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Peu s’en est fallu qu’elle ne remarquât pas la lettre parmi de nombreuses publicités. Le jardin radieux avait encore beaucoup changé depuis qu’elle l’avait quitté, quelques années auparavant, pour le domaine enchanté. Si sa vie semblait se résumer en un aller-retour entre ces deux mondes, entre modernité et sacré, elle-même changeait autant que les deux localités. Les consuls entraînaient leur territoire dans une propension de plus en plus importante au spectacle et au consumérisme. Lulu ne désirait pas juger ce point. La Coalition noire et le Sanctum avaient créé le mensonge. Elle pouvait pardonner au Consulat et à la Shinra d’avoir réinventé le commerce.

Pour autant, en lisant le contenu de la lettre, elle fut surprise. Et cet étonnement l’accompagna jusqu’à ce jour précis où pourtant, elle prenait le risque d’aller à Costa del Sol. Le piège était parfait et couvert avec tant de précaution qu’il n'en était encore que plus évident. Cependant, de sa maigre expérience de journaliste, il lui semblait qu’un bon agent de presse devait être capable de guetter l’occasion idéale. Si elle gardait la particularité d’accuser les groupes et de se faire l’ennemie de toutes les nations, il semblait opportun de tester le Sanctum en répondant à son invitation. Si sa Sainteté, le Primarque, lui avait bel et bien tendu un piège, il lui tendrait du même geste les armes pour le détruire en un seul et dernier papier. Et s’il n’y avait aucune espèce de tromperie derrière l’invitation, cela lui ferait des bonnes vacances.

Aussi Lulu se retrouva sous un soleil plus clément, une brise plus chaude et une température définitivement plus estivale, quelques heures plus tard, après avoir quitté le concessionnaire de la Shinra. Mnerva était restée dans les locaux de l’Éclaireur. Elle leur appartenait autant qu’à elle, officieusement, et à ce propos, la sorcière souhaitait bel et bien que cette équipe de journalistes voie le potentiel extraordinaire de la chouette, pour le futur de l’information. Mais pour l’heure, c’était avant tout pour que le Sanctum ne récupère pas cet atout, en ces jours de vacances. Car l’éditorialiste ne s’imaginait pas faire autre chose que se reposer, sur ces terres. Bien sûr, elle ne se fermait pas à quelques rencontres, si elles étaient brèves et instructives. Toutefois, sa vision de ce séjour était, à l’aune de ces dernières semaines, une pause aussi bien médiatique que politique. Lulu s’était promis de ne lancer aucun sort, de ne fuir aucun danger. Plus que quiconque, elle avait besoin de tranquillité. Les soldats avaient choisi leur guerre, les têtes pensantes avaient fomenté leur ascension. Elle ne faisait que subir et adapter son approche de la situation pour y gagner un moindre avantage. Et s’il n’avait pas été question de son père, ni même de Cassandra Pentaghast, elle pouvait dire avoir fait un bon travail.

Dans ses bras, se laissait aller un Hadès en peluche portant une chemise hawaïenne et, sur son nez, des lunettes de soleil triangulaires. Il essayait de mettre ses bras trop courts derrière son crane pour s’improviser un coussin et se reposer à même la poitrine de Lulu. De nombreux regards vinrent détailler l’objet dont elle était particulièrement fière, ou du moins était-elle contente de l’achat qu’elle avait fait durant la Journuit. Cela avait été sa seule participation à cet événement haut en couleurs, il y a des mois de cela. Et à vrai dire, c’était le seul moment qu’elle en avait retenu.

Et si la jeune trentenaire avait craint la chaleur, elle qui était originaire d’un monde relativement humide, elle dut bien accorder à l’atmosphère de ce monde un équilibre parfait entre la fraicheur de la plage et la chaleur du midi.
Sa première escapade s’imposait d’elle-même car à vrai dire, elle la devait à cet homme généreux qui lui avait offert ce voyage pour une raison, certes floue, mais tout de même suffisamment touchante pour arracher un sourire à la touriste. Aussi se dirigea-t-elle vers un premier magasin de vêtements, convoitant le rayon des maillots de bain de celui-ci car à vrai dire, c’était la seule chose qui l’intéressait vraiment dans le textile à Costa del Sol, dont elle ne voulait ni la mode, ni les mœurs. En tenues de plage, ils savaient y faire, puisqu’ils avaient eux-mêmes vraiment créé l’engouement autour du phénomène. Et face aux dizaines de modèles aux tailles et couleurs différentes, il était prioritaire pour la sorcière de constater la nette différence qui existait entre ce monde et la Conquête de l’Ouest, qu’elle avait aussi visitée. Le hasard avait voulu que les deux étoiles resurgissent du sommeil à des moments très proches, peut-être à deux semaines l’une de l’autre, alors que leur culture et leurs habitants n’auraient pas pu davantage différer. Là où l’un s’ouvrait à l’étranger, voyant en ce dernier un potentiel infini, allant jusqu’à laisser au groupe favorisant le tourisme et le commerce une belle place dans l’organisation de leur monde ; l’autre se fermait devant les nouveaux venus, défendant leur terre de toute bizarrerie exotique.

Si l’envie d’acheter une dizaine de maillots de bain, maintenant qu’elle avait l’occasion d’en profiter, l’éprit bien sûr, la journaliste resta raisonnable. Compte-tenu du week-end offert, elle trouvait opportun et suffisamment agréable d’en prendre deux, mais cela ne se fit pas en quelques minutes mais bien en quelques magasins. Se sachant en relative sécurité et ayant beaucoup de temps à dépenser durant ce séjour, elle essaya de nombreux maillots, parfois même certains qu’elle était certaine de ne pas prendre.

Finalement, après plus d’une heure d’hésitation, elle continua sa promenade sur la digue, regardant les produits locaux dans les étalages ainsi que les nombreux hôtels dont certains plus rustiques que d’autres. Sa marche n’attendait que l’heure de midi, renseignée par un très mignon clocher dépassant la cime des toits en tuile. Aussi chercha-t-elle un restaurant parmi les très nombreux qui se proposaient à elle, au niveau de la digue ou légèrement plus loin dans les terres. Elle compara les prix longuement, chercha des produits bien précis. Toutefois, son choix se porta, davantage que sur la gastronomie, sur le paysage, sur la localisation. Ainsi s’arrêta-t-elle particulièrement devant un restaurant disposant derrière le bâtiment d’une terrasse en extérieur, jonchant un récif surplombant la mer et offrant un beau vis-à-vis sur la plage, déjà habitée par de nombreux touristes. Où du moins était-ce ce que promettaient les différentes photographies. Ignorant le prix, dédaignant le menu, elle s’avança dans le restaurant relativement chic.


« Madame. » lui adressa poliment un hôte, à l’entrée de l’établissement.

« Je suis toute seule. » affirma-t-elle, sans prendre la peine de demander s’il restait de la place. C’était au moins un avantage, bien qu’elle en trouvât beaucoup d’autres, au fait de dîner en solitaire. Elle renseigna aussi son envie de dîner en terrasse, ce qui n’avait rien d’étonnant, et fut menée aussitôt jusqu’à l’arrière du restaurant, arrivant sur un balcon charmant, légèrement couvert, laissant tout de même un vent s’engouffrer sous l’abri. Elle s’assit à une table, alors que l’endroit comportait déjà quelques places occupées.
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Après mon petit jus d’orange pressé du matin et une visite plutôt longue de la salle de bain de ma chambre, je me promène en tenue légère et élégante le long du front de mer. Une belle robe s’arrêtant un peu au-dessus de mes genoux, épousant mes formes tout en gardant un soupçon de pudeur.

Chose qui est plutôt rare ici pour être soulignée.

Avec mes escarpins d’été, mon grand chapeau et mon paréo rouge, je fais sensation. Beaucoup de regards se tournent vers moi, même si je tente de rester toujours discrète derrière mes grandes lunettes. Et mine de rien, à force de faire mon défilé furtif au bord de mer, je commence à avoir un petit creux.

Je suis loin de la bonne cuisine de ma Chine natale, donc il va falloir se rabattre sur le premier restaurant chic que je trouve. Et heureusement, je suis dans la meilleure partie de la ville pour cela. Je détourne mes yeux de la mer et de la plage pour regarder les belles et grandes façades blanches aux couleurs chaudes. Un bref coup de vent tente d’emporter mon chapeau que je maintiens avec ma main.

Hum. Il y a une petite brise, dites-moi !

Je traverse la rue, non sans bien regarder si des mini-voitures n’arrivent pas à pleine vitesse. Heureusement, tout est calme. Je vois quelques terrasses de sortie, mais nous ne sommes pas sur des établissements de standing. Des attrape-touristes qui ne manquent pas de regarder une vraie dame d’élégance et de charme passer devant eux et illuminer leur journée terne de consuméristes frénétiques.


« Où est-ce que je vais bien pouvoir manger, hum ? Le Gorgonzola ? Les Trois Balcons ? » murmuré-je à moi-même.

Cela commence à devenir frustrant. Sans compter qu’à force de penser à la nourriture, je finis à avoir vraiment faim. Il est bien midi, cela je ne peux pas en douter et vu le nombre croissant de clients dans les restaurants en bord de mer, j’ai raison.

Je continue d’avancer et puis, comme une évidence, le portier d’un établissement que je connais bien apparaît devant moi, à quelques mètres. Tout sourire, il s’incline légèrement devant moi avant même que je sois à son niveau.

Devant tant de courtoisie, je ne peux qu’accepter cette invitation très formelle :


« Ce sera la Tour d’Ivoire. »

Comme une évidence, l’établissement est là, sur ma route. Je traverse de nouveau la route pour rejoindre l’entrée.

« Bonjour Madame Song, quel plaisir de vous revoir à la Costa del Sol ! Je vous en prie, entrez dont. » dit-il tout en m’ouvrant très poliment la porte.

Je le remercie d’un léger hochement de tête. Une fois à l’intérieur, je suis directement accueillie par le maître d’hôtel. Un grand homme d’un âge moyen en costume sombre. Il doit mourir de chaud par cette chaleur. Pauvre homme.


« Bonjour Madame Song. Votre table habituelle ?
- Mais certainement.
- Veuillez me suivre, s’il vous plaît. »

J’enlève mes lunettes pour les ranger dans mon sac. Je retrouve Francis à la plage plus tard, mais je devrais avoir suffisamment de temps pour déguster tranquillement mon déjeuner. Je suis emmenée jusqu’à l’arrière de l’établissement de gastronomie, là où il y a une ouverture avec un balcon donnant sur la mer.

Les meilleures tables, et j’ai toujours la mieux placée de toute. On arrive audit emplacement, le maître d’hôtel tire la chaise, je m’assois seule à ma table. Il sort un petit calepin et un stylo pour prendre en note le début de ma commande.


« Que puis-je vous offrir Madame Song aujourd’hui ?
- Un cocktail du soleil s’il vous plaît. Avec quelques tapas en plus.
- Très bien, Madame. Je reviens de suite avec la carte. »

Je le salue avec un léger sourire tandis qu’il s’éloigne, ce qui me laisse le loisir d’observer la vue, d’apprécier la légère brise et de voir qu’il y a déjà beaucoup de clients pour l’heure. De riches touristes, des hommes et des femmes d’affaires locaux, de simples riches… Une femme qui déjeune seule aussi manifestement. Elle n’est pas très loin de moi et on ne peut pas dire qu’elle soit laide.

Elle a un port, une tenue. Ce n’est pas n’importe qui, elle est habillée comme moi : une riche touriste aussi ? Intéressant. Je vais attendre au moins que mon verre arrive, puis je l’inviterai peut-être à ma table. Manger avec Francis, c’est un repas animé garanti… Mais peut-être qu’un peu de compagnie ne me fera pas de mal pour ce déjeuner ?

Peut-être que cette belle dame saura susciter mon intérêt ?

Quand le maître d’hôtel revient avec mon verre et mes tapas. Je le laisse disposer le tout sur ma table. Cependant, je le coupe avant qu’il ne puisse commencer l’énumération des plats du jour. Je me penche vers lui légèrement, il fait de même comprenant que j’ai quelque chose à lui dire.


« Vous voyez la femme assise seule à table ?
- Oui, tout à fait ?
- Allez lui dire que si elle le souhaite, elle peut partager ma table. Ce sera peut-être divertissant… Et puis cela vous libère une table incroyablement chère.
- Tout de suite, Madame. »

Il se redresse et repart directement. En espérant que la dame répondra à la positive : sinon, ce serait une « perte de face » un peu violente. Je tâche de sourire légèrement, pour paraître sympathique.

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"So much power in the mind, Yes divine
Take your chance, you'll never be next in line"









Impératrice Céleste Éternelle Meng Tian -蒙天-, Fondatrice de la Dynastie Song, Porteuse du Mandat Divin, Reine des Hans, des Mandchous et des Peuples du Sud, Grande Magistrice des Arts Magiques, Protectrice de la Terre des Dragons, Souveraine Légitime de toutes les Terres sous le Ciel, Ambassadrice des Cités Dorées du Consulat, Consule de l’Étiquette et Dame de Chengdu






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« Madame. » Le serveur tenait sur un plateau l’apéritif qu’elle avait commandé un peu plus tôt mais semblait attendre quelque chose, gardant jalousement l’objet à hauteur de sa poitrine. En se penchant légèrement – pas assez pour menacer l’équilibre de sa prise – il s’adressa à elle d’une voix claire, avec un léger sourire complice. « Madame Song, qui est là-bas » il s’interrompit pour désigner d’un simple coup de menton une table non loin sur la terrasse autour de laquelle était assise une jeune femme coiffée d’un large chapeau, habillée d’une robe légère. « vous invite à rejoindre sa table, si le cœur vous en dit. »
Lulu resta de marbre, reporta son regard sur l’hôte. « C’est elle qui tient l’établissement ? » demanda-t-elle sans rougir de sa question. « Non. » soupira-t-il en souriant. Un instant pour réfléchir, un premier regard vers la mer et un deuxième pour estimer si, assise aux côtés de la solitaire, elle serait davantage éloignée du paysage. « D’accord. » Elle sourit poliment.

« Je vais y déposer votre verre. » Elle hocha la tête. C’est d’abord la peluche d’Hadès en tenue de soleil qui quitta sa place, sautant sur les lattes du balcon pour courir maladroitement vers Madame Song. Sans qu’elle ne le regarde, ou si peu, elle le fit se hisser jusqu’à une chaise voisine et se tenir debout en attendant. Et elle se leva enfin, joignant ses mains devant son jupon, avant de rejoindre sa nouvelle table, laissant ses nombreux bijoux tintinnabuler au rythme de ses pas. Elle se figea devant cette nouvelle rencontre, se présentant avant de s’asseoir.

« Merci pour cette invitation. Je m’appelle Lulu. » Sans baisser les yeux, le regard toujours rivé sur cette femme dont elle discernait maintenant les traits asiatiques, elle laissa un de ses bras baller le long de son corps. Hadès s’y accrocha, lui laissant le siège, et elle s’assit, rejoignant par la même occasion la liqueur qu’elle avait commandée, un vin au miel que la carte conseillait aux « résidents des mondes médiévaux », pour reprendre l’appellation. Elle ne reniait pas cette origine, au contraire. C’était bien celle-là qui l’avait rassurée quant au fait de ne pas rester tout à fait seule, avec sa peluche, à sa table. Les quelques banquets auxquels elle avait participé avec ses parents, au domaine enchanté, ou en tant qu’étudiante à l’Institut, se faisaient comme dans la cour de sa Majesté, le long de grandes tables où chaque famille s’asseyait et fêtait aux côtés, parfois, d’inconnus. Il en allait de même pour le Sanctum et ses célèbres festins. Ayant été, jadis, une personne importante de cette organisation, elle n’avait pas toujours été la dernière à s’asseoir auprès d’autrui. Mais non consciente de ces traditions, sa peluche vint s’asseoir entre ses cuisses, levant son menton pour jeter un regard vide à cette nouvelle rencontre.

Mais ce qui l’avait décidée, avant tout, n’était pas ce nom, ni ce visage. Song était un patronyme courant. Les traits de la susnommée évoquaient bien chez elle une image. Mais combien d’étonnants destins étaient racontés par l’Éclaireur ou par d’autres journaux ? Les personnalités connues n’étaient souvent guère plus que des excentriques doués d’un petit don pour les tours de passe-passe. L’on connaissait des personnes comme Arthur Rainbow bien uniquement parce qu’il savait parler dans un micro lors de la journuit, suspendu au-dessus de sa tour. Il n’était pas une exception. La notoriété ne concernait que ceux qui y croyaient. Ce n’était pas son cas, toutefois elle accordait un crédit à une personne dont un serveur se rappelât le nom.


« Et qui êtes-vous ? »

Song ne lui suffirait pas. Parler pour passer le temps n’avait jamais été une option, pour elle, et cela même en vacances. Le mystère de ne rien savoir de son vis-à-vis ne la charmait déjà plus. Quelle que soit la discussion à venir, elle aurait une utilité, pourrait lui revenir plus tard ou serait tout simplement oubliée le soir même. Voilà un principe qui aurait pu motiver l’action des Archivistes, si ceux-ci avaient pu voir le jour, si Fitzgerald leur avait donné une chance de naître et de s’épanouir.
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Je suis ravie de voir que la jeune femme a accepté mon invitation. Un repas est toujours plus intéressant lorsqu’il est partagé avec d’autres personnes. Cela m’arrive souvent de déjeuner seule quand je travaille, à mon grand regret.

« Ravie de faire votre connaissance, Lulu. » répondis-je d’abord, toujours souriante.

Elle est polie, c’est appréciable. Ce n’est pas une qualité que l’on retrouve chez tout le monde malheureusement. Cependant, c’est à mon tour de me présenter dans les règles.


« Je suis Songzi Huayan, Ambassadrice du Consulat en Terre des Dragons, Consule de l’Étiquette, Gouverneur et Dame de Chengdu. » annoncé-je, avec une certaine fierté que je ne dissimule pas vraiment.

Est-ce que c’est de la vantardise ? Un petit peu. De la tradition ? Aussi, oui.


« Il n’est pas nécessaire de nous formaliser, vous pouvez m’appeler Huayan ou Madame Song, selon ce qui vous convient le mieux. » continué-je avec un sourire qui se veut être un signe de sympathie.

Après tout, je ne suis pas venue ici pour me crêper le chignon ou m’embêter avec les gens, touristes ou locaux. Un bon déjeuner, dans un bon restaurant, avec une bonne compagnie : voilà qui s’annonce formidable pour mon moral – et déstressée-.

Je continue de détailler la figure féminine que j’ai en face de moi. Elle a une certaine aura, un certain charisme. Elle a un port, une posture, une tenue. Je peux déjà imaginer que nous ne sommes pas sur un cas de plagiste qui s’est égarée et est allée dans un restaurant trop cher pour elle.

Une personne du Consulat en vacances ou en séjour ici ? Une riche fortune des Routes Stellaires de passage ? Une personnalité célèbre que je ne connais pas encore ?

Qui est donc cette « Lulu » ? D’ailleurs, est-ce vraiment son vrai nom ? De mon expérience, les noms étrangers sont souvent plus longs que deux syllabes. C’est peut-être un surnom ou un diminutif ? Cependant, avant nous allions plus loin, je lève mon verre à mon invitée de midi. Je plonge mon regard dans le sien, et continue de sourire comme je le fais depuis le début de cette rencontre.


« À cette belle journée ensoleillée ! » lancé-je, sans trop hausser le ton.

Nous sommes dans un établissement chic, je ne vais pas crier comme un vagabond dans une taverne miteuse. Je porte mon cocktail à mes lèvres et laisse la saveur sucrée et fruitée me rafraîchir. Il fait chaud, et un petit rafraîchissement ne fait pas de mal. Je repose le verre sur la table, je ne vais pas tout boire d'un coup... Ce ne serait pas un bon signe à envoyer, il faut savoir profiter des bonnes choses.


« Entre nous, j’espère qu’ils n’ont pas changé de cuisinier. Roberto, le chef de ce restaurant, est un grand maître de la cuisine de la Costa del Sol. Rares sont ceux qui ont eu quelque chose à redire des plats servis ici. »

J’essaye donc de créer un début de conversation pour éviter une éventuelle « gêne ». Après tout, nous sommes deux inconnues qui venons à peine de nous rencontrer, il faut bien trouver quelque chose pour débuter l’échange : autant pour la rassurer qu'éviter que nous tombions dans la déchéance de la discussion sur le climat, le temps et les saisons.  

« Dites-moi Lulu, si vous me permettez de vous appeler ainsi, qu’êtes-vous donc venue faire à la Costa del Sol ? Vous n’avez pas vraiment le « profil » des jeunes femmes qui passent leurs journées à la plage ou au Bubble Bath. » demandé-je tout en rigolant très légèrement pour me moquer des touristes « de base ».

Il est toujours intéressant d’en apprendre sur les autres. Et même si cette Lulu est une touriste comme une autre, il y a toujours quelque à tirer d’un échange respectueux et inattendu. J'ai suffisamment eu d'étranges aventures pour savoir que n'importe qui ou n'importe quoi peut arriver n'importe où.

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Impératrice Céleste Éternelle Meng Tian -蒙天-, Fondatrice de la Dynastie Song, Porteuse du Mandat Divin, Reine des Hans, des Mandchous et des Peuples du Sud, Grande Magistrice des Arts Magiques, Protectrice de la Terre des Dragons, Souveraine Légitime de toutes les Terres sous le Ciel, Ambassadrice des Cités Dorées du Consulat, Consule de l’Étiquette et Dame de Chengdu






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Lulu but une gorgée de son vin au miel, continuant de regarder à travers la glace tintée sa vis-à-vis. Boire en compagnie de la nouvelle ambassadrice du Consulat, la première en terre des dragons, était un événement qu’elle n’aurait pas imaginé arriver si tôt. C’était une femme qui avait fait parler d’elle, récemment, bien sûr. Se tenant au courant des dernières actualités, et étant elle-même journaliste, elle n’ignorait pas ce nom. Quant à ce qu’il lui évoquait, disons qu’elle trouvait toujours quelques raisons de se méfier d’une jeune personne propulsée au pouvoir. D’une étrangère au Consulat, elle l’avait rejoint directement en qualité d’ambassadrice, parce qu’elle avait de l’autorité à Chengdu, sûrement. Du reste, Lulu ne connaissait ni la ville, ni le monde, autrement que parce que l’Éclaireur avait pu en dire. Il n’en demeurait pas moins certain que le Consulat en avait fait la troisième ou quatrième plus influente figure dans les cités dorées.

« C’est la première fois que je viens à Costa del Sol. » commença Lulu, se forçant à parler. Si elle pouvait être bavarde, ce n’était jamais en discussions vaines, en papotages. Toutes les femmes, de sa branche maternelle, n’avaient le goût de bien parler qu’en sujets utiles ou en critiques. Pour elle, qui même devant des Primarques n’avait pas changé cette tendance, s’y voyait bien contrainte, après avoir accepté de partager la table de quelqu’un. « J’étais trop occupée, ces dernières années, pour venir profiter du confort de ce monde. » Pourtant, quel exemple académique elle aurait pu être de l’idée-même d’une religieuse sans poste astreignant, disposant de suffisamment de temps pour le tourisme. Somme toute, à plusieurs reprises, la sorcière était passée à deux doigts de rejoindre le Clergé et d’être loin des nombreux conflits qu’avait subis la Citadelle. « Je n’ai pas souvent quitté mon monde d’origine avant d’en partir, peut-être définitivement. Mais aujourd’hui, si. Je suis juste une femme qui vient profiter du soleil et acheter un maillot » Elle sourit légèrement à l’intention de Huayan. Elle ne l’avait pas encore nommée mais avait trouvé bien étonnant de sa part de donner le choix entre son prénom et quelque chose de plus officiel, lorsqu’elle invoquait elle-même le peu de nécessité de se formaliser.

Il ne lui en fallait pas plus pour repenser à Angeal, à sa rencontre avec lui. Il lui avait dit aussitôt qu’elle pouvait l’appeler par son prénom, ce qu’elle avait refusé, compte tenu du fait qu’il demeurait, à ses yeux jadis, Sa Sainteté. Les temps avaient changé et elle devait reconnaître que la mémoire enjolivait beaucoup de souvenirs pour l’épargner. Son regard se tourna vers la mer qui s’abattait sur les flancs de ce monde.
« Je voulais venir depuis aussi longtemps que le monde s’est réveillé. J’ai manqué l’occasion. Un… inconnu a entendu parler de moi et m’a envoyé un bon pour un séjour, valable pour ce week-end. »

Racontée, l’histoire semblait encore plus invraisemblable que lorsqu’elle la vivait plus simplement.

« Et vous, Huayan ? » Lulu reporta son attention sur la femme de pouvoir. Elle n’avait jamais rencontré Genesis ou une autre grande figure du Consulat, tels que l’exilé Chen Stormstout, Natalia ou Rainbow. Malgré son occupation, elle ne s’était pas encore tellement approchée de ce groupe-là. En cela, Huayan Song serait la première, et Lulu espérait précisément faire de cette discussion une conversation féconde. « Êtes-vous venue pour le soleil ou pour tout autre chose ? Je n’ai pas encore tant entendu parler d’autres raisons de venir ici que le tourisme. »
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Hé bien, je ne connais pas exactement le métier de cette « Lulu », mais en tout cas elle sait comment se faire inviter pour profiter de belles vacances. Ou alors elle m'embobine et à ce stade, je ne lui en veux guère. Après tout, nous sommes là pour déjeuner toutes les deux.

Apparemment, elle n'a pas beaucoup voyagé. Quel dommage !

L'univers est si vaste... Quoiqu'elle a l'air jeune, elle a encore le temps d'en explorer une partie. Cela semble indiquer aussi que ce n'est pas un agent vétéran de la Shinra : ils bougent tout le temps ces oiseaux de malheur. Ou alors c'est une recrue récente... Je m'emballe.


« Je suis venue voir une connaissance professionnelle qui réside à la Costa del Sol. Je suis de passage, à peine arrivée que je repars demain en fin de journée pour la Terre des Dragons où une nouvelle semaine de travail m'attend ! » répondis-je poliment.

Un petit mensonge. Moi aussi je suis venue ici pour me reposer un peu mais j'avoue avoir du mal à l'avouer à une inconnue que je viens à peine de rencontrer. Cela pourrait faire mauvais genre.


« J'ai construit beaucoup de bâtiments et d'infrastructures touristiques sur ce monde. J'ai donc gardé quelques contacts que je m'efforce d'entretenir. J'aime penser qu'avec mes collaborateurs, nous avons apporté un élan nouveau pour ce monde, économiquement parlant. » continué-je sans me vanter outre mesure.

Et clairement, vu cette sombre histoire de double comptabilité tristement « fâcheuse », je n'ai pas à cœur de m'étendre plus sur le sujet. Heureusement que nous avons brûlé tous les livres de compte avant de partir. Cela aurait fait tâche pour ma fin de mandat.

« Enfin, je parle, je parle ! Dites m'en plus sur vous ! Que faites-vous dans la vie ? » dis-je tout en voyant le serveur arriver avec les menus du coin de l'oeil.

Il se place à côté de nous et nous tend élégamment les cartes que j'ouvre non sans avoir le regard pétillant à l'idée de découvrir les nouveautés de cet excellent restaurant. Cependant, j'en profite pour immédiatement mettre à l'aise mon invitée de table.


« Faites vous plaisir, je vous invite ! Prenez ce que vous voulez. » annoncé-je tout en commençant à feuilleter les pages.

J'ignore la partie des boissons alcoolisées, je ne suis pas une femme ivrogne. Je vais tout de suite vers les menus gastronomiques. Cela m'a l'air tout à fait charmant : beaucoup de fruits de mer et de poissons – ce qui semble logique jusqu'ici-, quelques plats de viande très rares au menu. J'avoue que le homard est tentant, mais terriblement classique. Peut-être de la raie ? Cela changerait un peu.

Hum, je ne sais pas trop encore, j'hésite. Je vais voir en fonction de ce que prend Lulu, elle me donnera peut-être des idées.


« Qu'est-ce qui vous tente ma chère ? Si je peux me permettre un conseil, tout ce qui provient de la mer est excellent ici. Je vous le recommande chaudement. »

Et une petite tapas pour moi pour conclure cette phrase. Je me demande ce que cette Lulu a à raconter. Nos vies sont toutes exceptionnelles à certains égards. C'est pourquoi j'ai à cœur de discuter avec tous les gens que je rencontre quand j'en ai l'occasion. C'est une source d'inspiration et de savoirs immense.

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Impératrice Céleste Éternelle Meng Tian -蒙天-, Fondatrice de la Dynastie Song, Porteuse du Mandat Divin, Reine des Hans, des Mandchous et des Peuples du Sud, Grande Magistrice des Arts Magiques, Protectrice de la Terre des Dragons, Souveraine Légitime de toutes les Terres sous le Ciel, Ambassadrice des Cités Dorées du Consulat, Consule de l’Étiquette et Dame de Chengdu






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