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« -Dites monsieur Fiathen, il y a quoi dans cette boite ? Ca couine et ça gigote sans arrêt…
-C’est juste des souris que j’ai attrapé dans un vieux cellier Thomas. Relax.

-Vous avez tenté de nous entrainer dans une messe noir il n’y a pas deux semaines donc excusez nous d’être un peu méfiant.

-C’était pour de faux ! Et j’me suis déjà excusé, soyez pas rancunier. Et, promis, cette fois ce sera rien d’aussi flippant.

-Ouais vu que tout ce que vous nous avez permit d’emporter avec nous c’est des dagues de combat et nos gourdes j’ai quand même quelques doutes.

-Vous avez vos armures aussi, non ? Rha et puis prenez donc exemple sur Conrad, est-ce qu’il se plaint lui ? »

Effectivement, toujours fidèle à lui-même notre armoire à glace  marchait en silence. Le fait de devoir tracter mon chariot et son occupant sur les sentiers irréguliers de la forêt aux étangs ne semblait pas le déranger plus que ça.

J’avais eu quelques états d’âme à lui demander de me tracter mais c’était nécessaire si j’voulais pas finir épuisé à force de lutter contre ces foutues faux-plats. Mon souffle s’arrangeait pas et j’aurai probablement besoin d’être relativement en forme pour la leçon d’aujourd’hui.

Au bout de quelques centaines de mètres je nous fis finalement bifurquer du sentier principal vers une petite clairière que je savais relativement loin de toutes habitations. Je m’étais dit qu’il valait mieux un coin assez calme pour permettre aux jeunes de s’entrainer sans risque de balle perdue. Et puis c’était aussi un endroit du Domaine où on trouvait assez régulièrement des sans cœurs, ce qui ne gâchait rien. On était pas là pour enfiler des perles après tout.

Posant près de moi la sacoche pleine de caillasse que j’avais emporté je m’adressai aux élèves.


« -Ok, ici on est pas mal. Thomas tu peux lâcher ta caisse percée on n’ira pas plus loin.

-Bon du coup qu’est-ce qu’on fait ici ?

-Et bien ça fait un petit moment depuis la dernière séance et normalement vous savez tous lancer des sorts à peu près sans problème. Donc déjà une petite question : combien vous pouvez en lancer sans temps de repos ?

-Quatre

-Cinq

-Sept.

-Ok, très bien, pour un début c’est pas mal. L’objectif d’aujourd’hui ça va être de vous habituer à vous en servir dans des conditions de combat. Mais avant de rentrer plus dans le détail on va attendre un dernier gus.

-Ah ? Il y a quelqu’un d’autre avec une affinité élémentaire au Sanctum ?

-J’sais pas si il en a une, mais de ce que j’ai entendu il manie déjà bien la magie et je voudrais voir où il en est. Néréine tu le connais peut être déjà vu que c’est un aspirant de chez vous. Un grand tigre bleu si j’ai bien compris.

-Heu…non ça me dit….ah si ! Oui je crois que j’en ai déjà entendu parler. Le paladin-en-chef en avait fait son aspirant. Mais je croyais qu’il avait déserté il y a des mois.

-Apparemment il avait juste une grosse mission à faire et il est rentré il y a quelques jours. Bon commencez donc à vous échauffer en attendant, vous allez bouger un peu aujourd’hui. »

Et pendant que mes jeunes commençaient à trottiner autour de la clairière je me mis à sonder les alentours pour guetter l’arrivée du tigre.

En vrai j’étais assez curieux de voir ce qu’il avait dans le ventre. J’en avais un peu entendu parler à l’époque où il avait forcé le respect de Cassandra au point qu’elle l’avait prit sous son aile, à ce qu’on m’a dit il utilisait la magie d’une drôle de manière.
Peut être que ça pourrait inspirer mes jeunes d’une manière ou d’une autre ? Peut être même qu’il pouvait m’apprendre deux ou trois trucs après tout. Et au pire ce serait intéressant de…


JAUNE FOUDROYANT

Oui. Ca risquait d’être intéressant.
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La branche craque sous le poids du fauve. Il se tient ainsi, dans son arbre, ses griffes fermement enfoncé dans l’écorce. Tout autour de lui, une forêt, paisible, calme, mais pour combien de temps ?

Une brise vient à lui, lui apportant les effluves de l’hiver, les noix de pins, et le chloroforme des plantes endormies sous une fine couche de neige. Mais aussi, des odeurs plus étrange, anormal, brisant l’harmonie de la nature.

Son oreille droite vient s’agiter d’un bref spasme. Il entend quelque chose, un sans-cœur ? Non, des voix, encore lointaine, mais…

« ♪ Promenooons-nous, dans les boiiis. Pendant que le sans-cœur n’y est paaaas ♪ »

Bryke vient lentement grincer des crocs. Sidhe…

Effectivement, la peluche, à l’effigie d’un chat noir et blanc, n’a visiblement pas compris le concept de discrétion. Le coin est isolé, connu pour habiter parfois des sans-cœur, mais non, rien à faire.

Le fauve baisse lentement la tête pour mieux fixer le chanteur amateur. Il est adossé sous l’arbre soutenant le ronso, continuant sa comptine tout en tournant bêtement autour du tronc.

L’œil unique du fauve vient projeter quelques regards noirs, avant de se fermer un bref instant. Bryke soupire, à quoi bon essayer de se la jouer prédateur et prudent avec ce boulet entre les pattes ?

D’un air aussi nonchalant que blasé, il vient se laisser tomber de sa branche. Retombant sans un bruit au sol, et se redressant dans la foulée.

« Mais fait pas cette tête rooh m’sieur ronso ! T’es attendu dans le coin en plus ! Aaaah, je viens de comprendre ! Tu voulais faire une petite entrée bien classe ? Genre, BWAHAHA je suis le ronso classe qui se la pète ! Regardez-moi avec le vent qui passe dans la fourrure ! »  

Bryke lâche un soupire à nouveau, il n’a…vraiment rien compris.

Qu’importe, le fauve se décide à avancer vers la source du bruit, bien que restant sur ses gardes. Evidemment, pour quelqu’un de naïf comme Sidhe, ça ne peut être que des amis, ceux-là même qui ont convoqué le ronso. Mais pour le prêtre-guerrier, il ne faut jamais laisser la place à la certitude. Des bandits profitant du lieu déserté ? C’est tout aussi plausible.

D’autant plus problématique qu’il n’a pas son katana avec lui. Premièrement car tel était la demande de celui qui l’a convoqué. Et deuxièmement car son périple au mont Gagazet a grandement endommagé la fine lame.

L’œil du ronso se pose un instant sur sa main, observant ses différentes griffes. Dans un bref réflexe, il vient refermer puis entrouvrir la main. La nature a toujours souri à son peuple, fournissant des armes naturelles pour qu’ils ne soient jamais démunis. Des griffes comme des rasoirs, des crocs et une mâchoire puissante, une bonne ouïe, et un odorat développé.  

Les voix se font de plus en plus net, malgré la neige omniprésente absorbant les sons.

Le fauve pousse une branche de sa main griffue, s’aventurant enfin dans la clairière. La source du bruit enfin dans son champ de vision.

Quatre individus, plus différents les uns que les autres. Un grand gaillard n’ayant rien à envier aux colosses, un jeune maigrichon au regard fuyant, une demoiselle à l’expression d’une lionne féroce. Et un vieil homme aux yeux bleus glacé.

Que des humains…

Bryke s’avance jusqu’à eux, son museau remuant brièvement.

Il n’a jamais rencontré ces individus, et leurs odeurs encore moins.

Une senteur de terre sec, presque aride, pour le costaud.
Un air âcre et amer pour le faiblard.
Un effluve de cendre et de poussière pour la demoiselle.

Et enfin…

L’œil indemne du fauve vient se concentrer un peu plus sur le vieillard. S’il conserve son apparente inexpressivité sur son visage, Bryke est particulièrement intrigué.

Son odeur…Lui rappelle la maison ? L’odeur du Mont Gagazet ? Une odeur de glace, de lichen…Oui, cela semble correspondre. Mais il y a autre chose, quelque chose par-dessus…Une odeur de pollution, de sang, et de poudre noire.

Le prêtre-guerrier vient un peu plus l’observer. Des marques de batailles ? Mm, plus comme des cicatrices de coupures, qu’est-ce qui a pu lui arriver ? Et surtout…ses jambes…

Les sourcils du fauve viennent se froncer un bref instant, avant qu’il ne redresse la tête vers lui à nouveau.

« Salut la compagnie ! Moi c’est Sidhe ! C’est un plaisir de vous rencontrer ! » s’exclame le chat en peluche.

Bryke fait une légère moue blasée. Ce que cette créature peut jouer avec ces nerfs…

« Bah alors m’sieur ronso ? Tu ne te présentes pas ? Ce n’est pas poli hein ! »  

Et il recommence…

Le ronso s’approche, redressant ses mains pour venir les joindre. Son poing gauche maintenu dans la paume de sa main droite. Avant de s’incliner respectueusement dans la plus pure tradition ronso.

Il reste ainsi un moment, avant d’enfin reprendre une posture plus décontractée.

“< Bry > < Ke > ; < Possession > < Clan > < Ronso >” Signe-t-il de ses mains.

Le chat en peluche observe attentivement, avant de reporter son regard sur les présents.

« Il dit s’appeler Bryke, du clan Ronso »
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« -Hé bah Bryke, Sidhe, bienvenue par ici. » Dis-je en tentant d’afficher un sourire accueillant.

Un petit chat et un grand chat, donc. Ou plutôt un petit chat et un très très grand chat genre pas commode. Il semblait aussi muet que prévu mais malgré son air impassible son salut prouve qu’il en a pas rien à foutre de nous. Probablement pas un grand déconneur mais pas un asocial complet non plus. Et dans la mesure où j’avais mis plus de deux ans à saluer mes collègues de patrouille j’allais pas me formaliser d’un manque de sourire.

De son côté le chaton m’intriguait pas mal aussi, il avait une présence magique mais pas de cœur, franchement chelou. M’enfin si il était avec l’autre c’est qu’il devait pas être bien dangereux.

Me tournant vers mes trois élèves qui s’étaient rangé en ligne derrière moi je les indique tour à tour du doigt :


« -J’vous présente Conrad, Néréine et Thomas, et moi c’est Fiathen, l’instructeur de magie du Sanctum

-Salut. »
Se contente de répondre la miss avec un léger sourire, tandis que le géant hoche simplement la tête en entendant son nom. Thomas, dont le courage semble être légèrement mis à mal par la présence d’un carnivore plus grand que lui, bafouille de son côté un murmure qui pourrait aussi bien être une formule de politesse qu’une prière à Etro.

Ok les présentations c’est fait, inutile de trainer plus que ça vu l’ambiance pour le moins sérieuse. Faisant signe à mes ouailles de se ranger en arc de cercle devant moi je reprends.


« -Bon si vous êtes ici c’est que vous avez tous une prédisposition à la magie. Mais le truc c’est qu’il y a une différence entre s’amuser à lancer une boule de feu dans une cour déserte et le faire sur un champ de bataille en pleine action. Si j’vous ai fait tous venir ici c’est pour deux choses : vous habituer à vous servir de votre magie dans des combats réels mais aussi vous entraîner à vous battre avec d’autre mage. Et, de manière plus générale, avec d’autres personnes autour de vous.

La magie c’est pas une bête épée qu’on a bien en main et dont on voit direct la portée, il faut toujours estimer la zone et la trajectoire de nos sort pour pas cuire le cul d’un collège. Ca demande un peu d’expérience  et tant qu’à faire ce serait pas mal que vous soyez tous à l’aise avec ça avant la prochaine attaque de la coalition. »

Me tournant vers Bryke je repense un instant à ce qu’on m’a dit de son combat contre Cassandra et j’ajoute rapidement.

« -J’sais pas si t’as déjà l’habitude de tout ça, si c’est le cas désolé. Les trois autres sont des débutants en la matière et faut bien commencer quelque part. Ceci dit je pense que ça peut être utile pour tout le monde de voir des manières différentes d’incanter ou d’se battre. Et d’toute façons Néréine et Conrad sont des soldats entraînés, ça peux pas te faire de mal de t’habituer aux combats avec des collègues. Pis d’ailleurs si tu veux donner des conseils ou quoi hésite pas. J’pense pas que ça puisse nous nuire. »

Bon vu son air pas franchement des plus social il y avait probablement plus de chance que Cassandra se mette à prendre des cours de lap dance avant que notre fauve se lance dans un cours de magie mais après tout on savait jamais. Faisant une pause pour reprendre mon souffle j’en profite pour scanner les alentours et…non toujours personne. Bien.

« -J’vais bientôt arrêter d’vous casser les oreilles et on va passer au première exercice, mais juste avant vous voyez cette caisse là ?
Dis-je en tendant la main vers la caisse percée d’où s’échappait de petits couinements. Si l’un d’entre vous arrive à me dire précisément combien y a de rongeur dedans avant la fin de la séance en se servant uniquement de ses sens magiques il  gagne dix munnies. Pour rappel c’est pas plus compliqué que d’sentir votre propre magie, faut juste encourager votre perception à sortir de votre carcasse. Ressentez la magie présent en vous dans…dans votre main par exemple et ensuite focalisez vous sur votre environnement proche, vous verrez ça va finir par venir.»

Pour le coup je prenais assez peu de risque. Je savais que mes trois élèves humains avaient peu de chance d’éveiller leur détection magique aussi vite. En fait je l’avais surtout amené pour le fauve, j’étais assez curieux de savoir de quelle capacité magique il était doté. J’espérais juste qu’il allait pas tricher, pour avoir pas mal traîné avec des habitants de Sherwood je savais que les gars comme lui avaient souvent des perceptions de bâtards. Si ça se trouve il pouvait entendre le pouls des rongeurs où sentir l’écoulement du sang dans leurs veines, une connerie dans le genre.

« -Bon et maintenant place à l’action. Pour commencer vous allez tous à tour de rôle utiliser votre sort le plus puissant sur…l’arbre là par exemple,
dis-je en indiquant un vieux chêne robuste devant moi. Vous devez tous avoir confiance dans vos équipiers et ça passe par savoir ce qu’ils peuvent faire pour éviter de stresser en se demandant ce qu'ils sortiront de leurs mains. Bryke tu passe en…
-Oh attendez, attendez ! Vous pouvez nous montrer ce que vous savez faire avant papy ? Allez s’il vous plait, s’il vous plait, s’il vous plait !

-C’est vrai que je serais curieuse de voir votre maximum monsieur Fiathen.

-Oui je….heu…moi aussi.

-Non mais je....rah bon bon bon ok si vous voulez. Mettez vous derrière moi. »

Je bougonne un peu histoire de dire mais en vrai je mentirais en disant que leur demande ne me fit pas plaisir. Ca a peut être trait à ma nouvelle condition de cul-de-jatte mais j’apprécie bien plus qu’avant de pouvoir prouver que j’étais pas un manche dans tous les domaines.
Inspirant à fond je me suis placé devant mes élèves et me suis assuré que personne ne trainait derrière le bosquet. Désert, bien.
Joignant mes mains au dessus de ma tête j’ai alors réunit tout le froid possible en un même point avant de tout relâcher en abattant mes bras.


Le bloc de glace de six mètres de diamètre qui fonça sur les arbres réduisit quelques stères en petit bois dans un fracas épouvantable avant de finir sa course plusieurs mètres plus loin.

« -Voila. Bryke à ton tour, si tu veux nous montrer plusieurs sorts hésite pas. »
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« WAHOOOOOH ! » s’exclame Sidhe, visiblement impressionné. « Il est vachement fort ! »

Bryke observe les restes de bois, une fine couche d’éclats de glaces virevolte encore dans les airs. Comme une brume glacé, tourbillonnante, et blanchâtre.

Il avait craint que cette « leçon de magie » soit similaire à celle en compagnie de la terrible madame Mons. De la théorique, de la théorique, et quasiment rien de concret.

Un apriori, que le fauve apprécie de savoir faux.

Si Sidhe continue de sautiller partout, sous l’extase d’un tel spectacle. Bryke lui, reste impassible, fixant un peu le magicien à l’origine du sort.

La preuve vivante qu’un mage peut être aussi dangereux qu’un chevalier, même sans ses jambes ? Très certainement.

Son regard glisse ensuite vers la caisse. Utiliser la sensibilité à la magie pour sentir d’autres individus ? Il n’y avait…jamais réellement songé.

Pour lui, la magie était quelque chose de personnel, des bénédictions de divinités, des pouvoirs sacrés. Il n’avait jamais envisagé autrefois, qu’elle puisse être en chacun. Son pèlerinage l’avait certes amené à comprendre qu’il se trompait. Mais pour autant, sa pensée elle, n’a jamais bougé.

C’était pertinent, et sous son air impassible, se dessine un très discret rictus. Oui, voilà enfin une leçon qui daigne lui apprendre quelque chose.

Sa main griffue s’entrouvre un bref instant, le fauve se concentre brièvement. Sentir la magie dans sa main…comprendre le flux…Difficile, très difficile.

Evidemment qu’il pourrait tricher, son odorat seul lui donnerait la réponse. Bryke est évidemment tenté, user de ses talents raciaux pour donner la bonne réponse. Mais à quoi cela lui servirait ? A gonflé son ego ? Oui, très certainement. Mais est-ce vraiment ce qu’il veut ?

Le prêtre-guerrier détourne le regard. Non, il n’a aucune honte à avoir de ne pas réussir, il doit y voir une opportunité. La chance d’apprendre et les conseils, pertinent il l’espère, pour y arriver.

Mais c’est une affaire pour plus tard, en attendant…

Bryke s’avance doucement vers un des arbres encore intacts. Sa posture change doucement, il prend une position de combat. N’ayant pas son katana, il ouvre grand ses mains griffues, avant de les redresser.

Griffes bien en évidence, bras légèrement replier et écarté, Dos de la main gauche et paume de la main droite dirigé vers le sol. Prêt à déchiqueter de ses lames naturelles le moindre danger.

Fiathen l’a encouragé à lancer plusieurs sorts, tout en lui proposant de donner lui aussi, une petite leçon. Bien, que pourrait-il faire de pertinent ?

Certes, la magie est puissante, mais il est question ici de travailler à plusieurs. Plusieurs magiciens ensemble contre une menace…

L’œil du fauve se plisse un instant. Il a bien une idée à illustrer. Un concept qu’il trouve pertinent au vu du début de leçon du vieux mage.

Bryke vient effectuer quelques signes, le plus vite possible, se prenant au jeu. S’il doit se comporter comme il le ferait en combat, il doit agir avant son adversaire.

Plus vite tu touches, plus vite tu gagnes.

Pour son premier signe, Bryke tend les bras, avant de joindre ses deux pouces, et ses deux index. Formant un triangle, avant d’abaisser ses autres doigts. « Pyo »

S'ensuit un nouveau signe, Paume de la main droite retourner, paume de la main gauche au-dessus. Doigt joint entre eux. Pouce de la main droite croisé avec le petit doigt de la main gauche. "Kai"

La magie commence à tourbillonner autour de lui, de fines gouttes d’eau viennent tournoyer autour de sa fourrure bleutée, se dirigeant vers l’index de sa main droite.

Le ronso vient ensuite fermer ses poings, et les frapper l’un contre l’autre. Seul le pouce de chaque main est tendu, se touchant et formant un triangle inversé. " Zen "

Il vient conclure son enchaînement par le signe de confirmation. Il vient redresser sa main droite, le coude accole à son torse. Avant de tendre un index, comme s’il demandait le silence.

Toutes les gouttes d’eau viennent s’accumuler au bout de son doigt tendu, grossissant à vue d’œil, tournoyant comme dénué de gravité.

Dans un geste sec et rapide, le ronso désigne l’arbre devant lui. La bulle d’eau s’élance tel un carreau d’arbalète, s’écrasant contre l’écorce.

Sans surprise, cela n’a aucun effet réellement destructeur, l’écorce est seulement aspergée. Si son affinité était d’un autre élément, cela aurait été bien différent.

Mais le regard du fauve ne trahit aucune surprise, au contraire. Tout se déroule comme il le souhaite.

A peine l’arbre touché, que ses mains griffues repartent de plus belle, préparant de nouveaux signes.

Il serre en premier ses mains en poing, avant de les accoler l'un contre l'autre. L'index et le majeur de la main gauche, par-dessus le poing serré. "Retsu".

Main écartés, l'index, pouce et majeur de chaque main joint par le bout des doigts et écarté. Petit doigt et annuaire de chaque main liée. "Rin"

Des étincelles commencent à danser entre sa fourrure, tourbillonnant de manière aléatoire autour de son bras.

Comme juste avant, le ronso vient ensuite fermer ses poings, et les frapper l’un contre l’autre. Seul le pouce de chaque main est tendu, se touchant et formant un triangle inversé. "Zen"

Il vient conclure son enchaînement par le signe de confirmation. Similaire à celui d’avant, si ce n’est que cette fois, il ne désigne aucune cible.

Le prêtre-guerrier se contente de relever et ouvrir sa main droite, doigts écartés. L’électricité vient se concentrer dans sa paume, avant de se répartir. Une sorte de gantelet constitué de foudre, se superposant et dansant le long de sa paume.

Dès lors, Bryke s’élance. Se ruant vers l’arbre, avant d’appuyer d’un geste violent sa paume chargée contre l’écorce.

Mais il ne vise pas n’importe où, il touche en plein dans la tâche humide précédemment causée par son sortilège d’eau.

L’électricité fuse dans un cri strident, déjà amplifié par l’affinité de Bryke, elle vient se répandre dans l’eau, infiltrant bien plus profondément l’arbre qu’en temps normal. La foudre est puissante, et pour cause, ce sortilège sert avant tout à complètement paralysé un individu.

Son acte fait, Bryke vient bondir en arrière d’un super saut, profitant de l’attitude pour effectuer une nouvelle myriade de signes.

"Retsu" "Rin" "Rin"

Fait-il avant de désigner à nouveau l’arbre. La foudre + s’abat dans un grand fracas, laissant la terre autour d’elle trembler sous le choc.

L’arbre, déjà très fragilisé par la décharge précédente, signe son trépas. Se fendant en deux au niveau de l’impact, avant de s’effondrer au sol dans un grincement sinistre.

Le fauve quant à lui, retombe à quatre pattes sur terre, avant de se redresser.

De toutes évidences, il a dû user de plusieurs sorts là où son ainé n’en a eu besoin qu’un seul. Il a encore besoin d’entraînement s’il souhaite détruire un arbre d’un seul coup.
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C’était…rassurant.

Non parce qu’en vrai je balisais un peu à l’idée de la suite du programme mais voir qu’au moins l’un des quatre élèves avait quelque facilité à niquer dame nature ça faisait plaisir.
Et puis clairement le mec ramassait tous les points de style. Et vas-y que je te fais des bonds de plusieurs mètres, et vas-y que je te fais des signes ésotériques, et vas-y que ma paume est branché sur du deux-cent vingt volt. Non, rien à dire, très classe.

Très classe et intéressant. Je pensais pas qu’on pouvait lancer des sorts en faisant des ombres chinoises. Je ne savais pas si ça rendait sa magie plus puissante mais ça avait le mérite d’être originale. Et bien sur le fait qu’il puisse utiliser des sorts d’eau était assez surprenante, là encore ça montrait que c’était loin d’être un bleu.

Bon par contre pas sûr que mes trois humains ai pigé grand-chose. Même moi j’ai aucune foutue idée de l’utilité de ses signes et ça allait bien trop vite pour que je puisse déchiffrer quoi que ce soit avec ma mauvaise vue.

Mais bon il péte des culs, c’est le principal.


« -Ok, très jolis Bryke, Néréine tu prends le relais. »

J’avais pas envoyé la bourrine par derrière pour rien. De tous mes élèves c’est elle qui avait le plus à apprendre de Bryke, étant donné leurs affinités similaires et la puissance supérieur des éclairs du fauve. Et puis elle était pas du genre à se laisser impressionner par un tigre, fut-il ninja.

D’un pas volontaire elle prit position en face de l’arbre que je lui indiquai et, après un instant d’hésitation, commença par essayer d’imiter les gesticulations de son collège. Sans succès.
Ca lui faisait clairement pas plaisir vu le juron qu’elle lacha mais ça m’étonnait pas. Son flux devait pas encore être assez agile pour s’adapter rapidement à un changement d’incantation aussi brusque. Ou peut être qu’elle s'y était mal prit dans les signes ou que c’était simplement pas fait pour elle.

En tout cas elle semblait bien décidé à se rattraper et juste après elle lacha un
« Virst ! » retentissant, les bras levés vers le ciel, qui fit tomber un éclair bien plus satisfaisant. Il était clairement moins puissant que celui de Bryke mais il suffit quand même à faire voler en éclat la branche fine sur laquelle il tomba.

« -Ok Néréine très bien. Essaye peut être juste de gueuler un peu moins fort sinon tu vas te taper une extinction de voix avant la fin de l’entrainement. Thomas, à toi de jouer. »

Le jeune homme se raidit un peu à l’appelle de son nom et s’avança d’un petit pas en direction de l’arbre de Néréine. Il ferma les yeux et inspira à fond puis leva son bras en direction du pauvre végétal.

« -Barzaï ! »


La posture et l’incantation manquaient un peu d’assurance mais il fit tout de même jaillir une boule de feu de la taille d’un ballon de foot vers le tronc qui noircit légèrement. Faudrait pas qu’il fasse une bataille en première ligne tout de suite mais ça fera l’affaire pour aujourd’hui.

« -Pas mal Thomas, hésite pas à y aller plus vite le prochain coup. Ton adversaire te laissera pas le temps de faire des exercices de relaxations. Bon et ben manque plus que Conrad, à ton tour. »

Sans bouger de sa place le colosse leva son bras et dit d’une voix calme :

« -Drorkl. »

Un petit mur de terre de presque un mètre de haut se dressa alors rapidement devant l’arbre. C’était…clairement moins offensif que les autres. Mais bon le but de l’exercice c’était aussi ça, voir comment utiliser sa magie le plus efficacement possible. Même quand ladite magie à surtout l’air de servir de paravent. Et d’ailleurs en parlant d’exercice il était peut être temps de mettre tout ça en place.

Tandis que je me place au centre de la clairière mon regard se porte sur le traducteur miniature de Bryke. De toute évidence il à la même rigueur militaire qu’un enfant de cinq ans sous drogue dure. Il bondit un peu partout, faisant semblant de lancer des sorts avec des bruits de bouches qui commence déjà à m’épiler les nerfs. Bref pas le genre de personne à avoir dans les pattes en cas de baston.


« -Très bien Conrad, à toi de voir ce que tu peux faire avec ça. Bon les gars maintenant vous savez tous plus ou moins à quoi vous attendre de vos potes, il donc grand temps de passer au véritable exercice du jour. Mais avant, Sidhe, rejoint moi au centre s’t’euplait. Question de sécurité.

-A ton service papy ! Ici, c’est bon ?
Me dit-il en sautillant à un mètre de moi.
-Parfait. »

Un claquement de doigt plus tard le voila prit dans un minuscule dôme de glace pile à sa taille. Bon vu les sons un peu étouffés qui nous proviennent de l’intérieur ça n’a pas l’air de lui plaire mais c’était nécessaire pour ma tranquilli…je veux dire sa sécurité. Oui. Quoi d’autre ?

Alors que Conrad et Bryke garde leurs airs impassible, Thomas prend un air un peu interloqué et Néréine se met déjà en garde, l’air de se retenir de m’en mettre une.


« -Fiathen, si vous tentez encore de nous entourlouper sachez que…

-Rien de tout ça, rassurez vous. Seulement les environs risquent de chauffer un peu et il valait mieux pour tout le monde que Sidhe soit à l’abri. Désolé Bryke.
Dis-je prudemment, il vaut mieux éviter de vexer un mec qui à des gencives de la taille de mon index.

Ce dôme est pratiquement incassable, ce qui veut dire que les sans cœurs qui ne vont pas tarder à débouler ne risque pas de mettre de baffes à notre ami. Ce qui aurait été nettement moins certain s’il était resté maitre de ses mouvements.

-Mais pourquoi des sans cœurs apparaitraient forcément maintenant ?

-Hé ben tu vois Thomas il y a deux trucs qui attirent ces salopards, les gens en général et la magie. Je sais pas si ils ont des radars ou quoi mais clairement ils sentent la magie. Et j’imagine qu’ils se disent que là où y a des sorts y a des gens à bouffer.

-Et comme nous venons tous d’utiliser nos sorts les plus puissants vous pensez que le dégagement de magie sera suffisant pour attirer tous les sans cœurs du coin.

-Tout juste Conrad !  

-Vous allez nous laisser affronter des hordes de sans cœurs seules et sans armes ?
Demanda Thomas en déglutissant.
-Faux ! Vous avez vos dagues et les…atouts naturelles de Bryke, ‘puis je serais là si jamais vous galérez trop. Et surtout vous avez votre magie.

-Super, une magie que nous ne pouvons pas utiliser plus d’une demi-douzaine de fois avant de devoir nous reposer et que nous avons déjà commencé à épuiser.
Cracha une Néréine qui avait déjà sorti sa dague et qui balayait rapidement les environs des yeux.
-Je ne parlais pas de « combat en condition réelle » plus tôt pour rien. Dites vous que ça vous donne une raison de plus pour l’utiliser de la meilleur manière possible. Ceci dit je ne vais pas vous laisser tout à fait à poil… »

Inspirant légèrement je lève le majeur et l’index de chaque main puis, d’une saccade rapide, ceux-ci se mettent à briller d’une légère lueur bleue. Expirant je baisse alors mes doigts en direction de mes quatre élèves, lâchant du même coup un rayon azuré qui vient se fondre en eux.

« -Pas taper Néréine ! C’est le sort que j’ai utilisé la dernière fois sur Conrad, ça devrait augmenter un peu vos réserves de magie. Histoire de vous permettre de lancer un peu plus de sort. Quand vous sentez que vous n’avez plus de réserves dites le moi, je vous relancerai le sort. Ca devrait permettre à tout le monde de durer jusqu’à la fin du cours.

-« Ca devrait » ? Très rassurant…

-Ils arrivent. »

Je  les avais sentis une seconde avant l’annonce de Conrad, quatre ombres et deux soldats. Parfait on débute pas trop fort. Venant me placer tout près du dôme je donne rapidement mes dernières instructions.

« -Ok les gars, formation en cercle ! Sidhe et moi sommes des personnes qu’on a assigné à vot’ protections ! Si aucun sans cœurs ne touche le dôme je vous paye une tournée au poney fringant ! »

Ouais, après un cours comme celui là j’aurais probablement besoin de me faire pardonner deux trois trucs.
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Les adversaires apparaissent tout autour d’eux dans le sifflement emblématique des sans-cœurs. Le fauve pousse un soupire presque...de soulagement ? Il avait craint de retrouver les gros pleins de soupes, ceux qu’il déteste par-dessus tout. Ceux dont l’un des représentants lui avait infligé une vilaine rouste au Mont Gagazet.  

Puis vint un claquement, régulier, agaçant, horripilant. Le regard du ronso balaye l’assemblé, d’où vient-il ? La réponse vient à lui assez rapidement, Thomas est en train de grincer des dents sous la peur.  

Reprenant les adversaires dans son champ de vision, Bryke ne peut retenir un grognement d’agacement.  

Sans grande surprise, c’est Néréine qui lance l’assaut la première. Elle se rue d’un pas vif et maîtrisé vers l’ombre la plus proche, laissant sa dague faire les présentations. La magie ne semble plus sa priorité première, il est évident qu’elle connait bien son arme et qu’elle lui suffit...pour le moment.  

Thomas plus en retrait, recule de quelque pas devant la présence approchante d’un sans-cœur, essayant de reprendre son calme. Il balbutie plusieurs syllabes, tendant un poing tremblant vers l’adversaire.  

“B-B-Ba-Bar..”

La petite ombre s’approche de plus en plus, relevant l’appendice lui servant de main haut avant d’essayer de l’abattre sur le pauvre jeune homme.  

“MINCE !” Laisse t’il s’échapper, relevant son avant-bras pour se protéger le visage.  

“ Drorkl.”  

Un mur de pierre vient se dresser entre Thomas et l’ombre, interceptant l’attaque dans un son de griffures et d’effritements.  

“Merci !”

Le colosse acquiesce sobrement, avant de redresser la tête vers la forme bleue fendant les airs.  

Griffes dehors, profitant de la hauteur de son grand bond pour augmenter sa vélocité. Tel un félin, Bryke vient se repositionner agilement avant d’atterrir de tout son poids sur l’ombre.  

Ses armes naturelles viennent lacérer la matière ombreuse dans des mouvements violents et sauvages, jusqu’à ce qu’elle n’éclate en une fine brume couleur violette sombre.  

“Fiathen, je...Virst ! Vous...Virst ! Hais !” crache une Néréine dans une situation délicate.  

Éloigné du groupe dès les prémices du combat, Néréine est encerclé par plusieurs petites ombres. Impossible de les repousser avec sa dague, la magie devient sa seule échappatoire.  

Thomas a un bref hoquet de surprise sous la vision de sa camarade en difficulté. Il relève les mains, incantant dans sa direction.  

“Barzaï !”

Il détourne immédiatement le regard, craignant de suivre la boule de feu jusqu’à sa destination. Par chance insolente, cette dernière vient s’écraser sur une ombre, l’évaporant immédiatement sous l’impact.  

La mort de la créature permet une ouverture que saisit immédiatement la téméraire demoiselle. Néréine se désengage d’un pas de côté, avant de rejoindre ses camarades.  

L’union fait la force, de toute évidence.  

Le sifflement retentis à nouveau, tandis qu’une nouvelle vague d’ombre se matérialise devant le groupuscule. Ils se tiennent là un bref instant, fixant chaque individu, dans un silence inquiétant.  

Bryke vient relever ses mains griffues, adoptant une posture adéquate pour une avalanche de lacérations.  

Néréine se balance d’un pied à l’autre, conservant le mouvement.  

Thomas tremble sous l’incertitude.  

Conrad lui, est tout aussi impassible qu’autrefois.  

Puis, les sans-cœur font le premier pas.  

La bataille reprend de plus belle.  

Devant l’afflux d’ennemis bien plus important, la tactique a visiblement changé.  

“Virst !” “Barzai !” “Drorkl.”

Les sortilèges s’élancent, les éclairs foudroies la terre, qui à son tour s'élève vers les cieux. Les flammes sifflent avant de s’écraser contre les murs rocheux.  

Bryke quant à lui, s’élance régulièrement, jouant de ses atouts naturels pour taillader sans la moindre pitié.  

De temps à autre, il se désengage de quelques mètres, profitant du temps pour réaliser ses signes. Il attend dès lors que la foudre s’abatte pour se propulser à nouveau vers sa victime, toutes griffes dehors.  

Les sans-cœurs ne semblent pas vouloir se désintéresser de la clairière et ses occupants. Bien vite, les premiers signes de fatigue commencent à s’entrevoir.  

Bryke halète légèrement, tandis que ses compagnons humains voient quelques gouttes de sueurs errer le long de leurs fronts.  

C’est un sifflement qui met la puce à l’oreille du fauve. Il détourne la tête immédiatement derrière lui.  

Saloperie...  

La masse de sans-cœur devant eux, ils en ont oublié Sidhe et sa bulle protectrice.  

Une ombre est déjà en train de s’approcher, gigotant et tremblante. Si elle la touche...L’objectif de l’entraînement sera un échec.  

En temps normal, toute personne à la place de Bryke aurait très certainement crié. Prévenir ses collègues qu’ils sont tombés en plein dans une diversion.  

Mais pour le fauve, c’est insensé. Un vulgaire entraînement ne vaut pas un bris de son vœu, non. Il faut qu’il se débarrasse du sans-cœur, et tout ira pour le mieux.  

Ses mains griffues s’agitent immédiatement, formant les signes nécessaires.  

"Retsu" "Rin" "Rin"

La foudre jaillit de son index, se propulsant en direction du sans-cœur.  

“Drorkl”  

Un mur de pierre vient se dresser entre le sans-cœur et Sidhe, interceptant par la même occasion le sortilège du ronso.  

Bryke vient pousser un feulement de frustration. Son sort aurait largement suffi ! Il vient de gaspiller son énergie magique pour rien !  

“Je te tiens !”  

Les attaques du colosse et du fauve ont au moins le mérite d’attirer l’attention de Néréine, qui se précipite vers l’ombre. De quelques coups de dagues bien placé, elle vient éclater à son tour.  

Bryke se redresse, reportant son regard autours de lui. Il aperçoit Thomas, incantant plusieurs boules de feu, toujours en proie à sa panique habituelle.  

Le fauve vient plisser les jambes, se préparant à bondir d’un grand saut jusqu’à lui. Mais au moment où sa paume vient toucher le sol pour prendre appuis...

...Quelque chose...Un tremblement régulier ?  

“Vous entendez ça ?” demande Conrad, toujours aussi stoïque.  

Au loin, ce sont des bruits de sabots qui s’approchent d’eux.  

Le ronso serre les crocs un instant, laissant son regard compter les ombres présentes.  

Nombreuses...Si une diligence de civils vient par ici, ce sera compliqué de tous les protéger. Il va falloir leur prévenir de faire demi-tour, et vite.  

“Ça...C’est pas un cheval...” murmure Néréine. Son regard figé sur l’origine du bruit.

Elle n’a pas le temps de rester immobile bien longtemps, un sans-cœur profitant de l’opportunité pour essayer de la mordre. Elle réagit en hurlant un juron, avant de le transpercer de sa dague.  

Bryke vient lentement plisser les yeux, lorsque ladite “Diligence” se laisse enfin entrevoir.  

Un sans-cœur...Un sans-cœur très étrange...  

Ressemblant en tout point à un cheval, mais un cheval ayant fusionné avec sa charrette. Une charrette ressemblante en tout point à une tour de château, transporter par des roues noirâtres à un motif rouge.  

La créature se précipite vers la clairière dans une folle ruée. Mais le bruit ne cesse pas, et pour cause. Ce sont deux autres créatures, tout aussi similaire, qui l’accompagne quelques secondes plus tard.  

Thomas ne peut s’empêcher de détourner le regard brièvement pour fixer Fiathen.  

“Je vais le tuer le vieux !” grommelle Néréine devant cette surprise inattendue  

“Ne détourne pas ta concentration.”

Le fauve quant à lui, reste stoïque. Il ne sait rien de cette forme de sans-cœur, mais il préfère ne pas faire son malin.  

La dernière fois qu’il en a sous-estimé un, ce n’est pas passé bien loin...
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J’étais terrifié.

J’ai juste eu le temps de faire apparaitre sur mon torse une armure de glace légère afin de parer quelques balles perdues de mes collègues ou les griffes d’une sans cœurs un peu trop zélés. Et puis ils sont apparus. Je pensais que ça irait, que depuis mon dernière entrainement je réussirais à me contrôler, que j’avais appris à mater mon instinct, à calmer mes angoisses.

Quelle connerie.

Des yeux jaunes immenses qui m’englobaient, cherchaient à m’avaler, à m’engloutir dans leurs ténèbres affamées. Des griffes luisantes qui n’attendaient plus que de ramper sur mon corps, de fouailler mon torse pour en extirper le cœur, de m’ôter finalement le peu de vie qui me restait.

A grand peine je contenais mes tremblements, refoulais mes gémissements, dissimulais mes angoisses. Rassemblant jusqu’à la moindre miette de courage qu’il pouvait rester en moi je m’efforçais de ne pas détourner mon regards, mais suivre le combat des yeux était trop m’en demander. Je regardais fixement un point au dessus de la bataille et n’aperçu même pas l’ombre qui s’approcha de Sidhe et moi, ne me retournant qu’au moment où Néréine bondit dessus pour l’achever.

Dans le cauchemar ambiant je ne voyais que de vagues détails, seul mon subconscient notais automatiquement ce qui croisait accidentellement mon regards. La seule chose à laquelle j’accordais vraiment de l’attention était le nombre de sans cœurs restant. Dès qu’ils seraient tous détruit je ferais n’importe quel commentaire rapide et je mettrais fin à cet enfer. Allez c’est bientôt fini plus que…

Trois montagnes de ténèbres, de douleurs et de souffrance.

Incapable de faire le moindre mouvement je laissais mon regard suivre les derniers sans cœurs apparus.  Si les ombres et les soldats étaient les pires monstres que j’avais jamais croisés alors ces bêtes ci semblaient tout droit sortis de mes pires cauchemars. Ces chevaux gigantesques qui tournaient autour de moi me toisaient de toutes leurs hauteurs, m’assurant la mort douloureuse à laquelle je n’avais réchappé que par chance.

Je voyais déjà leurs pattes monstrueuses me piétiner, leurs bouches gargantuesques me déchirer, leurs roues colossales me démembrer. Je pouvais déjà sentir les ronces ramper sur moi, me compresser, m’écarteler, me replonger dans un gouffre de ténèbres et de désespoirs d’où je n’aurais jamais dû sortir. Je revoyais déjà la douleur et les nuits d’hôpital. Je revoyais déjà le bal des proches désespérés et les pertes de control. Je revoyais déjà les doutes et le suicide.

Cette entrainement était un désastre, la pire idée que j’avais jamais eu, je devais partir, m’enfuir, mettre des murs épais et une légion de templier entre moi et ces démons. JE DEVAIS FU...

Le regard de Thomas.

Il risqua un regard vers moi, un regard qui avait besoin d’aide. Mes mains crispées à terre, déjà prêtes à m’emmener loin d’ici, se bloquèrent alors. Ils avaient besoin d’aide, je voulais m’enfuir. Ils risquaient leurs vies, je voulais sauver la mienne. C’était le Sanctum contre mes traumatismes. C’était ma raison de vivre ou mon instinct de survie.

Pendant une seconde je ne fus que tremblement et confusion, trop apeuré pour combattre, trop impliqué pour m’enfuir.  Impossible de choisir entre le désir de vivre et le désir d’aider. Impossible de choisir seul.

Heureusement je ne suis jamais seul.

Dans un éclair de lucidité je fermai les yeux et appelai la personne qui guidait mes pas depuis déjà tant d’années. Je revis Cassadra m’apprendre à prier et la sentie se loger en moi. Et lorsque que je les rouvris mes doutes et mes craintes étaient devenu dérisoire face à la seule chose qui importait : j’avais des gens à protéger.

Maudissant mes faiblesses qui avaient mis tant des miens en danger je plaquai mes mains au sol et m’élançai devant mes élèves. Pas un seul d’entre eux ne sera mis en danger, par Etro j’en fais le serment. Plaquant ma main sur mon armure de glace je pris la parole d’une voix plus assurée que jamais.


« -Etro, toi qui sait toi qui vois. Fait de moi le phare qui éclaire la nuit, chasse les ténèbres et rassure tes fidèles. »

Aussitôt mon armure se mit à briller d’un puissant éclat et des vagues de lumières en surgirent qui heurtèrent de plein fouet les monstres environnant. Les ombres proche de nous se mirent alors à courir en tous sens comme prit de folie. Et les destrier démoniaque quand à eux, sans s’arrêter de nous tourner autour,  braquèrent leurs regards vers moi et leurs tourelles s’illuminérent chacune d’une couleur différentes. Jaune, rouge ou bleu. Je ne les avais peut être pas blessé sévèrement mais j’avais leurs attentions. Bien.

« -Conrad, utilisez uniquement vos sorts pour protéger vos camarades, ainsi vous les gênerez bien moins. Le reste avec moi, dès la fin de ma prière vous attaquerez la tourelle rouge. »

Sans accorder plus d’attention aux tourelles dont les lueurs s’intensifiaient je rapprochais mes mains de mon torse.

« -En ce jour, n’abandonne pas tes fils. En cet instant, n’oublie pas tes enfants. Irradie les ténèbres de ta justice, irradie tes fidèles de tes vertus, mènes-nous jusqu’au sentier d’or de tes Lumières.»

Alors que ma prière s’achevait un rayon de lumière s’abattit du ciel sur la tourelle rouge, bientôt suivi d’une boule de feu et de deux éclairs. Trop pour cet immonde ennemi qui disparut bientôt dans une explosion de ténèbres. Bien plus que OUAÏE !

Un rayon de lumière jaune vif surgit de l’une des tourelles me percuta de plein fouet sans que je ne le vis venir, et un deuxième, bleuté, l’aurait imité si une colonne de terre ne s’était pas dressé entre nous.  Par Etro, servant du nuage noir vous allez voir de quel bois je…je me…

Alors que mes mains étaient déjà dressées pour un deuxième assaut je me bloque soudain, mon armure s’éteignant. De nouveaux la peur ré-afflue en moi, bridant mes pensées, liant mes actions. Bordel pourquoi j’ai pas fuis ? Pourquoi je me suis autant avancé ? Pourquoi je suis encore là ?

Aussi soudainement qu’il était apparu le courage de Cassandra s’évapore soudain en moi. Mon regards reste rivés sur les yeux jaunes de ces montagnes de mort qui arrête enfin de nous tourner autour pour me foncer dessus, me piétiner, achever ma carcasse pourrissante et me…

Un mur de terre se dresse soudain entre moi et ma mort, la forçant à virer de bord, tandis que  deux éclairs s’abattent sur des ombres qui allaient se jeter sur moi et qui s’évaporent soudain.

Je ne suis pas seul.

Concentrant toute mon attention sur le mur de pierre qui vient de me sauver la vie je prends la parole, essayant de ne pas regarder en direction des ennemis.


« -O…ok changement de..de plan. On… »

Non. Stop. Ta voix tremble trop. Même en cas de danger mortelle Cassandra n’inspirerait jamais de peur dans le cœur de ses troupes, rappelle toi de son courage. Inspire toi d’elle. Faisant un effort monumental j’inspire à fond, décontractant mes épaules et ma voix.  

« -Pardon les gars,
dis-je en me retournant vers eux. Plus d’attaque au corps à corps, trop de risque de vous isoler. Restez groupé autour de Sidhe et n’avancez pas de plus de trois mètres. Sur tout le reste du terrain je vais déployer des mines magiques en pagailles. Ces batards ne pourront plus poser un pied par terre sans en exploser une. Allez en avant, ! »

Devant moi les charrettes sans cœurs ont changé de tactiques. Au lieu d’un assaut frontal, elle se déplace en zigzag, rechargeant leurs rayons. J’ai failli croire que c’était une bonne nouvelle qui servait notre plan d’attaque quand deux rondouillards apparurent à leur tour.

Ne te concentre pas sur eux, concentre toi sur ceux qui compte. Agitant mes index  et majeurs je renvoie vers mes protégés un rayon de magie pour recharger leurs réserves de magie.


« -Ca…ça ira soldats, la plupart des ombres sont déjà sur le point de clamser. Attaquez en même temps sur le même tocard, choisissez les plus forts, le reste pourra pas vous approcher j’en fait le serment. Restez groupé et tout ira bien. »


Et maintenant mon bon Fiathen ne regarde que le sol, ne te laisse pas déconcentrer, pas détourner de ta tache.
Dressant des bras tremblants j’envoie mes premières mines se cacher sous les pieds de ces connards.

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Le fauve redresse la tête. Tout autour de lui est confus, flou. La fatigue le gagne. On lui a souvent répété que les humains sont les plus endurant des créatures. Il ne peut que se rendre à l’évidence, c’est un fait.  

Reprenant son souffle, son regard parcourt la plaine désormais champ de bataille. L’espace d’un instant, c’est comme si le son avait cessé. Il entrevoit les lèvres de Néréine s’entrouvrirent, mais aucun cri ne semble s’en échapper.  

Plus loin, Thomas incante une boule de feu, la laissant s’échapper en direction d’une ombre. Mais aucun crépitement n’arrive aux oreilles du fauve. Seul demeure une fréquence, régulière, puissante.  

Les battements de son propre cœur.  

Si tous ses sens semblent l’avoir quitté si ce n’est la vue, une odeur réussie à percer sa confusion. L’odeur de pollution mêlé au lichen. L’infirme ? Oui, mais il y a autre chose...  

Très effacé, lointaine, il jurerait déceler des flagrances de métal. Les pages d’un livre encore neuf, la fumée d’une cheminée...

Bryke s’ébroue vivement, reprenant ses esprits.  

Ce n’est pas le moment ! Il aura tout le temps de se poser des questions plus tard ! Pour l’heure, il doit oublier la fatigue, et reprendre le combat.  

La situation n’est pas jolie, outre les ombres, il y a les chevaux et...

Le ronso vient instinctivement serrer les crocs.  

Evidemment... De tous les types possibles et inimaginables de sans-cœur...

Il n’avait pas oublié sa dernière rencontre au Mont Gagazet. En tout point similaire, avec ce ventre débordant, cette démarche pataude, et ses yeux minuscules.  

Et comme si ça ne suffisait pas, voilà qu’ils sont deux !

Bryke se désengage d’un bond pour retourner vers l’infirme et Sidhe. Il est rapidement suivi de ses collègues humains.  

“O déesse, ô déesse !” commence à paniquer Thomas.  

Pour la première fois depuis le début de l’entraînement, le ronso lui donne raison.  

Cela sent mauvais, très mauvais.  

Le fauve redresse les mains, se préparant à signer à de nombreuses reprises lorsque...  

“Attaquons le cheval jaune.” propose Conrad. Toujours aussi stoïque et calme.

Le regard du fauve se dirige immédiatement vers le sans-cœur en question. Ce dernier continue de tourner et tourner autour du groupe. La lumière sur son chariot s’intensifiant à la seconde.  

Au même moment, une petite ombre s’approche dangereusement de la fourrure bleue. Un bruit brisant se laisse entendre, tandis que le pauvre sans-cœur est propulsé en l’air. De nombreux éclats de glaces encore enfoncé dans sa chair noirâtre.  

Se concentrer sur le cheval, et ignorer les autres.  

Bryke secoue la tête frénétiquement plusieurs fois. Il sent son instinct s’agiter de plus en plus. Envers et contre tout, il reste un fauve. Ce qu’il devrait faire dans une situation aussi dangereuse ? Prendre la fuite. C’est bien la petite voix qu’il entend dans sa tête, il doit fuir, il n’est pas à l’avantage ! Il est un chasseur, un traqueur, un prédateur ! Il ne peut pas gagner ici !

Le premier éclair de Néréine provoque chez lui une réaction immédiate.

"Retsu" "Rin" "Rin"

La foudre s’échappe de son index griffu, s’élançant vers le cheval qui hennit un son tordue et mauvais.  

Encore !

“Retsu” “Rin” “Rin”

Encore, il faut qu’il le lance, encore, encore !

La foudre s’abat, suivi d’une deuxième, puis d’une boule de feu.  

C’est un déluge de sortilège qui s’élance vers le cheval, mais celui-ci ne semble toujours pas décidé à disparaître dans les ténèbres !

D’autres bruits fracassants éclatent tout autour d’eux. Les sans-cœur semblent éclater sur les multiples mines.  

De son côté, le cheval, visiblement enragé par les attaques des différents opposants, arrête sa folle course.  

La tourelle sur son chariot se tourne vers le groupe, une lueur éclatante se laissant entrevoir. Ni une ni deux, le puissant rayon se propulse en direction du rassemblement.  

“Drorkl”  

Encore une fois, le colosse relève le bras. Le mur de terre s’élance vers le ciel, interceptant le rayon.  

Le fauve hoche sobrement la tête en guise de remerciement. Qui que ce soit ce gaillard, c'est une chance qu’il soit spécialisé en défense.  

Conrad toujours dans son champ de vision, Bryke ne peut voir que ces traits, d’habitude si calme, trahisse une émotion.  

La surprise.  

Les yeux de l’humain commencent à refléter une lumière verte. Le reste ? C’est une scène comme au ralentit.

Les valves de l’adrénaline s’ouvrent à plein robinet dès lors qu’il remarque. Qu’il remarque l’emplacement du dis rayon. Surgissant directement de son épaule.  

Il ne ressent pas la douleur dans un premier temps. Il ne sent que ce fumet de poil roussi. Sa propre fourrure.  

Dans un feulement, Bryke se jette au sol, appliquant sa main griffue contre la violente crevasse s’étant dessiné sur sa peau. Pas de sang, le rayon est si ardent qu’il a cautérisé directement.  

Le trou est dégoûtant, comme si une bête sauvage avait mordu dans son épaule. En bien plus géométrique et régulier du moins. Il faut... qu’il... passe... outre.  

Le combat n’est pas fini !

Le fauve essaye d’ignorer la douleur pour analyser la situation. Visiblement, il a fait malgré lui, bouclier-ronso. Sa chair a suffisamment ralenti la propagation du laser pour permettre à ses collègues d’esquiver.  

Il essaye de se redresser, il faut qu’il lance un sort de soin. Il ne se fait pas d’illusion, ça ne l’empêchera pas de finir à l’infirmerie après. Mais au moins, ça limitera les dégâts à soigner plus tard.  

Sa main gauche se relève facilement. Sa droite néanmoins, tremble sans s’arrêter. La faute à la douleur dans son épaule, qui meurtrit le fauve. Il a beau essayer de l’ignorer, se persuader que c’est purement dans la tête, les séquelles sont déjà là.  

Le ronso laisse échapper un long grognement sous l’effort. Son œil unique fixant ses deux mains, tandis qu’il force, et force, pour daigner les rapprocher l’une de l’autre.  

Usant de sa main stable, il vient finalement saisir celle tremblante. Essayant de réaranger ses propres doigts pour former le signe adéquat.  

Par la dame de la montagne, ce qu’il pouvait haïr sa propre manière d’incanter parfois. Un humain n’aurait pas ce problème lui, il n’aurait qu’à hurler à plein poumon le mot magique !  

En cet instant, dans cette situation. Le fauve se sent envieux.  

“Rin”  

Réussi t’il finalement à signer. Sa main valide repart, pliant, repliant les doigts nécessaire de l’invalide. Avant de s’y agglutiner.  

“Kai”  

Il recommence.  

“Kai”

De petites lianes s’échappent de son index, rampant le long de son bras. Elles viennent s’enrouler autour de la vilaine crevasse brûlée brièvement. De la liane surgit une fleur blanche, grandissant à vue d’œil.  

La fleur a à peine eu le temps de fleurir, qu’elle explose. Libérant dans sa destruction une fine poudre étincelante, s’éparpillant sur la blessure.  

Sans grande surprise, l’énergie magique du fauve disparait d’un seul coup. Comme toujours lorsqu’il se risque à lancer un tel sort.  

Bryke se relève dans un grondement, son œil unique se plissant sous l’effort. Sans arme, blessé, et sans magie. Ça va être compliqué de faire quoi que ce soit pour le moment.  

Un grand nuage de ténèbres éclate au loin. Visiblement, ses collègues ont réussi à détruire le cheval jaune.  

Son regard se pose sur la foule de sans-cœur. Si la majorité sont propulsé dans les airs sous l’impact d’une mine de glace. Demeure encore le cheval survivant, ayant repris ses rondes.  

Ici un rondouillard vient de retomber au sol dans un fracas terrifiant. Tandis que son identique au loin, prend de l’élan pour charger.  

Bryke se sent impuissant. Par Etro, il doit bien y avoir quelque chose qu’il puisse faire, même dans sa situation.  

Son regard se pose un instant sur l’infirme. Mais...Il se contente d’agiter ses bras pour lancer des sorts ?  

Le fauve cligne son œil unique un instant. Non, il ne l’entend pas dire le moindre mot magique. Et ses mouvements sont bien plus simple et direct que ses propres signes.  

Une idée complètement folle commence à germer dans la tête du prêtre-guerrier. Par Etro, il n’a pas essayé de faire ça depuis des lustres !  

Bryke se tourne vers Fiathen, avant de redresser son bras gauche. Il vient placer son avant-bras juste au-dessus de sa précieuse corne.  

Le fauve tremble de tout son être, avant de rabattre son bras vers le sol d’un geste violent, fouettant l’air au passage. Le bout de sa corne s’illumine brièvement d’une sphère de lumière.  

Cette dernière s’élance en direction de Fiathen, l’entourant un bref instant, avant de revenir de plus belle vers la corne du fauve.  

Le Ryuken. Le sortilège naturel du peuple ronso, résidant dans leurs cornes.  

Bryke se redresse immédiatement, tendant sa main valide devant lui.  

Ce fichu sort de soin lui a dévoré la quasi majorité de sa magie. Mais qui ne tente rien...

Le ronso ferme son œil unique, se concentrant. Sa corne brille à nouveau, tandis que son corps semble mouvoir de lui-même.

Il adopte une posture ressemblante étrangement à celle de l’infirme derrière lui. Sa main valide vient vibrer, tandis que quelques cristaux de glaces viennent se former dans sa paume.  

Bryke donne un geste bref vers l’une des ombres approchantes.  

Le glacier part immédiatement, fracassant la petite ombre. Cette dernière semble hébétée brièvement, avant de reprendre son mouvement.  

Par Raï ! Evidemment, qu’espérait-il ? S'il avait lancer un éclair, il aurait détruit cette ombre d’un seul coup ! Mais là, c’est à peine s'il l’a effleuré !  

Bryke se maudit intérieurement. S'il avait pris la peine de pratiquer son Ryuken, il aurait surement pu utiliser une magie plus puissante que ce petit glacier de rien du tout !  

Le fauve grogne un bref instant. Au moins, il a trouvé un moyen de ne pas être un boulet malgré sa main folle. Même si ces dégâts ne seront pas autant à la hauteur.  

Demeure néanmoins un problème de taille...

… Il n’a officiellement plus de magie dans les bras.
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C’était foutu.

Mes élèves se fatiguaient plus vite que les sans cœurs ne disparaissaient, leurs réserves diminuaient plus que je n’arrivais à les remplir, petit à petit leurs blessures s’accumulaient et nos ennemis étaient toujours trop nombreux.

Me maudissant moi et mes idées à la con je fixe toujours désespérément le sol, n’osant pas relever les yeux ne serait-ce qu’une seconde de peur de perdre le peu de détermination que j’avais réussi à mobiliser.  Il fallait pourtant que je réussisse à me faire une idée du champ de bataille, avoir une vue clair de la situation. Allez vieux débris, juste un instant, moins d’une seconde. Réunissant mon courage je…

Mort, souffrance, ténèbres qui engloutissent et qui broient.

…rebaisse les yeux de plus belle, fixant ma caisse à savon, tachant de calmer ma respiration tremblante et mon cœur qui palpite. J’y arriverais pas, je suis trop terrifié et trop faible pour faire face à mes peurs, trop faible pour aider. Est-ce que j’étais vraiment devenu un infirme inutile ? Un vieux boulet que le Sanctum consent à trainer par charité ? En tout cas j’arrivais pas à aider les personnes qu’on a placées sous ma protection. Je suis…

Un éclat de lumière m’aveugle alors, interrompant le fil de mes pensées. Bryke. Croisant son regard stoïque je note avec inquiétude le trou présent dans son épaule, il ne peut plus incanter et il doit sans doute souffrir le martyr. Pourtant il continue. Il puise dans ses réserves, se creuse la cervelle et continue de se battre.

Comme Thomas qui tremble depuis le début du combat de peur d’abord puis de fatigue. Comme Néréine qui reçoit coup et blessure à chaque fois qu’elle bondit vers les adversaires pour les repousser. Comme Conrad qui  n’en peut plus d’analyser tout le champ de bataille pour savoir où vont aller les ennemis et où vont frapper ses confrère.

Cassandra m’a offert le courage pour commencer la bataille, ils me donnent la détermination pour l’achever.

Mais comment affronter des ennemis qu’on ne peut regarder ? Les yeux toujours plaqués sur le sol j’aperçois la boite de souris, toujours miraculeusement indemne. Applique donc tes propres conseils vieil abruti ! Fermant les yeux je relève enfin la tête, un léger sourire sur les lèvres. La voilà l’idée qui me permettra enfin d’épauler es jeunes comme ils le méritent !

Devant moi des taches apparaissent alors et dansent dans tous les sens. Taches bleu pour les mines, taches sombres pour les enfoirés et taches colorées pours les gentils de l’histoire.

Débarrassé de mes peurs de croulant traumatisé le champs de bataille devient soudain bien plus clair et mon esprit rationnel reprend enfin le dessus. Je sais ce que je dois faire.

D’abord les ennemis, combien ?  Quatre taches plus petites devant moi, les soldats et les ombres restantes. Abimés par mes vagues de lumière et mes mines ils ne doivent plus être très vaillants. Une tache plus importante et très mobile qui fait des cercles, le canasson des enfers encore en vie, pareil il doit être bien amoché par tout ce qu’il s’est pris dans la gueule. Seules les deux présences de rondouillard me posent problème, ils ont juste marché sur quelques mines mais une chose à la fois.

Ensuite mes réserves, où j’en suis ? J’ai pas franchement été économe et ça s’en ressent, mon flux est presque aussi introuvable que le bon sens du primarque. Me reste assez pour un sort de grande ampleur et…trois faibles ? J’espère. Quant à mes élèves ils ont déjà presque tout donné tant physiquement que magiquement, je dois les préserver autant que possible.

Et maintenant cul de jatte sénile, combine tout ça et sors-toi enfin les doigts de ta caisse ! Prenant une voix que j’espérais aussi calme qu’assuré j’annonçai mes dernières consignes.


« -Ok, la leçon est terminé maintenant on passe au corrigé. Tout le monde derrière moi ! »

Sans ouvrir les yeux j’attends  que leur présence magique viennent se placer entre Sidhe et moi et je charge mes deux poings fermés avec la presque totalité de mon flux magique. Mon sort ne devait pas être très puissant mais il devait balayer le plus de zone possible.

Au moment où je sens le charriot repasser devant moi je plaque mes mains au sol et les relève brusquement. Aussitôt une nuée de lance de glace sort  de terre et se projette sur tout ce qui se trouve devant moi sur une ligne de plus de dix mètres de long. Comme prévu mes projectiles ne sont pas très épais mais c’est plus que suffisant pour venir à bout des demi-portions enténébrées, le chariot continue sa course folle mais finit par exploser à son tour après avoir percuté deux mines de plus. Bien, plus que…


« -Attention ! »

Un rondouillard plus vif que prévu a eu le temps de courir se jeter sur moi. Thomas n’a eu que le temps de bondir entre nous deux, encaissant le plus gros de l’impact.

Sous la surprise je suis à deux doigts d’ouvrir mes yeux, seul le cri de rage de Néréine me force à garder ma concentration. Le combat n’est pas fini, je ne peux pas me permettre de reperdre les pédales maintenant.

Plaquant une main sur le rondouillard toujours au sol je le soude solidement au plancher dans une bonne couche de glace, laissant juste son dos de libre. De ma main libre j’agite l’air pour faire disparaitre les pièges restants, inutile de gêner mes compagnons avec des trucs qu’ils ne peuvent pas voir.


« -Les deux obèses sont pour vous, Bryke t’es en sale état, essaye surtout de les distraire. Vous pouvez bouger comme vous voulez il y a plus de mines. Je les immobiliserai du mieux que je peux mais j’ai plus que deux sort en stock, me forcez pas à les gâcher »

Trois soldats épuisés, un inconscient et un cul de jatte, qu’est ce qui pourrait mal tourner ?
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La lumière au bout du tunnel.

Le cheval démoniaque n’est plus, les sans-cœurs se sont réduit sous l’impact du vieux mage. Et seul demeure les deux rondouillards plus résistants et coriace. Oui, la bataille semble enfin se diriger vers son final.

Sidhe hurle de plus belle, cognant contre sa prison éphémère, mais aucun son ne s’en échappe. Thomas est au sol, les yeux clos et la respiration difficile.

Ça ne se joue plus qu’entre eux.

Le fauve hoche la tête à l’infirme. L’énergie lui manque, plus aucune trace de magie ne coule dans ses veines. A ses côtés, Néréine se tient prête aussi. Un souffle, et elle se redresse, saisissant ses deux dagues hors de sa ceinture. Elle n’a pas le choix, visiblement, la magie n’est plus pour elle aussi. Des armes avec si peu d’allonge face à de telles créatures ? Risqué, très risqué…

Conrad de son côté semble garder son sang-froid, sa position indique qu’il compte incanté à nouveau. Quoi qu’il ait fait durant cette bataille, il a réussi à économiser suffisamment ses forces pour se permettre un ultime sort.

Bryke se redresse, inspirant à son tour. Une dernière fois, un dernier tour, juste un peu…

Le dernier rondouillard libre de ses mouvements se tourne vers le groupe. L’infirme l’a privé de son collègue, et il semble s’en rendre compte. Il se prépare à sauter et rebondir.

Le ronso se précipite vers lui, rugissant bruyamment et hurlant. Il lui tourne autours, essayant d’attirer son attention du mieux qu’il peut. L’empêcher de sauter, vite, vite !

De son côté, Conrad ne lance aucun sort, il préfère se concentrer sur celui immobilisé dans le givre. Et c’est une goutte de sueur qui vient s’échapper le long de son front.

Néréine vient se placer quant à elle, courant en direction du lourdaud. Elle essaye de rester dans son angle mort, pour ne pas gêner la tentative de Bryke.

Le rondouillard, pourtant en si bon chemin pour s’élancer dans les airs, arrête son mouvement. Le fauve étant prêt, il décide d’attaquer plus localement, rentrant son ventre. Bryke ne se fera pas avoir deux fois, c’est la même technique qu’il a subi au mont Gagazet.

Le fauve se prépare, s’approchant, à toute vitesse. Il faut qu’il s’approche suffisamment, puis qu’il recule d’une glissade.

Tout semble se passer comme prévu, il se prépare à relâcher son ventre. Bryke s’arrête, ses pattes glissant contre le sol, envoyant la poussière virevoltée.

Mais lorsque le ronso s’apprête à engager son esquive. Une intense douleur le saisit. Partant de son épaule, et se répandant comme une trainée de poudre dans tout son système nerveux. L’adrénaline ne suffit plus, la douleur devient bien trop intense pour qu’il l’ignore.

Dans un grognement de douleur, le prêtre-guerrier n’arrive plus à bouger. Il ne peut que contempler impuissant, le ventre du rondouillard s’apprêtant à le dégager au loin.

C’est sans compter sur l’infirme. La magie s’élance, froide, glaciale, comme un vent d’hiver. Tournoyant autours du rondouillard, créant une couche de glace sur ses membres. A l’image d’une étreinte, le sans-cœur ne bouge plus, figé dans la glace, arrêté dans le temps.

« Je te tiens ! » hurle une voix féminine

Néréine s’élance, frappant d’un imposant coup de pied dans le dos du prisonnier de glace. La glace retenant le sans-cœur se brise dans un fracas assourdissant, tandis que ce dernier s’effondre sur les fesses. La jeune femme ne perd pas de temps, comme muni d’une rage nouvelle, elle s’élance, et vient poignarder la créature à plusieurs reprises.

« Tiens, tiens ! Et ça ! Et prend ça ! Sa… » Ce ne sont plus que des injures qui viennent s’échapper de ses lèvres.

A chaque coup, le rondouillard frémit, boursoufle. Avant finalement d’exploser dans une gerbe de poussière noirâtre et autre résidus de ténèbres.

Bryke pousse un soupir qu’il essaye discret. Ce n’est pas passé loin. Le ronso se relève, fébrile. Son œil unique se pose sur la gagnante. Mais par quelle sorcellerie cette femme réussi-t-elle à obtenir autant d’énergie ?

Il ne trouve aucune réponse.

“Drorkl”

Retentit la grosse voix de Conrad derrière eux.

L’infirme fait des merveilles, immobilisant dans une étreinte glaciale le dernier des créatures néfastes sans jamais faiblir.

Le grand colosse ne manque pas de créativité pour son dernier sortilège. Usant de la terre comme d’un monte-charge. Il vient surélever le sans-cœur figé sur une mince colonne de terre. Cette dernière se brise rapidement, relâchant le rondouillard aux caprices de la gravité.

Visiblement, une part importante du plan de Conrad. Ce dernier s’élance vers le sans-cœur profitant qu’il n’ait pas encore touché le sol pour lui assigner un puissant coup de pied. Le coup projette la créature, qui vient se fracasser contre le sol. Explosant sur le coup.

Le colosse s’agenouille au sol. Il ne peut plus jouer la comédie, il est lui aussi à bout de souffle. Et les nombreuses plaies sur son corps, témoignent d’une incroyable volonté.

Il suffit que de quelques minutes pour que Néréine s’approche du groupe. Ses pas se font de plus en plus maladroit, et lourd. Puis, comme frappé par un adversaire invisible, elle vient s’effondrer au sol.

Une dernière chance… Elle a utilisé toute son énergie pour finir le combat. Et il ne lui reste plus rien.

La prairie ne ressemble plus à ce qu’elle était autrefois. L’herbe a été arraché, la terre déplacer. La foudre a brûlé bien des endroits. Le feu a ravagé quelques champs de fleurs. Et des cristaux de glaces sont encore visible çà et là.

L’atmosphère elle-même est étrange, distordue. Malgré le grand ciel bleu, des nuages fins et presque éthérés viennent prendre forme tout autour du champ de bataille.

L’éther est omniprésent…
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« -…Il y avait trois souris. »

C’était con. Les mots étaient sortis tout seul. Mes yeux s’étaient posées presque d’eux même sur la caisse, un largue trou y béait, provoqué par je ne sais quel choc. Un détail inutile mais moi qui préfère d’habitude le silence à des jacasseries inutiles j’avais ressenti le besoin de mettre fin à celui-ci.

Une fois le dernier rondouillard évaporé j’avais ouvert mes paupières, contemplant les conséquences de ma stupidité. Thomas et Nérèine inconscient, Bryke et Conrad tenant à peine sur leurs jambes. Il s’en était fallu d’un cheveu, si un sans cœurs de plus était apparu à ce moment là une tragédie aurait été inévitable. A cause de moi.

Parce que j’avais surestimé mes capacités j’avais une fois de plus fait frôler la mort à mes frères et sœur. Leurs états lamentables me renvoyaient sans pitié à mon dernier jour de convalescence. Celui où j’avais juré de tout  faire pour ne jamais remettre la vie d’autrui en danger à cause de ma fierté.

C’est ce qui avait failli arriver aujourd’hui…Non c’est ce qui était arrivé aujourd’hui et c’est ce que ce silence me murmuraient inlassablement. J’avais eu besoin de le briser pour éteindre les accusations qu’il me portait.

Prenant une inspiration je reporte mon attention sur les deux montagnes en face de moi.


« -Bon, écoutez les gars je suis… »

Désolé. Désolé de ne pas avoir été à la hauteur. Désolé de vous avoir traîné là dedans. Désolé de me réveiller chaque soir en sursaut parce que je revois ma chute dans les ronces. Désolé d’ignorer mes pertes de connaissance pratiquement quotidienne parce que je connais leurs significations. Désolé de ne pas être assez fort pour faire face à mes peurs et pas assez intelligent pour le reconnaître. Désolé finalement de n’être que Fiathen l’infirme et pas Cassandra la forte ou Fabrizio le protecteur.


« -…très content de vous. Ça aurait pu être mieux mais vu les circonstances vous vous êtes bien débrouillés.
Lachais-je avec le plus beau sourire forcé dont est capable un cul-de-jatte exténué. »

Je ne pouvais pas faire ça. Je ne pouvais pas leur faire porter le poids de mes peurs en plus de celui de mes échecs. Malgré le massacre de Swain et ce qu’elle y a vécu Cassandra transmet au paladin sa foi et non ses doutes. Malgré son affrontement avec le dragon et les traumatismes dont il a du écoper Fabrizio transmet au templier sa force et non ses craintes. Je ne pouvais peut être plus défendre qui que ce soit mais je pouvais au moins éviter d’accabler mes élèves avec le poids de mes défauts.

« - Ceci dit faudra que d’une manière ou d’une autre vous appreniez à mieux communiquer. Dans le fouillis d’une vraie bataille avec des alliés qui connaissent mal vos capacités vous risquez plus de rendre service à l’ennemi qu’aut’ chose. Bon, c’est pas tout ça mais va falloir penser à plier le camp. Vu votre état je vais m’occuper des dormeurs.»

Grattant le sol en bas de ma caisse je me saisi de deux mottes de terres que je lance au loin, faisant apparaître deux squelettes du même coup. Sans dire un mot ceux-ci se dirigèrent vers Thomas et Nérèine et s’en saisirent. Une chance que ce soit les poids plumes qui soit partis sucrer les fraises. Mes squelettes les traîneront plus qu’ils les porteront mais ils devraient tenir le temps qu’on atteigne un endroit avec des collègues capable de nous filer un coup de main.

Me tournant ensuite vers les deux  montagnes je tente d’afficher l’air le plus amène possible.


« - Bryke, vu que t’as l’air d’avoir un peu d’avance sur les autres, au moins au niveau magique, je sais pas si c’est très utile que t’assistes à toutes les leçons de notre petit groupe. Je te ferais signe si jamais on s’exerce sur un truc qui peut t’être utile. Mais je suis content de t’avoir eu parmi nous, sans toi on aurait été…ça se serait….enfin tu t’es bien débrouillé !

Bon vu l’état général je pense qu’on va repousser la tournée au Poney fringant, vous pouvez aller vous reposer. Par contre hésitez pas à vous exercer à la détection magique de votre côté, je suis sur que c’est à votre porté. Lorsque vous utilisez la magie ayez le réflexe de vous concentrer sur votre flux et essayez d’accompagner votre sort lorsqu’il sort de votre corps, juste sur les premiers centimètres. Je suis sur que ça finira par venir.

Voila voila on va pouvoir…ah non c’est vrai. »

Il s’était passé tellement de truc que j’avais fini par oublier Sidhe et ses couinements. Claquant des doigts je fis fondre son dôme de glace.
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« Ah bah trop tôt ! J’ai eu la peur de ma vie moi ! Oh là là là, c’était stressant, terrible, j’en perd des poils par touffes ! » s’excite tout seul la peluche, sautant sur place.  
 
Mais le fauve n’écoute pas. Il hoche la tête à l’infirme, avant de s’assoir au sol. Sa vision est floue depuis quelques minutes. Et s’il ne souhaite pas suivre Nérèine, il lui faut souffler un peu.  
 
« Aaaaaaaaah ! » hurle Sidhe dans un cri aussi strident qu’insupportable. « Votre épaule m’sieur ronso ! Ça va pas du tout ! Horrible ! »  
 
Comme s’il n’avait pas remarqué…

« Mais faut faire quelque chose ! Au secours ! Au blessé ! »

Le fauve ne peut retenir un grognement, il n’a pas la patience pour le supporter. Il serait presque tenté de demander au vieil infirme de le ramener dans un glaçon.  

Le regard du ronso se reporte justement sur le dis vieillard. Qu’en pensez de tout ça ? Pour un premier entraînement en groupe, dont le but est de ne pas se gêner. Défier des sans-cœurs, dans une forêt loin de la civilisation ? Non, c’était insouciant, il ne peut pas décrire ça autrement.  

La tête cornue tourne sur chaque présent. Sur les squelettes, transportant les blessés au loin. Ça aurait pu finir plus tragiquement. Quelqu’un aurait pu perdre son cœur, ou un sans-cœur plus violent aurait pu se joindre au combat. Il avait entendu parler de ce templier, qui avait défié des ombres sans inquiétude. Il n’a pas fait long feu lorsque des centaines de ces créatures normalement faiblardes, ce sont assemblé en un tourbillon infernal.  La fin de l’histoire, est des plus funeste.  

Et puis...  

Sa main griffue vient appuyer un peu plus fort contre le trou béant, ornant son épaule. L’adrénaline ne coule plus dans ses veines, et tous ces nerfs hurlent la douleur. Il ne peut retenir un nouveau grognement, avant d’entrouvrir un œil.  

Malgré toute la situation, malgré ses blessures. Ses pensées sont focalisées sur une seule chose.  

Cet homme...

Il l’a vu usé de sortilèges puissants. Il l’a vu couvrir un champ entier de mines glacés. Il l’a vu détruire une quantité non négligeable de sans-cœur en un temps record. Et le tout, en partageant ses réserves magiques, non pas avec une personne, mais avec quatre.  

L’œil valide du prêtre-guerrier s’arrondit un instant, en oubliant tout le reste.  

Comment ?  

Il a beau le regarder sous tous ses angles, il ne voit qu’un humain. Fragile, maigre, infirme. Aucune trace du moindre amplificateur, ou d’un quelconque artifice.  

Il ne se souvient pas l’avoir vu boire la moindre potion non plus. Avant la bataille peut-être ?  

Le chaos s’installe dans l’esprit du fauve. Il n’arrive pas à croire qu’un simple entraînement ait mené cet homme à ce niveau. Est-ce en rapport à ses jambes ? Il a entendu ces histoires selon certains individus, démuni d’un de leurs sens, développe un autre par-delà la normalité.  

Il reste là, un bon moment, son regard sur le vieillard. A côté, Sidhe continue de s’agiter dans tous les sens, sautant partout, hurlant dans les oreilles du ronso. Cela fait combien de temps qu’il vomit toute sorte de phrase sans importance ? Il ne saurait dire.  

« Eh oooooh ? Tu m’écoutes m’sieur ronso ? Infirmerie, hop hop hop ! »

Bryke tourne la tête vers la peluche, avant d’ hocher la tête.

Ses questions peuvent attendre, son épaule lui hurle depuis tout à l’heure, s’il continue de la négliger, qui sait les séquelles qu’il va garder de cette leçon.

Il se redresse doucement, ses jambes tremblant sous l’effort. Et tandis qu’il va pour se diriger vers le chemin menant à la citadelle, il s’arrête un instant.

Le fauve se retourne pour faire face au vieillard, avant de s’incliner. Ou plutôt, d’essayer. A peine a-t-il baisser la poitrine, qu’il sent son équilibre s’effondrer. Quelques pas en avant réussisse à l’empêcher de rencontrer le sol. Mais le ronso ne se sent pas fier.

Qu’importe, il aura au moins respecter le protocole de politesse.

Quant à ses questions pour l’infirme…Il aura le temps de les lui poser plus tard. Ce n’est pas la dernière fois qu’il le voit, il n’y compte pas.  

Le prête-guerrier reprend sa route, sa main griffue toujours sur ce qu’il reste de son épaule.

Le retour va être bien long…
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