La main griffue du fauve vient serrer un peu plus le drap. Son œil unique se perd par-delà la fenêtre, au loin, c’est l’étang qui est visible, camouflé parmi les feuillages des arbres. Il aimerait aller là-bas, se dégourdir un peu les pattes, sentir l’odeur forestière.

Mais non, il est bloqué à l’infirmerie. Ordre d’en haut, il n’a même pas eu son mot à dire. La cause ? Son dernier entraînement de magie. Il faut dire que cela ne s’est pas vraiment passer de la manière qu’il l’aurait cru.

Il serre brièvement les crocs, son épaule lui fait toujours un mal de chien. Une quantité astronomique de bandage l’entourant et la saucissonnant de toute part.

Bryke regarde autour de lui, essayant de détourner son attention de la douleur. Il n’y a pas grand monde dans l’infirmerie. Plutôt une bonne nouvelle en un sens ? Il faut dire que les derniers temps sont calmes chez le Sanctum. Tant mieux, un peu de calme, ce n’est pas quelque chose dont l’ordre a l’habitude, pourvu que ça dure.

Le fauve se laisse tomber sur le dos dans un grognement étouffé. Oui, il sait, il sait très bien qu’il ne devrait pas faire de folie vu l’état de son épaule. Mais être bloqué dans un lit ? Ça l’agace cruellement.

« M’sieuuuu Ronso ! » qu’il entend beugler à l’autre bout.

Il ne manquait plus que lui. Être alité, et en plus, devoir subir les gémissements de cette peluche.

Il ne redresse même pas la tête. Sidhe de son côté, arrive en trombe. Courant depuis la petite cour interne jusqu’à l’entrée de l’infirmerie. Une enveloppe ouverte dans sa main.

L’infirmière de service le fixe perplexe un instant, avant de s’en désintéresser. Elle a visiblement des médicaments à préparer, et c’est bien plus important que ce pseudo messager.

« M’sieeeeeuu ! »

Bryke ferme l’œil, peut-être que s’il prétend être endormi, la peluche s’en ira et le laissera tranquille ? Cela vaut le coup d’essayer au moins.

Le chat synthétique bondit près du lit, en plusieurs sauts pour combler sa taille.

« Eeeeh ooooh ? Vous dormez ? »

Bryke ne répond pas, il essaye de ne pas trop bouger.

Sidhe quant à lui, s’arrête un bref instant. Il s’approche doucement du lit, ses yeux deviennent humides.

« Naaaaaaah, m’sieu ronso. » Qu’il commence à pleurer, d’une manière aussi sur joué qu’insupportable. « Pouuuuurqqquuuooooi ? »

L’oreille du fauve ne peut s’empêcher un soubresaut. Il lui casse les oreilles, il lui casse littéralement les oreilles…

« Mais t’as pas fini de gueuler putain ? » se permet de commenter un voisin de lit. Son gros nez lui donnant un air plus intimidant que nécessaire. Mais contre toute attente, la peluche n’en perd pas ses moyens.

« C’est d’la faute au vieeeuuuux, ouin hein hein… »

Bon assez, il ne va pas s’infliger ça toute la soirée. Et le pire, c’est qu’il ne sait même pas combien de temps Sidhe serait capable de jouer les pleureuses. Il entrouvre son œil, avant de se redresser.

« Il est làààà ! »

Le ronso ne peut retenir un long soupir. Mais pourquoi il a ramené ce traducteur… Pourquoi Etro ne lui a donné que lui ? Est-ce pour le punir ? C’est une plaie, une véritable plaie incarné dans un chat en peluche !

« Comment vous vous sentez ? J’ai eu si peur ! Si peur ! »

Usant de sa main griffue intacte, Bryke lui fait signe de se taire. Son regard haineux n’aidant en rien. Il a mal à son épaule, et cela ne le rend pas de bonne humeur. Et certainement pas plus patient avec des jérémiades pareilles.

« OH ! » s’exclame Sidhe, avant d’indiquer l’enveloppe. « Y’avais ça dans votre p’tite tour m’sieur Ronso ! »

Bryke essaye d’inspirer et d’expirer, de se calmer. Non… Il ne va pas s’énerver. S’il s’énerve, il va encore se faire mal, et il va devoir rester alité plus longtemps. Non, il ne se mettra pas en colère… Même si Sidhe a de toute évidence, ouvert une lettre qui lui été adressé.

« J’me suis permis de l’ouvrir hein ! Vu que vous ne savez pas… Oh, vous savez, lire le commun »

Oui, il ne sait pas lire le commun. Mais c’est sur le principe. Si Bryke avait ouvert cette lettre et demandé à Sidhe de la lire, ce n’est pas la même chose qu’avoir Sidhe qui ouvre et lit une lettre parce qu’il le peut. Il prend ses aises, cette fichue peluche, et il commence à en avoir par-dessus sa corne.

« C’est trop d’la chance ! Une invitation ! Pour la Costa Del Sol ! »

L’œil du fauve devient rond.

« Rolalalala ! Gagnant d’un concours m’sieur Ronso ! Trois jours ! Hôtel inclus, avec plein de services, d’activités ! Mais vous auriez dut me le dire que vous aviez participé ! C’est extraordinaire ! »

Mais il ne s’est inscrit à aucun concours… Et puis… La costa del sol ? Mais il est une créature à fourrure vivant dans l’Himalaya à la base ! La chaleur, la plage, et les cocotiers, ça va le tuer !

« Ils vous proposent un spa, y’a aussi un casino ! Oh, et vos billets de transport Shinra sont là aussi ! Je suis allé vérifier au spacioport, ils sont authentiques ! »

Mais d’où ça sort ? Le fauve est plus perplexe que jamais. Et si c’était un piège ? Non, c’est forcément un piège !

« C’est tellement la chaaaaance ! » continue de ronronner Sidhe. « Vous allez m’emmener avec vous hein ? Allez ! M’sieur Ronso ! Dite oui ! Oui allez ! »

C’est hors de question qu’il aille là-b…

« Un voyage à la Costa del sol ? » se permet de commenter l’infirmière, attrapant une bribe de conversation. « Mais c’est une excellente idée. Leur spa et centre de remise en forme devrait vous faire oublier cette épaule en deux trois mouvement. »

Le fauve cligne des yeux à nouveau. Mais il ne veut pas y aller ! Pourquoi personne ne s’étonne que ces billets sortent de nulle part ? C’est bon, il a l’excuse ! Il est alité après tout, et l’infirmière a dit pas de voyage, donc, il ne peut pas y aller, n’est-ce pas ?

D’une main griffue, il vient indiquer son lit, fixant l’infirmière droit dans les yeux.

« Oh, écoutez, si c’est pour aller prendre du repos à la Costal Del Sol, je peux vous laisser sortir. C’est un des rares monde sans aucune menace sans-cœur vous savez. Là-bas, vous ne devriez pas rencontrer d’événement à même de rouvrir vos blessures. »

Ils sont contre lui… Ils sont tous contre lui…