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Nous sommes quatorze ans après les évènements de Kingdom Hearts 2. En tant d’années, les choses ont considérablement changé. Les dangers d’hier sont des soucis bénins aujourd’hui, et au fil du temps, les héros ont surgi de là où on ne les attendait pas. Ce sont les membres de la lumière qui combattent jour après jour contre les ténèbres.

Ce n’est plus une quête solitaire qui ne concerne que certains élus. C’est une guerre de factions. Chaque groupe est terré dans son quartier général, se fait des ennemis comme des alliés. Vivre dehors est devenu trop dangereux. Être seul est suicidaire. A vous de choisir.

La guerre est imminente... chaque camp s'organise avec cette même certitude pour la bataille.

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Alors, t’es où ? Moi, je suis là, à l’heure dite du rendez-vous. Dans cette maison abandonnée depuis… depuis bien avant le battle royal en fait. On en avait parlé toi et moi il y a quelques années. Tu savais que je verrais directement où me rendre, vu que …mon appartement n’est actuellement pas un lieu à envisager pour se rencontrer. J’ai bien reçu ton message, celui dans lequel tu me proposais de tout lui balancer en défonçant la porte de mon appart si je sortais pas tout de suite, j’ai essayé d’imaginer la scène : « Hey Salut, tu te souviens de moi ? »

Je suis assis sur un vieux canapé, sans doute truffé d’acariens et autres petites bêtes, mais je m’en fous là tout de suite. Je tiens mon menton dans ma main et je regarde dans le vide.

-T’as l’air de porter tout le mal du monde, Maxence.

Je lève les yeux vers lui, il apparaît dans l’encadrement de la porte désencastrée, il a bien les mêmes habits que toute à l’heure.

-Alors c’était bien toi, avec le porte-parole.
-Exact.

Il a baissé sa capuche toutefois, et je peux inspecter son visage, voir que ses traits se sont endurcis avec les quelques années de plus qui se sont ajoutées à son compteur.

-Je ne peux pas croire que c’est une coïncidence.
-Tiens donc.
-Bah, c’est pas comme si tu vivais au Jardin Radieux. Qu’est-ce que tu fais ici ?
-J’ai…d’abord attendu.

Il marque une pause en soupirant, un sourire forcé sur le visage, un sourire déçu.

-J’ai attendu longtemps que tu me donnes des nouvelles. Mais j’en ai reçu aucune.
-Après notre discussion de la dernière fois, je pensais qu’on s’était tout dit.
-Alors, évidemment j’ai compris, c’était facile à calculer après ce que tu m’avais avoué. Alors ouais, j’ai fait ma vie, j’ai continué de rouler ma bosse, comme on dit. Mais il y avait quand même ce truc qui me restait en travers de la gorge, et ce regret que j’avais qui m’empêchait tout simplement de passer à autre chose.

Je ne peux pas m’empêcher de me crisper. A l’entendre, il ne serait que la victime dans l’histoire.

-Mec. C’est toi qui t’es barré, toi qui as disparu alors que tu aurais pu te manifester, toi qui m’as demandé de lui mentir.  Et maintenant, c’est moi qui t’empêche de lui dire la vérité ?
-C’est pas ce que j’ai dit.

Il marche autour du divan, le pas lourd et incertain. Très loin de sa pirouette acrobatique de quelques heures plus tôt.

-On sait tous les deux que t’as profité de la situation.
-On s’en fout de ça. Elle a fait un choix : moi ou continuer de mourir tout doucement.
-Et si elle apprend que tu savais ?

Mais quel foutu enfoiré. J’ai tellement envie de lui foutre mon poing de la gueule. Je sais que je ne fais pas le poids et qu’il l’égale probablement en combat, mais qu’est-ce que ça me soulagerait. Il me menace avec ça depuis le début, ou presque. C’est lui qui me demande de mentir, mais c’est moi qui dois payer parce que j’ai pas été honnête.

-Et c’est là, que tu interviens ? Qu’elle pleure de joie et que tu la récupères après dix ans, trop heureuse que tu sois en vie pour t’en vouloir ? Tandis que le connard de Maxence s’est levé tous les jours, yeux dans les yeux et a pas trouvé une putain de minute pour lui dire que tout ça c’était des conneries ? On sait tous les deux que si je la perds, tu la récupéreras pas pour autant.
-Apparemment ça te fait quand même assez peur pour que je tienne par les couilles.

Je me masse les tempes intensément. J’en ai tellement marre. Je sais que je vais le regretter mais qu’il aille au diable. Et dire qu’elle doit se dire que je la trompe.

-Chasseur, je sais plus ce que tu veux, j’en ai marre d’attendre que ça me tombe dessus. J’en ai marre de mentir. Alors tu sais quoi ? Vu que de toute façon t’as décidé de pas passer à autre chose, vas-y. Fais ce que tu veux. C’est plus mon problème.
-Très bien.

Il s’approche de moi, je sens son ombre dans mon dos, j'ai aucune envie de continuer à discuter alors je reste le visage caché dans la main.

-Mais faut d’abord que je fasse ça.

Mer-de. Je vois ce gros couteau entrer dans mon bide, tombant depuis le ciel comme par magie. Bien sûr que non gros con, puisque c'est lui qui est en train de te tuer. Putain ça… ça dépasse absolument tout de que j’aurais pu imaginer. J’arrive pas à respirer, je peux que me plier sur moi et rouler par terre.

Quand j’ouvre les yeux, je suis seul dans la pièce, et merde, bien sûr, ce connard m’a désaturé.
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Je faisais les cent pas. Quand je sentais la tête me tourner et que je pouvais croire que mon coeur allait exploser, je m’arrêtais et je m’asseyais quelques instants. Et puis ce silence, cette attente, cette inactivité amplifiait mon sentiment d’impuissance. J’avais envie d’hurler. Ca pouvait sembler risible, exagéré, basé sur rien ou presque. Mais il n’y avait jamais eu aucun précédent de ce genre entre nous. Son attitude avait changé en une seconde.

Le gummiphone finit enfin par vibrer sur la table du salon, je me jetai presque dessus pour savoir ce qu’il contenait, bien qu’à moitié effrayée par la découverte que j’allais faire.

« Pas la peine de t’inquiéter, je suis en chemin »

Je lançai mon gummiphone sur le divan comme pour me délester d’une frustration trop grande. C’était tout ce qu’il avait trouvé à dire ? Un moment, la nervosité fut si grande que je songeai à prendre la porte et disparaître car je sentais que rien de bon ne pouvait découler de la discussion que nous allions avoir.

Après quelques minutes qui semblèrent s’écouler comme une éternité, la porte s’ouvrit. Je vis ses cheveux dépasser et sus que c’était lui. Malgré tout, j’étais rassuré de le voir revenir et je commençai à me dire que j’avais sans doute amplifié le côté dramatique du problème. Evidemment, il me cachait quelque chose, évidemment il avait tenté de minimiser la chose, évidemment il n’avait jamais été comme ça avant, c’est à dire totalement distant.

Mais ce que je découvris en le voyant entrer pour de bon, je ne m’y attendais pas. C’était pourtant… tellement évident, prévisible ?

-Mais… t’as perdu tes couleurs ?

Je portai mes mains à ma bouche, stupéfaite, comme si je venais de découvrir qu’il avait une jambe en moins. Il était pourtant là, devant moi, en bonne santé et entier. Il paraissait gêné, mal à l’aise, désolé. Et pire que ça, il évitait manifestement mon regard.

-Je suis désolé, j’ai été…con.

Oui bien sûr qu’il l’avait été, mais qu’est-ce qui l’avait poussé à prendre ces risques et à être suffisamment blessé pour se voir éliminé, c’était ça la vraie question.

-Ca t’a fait mal ?

J’encadrai le côté de son visage d’une main, j’étais triste mais pas indifférente évidemment. Il sourit et laissa échapper un petit rire nerveux.

-Je vais pas te mentir… Tu sais ce qu’on dit sur la petite mort…?
-S’il te plait, sois sérieux.
-Bref, ça n’a rien à voir. J’ai eu le temps de sentir mes entrailles se déchirer.

Cette évocation fut particulièrement douloureuse pour moi, je retirai ma main et contractai mon poignet. Je ne pus m’empêcher ensuite de laisser ressortir mon emportement.

-Qui… qui t’a fait ça ?
-Qu’est-ce que ça change ? C’est le jeu, non ?

Il mentait. Je pouvais le sentir, toujours dans cette façon d’ignorer mon regard quand il racontait son récit comme étant la chose la plus banale du monde.

-Ca change que ça n’aurait pas dû arriver…
-Ouais, mais… c’est arrivé.

Il s’éloigna de moi, se massant les cervicales puis alla se servir un verre d’alcool dans la cuisine. Et alors je n’ai pas pu m’en empêcher.

-Ca serait pas arrivé si t’étais pas parti.

Il me fixa quelques secondes, s’arrêtant de boire, puis il haussa les épaules.

-Ouais, bah j’ai été con, voilà.

J’essayai de me rapprocher de lui mais j’eus cette impression désagréable que cela l’effrayait. Non, ce n’était pas désagréable, c’était insoutenable. J’arrêtai donc de m’avancer et essayai de reprendre la discussion, mais calmement, ou du moins autant que j’en étais capable.

-Tu vas me dire pourquoi t’es parti, maintenant ?

Il resta là quelques instants, hésitant. Il semblait prêt à lâcher prise, puis il se démonta.

-Fallait que je voie quelqu’un.
-Très bien. Qui ?
-Un ami.
-Et pourquoi tu l’as pas dit avant ? Pourquoi c’était si compliqué à dire, et putain pourquoi t’as fait  la gueule toute la journée pour ça ?
-Je…
-Quoi ? Vas-y. Dis-moi.

J’étais prête à le supplier mais le calme était définitivement parti pour l’autre bout du monde.

-Laisse tomber. Franchement, lâche l’affaire.

Je lui tournai le dos, j’étais prête à frapper le mur, et à défoncer sa cloison par la même occasion sans doute. La vérité ? Je me concentrais de toutes mes forces pour ne pas m’effondrer et ne pas pleurer. A partir du moment où je commencerais, je n'étais pas sûre de pouvoir m'arrêter. Je n’avais pas ressenti une telle douleur, une émotion d’une telle intensité même, depuis très longtemps, depuis un jour bien particulier. Au Jardin Radieux. Pourquoi fallait-il que cela soit encore ici ?

-Je crois que…

Je me retournai vers lui, espérant qu’il sauverait l’affaire à cet instant.

-qu’il vaudrait  peut-être mieux que tu rentres au Château…
-Que je ? Tu ne rentres pas avec moi ?

Il hésita là encore, il semblait désemparé, mais j’étais trop paniquée pour pouvoir prendre du recul.

-Non, je… Bah, je suis déjà éliminé de toute façon, alors ça ne change plus rien. J’ai plus besoin de…ta protection.

Alors, dévastée, je pris absolument tout ce que j’avais comme force en moi pour ne pas lui donner cette dernière image. Je pris la porte, laissant absolument tout ce que j’avais apporté là. Je partis les mains vides, sans arme, sans rien. Je m’en foutais, tout m’était absolument égal à présent. J’avais juste mal. Mon corps n’était que mal.
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