez eux. Comme si ça pouvait l’arrêter. Plus personne ne semble préoccupé par le Battle Royal. J’aperçois une moto abandonnée non loin de nous sur le bord du parc. Je m’en empare et appelle Demelza à monter dessus. C’est une petite cylindrée, mais ça fera toujours plus l’affaire que nos jambes peu endurantes.

Nous commençons notre course contre la montre. Je me repère dans l’espace et comprends quelle direction je dois prendre pour rejoindre l’eau. Je mets des gaz et fais vibrer le moteur tandis que Demelza s’accroche à moi.

J’avance aussi vite que je peux, accélère en faisant en sorte de ne pas trop solliciter le moteur. Je sens qu’elle bouge derrière quand elle tire sur ma veste.

-Qu’est-ce qui se passe ?
-On a un problème !

Je me retourne tout en essayant de maintenir le cap, et je le vois, s’élever dans le ciel. L’oiseau de feu, énorme, visible à des dizaines de kilomètres, nous menace de ses grandes ailes de laves en fusion. Il replonge vers le sol et nous sentons le tremblement jusqu’ici. Je parviens toutefois à garder le contrôle de la moto.  Il faut que je me concentre sur la route. La température commence à monter, l’air s’assèche, j’entends Demelza se mettre à tousser. Le feu nous rattrape. Je me retourne encore une fois pour apercevoir qu’il est déjà à quelques rues d’ici.

Dans une demi-heure la ville sera totalement détruite.

Il ne faut pas perdre cette course, j’accélère encore. Je sens Demelza enfouir son visage dans ma veste. Nous commençons à apercevoir le bout de la rue et l’arrivée sur les quais, le ciel y est visible.

-Fais gaffe !

Elle crie, et je me retourne à temps vers l’endroit qu’elle m’indique. En provenance de ma droite, un camion de pompier fonce dans le carrefour. Je l’évite de justesse, déviant ma trajectoire et faisant crisser les pneus sur le bitume.

-Mais qu’est-ce qu’ils font ?

Le camion tourne à gauche et se dirige dans le sens inverse, tout droit vers le feu.

-Leur travail je suppose.
-Mais ils ne peuvent…

En ce moment tous les habitants de cette ville sont en train de périr dans les flammes, alors je ne vois pas bien ce que change un camion de pompier de plus ou de moins. Je me retiens cependant de lui répondre et garde le cap. La chaleur est à présent presque insupportable, et je sais que le feu n’est plus qu’à un pâté de maison. Je commence à sentir l’ombre de l’oiseau sur nous. Le moteur de la moto commence à fumer et la gomme de la moto à fondre, se faisant plus adhérente. Nous arrivons sur les quais et les longeons à la recherche d’un bateau encore à quai sur lequel embarquer.

-Regarde, là !

Il y a effectivement un bateau. Il n’est pas à quai mais à environ cinquante mètres des bords et il est suffisamment gros pour pouvoir résister face à une montée des températures importante. C’est tout ce que nous avons comme chance. Nous arrivons en face et descendons de la moto.

-Tu sais nager ?  
-Ouais !

Nous sautons à l’eau. En sortant la tête de l’eau, je cherche Demelza du regard, elle est à quelques mètres de moi. Nous sommes immédiatement alertés par la force du courant et je sens qu’elle ne peut pas lutter contre.

-Laisse toi aller vers moi !

Elle cesse de lutter et se retrouve bientôt à mon niveau, j’attrape son bras et la fais se mettre sur mon dos en s’accrochant au cou. La lave est de plus en plus proche, tandis que l’oiseau cherche des zones à incendier qu’il n’a pas encore dévasté. Je n’ai pas le temps de regarder la ville en feu. Je me mets à nager de toutes mes forces dans la direction du bateau. Même pour moi, je sens la résistance du courant m’emporter et les doigts de Demelza maintenir une pression constante sur mon cou, ce qui n’aide définitivement pas à se concentrer. Non, il faut que je tienne. L’eau commence également à grimper dans les températures. Nous y sommes presque. Un dernier petit effort.

Je fais grimper Demelza en priorité puis la suis lorsqu’elle me tend la main.  [/color]

Immédiatement, nous nous tournons vers la ville, des deux côtés de l’eau, la ville n’est plus qu’une immense forêt de flammes. Les immeubles explosent, s’effondrent, se consument sous nos yeux dans un spectacle orange agressant les yeux. Je regarde Demelza. Bien qu’il ne fasse pas froid, elle a croisé les bras sur sa petite robe rouge trempée.

-Ca va ? On s’en est sortis, non ?
-Ouais, j’ai eu peur mais oui. Je suis…contente de ne pas avoir été prisonnière de cet enfer, même si ça aurait été « pour de faux ».
-On peut dire que je suis un peu ton héros, alors ?
-Aujourd’hui oui.

Nous nous serrons l’un contre l’autre. Elle sourit un instant puis sa mine s’assombrit à nouveau devant ce spectacle tout aussi beau que terrible et cruel.
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