« Faites-venir le nouveau. »

« Nazik ? »

J'arque un sourcil, perplexe. Ca a été la blague de l'appeller Nuzik, au lieu d'user de son véritable nom… mais, semble-t-il, de le savoir capable d'invoquer un géant d'ombre a changer la donne. Mes gardes noirs ont peur, pas tellement des sans-cœurs, plus de ceux capable de les invoquer. Et des élus de la clef. Disons que la manière d'être de celui-là nous évoque les germes de ceux qui, un jour, nous ont digérés.
Death nous dirige encore, cependant. Et si ce n'est pas lui, c'est encore moi.

« Pas lui. L'autre. » Sèchement, et sans précision, je demande à faire venir "l'autre". On a pas tant de nouvelles recrues pour qu'il ne devine qui, en vrai, nous en avons deux. Agacé à l'idée, j'agite les paperasses qui hantent et alourdissent mon bureau. Je lève un rapport pour le lire en travers, grimace que ce ne soit pas le bon puis recommence l'opération. Au cinquième essai, je pose la feuille à un endroit visible, par-dessus tant d'autres. « Yasuo. »

Après un signe de tête, l'homme à la sinistre armure rapiécée s'en va en relayant mes ordres à la radio. Me voici dans le même bureau où j'ai reçu D.Va… la caserne peut être bruyante, à cause des entrainements et de la Cité du Couchant en elle-même. Ca fait partit des quelques quartiers riches de la ville, où tout fonctionne, là où nous n'avons pas encore éventré l'infrastructure. Le calme du Manoir Abandonné me sied bien mieux, surtout depuis que les cachots sont vides. Depuis qu'on y a plus les Princesses de Coeurs, on a besoin de moins de sécurité là-bas… et Salazar, notre alchimiste, a des expériences sans trop de cobayes ces temps-ci.
Ca m'apaise, sans brouhaha, je parviens à détailler les quelques bruits qui osent s'inviter.

Le bureau en lui-même est sombre et froid, des rideaux violets sont fermés mais les fenêtres elles-mêmes ouvertes. Mon bureau est envahi de paperasse, de tasses de cafés usagés et de cendriers remplis, d'ailleurs, tout ce qui y traine à tendance à devenir un récipient à cigarette. Il y a un ordi portable pour digitaliser les rapports qui n'est pas connecté à internet, non. Et un autre qui l'est, pour surveiller ce que retransmet l'éclaireur, ainsi que le reste du web. Sans oublier les classeurs, les rapports et une lampe à la lumière tamisée, chaude comme l'oeil ambré d'un sans-cœur.
Moi, je suis assis sur un vieux fauteuil usé, par-ci par-là déchiré, la ruine d'un mobilier autrefois luxueux.

Et pour ma part, je suis vêtu d'une épaisse chemise à carreau façon bucheron, noir et violette, manches retroussés. D'épaisses chaussures dites de "sécurité" au pied avec un ample treillis noirs, pour finir de m'habiller, un air fatigué. Pas souriant, jamais, j'ai l'oeil soit endormis et ailleurs, soit nerveux et électrique.
J'attends Yasuo pour… son entretien d'embauche… ? Non, il est déjà engagé.

J'attends Yasuo pour l'intéroger.