" Hmmm... "

Face à une glace brisée, faute de mieux, Nazik s'admire en train de nouer, soigneusement, les boutons d'ors de son veston violacée. Sa vieille chemise est déchirée, la pauvre. Le col relevé est grignoté et les manches autrefois longues sont en lambeaux, le font apparaitre bras nus. Lui qui plait à son reflet, et dont le reflet lui plait, ne se sourit pas pourtant. Comme on joue face à l'inconnu, il a l'air fin et froid, s'enorgueillit d'une expression intéressé. Relativement serein, la bataille royale n'est plus un souci pour lui. Ca ne l'est pas autant que son allure en tout cas. Ses cheveux partent en touts sens, décoiffés et de quelques gestes énergiques mais précieux, il corrige sa tignasse avec plus de manière qu'un coiffeur. Les vents et l'actions auront raison de toute tentative de peignage au doit, c'est certain. Néanmoins, avec volonté, il imprime à ses cheveux son ambition de bien présenté. A l'aise dans sa tenue, malgré que celle-ci ait peut-être trop vécu, il ne lui manquerait qu'un chapeau... mais...
...non, pas de chapeau.

A l'entrée de la boutique de sape à l'abandon, un rondouillard se tient prêt. Ses gros poings serrés, et avec ce chapeau que renierait pas une cocotte-minute, ses yeux jaunes prennent un air très sérieux. Le gros sans-cœur ne bouge pas, sinon qu'à certains moments, il regarde les gens qui passent par là mais ne s'attardent pas.

Narcisse en devenir, Nazik soupire finalement. C'est bien d'être beau, et bien sapé, encore faut-il quelqu'un à qui le montrer. Quelqu'un capable de l'apprécier, ce qui n'est pas le cas des concurrents envieux de l'emporter ou des perdants, trop soucieux que le chaos suive ceux qui sont encore dans la course. En tout cas, c'est une très belle tenue qu'il eut pillé dans les décombres et quel soit en sale état ne fait qu'ajouter à son charme. Chic mais défait, c'est parfait ?
La véritée c'est que s'imaginant des airs de chants fatales en latins, le jeune homme s'ennui terriblement et boude donc son reflet.

Où sont les Consuls, bon sang ? Où sont les excentriques ? Les artistes délurés ? Les aristocrates fous ? Les passionnés déchainés ? Déjà tous éliminés comme leur porte-parole qui n'a qu'à peine tenu quelques jours ? Et les autres ?

On ne peut pas dire que Nazik leur court spécialement après, il ne cherche même pas. Simplement, il attends que le destin mette quelque chose ou quelqu'un d'intéréssant sur son chemin. Il suit son coeur, bien conseillé par sa clef, qui lui intime de ne pas se presser. Qui lui promet que ça n'en vaut pas la peine. Non, les choses vont bien assez vite dégénérer à un moment, vers la fin. Sans preuve aucune, l'obscurantiste sent que... passé un certain point, ca va rusher. Encore une fois, charognard et fier de l'être, il attends l'occasion d'achever les gros poissons à la toute fin, quand ils n'en pourront plus.
Et si quelque chose doit le pousser à l'action, ça ne doit pas être lui qui se force. Le destin lui sourira et l'appellera, il le sait car il le sent.

" Hm ? "

Son teinte sombre lui va plutôt bien, de même que ses yeux jaunes. C'est nouveau ? Non... la marque des ténèbres s'est répandu lentement en lui, parait soudain puisqu'il ne le remarque que maintenant. Il savoure alors de s'inspecter, scrute avec délice ses yeux pareils à ceux d'un sans-cœur. Ca parait superficiel mais... ça confirme que le choix des ténèbres est le bon... regardez ce style ! Cette aisance et cette autosatisfaction ?
Nazik sourit enfin, léger et cruel, il a cette soudaine envie de passer à l'action.

Bam-bam-bam ! L'obscurantiste fait volte-face avec la grâce d'un danseur, sa clef en main vers le bas. Sérieux et concentré, les yeux qui brillent comme deux billes d'ors fondus avec une seule question en tête. Que fait ce rondouillard, soudain rouge et agité ? Le jeune homme n'attends pas de le savoir et s'élance, bouscule les mannequins pour passer au travers de la vitrine.
Lâcher des sans-cœurs en ville et les laisser faire... un à un... pour distraire ou pour éliminer sur un instant de relâchement, sans lui-même avoir à se fatiguer.

Dans une ruelle, et le poignet habile, il tournoie sa clef trois fois pour qu'un trio d'ombres surgissent hors de son ombre et se dispersent aussitôt. De sa main libre, il sort son gummiphone de sa poche et le pianote brièvement, juste histoire de voir si quelque chose d'intéréssant. Rien, vraiment, qui ne vaille la peine de s'y intéresser.