" Me revoilà. " Déclare Nazik, froid mais solennel, du haut de son toit. Bras écartés, il se fait ample et donne de la voix, enjouée, bien décidé à être entendu. Puis écouté.

La discussion, entre nous, commence assez mal.

Un roux costaud met en jouge le jeune homme de son lance-roquette et, c'est dans le nom, tire son petit missile. L'obus propulsé file en fusée, laisse dérrière lui une traine de fumée. D'un geste, plus que ça, d'un revers de main inspiré par une sorcière, le jeune homme ne bouge que son bras en laissant le reste de son corps immobile. Sinon des yeux jaunes, brusquement, plus ouvert, il n'offre qu'une mine contrariée au tireur. Suivant sa main, son ombre se lève tel un drap que l'on déploie, se fige ensuite dans l'air en un mur sommaire. L'explosion est retentissante et l'ombre n'y survit pas, se disperse face à l'éclat ! Nazik en est soufflé, sans brûlures mais avec les sensations, forcé d'un bond en arrière. Quelque part blessé dans son égo, il réavance avec un pas plein d'aplomb et surplombe les ruines nouvellement formés par le missile.

" Ce n'est pas très courtois, ça. "

" Je t'avais pas reconnu. " Lâche simplement l'homme.

Nazik sent bien que des présences se mettent en mouvement, convergent vers le bâtiment et cherchent, une nouvelle fois, à l'encercler. Au moins, cette fois, il a l'avantage de la hauteur.

" Le temps que vous infestiez et je m'en vais... " L'obscurantiste ne regarde son interlocuteur que par intermittence. Ses yeux sont dans sa direction mais très régulièrement, son attention va ailleurs, se concentre sur les présences qui s'agitent. " ...on négocie ? "

" Désolé l'ami. " Ca fait sourire Nazik. Quel genre d'ami vous tire au lance-roquette ? Au moins, le ton est cordial. Peut-être trop. " Tu pourrais avoir des choses... mais tu n'auras pas ce qu'il te demande ! "

Presque amadoué par ce ton de vendeur enjoué, de savoir que ça grouille en-dessous pour le prendre par surprise et le piéger, ça préserve son scepticisme. D'un geste sec du bras, sans même lever celui-ci, Nazik fait s'arme de sa clef. Au soir naissant, l'éclat luisant de ses yeux se fait pareil à ceux d'un sans-cœur.

" Et pourquoi pas ? " Le ton est sinistre, et la question, dit ainsi, en paraitrait presque réthorique.

" Nous détestons ce mog... et en plus, le lance-roquette, je le garde. Qu'est-ce qu'on peut d'autre pour toi ? "

" Laissez-vous faire. "

La brume se lève, envahit la place en rampant avec fluidité. Sans rugir ni gémir, Nazik saute du haut de son toit, en diagonale, chute avec une lenteure surnaturelle alors qu'un corps ténèbreux se jette sur le roux. La roquette est déjà partit pour s'écraser sur le bâtiment et faire s'écrouler celui-ci, avec déjà quelques concurrents à l'intérieur rendu hors-jeu. Probablement. Une vouivre attrape le lance-roquette désarmé entre ses serres, ses griffes, ses... monstrueuses pattes, disons-le ainsi. Pendant ce temps, l'obscurantiste se rue en direction de la fontaine et dans l'eau, y cherche la cache d'arme.
Elle n'y est pas ! Ils se tiennent tous autour de la fontaine mais la fameuse cache d'arme n'est pas là... probablement pas loin, ce n'est pourtant pas là qu'elle est.

Nazik se retourne, agacé que son petit plan ne se déroule pas sans accrocs. La vouivre lui jette l'arme qu'il attrape maladroitement, encombré par sa clef et bloque finalement entre son torse et ses bras. Et interrompant sa manœuvre, la vouivre se saisit du roux par l'épaule, bat des ailes pour s'envoler ! Après une courte course pour un peu d'élan, l'obscurantiste bondit sur sa vouivre, jette sa clef qui disparait dès sa main ouverte et s'accroche.
La créature monte dans les airs...

" Où est la cache d'arme ? "

" Tu m'élimineras de toute façon. "

" Tu risques bien plus mais... allons en parler plus tranquillement. "