[MINI-SERIE]

« Quoi encore ?! Ils veulent quelqu’un pour stalker leur connasse ?! On s’en bats les couilles ! » — Le bras de Jimbo fendit l’air avec rage. Matthew releva un regard intéressé sur la scène qui se jouait non loin de lui. Angie, la super-comptable du réseau, restait là, interdite. Comme d’hab, elle attendait que l’autre ait l’air de redescendre avant de tenter de le raisonner. L’ancien brigand se rapprocha d’eux pour mieux les entendre, curieux. Il fit mine de s’attarder sur la dernière cargaison, étalée sur les tables pour inventaire. « Je sais que ce n’est pas notre travail, » commençait la responsable des finances, baissant d’un ton. Heureusement que Matt y prêtait particulièrement attention ! Il n’aurait pas pu l’entendre autrement. « Mais imagine. Je ne sais pas exactement de qui ça vient, mais ça vient de haut au Consulat. Ca pourrait nous faire des contacts. »

Intéressant.

« — Ces gars-là c’est que des emmerdes !
- Et notre nouvelle cliente ? Quelle différence ?
- La différence c’est que une fois que tu... putain Angie tu vas me faire péter un câble... je te jure tu vas me faire péter un câble... TU CROIS QUE C’EST LE MOMENT ?! »

Les yeux du contrebandier brillèrent d’une lueur incendiaire, perçant la demi-obscurité constante qui nimbait le garage lui servant de base. Matt tomba le regard sur les mains du blondin. Sa veste pouvait le cacher aux non-initiés, mais lui pouvait distinguer le rougeoyant de ses veines à ses poignets. Quelle tragédie, cette malédiction... En tous les cas, pour la discrétion de la discussion c’était mort : maintenant, tout le monde les regardait. Angie leur adressa à tous un regard furieux, suivie de près par Jimbo. « RETOURNEZ AU TRAVAIL ! » qu’il gueulait !

Tous s’exécutèrent... en silence. Le blondin prit bien trente longues secondes à se calmer, de respiration contrôlée en respiration contrôlée. Il lâcha un soupir agacé. « J’ai autre chose à foutre. Démerde-toi avec ça, » dit-il sèchement.

« — Donc tu me fais confiance sur ce coup ?
- J’ai dit que je m’en foutais. »

La comptable hocha la tête, avant de s’écarter. Ca faisait un moment que Matthew voulait l’approcher. La grande, la si importante Angelica Staten... Il passa la main dans ses cheveux un peu sales pour les réarranger, et prit les devants, se mettant sur sa route. Elle ne perdit pas de temps avant de lui jeter quelques mots : « Qu’est-ce que tu veux ? » demandait-elle, la mine fâchée. Ah la la... Matt ne s’y trompait pas... elle ne l’aimait pas. Pourquoi, hein ? Bon. Ses cousins avaient peut-être laissé circuler quelques rumeurs sur ses méfaits à la Conquête de l’Ouest... Un passif peu reluisant, il fallait l’avouer. Un poil plus sale que ce qu’il faisait ici.

Et puis apparemment, il présentait mal.

C’était sûr que face au petit tailleur bien calibré de son interlocutrice, la dégaine de cow-boy ça le faisait moyen.

« — Alors comme ça, y’a un job ?
- Tu n’avais pas à laisser traîner tes oreilles.
- J’ai même pas fait exprès de vous entendre, allez... mentit-il.
- Réponds, le coupa-t-elle net. Qu’est-ce que tu veux ? »

Matthew marchait aux côtés de la comptable avec un pas léger, presque désinvolte — un grand sourire aux lèvres. « J’ai besoin de sortir un peu. Alors ? » Il ne put empêcher ses yeux de glisser le long de son visage, son cou, puis... « Mes yeux sont là-haut. » Il se reprit.

« — Avec ce qu’il se passe là, t’auras pas beaucoup de volontaires.
- Et toi, tu t’en moques ?
- Pas mal. C’est pas comme si ça pouvait pas arriver. »

Elle plissa les yeux. Ah ça... non, non vraiment elle ne l’aimait pas. Mais il avait raison. Tout le monde était très occupé ailleurs. « Très bien. Suis-moi. » Il le faisait déjà. Elle diminua le volume de sa voix, et lui en profita pour se rapprocher d’un peu trop près — pour mieux l’entendre, bien sûr. « J’ai reçu des nouvelles d’un homme que je sais en contact avec le Consulat. Ils cherchent quelqu’un pour obtenir des informations sur une consule, et les transmettre à l’Eclaireur. Ils ne veulent pas qu’on sache que ça vient d’eux. » L’ancien brigand releva les sourcils, désabusé. « Ouais. Enfin je comprends ce que disait Jimbo du coup. Ca fait pas trop partie de notre modèle de business. » La comptable soupira. « Je sais. Mais ça peut nous mettre dans de bons papiers de rendre ce service. »

Il n’en doutait pas. C’était aussi pour ça qu’il s’était proposé — pour se mettre en avant, se faire dorer le blason... Et puis...

« — J’imagine que le réseau va toucher une petite somme ?
- Tu auras ta part — c’est ce qu’il voulait entendre. Alors, est-ce que tu penses pouvoir le faire ? »

Matthew sourit de toutes ses dents.

« — C’est qui cette consule ?
- Je te donne les détails dans deux minutes. Le contact est dans mon bureau. Tu pourras avoir plus d’informations de sa part. Et... fais ça bien.
- J’y comptais. »