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le Jeu 24 Oct 2019 - 19:27


Les tentes disparaissaient déjà. Certaines, montées sur charrettes ou traîneaux, oscillaient à l'horizon ; d'autre gisaient au sol, dépecées en poutres, peaux et tapis.

Errant dans les restes de la ville en pleine disparition, Naran sifflait doucement. Une vieille épopée de sa vallée, remplie d'exode et de combat; quelque chose gardé d'ordinaire pour les froides nuits d'hivers, lorsque la neige était trop dense pour sortir de la yourte.

Alors que la mélodie s'imposait à son esprit, la Mercenaire décrispait lentement ses poings.


Elle était revenue trop tard.

Le troisième tournoi avait pris fin sans elle… Du peu qu'elle en avait entendu, Nergeï avait pris sa place, et dînait à présent auprès du grand Khan lui même.

Naran cracha au sol.
Elle avait assez perdu de temps dans ces foutues steppes. Il était temps de bouger.


Son frère lui avait laissé sa monture et quelques réserves. Depuis, la Mongole faisait le tour des dernières tentes en quête, entre autre, de sel, d'une bonne gourde, et de quelques têtes de flèches.

Les prix augmentaient à mesure que la plaine se vidait - et, peut-être aussi, à la mesure de sa mauvaise humeur.

Finalement, elle délia sa bourse, pestant tout du long. Quelques grognement plus tard, et elle chargeait ses achats, vérifiant minutieusement les sangles, puis resserrant le tout d’un brusque mouvement d’épaule.

Ses affaires complètes, elle siffla son aigle et se mis en selle.

Un coup de talon, et elle s'élançait vers le sud.


***


Sa traversée avançait bien.

Les conditions de voyage était idéale : Le vent printanier lui soufflait dans le dos, gonflant ses manche d’air frigorifiant, tandis qu’au sol, le tracé jauni des pistes réapparaissait peu à peu sous la neige boueuse.

Mais la Mercenaire ne pouvait réprimer un sentiment de manque.


Les oiseaux revenaient peupler les herbes hautes, atrocement satisfait d’eux. Naran dressa son aigle à les tuer d’un coup de bec - non pas pour leur quelques onces de viande, mais pour s’éviter leur chants béa.

L’exercice ne lui apporta qu’un réconfort passager.


Les rares buissons regorgeaient de gibier: Tout les soir, Naran put faire griller un lapin ou une volaille encore blanchie par l’hiver.

Mais, malgré l’odeur, malgré l’excitation qui venait habituellement avec le bivouac au milieu des plaines, la viande lui paraissait fade.


Elle croisa deux troupeaux. Des moutons, quelques chevaux - Naran pouvait presque deviner les village de yourtes et de boue de leur maîtres, cachés entre les douces collines de la steppe. Mais ses rations étaient plus que suffisante, et elle avait confiance dans son cap.

Surtout, elle n’avait aucun besoin de compagnie.


Ainsi, chaque soir elle poussait sa monture un peu plus loin. Puis, une fois les flancs de la bête grondants et noyés de sueur, Naran sautait à terre.

Ses bottes, usées par ses voyages constants, foulait encore la terre en enjambées rageuses, le temps de faire un feu et de griller son gibier, jusqu’à ce que, enfin, la Mercenaire s'affale sur le sol. De quelques coups de coude, et elle se nichait sur un renfoncement, une corniche de pierre, à bas un tronc tordu ou contre un terrier.

Puis, éreintée, elle fermait les yeux, pour immédiatement tomber dans le sommeil.


Tout aussi brutal, le réveil la saisissait à la gorge dans une inspiration terrifié…  Pour ensuite laisser derrière lui un goût d'échec - et le léger relent des rôtisseries de la veille.

Le soleil était en général à peine levé. Naran passait donc les premières heures du jour à mâchonner un bout de viande séché, transfixée par les couleurs de l’aube sur les plaines. Puis, réchauffée par le jour, elle bousculait tant sa monture que son oiseau, faisant faire à l’un un petit sprint matinal, à l’autre ses exercices de dressage.

Une fois tout le monde échauffé, le trek continuait. Vers le Sud, et vers la Chine, sur les chemins sinueux qui entouraient la frontière.


***


Les premières tours de gardes firent leur apparition.
Puis quelques villages sédentaires, entourées de leurs épais murs de pierre.
Structures que la Mercenaire prenait soin d’éviter, évidemment.

Avec une certaine expertise, Naran contournait surtout la grande muraille du Nord. Elle filait entre les places fortes frontalières, coupait à travers les bois et, à une occasion, les dunes d’un petit désert. Les souvenirs de ses années de raids revenait aisément, et, même si la frontière du royaume chinois n’était pas tout à fait stable, ses murs restaient relativement fixe.

Puis, au matin d’un énième jour de chevauchée, elle déboucha sur le fleuve.


La vue de la coulée boueuse lui avait fait un choc, fut un temps.

Un mélange d’extase, d’horreur, de peur et d'excitation. Un monde nouveau, à porté de main. Même la vision de la Mer, des année plus tard, ne lui avait pas autant retourné l’estomac.

Elle qui avait toujours erré dans les steppes et les montagnes, Naran s’était trouvée face à la plus large rivière que son monde ait connu. Le courant bouillonnant, jauni par la boue et le soleil, lui avait paru monstrueux.

Aujourd’hui, Naran ne sentit rien sinon un certain soulagement.


La Mercenaire empaqueta ses rations, son arc et ses vêtement en un baluchon, qu’elle fixa sur sa selle. Puis, elle signala à son aigle de s’envoler, et pris les rênes de son cheval entre les dents.

Maintenant en chemise, Naran plaça au dessus de sa tête la selle de son cheval et ses affaires, puis s’élança sur la petite plage qui bordait la coudée du fleuve.

Pas à pas, elle s’enfonça dans les flos, son cheval hésitant derrière elle.

L’eau était agréable, loin des températures glaciales des ruisseaux Huns.
Affaibli par les méandres, le courant restait toutefois suffisamment fort pour faire pression sur les jambes de la Mercenaire. A chaque pas, elle sentait son cap se décaler vers l’aval, tandis qu’algues et poissons caressaient ses cuisses.

L’année était déjà très avancée, pour risquer ainsi une traversée. Mais les ponts étaient bien surveillé, et les passeurs rechigneraient devant son visage Hun.

Naran senti son pied gauche s’enfoncer dans la vase, glissant aisément jusqu’à la mi mollet.
Le grondement des cascades voisines se fit soudain plus insistant.

Elle fit un pas de plus.

L’eau lui arrivait maintenant aux épaules, tirant sa chemise comme pour l’arracher à son sillon de vase. Elle allait devoir nager sur les quelques coudée les plus profonde, mais ce n’était pas en soit -

Son cheval renâcla. Naran le sentit résister, se retourna… Et se figea sur place.


Un cavalier venait d’arriver sur la plage.

Il avait un arc à la main.

Malgré son uniforme usée, malgré les dix mètres d’eau tumultueuse qui les séparaient, Naran reconnu sur lui les insignes de l’armée chinoise. Ils devaient l’avoir repréré en traversant, ou avoir trouvé le moyen de la pister -

Instinctivement, la Mercenaire porta sa main libre à sa tête, touchant un instant le bois de son arc profondément enfoui dans son baluchon.
A peine l’arc frémit qu’une flèche fila.

Un second cavalier venait d’arriver sur la berge; plus rapide, il avait déjà décoché.


Naran se dissimula derrière sa monture, pendant que cette dernière pataugeait maladroitement dans l’eau.

Elle était au trois quarts de sa traversée. Malgré la vase, malgré le courant, malgré la selle de cuir éclaboussé qui se balançait sur sa tête… Elle pouvait encore y arriver à temps.

Elle fit un pas de plus.

Un cri. Un ordre. Un galop, et deux autres cavalier arrivaient sur la plage. Deux flèches sifflèrent, et Naran s’enfonça encore un peu plus dans l’eau.

Une des flèches heurta sa selle, puis, incapable d’en percer le cuir, tomba finalement dans l’eau. L’autre piqua son cheval, qui roula un instant des yeux. La croupe, ou l’épaule, puisque l’animal s’emballa dans un reniflement terrorisé.

Incapable de retenir la bride entre ses dents, Naran finit par lâcher sa monture. Cette dernière tourna sur elle même, emportant avec elle un courant intense et chaotique.


La Mercenaire n’avait plus beaucoup de temps. Sa destination, la berge opposée, semblait plus lointaine que jamais.

Trois nouvelles flèches brisèrent les flots autour d’elle. Sans attendre, elle se mit en mouvement.

L’eau, les algues, le courant la ralentissait - Il lui fallut une dizaine de seconde pour enfin tirer son pied de la vase, puis le projeter en avant.

Un instant de plus, et son talon touchait au but. Elle allait s’appuyer, que son pied commença à glisser.

Déséquilibrée, Naran se senti perdre prise. Resserrant ses mains sur son arc et son baluchon, elle tenta de se stabiliser… Et, dans un tourbillon trouble, la Mercenaire perdit pied.


***


Le sable était amer. Mais pas salé. Pas ici.

Naran sentait son aigle qui piquait à sa cuisse, lacérant un peu plus l’une de ses plaies.

Elle voulut agiter le bras pour le faire fuir, mais la force lui manqua.

Epuisée, elle retomba dans l’inconscience.


***


Naran n’avait pas envie d’ouvrir les yeux.
Elle avait pourtant conscience d’avoir été transportée.

D’abord, parce qu’au lieu d’être affalée sur le ventre, on l’avait placé sur le dos. La position lui donnait un certain mal de coeur, comme ce vertige qu’on attrappe à trop regarder la course des nuages.

Ensuite, parce que, si ses membres brûlaient encore de tous leurs bleus et griffures, ils étaient au sec. Plus aucune trace ni du grondement de la rivière, ni du tiraillement du sable sec.

D’un doigt, elle palpa du tissu, et de la paille en dessous. C’était étonnant. Les prisons des postes de frontières ne fournissaient généralement pas de couche à leurs prisonniers…


Une voix d’enfant la crispa soudain.
On aurait dit l’un de ses neveux, si ce n’est…

Les mots avait l’accent chanté des Han. Ce n’était pas sa langue natale…

Naran se raidit.

La voix s’approchait. Elle ferma son poing, inspira longuement…
Et parvint à se mettre à genoux.

Haletante, elle se mit en garde.


Ses yeux s’ouvrirent sur une pénombre encombrée. Des caisses, des draps négligemment jetés sur des formes étranges, et, partout au sol, un mélange de terre et de paille éparse.

Face à elle, deux ombres. Deux paires d’yeux grand ouvert, luisants de curiosité.
Deux enfants.

Quelques années, peut être moins. L’un tenait qu’à peu près sur ses jambes maladroites. Encore rosi par l’enfance, il fixait sans crainte aucune l’étrangère qu’il découvrait dans sa remise.

L’autre bambin semblait plus âgé. Plus raisonnable, en tout cas, puisque lui avait pris un pas de recul en voyant Naran et ses poings levés.

Les deux portaient des fripes qui, il y a quelques heures, devaient avoir été propres. Leurs pieds nus et boueux hésitaient au pas de la porte, réduisant peu à peu le jour de lumière éclatante qui troublait la pénombre de la remise.

Remise qui, visiblement, n’abritait plus de bêtes depuis un certain temps déjà. On ne distinguait  que ça et là les traces d’une auge ou d’un anneau, rares indices parmi un amas chaotique.

Naran avança d’un pas.
Le plus grand des enfants attrapa son cadet par le col, et ils décampèrent. Le plus petit riait aux éclats.

Naran les suivit lentement, grimaçant en passant la large porte de bois jusqu’ici entrouverte.


Une chaude journée de printemps s’ouvrait à elle. Un bruissement de feuille, un léger bruit d’eau….

Et surtout, un verger broussailleux qui envahissait tout, jusqu’aux sol jonché de fruits pourrissant sans avoir jamais eut le temps de mûrir. Les arbres étrangement amaigris jaillissaient à intervals arbitraire, tantôt en buissons mal taillés, tantôt en fins pics mordus par le gel et les insectes.

Deux lourdes maisons de pierre grise entouraient le jardin, jointes par une basse cour de terre et d’oie endormies, et toute deux adossé à un large muret couronné de tuile et de dragons de pierre. Le bois qui formait leurs façade était vermoulu, brisé par endroit, et par d’autre repeint de maladroites touches de couleur.

D’entre les branchages pointaient ça et là un four encore noir de suie, un puit couvert d’une plaque de bois, un demi bateau éventré par les mauvaises herbes, un potager approximatif d’où dépassaient encore trois houes rouillées...

Si l’architecture était plutôt typique pour la région, Naran restait dubitative face à l’entretien de ce qui aurait dû être un jardin. Sans s’attendre aux délicates sculptures naturelles des dames de cour… La forêt qui habitait les lieu avait quelque chose d’absurde.

Le sourcil levé, elle fit quelques pas entre les racines et touffes d’herbe. Quelque part dans les hauteurs, son aigle l’avait vu; Elle entendit son cri caractéristique alors qu’il piquait vers elle.

Encore endolorie, Naran se baissa maladroitement, et se façonna une attelle de fortune de quelques branches de bois mort. Les serres de son rapace se refermèrent sur son bras avec un craquement et quelques échardes, mais sans rouvrir sa peau déjà malmenée.


“Drôlement agressif, ton oiseau.”

C’était une voix tranquille, bien qu’un soupçon moqueuse.
Naran se retourna, aigle toujours fermement arrimé à son avant bras.

Un jeune garçon s’était avancée d’entre les fourrées. Même Naran, pourtant loin d’être grande, la dépassait d’une tête et demie. Deux plus jeune le suivaient, tenant fermement l’un une petite fourche, l’autre une simple branche de bois, chacun brandissant leurs armes avec la fierté farouche d’un cerf tout juste corné.


Naran détailla le groupe, ses yeux traînant longuement sur les traits bâtards du plus vieux. Un fin mélange d'ethnies, le tout à la fois décharné et enjoué. La gorge encore sèche de sa convalescence, la Mercenaire hésita.

“Grand Père t’a récupéré sur les berges de la rivière - “ Il la jaugea un instant. “ Mais je viens à me demander s’il a pas oublié des morceaux.”

“J’suis au complet, t’en fais pas…”
Incomfortable, Naran se balança d’un pied sur l’autre. Les deux étant également criblé de griffures, elle grimaça.

“Tu peux dire merci à ton Grand Père. En attendant, j’ai à faire… Mon cheval n'aurait pas survécu à la baignade, par hasard?”

“J’doute qu’il soit en état d’être monter, toute Hun qu’tu sois.”

Le jeune homme eut un sourire qui, bien que narquois, avait quelque chose de charmant.

“... Soit.” La remarque aurait dû l’énerver, mais, éreintée par la route, Naran laissa passer l’outrage pour soupirer un bon coup.

“Et mes affaires ?”

“Grand Père Passeur t’attend pour le thé, tu lui demandera.”


***


Lèvre plissées, Naran avala tant bien que mal le thé acre du vieil homme. “Thé” était déjà un grand éloge pour cette bouillonnante soupe de mauvaise herbe… Mais c’était la conversation, plus que la boisson, qui l’enervait.

“Et pourquoi, exactement, devrais je travailler pour toi ?”

“Juste le temps que je retrouve tes affaires…” Le grand père sirotait le breuvage sans sourcilier.  Confortablement installé sur un matelas éventré, ses jambes grêles pendant de la véranda décrépite vers les herbes folles du jardin, il avait l’air particulièrement dérangé. Les deux enfants émaciés qui l’entouraient ne faisait que renforcer cette impression.

“Ah, oui, “retrouver”...” Grommella Naran.

“Une seule véritable mission, de fait. Une seule course, et tu aura remboursé ta dette.”

“Avec tous les mouflards qu’il y a dans cette maison, pourquoi me demander à moi?”

“Parce que ces mouflards ont déjà leurs missions. Parce que j’ai donné de ma personne pour te tirer hors de l’eau. Surtout, parce que les gens d’armes du coin ne se déplaceront pas pour mes petit orphelins, mais pour une guerrière tout droit sortie des steppes et portant armes aux couleurs de l’envahisseur… Peut être qu’ils viendraient finir le travail.”

“J’ai vaincu pire.”

Pure arrogance.

“Sans armes?”

Un éclair passa dans les yeux de Naran.

Mais… Mais, en un sens, le vieil homme tombait à pic. La Mercenaire lui devait la vie, à lui ou à l’un des marmots qui le servait. Grâce à lui, elle avait évité les geôles locales, ou pire. Surtout, il pouvait se révéler utile. La Mercenaire contint donc son envie de le frapper jusqu'à lui faire cracher tout ce qu'il savait - et ses dernières dents avec.

“Mettons que j’accepte. C’est quoi, exactement, ce… cette mission.”

“Rien de bien différent que ce dont se chargent ces mouflards, comme tu dit. Seule différence, peut être, et qu’en plus d’éviter de te faire remarquer, contrebande sous le bras…” Il s’humecta les lèvres, sa langue presque blanche passant un instant sur le duvet gris qui pendait sous son nez. “Il y aura peut-être quelques... compagnons de voyage. Et pas les plus agréables... ”

“Vous avez volé à trop fort pour vous ?” Dédaigneuse, Naran pestait déjà.

“Je ne vole pas, je transporte. Et, en l'occurrence, l’origine et le contenu du paquet ne te concerne pas.”

“Trop bas sur la chaîne alimentaire pour savoir?” Dédaigneuse, la Mercenaire voyait déjà la valeur de ce nouveau contact diminuer.
“Je pense pas que ça te concerne…” Un fin sourire sur ses lèvres asséchées. “Et puis, tu ne semble pas manquer d’assurance… Je suis sûr que toi, tu saura leurs résister.”

Naran calculait rapidement. Ses affaires n’avait pas beaucoup de valeur… Certes, il lui était désagréable de laisser son arc familial entre les mains d’un contrebandier. Mais ce n’était pas, en soi, une raison suffisante de risquer sa peau. Toutefois, cette mission lui donnait l’occasion de commencer la mission pour laquelle elle avait été envoyée en Terre des Dragons, et ça, peut être, valait bien une petite aventure…

Naran se redressa.
“Mettons que j’y aille. Quelle est la destination ?”
Le vieil homme se pencha en arrière, relaxant son dos noué.
“Une bourgade près des montagnes… Une station Shin Ra, plus précisément.”
Naran sourit. Une chance de plus… Le destin ne l’avait pas abandonné en la faisant couler dans cette rivière.

“Et le paquet, quel poid fait il ?”

Le passeur fit un signe à l’un de ses mouflet. L’enfant s’effaça silencieusement, puis revint avec une boîte de bois brut d’un petit mètre de haut. L’objet était manifestement lourd, et scellé de bandelettes de papier.

Alors que Naran détaillent la pièce des yeux, le vieil homme renifla, puis la mis en garde. “Rien que tu puisse revendre, enfin, pas sans te faire découper en tout petits morceaux... “  
La Mercenaire le fusilla du regard.

“Je pars demain. J’aurai besoin de ma selle… Et d’un arc.”
“La selle a peut être été repêchée… Mais vu l’état de ton cheval, je doute que tu puisse chevaucher loin.”  


***

Naran eut un haut le coeur.
Trois jours qu'elle retardait son voyage, mais chaque matin, c'était pire.

Son cheval avait été des plus trapu et endurant qu’on puisse trouver dans l'élevage de son frère.

Mais, là, trainassant mollement à l’ombre d’un auvent, il faisait mal à voir. Son poil dru avait été râpé jusqu’au cuir; cuir qui lui même s’ouvrait sur un ensemble de plaies encroutées. Deux lacérations suintaient de son flanc gauche, tandis que ses genoux postérieurs tremblaient sous la seule tension du corps de l’animal.

L’animal tenait debout, mais c’était déjà un miracle.

Naran toussa, une toux longue et âcre. Puis, finalement, elle cracha une glaire boueuse qui s’écrasa dans l’herbe voisine. Un des gamins eut une exclamation, dégouté et amusé à la fois.

“Il me ralentira plus qu'autre chose.”

Le jeune homme qui l’avait accueilli hocha la tête, visage fermé.

“Pour autant…”
Naran s’approcha, palpant lentement les membres raidis du cheval. “Je pense qu’il pourrait  quand même  s’en remettre.”

“C’est pas pour ce qu’il mange, de toute façon.” Le jeune homme haussa les épaules, puis sourit. “On te l’gardera au chaud, pour ton retour!”

“Ouais, compte pas dessus pour tout d’suite non plus.” Naran grimaça. “Vu le gruau infâme que vous me servez à tous les repas, j’suis pas impatiente de revenir.”


Toujours grommellante, la Mercenaire occupa son dernier jour de répis à réunir quelques affaires de fortune.

Durant sa courte convalescence, elle avait sculpté l’ébauche d’un arc de mûrier, assortis de quelques flèches. Sans corne pour en renforcer le ventre, sans boyaux pour en faire une corde solide, l’arme ne valait pas grand chose, mais c’était déjà mieux qu’une fronde ou que ses poings.

Sa dague indisponible, elle avait dû voler un couteau de chasse à l’un des enfants plus âgés; arme que, par la suite, aucun n’avait osé lui réclamer, même si plusieurs vérifiaient maintenant leurs poches en sa présence - et l’un d’entre eux la fusillait du regard en la voyant gâcher la lame sur la branche qui était devenue son arc.

Pour ce qui était de ses provisions, elle avait bien essayé de puiser dans les réserves de ses hôtes, mais, voyant leurs stocks pour le moins pathétiques, elle s’était rabattue sur les quelques prunes printanières suffisamment rosie pour ne pas lui donner la colique, assorties de la viande des deux lapins que son aigle avait ramené. Sans sel, sans riz ni lentilles, les repas allait êtres légers; Il lui faudrait trouver de quoi compléter sur la route.

Des peaux des lapins, Naran avait façonné une bourse maladroite. L’odeur de viande ne quittait malheureusement pas le cuir cru, trop peu laissé au soleil, mais elle pouvait y laisser l’essentiel de ses maintenant bien maigres possessions.


Au quatrième matin, alors que l’aube pointait à peine, Naran quitta la maison du Passeur. Sa chemise et son pantalon, lavé la veille, étaient une maigre protection contre le vent matinal; Pour contrer la fraîcheur, elle s’élança prestement, malgré le poids du coffre de bois sur ses épaules.

S’orienter n’était pas difficile: Plein Sud, jusqu’à ce qu’elle croise une route, ou, mieux, un village.


***


Après une semaine de trek à travers la campagne chinoise, Naran était nettement moins optimiste quand à sa traversée.

Le froid, encore vivace, était son ennemi principal; Les trois derniers jours l’avait laissé grelottante au point de se terrer dans le sous bois, espérant gagner quelques degrés sous les aiguilles de pins.

La faim était l’adversaire numéro deux. Si le gibier ne manquait pas, seul son aigle s’en contentait. Tant bien que mal, la Mercenaire avait déterré des racines, déniché des baies, fourragé des oignons qu’elle dévorait cru et encore vert.

La crasse… La crasse était son alliée, dans ce combat tout du moins. Avec son visage noirci par la terre et l’usure, personne ne pouvait distinguer ses traits mongols ; Personne, en fait, n’avait envie de l’approcher, encore moins de la regarder.


Libérée de cette contrainte, Naran avait fini par rejoindre l’une des routes de l’empire. Sa démarche, devenue traînante suite à une plaie au pied gauche, était en tout point celle d’un vagabond, et elle était méprisée de tous.

Pour renforcer sa nouvelle identité de vas nu pied, la Mercenaire envoya son aigle de plus en plus loin, et dissimula son arc et son encombrant coffre sous une couverture trouée, récupérée d’un ancien campement et nouée en cape. L’allure de bossu qui en résultait était particulièrement réussie.

Il y avait quelque chose de rafraîchissant, dans son nouveau voyage. Sans le confort d’un cheval, sans l’assurance des armes, elle ressentait une pureté proche du pèlerinage. Une excitation, une curiosité, qui s’épanouissait pour cette terre qu’elle avait toujours méprisé.
Etrangement, elle découvrait qu'être ainsi déconsidérée avait ses avantages. Les quelques caravanes lui jetait leurs reste, tolérant même parfois qu’elle s'assoie près de leur feu et écoute leurs conversation…

De ces caravanners, Naran appris nombre de rumeurs. Des broutilles, le plus souvent, mais quelques bribes retinrent son attention. Une nouvelle puissance au Sud Ouest, qui faisait parler d’elle ; Le Consulat, toujours plus présent dans les affaires chinoises ; De grands projets, quelques scandales de nobles familles, le prix du riz qui montait en attendant les récoltes, les aléas des faveurs à la Cour Impériale…

C’était des histoires de Han, dont elle ne se serait jamais concernée auparavant. Mais, après des journées entière de marche et de douleur, Naran appréciait plus que jamais ces moments de repos auprès du feu, et, une chose après l’autre, finissait par s’en fasciner.


***


Grave erreur, que de laisser voir son visage.
Même entres les ombres nocturnes, ses traits avaient dû alerter quelqu’un… Ca, ou la large boite qui pesait entre ses omoplates avait été repérée.

Toujours est il qu’un soir de lune, Naran se trouva mise à terre par un coup de pied particulièrement vicieux. Un éclat de voix, et le bruit d’une botte qui frappe l’humus - ils étaient plusieurs, et armé.

Elle voulut bondir. Son mouvement commença, un grand arc renversé, un basculement du bassin, une impulsion des bras - mais son corps épuisé ne pu subir l’effort. Clouée au sol, elle reçu un coup de plus, et cracha un relent de bile.

Ses doigts glissèrent sur l’herbe humide, entre ses cheveux libres et la mousse de l’arbre qui lui avait servi d’abris. Enfin, ils se refermèrent sur son couteau… Un pied s'abattit sur son poignet, et Naran rugit.

Le cri eut son effet : Surpris, le pied s’allégea, et la Mercenaire en profita pour le percer. Juste au dessus de la botte, la lame mordi à travers une tunique.

Le juron lui redonnait vigueur. Ses yeux s’ouvraient enfin sur le sous bois bleuté ; elle repérait trois formes mouvantes, noires et vive, qui fonçaient vers elle.

Naran s'accroupi.

Qu’ils viennent !


***


Une semaine de plus, et Naran se trouvait face aux murailles d’une petite ville de province.

Quelques écorchures, deux trois cauchemars, et un sommeil plus léger… Mais l’interruption nocturne avait finalement été refoulée. Un des assaillant avait su s’enfuir - quoique, pour être honnête, c’était surtout elle qui, encore sanglante,  avait réuni ses affaires avant de s’éloigner aussi vite que possible. Mais personne d’autre n’avait depuis veillé sur ses nuits ; et c’est avec une mesure de confiance que Naran s’approcha de la porte de la ville.

Elle fut d’abord refoulée. Sale, égratignée et sans le sou qu’elle était, ce n’était pas étonnant. Elle lâcha son aigle dans la forêt voisine, puis profita d’un petit attroupement de paysan venu vendre leur fourrage pour se faufiler à l’intérieur de la ville, disparaissant ensuite dans les ruelles boueuses sous les cris d'un garde trop mollasson pour se lever et la poursuivre.

Claudiquante de ruelle en ruelle, Naran explora les quartiers qui bordaient la muraille. C’était l’occasion de régler un problème une bonne fois pour toute…

Des poches de quelques passants, elle réunit quelques piécettes, avant de trouver un petit brodel crasseux qui conviendrait.

Avant de s’approcher, elle s’arrêta à un puit proche, et se nettoya grossièrement le visage. Puis, grimaçant sur le faible reflet que lui donnait l’eau grisâtre du puit, modifia ses traits pour prendre ceux de Nerguei. A défaut d’avoir un visage tout à fait Han, l’ancien paria laissait au moins planer l'ambiguïté.

Une fois vaguement approchable, la Mercenaire s’avança, adoptant malgré la douleur de son pied une démarche dynamique.  


Un homme, petit mais bien armé, lorgna sur elle alors qu’elle passa la petite porte de l’établissement.
“T’as d’quoi payer?”
La jeune femme sortit une pièce de sa poche.

Plissant les yeux, le garde grogna.
“T’faudra plus que ça… Même ici, on t’l’aissera pas approcher les filles sans un bon rinçage.”

Faussant de la mauvaise grâce, Naran sorti une autre pièce.
Reniflant, le garde se saisi des pièces, et indiqua sa gauche. “Oublie pas de bien savonner...”


Un premier baquet d’eau glacée lui avait fait un choc.
Le second, toutefois, était un vrai plaisir.
Le troisième fut une délivrance.

Le quatrième était clairement excessif.

Naran se leva du petit tabouret sur lequel elle avait été placée pour protester, avant de découvrir une mare d’eau plus noire que le charbon qui l’entourait. La crasse semblait sans fin… Soupirant, elle se saisi à nouveau du savon, et frotta avec une vigueur renouvelée.

Nue, elle avait plus de mal à maintenir son apparence masculine. Pire, aucun vêtement ne pouvait cacher ses imperfections. Heureusement, la vieille dame qui administrait l’eau n’en avait cure: Lèvres pincées, la vieille bique ne lui avait accordé qu’un coup d’oeil méprisant avant de retourner récurer les draps de l’enseigne.

Personne d’autre n’utilisait le lavoir, en ce milieu d’après midi: Naran en profita pour laver ses fripes. Sa chemise, trop usée, ne retrouva jamais son blanc originel, mais réussi à atteindre un beige grisâtre presque acceptable. Une manche à demie déchirée lui servit de bandage, pour protéger la plaie brune qui cisaillait son pied. Son pantalon, lui, survécu entier, mais de plus fin d’un bon milimètre..

Après un dernier rinçage, Naran enfila ses vêtements encore trempé, et quitta la salle basse et sombre où elle s’était baignée, laissant derrière elle deux semaines d’encrassement.  


Propre, et grimé en jeune homme plutôt séduisant, elle attira une toute autre attention. Trois jeunes femmes, toutes vêtues des tissues flottants et des coiffures simplistes caractéristiques de leur professions, l’approchèrent immédiatement.

Naran les évalua rapidement - le choix était important. L’une était trop fine, ses joues creusées lui donnant un air inquiétant. L’autre était trop grande, sans compter les taches de vins qui maculaient son visage au point d’être visible sous son fard. La troisième, rondelette mais encore jeune, avait les traits quelconques que Naran recherchait.

“Combien?”
Sa voix était rauque. Elle n’avait pas parlé depuis quelques temps déjà…

Coquette mais loin de s’offenser, la troisième traînée fit mine de rougir. “Cent munnies pour toi mon mignon!”

“Vingt.”

La ribaude gonfla ses joues, pleine de colère affectée.
“J’en vaux au moins soixante!!”

“... Quinze.”

Plaçant sa main nue sur le torse encore détrempée de la Mercenaire, la putain roucoula.
“Cinquante et je te laisse prendre ton temps!”

Naran sourit, amusée.
“Cinquante et je t’ai pour la nuit.”

La putain ne put dissimuler une moue sceptique, avant de saisir Naran par le bras, s’exclamant joyeusement un “Je suis toute à toi!”


***


“Pas que j’me plaigne, hein.”
Elle se plaignait, pourtant. Et pas pour la première fois.

“Mais pour le prix, je pensais que tu voulais autre chose que…”
La ribaude soupira, ennuyée.

“Quoiqu’ce soit qu’tu soit en train de faire.”

Concentrée sur sa tâche, Naran balaya ses objections d’un geste de la main.
“Ferme la.”

Les doigts de la mercenaire reprirent leur examen, repassant une centaine de fois sur la peau pâle de son modèle. Trois taches, grains de beauté noirs et bruns, qui marquaient son épaule droite ; un dos lisse, deux fesses marquée par un début de cellulite, une cicatrice le long de la cuisse, des soles douces…

La putain soupira à nouveau. Pas exactement de la même façon, et Naran se senti soudainement inconfortable.

A cheval qu’elle était sur le dos de la jeune femme, elle pouvait pratiquer le changement de forme. Pas de miroir dans la chambre basse et sombre qui lui avait été proposée, mais au moins personne pour espionner sa métamorphose…

Mais la catin s’ennuyait. Ca, ou elle espérait passer à un autre client une fois le Mercenaire satisfaite. Et, en réponse, faisait de son mieux pour distraire sa cliente.

Jiao - c’était le nom qu’elle avait souffler à son oreille, en s’installant sur le lit de paille - n’était pas particulièrement belle. Elle n’était pas hideuse non plus; seulement, elle n’avait pas d’attrait particulier pour Naran.

Mais Jiao  avait su mettre à profit les enseignements de son établissement, et, sous les doigts de la Mercenaire, sa peau semblait couler, se tordre, comme si véritablement Naran la caressait. Quand la Mercenaire se saisit de son épaule, elle susurra un “Ah, oui, comme ça” presque convaincant; un “Hannn” tout à fait gênant quand elle passa à son coude ; un soupir appuyé quand Naran, embarrassée, voulu se rassoir.

Excedée, la Mercenaire saisit son poignet.
“Tu va te tenir tranquille, oui ?!”

Arquant son dos d’un mouvement brusque, elle tourna sa tête vers Naran, souriante.
“Tu pourrais me faire taire…”

Un instant, Naran fut tentée de l'assommer. Après tout, inconsciente, elle cesserait de faire des problème.... Malheureusement, elle avait besoin d’un modèle conscient pour pouvoir imiter la voix, la démarche, les expressions, les articulations même.

En attendant, maintenant dans le champ de vision de la catin, la Mercenaire été forcée de reprendre la forme de Nerguei. Elle rougit, sentant son corps nouveau réagir à la situation, s'énervant ensuite de s’embarrasser de choses si naturelle…

Où étaient les dociles courtisanes chinoises, si calme et obéissante, quand on avait besoin d’elles ? Forcément, dans ce réduit crasseux, les filles étaient forcée d’avoir un peu de caractère, mais…

“Tu veux bien arrêter de me faire chier, un peu ? J’ai payé le prix!”

“Faudra me payer un gros pourboire si tu veux pas que s'ébruitent tes difficultés...”

“D… Difficultés?” Naran resta un instant ébahie par l’audace de la putain. Puis, sentant sa concentration s’évaporer, elle soupira à son tour.

“Tu pourra raconter tout ce que tu veux, si tu continue à te tortiller comme une anguille sur le feu, je… Je…”

La sentant hésitante, Jiao en profita pour s’arquer encore, laissant un sourire mutin apparaître sur ses lèvres trop fines.
“Rooh, mais si tu était si balbutiant, tu aurai du me dire, je t’aurai fait faire la visi-”

“CINQUANTES MUNNIES ET TU LA FERME!”

“Accordé…” Ronronna Jiao.


***


C’est sous les traits de Jiao que Naran redescendit dans la salle obscure qui servait de centre à la maison close.

“Alors, l’étranger était comment?” Taquine, l’asperge que la Mercenaire avait rejetée plus tôt venait aux ragots.

“Incroyablement sale. Je l’ai laissé ronfler, je vais en profiter pour laver sa crasse…”

“Te fait pas chopper, tu lui a promis la nuit!”

“Tant que vous venez pas le réveiller, je risque rien!” retorqua t elle, en un effort de protéger sa fuite - Et le sommeil de Jiao, qu’elle avait enfin pu neutraliser.


Laissant sa collègue, Naran se glissa hors du brothel, et récupéra ses affaires et la boîte de bois. Elle se changea, prenant soin de garder la robe un tantinet provocatrice de la prostituée, et repris les traits de Nerguei.

Puis, tête baissée, elle fuit la maison close.
Peu se posèrent de questions, en voyant un jeune homme embarrassé de quitter un tel établissement.


Ses pas se pressèrent à travers le quartier rouge, pour finir par ralentir entre deux ruelles.

Ses vêtements laissaient à désirer, certes, mais Naran avait enfin une apparence qui la laisserai passer inaperçue. Elle aurait pu, maintenant, séduire un modèle masculin, et obtenir une apparence encore plus pratique...

Mais quelque chose dans ses tripes l’en empêchait. Pas sans les garanties qu’elle avait eue avec Jiao ou Nerguei, en tout cas. Et, l’offre de courtisan étant rare et coûteuse, autant faire une croix sur l’idée.

Non, à la place…


***


Haletante, Naran pressait sa nouvelle monture avec toute la force qui lui restait.
Suite à… une malencontreuse erreur de calcul, le vol de cheval, longuement planifié, avait quelque peu dérapé.

Ainsi, elle se retrouvait pourchassé par deux gardes armés et furieux. Son arc était passé à son épaule, coincé par la large boite de bois qu’elle devait transporter. Trop tard pour dégainer : Il ne lui restait que la course.

L'adrénaline, l’excitation, la tension de l’infiltration et du vol longuement réfléchi, la joie de retourner à cheval après des jours et des jours de marche, tout se concentrait en un éclat de rire qui lui échappa, bruyant et communicatif.

Derrière elle, les flèches filaient ; Mais la petite ville où elle avait fait étape disparaissait déjà, obscurcie par la forêt dans laquelle elle s’enfonçait.

La Mercenaire avait pris soin de prendre les traits de Nerguei pour commettre son méfait ; Elle s’assura de plus en criant à ses poursuivant, avec la voix grave de son ancien serviteur:
“Je ne fait que l’emprunter !!”


La course poursuite dura quelques heures de folle cavalcade.

Puis quelques jours, quand, après une après midi de détours, Naran réalisa qu’elle était toujours suivie alors qu’elle pensait poser son camp.

Puis, après une semaine, un changement d’apparence, deux voltes face impromptu, un petit déjeuner criblé de flèche, et la teinture de son gris pommelé avec les restes charbonneux d’un de ses feu de camps, enfin, la Mercenaire réussi à semer ses poursuivants.


***


Elle arriva éreintée à la petite ville qui abritait la station Shin Ra.
La vue des gardes était presque un soulagement. Ici, personne ne rechigna à la faire entrer - son visage, maintenant Han, quelconque, et tout à fait inoffensif, aidait quelque peu, même si la large boite de bois sur ses épaules fit se lever un ou deux sourcils.

“Un écritoire!” Prétextait elle, ouvrant de grand yeux innocent comme Jiao avait pu le faire devant elle.


Finalement, elle pu mettre pied à terre.

Il lui semblait une éternité qu'elle avait débarqué, et une éternité de plus qu’elle avait embarqué, quittant son monde natal.

Il était plus que temps de rentrer, ne serait ce que pour éviter de perdre sa place au sein des Mercenaires.

Sa boîte sur le dos, Naran s’en alla d'abord quérir son commanditaire.

Trois heures plus tard, et six échoppes longuement visitées, qu’un enfant vint lui taper la main.
Par reflexe, elle écarta les doigts enfantins de sa poche…
Mais l’enfant recommança.

“Grande Soeur ?”

“Quoi?”

“Le Bric et Broc a brûlé. Faut venir avec moi!”

“Brûlé ?”
Un doute soudain la parcouru.
Elle avait brûlé une demeure utilisée comme base de contrebandier, lors de son dernier passage ici…


Naran passa une main sur son visage, s’assurant qu’il était bien celui d’une prostitué Han, et non pas d’une Hun.

Puis elle suivit l’enfant. Les deux s'enfoncèrent peu à peu dans le dédale de ruelles du quartier Ouest, entre les murets de pierre et de tuiles, les petits jardins intérieurs qui dégoulinaient en branches fleuries, et les recoins ombragés où erraient droguées, vagabonds, et autres marginaux.

La fillette - puisque c’en était une - s’arrêta devant un portail de pierre, marqué par deux dragons de cuivre vert bleuté. A l’intérieur, une maison à peu près identiques aux voisines, si ce n’est qu’elle était dans un état avancé de ruine; une aile ayant même chuté complètement, s’écrasant dans un mélange de tuile, de charpente vermoulue, et de pierres éparses.
Pointant du doigt l’aile encore debout, la gamine s’exclama: “Là !”

Prudemment, Naran traversa le jardin en friche. Elle passa à nouveau une main sur son visage. Tout allait bien. Sa forme, bien que trouble au niveau des genoux - Jiao avait été terriblement chatouilleuse au niveau de ses genoux - restait stable pour le visage sans trop de problème.

A l’intérieur, deux vieillards jouaient aux osselets. La lumière du soir filtrait à peine dans l’espace dilapidé, mais les deux hommes étaient rôdés à l’exercice.
L’un l’entendit arriver, tandis que l’autre resta comme transfixé par le plateau.

“C’est le Passeur qui t’envoie?”

Naran hocha la tête.

“Tu peux laisser le paquet ici.”
Un signe de main, vague, pour la renvoyer.

“Il me faudra un paiement, avant.”


“Paiement?”
Un étonnement, vrai ou faux, apparu sur le visage ravagé par la grêle du vieux.
Il échangea un regard avec son camarade, ce dernier toujours assis face à leur jeu.

“Le Grand Père a déjà reçu ses droits.” Son ton était sans appel.

“Il m’a pas payé, lui, alors va falloir raquer.” Naran fermait les poings. Les choses s’annonçaient désagréable, une fois encore.

Un grincement du bois. Un homme descendait l’escalier. Des pas lourd, mesuré, marqué par le tintement d’une arme. Le garde s’approcha lentement, laissant voir l’épée qui pendait à sa ceinture.

“Un problème?”
Il s’avança vers Naran, au point de lui faire face de près.


Le vieux reprit d’un ton tranquille. “Laisse déjà la boite ici… On verra pour le paiement plus tard.”

“Je repars pas sans mes munnies... “ Voyant le visage du garde à quelques centimètre du sien, fier et confiant dans sa supériorité martiale, Naran lui fit un clin d’oeil espiègle, de ceux que Jiao usait pour exaspérer un client récalcitrant.

Elle n’avait pas négocier de paiement du Passeur, si ce n’est de récupérer ses affaires. Mais le voyage avait été long, et elle accepterai bien quelques commodités…


“Le Passeur t’as peut être envoyé de quoi…”

La fillette qui l’avait mené ici - et qui, étrangement, n’avait pas eut le bon sens de fuir - lui toucha à nouveau la main.

“Grand Père nous a envoyé tes affaires.”

Naran grinça des dents. La gamine venait de ruiner ses chances de négociation… Et, vu l’allure du soldat qui carrait les épaules devant elle, continuer sur cette voie serait inutilement compliqué.

De mauvaise grâce, la Mercenaire se laissa entraîner dans de nouvelles ruelles, abandonnant derrière elle l’étrange coffret de bois.


***


Quelques heures plus tard, Naran émergeait des ombres puantes avec son arc, les débris humides de sa selle, et le reste de ses affaires. Quelques centaines de munnies, habilement dissimulées dans son carquois, avaient même réussi à survivres aux sans doute nombreux changements de mains.

Surtout, elle tenait fermement par le poignet la petite fille qui l’avait guidé jusqu’ici. Hors de question de laisser le Passeur s’effacer sans plus d’information; Naran traina l’enfant jusqu’à une auberge, ses ongles s’enfonçant dans la peau de la gamine dès que cette dernière faisait mine de s’échapper.

Un peu de marchandage - dieux, qu’est ce qu’il était plus simple de marchander sous les traits d’une Han - et Naran fermait derrière elle la porte de la chambre qu’elle avait loué pour la nuit.

La gamine avait eu le bon sens de se taire pendant le trajet. Maintenant face à elle, elle ressemblait à une poupée tant elle était figée. Une poupée qui aurait passé les dix dernières années dans le caniveau.

Naran hésita un instant. Qu’est ce qui marcherait le mieux ? La cajoler, ou la terrifier ? C’était une question qui revenait souvent, ces temps ci…
D’un ton brusque, Naran fini par parler. “Comment t’appelle t’on ?”

“...” La bouche de la gamine s’était ouverte, mais le son qui en résultait était tout à fait inaudible. Dire que l’enfant avait eut suffisamment de culot pour l’interrompre en pleine discussion avec des malfrats semi contrebandier, voilà maintenant qu’elle était prise de timidité ??

“Plus fort.”

Enfin, une fine syllabe passa les lèvres de la gamine. “Ni.”

“... C’est descriptif… “ Naran s’assit sur le lit - un simple drap sur les nattes de bambou du sol - , et souffla un bon coup.
L’enfant resta droite devant elle, rigide au point de rappeler un soldat.

“Bon, écoute. Je sais que tu bosse pour le Passeur, d’une façon ou d’une autre.” La Mercenaire haussa les épaules. “C’est ton choix, même s’il a vraiment pas l’air net.”

La Mercenaire s’attarda un instant sur le visage hagard et fixe de son interlocutrice.
“Enfin, choix… Dans les rues, on se contente de ce qu’on a, j’imagine.”

Elle balaya le sujet d’un geste de la main. “Toujours est il qu’on a jamais assez de soutiens… Et que, là, je suis en mesure de te faciliter un peu la vie.”

Naran plongea ses yeux dans ceux, noirs et cernés, de Ni.

“J’ai besoin d’information. Rien de bien folichon.. Rien qui n’ira contre ton maître…” Du moins pour l’instant. “Mais il me faut quelqu’un de fiable. Quelqu’un de curieux…” Elle hésita. “Et tu n’a l’air d’être ni l’un ni l’autre.” Naran haussa les épaules. “Mais, bon, je ferai avec.”

L’enfant la fixait, une expression de pure neutralité sur son visage crasseux. Étrange gamine. Presque déstabilisante tant elle était impassible.
“Si les choses continue, tu sais ce qui t’attend. Tu finira égorgée dans une ruelle, ou vendue à un bordel des bas quartiers. Si c’est là toute l’étendue de ton ambition…” Naran leva les main. “Grand bien t’en fasse !”

“Mais si tu aspire à un peu plus que la vie de chien qui t’es destinée, j’ai moyen de t’aider… Donnant donnant, évidemment.”
Fixant toujours la gamine, la Mercenaire fini. “Alors, prête à améliorer ton ordinaire ?”

Un long silence.
Elle n’était pas muette, pourtant !

Naran allait se lever, soit pour la frapper et lui faire cracher le peu qu’elle savait, soit pour la mettre à la porte, que l’enfant leva le menton. Légèrement, presque noblement.

“Qu’est ce que j’en tire, exactement ?”
Un ton distant. Presque vide.

“D’abord, quelques munnies. Une dizaine, une centaine…” Naran secoua sa main. “Pour des informations, pour des détails, pour des rumeurs. “ La Mercenaire sourit. “Puis les prix montent. J’ai besoin d’yeux, ici, et ma faction est capable de les payer en plus qu’un peu de monnaie. Si tu survit un an de plus, que tu recrute, mettons, un autre agent, et que tes rapports sont intéressants, j’ai les moyens de te trouver un endroit où dormir, mieux que le terrier qui te servir de repaire.” Rien que l’odeur dans cette ruelle qui l'abritait était infecte. “Ce sera pas une famille… “ Naran fit une pause. “Mais je pense que tu a dépassé ce stade, déjà. Bref, une maison, un lieu au chaud et qui ne dépend pas du bon vouloir d’un vieillard à des semaines d’ici…”

Naran se leva, englobant de ses mains l’étroite chambre qui les entouraient.
“Après ça, qui sait. Si tu veux prendre l’air, je peux t’envoyer dans d’autres mondes. Mais c’est surtout ici que j’ai besoin de toi… Et, pour ça, je serait prête à te former. A t’apprendre à lire, à te défendre, à sortir des ruelles et marcher fièrement dans les hauts quartiers… À voler avec plus d’ambition que tous ces abrutis qui font les poches aux passants.”

Revenant à l’enfant, elle s’arrêta.
“Qu’en dis tu ?”

Encore une fois, la fillette bougea les lèvres sans un son. Puis, fronçant les sourcils, elle répéta plus haut : “Belle promesses…” Sous entendu: Aucune garanties.

“Ahh…” Naran hocha la tête. “En effet, c’est le risque.”
La Mercenaire pécha une petite bourse de son carquois. “Mais j’ai de quoi te payer une première info, si tu le veux.”

“Et… peut être, de te donner une avance pour la suivante.” Ajouta-elle, soupesant une dinzaine de munnies. “A toi de voir si tu désire plus…”

Faisant scintiller les pièces entre ses mains, elle adressa un clin d’oeil à l’enfant.
“De toute façon, tu n’a rien à perdre à garder l’oeil ouvert, si ?”

“A part me faire égorger pour m’être mêler de ce qui ne me regarde pas ? Non, en effet.”
Son ton était devenu sec. Aigrie, déjà à cet âge ? Triste vie.

Mais les yeux de Ni étaient aiguisé par la vue de l’or.
“Qu’est ce que tu veux savoir ?”

“J’ai deux questions pour toi. Cinq munnies chaque. D’abord, en quoi est ce que ton boss trafique… Et ensuite, ce que tu sais de la poudre explosive.”

La gamine leva un sourcil.
“Grand Père trafique tout ce qui rapporte, ça, c’est simple. Il ne demande jamais ce qu'il transporte, il dit que c'est plus simple comme ça...” Elle se mordit la lèvre un instant.”Et je sais que la poudre explosive est utilisée pour les feux d’artifices… Mais en quoi ça peut t’intéresser ?”

“On va dire que j’aime beaucoup les feux d’artifice...”
Naran tendi les dix munnies à Ni, et les vit disparaître dans ses poches élimées.

“Je vais te faire une avance. Un cadeau, plutôt.”
Naran défit de sa ceinture le vieux couteau qu’elle avait emprunté au début de son périple. Le manche avait souffert du voyage, même si Naran avait pris soin d’affûter la lame.

“Si, au fil de tes journées, tu venait à apprendre où des feux d’artifices pourraient avoir lieu… Ou qui serait capable d’en fabriquer… Sache juste que l'information pourrait te valoir une coquette somme.”

La Mercenaire lui tendi l’arme. Assez courte pour l’enfant, assez fine pour bien se dissimuler… Ça n’avait pas une valeur folle, mais pour une gamine qui n’avait rien si ce n’est la peau sur les os, c’était déjà pas mal.  

“Tu saura me retrouver, je pense. Moi, ou un autre Mercenaire… En attendant, je pense qu’il est temps que je repasse donner de mes nouvelles au QG, de peur qu’ils me prennent pour morte.”
Naran se leva, réunissant le peu de ses affaires.

“Tu peux rester ici cette nuit, si tu veux.” Elle indiqua du menton le sol près de la cheminée, où un second drap avait été étendu. “Je partirai demain. Des affaires à règler... Mais je ne devrai pas être longue à revenir…”
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