L'homme, un roux à la barbe soyeuse et plutôt costaud, est saucissonné par des câbles dénudés. Solide, déterminé, il ne défaille pas face aux tentatives du mog pour le faire parler. Entre les carcasses de vaisseaux désossés, l'homme reste digne, serre les dents et va jusqu'à provoquer la créature qui le torture. A coup de plumes pour lui chatouiller les pieds, ou à coup de pince crocodile relié à une batterie, la torture se poursuit sans que la victime ne dévoile l'emplacement de la fameuse cache d'arme. Le mog s'agace, alterne entre les injures, les questions et les "Kupo !" face au silence de sa victime, quand ce n'est pas son mépris souriant. A ciel ouvert, et il pleut pour ne rien arranger, Nazik a trouvé refuge sous une aile de vaisseau en biais, reposé sur les restes d'un mur porteur. A l'abri, surtout assis sur une caisse métallique, il attends patiemment que l'interrogatoire arrive à son terme. Pas si sadique que ça, il en a limite de la peine pour le rouquin qui... a une bonne tête, en vérité. L'obscurantiste aurait plutôt envie de taper la discute avec lui tranquillement, ça aurait pu être sympa de négocier.
Le temps a toujours raison. L'air blasé, fatigué surtout, Nazik se demande qui en a le plus.

Est-ce que ses collègues vont venir le sauver ? Le roux leur est très fidèle pour résister ainsi... ou c'est par esprit conflictuel qu'il refuse de parler ? De toute façon, le jeune homme n'a aucune idée de l'esprit de cohésion du reste de son groupe. En pleine bataille royale, ils iraient se risquer à quitter l'endroit où ils sont installés pour ce gars ?
Peut-être que l'envie d'en découdre avec le mog les motiverait. Ou pas. Nazik en sait trop peu sur leurs envies et motivations pour trancher la question.

Sa conclusion c'est qu'il n'est pas préssé, du tout. Quitter ce monde l'intérèsse mais pas plus que ça, en fait. Disons que ça peut attendre et qu'écoutant son coeur, jusqu'ici, l'obscurantiste prend les choses comme les viennent. A la manière d'un surfer qui attends les vagues, en chevauche quand une arrive ou flâne tranquillement entre deux. Là tout de suite, le jeune homme pianote sur son gummiphone, regarde un peu ce que son écran à lui dire sans vraiment s'y intéresser. Troller un peu a eu son charme mais... il n'est pas inspiré, là.

Soudain, sans raison apparente, sa petite machine s'illumine un peu et lâche un son. Curieux, Nazik regarde plus en avant.


KuroFaut qu’on parle. Je t’attendrai Lundi au Clocher du Crépuscule.



" Oh ? " Un message de Kuro ? Etrangement, l'obscurantiste est content. Ca lui fait plaisir.

Ca pue, très clairement. Probablement un piège et de ce qu'en disait Jack l'autre fois, ce petit blond est plus vicieux qu'une vipère. Nazik lui-même l'a vu changer de comportement, en un instant, passant de sympathique à menaçant à froid. Il s'est écrasé devant son supérieur en un instant et s'est empressé de se rattraper au détriment de Nazik. Quand bien même il a... interrompu la chaine hiérarchique ? Bien qu'ignorant les intrigues qui courent à la Citée du Crépuscule, plutôt loin de celle-ci, le jeune élu de la clef croit comprendre que Kuro y est intrinsèquement lié. Les petits blonds ont toujours leurs charmes, ça ne vieillit jamais, surtout avec des yeux jaunes aussi froid que ceux d'un reptile.
En y réfléchissant, Nazik sait très bien que c'est la pire idée que d'y allez. Pourtant, comme un élu de la clef est censé le faire, Nazik préfère écouter son coeur.


NazikJ'y serais



Sans attendre, sans sourire ni frémir, Nazik range son portable dans sa poche et se lève, avance vers le captif à pas de loups. La foulée lente et appliquée, prédatrice, sans stress. Sans rugir ni gémir, une ombre passe brièvement sur le mog et son captif, les interrompant touts deux dans leurs disputes. Lundi, à cause de Kuro, l'obscurantiste n'a plus le temps et cela lui arrache un rictus mécontent.

" Je veux savoir où est la cache d'arme. "

On commence à lui répondre, que ce soit le Mog mécontent ou le roux provocateur... les deux se font coupés la parole par une vouivre qui attérit tel un météore prêt du rouquin. Ses yeux de sans-cœurs sans âmes sont rivés sur le captif et sa patte lui comprime la poitrine d'un poids cruel. La vouivre le fixe aussi.

" On a perdu assez de temps comme ça, ma vouivre te dévoreras le coeur si tu ne me réponds pas. La saturation te protège de la mort mais ton coeur, lui, échappe encore à ses règles fumeuses. " A l'entendre, Nazik énonce un fait établi par une certitude absolue... il n'en sait rien mais bluff, faute de mieux. Le jeune homme exhibe une main, autour de laquelle s'amasse des fumées et miasmes et formes aux couleurs des ténèbres. L'ombre se fait plus dense autour de lui, au point de l'auréoler, la saturation ne fait qu'amplifier les jeux de couleurs violacés. " Et j'irais cueillir, un à un, tes camarades pour leur imposer ce même choix. "

Pour appuyer ses propos, la vouivre amplifie encore un peu l'insoutenable pression sur sa cage thoracique et entrouvre la gueule... finalement, le roux se perd à expliquer la localisation précise. Nazik n'a, honnêtement, pas compris la moitié de ses explications très rapides sortis d'une gorge qui peine à respirer.
Le mog, lui, voit où c'est.

" Très bien, on y va. "