Kingdom Hearts RPGConnexion

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J’te l’dis gamin, l’Jimbo, il sait surement pas à quoi s’attendre. AH ! On va s’marrer ! J’me suis fait tout beau pour l’occasion, t’as vu eh ? J’fais des efforts ! C’est ça que t’appelle tout beau ?

Eh ! C’veut dire quoi ça ? Regarde-toi…T’es tout sale, tu empeste, et en plus, tu portes une tenue rapiécée que t’as fait avec des morceaux de cuirs et de tissus trouvé dans les poubelles. Bah oui, c’est c’que j’dis, j’me suis fait tout beau ! Si ça t’nais qu’a moi, j’serais allé en pagne et v’là ! Oh bon sang… Et c’est sensé être quoi ? Un gilet ? C’ça, un gilet. Avec plein d’morceaux d’cuir attaché entre eux par d’lanières. Et pourquoi le short de cuir au juste ? Mais t’connais vraiment rien toi. C’pas parce que j’suis bien habillé qu’faut qu’je puisse pas courir ou m’battre. L’pantalon long d’chair molle, ça restreint l’mouvements, c’nul ! C’est le comble du mauvais goût…

Raah c’bon, chouine pas la chair molle ! D’toute façon, l’Jimbo, il nous a pas invité dans l’luxe eh ! R’garde autours, c’pas la citadelle ! Evidemment, c’est un patron d’un gang, il ne va pas t’inviter chez lui… Eheh, il s’rait vraiment con s’il l’faisait. Quant au lieu… On est dans le quartier des entrepôts, le genre qui se vide assez régulièrement de ses ouvriers. Eh ? Il croit qu’je vais m’battre et veux pas d’témoins ? Possible… Ce genre de rixe sont assez fréquent dans le coin. Tu vois ces bâtiments tout autour de nous ? Ce sont des entrepôts. On les reconnaît par la façade de crépis et le toit en métal. J’me fiche d’tout ça moi ! Qu’est-ce qu’ça m’apporte ? Bon sang…Réfléchis. S’il a choisi un entrepôt, c’est car il a besoin de place. Il va surement te mettre au défi, te tester. Ou peut-être qu’il veut juste profiter de l’espace pour rassembler son gang et t’intimider. Eheh, comme si une bande d’peau rose pouvait m’faire peur.

Rah mais sont où l’comité là ? On s’fait chier ! Continue de tourner dans le quartier…Il finiront par arriver. Le gars au bar t’a dit d’être dans le quartier vers vingt-trois heure. J’sais même pas quelle heure il est, fait toujours l’même ciel ici ! Bienvenue à Illusiopolis…

Rah, ça m’énerve ! J’pas qu’ça à faire moi ! Et tu veux faire quoi d’autre ? Ça fait un mois qu’on tourne en rond… C’bon, en rajoute pas toi !

« Pouah la vache, il est encore plus moche que tu le disais. »
« Eh, le taré ! »

J’me r’tourne. Eh, mais r’garde qui v’là ! L’bridé ! L’même qu’a l’clinique ! C’tombe bien ! C’lui qui m’a donné l’adresse. L’gars du Jimbo, membre du réseau. M’porte d’entrée si j’veux m’faire recruter ! Et puis, l’gars, il m’a vu dans une clinique, avec d’sang partout. Ça peut faire qu’bonne impression !

« Bwe eheh ! » qu’je me marre en r’pensant au carnage qui m’a m’né à la clinique. « J’pensais pas r’voir t’tronche toi ! Alors, l’est où l’chef ? »

« Le chef il a pas envie de te rencontrer. Il dit que t’a l’air d’un mytho. »


Qu’est-ce qu’il m’chante l’ptite crotte ? Couleur de peau sombre, cheveux lisse… Agrabah ? A t’souhaits. Non, Agrabah, c’est un monde. Ah.

BAH ! Je m’en fiche d’où qu’il vient. J’suis pas un mytho ! J’tord m’babines dans un grand rictus quand j’regarde l’autre chair brune.

« Ah ouais ? Et il envois deux d’ses gars rien qu’pour m’dire ça ? » j’peux pas r’tenir un p’tit ricanement. Ils me prennent pour un con l’gars ! D’jà, il aurait vraiment d’temps à perdre l’Jimbo. M’envoyer au bar, m’dire d’venir ici avec une heure. Pour qu’deux trou d’cul m’disent d’rentrer.
C’est surement qu’il n’a jamais dit ça… Sans rire !

« Un truc à nous dire ? » Qu’il m’dit l’autre truc d’Agramoche.

« Ouais. On y va bientôt ou on s’encu… »
Bordel ! Mais t’es dégueulace ! EH ! Je t’ai pas d’mandé d’me censurer chair molle ! T’pas chez les adorateurs d’bisous ici ! On fait A MA FACON, et t’avises pas d’me déranger !

En quoi ça t’es utile ? Regarde-les, ils font déjà une tête… T’comprend pas quoi dans tu t’la ferme ?!

V’là qu’les deux sont en train d’reprendre l’route.


« Il a l’air complètement taré ton truc… » Qu’il murmure au bridé.
« Je te l’avais dit… »

AH ! Comme si j’les entendait pas l’deux tourtereaux là !

J’les suis pendant un p’tit moment. Eh, t’as vu gamin, cette éclairage ?
Oui, et ? L’haut est tordu, on est passé d’vant plein d’fois.  Ils nous font tourner en rond l’petits saligauds…

« Eh l’gars ! » qu’je leurs gueule.


« Qu’est-ce que t’as le taré ? »  

« J’me fout qu’votre chef soit à l’bourre. On peut l’attendre là où il doit v’nir. Pas l’peine d’nous faire tourner comme d’cons là ! »

L’deux s’regardent un instant, y’en a qui s’marre. M’font un autre signe, d’les accompagner. Et change d’direction. Eh bah !

J’continue d’les suivres, l’deux humains. On est sur une autre route, et v’là qu’ils s’arrêtent d’vant un grand entrepots. Ah, c’dois être là  

L’bridé m’fait signe d’attendre, tandis qu’la chair brune rentre d’dans. Bah ! Ils doivent rassembler tout l’gang et tout !

C’prend pas longtemps, v’là qu’le bridé m’fait signe d’rentrer et d’le suivre. On passe un p’tit couloir, et v’là qu’je suis dans l’cœur de l’entrepots.
Eh… ? Pas beaucoup d’monde… C’est bizarre…

J’laisse m’regard autours, mais nah, rien à faire. J’vois qu’le bridé, l’chair brune, une nana qui a l’air d’venir d’même coin qu’le bridé. Pour c’qui est des deux autres…

Jimbo, c’est un d’deux eh ?
Oui…Voyons… Jimbo est blond… Sont tous deux blond ! L’un est plus grand que l’autre…je crois que Jimbo a une petite taille. Et la coupe de cheveux… Entre les cheveux mi long et ceux rasé. Je pense que c’est C’lui rasé et qui a pas une tête d’gars qui vis la pire journée d’sa vie ? Ouais, j’sens que c’est lui aussi.

J’repose m’regard sur l’gars, l’Jimbo. C’marrant, pas d’percing, pas d’tatouage. L’sourire blanc qui aveugle. Pas vraiment l’genre que j’imaginais d’un chef d’gang ! BAH !


En tout cas, sont cinq. C’pas mal, cinq. Z’aurait été moins, j’me s’rais d’mandé si c’était l’vrai. Tu vois c’que j’veux dire ?

M’rictus d’crocs jaunit, j’le fais disparaître. Assez jouer l’couillon là, j’suis d’vant l’big boss. Faut qu’je montre un peu sérieux. J’croise l’bras, j’le regarde.

J’dis rien, j’attends qu’il pose s’questions. Il a pas d’temps à perdre, moi non plus. Et dans c’genre d’milieu, l’petite courbette, ça fini juste avec une b…
Bon sang ! …dans l’derrière !

Alors p’tit Jimbo. Qu’est-ce qu’je vais d’voir faire pour t’convaicre mrm… ?
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La gueule du machin, sérieusement. Erik ne savait pas qu’en dire — ou, au contraire, peut-être y avait-il trop de choses à exprimer à propos de ce grand, gros tas de muscles à la chair verdâtre et suante qui se plantait là, devant eux, bras croisés. La créature faisait probablement deux fois sa largeur d’épaules, et autant de fois sa profondeur : une bête taillée dans le marbre dont il n’avait absolument pas envie de prendre un pain dans la tronche. La tenue, un patchwork de tissus et de cuirs mal accordés, quoique ridicule, ne suffisait pas à compenser la menace qu’il représentait de par son seul physique. Mais par le Créateur qui lui avait cousu ça ?! Ca ne ressemblait à rien ! L’escroc glissa malgré lui un regard sur Jimbo, jaugeant sa réaction. Il souriait, pour l’heure, conciliant comme confiant. Comment, par le Nuage Noir, faisait-il pour avoir l’air si… c’est quoi cette odeur ?

Erik fronça les sourcils, étouffant une grimace. Un relent âcre agrippait ses narines. Ca vient de ça ?! pestait-il pour lui. Comment bosser à côté d’un truc qui sentait la mort ? « Bienvenue, Karg’orth, » commençait cependant Jimbo, se passant, tout comme l’orc, de toute révérence, inclinaison ou tout salut. Il portait le même costume que celui dont il s’était affublé à la Coupe Noire : une coupe simple, nette, élégante, mais dans un tissu d’un blanc immaculé qui ne faisait, dans ce sombre entrepôt, que crier « JE SUIS LA YOUHOOOOU !! » La chemise bleu ciel n’aidait, de toute évidence, pas.

Sayaka, à la droite de l’escroc, s’était pour sa part raidie à l’arrivée de l’orc. Bras croisés elle aussi, ses doigts s’étaient légèrement enfoncés dans le cuir de son blouson noir. Son visage n’en trahissait rien. Elle avait toujours le même regard, inflexible, froid. Peut-être était-il plus dur que d’ordinaire, où il semblait surtout indifférent.

« Je ne pense pas avoir besoin de me présenter, » poursuivit le contrebandier. « Et voici quelques de mes « collaborateurs » — avec lesquels tu auras peut-être la chance de travailler. » A ces mots, Vund, notre ami originaire de la Terre des Dragons, en retrait, sourit avec un brin de cynisme. C’est qu’il s’était toujours senti plus « sbire » que « collaborateur. » Les autres appréciaient la reconnaissance implicite du patron. Jimbo n’était pas facile à vivre tous les jours, mais on ne pouvait pas lui retirer qu’il avait un petit affect pour les quelques hommes qu’il avait embauché.

Mais passe aux choses sérieuses, on a pas toute la nuit à rester ici ! Il y avait les affaires courantes du réseau et puis.. le Chapitre — qualifions-les simplement et subjectivement d’une bande d’immonde salopards — mobilisait beaucoup de leur temps et de leur énergie. « Bon ! » paraissait acquiescer le blondin, tapant dans ses mains ; l’écho s’en répercutait sur les murs de taule de l’entrepôt. « Passons rapidement sur les questions d’usage. J’ai hâte de pouvoir passer aux plus… pratiques, » sifflait-il avec un soupçon d’enthousiasme. Lui qui était venu à ce rendez-vous en traînant les pieds… le voilà qui avait soudainement l’air investi. Erik ne cherchait plus à comprendre. Il ne put retenir un léger soupir. « Oui, tu m’excuseras, la contrebande, c’est comme n’importe quel business. Y’a des questions qui reviennent à tous les entretiens. » Le contrebandier haussa les épaules avec nonchalance. Il fit quelques pas vers leur invité, allant se flanquer sous son nez, manifestement peu impressionné par la « chose. » Mais quelle idée d’aller te foutre là ! L’escroc voyait déjà le petit blond réduit à l’état de crêpe. Il détaillait donc Jimbo, cherchant en fait à entendre ce qu’il venait de se dire ne plus vouloir comprendre. Quelque chose le dérangeait. Il ne savait pas quoi. Quelque chose de malaisant. Quelque chose d’inhabituellement crispé dans son air faussement décontracté.
Faussement. Voilà. C’était ça. C’était là.

« On fera simple : qui, et pourquoi ? » La voix de Jimbo traînait, un peu plus que d’ordinaire. Erik ne pouvait s’empêcher de le voir comme une cocotte minute désormais : il avait mis un couvercle par-dessus son déplaisir latent, son envie de ne pas être là, et ses mots s’y heurtaient, s’y fracassaient. 

« Un pilote, c’est une aubaine sur laquelle tu ne peux pas passer » lui avait dit Angie. Il le savait. Mais il aurait préféré continuer à chercher le gars de sa bande qui avait disparu dans la nature. Il n’avait rien pu faire pour ceux qui étaient restés coincés à Port-Royal avec le blocus. Mais là ? Charles était quelque part juste sous son nez.

Il y avait de quoi le faire grincer des dents.

Ou pire.

Erik flanqua ses mains dans les poches de sa veste en jean. Jimbo enchaînait. « Pour autant que j’aie pu demander des renseignements sur toi, t’es plutôt un « nouveau venu » à Illusiopolis. Mais j’aimerais le savoir de ta bouche : d’où tu nous sort ? Pas besoin de m’faire le livre de ta vie. Concentre-toi sur ce qui est intéressant. » Ce disant, le contrebandier se détachait de la face de l’orc. D’un pas lent et mesuré, il entreprenait de lui tourner autour. La démarche rappelait celle du prédateur qui avise sa proie. Il y avait du vrai en cela : Jimbo détaillait le nouveau venu, le soupesait du regard — l’estimait. La candidature de Karg’orth lui soufflait encore un léger vent de méfiance, qu’il cherchait à taire. Il se moquait assez de l’endroit d’où l’orc venait. Qu’importait ! La véritable question qu’il voulait poser.. celle qui l’intriguait… c’était de savoir pourquoi. Car… « Un pilote qui sait bien se défendre… c’est un profil recherché, » poursuivait-il à voix haute. En son affaire, Jimbo avait toujours plus recherché les profils qui l’intéressaient que reçu des demandes de gens qui voulaient s’associer avec lui. Et puis, à voir le CV de la bête : cette histoire de SDF pilote lui avait trituré l’esprit. Si ses compétences étaient avérées, alors il aurait dû être disputé par tous les autres gangs de magnats des armes et de la drogue qui se battaient des territoires toujours plus impressionnants. Si tel était le cas, et qu’il était tout de même ici… c’était qu’il visait expressément son entreprise.

Et Jimbo se demandait pourquoi.

« Ah, oui, » se prenait-il à préciser. « Y’a une différence substantielle par rapport à n’importe quel entretien, par contre. Pas besoin de te tortiller en me sortant des motivations de Prince. Tu peux y aller. On est pas chez les sauveurs des mondes. »
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Des motivations de prince ? AH ! Et puis quoi encore ! Il m’dit n’importe quoi l’Jimbo ! Mais j’dois r’connaître qu’il a d’cran. M’approcher comme ça, et bah, c’pas tout l’monde qui l’fait ! Et…Bwaaargh gamin ! Arrête ! J’sens ton cœur qu’bat à mille à l’heure, c’me saoule ! Parce que tu crois que je contrôle ça ? Je n’y peux rien ! C’quoi l’problème ? T’fait peur l’Jimbo ? Le « Jimbo » c’est un chef de gang, qui clairement à l’air très à l’aise, et qui risque de s’énerver selon ce que tu vas répondre à sa question ! Bah j’vais dire l’vérité, c’tout Quoi ? Mais, t’es fou ! Tu ne peux pas lui…attend, attend !

J’laisse l’Jimbo tourner un peu autours, pour l’blague, j’me bande même un peu l’muscles, qu’il voit c’que c’est pas d’la camelote. Et puis j’lui répond tout d’suite, parce que moi aussi, j’suis pas un ORK qui aime qu’on m’fasse attendre !

« J’étais pirate d’routes stellaires, j’pilotais l’vaisseau, j’fais plein d’pillages d’cargo. J’pas mal fuit l’Shinra aussi. Et puis, y’a une opération que c’était v’rment mal foutu, et on c’fait gauler. » J’me prend pas l’tête avec l’détails, si vraiment ça l’intéresse, bah il aura qu’a demandé ! « D’là, on m’a vendu à un gang d’coin, et l’gars c’sont bien amusé sur moi »

J’baisse un peu l’tête vers Jimbo, pour murmurer, c’fait un peu mise en scène, mais c’drôle !

« T’sais, piqure, seringue, c’genre d’trucs »

Et v’là qu’je me met à marcher. Eh ! Pourquoi j’serais l’seul à m’faire tourner autours. J’essaye d’tourner autour d’Jimbo, mais l’gars veut pas s’laisser faire.
Bon sang, arrête ! Non seulement, ça fait débile, d’avoir deux gars qui tourne en rond comme ça, mais en plus, regarde son regard, tu es en train de l’agacer ! Nah gamin, c’pas ça. Il s’agace pas là, il s’amuse. Ça l’fait marrer, eheh. T’connais v’raiment rien au milieu toi eh ? T’crois qu’il s’passe quoi si t’fais pas un peu ton show, si t’essaye pas d’montrer que t’en as dans l’froc ? T’es un faiblard, t’fais bouffer. Et personne, j’dis bien, PERSONNE n’mange un ORK ! Et surtout pas une peau rose !

« Autant t’dire, qu’j’ai une p’tite dent contre eux maintenant qu’je m’suis barré d’leur planque. »

J’tord m’babines dans un grand rictus à nouveau. C’me fait marrer, ç’fait longtemps qu’j’ai pas eu à m’vendre eheh. C’toujours aussi drôle !
C’est horrible…

Je m’éloigne un peu d’Jimbo, j’fais quelques pas, j’suis lent, j’roule des épaules. C’comme si cet entrepôt, c’était chez moi.  J’me r’tourne vers Jimbo pour mieux l’regarder dans l’yeux.

« L’truc t’vois. C’est qu’les grands gang, ils s’en foutent. Voir même, j’suis sûr qu’si je leur raconte c’que j’viens te dire. Ils m’venderaient sur l’champ et m’ramènerais chez m’ptits « copains » » J’mime l’guillemet avec m’doigts.

« Toi par contre. On m’a dit qu’les gars ils s’amusent à jouer sur ton territoire. »

J’ricane un peu.

«Eheh… C’tout bénef pour moi. J’trouve un job, peut-être même un lieu où pieuter. J’fais chier l’chairs molles qui m’ont pris pour une souris de labo. Et en prime, t’es un p’tit groupe, vendre ou sacrifier t’gars juste parce que ça t’apporte un truc…C’pas ton truc eh ? »

J’viens frapper dans m’paluches, c’fait un p’tit bruit.  

« L’chapitre, ça t’parle ? »
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Karg’orth avait amusé Jimbo, brièvement. Il l’avait regardé faire son manège, faire étalage de sa musculature d’épinard qui aurait été trop exposé à quelqu’expérience de la Shinra… mais ça, c’était avant. Avant qu’il ne mentionne le Chapitre.

Maintenant, Jimbo ne s’amusait plus. Mais il souriait, encore, d’un sourire amer – puis cynique, acide.

Attend, quoi ? – Erik prit une seconde pour considérer la situation. Karg’orth, un « orc » sorti de nulle part, un pilote, un combattant… connaîtrait le Chapitre, aurait été dans l’une de ses bases, dont il se serait échappé, aurait appris qu’ils agissaient aussi sur le territoire de Jimbo, et se serait figuré que celui-ci, contrairement à un autre malfrat, n’en aurait pas rien à faire ?

Statistiquement… que de toutes les options, que de toutes les possibilités, les chemins que tous les intervenants de ce bordel sans nom auraient pu prendre… que cela se passe ainsi, que ce monstre se retrouve là, devant eux, ce soir, avec une piste solide, un lieu où faire une descente alors que c’est exactement ce que les contrebandiers cherchaient…

Presque impossible.

Qui était cet orc ? Qu’avait-il cru ? Est-ce que le Chapitre l’envoyait ? Avec toutes leurs précautions, avec leurs moyens, pour penser que cela passerait…

Il faut me prendre pour un idiot.

Ca ne pouvait pas venir d’eux – ou si ? Ils joueraient la confusion ? Merde ! Erik ne savait qu’en penser. Décidément cette saloperie d’oseille allait lui filer la migraine ! Putain, ça empeste en plus ! Il ravala une grimace dégoûtée.

Je les réduirai en cendres.

Le contrebandier s'était fait cette promesse.

L’escroc écarquilla les yeux.

Jimbo recommençait.

Son regard était resté planté dans celui de l’orc. Deux, trois, quatre longues secondes s’étaient écoulées – et ses yeux s’illuminaient d’un rouge-orangé inquiétant. Son rictus se mourait, emporté par la buée qui quittait sa gorge ; son poing se serrait sur la cendre de ses mains sèches, où se glissaient déjà quelques braises.

« Sayaka, file te mettre à l’abri, » murmurait Erik. Il commençait à bien saisir le mode opératoire du patron. Ca pouvait partir d’une seconde à l’autre, désormais. Plus loin, Vund passa un regard sur lui, cherchant à l’évidence un ordre, une indication, quelque chose ! Mec, je suis pas ton boss en fait, s’agaçait malgré lui l’escroc, sans que cela ne l’empêche d’acquiescer et de lui désigner un poste où se placer en prévision du dérapage imminent de l’entretien. A dire vrai, Erik s’étonnait même qu’il n’ait pas d’ores et déjà totalement dérapé. Mais Karg’orth restait stoïque, sans agressivité, ni peur. Alors peut-être que la raison susurrait encore à Jimbo un fébrile contrôle, ou, qu’à l’inverse, son instinct n’avait pas encore assez pris le dessus pour lui hurler de prendre l’ascendant sur son interlocuteur, trop faible, ou trop menaçant.

« Est-ce que j’ai l’air d’un con ? » articula-t-il, incrédule. Tendu, tout son corps affirmait qu’il était prêt à sauter à la gorge du premier type dont la voix, le regard, le premier mot viendrait le contrarier. « Tu as dix secondes, pour une bonne raison de ne pas t'incinérer. »

Déconne pas sale petit con déconne pas… se grognait toutefois l’escroc : après tout, ils ne savaient pas encore quel crédit accorder aux paroles de leur postulant, s’il l’était encore.
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Oh bon sang, on est mort, Gamin il va nous tuer, on est cuit. Qu’est-ce qu’on calme-toi fait ? Tu n’aurais jamais dû faire ça ! t’aurais jamais dû Gamin… aller ici ! Mais pourquoi je t’ai écouté ? Je suis bête, débile ! Je vais crever EH comme ça ! Est-ce qu’on va seulement me retrou…LA FERME ET ECOUTE-MOI

T’vois sa réaction gamin ? T’vois comment il est en rage là ? T’crois qu’se s’rait passer quoi si j’disais rien, et qu’il l’découvrait plus tard, quand l’gars d’chapitre s’ront v’nu l’voir pour d’mander qu’il nous rende ? Eh ouais, il a l’impression qu’je l’prend pour un con en c’moment. T’crois qu’il l’aurait pris comment si l’découvrais ça sans qu’je lui dise ? Je… C’est… Alors t’la ferme, laisse-moi faire.

J’me fout qu’tu chie dans t’caleçon, c’mon domaine, c’mon coin. Et j’pas b’soin de t’entendre chouiner dans m’crâne. C’clair gamin ?
Oui…

Bien ! Alors, qu’est-ce qu’il veut entendre l’Jimbo…

« S’tu m’incinère, tout c’que j’sais partira aussi en fumée. »

V’là, il m’regarde, il n’attaque pas, on avance.
Il a encore des flammes dans les yeux ! Ouais, mais il n’a pas attaqué, c’que ça marche. Donc j’vais continuer, jusqu’à ce qu’ça finisse par s’éteindre là-d’dans.

C’dois t’surprendre eh l’gamin ? D’pas m’voir sourire, pas m’voir faire l’numéro. L’truc, c’est qu’je suis pas un ORK débile, j’sais quand faut l’faire, j’sais quand faut être sérieux. Là, l’jeu, c’pas avoir peur. C’est d’lui montrer qu’je dis ça car j’le pense, et pas car j’veux pas qu’il m’incinère.

Et t’sais quoi ? C’le cas. Je m’en fou, je m’en fou de ce qu’il veut m’faire.
Moi non ! Moi je m’en fiche pas de mourir ! Et encore moins dans cet état, et encore moins avec toi aux commandes ! je n’ai rien demandé, j’ai rien voulu de tout ça ! Et t’es là. M’prend pas pour un con gamin, t’crois que j’pas remarqué qu’tu sors d’fois ? Quand j’me réveille et que t’plus là ? Qu’je peux plus bouger l’petit doigt ? Tu es consc… Eheh, m’point t’vois, c’est que tu t’es pas barré. T’es toujours r’venu, t’es toujours r’venu vers moi. T’chouine, et t’chouine, mais t’es là, et ça, c’pas moi qui l’ai choisi. Fout toi d’claques, et ferme-là. Y’en a un qui bosse.

J’vois bien s’petit regard l’Jimbo. L’regard qui m’dis d’me dépêcher, d’dire autre chose. L’tic tac d’sa patience.

« T’as d’questions, et j’réponds » qu’je lui dis.

Bweheheh, c’que ça fait marrer tout ça. C’petit jeu, c’petite tension. Est-ce qu’je dirais l’bonne phrase ou pas ? Quand est-ce que ç’va péter ? C’te suspense, aaaahhh… La pègre m’avait manqué !

L’Jimbo tourne l’tête vers un d’ses gars. L’deuxième p’tit blond, c’lui qui a l’air d’pouvoir s’enfoncer dans l’sol au moindre soucis. Il lui beugle d’me fouiller.

Ah, on veut voir c’que j’ai d’mes poches eh ?  Il ne va pas perdre trop d’temps. Y’a rien, rien d’tout. Juste un p’tit opinel, AH ! Comme si j’avais b’soin d’un cure-dent pour m’défendre !
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Erik peina à contenir un léger agacement. Evidemment : évidemment s’il y avait quelqu’un qu’on devait envoyer palper un colosse bourru et puant à souhait c’était pour lui. Karg’orth n’avait pas l’air armé, mais en avait-il seulement besoin quand ses mains seules lui valaient bien raisonnablement le surnom de “pelleteuse” ? De toute évidence : non. L’escroc se rassurait en se remémorant que ses collègues étaient désormais prêts à toute éventualité, et à tirer en cas de dérapage sévère de la situation.

C’est à peu près à ce moment, à mi-chemin de son périple vers la montagne verte, qu’Erik se souvint qu’il n’avait jamais pu constater l’expertise (ou la non-expertise) de ses petits camarades en matière de tir. Rassurant, très rassurant, s’auto-commentait-il.

Et plus il avançait, et plus il se disait que l’orc faisait vraiment couleur locale, transportant avec lui tout le suintant et l’odeur nauséabonde des ruelles humides ; transpirant de leur brutalité et de leur pauvreté. Il arrivait enfin à lui, luttant pour conserver la face la plus neutre possible, tant parce qu’il n’était pas rassuré que parce que, en synthèse, Karg’orth lui inspirait un subtil dégoût. Ses mains survolèrent son corps bien trop musculeux, y cherchant quelqu’arme ou micro dissimulé. La curiosité le poussa à relever les yeux vers le regard de l’orc. Celui-ci était inflexible, sûr de lui.

Il y en a qui n’ont vraiment peur de rien.

Sans rire, à admettre que ce que disait le pilote auto-proclamé était vrai : pourquoi aller provoquer une rencontre avec Jimbo (qui n’avait pas exactement la réputation d’un homme calme et patient) et jouer des épaules devant lui ? Pourquoi se foutre sous le feu de ses hommes (et son feu à lui, au demeurant) en s’exposant aussi nonchalamment ? Est-ce qu’il avait un plan B au moins ? Ou bien pensait-il pouvoir s’en sortir même sans issue de secours ?

Cette seconde idée fit frissonner l’escroc en son for intérieur. Quel genre de bête fallait-il être pour penser pouvoir survivre, à découvert, à un groupe de mecs armés ?

« Evite de faire le malin » lâcha Erik, à la fois comme un conseil et comme une mise en garde.

Ses doigts caressèrent un petit relief à la hanche droite du « postulant » - mais ce n’était qu’un couteau du genre de ceux qu’on utilise pour couper du saucisson. On ne pouvait pas dire que c’était une arme de tueur. L’escroc le lui ôta tout de même, guettant la réaction de Karg’orth, qui restait fidèle à ce qu’il avait été jusque-là. Erik exposait le couteau à Jimbo, lequel plissa brièvement les yeux avant de hocher la tête. … Ce qui ne veut pas dire grand-chose, pestait-il pour lui-même, s’imaginant qu’il lui indiquait tout simplement de poursuivre. « Tu récupéreras ça après, hein, » tenta-t-il toutefois de tempérer auprès du monstre qui lui faisait face.

Puis il conclut finalement. « Y’a rien d’autre. » Jimbo prit une brève inspiration. « Bien. » Le contrebandier grognait presque, la gorge sèche, le ton rauque.

« Alors tu es familier du Chapitre, c’est ça ? » Il fit un pas. « Et on est allé te souffler qu’ils venaient sur mon territoire… » Lentement, il souffla. « Soit ! » s’exclama-t-il nonchalamment, « Tu as du flair. Je m’intéresse à eux. Mais, avoue-le, le hasard de ta venue est.. troublant. »

Sa façade décontractée, qu’il n’avait que rapidement empruntée, s’essoufflait. « On ne va pas y passer par quatre chemins. Une position, un lieu, un événement : qu’est-ce que tu as de concret… qui devrait me faire te croire ? »

Le feu dans son regard ne tarissait pas, lui, en revanche, et Erik s’en inquiétait. Combien de temps au juste Jimbo pouvait-il se permettre de brûler ?
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