Et comme un connard, alors que tout semblait aller dans le sens de la fausse bonne idée, j’me dirigeais vers San Fransokyo. Debout sur mon planneur, pour changer un peu, je sillonnais l’espace, en ligne droite. J’étais incapable de penser à autre chose à cet instant, en fait c’était même plus compliqué. Illusiopolis et San Fransokyo, c’était pas du tout la même ambiance on était d’accord, mais j’sais pas j’arrivais pas à m’enlever l’idée de la tête qu’y pouvait s’passer un truc de merde. J’avais vu des gens parler du gumminow et expliquer qu’à Illusiopolis, les gens avaient pris les règles du BR un peu trop au sérieux et… ça en profitait pour piller, pour faire des trucs pas très cool aussi… J’te passe le dessin de quand on te raconte que finalement n’importe quel crime peut-être commis.

Et moi, j’étais là, alors que y’avait sûrement aucune raison de m’inquiéter, à m’dire que si ça se trouve, D allait finir dans une cave, t’sais le truc un peu glauque. Et… si j’devais te faire une confidence, y’a des fois où j’étais tellement dans mon délire, qu’inconsciemment, peut-être j’espérais que ce soit un peu le cas ? Scénario digne d’un héros de la lumière, j’déboule, j’la sauve… ouais. T’sais qu’c’est pas facile à vivre d’être aussi ridicule ? Je souris dans mon armure.

Parce que quand t’y réfléchis, et c’est la phrase que n’importe quel teubé peut sortir aussi, bah elle est méga différente des autres. Et c’est p’tête ça qui la rend intéressante. J’veux dire, j’suis Roxas, tu me suis depuis plus de dix ans, t’sais qui j’suis. En général, le schéma du chevalier qui vient sauver la princesse, ça marche bien. Mais là, c’t’ait pas pareil. C’était pas une princesse en détresse, e’savait s’défendre. Et puis quand bien même j’arriverais à la sauver d’un mal au pif, zéro chance pour que ça ait un effet bénéfique j’dirais.

Rah putain, on s’appelle pas pendant dix jours et j’suis déjà en train de paniquer. Dans le genre trou du cul, j’me pose là. Je vais lui envoyer un message, la prévenir que j’arrive.

Et comme pour pas arranger le truc, devine c’qui vient me faire chier ? Perdu, c’est pas la panne d’essence du planeur. C’est un putain de vaisseau sans-coeur. Youpi, rime surprise. Le truc sort de derrière une barrière d’astéroïdes et commence à me cracher des boulets en veux-tu en voilà à la gueule. Bon, y s’trouve que j’suis ni mauvais pilote, ni mauvais skater, alors j’les évite, tac, petit ollie qui se transforme en grab, transformation du planeur en format keyblade, j’explose deux boulets d’un coup avant de remettre mon arme sous mes pieds et de retrouver mon véhicule.

Le truc à pas décidé de me lâcher. J’commence à tourner autour et franchement ça devient vite une merde pas possible. C’est complètement un bateau pirate en fait, avec deux gros yeux bien jaunes au niveau de la proue, et depuis le pont, vas-y comme ça tire de partout. J’évite ce que je peux, mais forcément au bout d’un moment j’me prends quelques tirs dans l’épaule. Ca chauffe un peu, mais au moins je tombe pas dans le vide.

J’ai un flash, j’revois Sora combattre se truc dans son vaisseau low cost. J’arrive plus ou moins à comprendre où sont les points faibles, mais le problème c’est qu’j’ai rien pour tirer si ce n’est ma magie et… je préfère l’économiser. On sait jamais des fois que j’aie besoin d’un écran de flammes ou d’un « oh pas de chance, un séisme pile à ce moment là ». La symbiose, j’ai envie de te dire c’est pareil. Vu le sbeul en bas, dans tout les mondes, j’ai pas envie de me priver d’une aide pratique pour un pauvre vaisseau sans-coeur à la con.

Alors, passé ce constat, bah il me reste plus qu’une solution. J’fonce direct vers le pont, déviant les boulets avec mes bras dès qu’ils s’approchent un peu trop, et arrivé assez proche, je m’éjecte et j’atterris sur le pont. Je fais disparaître mon planeur pour faire reparaître Tendre Promesse dans ma main, puis j’en appelle à Souvenir Perdu dans l’autre. Parfait, j’ai plus qu’à tout défoncer.

Donc j’fonce vers une rangée de canon, et j’les bourre jusqu’à les arracher et les faire chuter dans le fond de l’espace. Comme c’est plus… un genre d’excroissance que de vrai canon, le truc disparait dans des volutes ténébreuses après quelques secondes de chute. J’roule pour éviter des espèce de petits lasers tout ronds, et j’saute pour rejoindre un genre de truc qui tire en l’air. T’sais l’machin qui fait des gros tirs lobés et qui t’écrasent plus sous leur poids qu’autre chose. J’donne deux coups puissants, pour l’endommager puis conclus par un coup explosif qui le met définitivement hors service.

Le truc c’est que là, ce que je fais en fait ça me fait juste perdre du temps. Le machin va pas se stopper et me dire d’arrêter d’y… tirer les cheveux ? On peut dire ça. Alors j’me met bien au milieu du pont. Je checke mes appuis, et j’lève une jambe avant de frapper le sol à deux reprises. En dessous, ça tremble comme un genre de spasme ultra nerveux. C’est court et limite malsain. Et j’met un troisième coup, qui là, fait s’emballer tout le vaisseau. J’me retrouve balancé limite par dessus bord, j’ai juste le temps d’attraper un garde-corps et de tenir bon jusqu’à c’qu’il se calme. Le truc continue de s’emballer, et je sens qu’il se passe un truc au niveau de la proue. Des fantômes s’en échappent et commencent à me foncer dessus. J’réfléchis plus plus, et j’me laisse tomber dans le vide en rappelant mon planeur. J’esquive donc les fantômes plus facilement, et j’me retrouve face au crâne sans-coeur qui fait office de proue.

Et, j’aurais adoré te dire que c’était un combat de titans. Que je me démenais, que j’arrivais à bouts de solutions et qu’en pensant à mes amis j’ai retrouvé le courage de faire face à l’adversité. Mais la vérité, c’est que je suis parti droit dans sa gueule genre zéro à deux-cent en même pas une seconde, keyblade irradiante de lumière vers l’avant. J’l’ai traversé, de part en part, et j’suis ressorti à la poupe. Le truc commença a s’embraser façon ténèbres et les tirs ralentirent, jusqu’à cesser pendant que le machin chutait dans le fond des routes stellaires. Décevant. Suffit que j’commence à pousser un bon coup, et y’a plus personne. C’t’un peu comme une malédiction mine de rien.

J’prends même pas une pose de la victoire, j’me retourne vers ce que je pense être la direction de San Fransokyo, et j’y vais, plus tranquille.