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« Mon père était un sacré arbalétrier. »

La corde contre le garrot.

« Il pouvait décocher presque autant de carreaux à la minute qu’un archer du Domaine. »

Le garrot contre la corde.

« Mon père aurait été une machine de guerre, Al’, mais il a décidé d’être autre chose. »

La corde tendue.

« Il s’est mis à chasser, à vendre le surplus au village et au château. »

Le carreau hors du carquois.

« Les gens, ils disent que l’arbalète, c’est l’arc des lâches. »

Le carreau sur la corde.

« Ils disent que c’est trop facile de tuer à distance, sans effort, sans danger et sans honneur. »

Le doigt sur le gâchette.

« Si tu veux mon avis, Al’, ce n’est pas l’arbalète qui est déloyal. »

Un déclic.

« C’est ce qu’on en fait. »

Al’ voit un moment une cible vierge et juste après une cible empalée, mais il n’arrive pas à dire ce qui se passe entretemps. Tout va décidément trop vite et son regard n’est pas assez aiguisé pour ce genre de cabriole. Il lui faudrait des lunettes qui ralentissent les secondes – quelle idée – pour mieux cerner la tournure de la situation. En revanche, Al’ aime entendre le sifflement du carreau, il aime se laisser bercer par la demi-seconde où la flèche passe de l’immobilité à une accélération fulgurante; ce bruit le fait frémir, c’est une sensation bizarre, il se souvient d’avoir frémi de la même façon juste avant de perdre conscience au pied de l’arbre millénaire. Al’ est persuadé que c’est l’air qui gémit, qui souffre, qui siffle, qui essaie esquiver la pointe du carreau, que c’est l’air qui se défait et qui se fragmente pour éviter une mort certaine. Al’ en est convaincu, l’air peut ressentir la douleur, c’est par vengeance que le vent fouette parfois.  

Phil’ ne semble pas enchanté par cette même poésie : c’est le bruit, le craquement de la cible qui l’excite et qui fait sursauter sa voix, oh! Al’, t’as vu, oh! t’as vu, en plein dans le mille! C’est une question de priorités, peut-être : Al’ n’est pas captivé par les carreaux qui atteignent leur destination – les choses qui se passent comme prévu n’ont rien d’excitant. Al’ aimerait suivre des périples inusités, des trajectoires absurdes sur des lieues sur des miles sur des kilomètres, des carreaux qui volent à l’horizontale et à la verticale en même temps, Al’ aimerait voir des carreaux qui n’atteignent pas leur cible, qui ricochent dans le vide au dernier moment ou qui ne tombent jamais, ce sont ces carreaux d’imprévu et d’infortune qui l’intéressent.

Al’ est adossé sur le mur de la cabine, le pied toujours encabané dans son atèle. Il essaie de rapiécer un peu de sens dans le discours de Phil’, dans ses leçons improvisées d’arbalétrier aguerri, mais il lui est bien difficile de saisir quoi que ce soit. Son cerveau est ralenti par sa mauvaise nuit de sommeil, transi par le froid polaire et égaré dans un trop-plein d’informations, il n’y a rien à faire pour essayer de le réanimer. Al’ n’arrive plus exactement à dire s’il faut tendre la corde ou mettre le carreau en premier, il ne se rappelle plus les précieux avertissements de Phil’ sur la « friction de l’air » – et puis quoi encore? – et ne se souvient pas non plus du conseil « miraculeux » pour dompter une arbalète qui se la joue capricieuse sur un champ de bataille. Il entend bien, pourtant, Phil’ demander :

« Tu veux essayer une fois avant de partir?

– Pourquoi pas? »

Phil’ tend l’arbalète à Al’ et, au même moment, à quelque part dans le ciel, un faisceau de lumière se fraie un chemin parmi tous ses obstacles, entre les nuages et les brouillards, entre les branches et les troncs d’arbre, entre les coups de vent et les versants sombres, le faisceau de lumière traverse tout ça et, à peine amoché, rebondit contre les mécanismes de l’arbalète. Le flash aveugle Al’, et ainsi en profite-t-il pour rêvasser un moment – que faire d’autre quand on ne voit plus rien? Il s’imagine terrasser les créatures les plus ignobles, il s’imagine les terrasser d’un seul trait d’arbalète, un carreau dans la jugulaire ou dans le talon, il s’imagine œuvrer au service de rois étrangers, toujours plus fortunés à ne plus savoir qu’en faire, il s’imagine mener un troupeau d’archers à la défense d’un royaume qui n’existe que dans sa tête, mieux, il s’imagine remporter cette guerre et en récolter tous les lauriers.

Le flash ne dure qu’un temps, une demi-seconde, à peine le temps de rêver en bonne et due forme. Al’ retrouve aussitôt la vue (dommage, qu’il pense dans un souffle), se laisse mener par un élan du destin, porte les mains vers l’avant pour récupérer l’arme. C’est la première fois qu’Al’ peut la contempler à cette distance, c’est la première fois qu’il peut en admirer tous ses détails, ses mécanismes en fer forgé, ses arabesques sculptés par des doigts de fée – qui d’autre pour sculpter avec une telle minutie? Al’ est enchanté : d’un coup, il sait qu’il faut tendre la corde avant de mettre le carreau et, du même coup, Phil’ dit :

« Oh, j’oubliais, ce n’est pas ça que tu utiliseras. Celle-ci, plutôt. »

Phil’ sort d’un sac une vieille arbalète, ou plutôt une sorte de lance-pierre qu’on aurait amélioré avec des copeaux de bois et des morceaux de métal découverts au hasard sur la route. Le bois est déchiré par l’humidité, Al’ peut le sentir d’ici, et les mécanismes ne grincent qu’à exister. Le faisceau de lumière rentre chez lui : il n’y a plus rien à voir ici.

« C’est… l’arbalète de secours. Moins impressionnante, peut-être, un peu plus longue à charger, mais… Ouais, Al’, j’ai passé une fois l’hiver sans arbalète, et plus jamais, tu vois… »

Les mains comme des séismes – un peu à cause du le froid, un peu à cause de l’urgence du moment –, Al’ prend l’arbalète. Ses coins de lèvres s’excitent, un sourire béat balafre son visage; comment être déçu de pouvoir porter sa première arme? C’est un rite de passage, une cérémonie d’initiation, une nécessité épique pour n’importe quel chevalier. Tous les aventuriers ont une épopée à raconter quand ils parlent rêveurs de leur première épée, Al’ aura maintenant son histoire et il ne pourrait en être plus comblé. Il pourra dire aux inconnus qu’il croise et aux dames qu’il courtise et aux vilains qu’il renverse qu’il a obtenu cette arbalète d’un chasseur mystérieux après avoir été attaqué par un oiseau des ténèbres dans un forêt bordée d’étangs. Al’ pourra dire tout ça, sans exagérer le moindre détail même, puisque tout ça, Al’, c’est la version officielle des faits, n’est-ce pas?

« Prêt? »

Al’ acquiesce, que dire d’autres?

« Ce qui est bien avec l’arbalète, Al’, c’est sa versatilité. »

La corde contre le garrot.

« T’as déjà vu un archer tirer à plat-ventre? »

Le garrot contre la corde.

« Ouais, moi non plus. Avec l’arbalète, t’as plein de possibilités. »

La corde tendue.

« Dans ton état, je dois même dire que c’est idé… Al’. »

Le carreau hors d’un carquois – et un rire.

« Pense à prendre à appui sur ce que tu trouves : un tronc d’arbre, un rocher, le sol, même. »

Le carreau sur la corde.

« Ça ira bien, j’en suis sûr. Le château est à côté, l’oiseau est hors de combat. »

Le doigt sur la gâchette.

« Mais si ça se passe mal, un dernier truc, Al’. »

Un déclic.

« Respire. »

Le carreau traverse l’air avant de dessiner une large parabole devant eux, n’atteint pas la cible (évidemment), s’écrase entre deux arbres plus loin. La scène est bien loin du climax attendu par Phil’, mais elle dépasse tous les espoirs d’Al’ – c’est une question de priorités, on le rappelle. Al’ entend Phil’ lui murmurer quelque chose comme « ce n’est pas grave, tu réussiras à prochaine fois » ou « allons, même les meilleurs arbalétriers ratent leur premier tir », mais il n’arrive pas tout à fait à comprendre en quoi il a échoué. Il n’en tient pas rigueur, empoigne un nouveau carreau, le fait décocher lui aussi, encore moins près de la cible, encore plus hasardement à l’horizon. Son sourire est large et son sourire est brillant, Phil s’en contente, pense peut-être que ça n’a pas d’importance, qu’ils ne dégaineront pas les arbalètes et qu’ils ne lèveront pas les poings, que le château est à deux pas et que le voyage se passe généralement sans encombre, mais Phil’, Phil’ a-t-il déjà voyagé avec quelqu’un comme Al’?

Al’ prend ses béquilles et sa mallette, son armature d’aventure, et il s’enfonce dans la forêt, guidé par Phil’. Phil’ semble connaître cet endroit comme sa propre cabine, il parle des arbres comme de vieilles connaissances, des oiseaux comme des amours perdues, des plantes qui résistent au froid comme d’amies en détresse. Il raconte ses histoires de chasse comme des fables mythiques, comme des légendes vaporeuses qu’on lirait dans des scripts poussiéreux; ça rassure Al’, qui n’a pas à se soucier du danger, qui n’a qu’à se concentrer sur sa démarche en béquilles et sur ses enjambées calculées. Pas besoin de soucier de l’horizon et de tout ce qui en découle, pas besoin d’avoir l’œil affuté pour dénicher les périls environnants, Phil’ est une vigile et une sentinelle, rien ne lui échappe. Al’ se laisse guider et écoute les histoires d’une oreille attentive, mais il n’y a rien de cathartique dans les propos de Phil’ : Al’ voudrait maintenant vivre chacune de ces légendes, et il est horrifié à l’idée de n’avoir qu’une vie pour y arriver.

Phil’ est le premier à apercevoir les formes floues au loin. Sa vision de faucon est infaillible, et Al’, en contrepartie, est bien trop enchanté par ce rongeur intrépide qui a décidé de passer l’hiver hors de son terrier. Il aimerait pouvoir communiquer avec lui pour lui dire qu’il comprend sa situation, mais Phil’ tranche toute cette synergie d’un ton d’alerte :

« Attention, Al’, on a de la visite… »

Al’ s’arrête, pose ses béquilles dans le sol comme on jette l’ancre par-dessus bord. Il plisse les yeux pour mieux voir – c’est bien connu qu’un coup de paupière affute le regard –, remarque des individus à cheval, des bêtes chargées de mille et un sacs, d’épées et de carquois. Il s’extase rien qu’à l’idée de suggérer :

« Des brigands?

– Pire que ça, Al’… »

Phil’ fait tonner une pause dramatique, nécessaire au développement des choses.

« De la vermine. »

Il en fait tonner une autre, par précaution.

« Allons, Al’, il faut décamper. Le château n’est plus qu’à une quinzaine de minutes, peut-être vingt-cinq, si on compte ta jambe de bois. Laisse-moi juste… tâter le terrain. »

Phil’ fait signe à Al’ de rester à couvert, ce qui constitue une mission plutôt ardue, il faut l’avouer, ne pas bouger pour une âme en trombe est une mission plutôt ardue. Phil’ fait quelques pas en avant, prudemment, il regarde à gauche, à droite, en haut, en bas, par derrière, un peu partout un peu tout le temps pour éviter d’être assailli par surprise, mais ça ne suffit pas, non, la vermine est malicieuse et invasive, la vermine prévoit ses mauvais coups à la lettre, à la minute, rien n’échappe à leur ruse. Phil’ est bousculé par un brigand sur son destrier – Al’ se demande si les brigands ont aussi leur destrier, s’ils méritent ce terme pour parler de l’animal qui font d’eux de la vermine –, Phil’ tombe par terre, son arbalète déferle dans une chute dramatique, son sac glisse de ses épaules, c’est la catastrophe. Al’ aimerait intervenir, mais les secondes vont absolument plus vite qu’à l’habitude, il n’arrive pas à se concentrer sur quoi que ce soit, tout change, tout bouge, tout est flou, c’est la catastrophe.

Phil’ réussit à récupérer son sac, reprend son arbalète, mais le brigand charge de nouveau, avec la même force, avec la même vigueur, avec la même haine pour les histoires qui finissent bien, et, cette fois-ci, Phil’ ne peut pas retenir le gémissement de douleur, c’en est trop. Sa jambe s’est entremêlée dans les rennes du cheval, il est traîné, à plat-ventre, humilié, détruit, Al’ ne sait pas ce qui est plus douloureux, les maux physiques ou la honte, et il ne sait pas non plus qui est le plus honteux, Phil’ ou lui.

Al’ dégaine son arbalète comme si c’était la seule chose à faire. Il prend appui sur le tronc d’arbre comme l’aurait conseillé Phil’, tend la corde puis insère le carreau. Il essaie de fermer les yeux pour se concentrer, mais c’est impossible, il n’arrive pas à rester serein sous les cris et sous les hurlements. Ses mains tremblent, ou peut-être que ce sont ses bras, peut-être aussi que son corps est l’épicentre d’un terrible tremblement de terre. L’arbalète ne tient pas en place, elle vibre, refuse d'être domptée. Irrésolu, et bien pire que ça, Al’ baisse la visée, pointe le sol, appuie sur la gâchette, ne se laisse même pas porter par le sifflement – il n’a pas le temps d'être charmé par les tendres mélodies de l'arbalète –, s’accroupit sur le carreau bien planté dans le sol, le plie, le plie encore et, enfin, crac! Il enlève le manteau de fourrure que lui a prêté de Phil’, ouvre sa mallette, troque sa chemise sale pour une chemise ensanglantée, l’enfile, laisse tomber ses béquilles, retire son atèle. Dans sa tête, une petite voix qui n’est pas la sienne lui répète de respirer.

En claudiquant plus qu’en marchant, Al’ sort de son couvert, la moitié du carreau fixée dans un trou de sa chemise. Il essaie de courir, mais son pied est de plus en plus douloureux à chaque enjambée. Il puise dans cet inconfort la force nécessaire pour faire exploser un cri de douleur, assez puissant et assez ostentatoire pour capter l’attention des brigands. Ils se retournent vers lui, tous plus méfiants les uns que les autres, et Phil’, complètement assommé, fait de même, mais une seconde plus tard et sans méfiance aucune. Al’ profite de l’instant, prend son meilleur ton d'urgence et s'exclame :

« La princesse… La princesse des ténèbres est de retour! Son armée est… »

Al’ tombe à genoux, mais ce n’est pas parce qu’il capitule.

« Ils ont rasé mon village… Ils rasent… tout sur leur passage, ils… »

Al’ glisse sur le dos, les mains enserrées autour du carreau.

« Fuyez… Vite… »

Al’ ferme les yeux et n’a pas besoin les rouvrir pour entendre les brigands détaler, la vermine quitte toujours le navire en premier. Faible et exténué, il aimerait faire une sieste ici, mieux, il aimerait tomber endormi au moins un siècle pour récupérer toutes ses énergies, mais rapidement sent-il une présence derrière ses paupières, et une main contre la sienne, une main qui l’aide à se remettre sur pieds. Phil’ est dans un piteux état, Al’ ouvre enfin les yeux pour le constater, son visage est strié d’un million de fissures, un filet de sang comme un interminable fil rouge s’échappe de sa bouche, son bras gauche pend sans cohérence avec le reste de son corps. Flapi mais souriant, douce antithèse dont Al’ se suffit, Phil’ tend les béquilles et l’atèle à l’autre grand blessé, qui les enfile sans ne rien ajouter. Al’ aimerait bien pouvoir commenter les événements, mais son souffle est trop court pour former n’importe quelle syllabe; Phil’ voudrait bien détendre la situation d’un de ses histoires de chasse sans queue ni tête, mais il est étourdi et ses épopées ne feraient définitivement plus de sens.

En reprenant la route vers le château, Al’ se demande si les brigands courent toujours.
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Et voici le coureur Belge à une centaine de mètres de la ligne d’arrivée ! Il entame un sprint et… Encore un commentaire. Il est déterminé et il va y arriver, il doit y arriver, il n’a pas d’autre choix !

Bref, ton rp Smile

Alors, j’pense que dans le négatif, je n’ai pas grand chose à dire. Si, il y a bien un truc. Après lecture, j’trouve que le début du rp et la fin du rp son inégal en terme de description. Là où nous avons un cours entier et des postures pour le tir à l’arc, c’est assez évasif pour l’attaque des brigands. En soit, j’suis d’accord avec le commentaire de Xaldin, celui disant que j’préfère voir ce qui capte réellement l’oeil de Al’ plutôt que la totalité de l’action. Néanmoins, ici, j’suis moins fan parce que justement nous avons été abreuver de description avant cela. Donc, voilà, c’est ma seule et unique critique dans ce rp.

Pour le reste, le cours ainsi que la balade ? J’aime assez bien. Encore plus avec la conclusion des vermines qui s’enfuit dès l’annonce du retour de la vilaine sorcière. Bon jeu d’acteur, je vous offre votre trophée !

Mais, dans l’ordre d’idée, il y a un truc que j’apprécie encore plus.

Le faux-héros. Celui qui veut faire quelque chose mais qui n’y parvient pas une fois devant le danger. Promis, j’ai adorer de voir ce moment où il tente mais qu’il n’y arrive simplement pas et que l’horreur se dessine devant lui.

Quoi que, pour totalement m’avoir, il aurait fallut qu’il prenne plus de temps pour jouer à son jeu d’acteur. Ou simplement, qu’il reste dans un buisson pour attendre que tout ce passe. Bon, ça, c’est pas tellement dans la ligne directrice du personnage mais j’aime ce genre de situation. Il y en a marre des héros ! J’veux voir des gens lâchent, qui ne font rien et qui passe la vie dans la crasse !

Hum, je m’emporte. Bref, j’ai bien aimé ! Sinon, oui, j’aime bien Phil’.


Normal : 21 points d'expérience + 225 munnies + 3 PS. Deux en Défense et un en Dextérité !
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