Kingdom Hearts RPGConnexion

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Parfois, il faut juste d'un rien pour que tout bascule. Là, il a suffit d'un échange de regards près du concessionnaire Shin'ra. Le moment a été très rapide : j'ai aperçu un visage familier, portant la marque d'une brûlure sévère au visage. Je ne saurais y coller un nom, mais cela ne me dit rien qui vaille. Puis j'ai tourné la tête. Non... Bien sur. Après m'être fait désapper par des leprechaun complètement tarés et y avoir perdu mon manteau, je suis tombé sur Roxas. Et maintenant, de toutes les personnes que je peux croiser dans cette fichue ville, il faut que je tombe sur eux.

Deux armes se lèvent et sont pointées directement vers moi avant que je ne puisse esquisser la moindre réaction. Virgile me montre un large sourire, celui de ceux qui ont l'ascendant.

- Bonjour, Brett... Ou peut-être préférerais-tu que je t'appelle Kuro ?

L'un des deux flingues tremble frénétiquement. Lors de ma dernière visite à Illusipollis, j'étais en mission avec Septimus et nous étions venus nous procurer de la drogue. Nous avons entrepris un jeu de rôle afin de négocier avec ce gérant du gang des Diables Blancs, Virgile, tentant de nous procurer un échantillon de la marchandise. Tout ne s'était pas vraiment passé pour le mieux. Dans mon jeu d'acteur, j'étais parvenu à me faire droguer à mon insu, puis la situation a dégénéré et nous aurions pu y laisser la vie. C'est là que j'ai laissé cette blessure à l'un des chiens du gérant, Fitch.

Visiblement, il a eu la chance de survivre à l'expérience de la torche humaine... Et aucun d'eux ne me semble enclin aux négociations. Ma couverture semble également avoir été compromise.

- Comment connaissez-vous mon prénom ?

Une question innocente pour tenter de les déconcentrer. Une peur, pas totalement feinte, s'affiche sur mon visage, mais mon regard recherche la moindre faille qui pourrait me permettre de me sortir de cette situation.

- Je crois que tu ne saisis pas ta situation, se moque-t-il. Grog !

Merde. Mon attention étant surtout accaparée par Fitch l'agité et Virgile, qui donne les ordres, ma réaction est trop tardive : Grog s'empare de mon bras valide au moment où je m'apprête à m'en servir pour sortir mon arme. Il m'immobilise ensuite au sol d'une clé de bras brutale, le choc de mon bras immobilisé me faisant pousser un cri de douleur. L'homme de main a un corps plutôt athlétique, il parvient sans grande difficulté à me maintenir en respect. Il a un visage plutôt rond, des cheveux noirs mi-longs et une barbe bien taillée. Je ne peux pas bouger du tout.

Virgile donne un nouvel ordre silencieux. Cette fois, c'est Fitch qui empoigne ma nuque avec ferveur, positionne mon visage de côté, de sorte à bien le distinguer lui et son corps plus mince, mais non moins dangereux par la vivacité et la précision de ses gestes. Lui a les cheveux plutôt courts et bruns, un visage plus rectangulaire... Mais mon attention est surtout focalisée sur son air complètement dément, en grande partie à cause du "cadeau" que je lui ai laissé et la lueur inquiétante dans son regard. Quelle ironie. De nombreuses fois, j'ai été dans la position dominante, pointant mon couteau directement sous la gorge d'une victime et cette fois, c'est moi qui me retrouve dans cette position pathétique où je ne peux que trembler et suer de peur.

- Ici, c'est moi qui pose les questions, finit par ajouter Virgile qui affiche un air désagréablement satisfait.

Le nerveux finit par me lâcher complètement lorsqu'il estime la menace suffisamment claire pour moi. Quelques secondes passent, puis je ressens la pression d'un pied sur mon crâne. Lorsqu'elle se relâche, je sens des picotements au niveau de mon front : celui-ci doit s'être éraflé sur quelque chose. Je relève le regard, comprenant ce message brutal. Le gérant n'attendait que ça.

- Tu vas nous suivre sans un bruit, lance-t-il d'un air placide qui ne laisse rien présager de bon.
- Qu'est-ce que vous comptez faire de moi ?

Un choc violent au visage. Je vois le sol se tâcher légèrement de rouge. Cette fois, c'est mon nez qui saigne. Je vois la silhouette du gérant des Diables Blancs de dos qui commence déjà à s'éloigner. Grog me relève de force et maintient sa prise sur mon bras valide, me contraignant ensuite à avancer. Les ricanements de Fitch ponctuent nos pas. Ce taré prend bien son pied ! On avance ainsi silencieusement pendant quelques minutes durant lesquelles je guette la moindre opportunité, mais elle ne s'est pas encore présentée pour le moment.

Je ne reconnais pas le chemin. On ne se dirige pas vers l'entrepôt de la dernière fois. Ils connaissent mon affiliation à la Coalition Noire, ils ne souhaitent peut-être pas exposer leur planque à des représailles. Me supprimer sans laisser de traces de leur passage. Non, ça ne peut pas être ça. S'ils l'avaient souhaité, je serais déjà mort.

- T'as pris ton pied avec ton p'tit pote le manchot la dernière fois ! Comment il s'appelait déjà ? Sept... Septmuche ? Il fait une pause, puis finit par se désintéresser de la réponse. Et là, il appuie sur ce dernier mot, tu nous a balancé tes petits hommes verts pour tout chaparder...
- Mais je n'ai...

Fitch se retourne et me colle un coup de poing dans l'estomac pour me faire taire de nouveau. Visiblement, il n'aime pas se faire interrompre et contredire. Ils ne me laisseront sûrement parler que lorsqu'ils l'auront décidé. Ma respiration saccade quelques instants à cause de l'impact, mais Grog, toujours silencieux, n'en a cure et exerce une pression. Sous la contrainte du gros bras, je dois presser le pas.

- Tu feras moins le mariole quand on te laissera aux "soins" de Jeff le désosseur. En attendant... Tu voudras peut-être un nouvel échantillon ?

Il ricane. Rien qu'au nom, je sens que je ne veux pas arriver à destination. Heureusement, Fitch ne s'arrête pas pour me faire goûter un autre échantillon de leur marchandise. Alors je continue de surveiller la moindre faille, tant que je le peux toujours. Nous continuons simplement de marcher. Mon visage s'éclaire quelques instants lorsque je pense une occasion se présenter : j'entends une sonnerie de téléphone. Mais elle retentit dans le vide, personne ne réagit. C'est plutôt éloigné, je pense que c'est celui de Virgile, sans certitude.

Finalement, celle-ci résonne de nouveau quelques minutes après. Le trentenaire décide de décrocher, grogne des instructions et s'éloigne suffisamment pour que je ne puisse rien entendre. Comme demandé, ses hommes redoublent de vigilance, mais je dois agir. C'est maintenant ou jamais. Je ne pourrai pas les vaincre, mais je dois réfléchir à un moyen de parvenir à me faire la malle. Dans l'idéal, il faudrait que je puisse prendre le gros bras par surprise, mais ça risque d'être compliqué. Son emprise est d'autant plus ferme maintenant que durant notre marche. Je soupire. Même si je venais à y arriver, il me faudrait encore également échapper à l'autre agité.

C'est vraiment pas gagné.

Mais je dois le faire. Au vu de la situation, je peux oublier d'user de la force. Je pourrais tenter d'utiliser la même astuce que lors du dernier affrontement, mais ils doivent s'attendre à voir tomber la foudre. N'oublions pas je ne serai probablement plus en état de lutter contre Fitch après m'être foudroyé volontairement. Alors j'y pense mais... Je pourrais peut-être retenter d'invoquer un sans-cœur. Dans la pénombre permanente de ce monde, il pourrait échapper à leur vigilance et créer une diversion suffisante. Le soucis, c'est qu'avec Death, j'ai à peine réussi à contrôler un sans-cœur déjà présent.

La loi du plus fort. C'est comme ça que fonctionne la Coalition Noire. C'est également le principe de base des invocations, si j'ai bien compris ce qu'essayait de m'enseigner Death. Comment est-ce que je pourrais me faire obéir facilement ? Pourquoi suis-je sous ses ordres ? Parce que nos intérêts convergent, que j'ai quelque chose à obtenir en retour. Qu'est-ce qui pourrait inciter un sans-cœur à faire ce que je lui dis. Qu'est-ce qu'ils souhaitent par dessus tout ?

Mais bien sur. J'ai eu le déclic. Là, il pourrait dévorer un cœur et se repaître de sa lumière. Ça devrait être un jeu d'enfant de lui imposer ma volonté. Je tente de lever la main pour l'invocation du bras qu'il retient. J'y parviens à peine, mais rien ne se passe.

- Tiens-toi tranquille, grogne le chien de garde en exerçant une pression contre mon dos et retenant également ma main pour empêcher tout geste.

Ne reste que l'autre, celui qui doit rester au repos. Je n'aurai probablement qu'une autre chance de le convoquer avant qu'il ne comprennent ce que je cherche à faire et m'écrase tout simplement par terre comme tout à l'heure. Je me concentre une nouvelle fois, tente de me focaliser d'autant plus sur ce qui m'entoure, d'y trouver un cœur sombre qui pourrait souhaiter un nouveau repas. Ensuite, je concentre mon énergie magique au niveau de mes doigts. Puis je les claque simplement, tout en tentant d'imposer cet ordre si simple et profitable à cette créature obscure.

Une ombre apparaît dans le dos de Grog, hésite quelques instants et se jette sur lui au moment où Fitch pointe son arme dessus. La griffe de l’engeance ténébreuse entaille le dos de mon geôlier, le perturbant juste assez pour que j'en profite pour violemment dégager mon bras, empoigner mon arme et la lui planter directement dans la poitrine. Malheureusement, cela ne suffit pas pour mettre au tapis le tas de muscle qui me repousse violemment d'une impulsion du bras. L'arme m'échappe des doigts et reste logé dans le corps du colosse qui se retourne pour balayer l'ombre en la balayant de son autre bras.

Me voyant arriver, l'agité pivote nerveusement pour me viser, mais je parviens à dévier son arme d'une impulsion au moment où il tire. La balle fuse, frôle ma joue au point d'y laisser une blessure et une brûlure et vient se loger dans l'épaule de son allié. J'assène un coup de genou dans les parties intimes de Fitch, puis prend mes jambes à mon cou aussi vite que possible. Mon nez saigne toujours, c'est inconvenant, mais je dois faire avec. J'entends des bruits de pas précipités, bifurque dans une ruelle et entend un coup de feu qui manque sa cible. Visiblement, Virgile n'a pas attendu ses deux chiens pour me traquer.

Je poursuis ma course à en perdre haleine. Je jette un regard vers l'arrière, mon poursuivant m'aperçoit et me suit alors que je suis à mi-chemin pour le prochain embranchement. Pas le choix, je lui lance une sphère de vent aussi vite que je peux qui le projette vers l'arrière et lui fait perdre son équilibre, ralentissant sa progression. Le temps que je retourne la tête, je percute une poubelle métallique, freinant ma propre cadence de course par la même occasion. J'ai l'impression de creuser la distance, je halète mais ne prends tout de même pas le moindre instant de répit.

Pourtant, je ne tiendrai plus ce rythme longtemps. En plus de ça, il commence à pleuvoir. Mon regard s'agite dans toutes les directions. Je dois chercher un abri, un endroit où m'abriter, me reposer et laisser tout ça se tasser. Je finis par apercevoir un immeuble en plutôt mauvais état, probablement abandonné. C'est pas forcément la meilleure planque du monde. Même si j'ai tenté de creuser autant que possible la distance, ça reste pas forcément si loin... Et puis ça a l'air peut-être un peu évident. Enfin, je suis pas en position de faire la fine bouche, je vais devoir m'en contenter.

Je tente de tourner la poignée de la porte principale mais elle bloque. Évidemment. Ça ne pouvait être que verrouillé. Je tente de la forcer, sans succès également. Je recule, m'éloigne un peu et cherche rapidement un autre moyen. Bien vite, j'aperçois une autre porte plus discrète, sur le côté. Je fonce, bingo, celle-ci est ouverte. J'arrive dans un local à poubelles. Ça sent le renfermé, malgré l'absence de déchets. L'ampoule au plafond est complètement éclatée, je n'y vois pas grand chose.

Je prends enfin le temps de sortir un mouchoir et de tenter d'arrêter le saignement de mon nez, sans toutefois m'arrêter. Bon, me voilà dans une pièce avec un ascenseur qui, au vu de l'état des lieux, ne peut être que hors service. J'aperçois des fissures au plafond, de la saleté bien incrustée au sol, des affiches déchirées complètement illisibles. Je vois même qu'un rat semble avoir élu domicile sur les lieux. Charmant. Je n'ai pas d'autre choix que d'emprunter une cage d'escaliers. J'inspecte les premiers étages, mais je ne trouve rien de suffisamment notable. La seule porte non verrouillée que j'ai trouvé sur ma route depuis semble être une petite annexe pour la personne qui devait se charger du ménage que j'ai immédiatement refermée en apercevant des cafards.

Je poursuis ma progression de façon insouciante vers le dernier étage. J'entends un grincement. Je m'arrête immédiatement. Je crois qu'il provient d'en haut mais... Et si je me trompais ? Si je venais littéralement de me piéger au dernier étage d'un bâtiment dont je ne pourrai définitivement pas m'échapper ? Je reprends la marche, plus lentement. Si tel est le cas, je dois continuer d'avancer, parvenir à passer la por... Il n'y en a pas ? Pas seulement, il y a également l'air d'y avoir de la lumière tamisée. Cette fois, c'est sur : ça ne venait vraiment pas de l'arrière.

Quelqu'un a peut-être élu domicile ici. Si tel est le cas, il ne sera sûrement pas très enclin à me laisser rester. Dans le doute, je rapproche ma main de la poche contenant mon arme et me ravise en me rappelant que je l'ai laissée dans le bide d'un des chiens de Virgile. Je prends le temps de souffler et finalement... Je finis de monter les marches.
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Il est tard, très tard.

Comment je le sais ? C’est une bonne question. On ne va pas se mentir, qu’il soit minuit ou midi, aucune différence à Illusiopolis. La ville où le soleil ne se lève jamais.

Non, je ne sais pas. J’aimerai parler d’instinct, de l’habitude de la chose, une science obscure du style. Mais je le sais, c’est tout.

Je pousse un long soupir, tandis que je viens m’adosser contre le mur. Mes bras saisissent mes jambes, tandis que je pose ma tête contre mes genoux.

Je me sens juste tellement seul. Et ce n’est pas la compagnie de l’autre monstre qui va m’aider. Ces petits moments sont déjà assez rares, et j’en ai besoin. J’ai besoin d’un peu de temps avec moi-même, loin de lui, loin de ses actes et pensées dégoutantes. Parfois, j’ai l’impression de me perdre, de ne plus savoir où j’en suis, ou qui je suis.

Et non, rien n’a changé. Tu es toujours Dimitri, toujours le petit faible qui s’est retrouvé lié à un orc répugnant. Qui ne peut plus appeler ses proches car un gang entier est à tes trousses.

Je sens ma main trembler un peu. Bon sang… Ce que ma sœur me manque, ce que mon père me manque. Ça ne fait qu’un mois, mais j’en peut déjà plus. Je ne suis même plus sortie de cet appartement depuis l’accident. Ça sert à rien, je suis juste… incapable. Le monstre a beau être insupportable, il arrive à obtenir nourriture, à fuir les gangs. Moi ? Si je fais deux pas dehors, je serais déjà au sol, le corps froid et criblé de balles.

C’est rageant, c’est tellement rageant bon sang ! Un prisonnier, c’est ça que je suis devenu. Un prisonnier de cet appartement miteux ! Je me disais que si l’orc réussissait à obtenir assez d’argent, je pourrais lui fausser compagnie, et partir. Mais plus ça va, plus je me dis que juste pendant le trajet jusqu’au spatioport, je serais fiché de tombé sur eux !

J’en sens presque les larmes se former au coin de mes yeux. Impuissant, pourquoi je suis aussi impuissant ? Qu’est-ce que j’ai pu faire pour qu’on me punisse de la sorte ?

Mais… C’est un bruit que j’entends ? Je me raidis sur le champ. Essayant de retenir ma respiration pour mieux écouter.

Des bruits de pas, dans les escaliers. Un autre squatteur ? Non, et si c’était le chapitre ? Et s’ils m’ont retrouvé ?

Je commence à sentir la sueur qui coule le long de mon front. Silence, si je suis silencieux, ils ne pourront pas venir, si ?

Je veux dire, je suis dans le local du toit, et l’accès depuis les escaliers est bouché. A moins ce qu’il n’escalade par la fenêtre ça ne risque pas de…

Et si… ? Et s’il le faisait ?

Bon sang ! Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que je…

Mon regard se pose immédiatement sur le gros tas avachi à l’autre bout de la salle.

Fidèle à lui-même, sale, répugnant, la peau verte, le visage grossier et presque parodique. Un animal, une bête, un monstre.

… Et un combattant.

Non ! Non c’est non ! J’en ai assez ! Assez !

C’était mon moment, mon moment de repos, sans lui, sans ses pensées, sans ses fichus désirs !

Je vais me planquer, je vais attendre qu’ils s’en vont, je vais…

Je sens la peur me prendre aux tripes. Et si ? Et s’ils venaient ? Je peux me cacher oui, mais lui ? Dans cet état, il est inconscient, incapable de faire quoi que ce soit. S’ils embarquent l’orc, est-ce qu’ils me laisseraient tranquille ?

Le chapitre s’en ficherait de moi non ? C’est l’orc qu’ils veulent, pas moi !

Pff, faut que j’arrête deux secondes. Je sais très bien que ça ne suffirait pas, j’aimerai, j’aimerai tellement. Mais même s’il se fait embarquer à nouveau, ils ne me lâcheront pas. Pas après ce que j’ai vu, pas après ce que j’ai vécu.

J’aimerai tellement… Comme croire au père noël. Que ma vie redeviendrait normale si le monstre disparaissait.

Mais au fond de moi, je le sais. Je sais que rien ne deviendra comme avant. Plus maintenant.

Je ne peux pas m’empêcher de serrer le poing. Si seulement je n’étais pas aller voir ma mère ce jour-là, si seulement… Rien de tout ça ne serait arrivé.

C’est en serrant le poing que je me rapproche de lui. Ce que je déteste ça, ce que je…

Non, il y a autre chose. Une peur, j’ai peur. Je suis terrifié à l’idée qu’à force de le faire, est-ce qu’un jour, j’arriverais à en sortir ?

Le bruit de pas dans les escaliers vient chasser mes pensées. Je n’ai pas le temps ! Pas le temps de penser à tout ça ! Le danger est proche !

Je m’approche de lui. Son odeur me rentre dans les narines, ça m’en donne déjà la gerbe. Et c’est sans parlé juste de le regarder. Rien ne va, strictement rien ! Ce gars est moche, grossier, insupportable, assoiffé de sang. Un psychopathe, un taré !

Et j’ai besoin de lui… Bon sang !

Je serre les dents tandis que je tends ma main vers lui. Je la sens s’enfoncer dans sa chair verdâtre, comme s’il n’était qu’un liquide brièvement consistant. Il commence à briller, avant de disparaître en une simple sphère de lumière. La sphère virevolte un instant, avant de s’élancer à travers ma poitrine.

Je ne sais même pas comment décrire la sensation qui suit. Comme si quelque chose se répand dans mes veines depuis mon cœur. Les effets sont immédiats, mes bras sont en train de grossier, ma peau est de plus en plus rugueuse. Je vois la couleur qui devient verte également, tandis que la salive s’accumule dans ma bouche, débordant par-dessus mes lèvres babines.

Bah alors gamin, t’es d’jà d’retour ? Rah bon sang, je déteste cette sensation ! Je viens m’appuyer au sol, je sens les traits de mon visage qui deviennent l’beauté eheh ! Ça ne fait pas mal, c’est juste… Très agréable. Raaah bon s… EHEH, ça me plait, je sens que je ne suis plus une chaire molle ? Je sens le contrôle qui vient à moi, à un ORK !

Aaaah, j’pensais pas qu’tu s’rais d’retour si vite, s’passe quoi ? T’rend compte combien c’mieux d’être un ORK ? Non, il y a quelqu’un, quelqu’un… Ouais, c’bon, je l’entends aussi.

Bah écoute ! On va s’en occuper, ç’fait toujours d’bien à l’peau l’sang. J’me met dans un coin d’la salle, près d’la porte menant au toit. Si un gars passe par là…

AH ! On va s’marrer !
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Je finis de monter les marches et... Me retrouve face à ce qui devait autrefois être une porte, condamnée avec... Je touche la paroi pour m'en assurer. Je ne suis pas sur de quelle matière elle est faite, mais visiblement, c'est du solide. J'ai bien tenté de forcer quelques portes plus tôt, mais il n'y a évidemment rien à tenter ici. Je recule, mes doigts effleurent mon menton, puis je décide de m'asseoir pour le moment sur la dernière des marches. Peu après, je finis même par me laisser délicatement tomber sur le dos.

Je peux prendre le temps de faire une pause et en profiter pour réfléchir à la suite. Si mes poursuivants inspectent ce bâtiment, ils finiront bien par me trouver. Du moins... Si je reste ici. Mais plus ce passage vers le toit me semble compliqué, plus je considère celui-ci comme une excellente cachette pour laisser les événements se tasser. Sans même avoir la certitude que je suis dans l'immeuble, leurs recherches devraient être plus superficielles. Outre l'éventuel autre occupant, l'endroit est sur. Encore faut-il que je parvienne à trouver un moyen d'y accéder.

Mon regard est fixé sur le plafond auquel est fixé un néon. Celle-ci éclaire faiblement la pièce d'une lumière vacillante, clignotante à intervalle régulier. Pourtant, la visibilité m'y semble constamment suffisante. J'entends la pluie qui continue de tomber, seule gêne à ma concentration. La pluie ? Je me redresse brusquement. Le bruit est beaucoup trop distinct. Quelque chose serait ouvert, sans que je ne l'ai remarqué ? Je scrute du regard, puis aperçois quelque chose. A mi-chemin des escaliers, il y a une fenêtre entrouverte. Si quelqu'un est bien présent, il est forcément passé par ici.

Je pousse pour agrandir l'ouverture et y passer ma tête. Je ressens aussitôt la pluie torrentielle qui s'abat sur mes cheveux blonds qui n'ont même pas eu le temps de sécher convenablement. Je jette un œil vers le haut. Un peu plus de deux mètres me séparent du toit. Je regarde aux alentours : je n'observe rien qui me permettrait d'escalader facilement. Il y a bien un sillon vertical qui pourrait aider mais... Il est plutôt éloigné, la surface a l'air lisse et la pluie l'aura sûrement rendu trop glissant.

Et si... Je place mes jambes correctement, fléchis les genoux et effectue un saut aussi explosif que je puisse. Je prends un peu de hauteur, puis au moment où je m'apprête à retomber, j'en fais un second, toujours dans les airs. Je lève mon bras pour avoir plus de détente, mais cela ne suffit pas : je suis à encore un peu moins d'un mètre d'atteindre mon objectif. Suite à cette erreur de calcul, j'enfonce mes doigts dans les jointures du mur, puis ressens aussitôt une douleur se diffuser dans mon bras qui doit soudainement supporter tout le poids de mon corps.

Avant que celui-ci n'ait cédé, je positionne mes pieds de façon à pouvoir les utiliser de sorte à pouvoir soutenir mon poids. Malheureusement, l'un d'eux glisse aussitôt à cause de cette fichue pluie, perturbant l'équilibre précaire de mon corps. La tension dans mon bras s'accentue, mais je parviens à tenir bon le temps de repositionner de nouveau le pied. Je serre les dents, l'effort est intense, mais bientôt, j'atteins, non sans difficulté le haut du bâtiment. Je reste un moment au sol, haletant, terrassé par l'effort. La pluie rafraîchissante me semble pour quelques instants agréables.

Une fois mon souffle repris, je me relève. J'aperçois aussitôt une sorte de local dans lequel je pourrais m'abriter. Il ne reste qu'à savoir si celui-ci sera ouvert. Je tourne la poignée. La porte refuse de s'ouvrir.

- Ah non, pas encore !

Je m'acharne suite à mon exclamation, sous l'emprise de la frustration. Cette fois, le vieux mécanisme cède et la porte bascule avec une certaine brutalité. Sans réfléchir, je pénètre les lieux, poussant un soupir de soulagement maintenant que je suis au sec et que je me pense enfin en sécurité.
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J’attends pas trop, c’moi l’chef, c’moi l’roi, et surtout, c’chez moi ici !  V’là que l’porte s’ouvre tellement fort qu’le gars, on dirait qu’il s’croit chez lui. Pas d’accord ! Attend ! Ne pars pas la tê… Oh nan mon grand, j’suis pas d’accord !

J’réfléchis pas, j’viens m’saisir d’pauvre idiot qui est v’nu ici. J’commence à baver alors qu’je l’regarde, saisissant s’col avec m’grosse paluche.
Mais regarde-le !

« Alors, t’as trouvé c’que t’cherchais ? » Qu’je lui d’mande, les yeux bien dans l’yeux. C’est qu’un pauvre ado !

Et alors ? C’fait quoi qu’ce soit un môme ? Mais, tu ne peux pas juste le saisir comme Mais t’es vraiment l’plus naïf d’mondes, t’crois quoi ? Qu’parce que c’est un gamin, il peut pas être envoyé par l’chapitre pour nous flairer ? Petit scout comme ça, ç’passe partout ! Mais enfin, regarde-le !

Bon, vu qu’le chouineur d’ma tête insiste autant, d’accord, j’regarde ! Il est blond, il a pas l’lumière à tous les étages, et m’regarde avec d’grands yeux horrifiés. Là, content ? Regarde-le bien Karg’orth ! Ce n’est pas l’expression de quelqu’un qui vient d’avoir l’trouille ? Non ! Enfin si, ce n’est pas la question ! Il a surtout l’air surpris, le genre de gars qui ne s’attendait pas à trouver quelqu’un ! Et alors ? C’pas un argument ça ! J’vais nous l’faire parler, t’vas voir !

J’commence un peu plus à serrer ma poigne sur lui, j’le vois essayer d’se débattre, ah, AHAH, comme si t’force d’chair molle va suffire !
Attend, attend, il doit y avoir un moyen de s’arranger, il doit y… C’quoi qui t’fait chouiner à c’point ? T’as pas gueuler quand c’les gars d’chapitre que j’ai r’duit en charpie ! Mais ce n’est pas pareil ! Là c’est qu’un peu ado paumé ! Et puis, on n’est pas certain qu’il soit du chapitre !

« ALORS ? Qu’est-ce qu’tu fais ici eh ? T’me cherche ? T’du chapitre ? »
Raaah, t’sais quoi, j’commence à m’lasser. T’crève l’dalle non ? J’sens ton estomac qui gronde MAIS CA VA PAS LA TETE ?! Non ! Bon sang, non ! Non et non ! Non, encore non, et doublement non ! Rah mais quelle bande de chochotte les chairs molles ! D’la viande c’est d’la viande ! Non, ce n’est pas pareil, c’est pas pareil du tout !

Pfeuh ! Je reporte m’regard sur l’demi-portion, t’as intérêt à m’répondre vite !
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Je n'ai pas vraiment trop eu le temps de regarder autour de moi qu'on m'a attrapé de façon plutôt brutale. Content d'être arrivé en haut, j'en avais complètement fait abstraction de cette probable présence. Me voilà donc soulevé violemment au dessus du sol. Une poigne s'est refermée au niveau de mon col, tout en m'ayant complètement plaqué contre le mur. Quelle est cette... Chose ? C'est hideux, effrayant et vert. On dirait une sorte de... Je me rappelle plus le nom que ça porte. Pouah, son haleine pue tellement la mort que j'en ai des difficultés à suivre sa première question !

Mais ce n'est pas le seul problème... C'est que ce truc a une force draconienne, ma parole ! Je me débats, mon poing s'abat sur son bras, sans grand effet : celui-ci ne bouge pas d'un iota. Mes jambes se balancent et donnent des coups tout aussi inefficaces que le précédent. Ce connard commence à forcer, si bien que je commence à en avoir du mal à respirer correctement. Je panique en observant sa bouche qui se rouvre. J'hésite à retenir ma respiration de peur de me faire asphyxier par l'odeur pestilentielle mais me ravise au vu de ma situation. Je l'écoute tant bien que mal, je comprends que dalle !

- Le chapitre ? Quel chapitre ?

Je tente d'inspirer, mais l'air peine toujours à passer. De toute évidence, ça n'a pas l'air de lui suffire puisque ce connard continue de serrer plus fort ! Putain, je dois faire vite tant que je peux encore parler, je panique. J'ai pas le temps de chercher mes mots, de tenter de réfléchir à quelque chose, je peux juste lui dire la vérité :

- Y'a... Diables... Gang... Cul... Caché...

Merde ! J'ai pas réussi à articuler grand chose, l'air se raréfie, j'étouffe, je panique. Je lui donne des coups de pieds complètement mous par désespoir pour tenter de le faire reculer, sans plus de succès. Ma vision commence à se brouiller légèrement, tout me semble complètement confus. L'enfer ! J'hésite à tenter un sort, mais je me ravise. Je n'ai ni le temps, ni la concentration nécessaire à faire quelque chose du genre. Ma main se pose sur la sienne, plus grosse. Je tente avec l'énergie du désespoir de reculer un de ses doigts dans l'espoir d'avoir plus d'air.

- Nghh...
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