Nazik admire le feu qui vit ses derniers instants. La seule lumière de la bâtisse, au petit matin encore noir, lutte de toutes ses forces pour subsister, au moins encore un peu. Son éclat vacille, à chaque soubresaut, les ombres s'avancent mais reculent aussitôt. A chaque repli, leurs retrait est moins grand. Les braises luisent comme de l'or en fusion et cette couleur, qu'on retrouve aux yeux de Nazik ou des sans-cœurs, c'est l'éclat qui s'éteint, la lumière qui s'en va. Un rien peut suffire à le faire vivre. Les braises ne demandent qu'à être soufflé, qu'un livre jeté pour renaitre. Après tout, le coalisé les a lu, alors, pourquoi les conserver ? Non, épargner de la littérature ne l'intérèsse pas ici, on trouve du savoir au-delà des livres et par nature, ce qui est couché par écrit est incomplet. Personne n'apprends à cuisiner en lisant un livre de cuisine... une "pincée de sel" n'est jamais la même et rien ne mesure si précisément les quantités pour qu'un gramme soit toujours le même. En forgeant l'on devient forgeron, le geste nait de la pratique, pas de l'étude. C'est sans doute différent pour certains domaines mais non... Nazik est sûr que non, en fait. C'est l'atroce vérité que contredisent les érudits, la théorie peut naitre de la pratique mais point l'inverse.
Tout ça pour dire que le jeune homme, assis une jambe couchée et l'autre repliée, se prélasse ainsi en observant le feu mourir. Presque en train de clignoter, de la même façon que l'homme à l'agonie respire par à-coup à l'heure de son dernier souffle.

Sans prévenir, le feu meurt. En moins d'un instant, les ténèbres envahissent l'endroit, de manière instantané. Une simple flammèche naissant d'une allumette frottée les chasserait... et sa simple disparation plonge l'endroit dans un noir quasiment parfait. Fascinant, murmure Nazik, incapable de comprendre ce paradoxe. La Lumière et les Ténèbres s'opposent depuis la nuit des temps sans que ni l'une, ni l'autre, n'obtienne une victoire parfaite. Pourtant, à les voir, leurs défaites ou leurs victoires sont totales.
Ce qui saute aux yeux de Nazik, c'est de pouvoir encore distinguer des... des formes, des nuances... ce n'est pas le noir complet. Et en plein jour, il y a encore des ombres.

Combien d'heures peut-on passer à déblatérer des lieux communs à propos de ces deux forces ? Ce combat, et cette lutte insensée, c'est bien sûr du conflit que nait une telle puissance. De ce conflit que naissent les coeurs, ou au moins, de ce conflit qu'ils sont faits.

Rien ne sert d'y réfléchir, tout ce que le jeune homme en déduit, c'est de la bouillie idéologique qui ne mène à rien. Ses yeux se mettent à se fermer.. il s'ennui, ferme... et se demande de quel conflit il pourrait, là tout de suite, être fait. Il se laisse allez. Pas la peine d'avoir un but ou un moyen, seul compte l'élan, le mouvement. Seul compte le conflit, peu importe sa raison, pour ce qu'on peut en tirer au-delà de toute justification. Comme lorsque l'on plonge dans l'océan, a-t-on vraiment besoin d'une destination ? L'envie de nager peut suffire.
Cérémonieux, tout particulièrement appliqué, Nazik se lève avec une volontée renouvelée.

Il attrape au vol sa clef qui apparait dans sa main dans quelques fumées violettes et va dégager le meuble qui bouche l'entrée principale de la maison. Sans sourire ni grimacer, l'oeil sérieux et impassible, le coalisée ouvre la porte d'entrée dégagée d'un coup de pied sec. Trois ombres glissent à toute vitesse au sol à ses pieds, lui inspecte les rues. Pas besoin d'y réfléchir, il se met à marcher. Pas besoin de se la jouer, ni même d'avoir de l'égo, il se battra ou fuira à l'instinct.
Nazik marche alors dans les rues, attend qu'on lui tombe dessus escorté par son trio de créatures.

Il s'ennui et en conséquence, va au petit bohneur la chance, l'oeil faussement hagard.