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Chaque jour,  le même exercice. Les yeux dans les yeux, fixés dans la glace, mon thorax se dilate puis retombe de façon répétée, entrainant avec lui le tissus léger d’un chemisier blanc diaphane. Parallèlement, les expressions s’enchainent sur mon visage. Les différentes intentions du sourire apparaissent et disparaissent, de la moquerie à la séduction, de la tendresse à la réserve. Ce qui serait forcément vu de l’extérieur comme une plaisanterie est tout à fait indispensable pour ne pas perdre des automatismes nécessaires pour se fondre dans la masse et créer l’empathie.

Je touche mes lèvres empourprées pour vérifier que l’encre ne bouge pas puis passe une main dans mes cheveux pour remettre une mèche derrière mes oreilles. Une musique retentit.

-Etage 70, secrétariat du Président.

Je redeviens moi-même et sors de l’ascenseur. Je ne connais pas cet endroit, il faut dire que « quelqu’un comme moi » n’est pas invité tous les jours dans les hautes sphères de la société. Alors je cherche les informations dans la disposition des lieux. C’est une grande salle décorée avec un certain dépouillement mais non sans goût. Contrairement aux autres étages qui sont conçus pour leur praticité et avec un relatif esprit soviétique (comprenez austère, ici les pièces sont larges et inondées d’une lumière qui semble être naturelle mais qui ne peut l’être. De grandes plantes luxueuses sont regroupées au centre  du hall dans un ilot marbré.  Je le contourne et aperçois une femme au fond de cette pièce circulaire. Elle me regarde arriver l’air placide tout en me jaugeant de la tête aux pieds. Pour peu l’on pourrait croire à un sans-coeur.

-Bonjour.
-Bonjour. Vous avez rendez-vous ?

Sans répondre et pour toute explication, je sors la note que j’ai reçue en provenance directe de cet étage, je lui tends.

-Très bien. Scarlett va vous recevoir, veuillez attendre ici.

Elle m’indique un morceau de sol à quelques mètres de là, une façon polie de dire « Ecartez-vous mais surtout ne vous asseyez pas dans un de ces fauteuils très confortables et beaucoup trop luxueux pour vous. » J’en suis presque devenue une paria, il semblerait, peut-être que j’ai fait quelque chose de mal. Je ne cherche pas les problèmes, je suis ses instructions et me tiens debout pendant que je l’entends passer quelques coups de fil puis recommencer à pianoter son clavier dans un rythme narcotique. Tic, tic, tic.

Je tourne les yeux en entendant à nouveau la musique de l’ascenseur. Je n’ai rien d’autre de mieux à faire que regarder les mouches voler (et il n’y en a  assurément pas). Un homme d’une certaine carrure sort diligemment. Dans un premier temps il regarde droit devant lui sans prêter attention à ce qui l’entoure, il n’a apparemment pas besoin de passer par la réceptionniste contrairement à moi ; puis sans changer de direction, il me fixe quelques secondes, semblant m’analyser lui aussi ; il ne me salue pas mais ne semble pas me désapprouver non plus. Bref, il me regarde, puis passe son chemin. Je détaille son costume noir et sa chemise blanche, sachant bien de quoi, ou plutôt de qui, il en retourne.

-Vous pouvez y aller. Ce couloir, tout droit.

Elle m’indique le même couloir que celui que l’homme vient d’emprunter. Sans demander mon reste, j’y vais, égale à moi-même, tête haute. Je regarde un peu autour de moi, essayant de comprendre où est quoi. Bien sûr, rien n’est aussi évident, il n’est pas écrit quelque part « Bureau du Président, venez, on se fait la bise. » Ce serait tristement facile. De toute façon, elle l’a bien dit, « Scarlett va me recevoir. »

J’arrive devant une grande porte en verre où il n’y a toujours aucune indication. Comme si à cet étage l’écriture semblait être trop évidente pour être utilisée et que seuls les intimes pouvaient entrer. Et je n’en suis décidément pas —encore— une. Au lieu de cela,  j’aperçois  un peu partout mais tout en élégance, gravé, brodé, le logo de la Shin-ra.

A travers la porte en verre, je la vois, assise derrière son grand bureau, chouchoutée entre tous il semblerait. Cette grande femme blonde que l’on devine séduisante —et je m’y connais en la matière bien que je n’y entende rien— se tient là, écrivant des notes sur son calepin, reportant ensuite son attention à l’un des écrans devant elle. Ses ongles sont parfaitement manucurés, elle porte une bague éclatante à la main, un cadeau d’une grande valeur sans doute. Avant que cela ne devienne suspect ou irritant —ou les deux— j’entre. Je la laisse parler en premier et j’en profite pour continuer à la détailler discrètement.

Elle lève enfin les yeux et alors qu’elle s’apprêtait enfin à dire quelque chose, elle garde la bouche ouverte, surprise de me voir là. Pourtant à l’évidence, elle devait savoir que j’arriverais.

-Oh.

Je suis peu habituée à ce genre de réponse donc je ne réponds pas, je reste à distance et ne m’assieds pas sans qu’on m’y invite. Tout sera fait avec minutie, cette fois. Je constate que ses yeux se promènent également sur l’intégralité de ma personne physique, comme si elle semblait surprise de découvrir que j’étais moi.

-Hm… Bonjour Mademoiselle Arad.

Comme pour se mettre sur la défensive, elle prend un peu de recul par rapport à son bureau et croise ses longues jambes apparentes. J’entends ses fins talons claquer fermement le sol comme une arme qu’on enclenche.

-Bonjour Mad…

Madame, Mademoiselle ? Qu’est-ce qui serait le plus respectueux sans être vexant.

-…ame.
-Vous savez pourquoi on vous a appelée ici ?

Ce n’était tout simplement pas indiqué sur la note, à mon sens ça peut aussi bien être bien ou mal, mais c’est forcément important puisque je suis ici.

-En fait…non.

Elle semble ravie de mon ignorance et d’être maîtresse de la vérité.

-Vous pensez faire du bon travail, Mademoiselle Arad ?

C’est vraiment son travail de faire ce genre de choses ? C’est censé être une évaluation ? Quelqu’un s’est plaint ? Quelqu’un a vu quelque chose ?

-…Oui. Je suppose, oui.
-Pensez-vous qu’on puisse vous faire confiance ?

Oui, comme si j’allais lui dire « Non, définitivement pas, donnez mon poste au premier gars qui tient une friterie à Illusiopolis. » Mais je ne peux pas me payer le luxe d’être trop arrogante. Comme il est dur d’être au bas de l’échelle. J’hésite un instant.

-Je fais toujours mon maximum pour respecter ce qu’on me demande dans la plus grande discrétion.

Une grande discrétion oui, pour le respect c’est autre chose.

-Vous avez reçu un ordre de mission hier, il semblerait.
-C’est exact.

C’est sans doute idiot, mais je ne pensais même pas qu’à son niveau ils seraient au courant des choses triviales que l’on fait en bas.

-Parlez-moi de cette mission.
-A priori, une simple enquête de routine, rien d’exceptionnel, un braquage en Terre des Dragons.
-En effet. Comme vous le dites, rien d’exceptionnel là dedans. Cependant…

Elle ouvre un tiroir sur le côté de son bureau et en sort un dossier. Elle me le tend.

-Sachez qu’ici, nous faisons grand cas de l’image que nous donnons. Aussi, quand ce genre d’histoire est médiatisée à notre insu et quand cela nous concerne, nous mettons un point d’honneur à ne rien négliger et à nous impliquer. Laisser les autres décider pour nous n’est que très rarement dans notre intérêt.
-Je comprends. L’affaire est peut-être minime mais il y a eu des journalistes…
-On ne vous l’a peut-être pas dit mais il y a également eu un échange de courrier entre le Président et l’ambassadrice du Consulat qui a révélé l’affaire.
-Donc le Président est directement concerné par l’affaire ?

Devant le sursaut d’entrain que je mets dans cette question, elle semble irritée.

-Il ne peut évidemment pas se charger d’une affaire aussi minime mais il a tenu à ce que la personne qui se charge de l’affaire ait ces dossiers en mains propres. Ils devraient vous aider à faire votre travail avec minutie.

Je les feuillette quelque peu, commentant sans trop réfléchir.

-Ce sont des membres de la Shin-ra.

Je vois passer les photos, les états de service, antécédents et passifs, les rapports de mission, les postes occupés dans la société.

-Nous attendons de vous, et par là j’entends aussi le Président…

Je peux sentir qu’il lui en coûte de dire cela.

-…Que vous fassiez les choses avec le plus grand scrupule et dans le plus grand respect des règles diplomatiques. Nous ne tenons pas à avoir de problèmes avec l’ambassadrice ou avec quiconque d’important dans ce pays. Allez voir les lieux du crime, interrogez les témoins pour connaître l’étendue de la menace et faites les choses…proprement. Consultez bien les dossiers également.

Je reste silencieuse devant cette mise en garde.

-Je pense avoir terminé. Vous pouvez y aller.

Elle me dit ces paroles en reprenant ses activités sur son écran, quelque peu dédaigneuse à nouveau.

-Et le Président ?

Elle me fixe à nouveau, interloquée, presque choquée que j’ose prolonger notre entrevue et prononcer ce nom.

-Quoi, le Président ?
-Il ne participe jamais à ce genre de discussion ?

Comme si j’avais prononcé des paroles sataniques, elle reste interdite. C’était sans doute un peu trop direct comme approche.

-Vous ne pensez tout de même pas qu’il n’a que ça à faire ? Hm. Il est en déplacement aujourd’hui en plus. Nous en avons fini je crois.

Une fois de plus elle m’invite à sortir en faisant un mouvement de rejet avec sa main, ce que je fais cette fois. Je sors alors du bureau et me dirige vers l’ascenseur.

-Alors, comment c’était ?

Je me retourne et aperçois le Turk aperçu un peu plus tôt. Je m’étonne qu’il s’adresse à moi de cette façon presque amicale, je mets un moment à répondre.

-Ca s’est bien passé. Aussi bien que ça pouvait j’imagine.
-Le Président était d’humeur massacrante, en tout cas…

Merci Scarlett…Au moins je sais où se trouve la concurrence.
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(PSA : Ce commentaire ne disposera que de peud'apostrophes déso)

Le retour du Cygne ! Yé !

Alors alors alors

Spoiler : c'était cool.

Nan plus sérieusement, c'est rigolo comment une situation qui a pas l air ouf de base, t arrives à en faire un RP sympa. Ici on parle juste... d'une prise de mission et pourtant c'est sympa !

J'aime bien aussi la narration, le style en général. C'est mieux maitrisé je trouve. Quand je lis le rp dans ma tete c est super monotone. C est compliqué.

Je dirais que y a le cygne de la narration, qui est vraiment elle meme, monotone, monochrome, fin t as compris. Et le signe du dialogue, plus vivant, pas forcément plus humain mais oui plus vivant... et ca c est pas du tout elle. Le paradoxe est sympa et bien maitrisé je dirais.

Attention hein, si je parle de monotonie ici c est pas un point negatif. Je sais pas si ca existe mais on parle d'un bon monotone. C est quand meme sympa a lire. Je le redis j ai bien aimé.

Puis la bataille de chat avec Scarlett est sympa. Ca lui donne davantage de profondeur puisqu on la voit sous un nouveau jour, que je valide par la meme occasion. J ai tout le temps peur qu on fasse de la merde avec. Mais ca va ! Je sais plus qui avait n importe quoi et me l avait transformée en cruche. J'crois qu'c'tait Killian Jones mais pas sûr.

Bref ! C'est validé par la street.

Très facile cependant

7 xp, 70 munnies et 2 PS en vitesse !

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La Secrétaire portait des Jimmy Choo Signature
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