Erik Woods
Erik Woods
 

Feuille de personnage
Missions effectuées:
Grade: Seigneur
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le Jeu 7 Fév 2019 - 20:23
Le petit équipage était enfin rentré à Illusiopolis, quittant une obscurité pour une autre. Cargaison vérifiée, et inventaire avec le « stagiaire » du comptable effectué. Retour à la base pour Jimbo, Latifa et Erik. Sayaka, la pilote, irait à l’atelier. Accompagnée de deux collègues, elle devait apporter au plus vite les pièces récupérées à sa sœur, Emiko (la chef-réparatrice/gourou technologique du réseau).

Fidèle à elle-même, n’en étonne certains, la ville était débordante de vie : les néons des bars et la musique des boîtes de nuit s’entremêlaient, formant un mélange dynamique et bien plaisant. Bien sûr, le crime, le danger qui planait constamment sur la Dark City n’avait rien de charmant. Pour autant, ceux qui y avaient élu refuge y avaient aussi rapporté de chez eux. Ils avaient rapporté leurs rires. Ils avaient aussi créé quelque chose de nouveau. Ils subsistaient comme ils le pouvaient, en oubliant parfois, il est vrai, comme tout ceci était précaire. Mais ils vivaient, tout simplement. Cette vie-là était faite de petites lueurs, dans une sombre misère.

Dans ces moments-là, Erik aimait bien ce camp de réfugiés géant, fait de béton et de lumières. Rien de tel, après le vide des routes stellaires ! Le jeune homme aurait bien profité de l’occasion pour se poser un peu dans un bar — boire un verre — mais le travail n’avait pas envie d’attendre aujourd’hui. Autrement dit : son patron voulait encore s’entretenir avec lui… et avec Latifa, une jeune femme venue d’Agrabah (accessoirement, l’une de ses collègues).

Mais qu’allait-il pouvoir leur dire ?
Ce n’était pas comme s’il avait commencé à frapper l’une, puis s’était échauffé méchamment avec l’autre, pendant leur excursion !

Oh mais attendez… si. Exactement. C’était bien le cas.

L’escroc plongea les mains dans ses poches, l’œil fatigué. D’une part, il n’avait pas bien dormi et avait une journée complète de voyage sur le dos. De l’autre, la première réflexion qu’il avait prise à son retour avait été « Eh bah merde, t’as une sale tronche ! » Des mots aussi doux que du papier de verre, délivrés par un homme à la voix grave et rêche (accessoirement, l’un de ses collègues lui aussi). Rien de bien enthousiasmant. Mais il fallait se l’avouer, c’était couru : deux coups sur la tête en quelques minutes durant la mission ? Erik s’était ramassé l’un des hématomes les plus hideux possibles. C’était presque un miracle qu’il n’ait pas eu de conséquences graves, à ce stade ! Une âme sensible se serait abstenue de le railler pour cette circonstance regrettable. Mais pas Matt’ Cage. L’homme, ancien brigand affichant clairement ses origines de Conquête de l’Ouest, n’était ni connu pour sa grande empathie, ni pour son agréable tact.
En temps normal, Erik en aurait souri. Mais il avait l’esprit occupé. Que diable pouvait lui vouloir Jimbo ? Au moins ne souffrirait-il pas plus la présence de l’homme de main, ce dernier ayant suivi Sayaka jusqu’à l’atelier.

« Oh Jimbo, Jimbo j’oubliais. Angie voudrait te voir. »

La petite voix cassée du « stagiaire » comptable (il l’était depuis plusieurs années, et agissait plus comme un assistant de confiance, d’où les guillemets) parvint jusqu’au trio d’humains. Christopher, petit raton laveur de son état, relevait le museau dans leur direction après avoir évité le pied d’un passant peu dégourdi. Un homme-bête capable, du peu qu’Erik en savait. Effacé, nerveux, mais plein de bonne volonté.

« — Elle veut quoi ? questionna tranquillement Jimbo, piqué de curiosité.
- Oh ça je ne sais pas tu sais, » répondit-il en rapprochant son carnet de son poitrail. 

Erik et Latifa demeurèrent silencieux. Ce n’était pas leur place que d’interroger le comptable, ou leur boss, sur les éventuels problèmes de trésorerie du réseau. Doucement, ils ralentirent, laissant quelques mètres les séparer du blondin et de son camarade animal.

« — Tu penses que c’est quoi ? entama l’agrabienne, se penchant légèrement vers son camarade.
- J’en sais foutre rien. Ca peut être plein d’trucs.
- Angie va quand même pas si souvent l’chercher.
- Ca, je peux pas trop savoir. J’ai pas été dans l’coin autant qu’toi.
- Bah, elle gère plein d’choses. Rien qu’les comptes, c’est énorme. Mais elle garde un œil sur à peu près tout c’qui est fait.
- Et elle arrive à survivre avec ce branquignol en patron ?
- Erik ! » — s’exclamant de surprise, Latifa l’avisa avec des yeux ronds. Puis elle ramena immédiatement les mains à sa bouche, comme si elle avait dit une bêtise, ou qu’elle craignait qu’on ne l’ait entendue. Prestement, son regard fit un aller-retour de Jimbo à son interlocuteur.

« Quoi ? » Ce dernier haussa les épaules. « Faut bien s’l’avouer il est quand même… mref. »

La jeune femme se détacha de lui, la mine manifestement ennuyée. « Tu devrais pas parler d’lui comme ça… » Regrettablement, Erik ne savait pas dire si elle le conseillait, craignant qu’il ne s’attire des ennuis en parlant à mal de leur boss, ou si elle prêtait à Jimbo des qualités qui devraient, selon elle, apaiser son jugement. Il ne savait pas quoi en penser : n’était-ce pas elle que le blondin avait violenté la veille ? Il leva les yeux au ciel, passant ensuite la main sur son visage. « Fatigué ? » — « Mouais, ouais. » dit-il, préférant couper court à la discussion.

Le QG n’était pas si proche de l’astroport, au contraire de l’atelier. La faute à un lobby gangsta-immobilier tout à fait ennuyeux aux alentours du point d’intérêt qu’est la station Shinra. Il leur fallut ainsi effectuer une bonne marche avant de parvenir au repaire. Sans attendre, le contrebandier prit ses deux sous-fifres à part, laissant Christopher repartir à ses affaires. Sans surprise, certains sourirent à la vue du front bleuté d’Erik… mais ces quelques dizaines de minutes à marcher lui avaient déjà fait prendre du recul sur la situation. Il n’en fit donc pas cas, haussant même les épaules en réponse au « mais comment tu t’es fait ça ? » silencieux d’Alphonse, l’un des vigiles.

Les trois lascars s’isolèrent finalement dans l’une des salles aménagées, perchés autour d’une table unie et de chaises de salle de classe. La porte se referma sur eux, et la douce sensation d’être de retour chez soi s’enfuit : l’air, sans elle, se faisait lourd. Pourtant, le blondin était tel qu’il était dans ses meilleurs jours : décontracté et souriant.

« Bien, » commença Jimbo avec un soupir. « Déjà, Latifa, t’es prête à repartir ? »
La demoiselle se contenta de hocher la tête. Mais lui, resta silencieux. Il la fixa. Il l’observa, la détailla. Sa pose restait nonchalante… pourtant il peinait à masquer le travail que ses méninges effectuaient en arrière-plan.

Sans un mot, sans l’interroger, il semblait chercher une réponse. T’es pas gênant toi… soupirait Erik en son for intérieur. « Soit, » reprit le patron lorsque, ennuyée, l’agrabienne détourna le regard. « — Bon. Pas la peine de v’nir demain.
- Quoi ?! s’emporta-t-elle en sursautant, désemparée. Son voisin s’en détacha d’un pas hâtif, surpris — Pourquoi ?!
- Mais parc —
- J’fais bien mon boulot Jimbo ! Me vire p —
- MAIS JE SAIS ! »

L’exaspération tonnante qu’il avait déversée avait tu la pièce. Le contrebandier ramena les mains à son visage, avant de faire dos à Latifa et Erik. La fatigue qui le tenait, lui aussi, l’empêchait d’encaisser le quiproquo avec légèreté. « Mais qu’est-ce que j’ai fait pour avoir des clowns pareils… » murmura-t-il pour lui-même, avant de revenir à ses interlocuteurs, le poing droit toutefois serré. Malgré l’agacement que le geste laissait supposer, il ne haussa pas la voix. « Je sais, tu fais très bien ton boulot. T’as un jour de congé, c’est tout. » dit-il d’un air maîtrisé. C’est ça ta façon de régler le fait d’avoir voulu lui éclater la gueule ? Eh bah. Erik croisa les bras, peu convaincu. « Oh. » Latifa laissa son regard rouler sur la table, confuse. « Désolée… Mais, pourquoi tu m’as d’mandé si j’étais prête à r’partir du coup ? 
- Après-demain je veux qu’tu partes avec Sayaka, Matt’ et Kitchi pour Agrabah. On a un chargement à livrer.
- Oh, ok. Bah, nickel. »

Kitchi, Kitchi… ah, oui. L’indien. Erik n’avait jamais eu l’occasion de lui parler. Ce n’était pas quelqu’un de sociable, de ce qu’il en avait entendu. Ce n’était, de fait, pas ce qu’on lui demandait… mais ce n’était pas des plus agréables. Eh bien ! Un équipage pour moitié composé de Sayaka-le-glaçon et de lui… l’escroc espérait que Latifa et le brigand de la Conquête de l’Ouest, Matt’, s’entendent bien.

« Aut’ chose ? » risqua la demoiselle.

Jimbo marqua un temps, semblant réfléchir.

« Ouais. Après tu pourras filer. » Il croisa les bras, avant de reprendre. « Je veux qu’vous gardiez l’incident d’hier pour vous. » Erik le dévisagea. C’était quoi cette préoccupation soudaine pour son image ? Il ne connaissait pas à Jimbo autant d’attention pour ce que l’on pouvait, ou non, dire de lui. « Clair ? » — Après un échange de regard, Latifa et l’escroc acquiescèrent. Elle, ne paraissait pas tant surprise par cette démarche. Lui, était mitigé. Le désavantage, lorsque l’on traite avec quelqu’un qui s’intéresse à sa réputation, c’est qu’il faut aussi savoir composer avec ce que cette personne est prête à faire pour la préserver (ou la rediriger dans le sens de son choix). Or cette donnée, celle des limites que son patron était prêt à franchir, Erik ne la possédait pas. Tout au plus savait-il que le blondin était prêt à lui imprimer sa main sur le visage… et avait déjà joué les éliminateurs pour son père.
Rien de rassurant, donc. Mais avant que cette pensée ne pince ses lèvres, Erik posa son esprit sur une seconde réalisation : d’un autre côté, le désavantage, lorsque l’on traite avec quelqu’un qui ne s’intéresse pas à sa réputation, c’est qu’il n’a a priori pas de limites à prendre en considération. Au final, c’était comme pour tout : où qu’il allait, et quoiqu’il se passe, il y avait toujours un hic. Il n’existait personne qui ne soit pas dangereux pour une raison, ou une autre. Jimbo n’échappait pas à cette règle…

… tout comme lui ? — Le jeune homme fronça légèrement les sourcils, balayant l’idée.

« Merci, » conclut son employeur, avisant Latifa en souriant. « Tu peux y aller. » D’un mouvement de tête, il invita la jeune femme à quitter le box. Elle s’exécuta, non sans un petit salut final pour son nouveau collègue. Erik répondit d’un sourire.

La porte se referma derrière elle. L’escroc prit une inspiration. Il engagerait le dialogue. Si c’était là le seul contrôle qu’il pouvait prendre sur la situation, il ne s’en priverait guère : « Alors, je peux quoi pour toi ? » interrogea-t-il. Son interlocuteur se laissa reposer contre le mur, l’avisant.

« — Tu restes ? dit-il, le visage doucement neutre.
- Comment ça « je reste » ? Tu m’as d’mandé d’rester pour parler alors j’suis là.
- T’as bien compris.
- Bah.. non. J’ai pas compris.
- T’es pas exactement le mec le plus fiable que j’connaisse, siffla-t-il d’un ton inconséquent. Donc je te l’demande : est-ce que tu restes, ou est-ce que je dois m’attendre à apprendre que t’as disparu d’la surface d’Illusiopolis dans deux jours ? »

Ah. La question était en fait légitime. L’escroc réalisait pourtant, à son propre étonnement, ne pas encore se l’être posée. Voulait-il rester ? Sans y réfléchir plus avant… il ne savait tout bonnement pas. « J’suis encore là… » commenta-t-il, essayant de gagner du temps. Travailler pour Jimbo lui offrait une relative stabilité : un revenu, un lieu où aller… mais quelle stabilité, lorsqu’elle tenait d’un petit jeune aux élans qu’il percevait comme très impulsifs ? « Ca répond pas à ma question. »

Si tout avait sa part d’illégalité à Illusiopolis, au moins Erik voulait-il y ressentir un peu de sécurité. Il n’était pas sûr d’être à la bonne adresse.

« — Réponds sans détours, finit par soupirer le contrebandier. J’ai pas la force de m’énerver donc vas-y.
- Mhm.
- Quoi, t’es pas convaincu ?
- Si j’peux parler franch’ment, pas vraiment — la mâchoire du blondin se crispa légèrement. Tiens, tu vois ? »

Un temps. L’escroc réfléchissait. Jimbo paraissait attendre, mais sa patience s’égrenait à mesure que les secondes passaient, ce n’était pas difficile à percevoir. Comment faisait le blondin pour être par moments si compliqué à appréhender, et parfois si aisé à lire ? Erik avait deux tactiques de discussion en tête, alternatives : (1) dire à Jimbo qu’il resterait, quoiqu’il arrivait, et aviser de son propre côté, soit (2) discuter avec le petit blond, et… soit obtenir de lui des réponses à certaines questions afin d’avancer sur de meilleures bases… soit finir ses jours en grand brûlé. Autrefois, il aurait choisi la première sans hésiter… mais aujourd’hui, il s’interrogeait.


Bon.
C’était décidé.

Il n’allait pas remettre le problème à plus tard. Si ce qu’il voulait était une forme de stabilité et plus de tranquillité, mieux valait que tout soit posé à plat. Et puis… en un sens, l’escroc misait bel et bien sur la fatigue de son nouveau patron afin de ne pas devenir un autre corps mort dans les égouts.

« Bon, puisqu’on parle sans détours… poses-toi, dit-il en désignant une chaise.
- Et toi ? répondit Jimbo d’un air suspicieux.
- Moi aussi j’vais m’poser. Juste, je sais pas pour combien d’temps on en a donc bon.
- Ok. Demande des bières dans c’cas. » Ah, bien ça. Sans se presser, le jeune homme alla jusqu’à la porte et l’ouvrit. La première personne à croiser son regard fut Klaus, un zombie de la Ville d’Halloween (très bien conservé ! Il y mettait un point d’horreur), et collègue-sécurité de l’ours Alphonse. « Jimbo demande de la bière, t’en apporte ? » Le non-mort s’exécuta sans questions, s’éloignant vers un frigo esseulé. Il ne tarderait pas à arriver.

Erik jeta un œil au blondin auquel il faisait dos. La tête reposant sur son poing gauche, légèrement avachi, Jimbo l’observait. « Je pensais pas que ma question était si compliquée qu’ça, » dit-il. « Elle l’est pas en soi. Mais y’a des choses que j’comprends pas. Alors t’es libre de dire que tu t’en fous et que tu veux pas qu’on passe dix minutes à en parler pour ce que soit réglé… mais c’est ton choix.
- J’croyais qu’tu voulais pas tout savoir.
- J’veux pas tout savoir Jimbo. T’es même pas obligé de répondre à c’que j’vais t’demander.
- … grouille, ça commence à m’saouler. Pour un mec prêt à l’ouvrir, tu tournes vachement autour du pot.
- J’attends les bières. »

Le blondin plissa un regard méfiant. C’était logique. Erik aurait sûrement eu le même masque sur le visage, s’il avait été à sa place. Aussi ne s’en inquiétait-il pas trop. Il avisa rapidement Klaus, s’assurant qu’il ne se perdait pas en chemin, cherchant une question quelconque à poser, juste pour passer le temps. « Ca t’fais combien ? » demanda-t-il donc. Les jours où le blondin n’était qu’un gosse comme un autre, le sang un poil trop chaud, lui semblaient encore si proches… « — Combien, quoi ?
- Ton âge.
- Vingt-deux. »
L’escroc déglutit de travers. Attendez, quoi ?! « Vingt-deux ?! » Erik n’arrivait pas à percuter l’information. C’était et plus jeune, et plus vieux qu’il ne le pensait, tout à la fois. Trop jeune pour les responsabilités qu’il devait avoir, selon lui. Et trop vieux… trop vieux parce que notre ami se savait plus vieux que Jimbo.

Et qu’il avait quitté cet âge depuis un moment. Ce « vingt-deux » lui rappelait donc… qu’il avait presque la trentaine.

Non, il était encore jeune ! A trente ans, on est pas à la moitié de sa vie, hein ? Il n’aurait même pas à renoncer à l’appellation « jeune homme. » Et puis, il avait encore bonne mine. « Et toi vingt-neuf, » soupira son interlocuteur. « Tu connais mon âge ? » Le blondin l’observa avec perplexité. « Bah… oui. Mec, d’un, j’me renseigne un minimum et de deux… on se connaît tout de même un peu. » Pas tant que ça, pensa Erik. En tous les cas, il n’avait jamais estimé que le contrebandier le connaissait.

C’est à ce moment, là, à peu près, que Klaus les atteignit de son pas claudiquant. « Et la bière pour le boss et pour le bleu !
- On a l’même âge ! — Cela, pour le coup, l’escroc le savait.
- Personne te croira, souffla souriant le cadavre ambulant, de sa petite voix de graves et d’échos. J’ai ma place dans un musée section Egypte.
- Section quoi..? questionna sans trop de curiosité Erik. Encore un bout de monde paumé dont il n’avait pas entendu parler, pensa-t-il.
- Allons Klaus, dis pas ça. T’es un mort de toute flétrissure ! — Jimbo se redressait, de son attitude nonchalamment ordinaire.
- Merci patron ! — Il baissa la voix, s’adressant d’un ton faussement secret à Erik — Tiens tu vois, ça c’est un connaisseur. »

L’escroc esquissa un nouveau sourire. Et une nouvelle fois, la porte se referma.

A nous deux.

Après l’avoir décapsulée, Erik déposa sa bouteille devant Jimbo, avant de se hisser sur la table. Assis en tailleur, l’escroc laissait le moment s’installer en silence. Le contrebandier se fendit d’une moue, manifestement peu enjoué de cette prise de position… « en hauteur » par rapport à lui, assis sur sa chaise. Mais ils n’étaient que deux vieilles connaissances, et son subordonné n’avait pas l’air d’imposer une quelconque présence menaçante. Au contraire.
Erik paraissait ce qu’il avait de plus tranquille. Et cela convenait au blondin, oui ; bien que la haine d’autrui avait souvent eu tendance à couler sur lui, ce n’était pas un sentiment qu’il cherchait spécialement à faire naître en tout un chacun.

Ce setting intimiste avait quelque chose de reposant.

« Dis Jimbo… pourquoi tu tiens à c’que j’sois là, au juste ? » commença l’escroc d’une voix calme.
Le contrebandier n’en revenait pas. « T’es sérieux ? » Il cherchait à confirmer la question, il s’interrogeait. N’avait-il pas été assez clair ? En étaient-ils encore là, alors que Woods avait accepté de travailler pour lui ? « J’en ai pas l’air ? » Erik confirmait. Tout ceci était profondément ridicule. Agacé, le blondin faillit se renfoncer dans sa chaise — mais il ne savait pas encore se fondre dans les meubles. « Bah, réfléchis ! » Rien. Juste les yeux d’Erik qui le fixaient sans le toiser. Eh bien soit, puisque tu la veux ta réponse, pesta-t-il intérieurement. « On vient du même coin, on a vu les mêmes trucs. J’t’en dois une en plus ! » Le contrebandier soupira, redescendant d’un ton. Sans grande conviction, il s’anima d’un rictus décontracté. « Je sais pas, c’est pas important ? — il marqua une légère pause — J’suis fidèle à ça, c’est tout. »

Son interlocuteur prit le temps d’accuser le coup. Ce n’était pas exactement la réponse qu’il attendait. S’il était une chose qu’il ne suspectait pas tant chez Jimbo, c’est qu’il fut attaché au fait de « venir du même coin » et « avoir vu les mêmes trucs. » Maintenant qu’il y réfléchissait, il était vrai que son patron lui paraissait aimer se sentir proche de ses subordonnés. Il errait entre les rangs, parfois, écoutant de-ci, de-là. Il interrogeait vigiles, hommes de mains, pilotes sur le retour, et autres, sur leurs petites histoires. A la vérité, Erik n’avait jamais su s’il était question de s’immiscer dans leur vie pour s’en assurer le contrôle, ou si tout ceci était fait avec sincérité. A en croire le blondin, ces liens, ces partages, avaient bien une valeur. Il prit une gorgée de sa bière. « C’est tout à ton honneur, » finit-il par articuler. « Mais… » — « Mais ? » L’escroc réfléchissait sa prochaine réplique, hésitant. Non, il ne l’attaquerait pas d’une phrase toute affirmative. Il irait par la question.
Les gens réfléchissaient plus, lorsqu’on leur apportait les choses sous forme de questions. Du moins était-ce une tactique qu’il avait observée plusieurs fois chez ses collègues de soutane.

« — Jimbo… tu crois pas que t’es pas super consistant dans ta façon d’faire ?
- C’est à dire ? demanda-t-il, intrigué.
- T’as l’air de dire que c’qui compte pour toi, beaucoup, c’est d’avoir partagé des trucs avec tes gars. C’est ça ?
- Ca devrait pas ?
- Ca dépend de… ce que tu veux être, je dirais, pour commencer.
- Ah. Ouais, ouais… siffla-t-il avec un sourire acide. Je pense voir l’idée.
- Pourquoi tu tires cette tronche ?
- Rien. Le paternel. « T’es pas là pour te faire des amis. »
- Bah… c’est vrai, en un sens, poursuivit-il de pensée.
- Je sais. Je suis pas stupide non plus. Mais j’ai besoin de gens d’confiance. Je veux pas dominer les quatre coins du multivers. J’veux un business qui aille et qui profite correctement. Pour ça, bah j’veux des gens investis, et qui sont récompensés pour leur investiss’ment. Quand t’écrases tout l’monde, bah l’monde attend juste de pouvoir t’écraser.
- Justement… est-ce que t’estimes que t’écrases pas, toi ?
- — Jimbo prit une gorgée de sa boisson avant de se redresser sur sa chaise — L’mois dernier, j’ai aidé Emiko et Sayaka à s’dégoter un appart’ pas loin d’l’atelier, et j’ai payé pour les trois premiers mois… Hilbert j’l’ai laissé filer cinq jours pour aller voir sa famille, alors que bon, là on a une carence en pilotes…
- Hilbert ?
- Ouais, Frodo. Enfin, t’as pas eu l’occasion d’le rencontrer. Bref, Hilbert donc. Al’, je viens d’lui filer une avance comme il m’disait qu’il en avait b’soin… en gros ça va, j’pense que j’suis pas l’pire des patrons d’Illusiopolis ! »

Son ton s’était fait léger ; il avait même souri en haussant légèrement les épaules. Erik ne put s’empêcher de reprendre l’expression. Ne disait-on pas que c’était contagieux ? Ce faciès doucement joyeux s’estompa néanmoins bien rapidement. « C’est vrai. » Le contrebandier n’était en effet pas le pire des employeurs germant dans la Dark City. En revanche… « Mais, tu sais, c’est pas juste en dépensant des munnies et en filant des congés qu’tes gars vont pas avoir le sentiment qu’t’écrases.
- Mec, j’devrais faire quoi ? J’vais pas non plus les prendre par la main pour aller pisser.
- C’est pas ça le point !
- Alors quoi ?
- Comment j’me suis fait ça ? dit l’escroc en désignant son hématome.
- J’peux pas non plus moi m’écraser.
- T’estimes que c’était indispensable en l’occurence..? 
- Un vaisseau ça pète. Crois-moi t’as pas envie d’êt’dedans quand c’est l’cas.
- Du coup, t’estimes que c’était bon de commencer à t’défouler sur Latifa ? »

Le blondin délogea son regard de son interlocuteur, un instant, son expression lavée de tout sourire. « Ta gueule, » soupira-t-il. Bon, c’est un début, pensa Erik. Jimbo n’était pas aveugle. Il devait forcément réaliser y être allé trop fort, peu importe qu’il ne devait pas, en tant que chef de réseau, s’écraser (pour reprendre ses termes).
L’escroc aurait pu pousser plus, renchérir. Essayer de briser la glace qu’il sentait avoir fissuré.

Mais il préférait laisser à son cadet le temps de recevoir l’information. L’analyser. S’il lui avait intimé de se taire, même dans un murmure, alors peut-être devait-il le faire. Tout simplement.

« Je sais… » avoua-t-il enfin.

« J’ai réagi à chaud, ça arrive. »
Pas dans ces proportions.
« Latifa le sait, ça va. »
C’est ce que tu aimes te dire.

Jimbo délaissa sa chaise, se relevant. Il arpentait la pièce. Faisait les cent pas. Il pensait, pensait, repensait, réfléchissait. Il tournait en rond, physiquement comme mentalement. Erik, pour sa part, demeurait silencieux : il sentait que le blondin s’était tendu, raidi. Que l’évocation de l’incident l’y avait renvoyé, quelque part ; que les braises qui réchauffaient son sang se gorgeaient de la violence qui l’habitait. Alors, mieux valait ne pas pousser, non plus. Le laisser décanter.

Un pas, après l’autre. Au moins, Jimbo était-il conscient qu’il y avait un problème dans sa façon d’agir. C’était pas mal. Le contrebandier se tourna vers Erik.

« Ec — » On toqua à leur porte.

L’escroc avisa son supérieur se retourner pour voir de quoi il en retournait, piqué de curiosité. Qu’avait-il l’intention de lui dire ? S’il s’agissait de faire un mea culpa, tout était allé bien plus vite qu’il ne l’avait pensé au commencement de cette conversation. C’eut été étonnant ! Mais il ne fallait jamais dire « jamais. » Le jeune homme esquissa un rictus amusé — il ne se faisait pas d’illusions, mais tout de même. L’idée avait son charme.

Tiens, Klaus. Le non-mort avait manifestement un message à remettre à leur employeur commun. Erik profitait de cet échange auquel il n’était pas convié pour descendre sa boisson en toute quiétude. Pas mauvaise, cette bière. Il faudrait qu’il se souvienne de la marque.

Lorsqu’il releva les yeux sur le blondin… celui-ci semblait avoir perdu toute trace de la réflexion qu’ils avaient initié. Et il était manifestement agacé. Et merde… « Un souci ? » risqua l’escroc.

« — Ta prochaine mission.
- Déjà ?Il se passe quoi ? se demandait-il.
- On bosse, ici.
- On arrête là ?
- Une autre fois.
- Ok. Raconte ?
- Comme tu sais, on a pas un gros territoire. Nous, on a notre réseau, tout simplement. On domine pas quinze quartiers ou quoi. On en a pas b’soin. Et des gangs ont b’soin d’nous pour les approvisionner dans certaines marchandises. Alors du coup, on vit dans l’entente cordiale.
- J’vois l’idée oui… mais donc ?
- V’la un temps, malgré ça, y’a une bande de connards qui viennent mettre le bordel par chez nous. J’ai Klaus qui vient d’me rapporter une disparition suspecte. J’veux qu’t’enquête dessus.
- Et toi, tu t’en charges pas ?
- Mauvaise idée. C’est pas trop mon truc.
- Bon. J’commence par où ?
- Charles c’est notre p’tite souris ici. Il s’tient au courant de tout c’qui s’passe dans l’coin. Je crois que tu l’connais pas encore, donc j’vais d’mander qu’il passe te prendre d’main matin.
- Quand tu dis souris… laissa traîner l’escroc, suspicieux.
- … quoi ?
- Une… vraie souris ?
- Non…
- AhOn a bien un raton laveur et un ours, alors…
- Bien… donc, il te filera les infos. Commence quand tu peux.
- Mais quand tu dis qu’ils mettent le bordel, c’est à dire ? interrogea-t-il, cherchant à obtenir plus d’informations.
- Des enlèvements. Et hors de question d’en avoir plus.
- Je vois… j’crois en avoir entendu parler oui.
- Si t’as b’soin d’fonds ou quoi qu’ce soit, hésite pas. J’ferai en sorte que t’aies tout c’qui faut.
- Mhm. Ok. »

Enquêter sur des types qui kidnappent des gens ne l’enchantait pas tant. C’était, après tout, s’exposer. Erik n’aimait pas s’exposer. Mais Jimbo avait le mérite de lui fournir une personne pour l’épauler et des moyens. Le jeune homme n’avait pas toujours eu ce luxe. En outre, il ne devait qu’enquêter. Obtenir quelques informations. S’il y avait besoin de se mouiller, il pourrait toujours faire appel à ses collègues.

Cette pensée le rassurait.
Sa dernière « recherche d’informations » ne s’était pas bien déroulée.

Mais il n’y avait, a priori, aucun risque de voir le Maréchal Roxas débarquer dans son quartier, n’est-ce pas ?

Non, vraiment, aucun.

« — J’vais y aller dans c’cas, dit-il en jetant un œil à sa bouteille vide.
- Attend. »

Désormais debout, l’escroc resta sur place. D’une traite, le blondin finit sa bière, prenant son temps avant d’enchaîner. « J’aim’rais aussi qu’tu t’entraînes un peu. Histoire qu’tu sois prêt si y’a besoin sur l’terrain. J’ai un accord avec la gérante de La Salle. Elle te prendra sans facturer, c’est pour moi. » Erik opina du chef. Un peu de sport ne lui ferait pas de mal, il s’était ramolli. Malgré ses efforts récents, il ne se sentait pas au meilleur de sa forme physique. Cela pouvait lui porter préjudice, c’était certain. Illusiopolis n’était pas un monde tendre, malgré ce qu’il avait de touches agréables sur un patchwork de vies. « C’est bon ? » — « Presque. J’aurai bientôt b’soin d’toi pour rencontrer une cliente. Ca t’va ? » Ouais, bien sûr. Ca n’a rien de sorcier, se disait-Erik. Aussi, haussa-t-il les épaules sans contestation.

Jimbo sourit, satisfait. Lentement, les choses se mettaient en place.
Chen Stormstout
Chen Stormstout
Maître brasseur

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le Dim 10 Fév 2019 - 16:47
Clairement, j’sais pas ce que j’ai aujourd’hui, j’arrive pas à retrouver des choses à dire au rp que j’note. P’tet parce que j’manque de sommeil…? Nah, ça doit pas être pour si peu.

Donc ! Les aventures de notre ami Erik Woods au Pays des contrebandiers.

Première chose à dire ?! J’suis content de voir que tu as tenu compte de ce que j’ai dis la dernière fois. Notamment à l’étude de la faune local de ta bande. Ici, il y avait plusieurs artifices pour identifier qui était qui était c’était plus simple à appréhender pour un être de flemme comme moi.

Après ? Le négatif !

Avec ce rp, j’avoue ne pas avoir grand chose à dire. Ici, j’avoue faire plus attention à la ponctuation où les tournures de phrase. Mon problème venait surement de Jimbo qui à un « parler à l’oral » très fort et avec lequel j’ai eu un peu de mal. Pour l’idée, j’ai eu à lire à haute-voix pour comprendre correctement. Et pourquoi est-ce que j’parle de ça ?! Justement, car la ponctuation arrive à point nommé !! Aahaha !!! Mais en vreai, le seul truc que j’ai à te dir pour ça, c’est de lire à haute-voix et découvrir si le message passe ou non et avec différente intonation de voix. C’est ce que j’dois faire avec Chen.

Pour le positif ?

En soit, j’ai bien aimé le rp qui respire un peu après les évènements dans le vaisseau. Dans l’idée où, rien n’est sans conséquence et que nous avons un truc qui suit et réponde à ce qu’il vient de se passer. L’idée de segmenter la conversation me plait sans pour autant me satisfaire. D’accord, Erik à sa nouvelle mission, mais j’ai quand même envie de savoir la suite. Ça pouvait attendre là ?! Mince ! Terminons !

Après, il faut savoir doser le plaisir et j’suis content de savoir que nous aurons plus d’information pour avancer. Donc, voilà, c’était chouette ! Dommage que ce ne soit pas une vraie souris.


Très Facile : 7 points d'expérience + 50 munnies + 1 PS en Vitesse, question de la descente. Tiens, d’ailleurs, il y a un papier dans ta poche, qui est-ce que à glisser ce rapport là ?!

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