Quand j’entre dans la pièce, je suis tout de suite frappée par la nouvelle ambiance de mise, le volume a encore gagné en décibels. Ce ne sont plus uniquement les machines qui en sont l’origine. Non, en descendant l’escalier, j’aperçois une foule de personnes regroupées autour d’une seule et même personne que je suppose être ma compagne d’infortune. Je ne peux pas l’apercevoir d’où je me trouve, elle est dépassée par la multitude d’hommes qui la surpassent, en taille du moins.

J’approche du rassemblement et me faufile entre les hommes agités. J’entends les protestations, les reproches et les insultes. Quand j’arrive à hauteur de Temerys et qu’elle m’aperçoit, je peux lire la délivrance sur son visage.

-On a une mutinerie sur les bras.
-Et encore, ça c’est juste les techniciens.

Ouais, parlons de tous ces gens qu’on a éliminés en une heure à coup de gaz mortel répandu dans le vaisseau. De ce que j’ai compris à la lecture des témoignages scientifiques, c’est même plutôt désagréable comme « presque mort », si tant est qu’il en existe des agréables. Pour l’heure, nous n’avons pas encore croisé ces candidats tout fraichement éliminés. Mais force est de constater qu’il y a plus de machinistes, d’ingénieurs et de techniciens dans ces locaux que quand j’en suis partie.

-Ils viennent d’où d’ailleurs ces gens ?
-Boh, il y a un peu de tout. Des mécanos du département réparation de vaisseaux, des soudeurs, des ingénieurs en nouvelles technologies.

La bonne nouvelle c’est qu’ils ne peuvent pas s’en prendre physiquement à nous, la mauvaise c’est que s’ils le pouvaient ils nous auraient sans doute déjà écrabouillées.  On ne s’est pas fait que des amis pour la suite avec cette histoire.

-Bon. FERMEZ-LA. MERDE HEIN.
-Messieurs. S’il y a effectivement des dommages alarmants sur le vaisseau, il nous faut agir rapidement. Est-ce que quelqu’un peut me faire un résumé de ce que nous avons perdu ?

La chef-machiniste refait son apparition en s’imposant elle aussi entre les carrures épaisses des hommes luttant pour se faire entendre.

-Si tout le monde se décide à se taire, je peux vous faire un résumé et l’inspection complète des dommages.

Je suis presque tentée de lui demander pourquoi elle ne l’a pas fait avant puisque l’accident date déjà d’il y a trois heures — au point que l’air est à nouveau respirable dans le vaisseau — mais je n’en fais rien pour ne pas aggraver ma popularité décroissante.

Nous la suivons donc dans le bureau attenant à la salle des machines. Elle entre des commandes dans une console et des processus se lancent sous nos yeux. Bientôt des colonnes remplies de données, de chiffres, de pourcentages, des mots  en rouge tels que « inoperable », « lost connection » apparaissent devant nos yeux.

-Voilà l’étendue des dommages.
-Il va falloir m’expliquer mieux que ça.

Elle entre de nouvelles commandes et fait apparaître une vue isométrique du vaisseau. En cochant des options, nous voyons bientôt apparaître des zones a priori fonctionnelles, vertes, bleues, des zones en alerte, jaunes et orangs, et des zones en crise, rouges et grisées.

-Grisé c’est pour…?
-C’est perdu. Ce sont les zones qui ont été mises en quarantaine au moment des explosions. Il faut l’intervention de mécanos en combi spatiale pour réparer ça et seulement après on peut réalimenter la zone en oxygène.
-Dans les zones rouges et grises, lesquelles sont capitales ?
-Il y a un des cinq moteurs indispensables dans les zones grises, c’est eux qui assurent la stabilité du vaisseau et son maintien malgré la gravité qu’entrainent certaines planètes et trous noirs.
-Il faut donc qu’on envoie quelqu’un pour intervenir.
-Rappelez-moi pourquoi vous croyez qu’on va vous obéir ?
-Si nous sommes les seules personnes encore dans la course dans ce vaisseau, nous sommes également les seules à pouvoir nous battre. Je ne pense pas que vous vouliez vous  passer de nous en cas de problème. Quoi que vous puissiez penser sur nous, nous sommes de la Shinra et nous valons toujours mieux que nos ennemis qui n’hésiteront pas à sauter sur l’occasion pour s’en prendre à nous.
-Même une bataille spatiale, vous pourriez peut-être pas la mener. Vous ne pouvez pas nuire aux participants encore en lice.

Pour l’heure nous n’en savons rien, mais cela semblerait assez logique.

-Dans les zones rouges, qui sont donc encore accessibles, on a des fuites de combustibles en permanence. Ça alimente le feu en continu.
-Pourquoi le système ne les a pas isolés ?
-Ce sont des zones charnières, si elles sont coupées, on perd l’accès à une trop grande partie du Vaisseau et on est …morts.
-On a déjà des hommes sur place ?
-Ouais, une équipe d’intervention gère le feu tandis que des soudeurs essaient de résorber les trous.
-Très bien.

Il semblerait que tout compte fait ils se sont montrés bien plus efficaces que la situation le laissait présager.

-Niveau armement, on a également perdu un des gros canons à ions de très longue portée. Ça va être compliqué de le réparer avant la fin du mois.
-Il nous en reste combien ?
-Trois sur quatre.
-Ok, donc on peut assurer nos arrières avec ça et le reste des mécanismes de défense.
-Ouais, je pense, il faudrait demander ça aux officiers-pilotes du pont mais ça doit être ok.

J’ai hâte de découvrir leurs têtes quand ils nous verront arriver, nous, probablement les deux derniers êtres encore colorés  dans ce parsec —si tant est qu’on puisse parler de couleurs me concernant.

-Si on peut faire quoi que ce soit pour aider que vous ne pouvez faire vous-même, prévenez-moi sur mon gummiphone.

J’inscris mes coordonnées sur un post it que je colle sur le bord de son écran et nous quittons les lieux.

-Trouvons déjà un endroit pour passer la nuit. Puis on ira voir les pilotes.