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L’obscurité, le vide, le silence. Que l’espace lui était de plus en plus agréable. Inconsciemment elle avait fini par adopter par mimétisme cet état inerte. Ni mouvement, ni mot, ni même pensée. Le regard perdu dans l’infiniment noir. Une morte digne de ce nom. Le vaisseau lui n’était pas de cet avis. Tout inanimé qu’il était, il avançait, vrombissait, protestait sa faim par un bip de protestation régulier. Il n’avait guère plus de carburant.

Lenore dut raccrocher à sa conscience à ce son horripilant. Elle hésita un instant. Dans son état résisterait-elle vraiment au désastre d’un atterrissage catastrophe dans un lieu quelconque. Une fin, simple, définitive, avec de grandes chances de succès. Au pire, elle terminerait son éternité seule sur un ilôt rocheux dans le vide sidéral.

Le vaisseau protesta plus fort, supplia d’une itération toujours plus régulière comme le caprice d’un gosse infernal à qui l’on finit par céder. Elle allait devoir poser son véhicule et lui laisser le temps de se recharger. Quelques heures. Soit.

Elle amorça sa descente dans la nuit du premier monde qui était apparu à sa vision. Elle venait de quitter le soleil obséquieux et la population effervescente de Costa Del Sol. C’était sûrement la raison pour laquelle elle avait tant savourer l’Espace. Elle survolait désormais la nuit sereine d’une épaisse forêt sarcelle clairsemée de lacs cobalts. Au loin, elle aperçut l’ombre impérieuse d’une citadelle aux pieds fortifiés chatouillés de feux vacillants et nombreux.

Le vaisseau se posa dans une clairière au plus près de la population. Quitte à passer quelques heures dans un monde inconnu, autant glaner le plus d’information possible. A peine posa-t-elle un pied sur ce monde qu’elle n’avait jamais foulée, qu’elle sut le reconnaître. La forêt étrange semblait avoir été tailladé par un jardinier fou à l’obsession cubique. Un détail amusant que nombreux mercenaires aimaient à rappeler. « Le Domaine Enchanté pousse ses habitants à grandir dans le moule. » avait plaisanter l’un d’eux. Même la végétation, droite, carrée, étirée dans sa grandeur comme un garde fier sous le passage de son souverain.

Le Domaine Enchanté. Royaume d’Aurore et des soldats et prêtres du Sanctum… Fabrizio.
Il était trop tôt pour les contacter encore surtout sans son atout encore bloquer à Port Royal. Elle n’avait pourtant pas le choix. Elle devait le voir comme un premier repérage, une occasion de mettre un maximum de chance de son côté pour la prochaine fois. Elle allait devoir passer la nuit dans cette ville qui semblait peu enclin à s’endormir ce soir.





Le froid ne la mordait pas, il n’habillait pas son souffle inexistant de vapeur. Le givre lui, cet impertinent, dansait sur sa cape sombre, l’agrémentant de paillette scintillant au reflet des flammes des torches. Le pied de la citadelle s’animait gaiement d’un marché nocturne. Les minuscules chalets de bois construit pour l’occasion se blottissait les uns contre les autres, en des allées promettant une chaleur bienvenue par cette nuit d’hiver. Les ors, les flammes, les rouges, les odeurs de châtaignes et d’épices, de bougies et de lampes à huiles, les vibrations guillerettes et contagieuses des chalands invitant les passants à goûter, humer et partager leur convivialité revigorante. Tout ceci lui rappela tant de souvenirs doux et douloureux.

C’était déjà cette période de l’année ? Elle qui la redoutait auparavant, qui hésitait jusqu’à la dernière heure entre l’esquiver, cachée dans un trou ou savourer cette blessure sucrée par procuration. Elle ne s’était pas rendu compte du temps passé… La prison et la mort lui avait fait perdre le compte du temps.
Inconsciemment elle s’était avancée jusqu’au milieu du marché de Noël. La magie de la fête semblait pâlir par la fadeur de sa conscience, l’apathie de ses sens. Ou était-ce simplement qu’aucun monde ne pouvait rivaliser à cet instant avec les éclats du Soleil de son pays d’origine ?

Son esprit se mit à tournoyer, mêlant images de ce qu’elle observait et souvenirs embellis, la faisant reculée d’un pas incertain. Son dos heurta quelque chose de mou. Il protesta, renversant le liquide chaud sur son manteau épais. L’odeur du vin chaud. Orange, cannelle, muscade… De protestations, il passa à inquiétude devant le regard perdu de la rousse et son mutisme, puis la pardonna esquissant un sourire bienveillant avant de la laisser à son interrogation.

Qui faisait ça ? Ne pas se plaindre, ne pas exiger réparation au moins pour sa boisson gaspiller ou son manteau maculé. Qui ne profite pas de la détresse d’un inconnu pour assouvir ses démons de colère et de supériorité ? Raisonnablement personne. Elle devait se méfier. Il se voilait d’apparence, de convention biaisé par cette période de l’année. Jouant les charitables de circonstance. La magie de Noël ?… tss… Une illusion. Elle le voyait bien désormais que son esprit était redevenu clair.

Le chalet du vin chaud était un endroit parfait pour observer. Stratégique. La chaleur et l’alcool dégivrait les langues. La fausse bonhommie appelait à la détente. Elle apprendrait sûrement beaucoup à rester ici contre le chalet,  le bois encore parfumé du sapin sacrifié pour l’occasion. L'esprit et les sens aiguisés et alerte.


Dernière édition par Lenore le Mer 26 Fév 2020 - 10:16, édité 1 fois

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Qu’est-ce que c’est que cette odeur ?  

Le fauve s’immobilise un instant. Son regard se perd autour de lui.

La grande route menant au village, couverte d’une fine couche de neige et balafrer des traces de carrioles et autres véhicules. Au loin, l’imposante forteresse du roi Stéphane se détache du ciel nocturne, les torches brûlantes de mille feux sur chacun des remparts.  

“Bonne fête monsieur l’hybride !” lui lance un passant, le saluant d’un geste bref.  

Bryke ne le lui rend pas.  

Il est bien plus concentré sur son odorat. Relevant la tête, fermant les yeux pour mieux humer l’air frais. Un parfum encore plus froid que l’hiver, un arrière-goût de décomposition et d’humidité.

L’odeur de la mort.  

Mais d’où peut-elle venir ? Ou plutôt... Où va-t-elle ?  

Le ronso tourne légèrement la tête, avant d’ouvrir les yeux vers ce qu’il semble être le début de sa traque.  

Son œil unique se plisse devant la vision qui s’ouvre à lui. La ville, celle-là même qui se trouve au pied du grand château.  

Peu lui importe à qui appartient cette odeur, elle est signe de mauvais augure. Et il est son devoir en tant qu’aspirant Paladin de s’assurer de la sécurité des habitants.  

Sans la moindre hésitation, le fauve se dirige vers l’amas de maisons aux cheminées fumantes.  

Il remercie un instant sa taille, lui permettant une meilleure visibilité au milieu de la foule. Il n’a pas vu autant de monde réuni depuis sa ronde lors des festivités de saint-Patrick.  

Mais l’ambiance ici, est différente. Il ne ressent pas ce racisme et ce ras-le-bol des habitants envers les hybrides ou le Sanctum. Comme si les mots de Swain l’espace d’une nuit, avait disparu de la conscience collective.  

Une étrange magie est à l’œuvre, qui dépasse sa compréhension de bien des manières.  

Bryke essaye de se concentrer sur l’odeur de mort, vagabondant au milieu de la foule et des étals.  

Son odorat lui provoque une douleur qu’il n’a pas connue depuis longtemps. Est-ce l’abondance de cannelle ? Ou peut-être ce chaudron bouillant d’un rhum épicé ? Le fauve ne peut pas se retenir d’éternuer à plusieurs reprises, tirant une grimace bien inhabituelle.  

Par la dame de la montagne, il doit se rendre à l’évidence. Impossible de retrouver une odeur aussi spécifique dans ce tourbillon olfactif.  

Un léger grondement lui remonte la gorge sous la frustration, tandis qu’il pose son regard sur un maximum d’individus.  

Ils ont tous l’air parfaitement normaux, même...heureux ? Il voit des hommes balafrés rire et trinquer. Il voit des enfants aux voix cristallines lancer des boules de neige sur un pauvre ivrogne grognon. Il voit des femmes s’émerveiller devant de petites sculptures fièrement exhibées ici et là.  

Est-il le seul à ne pas ressentir d’extase ce soir ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui provoque cette vague positive chez les humains ? Il ne comprend pas.  

Perplexe, perdu par les festivités, le fauve reprend sa ronde. Guettant la moindre chose suspecte, le moindre indice pouvant le mener à la mort odorante.  

Ses errances le mènent jusqu’à une place centrale, un magnifique sapin aménager au centre et brillant de mille feux. Une étoile, plus lumineuse qu’aucune autre décoration, trône au sommet.  

Bryke sent sa tête qui tourne, il a besoin de se poser quelque part, ne serait-ce qu’un instant.  

D’un pas bien moins maîtrisé que d’accoutumer, le fauve se dirige vers l’étal le plus proche. Un chalet de vin chaud, faute de mieux.  

Le fauve vient s’adosser au comptoir, fermant son œil unique un bref instant, se retenant d’éternuer à nouveau.  

Ces festivités commencent à prodigieusement l’agacer...
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Lenore avait suivi du regard la tête bleu lavande qui dépassait de la foule. Son air revêche, ses crises d’éternuements, ses grognements alors qu’il fendait une foule lui prêtant peu d’attention malgré sa taille imposante. Loin de la bonhommie de l’hybride du Moulin Rouge, la population ne semblait pourtant pas déranger par sa présence. Peu étonnant qu’un culte ait pu s’implanter dans ce monde si insouciant face aux dangers.

Dans son monde, une telle bête aurait été chassés à vue à coup de fourches et de torches, aussi pacifiste pouvait-il être. Par peur et méfiance d’abord, pour sa fourrure exotique et la beauté de la chasse, pour d’autres. Jamais ils ne l’auraient laissé se mêler aux villages même les plus reculés.

Ici, ils faisaient partis de la population. Elle pouvait apercevoir de temps en temps, rarement, timidement, un homme-renard, une femme-oie, un enfant-tortue qui tentait de suivre ses camarades. Etrangement, elle ressentait plus de méfiance de la part de ses étranges créatures que de la foule humaine à leur égard. Un fait qui pourrait assurément lui être utile dans le futur.

Le grand arbre soigneusement décoré fut pris d’un soubresaut. Ses branches d’un vert sombre chargée d’or et de rouge, de bougies et d’étoiles, se contractèrent sans aucun souffle de vent.


« Je vous sers un godet messieurs, dames ? C’est le meilleur vin chaud de l’ouest de la Citadelle. Et uniquement parce que c’est ma femme qui s’occupe du côté Est ! »

Lenore esquissa un sourire pour pardonner son geste de refus. D’autres passants acceptèrent volontiers contre quelques munnies et un échange de ragot. Un cul-de-jatte et ses élèves, le silence de cet si estimé, ou pas, primarque, les prochaines festivités du baptème du petit neveu, rien de forcément très utile.
« Où est ce collier ?… C’est vous qui l’avait pris ?… ça fera 50 munnies ! Sinon rendez le tout de suite ! »

La mercenaire ne glanait pas grande information utile pour le moment. Ce monde se remettait toujours de ses dernières batailles, très ébranlé, affaiblis, partagé par le doute et la foi en sa déesse.
« quoi ? Mais je ne vous ai rien pris enfin ! Vous avez dû le faire tomber quelque part de votre côté !»

La rousse tourna rapidement son regard doré vers l’hybride grognon à une nouvelle série d’éternuement lorsqu’il refusa le verre tendu par le commerçant avec urgence. Elle sourit à sa réaction. Comme les animaux, avait-il la truffe si sensible que ça en devenait un handicap ?
« Vous pensiez vraiment pouvoir nous voler ? Je vous préviens que j’appelle la garde ! »

L’insolente esquissa un sourire artificiel, s’apprêtant à lancer une pique légère à son voisin poilu. Elle fut distraite par une ombre noire au coin de son champ de vision. Trop rapide pour qu’elle puisse en deviner davantage. Par instinct son visage se leva, scrutant un nouveau mouvement par dessus le chapiteau du chalet.
« Et bien faites donc ! Je vous dis que je ne l’ai pas votre collier ! »

Une cordelette scintillante tomba mollement. Une queue festive d’or balançant mollement. Le bout de guirlande dépassant de la toiture attira la concentration des regards dans un silence étonné. L’hybride, la rousse et même le commerçant, scrutèrent hébétés le bout de décoration pendouillant, agité de faibles soubresauts.

Flip !

Il disparu en une seconde. Lenore recula de deux pas, s’éloignant du chalet pour chercher du regard une explication à ce qu’il venait de se passer. Elle fut bientôt rejoint par ses comparses témoins.


« Hey ! Ma guirlande ! Je rêve ! On vient de me voler ma décoration de chalet ! »
Le commerçant plus étonné qu’outré chercha alentours du regard, un coupable, un responsable, un reste du larcin. Il hella les gardes qui venaient d’arriver à un autre chalet non loin pour leur faire part de sa mésaventure sans trop s’éloigner de son gagne-pain festif.

« J’avoue que c’est tout de suite moins joyeux sans ce minuscule artifice. » Ricanna Lenore devant l’absurdité du geste. Il fallait croire que même la magie de la fête ne masquait pas suffisamment la réalité. Un vol aussi ridicule, une veille de Noël… Qui pouvait donc être aussi stupide ?

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“Ian, Ian !” S’exclame une jeune femme, tirant légèrement sur le bras de son camarade.  

“Qu’est-ce qu’il y’a Alice ?”  

“Là, j’ai vu quelque chose”  elle pointe du doigt le toit d’un des étals, lentement, d’un air un peu effacé.  

Elle n’est visiblement pas la seule, d’autres passants ont tourné le regard vers le lieu.  

Parmi eux, Bryke plisse les yeux.  

Il ne peut pas s’empêcher d’avoir un très mauvais sentiment de déjà-vu. Qui volerait des choses aussi insignifiantes qu’une guirlande ? Un voleur aux priorités bien étranges, un voleur...  

Le grondement dans la gorge du fauve se laisse entendre.  

Est-ce lui ? Est-il de retour ?  

Ce fichu sans-cœur, celui-là même qui avait fait irruption dans sa tour. Dérobant ses précieuses sphères avant de le narguer dans une course-poursuite.  

Le poing du ronso se serre, sentant la colère remonter.  

Une part de lui vient souhaiter une telle retrouvaille. Il prendra grand plaisir à lacérer de ses mains griffues le corps chétif du sans-cœur.  

Son bref moment d’absence est interrompu par un nouvel éternuement. Il n’a pas besoin de chercher bien loin, un villageois vient de s’installer à côté de lui. L’œil valide du fauve se pose immédiatement sur le verre entre ses mains, boisson à la cannelle... Evidemment....

Bryke secoue brièvement la tête, essayant en vain de chasser l’odeur de son museau. Il en profite pour mieux regarder autour de lui. Il a l’avantage de la taille, lui offrant un champ de vision plus dégagé.  

Son regard croise un instant celui de la rousse proche de lui. Il le maintient un instant, quelque chose dans son regard...  

Cette couleur jaune... La dernière fois qu’il en a vu de semblable, elle habitait les yeux d’un sans-corne. Mais il y a une nuance, ce fragment de couleur émeraude. Est-ce naturel chez les humains ? Ils n’ont pas de corne après tout ? Il ne saurait dire.  

Par Etro, qu’il ne connaît finalement pas grand-chose à cette race...  

Le ronso essaye de se concentrer, son oreille droite est prise régulièrement d’un soubresaut. S'il ne peut pas se servir de son odorat, il va devoir compter sur le reste.  

Il entend plusieurs conversations tout autour de lui.  

“Je me demande comment Mamie va, tu sais quoi ? On devrait trouver un cadeau et lui donner ! Ce que ça lui ferait plaisir !”  

“Et là, je lui ai dit : “Ecoute mon chou, toi et tes petits camarades vous vous êtes plaint de mes cours, ne venez pas vous plaindre de ceux de l’infirme.”, ces jeunes... Pour qui me prennent-ils ? La vieille bique que l’on jette et reprend à loisir ? AH ! ”

Inintéressant... Strictement rien à sauver.  

Bryke ouvre son œil à nouveau. En plein sur le sourire en coin de l’étrange femme au regard semi-dorée. Il ne peut pas l’accuser, elle était juste à côté de lui lors de ce vol de guirlande. Au moins, cela fait un suspect de moins.  

Un étrange courant d’air le survole un instant, qu’est-ce ?  

Le ronso redresse immédiatement la tête, n’observant rien de plus qu’un ciel étoilé.  

En hauteur ?  

Le fauve se dirige vers le mur d’une maison proche, campant sur ses pattes arrière pour s’élancer d’un grand saut. Sa main griffue vient s’accrocher à un rebord, tandis qu’il met un bref instant pour se hisser sur le toit.  

La vue a quelque chose de magique. Toutes ses lumières, toute cette foule. Mais le temps n’est pas à l’émerveillement.  

Profitant de la hauteur, le regard du fauve se veut impitoyable. Il regarde tous les visages, tous les recoins, tous les étalages.  

Le brouhaha visuel qu’est la place ne rend pas sa tâche facile. Et pourtant, malgré le monde, malgré les lueurs. Il distingue sans grand mal le regard doré de la rousse, fixé sur lui.  

Bryke ne peut s’empêcher de lui rendre à nouveau. Par la dame de la montagne, cette couleur le perturbe.  

Un mouvement le sort vite de son focus, à proximité de l’étrange femme. Il voit du monde s’agitait, quelque chose c’est passé ? Avec la foule, et son regard ailleurs, il n’a rien vu, mince !

La rousse est désormais concentrée sur cette agitation. Peut-être a-t-elle pu voir quelque chose ?  

Aussi vite qu’il est monté, le fauve retombe au niveau du sol. Soignant son atterrissage dans une agilité digne héritière des fauves.  

Il ne perd pas de temps, se dirigeant vers son témoin potentiel. Ecartant de sa main griffue tout individu essayant d’interrompre sa traversée de la place.  

Une fois devant elle, Bryke indique d’une griffe la scène de remue-ménage voisine. Avant de pencher la tête sur le côté, d’un air interrogatif.
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Et aux hommes de bonnes volontés….
Il n’aura pas fallu longtemps pour qu’ils replongent dans leurs obscures instincts.

Lenore ne bougeait pas et se contentait d’observer de son œil analytique. Le voile de l’illusion béate se levait et la réalité de l’univers revenait planter ses griffes sur ce monde. Le vendeur de vin chaud était parti quérir des soldats, eux même déjà hélés par une autre vendeuse accusant une cliente, et bientôt rejoint petit à petit, d’autres victimes de menus larcins.

Un collier par-ci, une plume d’écriture ouvragée à l’or, une guirlande, une boucle d’oreille, un bouton de manchette, la menu monnaie d’un mendiant, une décoration légère et dorée, un gigot de huit livres… Le point commun des larcins était leur légèreté et leur clinquant, discrets et facile à dissimulés. Seul la pièce de viande faisait tâche… Le boucher devait chercher à profiter de la situation au vu son comportement insistant.
La quantité soudaine ne pouvait laisser penser à une erreur, une maladresse ni même à l’affaire d’une pulsion d’un être fauché tenant tant à faire plaisir à mamie pour ce qui serait sûrement son dernier Noël.

Un sourire s’esquissa sur le visage de la mercenaire. Elle était en plein milieu du terrain de jeu ou d’entraînement d’un collègue malandrin. Un apprenti peut être ? Dans ce cas le maître devait se trouver à un endroit d’observation… Son regard s’éleva vers les toits pour ne croiser rien de plus que le regard insistant du fauve bleu.

D’autres personnes regardaient en l’air, de plus en plus agités. Leur regard attiré par du mouvement en hauteur. Il était rapide, très rapide. Était-ce une diversion ? Chacun guettait le ciel pour être celui qui désignerait le voleur. L’occasion parfaite pour mettre main basse sur leurs bourses. Lenore devait être la seule à n’observer que la population.

Et pourtant elle ne vit ni malfrat, ni indice. Non, son analyse était fausse. Un cleptomane ? Si c’était le cas, il finirait rapidement par être pris, et il ne résisterait pas à la tentation pendant que l’attention de chacun était ailleurs.

Une protestation, un courant d’air, Lenore se retourna pour retrouver le fauve bleu planté devant elle faisant quelques gestes. Son regard se posa sur lui sans cligner le temps de comprendre son attention. Sans mot aucun, il semblait lui demander ce qu’il se passait.


«  Il semble qu’il y ait un voleur atypique dans les parages. Des babioles sans grandes valeurs, des décorations, de petites choses insignifiantes qui semblent mérité d’en faire tout un foin… Ce n’est pas vous par hasard ? Dit-elle mesquine avec un petit sourire. Je vous ai vu grimper sur un toit… vous avez cacher votre précieux butin ? Ou vous surveillez votre apprenti ? »

Évidement, elle n’y croyait pas elle même mais la grimace offusquée de l’animal avait valu le coup. Le boucher profiteur avait dû entendre leur « conversation » par contre. Il se précipita vers eux, d’un doigt accusateur pour mettre en exergue la présence du fauve bleu.

« C’est lui ! Il a planquer son butin sur le toit ! Sal’té d’hybride, on peut jamais vous faire confiance même les jours de fête ! Vous allez me le remboursé ce gigot de huit livres ! Une si belle pièce ! Ha ! A la garde ! » Vociféra-t-il aussi fort que possible.

La main de la mercenaire fut rapide. A peine avait-il réclamer des forces de l’ordre qu’elle le saisit. Elle lui tira l’oreille assurant sa prise, forçant le malotru bouffi d’orgueil à se courber, baisser la tête devant le fauve qui le dépassait naturellement d’au moins deux têtes.


« Navrée de vous décevoir, mais il est innocent. Lenore parla suffisamment fort pour que les plus proches témoins l’entendent. Il était avec moi tout ce temps. Quand le stand du vin chaud s’est fait volé sa guirlande, il était à mes côtés, ainsi que le marchand. »

Ce dernier acquiesca, témoignant pour l'hybride. Elle finit par lâcher le grognon arnaqueur. Plantant son regard froid dans ses yeux, elle força un large sourire vide de toute sympathie à son visage pâle. Elle parla bien plus bas afin que lui seul entende.

« D’ailleurs, je doute que votre gigot n’ait jamais exister, Monsieur… Il ne correspond pas au reste des vols. Ce serait honteux de découvrir que vous avez chercher à profiter des autres, non ? »

L’homme maugréa des insultes en se frottant l’oreille avant de repartir à son étal, non sans jeter un regard noir à l’hybride et la rousse.

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Sans grande surprise, le fauve observe le boucher s’éloigner. Son œil unique se plissant au moindre de ses pas.

Si cela commence à partir en hystérie, cela va devenir difficile d’investiguer.

Le fauve reporte son attention sur la rousse. Intéressant. Habituellement, les individus s’agacent de ses signes. Pire encore, sa présence intimidante aurait tôt fait de les éloigner. Jamais un simple civil n’aurait eu le cran de prendre sa défense.

Mais là n’est pas le sujet du jour. Certes, les babioles sont « sans-valeurs », mais cela reste du vol. Et en tant qu’aspirant Paladin, il est de son devoir d’y mettre un terme.

Le fauve fait quelques pas, se dirigeant vers le centre de la place. Il tourne néanmoins brièvement le regard pour vérifier qu’il est suivi par la rousse.

Elle a l’air d’être observatrice, intrigué par l’affaire, et surtout, munie de la parole. Qu’allait-il faire seul le fauve ? Avec ses signes que personne ne comprend ?  

Et maintenant…

Bryke s’improvise vigie. Du haut de ses deux mètres, il observe la place à nouveau. Il doit bien y avoir quelque chose qui…

« Au voleur ! »

Qu’il entend à nouveau hurler. Cela n’en finit pas décidément ! Sans perdre son temps, le fauve se dirige immédiatement vient l’origine de l’appel à l’aide.

Il découvre une vieille grand-mère, sa main couverte de bijoux encore appuyé contre sa poitrine. Elle est visiblement sous le choc.

Visiblement, d’autres curieux sont déjà sur place.

« Qu’est-ce qui s’est passé mamie ? »
« Vous allez bien ? »
« Qu’est-ce qu’on vous a volé ? »


D’un geste un peu brusque, le ronso écarte un des spectateurs.

« Eh, mais fais attention l’hybride ! Demi-animaux de malheurs ! »  

Mais le prêtre-guerrier n’en a que faire. Tout ce qui l’intéresse, c’est entendre le témoignage.

« Je… J’étais assoupit, quand soudainement, j’ai senti quelqu’un essayer de saisir mon bracelet en or. »

Bryke croise les bras, plissant son œil unique.

« Quand je m’en suis rendu compte, j’ai crié, et il a immédiatement arrêté. Non… Je ne l’ai pas vu, j’étais encore… Engourdis. »

Aussi inutile que le reste des témoignages. Qui que soit ce voleur, il faut reconnaître qu’il est doué. Réussir à tenter autant de vols, dans un laps de temps si court, sans jamais se faire apercevoir…

Perdu dans ses pensées, le ronso laisse son regard dériver sur le lieu du méfait. Une fraction de seconde, c’est qu’il aurait suffi pour qu’il abandonne et ne remarque pas l’indice.

Il s’approche d’un pas lent, et s’accroupit juste à côté de la chaise. La victime y est toujours assise, elle tourne immédiatement la tête vers le fauve. D’une de ses mains griffues, il vient saisir ce qui ressemble à une plume.

Noir comme l’ébène, lisse et bien entretenue. Récente, très récente.

L’aspirant paladin se redresse immédiatement avant de se diriger vers la rousse, lui montrant l’indice.

Mais son arrêt ne dure que quelques secondes. Derrière la femme aux yeux dorées, au loin, se dessine une silhouette aviaire.

Un corbeau ! Non, un hybride corbeau !

Le plumage aussi sombre qu’une nuit sans étoile. Une petite capeline comme simple habit. Et un regard perçant, semblant guetter les moindres étals.

Le fauve se précipite d’un pas frénétique vers la silhouette. Il la saisit sans aucun ménagement par le col.

« Quoi ? Eh ! Mais lâchez-moi ! Vous êtes fou ?! » panique l’homme-corbeau.

Mais le ronso est toujours prisonnier de son vœu de silence. Il tourne néanmoins le regard, espérant y trouver celui de la rousse.

Elle semble douer pour délier les langues. Peut-être pourra t’elle délier celle-ci également ?
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« Ah… C’est à moi de m’y coller donc ? » Lenore n’y mettait guère d’entrain. Elle posa une main sur le poignet si haut du fauve bleu afin qu’il repose au sol l’emplumé et calme le jeu. Il avait beau promptement faire les cents pas entre une victime et une autre, il veillait toujours à garder la rousse au coin de l’œil, l’air d’en attendre visiblement quelque chose.

Une langue visiblement.
Par le Soleil, pourquoi diable en était-elle arriver à le seconder dans cette histoire ridicule ? Ah si… Pour retrouver l’auteur de ses pitreries de Noël . Sait-on jamais, elle saurait façonner cette pierre semi-précieuse dans les rangs de son groupes. Si rapide et si discret. Un talent naturel à n’en pas douter. Quoique la vieille dame ait parlé d’être groggy... Aurait-elle été endormie par une substance ?


« Fou, il l’est peut être. Je ne le connaît pas plus que vous. Mais ce n’est pas le problème pour l’heure. Messire… Madame ? Je n’ai guère l’habitude. Navrée. »

Elle masqua sa voix de calme et de politesse pour contraster avec le fauve. Puisqu’il ne servirait qu’aux muscles et lui échouait le rôle de la tête.

« Il y a un mauvais esprit dans l’air que tout le monde tente d’exorciser… Peut-être l’a-t-il vu se faufiler derrière votre oreille. Derrière vos yeux... »

l’oiseau humanoïde déjà effrayé par la violence de son confrère ne fut pas plus rassuré par les paroles étranges de la rousse. Elle esquissa un sourire plus chaleureux, changeant le ton de sa voix pour un discours plus anodin maintenant qu’elle avait toute son attention pour comprendre son discours bizarre.

« Nous avons trouver une plume, se pourrait-il qu’elle vous appartienne ? »

La mercenaire glissa un regard au fauve bleu afin qu’il présente l’objet qu’elle avait nommé sous le regard aviaire du potentiel coupable.

« Pas du tout ! » Se dépêcha-t-il de répondre en ouvrant en grand une aile. «  Elle est bien trop petite ! Voyez ? Mes rémiges font au moins cinq fois sa taille et mon duvet est bien plus large et aéré. De plus, ce n’est pas la bonne teinte. Les reflets de mes plumes sont plus verdoyant que bleu sombre. » Il secoua donc sa tête et son large bec sombre. La preuve devait lui paraître indiscutable.

Etait-ce le cas ? Elle n’était pas spécialiste des hybrides. Malgré la faible luminosité de l’endroit éclairés de bougies et de dorures, ses yeux tentèrent de percer le secret chromatique des plumes du volatile. Il y avait une ressemblance certes mais effectivement, les détails ne trompaient pas.

Elle secoua la tête vers son brutal accompagnateur. Le coupable n’était pas dans ses pattes griffues. Un autre emplumé alors ? De la même famille ? Plus jeune ? Cela concordait avec ses soupçons du début de soirée.


« Vous aviez l’air d’attendre quelqu’un ? Ou quelque chose ? Peut être pouvons nous vous aider dans votre recherche. »

Elle ignorait ce qu’en pensant la brute à ses côtés et guettait furtivement dans son regard un indice que ses lèvres ne trahiraient pas, alors qu’elle tentait de faire parler le volatile pas tout a fait innocenté encore.

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Fidèle à lui-même, le fauve maintient la même expression. Il a l’air simplement blasé. Les yeux plissés, les lèvres closes. Il se contente de fixer l’aviaire presque sans cligner des paupières.

Si c’était l’effet escompté, Bryke a réussi. Le corbeau n’a pas l’air des plus à l’aise. Il déglutit de manière audible, reportant son attention sur la rousse. Son regard fuyant régulièrement vers le fauve. A l’image d’une proie, au milieu de deux prédateurs.

« Avec la présence de ce malotru ? Non merci madame ! » se plaint le corbeau.

Comme muni d’un soudain gain de confiance, l’hybride se permet de relever la tête. A l’image d’un noble offensé, avant de tourner les talons et s’éloigner loin du duo.

Le ronso le fixe un bref instant. L’hésitation… Doit-il le suivre ?

Il finit par secouer négativement la tête, sa décision prise.

Il est bien trop grand pour avoir réussi autant de méfaits sans jamais être vu. Néanmoins, cela relève une hypothèse. Et si c’était un enfant ? Un enfant hybride ? Volant pour l’espoir d’un meilleur lendemain… Orphelin…

Ces simples pensées laissent un grognement remonté la gorge du fauve.

Il faut qu’il l’attrape, et vite.

C’est à cet instant, comme un coup de pouce d’Etro, qu’il remarque quelque chose.

Son grognement s’interrompt immédiatement, tandis que son regard se focalise sur un élément. Léger, flottant, dérivant au grès du vent. L’œil unique du fauve en suit sa chute, une plume.

Noir, brillante, en tout point semblable à celle qu’il tient entre ses griffes.

Bryke redresse immédiatement la tête vers le ciel, cherchant à en trouver la source.

Il entrevoit une forme, une ombre. Très petite, dépassant à peine du rebord du toit.

Le prêtre-guerrier se contente d’un bref signe de tête en direction de sa voisine aux yeux dorées. Cherchant à rediriger son attention vers le toit, sans rendre ça visible.

Son attention obtenu, Bryke vient s’écarter doucement. Se dirigeant jusqu’au pied de la maison, il vient se plaquer dos au mur.

Puis, il vient se laisser tomber à quatre pattes, avant de commencer à contourner la maison. Usant de son agilité féline, couplé à ses coussinets. Il ne fait strictement aucun bruit.

Contournant la maison, il se permet néanmoins un signe vers la rousse, lui indiquant le côté opposé à la maison.

Qui que soit ce voleur, ils vont l’encercler. Ou du moins, c’est ce que souhaite le fauve.

S’appuyant un peu plus sur ses pattes arrières, il commence à escalader. Lentement, très lentement.

Quelques prises par ci, et voici sa tête qui dépasse de plus en plus du toit.

L’œil unique du fauve s’arrondit un instant.

Qu’est-ce que ?

Devant lui, un nid d’oiseau. D’une taille moyenne, visiblement récent.

Et surtout, remplis de toute sorte d’objets brillants. Des guirlandes, des ornements, et d’autres babioles n’ayant d’utilité qu’un vulgaire reflet doré.

Le fauve reste accroupi, contemplant l’étrange amas. Avant de reporter son regard sur l’angle opposé.

La rousse s’y trouve-t-elle ?
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La brute bleu semblait décidée à résoudre cette énigme. Saisissant par le col d’éventuel coupable au petit bonheur la chance. Voilà que désormais il se prenait pour un monte-en-l’air ! Quelle audace, au milieu d’une foule parcourue de gardes attirés par les clameurs de vol. Lenore s’en amusa. Il commençait à gagner son intérêt malgré son mutisme. Ou peut être, justement, parce qu’il gardait sa langue ?

Sans la connaître, il lui accordait pourtant une certaine confiance, suffisante pour s’en faire une alliée dans son enquête et la traque de l’individu louche. Alors pourquoi ne pas jouer le jeu ? Elle allait pouvoir observer sans indiscrétion sa façon de gérer la chose, juger de ses capacités. Sa façon féline de se mouvoir et de sauter sur le toit en aurait fait un bon voleur. Voir un assassin s’il était doué en combat. Peut être finirait-elle avec deux nouvelles recrues, toutes deux hybrides, à ramener au Colisée…

La rousse contourna le bâtiment également, à la discrétion du passage des gardes. Lorsque plus aucune paires d’yeux indiscrets ne put être témoin de son escalade, elle rejoignit le fauve bleu et son air bougon.

La déception sur son visage provoqua un léger rire de la mercenaire. Tout ce remue ménage pour une pie voleuse.


« L’intrigante se préparait un nid douillet. La belle affaire. Les oisillons vont hériter d’un bel héritage ma foi. » Dit-elle avec amusement en s’accroupissant près du fauve.

« Que faire… détruire sa maison à la veille de la ponte pour satisfaire quelques aisés qui peuvent bien se passer d’une guirlande ou d’un bracelet ? … En tout cas, elle est douée. » Marmonna-t-elle en portant son coude sur un genou et soutenant son menton, prenant un air d’introspection.

Puis elle jeta un regard à l’autre animal. De quel côté allait-il se ranger ? qu’aurait-il à gagner dans tout cela ? La rousse, elle , savait pertinemment ce qu’elle avait à y gagner. Rien. Ou peut être un familier amusant. La pie. Non le fauve. Mais son intérêt pour ce dernier restait piquer au vif. Qui était-il et que faisait-il dans le coin pour tellement tenir à attraper le coupable de ces vols incongrus.
Avait-il quelque chose pour le retenir dans ce monde où les hybrides étaient aussi mal vu que des pillards ?

Elle s’imaginait déjà le ramener avec elle, au Colisée. Il fera grande impression dans l’arène. Grand, fort, étrange et si mystérieux par son mutisme.

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Qu’est-ce que cela l’agace…

Il pensait que ce serait facile, simple, un jeu d’enfant. Trouver le coupable, l’attraper publiquement, et rendre les affaires volées.

Mais ici…C’est bien plus complexe.

Évidemment, il pourrait récupérer les objets volés, essayer de les rendre. Mais…une pie ? Non, les habitants l’accuseraient lui. Que diraient-ils ? Qu’il rend les affaires volées par peur de se faire attraper ? Par regret ? Non, peu importe les raisons, aux yeux de tous, il sera le vil et perfide homme-bête, le responsable.

Pire encore, comment savoir ce qui appartient à qui ? Il y aura bien des profiteurs qui prétendront être propriétaire d’un des biens. Saura t’il les distinguer des véritables victimes ? Non, il en doute.

Son regard se pose à nouveau sur le nid. Un grognement lui remonte la gorge, se changeant peu à peu en soupir. Il va devoir laisser les objets là… Non par respect pour l’oiseau, mais par faute de moyen. Les créatures comme lui ont déjà sale réputation, hors de question d’enfoncer encore plus.

Le ronso se redresse, soufflant audiblement par les narines. Ce que cela l’agace…

Son regard fini par se porter sur la rousse. Peut-être est-elle aussi déçu que lui ? Non, son sourire prétend le contraire.

Le prêtre-guerrier fronce les sourcils un instant, avant de porter sa main griffue à sa bourse.

Il l’entrouvre, regarde à l’intérieur, compte les munnies.

Puis, d’un geste sec, il la lance en direction de la femme aux yeux dorées.

Une cinquantaine de munnies.

En temps normal, il n’aurait très certainement pas fait l’effort. En temps normal, il aurait grogné, il aurait forcé les individus à l’assister. Il n’aurait pas ressenti la moindre nécessité à son égard. Hors ici, dès le début, elle s’est montré coopérative. Et c’était… rafraichissant en soi.

Se pensant grand seigneur, le fauve se détourne de sa comparse, se laissant retomber dans la ruelle. Il atterrit à quatre pattes, avant de se redresser.

Visiblement, le fauve est bien décidé à reprendre sa ronde. Même si ce voleur n’est plus une préoccupation, il ne doit pas relâcher son attention.

Qui plus est, il préfère s’éloigner des lieux. Du moins, pour le moment.

Avec ses escapades sur les toits. La dernière chose qu’il voudrait, c’est qu’on l’accuse d’avoir lui-même planqué de tels trésors en hauteur.

Comme s’il accordait la moindre importance à quelques bracelets et autre guirlandes…

Une pensée lui traverse brièvement l’esprit. Et la rousse ? Elle a vu où se trouve les objets volés, elle pourrait décider de les prendre avec elle ?

Le fauve se masse le museau un bref instant, avant de reprendre sa route.

Non, elle n’avait pas l’air d’une voleuse, encore moins d’une femme appâtée par le gain. Du moins, essaye-t-il de s’en convaincre.
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Qu’est-ce que c’était que ça ….

Le sourire de la mercenaire mourut de lui même.

Elle n’était pourtant pas la première à cracher sur de l’argent. Mais pas de cette manière méprisante. Il lui avait jeter son aumône comme il l’aurait fait à un clochard sans intérêt. Lui tournant le dos. Pour qui se prenait il ? Devait-elle lui lancer une lame dans le dos pour lui apprendre la politesse ?
Elle plissa les yeux alors qu’il redescendait de façon si alerte et féline. Ne lui accordant absolument aucun égards.

Il avait beau être muet, elle comptais le faire chanter des excuses. Elle voulait qu’il la regarde avec quelque chose dans le regard, n’importe quoi. Haine, soulagement, surprise, peu importe, n’importe quoi mais pas d’indifférence ni de pitié.

La rousse gagna elle aussi les rues en contrebas, dans le silence d’un pas d’assassin. Le temps de juger de la présence des gardes et des piètres enquêteurs d’un jour, elle vint harmoniser son pas à celui du fauve bleu. Elle arriva rapidement à sa portée, de dos. Mais au lieu de lui glisser une lame entre les épaules, une idée illumina son regard. Elle le dépassa, le bousculant d’une tape à l’épaule sonore. Un petit pas de danse, tournant sur elle même avec un sourire joyeux peint à son visage et la voilà qui fit une référence bloquant le passage de son nouvel ami. Se redressant, elle lui jeta la bourse qu’il lui avait céder.

« En voilà des manières. Ne comptez pas vous échapper si facilement mon ami. Vous m’avez volé ma voix et de mon temps, je compte bien obtenir au moins votre nom en compensation. »

Il resta planté là, immobile, grognon et toujours aussi muet. Mais elle ne comptais pas lui laisser de répit.

« Allez, je sais comment faire. » Elle vint lui prendre sa patte poilue pour le tirer par le bras vers le premier chalet d’alcool venu, commanda un verre et y plongea son doigt. Elle écrivit ainsi au précieux liquide sur le comptoir, au grand dam du vendeur.

« L-I-N-D-S-A-Y. Lindsay, c’est mon nom. Pour vous servir. A votre tour ! J’espère qu’à défaut de savoir parler, vous savez au moins écrire. »

Elle souriait en tendant le verre vers l’animal, espérant que ce soit le cas. Si elle devait commencer à jouer aux charades ou aux rébus pour un nom, la soirée risquait d’être très longue avec un être aussi butté qu’avait l’air d’être l’hybride. Mais son nom ne suffirait pas… qu’allait-elle donc bien lui réclamer après cela ? Et combien de temps arriverait-elle à l’obliger à ses caprices… Voilà qui rendait cette pause dans son voyage des plus intéressantes. après tout, elle pourrait bien revenir récupérer la pie et le butin plus tard...

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S’il devait féliciter la jeune femme pour une chose, c’est bien d’avoir réussi à le rendre perplexe.

Qu’elle le suive, soit, certains sont des pots-de-colles nés, ça arrive. Mais qu’elle lui rende sa bourse ? Qu’elle essaye de sociabiliser à la place ? Qu’elle demande ça en guise de récompense ?

Il ne comprend pas, Bryke ne comprend pas.

Quel intérêt ? Pourquoi ? Elle avait des munnies entre les mains, c’est bien ça que veulent tous les humains non ?

L’œil unique du fauve se pose sur elle à nouveau. Est-elle une femme si désireuse d’aider qu’elle ne veut aucun dédommagement à la place ? Il a entendu parler de ce type d’individu. Ces personnes qui voyage entre les mondes, privilégiant les rencontres au reste. Même auprès de lui ? Un hybride, une bête, un fauve. Ces créatures… que les humains, habituellement, préfère éviter. Mais qui ferait vraiment ça au juste ?

Qui… Qui est-elle ?

Non, il ne comprend définitivement pas.

Son air d’incompréhension est vite détourné par le verre.

Autour de lui, plusieurs clients viennent s’écarter. Marmonnant dans leurs barbes quelques propos racistes. La peur de recevoir dans l’un de leurs verres, quelques poils bleus, primant sur tout le reste.

Ecrire son nom avec de l’alcool ? Combien de temps va-t-elle encore réussir à le surprendre, cette rousse ?

Le ronso redresse sa main griffue, hésitant un bref instant.

Ecrire…

Sidhe, son traducteur, avait eu la même réflexion. Pourquoi n’écrit-il pas au juste ? N’a t-il jamais appris ?

Faith, son ancienne coéquipière avait bien essayé de lui apprendre. Insistant, encore et encore. Mais Bryke n’a jamais apprécié.  Il trouve l’alphabet humain compliqué, trop éloigné de celle ornant les plus vieux temple ronso. Par manque de patience, autant que par mépris, il ne s’est jamais accroché à l’enseignement. Et bien qu’il réussisse à lire et écrire la base, cela lui prend beaucoup trop de temps. Du temps qu’il préfère répartir ailleurs.  

La griffe du fauve vient se tremper dans le verre, tandis qu’il vient écrire à l’aide des gouttelettes.

Les lettres qu’il forme n’ont rien d’un langage connu. L’ancien alphabet de son peuple, celui qui n’est appris que parmi la caste des prêtres-guerriers.

Scintillant et parfumé Bryke10

Pour autant, le ronso ne se moque pas de la jeune femme. Il a bien écrit son nom, de la manière la plus proche qu’il soit.

Bryke redresse la tête vers elle. La pupille de son œil unique se mouvant d’un cercle vers un trait vertical.

Ses babines s’entrouvrent dans le coin gauche de sa gueule. Dans un fin rictus presque… Joueur ? A moins que ce ne soit carnassier ?

Quelle étrange soirée, voilà qu’il s’amuse.
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Elle avait réussis. Son regard avait changer. Elle voyait son reflet dans les iris fendus du fauve bleu. Il la regardait enfin. Mieux encore, il avait cette attention tournée vers elle, une étincelle d’amusement ou de défi, de chasse. Voilà qui plaisait bien mieux à la mercenaire.

L’écriture, par contre, ce n’était toujours pas ça. Des dessins étranges, des caractères qu’elle ne connaissait pas et qui , au vu de la réponse du marchand d’alcool dans le chalet, n’était pas du langage local. Autant dire qu’elle n’avait toujours pas obtenu son nom. Mais vu son regard, cet échange de politesse était devenu un défi. Parfait. Elle n’était pas femme à  le laisser passer.

« Je vois qu’on est joueur… Je vais vous appeler Bob. En attendant. »
Elle gardait un sourire sur son visage, comme un masque du comportement des vivants. Uniquement parce que ce lui serait plus utile dans cette situation. Plus il serait en confiance, plus le jeu durerait.
« Donc, Bob, les règles sont ainsi… Tu ne parles pas, tu n’écris pas. Il est pourtant hors de question de m’avouer vaincue. »
Les doigts de sa main gantée tapotaient le comptoir du chalet, avec la raideur métallique pour deux d’entre eux à laquelle elle s’était habituée. Comment allait-elle donc percer ce mystère.
« Je sais ! Je vais donner des sonorités, et toi, Bob, tu me fait un signe quand je trouve la bonne. » Elle écarta les mains puis tapa un petit coup sur le comptoir pour afficher la confiance en sa technique. C’était logique. Simple, efficace…. Il fallait juste espérer, d’une qu’il joue le jeu, mais cela semblait être le cas à son hochement de tête et sa position immobile. De deux, qu’il ne possédait pas un nom à ralonge  et particules tombant dans le fin fond de l’alphabet… Ils y passeraient la nuit sinon.

« Commençons donc. A~ … Beuh~ ... »
Malgré le ridicule de la situation, le fauve fit un signe. Voilà qui était encourageant ! Ils avaient au moins la chance de taper dans le début de l’alphabet. En étant méthodique, elle ne pourrait pas se rater. Lenore continua d’ignorer les remarques stupides et acerbes de passants et resta le regard ancré dans l’œil du fauve. Les autres n’étaient que des moutons imbéciles. Elle ne connaissait personne dans le coin alors se rendre ridicule n’avait pas d’impact non plus, elle pouvait se le permettre.

« Ca fait déjà une ! Dit-elle en dressant l’index devant le museau du fauve d’un air victorieux. Donc… Ba~ … Beuh~… Bi~… Bo~… Bu~… Non, toujours rien ?… hm on va devoir donner dans le plus complexe. Elle réfléchit un instant, si ce n’était pas une voyelle simple alors peut être une double voyelle. Bouh~… Bai~… Bau~… Baïlle~… Boy~… Boi~...Bui~… Non toujours pas … Elle passa une main sur sa joue, pensive. Alors qu’il hochait la tête négativement avec son air supérieur. Elle trouverai bien en essayant encore. Une double consonne donc. Les choix s’amenuisaient à son avantage. Bleuh~… Breuh~... »

Il fit un signe. Elle s’approchait de la vérité et à chaque tentative, les chances de trouver grandissaient. Elle accélérait son débit de tentative.

« Un bon début. Après, ça ne peut être qu’une voyelle. Bra~… Breu~… Bri~… Bro~… Bru~… Toujours pas… une voyelle complexe alors. Brouh~… Brai~… Brau~… Braille~... Broy~...»

Un signe pour confirmer. Une grimace, s’il on puis dire, pour concéder une petite victoire à son adversaire.

« Broy ? .. non ? Braille  alors? D’accord. Elle hocha la tête pour confirmer sa compréhension. Il y a combien de syllabes ? Histoire que je saches si je dois boire un verre tout de suite avant de m’assécher la voix. » Son ton prenait le cour de la plaisanterie, ses yeux se plissèrent d’amusement. Sans pour autant quitter celui du fauve face à elle.

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Quelle étrange femme. Est-elle si têtue pour ne pas lâcher l’affaire ? Ou simplement dispose-t-elle de bien trop de temps à perdre ?

Elle est créative et déterminé, ça, le fauve ne peut le nier. Cela fait combien de temps maintenant, qu’il a quitté le mont Gagazet pour la première fois ? Des années…Et durant tout ce temps, personne, oui, personne, ne s’est acharné à jouer un jeu pareil.

La main griffue du fauve se redresse, repliant tous ses doigts sauf son pouce et son index. Deux syllabes.

De quoi visiblement redonner de l’entrain à la rousse. La voilà qui repart à la charge.

« Bien, ça nous laissera du temps pour autre chose. » commente-t-elle.

Le fauve lui, plisse brièvement les yeux. Son œil unique se perdant vers le lointain. Non, il ne peut pas se permettre de s’amuser toute la soirée. Il est toujours un membre du Sanctum, et tous ces humains. Aussi raciste soient-ils, sont sous sa responsabilité.

S’il venait à arriver quelque chose de mauvais. Comment sa supérieure prendrait-elle le fait qu’il se trouvait ainsi durant les faits ? A s’amuser, accouder à un bar ? Certes, il n’est pas le seul. A dire vrai, bien la majorité des gardes font de même. Et plus encore ont descendu quelques bouteilles d’alcool.

Mais Bryke ne veut pas être comme eux. Bryke est sérieux, un aspirant qui veut aller loin. Est-ce à ces personnes pompettes que l’on offre de plus grandes responsabilités ? Non.

Le prêtre-guerrier redresse la tête vers la lune. Elle est toujours là, brillante, pure, illuminant le ciel. Encore une heure, pas plus. Se promet le fauve.

« Braille Ba~ … Beuh~… Bi~… Bo~… Bu~ »

Visiblement, cette absence a suffi à la faire progresser jusqu’à la lettre B.

Bryke reporte son attention sur elle, secouant négativement la tête. Il se permet également un bref signe de sa main griffue, l’invitant à sauter quelques lettres.

« Braille Ka~ … Braille Keuh~… »

Ah, elle s’en rapproche. Quelle pensée amusante. Deux humains savent le prénom du fauve. Faith, qu’elle a appris après beaucoup de temps. Cassandra, via l’aide de Sidhe. Et bientôt cette femme, par pure acharnement.

Les yeux du fauve se plisse à nouveau, ses babines s’entrouvrent brièvement. Un bref souffle s’échappe de sa gueule, amusé. Oui, cette pensée l’amuse par l’improbabilité qu’elle provoque.

« Braille Krouh~… Braille Krai~… »

Voilà que l’oreille droite du fauve vient d’être prise d’un soubresaut. C’était proche, très proche.

« Braille ké~ ? »

Nous y voilà.

Le prêtre-guerrier vient sobrement hocher la tête.

Et de trois humains, donc.

Là où chez certaine culture, le nom est puissant. Quelque chose qu’il ne faut pas donner à la légère. Ce n’est pas le cas chez le peuple ronso. Ils ont déjà toute leur attention dirigée vers la voix.

Et c’est en soit-ce qui est amusant. Combien de fois Bryke a t-il signé son nom ? Il y a eu avec Jennay, puis Cassandra, puis le jeune Rat… Tant de personnes, qui n’ont jamais réussi à le comprendre.

Son œil indemne reste un peu plus longtemps sur la rousse. La couleur verte-azur sublimé par les reflets des lumières voisines. Comme… Luisant.
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« Brailleké…. Une première victoire, ça se fête ! »

Lenore commanda deux nouveaux verres et en poussa un vers le bord du comptoir, que son nouvel « ami » en veuilles ou non. Il semblait bien prendre la chose, sa mine austère s’étant naturellement modifié en amusement. Il avait lever son œil vers le ciel, un signe d’impatience, et vu son comportement dans la soirée, cela semblait un trait plutôt habituel de sa personnalité, et pourtant il restait là à ses côtés à la regarder et à attendre plus d’elle, rien de précis, mais il attendait une suite… Elle avait réussis.

Et maintenant ? Quelle information lui soutirer puisqu’il n’attend que ça ? Il était impatient, et pourtant il restait là… Comme si, ce qu’il avait à faire au final se déroulait dans ce lieu malgré tout. La rousse pris son verre et jeta un regard alentour sur le marché. Il n ‘avait rien à voir avec un marchand, il serait vite retourner à son chalet ou à son patron. Il ne cherchait pas particulièrement à acheter ni même à regarder les produits. La seule chose qu’elle l’avait vu faire, c’était se balader avec son regard dur et enquêter. Malmenant même un de ses camarades hybrides sans ménagement.
Cherchait-il quelqu’un ? Il n’avait pas sembler s’inquiéter de la réaction des soldats alors qu’il secouait comme un prunier le volatile humanoïde. Eux même n’avaient pas réagit plus que cela à son acte. Sa race semblait pourtant mal venue dans cette ville au moins…

Le regard de la rousse revint à son ami poilu. Son armure métallique rouge bien entretenue. Son long fourreau fin accroché à la taille. Il ne cachait même pas son aspect guerrier. Les soldats le laissaient faire… Etait-il de la maison ? Il y avait de fortes chances, et pourtant l’hostilité de la population envers lui ne tenait qu’à sa race, et était à peine cachée… D’autant plus intéressant donc. Le Sanctum laisse bien des largesses à sa population.


« Dites-moi… Enfin façon de parler... » Reprit la mercenaire sur un ton léger. « Une dernière question et je vous laisse reprendre votre ronde. » Elle observait sa réaction. Comprendrait-il qu’elle avait deviner son métier ? « Êtes-vous muet de naissance ? Ou vous a-t-on couper la langue ?… Non ?… Un vœu de silence alors ? » Elle ne voyait pas d’autres possibilités. Un choix étrange. Elle ne comprenait pas ce genre de choix de vie des moines. Cloitrés, s’autoflagellant, et pour quoi ? Pour la voix inaudible d’un être qui ne se manifestait jamais et laissait les pires atrocités se propager ? C’était ridicule. Mais ce n’étais pas l’endroit pour affirmer ses convictions.

« Borgne et détesté parce que vous êtes hybrides… Ça ne vous suffisait pas comme handicap ? » Se mit-elle à rire. « Je ne sais pas ce qui vous retient ici, mais j’espère que ça en vaut bien la peine… Je ne pourrais pas, personnellement. Je suis certaine que vous pourriez trouver mieux ailleurs. Un endroit où on ne cracherait pas dans votre dos pour quelques poils bleus. Ou votre valeur serait vraiment reconnue pour ce qu’elle est. Ça ne vous tenterait pas ?… Je connais un endroit comme celui-là, si ça vous intéresse. Même si vous aimez vous faire cracher dessus, d’ailleurs… »

Elle esquissa un sourire avant de boire son godet. Elle ne s’attendait pas à ce que ce soit si facile, mais après tout , le poids de la haine de ceux qu’il devait protéger, pouvait fragiliser bien des armures et des fois.

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Il connait un lieu comme ça.

L’œil unique du fauve se perd un instant dans le lointain. Un lieu de neige et de glace, d’haute altitude et de vent cinglant. Un village simple mais fonctionnel, le crépitement du feu à l’intérieur d’une des huttes. Des fauves à la fourrure bleu, noir, voir jaunâtre. Tous muni d’une corne, vaguant à leurs occupations. L’un d’eux s’arrête un instant, redressant le regard vers le sommet de la montagne. Une prière silencieuse s’échappant de ses mains griffues.

La maison…

Le ronso s’ébroue un instant. C’est un temps révolu, il ne peut pas y retourner. Pas maintenant. Si ce n’est pas lui, qui d’autre au village ? Personne, personne n’a ouvert les yeux comme lui l’a fait.

Cette simple pensée ravive la flamme dans sa pupille. Oui, il n’est pas ici par défaut. Il ne supporte pas ce peuple méprisant par manque de choix.

Le fauve secoue négativement la tête à la rousse. Son intérêt n’est pas ailleurs, non, ça, il en est certain.

Un lieu où personne ne crache dans le dos pour une différence. Quelle jolie utopie.

« Une dernière question et je vous laisse reprendre votre ronde », telle était ces mots avant le discours.

Elle a raison, il est l’heure de reprendre sa ronde. Le fauve se décale du chalet. Contemplant le verre toujours sur le comptoir.

Quelle ironie. Lui qui avait voulu lui offrir des munnies pour son service. C’était retrouvé à un bar, avec un verre payé par cette même demoiselle.

Qu’avait-il seulement à lui offrir ? Les munnies ne semble définitivement pas l’intéresser.

Bryke vient ouvrir sa sacoche, fouillant à l’intérieur. Non, définitivement pas grand-chose à même de la remercier.

Si ce n’est… ?

Perdue au fond de sa sacoche, une sphère lumineuse, d’une couleur azur. Il en a ramené plusieurs avec lui du mont Gagazet. Ces minéraux, qui lorsque secoué, reproduise le son qu’elles ont entendu lorsque à l’envers. Ces pierres qu’il utilise pour faire ses rapports lorsqu’il est seul dans sa tour.

Évidemment, cette dernière est vide. Mais qui sait, peut-être son exotisme l’intéressera mieux. Elle, qui semble tant apprécier parler.

La sphère fermement tenu dans sa main griffue. Il vient la tendre vers son étrange rencontre. Pas question de la lui jeter cette fois.

Ses doigts se retirent, laissant le précieux objet tenir en équilibre dans sa paume.

D’un geste lent et maîtrisé, il vient redresser la main. L’incitant à s’en emparer.

Autour d’eux, plusieurs passants lancent un regard curieux à l’objet. Sa lumière et son apparence cristalline attirant à n’en point douter.
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Lenore prit l’étrange sphère et comprit aussitôt qu’il n’avait plus rien d’autre à lui offrir. Il avait répondu d’une façon ou d’une autre à ses interrogations et maintenant il comptait retourner à son activité normale. Elle ne s’y opposa pas. Elle avait glané tout ce qu’elle pouvait de lui ou presque.

Elle le remercia en souriant et vint même le prendre dans ses bras pour lui montrer qu’elle appréciait le geste. Il s’était raidit sous le geste mais elle avait été trop rapide pour qu’il l’esquive. Il ne devait pas avoir l’habitude. La mercenaire fit voler la sphère brillante en l’air et la rattrapa simplement, avant de lui faire un geste d’adieu. Il regagna les allées du marché, lui abandonnant son verre d’alcool qu’elle ne refusa pas de boire. Puisqu’il n’y avait plus rien à prendre de cet endroit, autant regagner son vaisseau. Il devait être rechargé désormais.

Malgré tout, s’éloignant tranquillement du marché par les petites ruelles, elle laissa son regard caresser les marchandises. Sa main tapota la poche dans laquelle elle avait enfourné rapidement la bourse du fauve bleu pendant que son attention était sur le cadeau lumineux qu’il lui avait offert. Elle ne devait pas oublier de récupérer le butin du nid de pie… Allait-elle également récupérer l’animal ? Il avait déjà un don pour le vol, il ne restait plus qu’à terminer son dressage pour en faire un familier fidèle.

Elle dépensa quelques munnies du muet pour des biscuits secs faciles à émietter pour appâter la chapardeuse. Lenore se glissa de nouveau dans l’ombre des chalets, évitant les gardes et les regards des marchands en quête de clients. Son masque souriant avait quitter son visage. Elle n’avait plus personne à charmer ni attendrir. La pie se suffirait d’un estomac plein. Il n’y avait plus besoin de faire semblant.

L’animal fut réticent, protégeant son nid et son trésor. La rousse du subir quelques coups de becs avant que son offrande pâtissière ne soit acceptée, d’autres protestations lorsqu’elle saisit avec délicatesse l’ouvrage de brindilles tissées de guirlandes dorées. Elle redescendit du toit et regagna les bois, lentement pour que l’oiseau se décide à la suivre et à accepter ses miettes. Malheureusement, l'animal finit par s'enfuir définitivement avant d'arriver au vaisseau... Lenore en était déçue mais elle pouvait désormais regagner le Colisée avec quelques butin. Elle n’en tirerait pas autant qu’elle aurait pu du fauve bleu mais ce n’était après tout pas si mal pour un arrêt imprévu. Elle réfléchirais plus tard à la valeur de cette sphère azur qu'il lui avait offert comme un objet précieux.

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