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« Ok les amis. » Je pose la caméra dans un noir de fou, alors que celle-ci filme en mode nuit. Le résultat sera bizarre mais intéressant. Je crois que ma machine est… en équilibre sur un vieux baffle endommagé. " J’ai assez peur. C’est… spécial. » Je m’assieds en tailleur à terre, pour pas devoir me pencher pendant cinq minutes. « San Fransokyo’s got talent. C’est maintenant. Comme vous le savez, je fais partie du jury. » Je fais un sourire à moitié réjoui. Pas parce que je suis pas contente d’être là, c’est vraiment mon choix. Maiiiiiis… Est-ce que c’était un bon choix ? Est-ce que je vais pas détester la prod ? Les concurrents ? Le jury ? En fait… l’initiative à la base m’emballait trop mais voilà. « Je vous explique un peu pourquoi je stresse. J’ai pas envie qu’on ait une image de moi après ce que je vais faire ici. Genre… J’ai pas besoin de venir ici, pour être connue. Je le fais  pour le fun. J’ai peur de regretter. Mais enfin, j’ai peur de parfois être un peu cassante, de vous dégoûter un peu… Mais bon ! Aujourd’hui, vous allez être avec moi tant que je le pourrai. Bon quand je serai à l’écran, durant un numéro, ça sert à rien. Mais voilà, en backstage, on se retrouvera. » Je fais un petit clin d’œil. Je vois une lumière qui s’allume. Le show va commencer. « Sur ce, les gars, à tantôt ! » Je ferme ma caméra, je me relève, je me tape les fesses pour faire partir l’éventuelle poussière. Un écran s’allume à côté de moi. On ne sera pas diffusés en direct pour les sélections mais bien pour les demi-finales, la finale, etc. Mais du coup, l’écran ici me rediffuse quand même tout ce qu’il se passe sur scène, sachant que beaucoup de choses seront coupées au final. J’ai pas un grosse expérience des plateaux mais j’ai déjà fait deux trois trucs.

Un homme est sur la scène. Les cheveux courts, la peau mate, c’est pas quelqu’un que je connaissais avant mais c’est Tony Grist, visiblement. Un présentateur vedette du coin.
« Mesdames et messieurs. Nous sommes réunis ce soir pour la première édition d’un show universellement connu et vu dans de nombreux mondes. Sauf que… je le sais. Vous le savez. Nous le savons tous. San Fransokyo est unique. San Fransokyo est bourré de jeunes et de moins jeunes gens absolument extraordinaires. Des inventeurs, des athlètes, des danseurs, des performers. Et de nombreux cas exceptionnels sont venus ce soir, pour être LE talent de cette première édition. » Un tonnerre d’applaudissements vient interrompre Tony Grist. Il sourit finalement. « Vous pouvez les applaudir, oui et cela, durant l’entièreté du show, car vous savez que tous ces phénomènes ont besoin de vos encouragements pour être encore meilleurs. »

La caméra fait un traveling autour de lui, alors qu’il la suit du regard. « Je vous explique les règles. Chaque candidat a quelques minutes pour montrer son talent à un jury de quatre experts. À la fin de la prestation, chaque membre du jury devra dire si oui ou non le candidat passe à l’étape suivante du concours. Trois oui, et le candidat passe. Mais attention… les quatre membres du jury ont chacun un buzzer. Si ceux-ci n’aiment pas le numéro, ils peuvent appuyer sur le bouton. Si les quatre buzzers sonnent, c’est l’élimination et l’arrêt immédiat du numéro. »

Et en-dehors de ça, va continuer à faire ton numéro sereinement alors que tu entends une énorme alarme des familles crier au monde que ton truc est pas si bien que ça. Moi, je… je sais pas. Je trouve ça chaud. Je vais vraiment essayer de ne jamais l’utiliser, juste pour le principe. Sauf si, on sait jamais, y a des propos choquants, discriminatoires ou quoi. Non je sais bien que les sketchs qui vont commencer à éclater tout le monde, c’est pas mon truc. Moi je comprends qu’on dise ce qu’on pense, mais dire un truc juste pour choquer, je suis pas d’accord.

« Je vous présente le jury pour ces phases de sélection. L’un des plus grands physiciens, inventeurs de ce monde, le docteur Wilson ! »

Sur l’écran, je vois l’homme un peu plus âgé que tout le monde entrer sur le plateau, avec sa blouse blanche aux manches retroussées. Il a l’air assez sympa, et je lui ai un peu parlé, il est méga intéressant mais clairement on n’a pas les mêmes critères. Il vient près de Tony Grist, lui serre la main avec confiance en saluant le public qui… le connaissait pas, on va pas se mentir. Mais si t’as vu la bande-annonce, la hype monte forcément un peu ! Et bon, c’est pas habituel dans ce format d’émission mais comme ce sont des personnalités locales, et qu’il y a une petite chance pour que ça soit diffusé dans d’autres mondes… présenter le jury a été prévu par la prod. Bon moi je suis pas contre !

« Bonjour Docteur Wilson. Nous ferons court, car vous savez que nos candidats sont extrêmement stressés. Nous connaissons vos spécialités. Vous êtes un scientifique de renom. Vous avez une réputation incroyable dans le milieu et… avez la particularité de toujours vous mettre dans des situations périlleuses. »

Le docteur rigole de bon cœur. « Oui et bien écoutez, c’est vrai qu’il m’est arrivé de réparer un vaisseau en plein espace intersidéral, dans une tenue adaptée à l’espace, alors que la machine continuait de voler et d’éviter les sans-cœurs ! » Il finit sur un rire. Moi aussi je rigole.

« Ok donc les rumeurs disaient vrai ! Docteur… pour vous, de quoi doivent faire preuve les candidats ? »

« Avant tout, d’originalité. Moi… que ce soit des sciences, de l’art ou des épreuves de force, je m’en fiche un peu. Évidemment, j’apporterai mon point de vue scientifique sur les inventions et les trouvailles des éventuels chercheurs qui viendraient sur la scène. »

« Oui car c’est vraiment la spécificité de San Fransokyo par rapport aux autres mondes. »

« D’où ma présence. » Le Docteur Wilson rigole encore en regardant le public qui répond lui aussi par un rire. « Mais au-delà de ça, moi… si je vois que la chose qui est présentée a été créée, montée, faite avec originalité, sens du spectacle, pour moi c’est bon. »

Les gens applaudissent Wilson qui va s’asseoir devant la table du jury, tout à gauche.

« À présent, veuillez accueillir le second membre du jury : Madame la Maire du monde de San Fransokyo, Amasa. »

Celle-ci rentre sous un tonnerre d’applaudissements suggéré par la prod. Franchement je le dis sans méchanceté. Elle et moi avons un passé. Notre rencontre a été très bizarre mais je la kiffe franchement.
Elle est super bien habillée. Ses cheveux sont plus courts qu’avant, tombant en carré impeccable, légèrement sous son menton. Mais ses vêtements sont coquets, avec des motifs floraux et une couleur dominante violette.
« Bonjour à tous. »

« Madame la Maire, vous savez que nous devons nous dépêcher, aussi vous poserai-je seulement quelques questions. Tout d’abord, votre présence ici est-elle liée à votre campagne électorale qui viendra sûrement dans un peu moins d’un an, puisque les prochaines élections sont dans moins de deux ? »

« Oui et non, Tony. » Elle répond de manière beaucoup plus sérieuse que Wilson. C’est une personne gentille mais elle a pas vraiment la réputation d’être quelqu’un de vraiment rigolo. Elle est pro. Après bon, je pense que personne ne se dit qu’elle est méchante non plus. « J’aime être maire de San Fransokyo. Je n’ai aucune envie de quitter ce poste, parce que c’est un travail que j’adore. Être ici me permet de montrer ce plaisir. J’espère convaincre beaucoup de téléspectateurs de ma bonne foi. Et en-dehors de ça, je trouve qu’il est vraiment important d’afficher au monde notre fierté vis-à-vis de tous ces talents qui composent notre ville. »

« Bien. Pour vous, de quoi doivent faire preuve les candidats ? »

« D’honnêteté, Tony. De sincérité. Le meilleur candidat serait pour moi celui qui se livre au public, qui donne absolument tout ce qu’il a pour convaincre. » Hum… réponse vague mais plutôt efficace. Amasa va à sa place, à la droite de Wilson.

« La troisième membre du jury : la Soldat 1ère Classe, représentante de la Shinra dans notre monde, D.Va ! »

Je sors des backstages et rentre sur scène, applaudie par des centaines de gens. Je ne suis pas en combinaison, j’ai décidé d’opter pour un skin assez classique pour moi : un short assez court en bas, et un hoodie en haut. Comme chaussures : les Roxas II, un classique pour une accro du sponsor comme bibi ! C’est assez sexy mais… disons que quand on assume de diffuser des photos de soi en maillots de bain sur un dirigeable dans toute la ville, faut un peu tenir la distance après. Pour être bien reconnaissable de loin, j’ai quand même fait le maquillage obligatoire avec les moustaches de lapin roses sur mes joues. Je salue le public avec des cœurs, des coucous. Ca m’avait manqué, ça faisait longtemps ! Je fais la bise à Tony, en me mettant sur la pointe des pieds, parce qu’on me verra pas serrer la main de quelqu’un à la télévision.

« D.Va. Comme pour les autres membres du jury, deux uniques questions. Tout d’abord, qu’apportez-vous à cette émission ? »

Je fais un grand sourire. À part une bonne tranche d’audimat, il veut dire ? Drôle de question, je suis pas n’importe qui ! « Écoute Tony, pour moi c’est bien simple. Si tu enlèves mon skill aux jeux vidéos et ma capacité à piloter des mékas de plusieurs centaines de kilos dans les airs… j’ai aucun talent, comparée aux autres membres du jury. Mais j’apporte deux choses. Déjà, le talent des autres, j’en fais quelque chose. Je m’évertuerai toujours, dans ce monde ou ailleurs, à permettre à tous d’exploiter leurs compétences et de devenir des mégas bêtes dans leur domaine. Ensuite, je suis une performeuse. Je sais ce que c’est de vouloir être la première. Et contrairement à beaucoup de gens, c’est souvent moi qui arrive au top. »

Le public rigole ou m’applaudit ou hue gentiment ma petite prétention. Je fais un clin d’œil à la caméra. Le tout c’est de le dire avec le sourire. « De quoi doivent faire preuve les candidats ? »

« Ici, je vais m’adresser aux candidats qui vont passer les sélections. C’est bien de réussir le premier pool. Mais vous n’êtes rien sans votre courage, sans votre persévérance. Si vous n’abandonnez jamais, si vous vous battez comme des lions, là… vous serez un sacré talent pour cette émission. »

Je vais m’asseoir à mon tour alors que Tony Grist appelle le dernier membre du jury, Mokonzo. Il arrive avec sa canne et son grand manteau blanc. Comme dans la pub. Pfiou. « Mokonzo. Vous semblez être quelqu’un d’impitoyable, de terriblement exigeant. Qu’en dites-vous ? »

« Je le suis. Je compte sur les autres membres du jury pour apporter de la gentillesse à nos candidats, parce que moi, je n’en montrerai aucune. Je ne dis que la vérité. Ma vérité. »

« Et de quoi doivent faire preuve les candidats, selon vous ? »

« D’exactitude. Les concurrents doivent montrer le fruit d’un travail acharné, ininterrompu. »

Ok. Bon. Il s’assied à ma droite. Je regarde en souriant Amasa qui me rend poliment mon sourire. « À présent, mesdames et messieurs. Les premiers candidats vont se succéder devant notre jury de San Fransokyo’s got talent ! »

… Bon. Sans la musique, ça donne moins bien mais enfin. On a un petit battement avant que le premier se mette en place, que la régie soit ok. « Madame la Maire, comment allez-vous ? » Notre voix est diffusée partout, sans surprise. On n’entendra rien à la télé, bien sûr, sauf éventuellement dans le bêtisier. Ici, c’est pas du direct comme je le disais. Mais au moins comme ça, je suis sûre qu’Amasa m’insultera pas, cette fois ! Je lui souris. Elle lève ses yeux de son calepin que genre… elle utilise vraiment ? Elle me sourit elle aussi. « Bien et toi ? »

« Mais super ! Trop contente de faire ça avec vous. »

« Oui c’est vrai que c’est sympa. »

« Attendez, moi qui voulais à ce point qu’on fasse des trucs ensemble. » Elle rigole légèrement. « Le binôme de fou qu’on peut faire. Non c’est bien, c’est une bêta qu’on va faire ici. Ok comment on procède ? »

« Je… vais dire beaucoup de choses très ennuyeuses aux candidats, qu’ils ne comprendront pas. Et toi… tu réexpliqueras tout avec des termes d’internet. »

« Hmm… » Je fais semblant d’hésiter en me retournant légèrement vers le public, attentif. « Oui bonne idée. Mais ça sert à quelque chose ? »

« Non mais comme ça, tu seras vraiment utile. » Le public rigole, je pince mes lèvres en souriant. « Woy… Vous tirez à balles réelles, aujourd’hui, Amasa. »

« Si tu as une autre idée, je suis preneuse. »

« Ok alors. » Je croise les jambes sur la chaise. « Je… je descends les candidats plus bas que terre, je les fais pleurer. Et vous, vous les consolez comme seule une mère-grand sait le faire. » Elle rigole, le public aussi. « Oui oui, ça me va très bien. Dis par contre, D.Va, plus sérieusement. »

« Oui dites-moi. Je… Je sens que vous allez me vanner très violemment. »

« Non alors. Tu te rends compte que tu es à la télé ? Parce que ce short ? À ce prix-là, autant rien mettre, ça donne le ton et ça fait monter la part d’audience. »

« Ouille. » ponctue le professeur Wilson en regardant mes jambes nues. Je fais une moue un peu vexée, mais… allez pas vraiment. « C’est ma culture, Amasa. À Illusiopolis, y a tellement de styles vestimentaires qui viennent de partout. Tout s’est mélangé et au final on fait ce qu’on veut. Non mais moi aussi ça m’a étonnée, en venant ici, de voir des mecs assumer le long manteau blanc et la blouse de docteur fou comme si c’était vraiment des tenues normales. »

Je fais un clin d’œil à Mokonzo, à ma droite, qui sourit légèrement. « Un gros pull avec un mini-short, c’est tellement absurde que je pense quitter l’émission. » Yeah. Bonne ambiance. Et franchement, premier degré. J’avais un peu peur avec Mokonzo. On est bientôt coupés par Tony qui nous annonce le premier candidat. Et bon, ça tu le vois pas forcément quand tu regardes l’émission mais ça s’enchaîne de ouf. Le but est que t’en aies sept qui passent en une heure, ce qui veut dire un peu moins de dix minutes chacun.

Tony disparait. Un gars apparait. Très maigre, en marcel, donc tu vois vraiment ses côtes à travers le tissu, ses clavicules, ses bras nus, bien sûr. Il me fait penser à un acteur mais j’arrive pas à retomber sur son nom. Amasa prend l’initiative.


« Bonjour, jeune homme. »

Il répond difficilement, visiblement un peu essoufflé par le stress. « Bonjour. »

« Comment t’appelles-tu ? »

« Auto. »

Je hausse les sourcils mais fais un grand sourire. « Pseudo, je suppose ? »

« Oui, oui c’est ça. » Je hoche la tête. « Et de quel quartier viens-tu ? »

« Rue du Marais. »

« Ah oui ! »

Je regarde Amasa avec curiosité. Là comme ça, c’est pas super passionnant ; C’est pas que ça m’intéresse pas mais est-ce que ça va bien passer à la télévision ? « Et que fais-tu ? »

« Je suis électricien. »

« Ok et bien… si mes compères sont prêts, je le suis. Fais-nous rêver, Auto ! »

Une musique commence. Très angoissante, une sorte de crescendo fait avec un thérémine. Typiquement le genre que tu entendrais pour accompagner une arrivée d’OVNIs. Enfin on s’en fiche. Le mec commence à danser d’une manière très contemporaine. Ses bras tournent autour de lui comme s’il caressait l’air. Et brusquement, alors qu’un son plus aigu arrive, son bras se tord. Et là ça commence. Il danse de manière frénétique, plutôt bien, pendant que ses bras se tordent dans tous les sens, font des angles complètement improbables, viennent s’enrouler autour de son cou comme le corps d’un serpent.

« Uhhh » s’écrie Amasa de dégoût, en souriant, alors qu’en vrai elle trouve ça aussi impressionnant que moi. Et là brusquement, ce sont les jambes qui commencent à se tordre aussi, si bien que, logique… le mec s’effondre. Mais même à terre, le numéro des membres qui font des mouvements impossibles continue, si bien que parfois, il se relève, comme une sorte d’araignée, soulevée par une jambe dont on dirait qu’elle a été bien sévèrement disloquée. Et alors que les minutes passent, et que c’est pas chiant, vraiment. Le mec, encore couché, se relève hyper facilement, juste en… remettant tout son corps normalement pile au moment où la musique s’arrête. On applaudit, le public aussi. Franchement, propre. Enfin… propre, je veux dire Bref !

Tony arrive près du garçon.
« Woah, c’était vraiment troublant, Auto. Vraiment, c’est… est-ce que c’est quelque chose qui s’apprend, ce genre de pouvoir ? »

« Non non. » répond-il fort sérieusement. « Mes articulations me permettent des mouvements comme ceux-là. » Il reprend son souffle. « Et je… j’ai travaillé pour encore profiter de cette souplesse. »

« Et bien je ne sais pas si c’est au goût de notre jury mais moi j’ai trouvé ça affreusement amusant ! » rigole Tony Grist. « D.Va ? »

Je me redresse en souriant poliment. « Vraiment tu m’as épatée avec ce numéro. Bon, ton corps est ce qu’il est, et c’est très impressionnant à voir. Mais ton travail avec la musique, la construction de ton numéro, le fait que d’autres choses, d’autres membres se désarticulent au fur et à mesure, c’est vraiment intelligent. » Le public applaudit derrière moi. « En tant que tel, j’ai vraiment trouvé ça bien. Pour moi, ce sera un Oui. » Je souris gentiment. J’ai pas été hyper positive et énergique parce que je me doute vraiment de ce que diront les autres. Tony donne la parole à Wilson. « Écoute, je vais pas passer par quatre chemins, mon gars. Ce que tu as fait, c’est un excellent début. Mais je me suis ennuyé durant ce morceau, déjà parce que tout ça, là… c’est en deux dimensions. Tu danses debout, tu danses couché, et ça c’est super mais en gros tu restes au même endroit de la scène. On te croirait enfermé entre quatre planches de verre. Y avait pas de mouvement. Y avait peu d’énergie. Pour moi ce sera non. »

« Amasa ? »

« Pour moi aussi, ce sera non. Très bon début, comme l’a dit Wilson. Mais tu dois te trouver des personnes qui complètent ou qui peuvent faire ce numéro avec toi… ou revoir totalement ta manière d’occuper l’espace, parce qu’en l’état, c’est impressionnant mais trop… peu. »

« On peut quand même applaudir ce premier candidat. » Et là pour ça, tout le monde est partant. Le public, le jury. Mokonzo n’a pas parlé, non. Pas besoin de perdre du temps dès lors que deux non disqualifient, de toutes façons.

Le deuxième candidat arrive. Woah. Ca te laisse pas le temps de débriefer !


« Salut, comment tu t’appelles ? » demande le docteur Wilson.

« Maathai. » répond une femme noire, très belle, avec une djellaba de fou. « Je suis technicienne de surface dans les bureaux. »

« Ok Maathai. » reprend Amasa en souriant à pleines dents. « Vous, je sens que vous avez un truc. Je vous en prie, vous pouvez commencer. »

« Ah et bien. Pas besoin de musique. J’ai déjà commencé. »

« Ok. » dis-je, un peu amusée. « Et c’est quoi votre talent ? »

« Je sais lire dans les pensées. »

« Un genre de mentalisme ? » demande Mokonzo. Franchement ouais je pense à ça quand on me dit ça. « Non, vraiment. Je peux dire exactement ce que vous pensez. » nous répond-elle avec le sourire. « Je peux essayer sur le public, si vous voulez. »

« Non non. » Ah elle a titillé la curiosité de Wilson. « Sur moi, ça sera très bien. Vous avez besoin de me toucher la tête ? »

« Non, rien du tout. »

Elle dit ça mais bon. Maathai fixe longuement Wilson, qui a l’air super détendu mais intéressé. Et là, ses deux yeux se révulsent. « Ah oui, bon c’est pas rien du tout ça. » commente Amasa, alors que le public est genre scotché. Je me retourne pour les regarder mais pas trop longtemps parce que je veux… totalement voir ça. Et Maathai commence à parler super vite, au rythme des pensées de Wilson, je suppose ! « Qu’est-ce qu’elle fait ? C’est un truc ? Euh… C’est vrai ? Je… 1, 2, 1, 2 ! Ok et si je pense à un gratin dauphinois. Ok elle le dit aussi. » Malgré l’étrangeté du délire, avec une femme qui balance les pensées loufoques d’un scientifique comme ça… le public finit par rigoler. Maathai sort de sa transe.

« Ok, vous vous souvenez de ce qu’a pensé le Docteur Wilson ? » demande Mokonzo.

« Oui tout à fait. Il a surtout réagi, a essayé de voir si ce que je faisais était réel. »

« Wilson ? C’était bien tes pensées ? » Il a l’air troublé. « Euh oui ; C’était comme si elle les retransmettait directement de mon cerveau, je… »

« Un autre veut essayer ? »

Ahah. « Sans façon pour moi. » J’ai vraiment pas intérêt à faire ça au moment où je suis en train de magouiller avec Roxas. Amasa fait pareil que moi, sans surprise. Mais Mokonzo, sans surprise, la laisse faire. Maathai rentre en transe et dit : « Pour ma part, c’est un oui. »

Mokonzo sourit. Le public explose. Bonne mise en scène, je dois dire ! Tony arrive, un peu en retard, du coup ! « Ok génial merci Mokonzo. Amasa ? »

« Ah moi, oui bien sûr. J’ai trouvé ça incroyable. C’est vraiment… fou. Pas du tout ce à quoi je m’attendais dans cette émission et… bluffant. Inquiétant aussi ! »

« Pour moi aussi. J’ai vu quelques pouvoirs assez drôles jusqu’ici mais quelqu’un qui lit dans les pensées de cette manière. Chapeau. »

Wilson est d’accord. On a notre première sélectionnée ! Suite à ça… moins engageant. Quatre candidats font leur démonstration. C’est toujours pas mal parce qu’ils ont passé les pré-sélections, ces gens-là, mais ils ne sont quand même pas à la hauteur. La première personne est une vieille dame qui est super forte, qui soulève 80 kilos sans problème. Alors qu’elle est vraiment vieille. On a été super gentils mais voilà, c’était pas… Ensuite y a eu un inventeur qui est venu nous montrer une création, un genre de projecteur holographique de jeu vidéo avec une dimension interactive directement en live. Style deux raquettes de ping pong sont apparues, en données, et on pouvait jouer mais… sincèrement, là comme ça, moi je trouve pas ça encore ouf.

Un cracheur de feu, ça bon… et deux chanteurs. Pour l’instant, que des solos et c’est pas un hasard, la prod a organisé ça pour qu’au début, les choses faciles à organiser se packent.
« Nous allons pouvoir passer au prochain candidat. Espérons qu’il aura plus de chances que les concurrents précédents ! »
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- - C’est à vous.
Légère, un sourire en réponse au technicien, la Danseuse s’avançait à son tour au-devant de la scène. Les projecteurs brillaient, illuminant le studio ainsi que la participante alors qu’elle s’avançait au-devant du public.

Nu-pied, un legging noir et un haut trop large masquant la moindre forme.

Sourde à la musique, aphone aux exclamations, Irelia se retrouvait dépossédée de tout élément à l’exception d’un corps. Tendue, à la limite du crispée, elle alignait ses quelques pas jusqu’à l’extrême que l’endroit offrait. D’une œillade sur la gauche, une répétition sur la droite, elle observait les caméras sur drone ayant suivi et conduisent ses mouvements aux écrans retours. Saccadant son torse, haletant dans sa posture, le public l’acclamant avant sa prestation parachevait ses sens et aussi son tract l’ayant frappé son paroxysme.

Masquant la réalité à ses yeux, bombant le torse en une inspiration, elle reprenait contact une fois soulagée.

- Bonjour mademoiselle.
S’octroyant un masque, brisant le ton de ses émotions, la rêveuse offrait son attention au maire de la ville en une courte révérence. Une habitude qu’elle n’avait d’autres choix qu’à offrir.

- Bonjour, madame le maire.
- Quel est votre nom ?
- Irelia.
- Bien, quel âge avez-vous ?
- Dix-sept ans, mais je fête mon anniversaire le mois prochain.

Fidèle à son rôle, le public scandait d’une seule et même voix l’unique onomatopée qu’un prompteur semblait leur indiquer. Le maire s’affranchissait d’un sourire, accordant dorénavant son importance à ses notes alors qu’un nouveau membre du jury s’appropriait la parole.

- Est-ce que tu veux nous parler de ton métier, actuellement ?
- Pour l’instant, je prépare un spectacle de danse en Terre des Dragons dans la ville de Chengdu. En hommage des victimes de la bataille ayant eu lieu il y a quelques mois.
- Encore une danseuse, j’espère que ce sera plus intéressant qu’une répétition de quadrille.

L’intervention du public, une fois encore, s’accaparent un rire en la remarque de Mokonzo. Figée, la Danseuse n’y prêtait qu’une attention minime alors que son regard reflétait le visage de D.Va. Le souvenir de leur rencontre toujours au creux de ses souvenirs, imperturbable et tout autant ambitieux en vue de la représentation.

- Allons-y !
Un claquement parvint aux oreilles d’Irelia, celui des projecteurs du public s’effaçant pendant que deux faisceaux rejoignant la scène. Abandonnant une seule cible aux regards du jury et le solennel des gradins, enclenchant en accord avec le travail des haut-parleurs et annonçant de la performance.

Un piano s’enclenchait, lentement, martelant une unique corde en un seul accord. Accélérant le rythme toutes les trois frappes.

Irelia prenait sa pose, les appuis écartés et les pieds parallèles les uns des autres. Le buste était figé en avant, laissant ses cheveux se guider jusqu’à mi-hauteur. Ainsi venait le premier crescendo du piano. Amenant son appui arrière vers l’avant, la Danseuse agrippait son mollet et créait la perpendiculaire avec ses jambes et son torse.

Orchestrant une volte, elle concluait son éclipse et posant de nouveau son pied à même le sol avant de se propulser dans une balancée acrobatique.

Figée dans les airs le temps d’un souffle, elle reprenait ses appuis et faisait de nouveau face à son public à l’aide d’une pirouette. Une note grave venait briser le crescendo, réinitialisant les accords dans cette même lenteur et agissant comme un compte à rebours à chacun des enchaînements de la rêveuse. Elle retombait alors, pliant ses genoux et posant ses deux mains à même le sol et reproduisant sa figure précédente à l’identique.

De nouveau en appui au sol, elle glissait l’un de ses pieds en pointe dans une pirouette continue. La pointe de ses pieds en toupie, elle alternait sa seconde jambe tendue et repliée en aspirant à plus de vitesse. Le sixième coup sur la corde du piano. Elle reposait son appui, repoussant celui-ci dans une cabriole et chutant dans une nouvelle pose.

Le coup lourd du son grave.

Les deux bras tendue, une jambe en appui, elle repartait à chacun des coups sur l’instrument telle une note d’appui sur la scène. Une jetée accompagnait le moindre crescendo, laissant le haut de la Danseuse s’envoler avant qu’elle ne retombe en briser.

Usant d’un bras afin d’amortir sa chute, elle utilisait ce nouveau point d’appui et glissait son corps sur la scène. Son visage faisant face au jury. Elle croisait alors ses bras, posant sa tête sur ceux-ci et levant alors progressivement ses jambes et son corps en entier jusqu’à être un équilibre. La gravité rappelant son vêtement à l’ordre, divulguant son dos ainsi que son tatouage ayant pris la forme d’un vol d’oiseaux.

Elle chutait finalement en avant, usant de son élan afin de se redresser et orchestrer un grand écart.

Tordant son corps, attrapant l’une de ses pointes, elle se propulsait et se redressait pour une nouvelle pointe. Enchainant quelques tours, elle décollait une fois encore dans une envolée avant d’atterrir en pointe, les pieds joints.

Une nouvelle inspiration, frappant le son grave sur le piano.

La Danseuse levait ses deux bras, pliant ses jambes avant de partir en arrière en une série de salto arrière. Le corps entier se tordait, partant dans les airs jusqu’à ce que ses mains ne touchent le sol et propulsent Irelia dans une volte totale. Forçant l’appui sur ses jambes, elle repartait une seconde fois et avec son élan, offrant deux voltes au lieu d’une seule.

Finalement, retrouvant ses appuis, elle laissait ses talons glisser à même la scène et ses mains ralentir la chute. L’enchaînement se terminait dans un grand écart, la Danseuse baissant le regard alors que l’ultime note du piano était frappée.

Un silence, il n’y avait que le souffle saccadé de la rêveuse pour briser celui-ci.


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Totalement immobile, je la regarde danser. Et… je pense que c’est la chose la plus douloureuse que j’ai faite de ma vie. Je n’ai pas souvenir d’un truc pire que ça, pire que de la voir, elle, en train de tuer le show et limite de me tuer moi. Elle ne fait que danser et moi, je ne fais que la regarder. Je n’arrive pas à bouger, même cligner des yeux m’est quasiment impossible. Je… vendrais mon âme pour pouvoir regarder mes mains, pouvoir sortir mon gsm et envoyer des messages à n’importe qui, pour ne pas regarder ça. Parce que c’est un supplice. Je n’ai même pas l’impression de trouver ça beau mais mon corps tout entier est comme empoisonné, figé dans une pose qui, de loin, peut donner l’impression que je suis contente d’être là. Mais c’est une horreur, je déteste ce moment. De violents frissons parcourent mon échine. Je sens les larmes monter vers mes yeux. Je dois me retenir. Je ne lui laisserai pas ça. À aucun prix.

Son numéro ne dure pas assez longtemps pour que je craque. Mais même à sa fin, même alors qu’elle attend, c’est comme s’il continuait. Je sens le sol trembler et j’entends les centaines de gens derrière moi applaudir frénétiquement. J’applaudis, machinalement, en essayant de sourire. Je glisse une main, subrepticement, sous mes paupières pour effacer toute trace d’une éventuelle larme. Et elle est là, se tenant devant le public comme si c’était naturel, comme si elle n’avait rien fait d’exceptionnel. Et ça dure… ça dure… Tony arrive finalement, les joues empourprées par l’émotion.
« Woah. Ècoutez, Irélia, je… devrais éviter de me prononcer mais votre performance était tout bonnement incroyable. Bon euh… je ne crois pas qu’il y ait un grand doute sur la suite, à voir l’engouement du jury. » Je les regarde. Ils applaudissent tous avec vigueur et émotion.

Je lève légèrement la main pour que Tony Grist me donne d’abord la parole mais non. Il la donne au spécialiste de la danse, bien sûr ! Rahhh…
« Bon. Silence, s’il vous plait. » adresse-t-il au public. « Disons-le clairement. Techniquement, c’était vraiment incroyable. Chaque pas était précis, vos envolées étaient toutes de grands succès, vous avez fait des retombées que moi-même, je ne comprends pas. »

« Ah je pense qu’il y a du mystique, Professeur Mokonzo. »

« Oui, Docteur, c’est aussi mon impression. » Allez… j’en sais rien, moi ! Sois un peu sévère ! C’est ta réputation qui est en jeu ! « Maintenant, soyons lucides. En terme de chorégraphie, ce n’était pas vraiment à la hauteur. Avoir fini sur une série de cabrioles, surtout ponctuée par un tel enchaînement, était une prouesse technique mais objectivement, relevait pour moi d’une erreur de choix assez grossière. C’est très impressionnant dans un autre numéro. » Ah bah voilà. Bien sûr ! Il a raison ! C’est vulgaire. « Ceci étant dit, disons les choses… Si la chorégraphie est à améliorer, le ton. L’intensité. L’interprétation me semble historique, et il me semble avoir déjà entendu votre nom circuler dans le milieu mais enfin soit. Pour moi c’est un franc oui. »

… Je relève la main pour avoir la parole.

« Oui, Docteur Wilson, dites-nous votre avis. »

« Et bien écoutez, mon avis est celui du professeur Mokonzo en moins fourni mais… woah. C’était tellement impressionnant, je n’ai pas compris. J’étais… tellement ému. Encore maintenant, je m’en remets difficilement. Mon seul regret est que ça arrive à ce stade de la compétition parce que les danseurs et danseuses qui vous suivront souffriront sans doute de la comparaison. Donc pour moi, c’est un oui. »

Un tonnerre d’applaudissements vient le récompenser. « D.Va, dites-nous. »

Je reprends ma respiration. Je n’arrive pas à mettre de l’ordre dans mes idées. Dans ma tête, une phrase revient sans cesse, résonne et résonne : Pourquoi est-ce qu’elle est venue ? Je ne peux pas dire la vérité. Je ne vais pas dire qu’en la regardant, j’ai bien compris que je n’avais rien. Que je n’étais qu’une image, un joli corps qui avait appris à jouer vaguement bien aux jeux vidéos et qui avait réussi à baser un succès sur ça. Que par rapport à ça, par rapport à ce talent brut, j’étais une idiote sans aucune légitimité. Que j’ai mis des années à construire ce que je suis, et qu’elle est capable de me surpasser en quelques minutes à peine.
Mais je peux dire une autre vérité.


« Pour moi, ce sera non. » Et là, je me prends un ras-de-marée, je me prends une tornade. Je ne peux même pas commencer une phrase, même un petit sujet, rien. On me hue… super violemment. Pas en mode gole-ri, cette fois. J’entends des insultes qui n’ont pas été soufflées par le régisseur, je vais te dire. Je croise mes bras sous ma poitrine et j’attends, alors que même les autres membres du jury me regardent, les sourcils froncés, vraiment… choqués, tu sais. Et ça dure encore… et ça dure encore plus longtemps que le tonnerre d’applaudissements. La régie doit intervenir pour réclamer le silence. Et même là, c’est pas évident. Mais là par contre, c’est pas ça qui va me faire pleurer. On me connait. Je suis une D.Va. J’ai fait énormément pour être aimée mais j’ai déjà pris mon courage à deux mains et affronté des milliers de critiques. J’ai toujours fait ce en quoi je croyais. J’ai défendu la Shinra contre des milliers de viewers à Illusiopolis. Ici, c’est pareil. Je suis une Diva et une Diva ne s’assied pas sur ses exigences. « Je suis d’accord avec vous. C’était vraiment magnifique. Je n’ai pas vu une mauvaise chorégraphie, j’ai vu quelque chose d’unique. Pour moi, la musique et la danse se confondaient, j’en arrivais à croire que c’était toi l’instrument, Irélia. »

« Pourquoi non, dans ce cas ? » me demande Wilson, toujours avec un air accusateur.

« Parce que cette jeune femme très douée est une consule, et pas des moindres. C’est une des neuf filles de Muse. Elle est la fille de la déesse de la Danse, si vous préférez. »

« Oui mais… c’est comme ça qu’ils l’appellent peut-être mais « Non, je regrette mais non, tout est vrai. Et je ne dis pas que sans ça, elle n’est pas douée. Mais… moi, je ne peux pas l’accepter. »

« Concurrence déloyale, donc ? On la refuse parce qu’elle est trop douée ? » proteste Amasa. « On la refuse parce qu’étant fille de Muse, elle bénéficie déjà d’une promotion absolument exceptionnelle. C’est cette jeune femme qui a dansé durant le tournoi des enfers. Imaginez un peu le nombre de personnes qui l’ont déjà vue sur un écran. Je ne dis pas que je ne veux pas qu’on la diffuse mais… c’est la chance d’un autre qu’on lui donnerait. Quelqu’un qui n’a pas eu autant de possibilités qu’elle, concernant la danse, du moins. Est-ce que je dois rappeler le but de cette émission ? »

Amasa me regarde dans les yeux, avant de détourner son regard. « Moi aussi, je refuse. »
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Douce dans son regard, Irelia observait tour à tour les membres du jury à chacun des éloges que ceux-ci pouvaient. Oubliant les remarques de Monkozo, n’y accordant qu’un intérêt désuet quant à ce qu’elle espérait à entendre.

D.Va remplissaient les exigences que la rêveuse s’était fixée.

Humble devant les drones et les personnalités lui faisant face, il y avait cet éclat scintillant au plus profond de son cœur. Danser était sa passion et elle ne pouvait le masquer, contrairement à cette lueur que la rêveuse captait aux moindres regards de son propre public. Si elle regardait les yeux de son Poète, c’est qu’elle espérait y retrouver son reflet.

En l’occurrence, elle se délectait à écouter les tentatives de sa rivale cherchant à la torpiller.

Que ce soit une réussite ou un échec, la Danseuse n’attendait pas cette répondre. Elle n’avait pas encore l’audace d’être trop présomptueuse pour s’imaginer vaincre à cette compétition, en estimant pour autant en être capable.

Tel le glas, l’appui d’un jury validait la proposition et elle se faisait remercier de sa prestation.

- Désolé Irelia, deux votes négatifs vous empêche de continuer la compétition.
- J’accepte la décision du jury, et je n’oublie pas de tous vous remercier pour votre accueil. Ayant quitté la ville il y a un an pour rejoindre le Consulat, je tenais à participer à la première édition et c’est avec plaisir que je m’en vais.

Offrant sa dernière révérence, la Danseuse reculait d’un pas et puis d’un second avant de se retourner et quitter la scène pour rejoindre les coulisses. Orchestrant sa manœuvre, elle distinguait un drone l’attendant ainsi que le technicien croisé il y a moins de dix minutes.

- Pas trop déçu ?
Attendant de s’accaparer la caméra, elle offrait un sourire mimant la sincérité en attendant d’offrir cette réplique qui se retrouvera perdue dans les archives de l’émission.

- Non non, c’est le jeu. Parfois, l’on doit faire des choix dans la vie et il faut s’y tenir. Quoi qu’il arrive. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret à être venu ici. Merci D.Va, c’est grâce à toi.
Saluant la caméra un instant avant son départ, elle pouvait rejoindre les loges pour se rhabiller, arborant le sourire le plus honnête qu’elle puisse posséder à la fin de cette journée.


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Quelle petite pimbêche. J’ai du mal à faire comme si de rien. J’ai un mal de fou à pas me retourner pour engueuler le public qui n’a pas l’air de comprendre. Non mais quoi ?! C’est quoi cette injustice ? On devrait permettre à cette fille de se faire connaître d’encore plus de gens, on devrait lui offrir des opportunités de contrat, alors que le Consulat lui ouvre les portes du paradis des stars ? Cette fille… J’y crois pas à quel point c’est une parvenue. Ca me rend juste folle. J’ai fait tellement à Illusiopolis. J’ai… tout donné pour arriver à ce que je suis. On m’a ignorée si longtemps… Il a fallu que je me batte pour qu’on me remarque et finalement pour qu’on m’aime ! Même ici, à SF… Au début, y a personne qui m’aimait ! Tout le monde avait une sale idée de la Shinra ! Et même la Shinra, ici, me prenait pas au sérieux ! La maire m’a démontée devant des tas de gens et je devais encaisser sans broncher ! J’ai fait… tellement.
Je serre mes poings sous la table, alors qu’un candidat fait son numéro. J’arrive pas à regarder, à me concentrer sur ce numéro, et ça me tue. Elle m’a fait perdre mes moyens ! Je peux pas le tolérer.

J’ai tout fait pour arriver à ce que je suis. Et elle, il lui a suffi d’entrer dans le Consulat et elle est déjà connue par plein de gens. Ok c’est pas encore mon lvl mais… je sais pas, moi. Trois semaines après notre rencontre, alors qu’elle était juste personne, elle danse devant l’ Éclaireur ? Combien de fois l’Éclaireur m’a montrée en images plus de dix secondes ? Jamais !

Ce Consulat, je le… J’arrive tellement pas à y croire. Je quitte leur territoire et leur influence, je crois pouvoir devenir quelqu’un, et ils reviennent pour me mettre des bâtons dans les roues. Je sursaute. Amasa a pris ma main dans la sienne affectueusement, tout en regardant le numéro. Purée. Elle… Elle… Purée, elle, je l’aime de tout mon cœur. J’aurais pas pu supporter de voir Irélia plus longtemps dans cette émission. Et même. Elle m’a soutenue. Je promets que si un jour, j’ai une place direction paradis d’Etro, je lui donnerai à elle, parce qu’elle mérite tout.

Je la regarde et souris. Allez. Ce serait injuste de faire subir au candidat mon état second. J’arrive à capter la fin de son num’. Et je suis ce que font les autres. On l’accepte pour la suite de l’aventure.

Je me calme un peu. C’est… Je suis comme ça. J’aime être prise au dépourvu, j’aime avoir des rivaux mais je ne supporte pas ce genre d’injustice. Ca me met hors de moi. Bon allez… je…

Un nouveau gars entre sur la scène. Un beau mec, franchement. Il a une veste sans manche, ses bras sont nus, musclés. Ses cheveux en brosse lui donnent un air assez rebelle mais soigné. Et… il est pas asiatique, ce qui change un peu parmi les blancs qu’on voit à SF. Il croise les bras devant nous, exhibant ses muscles. Je fais un sourire à Amasa.


« Salut ! Comment t’appelles-tu ? » Je prends l’initiative de la parole, histoire qu’on ne me voie pas trop longtemps avoir l’air de badder.

« On nous appelle Légion. » Je… Hein ? Il me faut quelques secondes, là.
J’entends Amasa rire à côté de moi et… ok ouais c’est un peu drôle.
« D’accord, Légion. Je… Vous avez quel âge ? Vous venez d’où ? »

« Nous avons 27 ans et nous venons de la Rue du port. »

« Et vous faîtes quoi dans la rue ? »

« Nous sommes coursiers. » Je hoche la tête. « On vous en prie, Légion, vous pouvez commencer. » s’impatiente Mokonzo.

« Bien. » Il décroise les bras. Et là où… d’habitude, à partir du moment où ça commence, t’as le candidat qui se tait, lui… « Tout a commencé un matin. » Amasa rigole encore une fois, le visage caché derrière ses mains. Je ris pas mais oui, purée, il a l’air un peu allumé. « Nous n’étions qu’un. Nous avons couru après le temps. Nous ne faisions jamais assez bien. Mais ce matin-là… » et là, un bras sort de son torse. Comme si le mec de base n’existait pas, comme si c’était un fantôme, quelque chose le traverse. Le bras sort du corps, puis… un buste, une tête, un corps entier. L’exacte réplique de Légion est là, à côté de Légion. Et il parle, lui aussi. En même temps que Légion. C’est… « Nous sommes devenus Légion. Un premier est sorti. Et quelques jours plus tard, des deux premiers sont sortis deux suivants. » Il se repasse exactement la même chose. Les deux Légion font sortir de leur corps un troisième et un quatrième Légion. « Les bras ! » crie Wilson, hyper enthousiaste. En regardant Wilson, je vois Amasa qui rigole plus du tout.

Et les bras ? Ils ont quoi ? Je… Je suis censée voir quoi ?
Quelques secondes plus tard, oui, je comprends. Ces bras… ils ne sont plus aussi musclés. Le mec semble moins costaud. Enfin, les quatre semblent moins costauds que celui de base !


« Nous sommes parvenu à nous diviser en sept. » Trois des quatre Légion se voient pousser dans leur corps un cinquième, sixième et septième clone. Les gars sont tous… tous tous tous devenus vraiment maigres. Très loin des muscles de BG du premier, ils sont là, la peau sur les os, un air malade au visage. Ils parlent en même temps, par contre. Et ils finissent par croiser les bras. « Notre nom est Légion, car nous sommes nombreux. »


Gros gros applaudissement derrière nous. Moi-même j’applaudis vigoureusement, en souriant mais un peu… Je sais pas. Pas totalement scotchée non plus. C’est juste que je… je suis pas sûre de comprendre ce que je viens de voir. Tony arrive. Il fait son petit commentaire aseptisé.

« L’idée du discours pour porter votre pouvoir, votre étonnant pouvoir, était plutôt intéressante. » commence Mokonzo. « Il n’en restait pas moins que vous n’avez pas vraiment montré un numéro. Vous avez activé votre pouvoir ou que sais-je, et à partir de là, vous avez simplement parlé. C’est un cas typique de forme mal maîtrisé. Votre pouvoir vous permet de créer une mise en scène exceptionnelle et vous choisissez une forme très austère d’expression avec un texte, soyons clairs, vraiment très commun, sans intérêt réel. Pour moi, ce sera un non, donc. »

« D.Va ? Aviez-vous déjà vu quelque chose comme cela ? »

« Ah. » Je souris. « Oui, Tony, et pas qu’un peu. Un jour, j’ai affronté des clones de ma propre personne. Ce… Mais c’était très différent d’ici. En fait, je… J’en appelle à Wilson pour nous parler des bras, des muscles. »

« Oui, c’est complètement dingue et c’est pour ça que je ne suis vraiment vraiment pas d’accord avec toi, Mokonzo. Sa mise en scène devait être simple pour que nous voyions, pour que nous comprenions la métamorphose physique de monsieur. Plus il se divisait, plus chacun des clones semblait faible. » dit Wilson, un doigt tendu vers Légion, d’un air nonchalant alors que la voix, elle, est passionnée.


« Est-ce que ce n’est pas un échec, du coup ? » demande Amasa. La pauvre… à part les combats de robots, elle connait pas du tout le monde de la bagarre ! « Moi je me dis que le pouvoir est… comme il est. Légion a été franchement clair. Il nous a dit qu’il était capable de se diviser en sept. S’il se divise, ils vont… se partager la force du mec de base. Légion pourra faire ce qu’il veut, il ne pourra jamais être aussi balèze avec un septième de sa force que s’il est complet. Pour moi ce sera un oui, sans hésiter. »

« Pour moi aussi. » J’enchéris, suivie tout de suite d’Amasa « C’est aussi un oui pour moi. » Les gens applaudissent. Les sept Légion saluent solennellement et partent, remplacés très vite par Tony qui balance quelques phrases de transition, quelques petites questions de publicité du genre :

« Pour gagner 2000 munnies, participez à notre concours sur got_talent.sf et répondez à la question suivante : Par quel nombre Légion pouvait-il » et blablabla on a compris. Après ça, une nouvelle fois, ça enchaîne mais bon, on a une promesse de petit interlude juste après, et ça c’est cool. C’est très rapide, très intense et… Une autre personne arrive. Une Asiatique, une coupe au carré, habillée comme une bibliothécaire, on dirait qu’elle sort de Scoobidoo ! « Bonjour ! Alors moi je vais vous présenter mon invention ! C’est, comme vous pouvez le voir, un pistolet ! » Elle montre un genre de petit flingue tout bizarre avec plein de lumière, on dirait un jouet. Tout le monde rit mais pas tellement pour l’apparence de son arme, hein. C’est plutôt… « Donc euh… Je vais rétrécir un objet ! Donc voilà, je vais viser cette chaise, par exemple, vous voyez et… « Attends excuse-moi. » la coupe Wilson, en retroussant encore plus ses manches, un sourire aux lèvres. « Ca a l’air sympa mais tu t’appelles comment ? »

La fille parait gênée. S’ensuit une discussion pressée dans laquelle elle nous explique qu’elle s’appelle Hanaé. C’est mignon ! Elle nous raconte un peu sa life, et là on la laisse faire. Comme elle nous l’avait vendu, ahah… y a bien une chaise devant elle. Et de son canon bien kitsch, un gros rayon vert surgit à coup de mauvais effets spéciaux et…
Je me redresse avec un sourire. En fait. Bon je me lève carrément pour chercher la chaise. Et ouais. Une chaise de poupée. Mon sourire s’élargit encore. Je tape directement dans les mains, toute excitée !
« Nooooon ! C’est beaucoup trop cool ! » Je croise les yeux des autres membres du jury qui sont genre… ouais ? Ok ? C’est tout ?
Non mais… ils comprennent pas ou quoi ? Elle a rétréci un objet ! C’est beaucoup beaucoup trop stylé !
« Essaie sur moi ! » Je quitte mon siège et me précipite sur la scène alors que le public rigole suite à ma hâte !

La bibliothécaire me regarde, genre… tu pensais que j’étais un hologramme ou ça se passe comment ? je lui souris.
« Allez tu peux le faire ! Rends-moi toute petite ! » Hanaé sait pas quoi faire. Elle regarde le jury qui… « D.Va, ce n’est pas aussi simple que ça, malheureusement. » plaisante Wilson. « J’imagine, mademoiselle, que vous en êtes dans les premières phases de vos expériences ? »

« Oui oui, c’est ça. Je… le prototype a rapetissé le premier objet il y a deux mois et… « Et donc, elle est très loin de pouvoir expérimenter ça sur des humains. »

« Oui ok. » je hausse les épaules et je regarde à nouveau Hanaé. Je lui fais un clin d’œil, un V victorieux sur une de mes joues et me penche légèrement vers elle ! « Mais moi je me porte volontaire ! Tout va bien se passer ! »

« On ne voudrait pas te perdre, D.Va. Et je suis sûre que tu ne voudrais pas que cette jeune femme se retrouve en prison pour avoir pulvérisé l’égérie de la Shinra. » dit Amasa avec un sourire aux lèvres. Je fais une moue de mon visage. « Oh mais je suis trop dégoûtée ! Bande de poltrons ! Qu’est-ce qu’on s’en fiche de la procédure quand on a la passion ! »

Tony arrive en rigolant, de nulle part et pour ne rien dire, comme d’hab’. Vas-y, fais-moi passer pour une gamine. Néanmoins, bon, je reste près de la candidate parce que ahah… je sais très bien ce que vont faire les autres.

« Pour aujourd’hui, la candidate se contentera donc d’objets à rétrécir ! Personnellement, ça m’a rappelé des vieux films qui passaient quand « Oui bon ! Moi je dis qu’on la prend pour la suite ! Comme ça… lors de la finale, elle me transforme en fée, je deviens encore plus spectaculaire et… elle gagne ! » Je fais un cœur avec mes mains et le pose devant ma poitrine avec amour, en me tournant vers le public et les caméras ! « Donc pour moi c’est un oui, Tony ! »

« Pour ma part, ce sera non. » arrive Mokonzo qui casse l’ambiance, un truc de dingue. « C’était brouillon. Le design de l’arme n’a pas du tout été réfléchi. Il n’y avait, pour ainsi dire, pas de numéro. Cette émission est avant toute une émission de divertissement, et personnellement j’ai trouvé le petit numéro de D.Va plus amusant que la présentation du talent lui-même. » Ouille. « Oui d’accord. Mais c’est une jeune scientifique ! C’est clairement pas son truc de parler devant plein de gens. Elle… a créé un truc génial, elle a beaucoup de talent. C’est quand même ce qu’on recherche ! »

« Il y a un monde entre un candidat mal à l’aise, peu habitué à la scène… et un candidat qui ne fait tout simplement pas de numéro. Vous êtes sur une scène, pas sur une simple estrade. »

« Madame la Maire ? »

« Moi j’ai trouvé ça vraiment très bien. Je vais dire oui avec une petite réserve. Si Hanaé passe à la prochaine étape, il est clair qu’elle devra nous proposer un véritable numéro si elle veut une chance d’accéder à la finale. Je pense que c’est un bon compromis. »

« Personnellement… » commence Wilson. « je peux reconnaître la performance technologique, vraiment. C’est du très bon boulot et c’est peut-être le prototype le plus convaincant que j’ai pu voir mais… ce n’est pas assez abouti. Quand vous serez capable de rétrécir un être vivant, voire même une plante, sans la tuer… et que vous serez capable de lui rendre sa taille d’origine, là vous aurez votre place dans cette émission. Donc ce sera un non. »

Le public n’a pas l’air spécialement déçu mais hue pour la forme, carrément guidé par des régisseurs.

« Un tonnerre d’applaudissements pour Hanaé qui s’est très bien débrouillée malgré tout mais qui va rentrer chez elle, à présent. »

Je retourne sur mon siège, beaucoup trop dégoûtée. Je pose mes pieds sur la table et m’affale sur mon siège. « Ah c’est les règles, D.Va ! Il fallait s’attendre à ce que ça arrive et… ça va encore arriver, croyez-moi ! »

Je siffle entre mes dents. « Je vous comprends pas. A SF c’est la technologie votre spécialité. Elle nous montre un truc de dingue et vous la laissez filer ? »

« Va savoir. On a peut-être plus l’habitude que toi de telles innovations. » explique Mokonzo, en pliant ses jambes sous la table.  

Bon. Je peux comprendre l’argument.
Je décide de quand même profiter de ma pause. On nous apporte des boissons. Perso je demande une boisson gazeuse quand les autres sont au café ou au thé. Et je me tourne vers le public, pour lui parler un peu. C’est pas mon idée. Wilson a commencé à le faire et je l’imite parce que je… suis irrésistiblement jalouse de l’attention qu’il accapare. Bon c’est moche, oui. Mais j’arrive pas à m’empêcher de ressentir ça. Après la conv’ est pas si intéressante que ça. On pose des questions et on essaie de comprendre une réponse dans le tas informe et sonore de réponses.  

Mais moi quand je suis là pour bosser, je bosse, les gars ! Donc get back à ce qui nous intéresse ! Le prochain candidat ! Ou plutôt les. On voit arriver cinq mecs hyper musclés, torse nus. Pas des grosses masses, tu vois, plutôt des mecs assez secs mais super bien foutus. Et avec eux, une gamine, toute mince, les cheveux en chignon beaucoup trop mignons, avec un sourire comme t'en as jamais vu. Pendant la pause, leurs accessoires avaient été disposés. Un genre de balance géante.  Ils ne se présentent pas, comme ils sont nombreux, j'imagine que la régie veut qu'ils s'expliquent après.
On se tait. La musique commence. Un truc un peu random. L'un des costauds s'avance vers nous, tend une main vers Amasa, qui accepte de le suivre sur la scène, applaudie par genre tout le monde. Ils montrent la balance, que les balèzes par contre, la petite regarde. Et ils font monter Amasa sur un des plateaux de la balance. Bon. Ok. Là, ils montrent pendant quinze bonnes secondes que la balance est pas truquée, qu'Amasa est bien soulevée par le plateau quand un autre mec vient sur l'autre côté de la balance. Okayyyy. Amasa retourne à sa place, les joues un peu rouges, quand la petite se décide à monter à sa place sur un des plateaux. Donc forcément, la balance pèse de son côté. Là t'as un des mecs qui s’agrippe à l'autre côté dans les airs, fait son effort pour monter là-haut, avec agilité, maîtrise, tout ce que tu veux. Et y a un gros bruit du public, tu vois. Ok. La petite bouge pas d'un poil. Son côté de la balance reste fixé au sol. Sur ses 15 kilos tout mouillés, tu sens bien qu'il y a un truc. Je commence à sourire. Franchement, tout le monde là, on s'attendait à un numéro d'homme volant, où  les mecs allaient faire voler la petite avec un système de balancier et tout. Rien du tout.

Le premier mec sur la balance aide, un à un, ses potes à monter avec lui sur son côté de la balance. Et de leurs 80 kilos chacun, face à la petite, aucune différence. Souriante, limite figée, elle fait un peu le show, genre « Quoi ? Vous arrivez pas à me soulever ! Mais vous êtes des mauviettes. » Tout pipsou. Les mecs torse nus, tout serrés les uns contre les autres, restent là mais... tout le monde voit qu'ils commencent à se tenir les uns aux autres, genre ils se cramponnent. La petite fléchit les genoux. Et là c'est brusque de fou, je sursaute de dingue. Même Wilson il lâche un cri de surprise : le truc s'inverse totalement. Le côté des mecs s'écrase au sol avec un bruit de malade, alors que la petite est propulsée dans les airs. Et il doit y avoir un physicien dans le truc parce que la fille est envoyée à genre un mètre du plafond pour retomber à une vitesse normale. Mais sans assurance, sans rien pour la sauver, en fait. Un des types lève bêtement le bras, elle retombe dans la paumé de sa main comme si elle faisait, je sais pas... huit kilos. Le mec tremble pas. Et... ok. Là ils commencent à s'envoyer la petite comme un ballon. En faisant gaffe hein, mais en soi... sans le moindre effort. Et bon, au bout de quelques dizaines de secondes, c'est fini.


« Ok. » Commence Amasa, la maire de la ville. « Moi je... j'ai été bluffée. C'était pas très long.   « Oui et pardon de vous couper, madame la Maire mais... tant mieux, non ? Moi j'ai l'impression que ces six jeunes jouent sur du long terme. »

« Oui je vois ce que tu veux dire, Wilson. Et je suis d'accord. Y avait pas beaucoup parce que finalement, au moment où la petite... ?

« Enab. » répond-elle avec ce sourire de fou.

« Quand Enab a volé comme ça jusqu'au plafond, je veux dire... moi mon coeur s'est arrêté. Donc évidemment c'est un oui. »

« Pour moi aussi. » renchérit Wilson, sans surprise. Les deux sont applaudis par le public.

« D.Va ? » demande Tony. Y a plus vraiment de suspens. À vrai dire, s'il y a du suspens, c'est plutôt du côté de Mokonzo. Mais avec ma voix, elle passe déjà. « Enab, toi et tes gardes du corps, vous m'avez... scotchée au plafond, genre littéralement. Sans tremplin, sans balance, pas besoin. J'ai adoré votre numéro et votre potentiel. Alors oui j'ai hyper hâte de voir ce que ça va donner parce que clairement, vous en avez encore sous le pied. Dark Mokonzo ? »

Le public rigole. C'était pas si... drôle que ça mais voilà, la soirée fait que. Les gens sont réceptifs ! Et ça, j'aime !

« Merci D.Va, je voulais aussi donner mon avis, même si vous six passez d'ores-et-déjà à la prochaine étape de cette compétition. Vous en gardez sous le coude, ça c'est certain. Mais cette courte démonstration n'en reste pas moins... impressionnante, réfléchie et bien sûr magique. Je crois que personne ici ne tient vraiment à savoir s'il y a un truc, à votre numéro. Mais si c'est bien de la magie, quand bien même. Quelle précision dans les sauts, dans l'atterrissage, dans les lancers de petite fille. » Le public rigole encore. Et bien sûr, ça se termine sur les six qui partent contents. Les accessoires sont évacués alors qu'arrive un nouveau candidat.

Un mec imposant, obèse, les cheveux très courts, des traits un peu de bébé. Mokonzo prend l'initiative.
« Monsieur, comment vous appelez-vous ? »

« On me surnomme Tea. » dit-il en souriant, un peu gêné, visiblement épuisé par le fait de se tenir debout devant des centaines de personnes. Non j'ai l'air de me moquer mais je comprends !   « Qu'allez-vous nous montrer ce soir ? »

« Et bien... on doit m'apporter toutes sortes de choses. »

« D'accord. Pendant ce temps-là... »

« Je peux faire une dédicace ? »

« Allez-y. » répond Wilson, sûrement anticipant ce qu'allait répondre Mokonzo. Et là le mec commence à remercier son grand frère, son club de théâtre qui l'encourage. Il lâche des noms. « C'est super gentil de votre part, Tea. » dis-je avec un grand sourire. C'est un poil gênant quand ça arrive mais ça reste mignon. Mais purée, l'arrivée des « choses » me soulage bien bien. Et bon, v'là les trucs. Des brouettes de crasses. Des canettes, des bouteilles en plastique, des vieux téléphones usés, et j'en passe. Et il commence. À. Tout. Bouffer. Tout. Au début t'es un peu là « euh ok il mange une cannette. » Une minute après, quand il plante ses dents dans un coussin, dans une lampe, dans une guitare, dans un rocher... Tu fais une autre tête. Mais le pire c'est sa mâchoire. Non parce qu'il va vite ! Mais sa mâchoire s'élargit, on dirait un requin, c'est... « Ok moi je peux pas regarder ça plus longtemps » , que je dis, avant de me cacher derrière mes mains, quand je vois le piano et une statue entière arriver. Deux secondes plus tard, je tente un regard. C'est... Je manque de vomir. Là j'ai un mal de fou à pas appuyer sur le buzzeur.

« Woah. Vous n'aviez pas mangé avant de venir, Tea ? » arrive peu après Tony. « Dites-moi, vous... c'est de naissance, cette capacité que vous avez ? »

« Oui. » répond timidement Tea, encore plus rouge et en nage que quand il est arrivé.

« Je dois dire avoir été impressionné par... vos dents d'acier, votre mâchoire de Mégalodon. »

« Et... Tony. » reprend Wilson. « Sans parler de sa digestion. Son estomac, pour encaisser tout ça, doit être... un concentré d'acide fluoroantimonique. »

« On pourrait... éviter de parler de sa digestion ? » j'ose demander cette faveur, pas totalement certaine de pouvoir encaisser la réponse à leur foutu intérêt scientifique. « Comme tu veux, D.Va ! Dans tous les cas, j'ai trouvé ce numéro génial. Non seulement le mec a un talent fou, mais il y a une mise en scène, il y a un show. Je crois que beaucoup de gens ont trouvé le spectacle assez difficile. Pour moi, c'était... incroyable, monsieur Tea. »

« C'est un oui du Docteur Wilson. Professeur Mokonzo ? »

« Pour moi, ce sera un oui. Quoi qu'on dise, bien que ce soit un don que vous ayez, je suis certain que ça vous demande un effort énorme, et vous avez tenu bon jusqu'à avaler une carcasse de petit vaisseau. »

Je détourne les yeux et regarde le public en rigolant genre... jaune.

« Madame la Maire ? »

Elle a l'air surprise qu'on ne me demande pas d'abord mon avis mais.. . « Oh oui, pour moi c'était incroyable. Difficile à regarder, il faut l'avouer, mais si ça ce n'est pas du talent, on doit redéfinir le mot talent. Non, bravo, vraiment. » Le mec est surpris. Moi aussi. J'aurais pas cru que ce serait son genre mais quoi qu'il en soit, c'est bon pour lui ! Il s'en va tout content, sans que j'aie pu donner mon avis. Ce qui... me va ! J'aurais eu du mal à le donner sans avoir l'air méchante donc écoute.  

La prochaine personne arrive, son accessoire est disposé, c'est...
« C'est ce qu'utilisent les joueurs de football américain ? »

« Oui c'est un sac de plaquage. » répond le mec. « Je m'appelle Daku. Pour mon numéro j'aurais besoin d'un volontaire parmi le jury. » « C'est physique ? »

« Assez. »

« Ok donc c'est non pour moi. » répond la maire en rigolant. « Je vais trébucher et on aura tous l'air malins. »

« Je ne veux pas influencer mon jugement en participant. » répond Mokonzo. Je jette un oeil à Wilson. « Tu te sens pas trop vieux pour l'exercice ? » dis-je en le taquinant.

« je... Daku. Il vous faut un homme de force moyenne ? Parce que mes capacités... exceptionnelles pourraient fausser votre numéro. »

Le public rigole. « Vas-y, je fais le prochain. » Le bon cinquantenaire se lève et va sur scène. Le mec lui fait enfiler une tenue typique de quaterback. Le casque, les protections pour les épaules et le torse. On siffle, on rigole, bref. Il est beau.
« Pour mesure la valeur étalon, je vais vous demander de courir vers le sac de plaquage et d'essayer de le renverser de tout votre poids. » Wilson s'exécute, fait le show, fléchit les genoux avant de foncer comme un bourrin vers le sac de plaquage. Il le choppe entre ses deux bras, met tout son poids et son élan. Le truc bouge pas mal mais n'est pas renversé. Wilson finit à terre, sous les applaudissements ou les rires du public.

« Merci docteur. Je vais vous demander de reproduire le même exercice mais cette fois-ci en portant ces bracelets. » Wilson accepte, à peine remis, enfilant les deux accessoires lumineux. Et il recommence. J'ai presque envie de dire qu'à la surprise générale... il va pas du tout plus vite. À la rigueur même, sa plantade fait qu'il y va un chouïa moins franco. Toujours est-il qu'en percutant le sac de plaquage, il l'expulse cinq mètres plus loin, avant d'à nouveau se planter, quelque chose d'intéressant.

Je me lève en applaudissant, plus pour l'encourager qu'autre chose.
« Ok Daku. Avec des mots simples parce que notre scientifique est dans les vapes. Vous pouvez nous expliquer ? » demande Amasa, quand tout s'est plus ou moins calmé.

« Oui donc, ces bracelets, en vérité, enveloppent leur porteur d'un voile à l'intérieur duquel l'énergie cinétique de la personne est multipliée. En d'autres termes, je triple l'effet d'un élan sur la charge elle-même. »

« Ok donc. Je me permets de commencer parce que Wilson m'a encore piqué une occasion de me faire remarquer, avec son super boule de black. » commencé-je pour soulever les sifflements de la foule. « C'est super sympa pour l'intro. En gros... bah ici, c'est super cool d'avoir fait en sorte qu'on comprenne le principe, de nous avoir surpris. Moi je vais dire oui, bien sûr, en espérant un bête de show pour la finale. Parce que pour la prochaine fois, on connaîtra déjà le principe, à moins que tu arrives avec une nouvelle invention. »

« Pour ma part, ce sera non. » poursuit Mokonzo. « Si technologiquement, je pense que vous êtes à la hauteur de l'épreuve, je trouve toujours fort fainéant de la part de candidats de prendre un membre du jury comme participant. Ce n'est pas à lui de faire le show, ce n'est pas à lui de vendre votre produit ou votre talent, seulement à vous. » Ah ouais. Je regarde Daku qui a l'air d'encaisser avec sérieux, du haut de sa trentaine d'années. Non j'aurais pas eu autant de sang-froid. « En lui demandant de venir, vous faites de base monter le capital sympathie de votre apparition. C'est un peu trop facile. »

« Ah ouais. Bonne ambiance. » je rigole. Les futurs candidats vont bien être en confiance en entendant ça maintenant ! Parce que c'est ni le premier, ni le dernier à avoir l'idée de demander la collab du jury. Non puis tantôt avec la genre de médium, ça l'a pas dérangé, c'est quand même un délire. Mais !! J'ai envie de te dire « heureusement », Amasa et Wilson sauvent le gaillard.

« Allez ! Au suivant ! » crié-je, les mains en cloche devant moi, peu avant qu'arrive une troupe de mecs et de filles qui se présentent pas, qui déballent sur la scène un gros truc en plastique transparent. « Ok, un peu de danse, ça marche ! » commente Wilson en applaudissant quand la musique commence, et que les différents danseuses et danseuses, habillées dans un genre de maillot, commencent à bouger. Le début est spéc'. En gros, en dansant, ils gonflent le plastique, qui est en vérité une piscine gonflable, à l'aide d'un soufflet à pédales. Je sais pas si ça se dit mais en vrai c'est trop ça. Et bon, c'est quand même un délire. Puis quand c'est gonflé, t'en as un qui arrive avec un tuyau et franchement, à nouveau... bref. Ils remplissent la piscine d'eau, ce qui prend une bonne minute et demi. Je te le cache pas, j'hésite à buzzer parce que tu sens que ça traîne. Mais Mokonzo le fait.
Les danseurs ont l'air un peu perturbés mais ils continuent à danser pour meubler à balles, en attendant que la piscine se remplisse. Cinq secondes plus tard, Amasa buzze aussi.
Bon. La piscine est remplie. Et un par un, ils y vont. Et ils marchent et dansent sur l'eau. Je souffle du nez en regardant Amasa. Je tente un petit applaudissement quand même pour encourager le délire. Bon voilà, c'est sur l'eau, donc c'est un peu sympa. En vrai ils se seraient débrouillés pour le faire tout de suite, sans une intro de deux minutes... ça aurait été ok.
Tu devines. On les a jetés quand on a pu donner notre avis, avec juste Wilson qui a donné son oui.

Et là franchement, arrive un mec. Jusque-là, tu les voyais, et tu te disais... ouais ok. Il a l'air normal. A part Légion peut-être. Mais LE mec ensuite ? Pfiou... Un gars, vieux. Cheveux blancs. Mais il a un style d'un vétéran de je sais pas quoi. Un ancien soldat. Franchement t'as vu les bad commandos du monde des jouets aux infos ? Un peu ça. Et il a un très long manteau noir qui recouvre tout.


« Bonjour monsieur, comment vous appelez-vous ? » demande Amasa. Je commence à en avoir un peu marre de cette phase-là mais au moins le mec, t'as un peu envie de savoir sa vie.

« Daath. Je peux commencer ? » Il a l'air... pas content. Et tu sais. Là je le trouvais intéressant mais il me fait un poil flipper quand même. J'ai cette petite intuition de soldat 1ère classe, tu vois. Il enlève son manteau d'une main. Purée. Le public s'exclame, genre y en a qui crient. Je mets ma main sur ma montre quand je vois un énorme canon à la place de son bras droit.

« Ne vous inquiétez pas. » dit-il d'une voix dure, implacable. « Je me le suis greffé mais je ne vais pas m'en servir. Je vais vous montrer mon talent. » Quelques secondes plus tard, on entend la voix de Tony qui valide le truc. Ok bah... Et la régie amène un chariot à  Daath, avec dessus plein d'appareils super compliqués. Et je regarde Daath. Y a pas que le canon, en fait. Son corps un peu plus dévoilé, on peut voir plein de trucs !  Genre y a des bouts de métal un peu partout. Ses deux jambes sont déjà en métal ou je sais pas, recouvertes en tout cas. « Je suis un cyborg. 50% de mon corps est machine. Je vais remplacer mes poumons.  Comme mon cœur est encore organique, que j'ai toujours de nombreux organes, je dois toujours faire circuler de l'oxygène dans l'ensemble de mon corps. Donc, ce n'est pas encore aujourd'hui que mes poumons vont pouvoir être remplacés par un système de refroidissement. Au lieu de ça, j'ai conçu des réceptacles élastiques pouvant absorber l'oxygène autour de moi, mais aussi de l'azote, qu'ils transforment et rendent respirable pour moi. »
J'écoute plus trop, surtout quand le type enlève son t-shirt d'un seul bras et que, sans rien faire, sa poitrine s'ouvre... genre en deux. Comme une poitrine à double-battant. Pas mal de gens, dans le public ou dans le jury, crient de dégoût. Moi zéro. J'essaie de voir, avec la distance, tout ce que je peux reconnaître à l'intérieur de sa poitrine. Avec un genre de cutter laser, il sectionne et détache les deux poumons de la trachée, et les enlève, au calme, en continuant de parler. Il a forcément dû s'implanter un genre d'appareil à soutien respiratoire, avant sa démo, pour tenir le coup le temps de l'opération. Ok franchement. Que le mec respire ou non, 100% de chance que tout le public lui, est en  apnée en voyant ça.

Il vient chercher un premier réceptacle, un genre de sac, comme un œuf, en fait... translucide mais émettant une certaine lumière. Il l'insère dans sa poitrine, le soude là. Il fait pareil avec le deuxième poumon artificiel. Et il ferme sa poitrine, oklm.

Tony arrive. Il donne la parole à chacun de nous, mais tu veux qu'on dise quoi ? Y a une promesse tacite, en fait. Que tu le trouves dégoûtant ou pas... moralement discutable ou quoi... le type, s'il accède en final, il va remplacer quoi ? Son cœur ? Son cerveau ? Son visage ? Dans tous les cas, t'es obligé de l'accepter !


« ... le nouveau candidat ! » annonce un peu plus tard Tony pendant que franchement, je commence à saturer. D'un côté, c'est intéressant et c'est assez grisant de donner un avis et d'être potentiellement écoutée par des milliers de gens. Du reste, le pire moment, pour moi, c'est celui-là. Quand tu vois un candidat partir et un nouveau arriver, quand tu te forces à être super souriante et motivée pour pas biaiser le jeu ! Et aussi pour que ce soit plus sexy sur un écran que quatre jurés qui font la tête. Mais au moins, le candidat nous épargne le moment de la présentation parce que dès l'instant où il débarque sur la scène, on va dire que tu comprends. Un clown. La panoplie, les grandes chaussures, le pantalon orné de carreaux, la grande veste délavée, le noeud papillon, et surtout, le visage blanc, un grand sourire rouge et des touffes de cheveux lui sortant d'au-dessus des oreilles. Et il tient des ballons. Et on traîne pas du tout. Parce qu'aussitôt son deuxième pas fait sur scène que les ballons commencent à tirer le gars dans les airs, à le faire décoller du sol. Il se retrouve à trois mètres au-dessus de la scène, suspendu à ses bouts de ficelle, battant des jambes avec exagération comme pour avancer ou pour atterrir. Il lâche ses ballons, un par un, et ça semble logique mais ça change rien du tout, puisqu'un seul ballon suffit à le maintenir à bonne hauteur dans les airs. Les autres ballons eux, s'envolent, voyagent dans la salle, vont un peu partout.

Le clown vole de plus en plus haut, quasiment là où on ne pourra plus le voir, derrière les structures métalliques autour de la scène. Il sort un ballon dégonflé de sa poche et le souffle avec empressement, jusqu'à devenir tout rouge. Et il le libère devant lui après avoir fait un noeud. Il lâche le ballon qui le suspendait pour atterrir sur l'autre ballon qui supporte son poids ! Et là, il commence à sauter, de ballon en ballon, jusqu'à être au-dessus de nous, puis au-dessus du public. Il continue sa petite promenade, va au fond de la salle... On est tous retournés vers lui et... Il tire une aiguille de sa manche, pique le ballon. Alors va savoir, là où le ballon aurait éclaté normalement, il se dégonfle juste, rapidement, aléatoirement, emmenant à son bord le clown dans sa course mais qui arrive quand même jusqu'à la scène. Et il salue !

Tout le monde applaudit !

On accepte le type pour la suite parce qu'en synthèse bah... c'est super mignon. C'est quand même impressionnant, c'est du spectacle, de la magie, bref ! On a bien aimé ! Puis ne serait-ce que le côté « arriver à être au-dessus de nous », ça dépasse le cadre normal d'un show.


« Et c'est enfin la pause ! » Je me lève et m'étire devant le public, limite sans les remarquer ! Non franchement, celle-là, je l'ai méritée. Et longue pause, pour le coup, puisque c'est l'occas' pour nous de changer de vêtements, pour faire croire à la diffusion que plusieurs jours se sont levés entre les différentes sélections. Pour te dire, c'est tellement un délire que même le public se lève, va dans l'entrée du bâtiment, pour se changer ! Quand ils reviendront, ils changeront de place, histoire que ce soit pas trop flagrant qu'on a gardé les mêmes spectateurs.

Je salue le public, les yeux déjà rivés sur mon gummiphone, avant d'aller vers ma loge en poussant cinq soupirs par minute. J'ai l'impression que ça faisait une éternité, la scène et moi. Je me suis habituée à un truc un peu plus chill. Mon bureau, mes jeux vidéos, mes vlogs, mes lives... Ou mes combats en méka. Bref des trucs un peu moins... guindés.

Je m'assieds dans le canapé d'une petite salle privée, devant une corbeille avec des fruits de saison. Je commence à picorer des myrtilles tout en regardant des trucs et d'autres sur le GummiNow, pas totalement convaincue de ce que j'y vois pour l'instant ! Et pour cause ! J'ai pas tellement pu influencer le bazar. En ce moment j'ai pas trop d'actu dans la mesure où je prépare des trucs, je glande, et bon. Du coup je suis pas super active dessus. Pour le moment ! Allez, traînons pas trop pour se changer. Je file vers ma tenue dans la petite salle de bain et l'enfile. Je passe d'un hoodie et d'un shirt à un top côtelé, arrivant juste en-dessous du nombril, et d'un pantalon jeans taille haute. Pour les cheveux, je me fais juste un chignon. Et je garde les Roxas II, pour la forme ! Je me démaquille au niveau des joues, pour virer les moustaches roses, puisque ce sera la deuxième émission de sélection et que voilà ! Plus tellement besoin de me présenter. Mais histoire de, pour quand même faire un peu bling bling et pouvoir vendre des produits dérivés, j'accroche à mon gummiphone mon porte-clés type, avec le lapin vénère. Et allons-y ! Je peux pas me permettre, malheureusement, de rester tout le temps cloîtrée dans mon antre, sinon j'aurai l'air froide et tout ! Je rejoins le jury, ou ceux qui sont déjà là en tout cas : Mokonzo et Wilson, habillés sensiblement pareils que d'habitude. Madame la Maire nous rejoint un peu plus tard, avec une autre tenue élégante mais professionnelle.


Dernière édition par D.Va le Mer 2 Sep 2020 - 1:23, édité 1 fois
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Et la pause n'est pas tombée à ce moment-là pour rien puisque quand le show reprend, sur scène, y a une machine énorme en forme d'arche qui a été montée, avec tout autour une bonne quinzaine d'ingénieurs et de scientifiques hyper concentrés qui ont à peine l'air de savoir qu'on est là. Et... « Oui donc vous êtes qui ? » ose Amasa, après quelques longues secondes d'attente. Trois scientifiques délaissent plus ou moins leur invention pour regarder le jury. Ils ont pas tellement l'air tracassés par le public, par le jury,  mais seulement par leur machine. « Nous sommes des scientifiques d'un laboratoire privé, présidé par le professeur Weir et nous étudions. »

« Attendez pardon » intervient Tony. « On va la refaire, juste, si Mokonzo, vous pouvez demander au docteur Wilson s'il connait ce dénommé professeur Weir. »

Mokonzo hoche la tête pendant que je lève les yeux au ciel pendant que j'ai encore le droit de le faire. Le scientifique répète donc un peu plus gauchement. « Oui donc nous travaillons avec le professeur Weir dans un cabinet privé. »

« Un confrère à vous, Dr Wilson ? » demande Mokonzo, assez bon acteur, les mains jointes devant lui, les sourcils froncés.

« Le professeur Weir a quitté les bancs de l'université deux ans avant moi. J'ai eu le plaisir de le revoir quelques fois. »

« Et donc pourquoi le professeur Weir ne nous présente-t-il pas son projet avec vous ? » demandé-je avec un sourire bienveillant ! Mais ahah ! Ma question est tranchante !

« Un empêchement, malheureusement. »

Je me tourne légèrement vers les autres, pas franchement satisfaite de la réponse. Wilson sourit. Amasa se penche vers moi en étouffant son micro. « En gros il cherche du financement mais il ne s'abaisse quand même pas à venir lui-même le réclamer. C'est souvent comme ça dans cette ville. Les scientifiques les plus brillants et les plus anciens dans la profession se croient parfois vraiment trop importants pour nous autres. »

« On vous écoute. » conclut Mokonzo. Et alors là ça commence. Et quand ça commence, perso je rigole plus trop. C'est pas le truc sympa où les candidats font un peu le show. Pendant dix minutes, t'as deux gars qui expliquent leur projet façon étudiant avec un powerpoint, c'est carrément chiant et scolaire, et puis, ils finissent par brancher un câble, appuyer sur ON, et on est censé être scotchés à notre siège !

« Notre idée est de modifier la géométrie entre le point A et le point B. La méthode aussi appelée métrique du vide nous permettra, s'il en est, de superposer pour l'expérience ce point A et ce point B,  le temps que le transfert se fasse via un trou de verre microscopique. »

« En quoi votre méthode diffère-t-elle de l'approche d'Alistar Krei et de la jeune Abigail Callaghan ? »

« Pour faire simple, le transfert, dans le cas Krei – Callaghan, était dit exotique, et supposait le passage de la matière à travers un plan exotique, autrement dit, présupposait l'existence d'un univers parallèle. Notre idée est davantage la déformation de l'espace-temps plutôt que le voyage à travers un point A-bis. »

Pfiou... Après la pause, c'est difficile tout ça. Bon ça aurait été pire avant mais... Ah ! « Nous allons à présent débuter l'expérience. » Ils vont appuyer sur ON ! Et là, bon. La grande machine en forme d'arche commence à s'alimenter. Dans l'espace vide, la porte, y a comme un voile électrique qui commence à se créer. Je trouve ça impressionnant mais au bout de dix secondes à chauffer comme pas possible, le truc s'éteint. Je regarde Amasa, à ma gauche.

« Ok et là ils ont réussi ou ?... » en oubliant de masquer ma voix dans le micro, provoquant quelques rires du public mais pas que. Je crois entendre des « Mais qu'elle est conne ! » et ça me plait moins ! Oh ! Vulgarité ! Je refuse d'être le symbole de la fille qui comprend R.

« Non, on ne dirait pas. »

Ils ne réessaient pas, sûrement pour des raisons que je sais pas. Tony arrive. « Aie Aie Aie. C'est dommage. J'imagine qu'un paramètre à côté, le changement de lieu, et tout s'effondre. »

« Nous avions calculé le risque de l'échec et ne sommes pas vraiment surpris. Et nous pensons que... » woah. C'est comme souvent avec les étudiants de l'université. Y a comme un truc qui fait que j'arrête de les écouter à un moment. « Professeur Wilson ? »

« Écoutez bien sûr, ici, c'est un échec mais souvenons-nous de nos cours d'épistémologie au moins une fois de temps en temps pour nous rappeler que le progrès scientifique n'est pas une ligne droite, sans obstacle. Le chercheur se trompe encore et encore et permet à l'autre, à soi-même d'aller sur la bonne voie. Ici, vous vous rapprochez d'une solution à la question de la téléportation de la matière, ne serait-ce qu'à un niveau atomique. Je vais donc dire oui. »
Euh... Hein ? Et franchement Tony guette ma surprise parce qu'il me donne la parole. « Bon moi j'avoue, Tony, que je vais dire non. C'est peut-être parce que je viens de la Shinra, je dois sans doute être un peu capitaliste du coup mais... pour moi, des candidats qui échouent, ne peuvent pas passer à l'étape suivante. »

« J'aurais été d'accord avec D.Va en temps normal mais le sujet étant trop complexe pour que j'aie un point de vue pertinent, je vais simplement dire que si l'expérience réussissait en finale, ce serait là, inévitablement, un vainqueur de cette compétition, car même moi, je sais que le résultat de cette recherche révolutionnerait le monde tel qu'on le connait. Et je pense qu'il serait incroyable que l'on se dise que cette révolution pourrait avoir lieu dans San Fransokyo's got talent. » ajoute Mokonzo.

« Je suis d'accord avec Mokonzo et fais confiance au Dr. Wilson dans cette affaire. » conclut Amasa, avec un sourire poli, alors que notre belle bande de scientifiques est promise à la prochaine étape. Je souris simplement, et poliment, aussi, disons-le, pour quand même féliciter les scientifiques qui n’y peuvent pas grand-chose si je suis la plus grosse outsideuse jamais vue, dont les critères sont lé-gère-ment différent de ceux de mes mates. Enfin bon !
Ensuite, et je la fais courte parce que pfiou… arrivent sur scène : un dompteur d’ours qui leur fait faire plein de trucs stupides, un couple de danseurs qui font un tango hyper endiablé, un champion de culture générale qui nous demande de lui poser plein de questions auxquelles il doit répondre, une dame âgée qui a tricoté une écharpe de géant qui fait quatre stades de blitzball, cinq pianistes sur un seul piano, une chanteuse, un mec qui s’appelait Thomas, un masseur professionnel de génie. Et ça a donné respectivement : Non, non, non, oui, oui, non, non, oui ! Parce que en gros : profiter des animaux sauvages comme ça, ça ne me plait pas ; la danse était sympa mais bon c’était pas incroyable ; au premier calcul mental, il s’est planté ; c’était trop chou, elle était là avec ses petites aiguilles à tricoter, là ! Non parce que bon, les voir tous sur le même instrument, avec à peine de place pour leurs doigts, c’était trop cool ; Moui bon ; Thomas avait pas vraiment de talent très clair ; purée j’aurais tué pour être celle qu’il choisissait pour le massage, parce que ça avait l’air d’être le meilleur moment de la soirée.

Donc bon. Voilà que le masseur part, que moi perso, je suis… disons un mélange entre jalouse de laa meuf dans le public et relaxée par la seule voix du gars. L’ambiance est clairement détendue, tu imagines un peu. Et là le mec arrive, le suivant. Il est là et direct, ça va moins bien. Au lieu de la présentation normale, on a ce type, torse nu, maigre comme un reflet, pieds nus, avec un pantalon tout rapiécé, bien naze… Il se tortille et puis là. L’horreur. Je l’entends dans ma tête. Je me renfrogne, je me tiens les tempes directement en poussant un cri aigu. Non attends, vous avez pas compris. Je ne l’entends pas parler, je l’entends hurler ! Ses… râles ou je sais pas quoi, me brisent le cerveau, me filent le plus gros mal de tête que j’ai jamais subi. Je me tourne vers les membres du jury et je vois que c’est tous la même chose. Y a des gens qui crient dans la salle. Et il crie, et crie et crie. Ca s’arrête tout simplement pas. Et il arrête. On a tous appuyé sur le buzzeur, et franchement, c’est même pas que j’ai hésité. Je l’ai fait sans réfléchir. Horrible. Le mec se fait plus ou moins dégager par la sécurité. Et après une petite pause, pour la télé, pour l’audience, clairement, Tony donne une explication bidon sur « pourquoi le mec a été buzzé », on nous dit de commenter « comme si le mec était devant nous », pour qu’en post-prod, la chaîne puisse faire croire qu’on n’a pas tèj le gars.
Le suivant arrive un peu plus tard. Habillé en moine, premier truc à dire. À l’instar du gars qu’on a déjà vu, il a aussi une prothèse, mais cette fois à l’un de ses bras, que le pan de sa manche parvient presque à cacher !


« Bonjour ! » dis-je avec enthousiasme, pour passer le chapitre du fou du cerveau. « Comment… tu ? vous ? » je regarde les autres membres du jury. « Je ne sais pas comment il faut parler à un moine, chez vous. » avoué-je avant de pouffer de rire. Amasa sourit et continue à ma place. « Comment vous appelez-vous ? »

Pendant qu’il répond, je me précipite sur mon gummiphone pour faire une recherche méga express sur le moteur recherche qui donne un truc du genre : religions à SF => Je vois Shintoïsme, je tape : moines shintoïstes et je tombe sur : Kannushi ! Ok ! Si on me demande, je dirai kannushi ! Yes !

« Ok, Shigedo, je suis curieuse ! Quel intérêt avez-vous à venir nous présenter votre talent ? » je demande avec un grand sourire, genre vraiment interrogatrice. Contrairement aux scientifiques de tantôt, c’est pas pour le piéger ! J’oserais pas ! Je sais pas quel dieu le protège !

« Oh je fais ça pour m’amuser un peu. » Je hausse les sourcils. Comment c’est pété comme réponse ! Mais à la fois euh… fallait bien me dire quelque chose de flingué pour pas que je pose d’autres questions complètement random. Alors bon euh, un peu déçue, je… « Ok. Et… vous allez nous montrer quoi ? »

« Et bien, je vais vous demander à tous, vous tous… même le public » dit-il avec une petite voix super sympa. « de regarder le plafond. » Bon. Je regarde le plafond, tout le monde regarde le plafond. « Beau plafond. » blague le Dr  Wilson. Je souris, j’attends, je commence à rire. Et on entend Shigedo claquer des doigts. Et rien ne se passe. C’est tellement décevant que je rigole enc… Mais là, je vois que, ok… le plafond reste normal. Mais quelque chose semble s’approcher du plafond, et pas genre un ballon, un oiseau ou quoi. La scène. Et c’est comme si toute la salle se pliait en deux, se refermait comme un livre. Toute la scène se lève, fait un angle de 90°… et c’est qu’un début. Le livre se referme de plus en plus, la scène, qui était y a deux secondes comme… montée, semble nous tomber dessus, lentement. Et donc… c’est chaud à expliquer mais Shigedo se retrouve, tête en bas, pieds collés à la scène comme si de son côté, rien ne changeait… à quelques centimètres de nos visages. « Fermez les yeux. » Moi, j’obéis parce que je veux pas rester bloquée comme ça. Il claque des doigts, et quand je rouvre les yeux, la scène est de nouveau devant nous. Bon, et évidemment, tout le monde applaudit, moi la première, le mec est juste un dieu. Tony arrive, raconte… grossièrement rien du tout d’intéressant, et…

« Première question, monsieur. » commence Mokonzo, un léger sourire aux lèvres. « Est-ce que le téléspectateur comprendra quoi que ce soit à ce que nous venons de vivre ? » [/color]

« Bah à partir du moment où nous-mêmes on n’a rien compris… » répond Wilson en rigolant. « Non je veux dire. Est-ce qu’il verra ce que nous avons vu ? »

« Oui. » dit Shigedo avec un joli sourire. Parce que… oui il est plutôt mignon. « Ce n’était pas une illusion. C’est vraiment arrivé. »

« Mais… » reprend Wilson plus sérieusement. « Physiquement. Comment la scène a-t-elle pu tenir ainsi, alors qu’aucun mur, pilier, ne la soutenait ? »

« Est-ce que vous… souteniez psychiquement la pièce ? » demande Mokonzo. Il se tourne vers nous. « On a déjà vu ça dans le passé. »

« Non. » Et il sourit mais il dit rien de plus. « Bon et bien… franchement il faut accepter l’idée qu’on comprendra rien. » Je souris et bien sûr, je donne mon oui, tout comme les autres membres du jury !

Le nouveau candidat arrive. Un gars assez petit, avec une tête un peu rigolote, un peu une tête miniature comme ça. Sans me moquer, parce qu’il est assez bien. C’est juste qu’il a l’air marrant.
« Bonjour. » commence Mokonzo. « Comment vous appelez-vous ? » Le mec en face prend un moment et puis il répond. « Et bien je suis Mokonzo, évidemment. Et… vous, qui êtes-vous ? Je jurerais vous avoir déjà vu ? » Scotchant. Même voix. La même voix que Mokonzo, à l’identique. Alors que le gars est tout sauf un grand black baraqué d’1m88. Je regarde Mokonzo qui prend lui aussi son petit moment pour répondre. « Très bien, donc vous êtes un imitateur ? »

« Imita… Monsieur ? VOUS êtes l’imitateur ! » Le public rigole, c’est sympa, voilà. « Sécurité. Sécurité ! Veuillez faire sortir ce blanc-bec de mon plateau. » Le type agite les bras, parle à des gars en backstage, complètement invisibles évidemment. « Bon, et vous, là… c’est quoi votre talent ? » dit-il à Wilson, qui a franchement plus d’humour que Mokonzo, toujours figé. « Oh, je… je retape des trucs, je cuisine, je… » « Un poltron. » répond le gars dont on ne connait toujours pas le nom, avec cette fois la voix de Wilson. Il retrousse ses manches, à la manière du juré, et passe une main dans ses cheveux pour les décoiffer. « Moi j’ai réparé le cœur d’une vieille dame, monsieur ! Alors qu’elle était foutue, personne pouvait rien faire pour elle ! Personne ! » hurlait-il ainsi. « D’ailleurs elle était morte, maint’nant qu’j’vous en parle. Vous vous avez fait quoi à part réparer votre toaster, ce matin ? »

« Ah bah j’avoue que j’ai pas sauvé de vieille dame morte. » répond Wilson, faussement gêné.

« Non ouais. Tout à fait ! Quand vous aurez mon expérience, quand vous aurez créé une étoile à votre nom, là vous reviendrez me parler ! » Le public rit, moi aussi. « Et celle-là, pourquoi elle rigole des autres et jamais d’elle-même ? »

« Oh je… pardon, j’ai rien dit. » dis-je en répondant, sourcillant légèrement par peur de ce que je vais me prendre. Et il m’imite. Trop bien. C’est trop la voix que j’entends quand je regarde mes vidéos. « T’façons, les amours, je finis cette émission et moi c’est bye bye, bonjour soleil, au revoir la lune. » J’éclate de rire tellement c’est bête.   « Je monte dans mon D.Rigeable, j’retourne dans l’immeuble à mon nom, je m’pose dans mon D.Van, et j’mange des D.Nosaurus. J’espère juste que j’arriverai à les D.Gérer. T’façon, j’ai jamais ouvert un D.Co pour m’apercevoir que tous les mots qu’j’Di, ils existent même pas. Et comme dit l’D.Cton, c’est pas pasque j’ai pas de D.Plôme qu’j’ai pas de D.Gnité ! » Il fait un selfie avec son gummiphone, avec les lèvres en cul de poule, et puis s’adresse à Amasa. « Et pourquoi la D.Rectrice du monde, là, elle me donne pas les clés du royaume ? Vous me D.Scriminationnez ou quoi ?! » Wilson rit de bon cœur, tous les regards se tournent vers madame la Maire. « Ah mais, je vous les donne, D.Va, vous les méritez ! »

« Mais je ne suis pas d’accord, ma petite dame. » répond-t-elle… euh non… t-il, avec une colère feinte ! Il met une main sur sa hanche, tandis que l’autre vient menacer Amasa d’un index accusateur. Et évidemment, vous l’avez compris, avec une voix identique à celle de la bourgmestre. « C’est fini, les magouilles, les petits à-côtés que vous vous permettez depuis des années au nez et à la barbe de la population ! Et ce tailleur que vous avez là ? C’est quoi derrière ? 4000 munnies au bas mot ? Et vous allez me dire qu’ils viennent de votre poche ? Que vous ne les avez pas fait passer pour des frais d’entreprise ?! C’est de votre faute, les ghettos ! Tout ça, là, la pauvreté ! Vous, là, tous, dans le public ! Huez cette femme ! Allez-y ! » Et le public hue Amasa qui rigole, un peu gênée, avant que Tony n’arrive. « Quelle imitation extraordinaire ! C’est bien simple, si je fermais les yeux, je ne voyais pas les différence avec les originaux ! Dr Wilson, avez-vous été convaincu ? »

« Oui. » répond-t-il en souriant. « On ne parle plus seulement de capacité d’imitation. C’est… je crois, une réplique parfaite de la voix de chacun qui a été faite. Je serais curieux d’analyser dans le détail les différences entre vos copies et nos voix, parce qu’elles doivent être infinitésimales ! »

« Merci. » répond l’imitateur avec une voix qui lui ressemble peut-être un peu.

« D.Va ? »

« Pour ma part, ce sera aussi oui. C’était rigolo, c’était bien fait. Le public a apprécié, moi aussi. Alors tu nous as fait passer, tous les quatre, pour des gros cinglés mais… sans rancune ! Moi j’ai adoré. La seule chose que je dirais, et je crois que madame la Maire et le professeur me rejoindront, c’est que c’était peut-être un poil grotesque. »

« Professeur Mokonzo ? »

« Non. Évidemment, ce sera un nom. » dit-il avec un ton sans appel. Il se fait un peu huer par le public mais reprend sans sourciller. « Pour moi, ce n’était pas un peu grotesque, c’était un vulgaire pastiche. Rien n’allait, à part la voix, le timbre qui, je le reconnais, étaient parfaits. Mais l’interprétation ? Vous m’imitez, et la seule chose que vous montrez, c’est quelqu’un qui appelle la sécurité pour écarter un mauvais imitateur. Donc rien par rapport à moi, en vérité. Votre petit laïus de D.Va était réfléchi pour comporter plein de mots en Di mais… ne voulait rien dire du tout, n’avait pas le moindre sens ! C’était des mots mis les uns à côté des autres. Je passerai sur madame la Maire dont l’imitation était encore la moins mauvaise, si on oublie tous les « là » que vous mettiez dans vos phrases. Madame Amasa ne parle pas du tout comme ça. Mais le pire. Dr Wilson. Qui a déjà vu Wilson s’énerver comme ça, être méprisant ? Vous n’exagérez même pas ses traits, vous affabulez. »

« Tu vas voir quand on rentre ce soir à la maison s’il affabule vraiment, Mokonzo. » répond Wilson, sévèrement, provoquant des rires dans le public.

« Madame la maire, la décision vous revient. »

« Oui et bien pour moi ce sera aussi un oui. Je crois que ce que dit le professeur est très intéressant et révélateur et je vous invite à y réfléchir, pour la prochaine étape, si vous passez la deuxième sélection. Ce serait peut-être intéressant de réfléchir davantage le personnage, parce que oui, la voix, vous l’avez parfaitement. »

J’approuve de la tête et je regarde le mec s’en aller, relativement content, sous les applaudissements. Et arrive une dernière personne. Oui !!! Une dernière. Et je suis assez contente de la voir, pour dire vrai. Et comme pour de nombreux candidats, la présentation ne peut pas se faire normalement ! Parce que quand Wilson dit à cette adolescente, métisse, d’un petit mètre soixante, de se présenter, elle lève une main et pianote dans l’air. Y a un gros questionnement dans le public. « Il y a un hologramme. » dit Wilson avec intérêt et… oui, un genre de clavier, sous ses doigts. Je regarde ses gants, avec intérêt. Ils doivent contenir une technologie ou un truc comme ç… mon gummiphone vibre. Celui de Mokonzo aussi. Une alarme de celui d’Amasa l’alerte alors que le vieux bippeur de Wilson s’active aussi. Et en fait, en se retournant, tout le monde dans la salle est en train de regarder son portable, pour lire un message, tout comme moi « Axel. Je suis une technopathe. »  Je regarde l’ado, qui a l’air super détachée de ce qu’il se passe. « Tu peux nous expliquer ce qu’est une technopathe ? » demande Amasa, un sourire au coin des lèvres. La gamine écrit encore et encore une fois, on reçoit un texto… plus long ! « Je communique avec les machines, je les contrôle, je peux accédé à leur mémoire, à leurs fonctionnalités, et cela, à distance. »

« Alors par contre, je peux accéder, il faut un er, pas un é. » corrige Amasa, alors qu’elle met des lunettes de lecture sur son nez.

« Tu fais ça par la pensée ? »

Au bout de quelques secondes, nous recevons un autre message. « C’est mon cerveau qui travaille mais ce n’est pas inné. » Pas le temps de poser une autre question, le gummiphone vibre. « Je vous présente mon pouvoir. Lors de la finale, je vous en ferai une vraie démonstration. » Je lève les yeux vers la gamine qui commencerait presque à devenir flippante. Le gummiphone vibre. « Je connais ton secret. » Oula… Je cache mon gummiphone pour pas qu’on voie ce message-là. Et en regardant Axel, je… suis sûr qu’elle me regarde genre méga soutenu. C’est peut-être pas du bluff. Et ça aurait du sens si elle a accès à ma machine… Mais euh.. Tout le monde a des secrets !

« Bon. » J’attends même pas que Tony débarque. « Moi j’adore, je dis oui. » Les autres sont un peu étonnés, je mets l’écran de mon gummiphone contre ma cuisse. « Franchement t’as trop de style. La mise en scène est simple mais en vrai… tu m’as retourné le cerveau. »

Un frisson me parcourt l’échine alors que les autres donnent leur avis, tous assez contents. Et j’écoute même pas plus que ça, trop tracassée par ce qu’une petite ado pourrait savoir ; Purée de monde d’intellos ! Et sur ce…

« Bientôt, les jurés décideront en aparté qui seront les finalistes parmi tous les sélectionnés ! Seule la meilleure moitié d’entre eux aura sa chance d’être la première vedette de cette édition de San Fransokyo’s got talent ! À bientôt ! Pour la finale ! »

Spoiler :
Petite explication de cet rp : Quand je l'ai commencé, pour le marathon, cet rp me semblait être une bonne idée ! Ca m'a pris un temps fou, c'était peut-être trop ambitieux et trop rébarbatif à écrire, du coup... ça a été véritablement l'horreur. Alors je ne dis pas ça pour expliquer que cet rp est nul parce que je ne dirais quand même pas qu'il est nul. Cependant !!!! Non en vrai, j'aimerais expliquer pourquoi j'ai quand même décidé de continuer cet rp alors que c'était un puits à motivation et à temps. En fait, je me suis dit : Bon, je n'arriverai pas à faire de cet rp un rp super frais, agréable à lire, et avec plein de refs à la pop culture et aux émissions télé de ce genre... mais je vais essayer un truc : faire des compétences de tous les pouvoirs décrits dans cet rp. Voilà. Ce petit message était pas vraiment utile mais je le mets pour expliquer pourquoi finalement, j'ai voulu porter cet rp à son terme ! Et je posterai "bientôt" les compétences. Y en a pas mal...
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