Il fredonne un air d'autrefois... un air de son monde qui, ordinairement, se joue au violon. Un air gai et entrainant, qui monte et qui descend. Un air que l'obscurité de l'endroit, et ses sombres pensées, tordent en quelque chose de vilain. Doux et entrainant, quoique très posé... mais très vilain aussi. Une ombre change l'air au son de voix.

Des bouts de bois, arrachés aux mobiliers de la bâtisse, n'attendent plus que de s'embraser. Nazik, lui, est assis auprès du feu à venir comme si celui-ci était déjà là. La fatigue, et le froid, lui font grandement apprécier cette maison rustique. Les portes et fenêtres ont été, vaguement, barricadés. A défaut de suffisement de planches, quoique celles-ci ne manquent pas. Et il a bien sûr trouvé un marteau, le Jardin Radieux compte suffisement d'artisan pour que le hasard lui fasse débarquer chez l'un d'entre eux. A défaut de suffisement de clous, le jeune homme a dû se contenter de boucher les accès avec le peu de mobilier qu'il n'aurait pas encore mis en pièce à coup de clef.
Une paire d'yeux jaunes luit dans la bâtisse et une autre vient juste d'arriver. Devrais-je la présenter ? Ou même la décrire ?

Un nocturne rouge sort des ombres, flotte de manière rigolote dans les airs, peu sûr de lui. Il monte... il descend... que fait-il exactement ? Cette pauvre créature erre, d'abords sans comprendre, se suffit à hanter les yeux de sa présence. Son maitre, lui, est assis à même le sol, un simple tapis pour accueillir ses fesses. Une jambe étendu de tout son long, l'autre replié contre son torse qu'il enlace avec l'espoir de se réchauffer et surtout, plus important, l'ambition d'y arriver. Inerte, sinon parcouru de sa respiration calme comme l'onde de l'eau qui dort, il dort presque mais pas complètement. Ce n'est pas tout à fait silencieux, pas tout à fait encore.
Vous aurais-je fait croire que Nazik... que celui-là se serait fatigué à du travail manuel ?

Des petites créatures oranges, aux mains habiles mais sans bras, le pas préssé mais sans jambes, de simples têtes toutes douces et molles s'en chargent pour lui. Ils retournent la barraque ! S'acharnent à en condamner toutes les entrées, bricolent à l'aide du moindre outil qui leur ait laissé et, se coordonnant de petits couinements, fortifie la bâtisse en une tanière. La poussière soulevée par l'agitation du troupeau de travailleur ne fait point réagir le coalisé, qui fixe avec intensément ce qui sera son feu de camp.
Le petit sans-cœur s'agite, s'auréole de quelques fioritures magiques et, soudain, crache de sa bouche absente une boule de feu.

Celle-ci va, en cloche comme une balle jetée, s'aplatir contre le tas de bois que Nazik fixe. Les flammes, à la façon d'un ballon de baudruche plein qui éclate, se répandent et se disperse avec éclat. Pas de réaction du jeune homme, sinon un soupir de plaisir lorsqu'une vague de chaleur souffle sur lui. Ca fait tant de bien... c'est divin... et l'univers est bien cruel mais si bien fait à la fois. Car ce froid mordant de l'hiver fuyant fait d'un brasier, ailleurs si anodin, quelque chose de tellement plus agréable que le vin.
Du vin que ramène les petits ouvriers, en plus d'autres vivres, en un tas à proximité. Il n'a qu'à tendre la main pour s'en saisir.

D'un geste, sans prévenir, Nazik tend le bras pour frapper le Nocturne Rouge, il ne peut pas se fatiguer à le contrôler et puisque le travail est terminé, les petits ouvriers disparaissent aussi. Egoïste, le jeune homme aime à traiter ses sans-cœurs comme des animaux de compagnie... et les autres aussi, parfois comme des amis... mais quand il a le temps. Il a le temps ! Quand il en a l'énèrgie ou l'envie. Ce jeu commence à perdre de son sens, il devient ennuyant. Néanmoins, on ne peut pas refuser de jouer à ce jeu... on peut le gagner... ou le perdre. Sans parler des récompenses à la clef.
Nazik fixe le brasier qui le réchauffe, sent un brin de volonté se raviver en lui et se décide, paisiblement, à attendre de retrouver ses forces pour continuer.

Peu lui importe les pauvres habitants qui ont fuis lorsqu'il a débarqué avec trois ombres à ses pieds, il est ici chez lui, tant qu'on ne l'expulse comme lui expulsa les précédents. Maintenant, la folie des débuts du jeu sont passés... les gens sont plus prudents et ceux qui sont saturés s'exposent moins, l'heure des guérillas sont passés. Tout le monde la joue défensive, Nazik le premier.
Et las, fatigué, il pianote son gummiphone avec la prétention de s'informer mais surtout pour s'occuper. Des alarmes rustiques, de fils et de conserves, ont été installé. Ca plus le mobilier, personne ne saurait rentrer sans qu'il ne l'entende.

Malgré tout, dormir lui parait la pire idée. Peut-être pas pire que de s'allier. Les groupes, dans cette histoire, sont voués à l'échec. Plus de personnes, plus de vivres à trouver, plus d'espaces à occuper, moins de discrétion, la certitude que l'un va trahir l'autre en se demandant juste quand.

Nazik fredonne encore son air... à la recherche d'un moyen d'accélérer les choses ou de s'assurer la victoire... ce jeu est usant mais comme prévu, c'est une course de fond et d'endurance plus qu'autre chose. Une épreuve de survie avant tout.