Nous rejoignions donc les parkings de la citadelle, moi et le reste du groupe. Récupérer ce pass plus tôt nous fut bénéfique. Tout en nous hâtant nous avions réussi à rejoindre le premier checkpoint sans rencontrer de résistance, et maintenant nous étions au milieu des voitures, armes en mains au cas où que les choses se compliquent. Sans plus de cérémonie, Rude s’employa à l’ouverture de l’une d’elles pouvant accueillir cinq personnes. Il posa Juget à demi assise contre la portière de la voiture avant de sortir de la poche de sa veste de quoi la déverrouiller. Cela lui pris plusieurs minutes, alors que Mid arrivait déjà au volant d’un SUV de couleur noire. Nous étions huit, dont deux blessés. Il allait falloir s’organiser.

Reno vous monterez avec Rude, et vous prendrez Freyra avec vous, ainsi que Juget. Je monterai avec Mid. Nous mettrons Ruluf devant et j’occuperai la place arrière avec Scarlett. Une arme chacun, pas plus. Le reste dans les sacs à l’arrière du véhicule.

Rude réussit finalement à ouvrir la voiture et s’exclama alors que je continuais de donner les instructions. Tout les regards se tournèrent vers lui, il se tut, réajustant ses lunettes de son index.

Bien, donc l’équipe de Rude passera devant, en éclaireur, et nous les suivrons d’une rue. Ne vous arrêtez cependant sous aucun prétexte. Notre objectif est la station, rien d’autre. On y va.

Nous montons dans les voitures, installons les deux inconscients et nous commençons à rouler. Nous sortons de la citadelle, passant le pont de lumière la reliant à la terre ferme et nous profitons du spectacle qui se dresse sous nos yeux. Des immeubles effondrés, une atmosphère lourde, quelque fois des cris perçants, des personnes désaturées errant sans but dans les rues dévastés de ce qu’était autrefois Illusiopolis.

Vous êtes tendu ? me demande Scarlett en posant sa main sur mon épaule.

Peut-être un peu. Cette traversée est dangereuse, les ennuis pourraient surgir de n’importe quel coin de rue.

Oui, mais les Turks sont là.

Ils ne sont pas non plus infaillibles.

Hé, je vous entends !

Si cela vous dérange, vous n’avez qu’à vous affairer à me démontrer le contraire. J’en serais ravi, dis-je, ma phrase sonnant comme un défi.

Et puis, il y a aussi cette histoire de vaisseau-mère. Je n’ose même pas imaginer l’état dans lequel il est.

Oh, Monsieur le Président se fâcherait-il, dit-elle en laissant traîner ses doigts le long de mon col.

Non mais rendez-vous compte ! Je me fiche des règles de ce jeu, je le prends personnellement, dis-je ne prêtant aucune attention à son jeu de séduction. L’équipe responsable de ce sabotage ne s’en tirera pas si facilement. Elle s’arrêta et se renfonça dans son siège. Une idée me vint. Je devais tester ses limites, en apprendre davantage.

Scarlett, vous n’êtes pas sans savoir que mon coeur, le votre, ou celui de Mid même, qui visiblement ne sait pas se concentrer sur la route sans écouter aux portes, dis-je en fixant son regard au travers du retroviseur, comporte une part de lumière et une part de ténèbres.

Oui… ? Où voulez-vous en venir ?

Comment situeriez-vous le votre ?

Elle sembla surprise par ma question. Elle se tut quelques secondes, le temps de réfléchir. Je décidai de l’y aider.

Par exemple, vous arrive t-il de faire des choses jugées mauvaises selon l’éthique ? Vous arrive t-il de les regretter par la suite ?

Je dirais que oui, comme tout le monde. Tout dépend. Et vous ?

Rien que mon statut de Président me suffit pour vous répondre. Il m’est rare d’avoir des regrets, plutôt : je ne peux pas me le permettre.

Et donc… pourquoi cette question ?

Je me dis que la mutinerie du vaisseau-mère est un bon moyen de tester votre fidélité envers moi, et la compagnie. J’aimerais que vous vous chargiez de la sanction qui leur sera appliquée dès le le lendemain de la fin de ce jeu. Vous n’avez pas besoin de me répondre tout de suite, juste d’y réfléchir.

J’en frissonne d’avance, elles seront sûrement obligées de porter des vêtements de seconde main, ou pire… ! Des vêtements… à bas prix !

Qu’est-ce que vous insinuez ? Dit Scarlett, se redressant sur son siège d’un bond.

Il suffit. Nous arrivons dans combien de temps ?

Un quart d’heure je dirais. Plusieurs routes sont bouchées, ça nous oblige à faire des détours.

Je tourne la tête vers la fenêtre, tapotant mes doigts les uns après les autres sur le plastique de la portière. Le quart d’heure passa sans que nous n’essuyons de tirs, une bonne nouvelle puisque je n’étais pas sûr du blindage des vitres. Nous arrivâmes finalement au parking souterrain de la station. Je sorti mon gummiphone, pour voir qu’Elena nous attend déjà, sur le quai privé. Nous descendons de voiture et rejoignons ledit quai.

La vaisseau était déjà allumé, prêt à décoller. Les Turks accompagnant Elena couvrirent nos arrières alors que nous montions les escaliers reliant le vaisseau aux quais. Nous nous installâmes dans le salon, sur les banquettes et posâmes les sacs dans un coin de la salle.

Ça va faire la troisième fois que je viens à votre secours, ça tombe bien je voulais vous parler d’une augmentation.

Retournez le problème dans l’autre sens ; c’est parce que je vous paye autant que ça fait trois fois que vous venez nous sortir d’une mauvaise passe.

Elle lève les yeux au ciel avant de s’asseoir avec nous. Maur et Crisis sont avec elle, l’un d’entre eux pilote, tandis que l’autre, plus costaud, amène les deux blessés dans les couchettes. Nous décollons.

C’est comment à Costa ?

Pas pire qu’ici. On peut dire que vous avez choisi votre destination. Non, nous sommes dans la suite présidentielle, les couloirs sont clean, et la plupart des habitants sont désaturés. Apparemment, au moment où ça a commencé ils étaient pas tous égaux niveau provisions. Y’a eu des pillages, comme partout, des affrontements et ça s’est assez vite tassé. Le reste des survivants se sont alliés. Ils sont tous au même endroit, à l’hôtel La Plage, mais ils restent tranquilles. Je pense pas qu’ils soient un souci du moment qu’on arrive à rester discrets.

Bien. Je me levai. Je vais aller me reposer en attendant notre arrivée. Vous tous devriez faire de même, ces derniers jours ont été éprouvants, dis-je avant de quitter la pièce.

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Ce n'était pas une Lincoln Continental Dd736708773db3f50ba2