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le Lun 28 Mar 2016 - 20:30

C’était encore un de ces jours où la jeune capitaine de la garde n’était pas d’humeur à grand chose. Mais contrairement à ces nombreux matins où ses songes allaient vers une amie disparue, un ennemi ignoré ou encore un froid mordant, les raisons de ses pensées les plus noires étaient ici inhérentes à la guerre de Sherwood elle-même. Jusqu’à il y a quelques jours, les brigands et elle avaient un plan, un projet… Et en une journée, des centaines de sans-cœurs avaient compliqué les choses.

Oh elle y réfléchissait beaucoup, ruminait sans cesse cette défaite. C’en était presque ridicule en fin de compte. Elle avait quasiment vécu toute sa vie avec la menace des sans-cœurs ! Elle les avait combattus longtemps ! Durant l’année noire, la totalité de ses batailles à la cité des rêves l’opposaient à une volée de sans-cœurs d’une férocité mémorable…
Et elle arrivait à être étonnée par la soudaine apparition d’une armée de sans-cœurs dans un monde meurtri.

C’était un échec pour elle. Et les quelques jours dernièrement passés avaient servi à réparer cette erreur.

Ravness était encore couchée alors qu’il devait être huit heures du matin. La tête appuyée sur son bras, les yeux fixés sur les ombres chinoises, projections des brigands qui passaient non loin de sa tente. Elle entendait de temps à autre des pas au sein même de sa tente. Elle ne se retournait pas… Il y avait eu quelques changements.

La jeune femme se redressa doucement, et toujours assise sur son lit, elle se massa le visage. Ce dernier, particulièrement tendu, servirait au moins à signifier à chacun sa mauvaise humeur du jour. Et tandis qu’elle commençait à se préparer, se lavant le visage et les dents, brossant ses cheveux et enfilant sa tunique et son shirt, une voix traversa le voile qui séparait sa tente en deux.


« Dame Ravness, j’ai deux missives pour vous. » dit d’un ton interrogateur la voix douce d’une jeune femme.

« Entrez. Je suis visible. »

Le rideau se souleva en produisant le même son qu’une bouffée de flammes… et Ambre entra, dans le dos de Ravness. Cette jolie femme était une garde de la lumière, proche d’elle autant qu’on pouvait l’être. Ce n’était pas strictement le genre d’officier que Ravness aimait avoir avec elle, toutefois Ambre et elle avaient vécu quelques aventures ensemble. Alors malgré les défauts du sergent, elle l’appréciait au moins un peu.

« ‘Voulez de l’aide, Dame ? »

« Commence par me lire les deux missives. »

« Ok ! »

Aux premiers mots, la capitaine de la garde comprit que la première venait du château de la lumière. Le ton employé était beaucoup plus officiel que ce qu’elle pouvait parfois recevoir du shérif ou des manières des brigands.
Elle s’y attendait un peu. Le camp des rebelles avaient perdu une soixantaine d’hommes durant le jour des sans-cœurs au chapeau vert. Ces derniers avaient attaqué mais les brigands avaient combattu des heures pour éteindre cette menace… non sans en payer un certain prix. Soixante soldats était un nombre tout à fait gigantesque, à n’en pas douter. Mais aucun des civils n’avait été atteint et le camp était indemne.
En contrepartie le moral était au plus bas. Ravness avait donc décidé d’appliquer quelques changements : Plus d’entraînement. Rien de tel pour lutter contre la peur. Aussi avait-elle demandé à la Capitaine Fiona, l’actuelle chef des gardes, de lui envoyer deux soldats de son corps pour l’aider dans cette guerre.


C’était la première fois qu’elle s’y résignait… Mais ses hommes étaient formés par, sans prétention, la meilleure et par conséquent, savaient former.

Mais puisque cette lettre avait été envoyée à Fiona par l’intermédiaire de la lumière, il n’en fallait pas plus au quartier-général pour se rappeler que Ravness existait encore, quoi qu’il y eut dans cette lettre…


« Chère Ravness Loxaerion, Capitaine de la garde de la lumière et émissaire de la lumière en terres de conflit,

Nous avons le privilège, par la présente, de vous nommer Générale de la lumière, pour les grands services que vous rendez au quotidien, à notre cause. Veuillez croire en notre soutien sans faille à vos décisions et vos combats dans la forêt de Sherwood. »


La jeune femme fit une pause dans sa lecture. Ravness la regarda du coin de l’œil, encore hésitante sur ses propres sentiments… Ambre semblait émoustillée.

« Et il y a le sceau royal ! »

« Difficile d’avoir la signature du roi ou de la générale Cissneï, en effet. »

Elle se concentra sur son plastron qu’elle accrocha à sa poitrine, réfléchissant à la signification de tout cela. Elle avait été nommée par quelques régents, sans doute… des personnes dont personne n’avait entendu parler qui faisaient tourner la boutique. Cissneï avait disparu… et le roi était encore une fois absent, tout comme elle.

A y réfléchir, tout cela était catastrophique. Qui restait-il dans le château pour gérer les hommes, sinon des bureaucrates et un traître… La Reine avait sans doute son mot à dire et elle ne doutait pas de sa sagesse mais peu de gens acceptaient réellement son autorité.


« Général Ravness ou… ?

[color=lightseagreen] « Général Primus. », dit-elle d’une voix décidée, alors qu’un frisson fit tressaillir ses membres. Elle l’avait presque oublié et il était revenu spontanément. Primus… Ce nom avait été son plus grand ami durant des années. Un symbole de force.

« D’accord, Général Primus ! » , s’exclama Ambre au garde-à-vous, un sourire aux lèvres.

« Et la seconde missive, sergent ? »

« Juste ceci. » , dit-elle en lui tendant une lettre froissée. La générale la prit, fronçant les sourcils. Elle reconnut vite les plus légers détails de l’objet.

« Ce n’est pas à moi de le faire. Je l’avais fait rendre au shérif, pourquoi cela revient-il dans mes mains ? »

« Il m’a dit que c’était un ordre et que vous ne pouviez refuser. »

« Et n’ai-je pas droit à une simple raison ? »

« Il m’a dit… que vous aviez combattu aux côtés du soldat mort contre les sans-cœurs et que vous aviez trouvé cette lettre sur son corps… et qu’en cela, c’était à vous que revenait le devoir de la livrer à son destinataire. »

« C’est bien triste, Sergent, mais je dois gérer beaucoup de choses, ici au camp… »

Et c’était d’autant plus triste mais elle ne se souvenait pas vraiment du renard dans ses derniers moments… ni dans d’autres d’ailleurs. Elle avait dû entraîner beaucoup de brigands, ici, plus de trois cents.

« Générale ! » protesta la jeune sergente, tout en se baissant pour saisir les jambières de sa supérieure. Ambre commença à attacher son armure tout en lui parlant, croisant de temps à autre son regard. « Vous devriez le faire. »
Et sous le regard interrogateur de Ravness, Ambre continua… « Entre nous, vous ne l’avez jamais fait, si ? Annoncer la mort d’un soldat à ses proches ou encore transmettre ses derniers mots ? »

« … Ici il s’agit de quoi ? L’annoncer ou rendre la lettre ? »

« Les deux, Général Primus. La veuve n’habite pas au campement, elle est d’Edwinstowe. »

« Diable… » , murmura-t-elle… « Si, je l’ai déjà fait, quand j’étais sergente-instructrice à la cité des rêves. »

« Depuis que je suis au château, vous ne l’avez jamais fait pour aucun d’entre nous. » , répondit la jeune garde en serrant les sangles d’une des jambières. « Vous nous annonciez à nous les quelques morts, mais jamais aux proches. Même pour Tristan.»

Ravness détacha son regard. Elle ne niait rien mais n’avait pas plus à se reprocher. Les soldats qui mourraient sous son commandement, elle en était elle aussi affectée. Et elle devait reprendre l’entraînement pour que cela n’arrive plus.

« Si je devais mourir, je voudrais que ce soit vous qui l’annonciez à mon père. » ajouta-t-elle d’une voix chaleureuse mais infiniment plus sérieuse que le ton qu’elle employait à son habitude. Ambre relâcha la jambe de Ravness avant de saisir sous une pochette sous son armure une lettre elle aussi froissée.

« Vous venez de la Cité du crépuscule, c’est ça ? »

« Oui. Et je n’ai plus que mon père. Tous les gardes de la lumière ont une lettre comme celle-ci adressée à leur proche. »

Pas tous, non. Jadis, elle avait pu en écrire, oui, mais ce temps était révolu. A présent, elle n’avait plus le moindre proche.

« Partez, maintenant. »

« Mais ! »

Ravness leva une main soudainement, comme pour réclamer le silence le plus immédiat. Ambre s’exécuta, laissant la lettre du brigand mort sur son lit.
Il n’y avait pas vraiment de raison à cette soudaine colère… si ce n’est le pressentiment que la suite de la discussion allait précisément l’énerver. En plus d’autres choses, elle ne voulait pas se sentir coupable de ne pas avoir livré personnellement les lettres de chacun des soldats morts durant l’attaque d’Arachné sur le château de la lumière. Et elle ne voulait pas constater sa propre solitude.

La générale de la lumière finit donc de revêtir son armure. Elle pouvait encore entendre Ambre, de l’autre côté de sa tente. L’Officier Sang-Bleu était aussi venu pour l’aider ici, à la différence qu’il logeait dans une autre tente avec d’autres brigands. Pour des raisons qui ne différaient jamais de mois en mois et d’année en année, elle préférait avoir une femme qu’elle pouvait supporter à ses côtés. Toujours quelques pas derrière elle, prête à se battre mais aussi capable de tempérer ses sautes d’humeur.

Elle aurait préféré avoir Fiona mais elle ne pouvait retirer cet élément aux gardes qui stationnaient au château.

Ravness réfléchit à tout cela encore de longues minutes… pour finalement se lever et partir de sa tente. Ambre la suivit immédiatement, sans qu’elle ne lui demande. Après tout, c’était un ordre. Si elle-même n’obéissait plus aux ordres, tout était perdu. Qui plus est, elle avait une mission simple : Dire quelque chose à quelqu’un. Elle pouvait le faire rapidement et s’en aller aussi vite.

Elle fit apprêter deux chevaux et le plus tôt possible, commença à chevaucher, secondée par la sergente. Elles empruntèrent l’un des chemins sûrs aux alentours du campement. Le lieu était, il y a quelques jours, encore infestés de pièges posés là par les rebelles. Les attaques des sans-cœurs avaient défait ces derniers, pour le meilleur et le pire… Cela avait été d’une aide précieuse pour la précédente bataille, réduisant les troupes noires… mais causait un souci majeur : Il n’y avait plus grand-chose pour protéger le campement.

Et c’était… une préoccupation évidente pour le conseil de guerre. Ils pouvaient remplacer les pièges mais cela leur prendrait longtemps. Et avec autant de dizaines de soldats en moins, la défense devenait le moins enviable des plans. Ils ne pouvaient plus se cacher derrière les sapins et les pièges en attendant que d’autres sans-cœurs viennent les affaiblir.

Ils devaient attaquer bientôt.

Au galop, Ravness et Ambre se dirigèrent vers Edwinstowe, habillées toutes deux de la cape des brigands. C’était un tout petit village enfoncé profondément dans la forêt. Il pouvait y avoir quelques soldats du régent, puisqu’une route le reliait tout de même à Nottingham, mais rien d’inquiétant. Aucun fou n’aurait sacrifié la vie d’un bataillon dans cette forêt infestée de rebelles. Qui plus est, le village était quasiment vide. Propices à subir la vengeance de Kefka, la plupart des maisons avaient été abandonnés.


« Nous ne passerons pas inaperçues. »

« On cache les chevaux dans la forêt, à cinq minutes de marche du village… et on se sépare pour y entrer. Fouillez le village et tuez tous les soldats que vous verrez, Sergent. »

Et elles firent ainsi. Rapidement, elles ne se virent plus de vue. Ravness mit sa capuche et entra dans la ville, aux aguets. Il y avait une vingtaine de maisons et la plupart voyaient sur leur porte des planches cloutées… Lorsque l’une d’elles semblait encore habitée, elle essayait de regarder par la fenêtre à la recherche d’une renarde.

Au bout de la sixième maison, en marchant dans le village, elle aperçut non pas une renarde mais deux renardeaux jouer ensemble aux osselets. Elle regarda de part et d’autre de la rue avant de toquer à la porte. Elle put entendre du mouvement à l’intérieur et une voix murmurée… Et ce ne fut qu’au bout d’une quinzaine de secondes qu’une renarde habillée d’un tablier lui ouvrit, d’un air sombre. A la vue de la cape des brigands, elle écarquilla les yeux et la laissa entrer sans rien dire.
Ravness s’exécuta, balayant la maison du regard… miséreuse.


« Vous êtes l’envoyée de la lumière ?! Bernon m’a parlé de vous avant de vous rejoindre ! »

La jeune femme acquiesça.

« Vous n’avez pas trop de problèmes dans ce village ? »

« Ce n’est pas plus miséreux qu’ailleurs, mademoiselle. » , répondit-elle, poliment.

« Les gardes ? »

« A peine deux ou trois. Ils ne viennent que pour les taxes. »

« Comment arrivez-vous à les payer depuis qu’elles ont été triplées ? »

« Je ne les paie pas. J’imagine qu’il doit en être autrement ailleurs mais dans le village, les soldats ne prennent pas le risque d’arrêter les villageois qui ne savent payer. »

« Ils font bien… »

« Vous voulez de l’eau ? Un peu de lait ? »

« Non, je ne peux pas trop traîner ici. »

« Je vois. Comment va Bernon ? »

La garde de la lumière sentit une boule se serrer dans sa gorge… D’un regard, elle vérifia une nouvelle fois que les deux renardeaux étaient bien dans une autre salle, qu’ils n’entendent pas ce qu’elle avait à dire. Le dialogue n’avait jamais été son fort… elle était une horrible amie, n’aimait pas voir les gens pleurer et la seule discussion quelque peu intime qu’elle avait eue avec quelqu’un d’autre que sa mère, quand elle était petite, c’était avec Oakley… Cette simple mission devenait déjà… ardue.

« Asseyez-vous, madame. »

La veuve eut l’air troublée mais s’exécuta, les yeux rivés sur la garde, les yeux déjà brillants.

« Nous avons été attaqués par des sans-cœurs et… » dit Ravness, très tôt interrompue par un sanglot. La renarde avait déjà enfouie son visage dans ses mains. « Votre mari, Bernon… s’est vaillamment battu pour protéger le campement… » , continua-t-elle, sans entendre sa propre voix, étouffée dans sa gorge. « Et il est mort à mes côtés. » , murmura-t-elle finalement, les yeux figés sur le tablier de la veuve.


Les secondes qui suivirent furent un supplice de malaise, une torture de sentiments. Ravness restait droite comme une statue tandis que la renarde pleurait, effondrée sur sa chaise. Et elle ne savait pas quoi faire. Elle n’osait s’approcher pour la prendre dans ses bras ou lui adresser une main amicale… elle n’osait parler encore, de peur de voir les pleurs s’aggraver. Avait-elle seulement quelque chose à faire là ?

« Je lui avais pourtant dit de ne pas aller combattre ! » , gémit la renarde, étouffant la fin de sa phrase dans ses sanglots. « On était pourtant heureux. On n’avait pas à se plaindre comparé aux autres… »

La jeune femme regarda la maison… Minuscule, peu de meubles… Des murs qui s’effritent, un petit escalier dont plusieurs marches ne tenaient plus. Le Prince Jean les avait laissés dans une telle précarité. Alors l’argent ne fait pas le bonheur, elle le savait… Elle était de famille bourgeoise mais n’avait jamais été vraiment heureuse. Mais comment être heureux lorsqu’un homme nous prive de tout ce que l’on a… y compris sa liberté et sa dignité ?

« Mes condoléances, madame. »

Ravness prit dans sa poche la lettre de Bernon et la tendit à la renarde.

« Il vous avait écrit cette lettre avant de mourir. »

La civile saisit la lettre et la pressa contre sa poitrine… mais ne la lut pas. Elle se contenta de se balancer en pleurant en crispant ses doigts sur la lettre.

« Pouvez-vous partir ? » supplia-t-elle sans la regarder.

« Ne voulez-vous pas rejoindre le campement ? Ou peut-être… un peu d’argent ? »

« Je… veux simplement pleurer mon mari, mademoiselle… »

« D’accord. »

Elle se dirigea lourdement vers la porte… saisit la poignée de celle-ci mais se retourna aussitôt. Elle porta ses mains à son cou et enleva son collier et le déposa sur la table à manger de la demeure.

« C’est un médaillon qui m’a été offert par un ami… Sur une face, il y a la vierge et sur l’autre, Saint-Maurice, qui protège les fantassins. Ça m’a aidé à prier et à me sentir plus proche de Dieu… »

La renarde acquiesça. Il n’en fallut pas plus à Ravness pour décider de s’en aller, empruntant la porte et la refermant derrière elle.
Elle retrouva Ambre quelques minutes plus tard.


« Ça a été, Générale ? »

« Une catastrophe. »

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