En pleine course, je m’arrête un instant devant l’une des grandes baies vitrées du Vaisseau-Mère. Habituellement, celle-ci offre la plus époustouflante des vues sur le vide infini, les étoiles, les mondes. Mais juste à cet instant, ma vue est absorbée par l’explosion d’un vaisseau moyen à quelques centaines de mètres de notre position.

Donc les gens ont prévu de se livrer une bataille spatiale. Voilà qui est osé. Evidemment, tout sera réparé à la fin, mais tout de même, c’est risqué. Aucun vaisseau n’a évidemment la capacité d’attaquer le Vaisseau-Mère, enfin, pas que je sache, mais je commence à réfléchir à la possibilité que rester ici n’est sans doute pas la meilleure des solutions. Il faut pourtant que je voie quelqu’un.

Avant de me remettre à courir, je vérifie machinalement que j’ai toujours mon arme bien accrochée à la combinaison. Les hostilités ont démarré il y a à peine une heure. D’abord un homme, puis deux, et ainsi de suite.

J’arrive enfin à l’ascenseur et je suis arrêtée par le Turk aux cheveux rouges. Quel est son nom déjà ? J’essaie de passer sur le côté mais il me retient pour de bon.

-Hem…?
-Désolé, Nina, tu ne passeras pas. Je monte, puis on bloque l’accès à cet ascenseur.

Je ne lui fais pas l’affront de lui demander pourquoi. C’est donc la stratégie. Tout le monde se barricade en haut. Je souris en coin alors qu’intérieurement j’enrage de ne pas avoir pu saisir cette occasion pour descendre la secrétaire. Ce n’est qu’un jeu non ? Et puis même, ça aurait été un plaisir de l’avoir à mon palmarès. Et elle n’en aurait été que plus humiliée.

-C’est euh… Mais pourquoi tu souris ?
-Ôte moi d’un doute, vous croyez sérieusement que ça va les arrêter ? Je veux dire, l’ascenseur fermé. Je te signale que l’une des nôtres a déjà provoqué la terre entière en duel sur Gumminow.

Est-il seulement au courant pour D.Va ? Savent-ils que le monte entier a décidé de jouer le jeu ?

-On va déjà voir ce que le Président décide. Pour le moment et tant que c’est encore sous contrôle, on sécurise la zone.
-Reno ? Attends.
-Ouais ?
-Si jamais vous avez besoin d’aide, tu peux me trouver sur le gummiphone. Nina Arad.
-Je connais ton nom, tu sais.


Les portes se referment sur sa silhouette. J’entends une rafale derrière moi et cours dans l’autre sens pour chercher un endroit où me mettre à l’abri. A une vingtaine de mètres de moi, j’aperçois des soldats de 3ème classe se tirer dessus, l’un caché derrière un banc, l’autre derrière le comptoir d’informations. Ils ne sont pas une réelle menace mais ne prenons pas de risques. Trop exposée, j’attrape la rampe qui monte vers une des cafétérias à l’étage et monte les marches quatre par quatre.

Quand j’arrive, tout est encore calme, les lumières sont éteintes. Apparemment il n’aura pas de burger-frites au menu aujourd’hui. Sans faire de bruit, je me dirige vers le fond et me laisse glisser au sol, dos contre le buffet. Je prends un instant pour vérifier mon arme, mes munitions. Il faudra que j’en trouve d’autres. J’ouvre mon gummiphone et retombe sur le fameux poste de D.Va incitant qui le veut à venir la défier. Il est vrai que la vaincre remporterait un certain suffrage auprès de ses détracteurs et augmenterait sans doute ma popularité. Mais pour l’heure, je ne suis pas tout à fait encore décidée à quitter cet endroit et je n’ai… sans doute pas les compétences  qu’il faut pour la battre à la gachette, du moins à la régulière. Au bout de quelques minutes, j’entends le tintement du métal, les chaises s’entrechoquer et tomber à terre. Quelqu’un arrive. Je me concentre pour faire apparaître une dizaine d’ombres. Inutile d’en faire trop. Des sans-coeurs dans le vaisseau Shinra ? Une vision peu habituelle. Je reste à couvert et attends qu’ils fassent leur oeuvre.

-Putain, c’est quoi ça ? Pourquoi y’a des sans-coeurs dans le vaisseau ?
-Le chaos, ça les attire ces saloperies.
-Viens, perdons pas not’ temps avec eux. Ils nous rapporteront rien pour le score.

Oui, nous sommes aussi dans le Vaisseau-Mère. Oui, le chaos m’attire, mais seulement quand elles amènent un funeste et sombre dénouement, pas quand elles réinitialisent tout au bout de 28 jours. Alors permettez-moi d’avoir de sérieux doutes sur ce Lord Business.

Je me remets en marche. Mes compagnons  semblent vouloir me suivre plus ou moins discrètement. En longeant les murs j’aperçois un homme me faisant dos, il est armé, alors j’approche à pas feutré. Alors que je suis à un mètre, l’un des sans-coeurs bondit sur lui. Il sursaute et se débat mais j’attrape son bras armé à temps, que je tiens dans son dos. Je le force alors à se baisser pour qu’il puisse entendre ma voix.

-Et voilà comment tu as perdu dès le premier jour. En tournant le  dos à une femme terriblement frustrée.

J’attrape son arme  avec ma main libre et tire tout droit dans la nuque. Je ressens la détonation dans tout mon corps. Une vibration agréable bien que le décès soit factice. Il se raidit, baisse la tête. L’instant d’après, il perd sa couleur et se retourne vers moi, contrarié. Puis, il regarde tout autour.

-Hey mais…il y avait un sans-coeur non ? Il m’a sauté dessus avant que tu…
-Quoi ? Hein ?

Je prends appui sur le mur et le nargue de toute mon insolence. Faut-il que je m’ennuie pour perdre mon temps à balader un tel sous-fifre.