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le Dim 16 Aoû 2015 - 20:59
Doncaster, ville dans la forêt de Sherwood, à une soixantaine de kilomètres à vol d'oiseau de Nottingham, d'une importance toute évidente en cette période. Le régent était en guerre et siégeait à Nottingham qui par conséquent, devenait pour un temps le centre de ce monde. Quoi qu'il en soit, Kefka avait triplé le montant des taxes, et une ville aussi importante et proche que Doncaster en était bien sûr la première à payer le prix. Les Joyeux Compagnons, nom qu'avait donné Robin des bois à sa bande mais qui à présent était d'une toute autre mesure, si bien qu'on les appelait rebelles ou brigands au-delà du royaume de la coalition noire, étaient à cheval sur le flanc d'une colline recouverte d'arbres. Ils avaient néanmoins une vue dégagée sur la ville et étaient au repos tout en l'observant à un kilomètre de là.

Primus était là, bien sûr, et montait Beth, comme à son habitude. Elle ne paraissait toutefois ni angoissée, ni préoccupée comme certains des brigands, ni d'ailleurs même concentrée. C'était d'autant plus étonnant qu'elle savait l'importance qu'avait cette mission pour ce monde. Mais alors que tous les yeux se tournaient vers le château de la ville, qui contre toute apparence n'avait pas grand chose à voir avec leur plan d'attaque, les siens étaient figés sur l'encolure de sa jument. Suivant la respiration de sa monture, les oreilles attentives à la moindre expiration, son problème n'avait pourtant pas grand rapport avec Beth.

Tout n'allait pas pour le mieux, en ce moment. C'était même un euphémisme. Cela faisait plusieurs années qu'elle ne pouvait dire "ça y est, là je suis bien", car ses préoccupations se multipliaient de jour en jour. Déshabiller Saint-Pierre pour habiller Saint-Jean, c'était visiblement sa mission ici bas. Elle en arrivait à croire, stupidement, que c'était le fait de régler certains problèmes qui en amenaient d'autres.

Mais ici... c'était différent, très différent.
Il y a moins d'une semaine, elle était revenue du château de la lumière, où elle avait passé deux jours pour protéger Cissneï lors d'une visite du Consulat. Contre toute attente, ce groupe leur avait déclaré la guerre... Cela, elle le vivait mieux que d'autres, sans doute. Elle était probablement la seule membre de la lumière à comprendre que le Consulat ait fait cela, et pour des raisons très subjectives, évidemment. La culpabilité de Roxas ne faisait pas le moindre doute à ses yeux, cependant, elle était contente que Cissneï n'ait pas cédé à la menace consule.

Non à vrai dire, quand elle raccompagna les consuls jusqu'à leur vaisseau et jusqu'à son propre départ en partance pour Sherwood, elle ne fit aucune scène. Si la situation avait été autre, elle serait allée dans le bureau de Cissneï et aurait fustigé celle-ci de supplications concernant Roxas "Laissez-moi le mettre au cachot", "donnez-moi la permission de l'exécuter dès demain matin". Tout était trop mérité.

Mais le porte-parole du Consulat avait dit quelque chose qui la troubla énormément. Mukuro Rokudo, il y a quelques années, fut assassiné par nul autre que Kefka. Et c'est seulement après ce méfait, sans doute, que le bouffon est arrivé à Sherwood.
Cette simple pensée la fit se souvenir du jour où elle avait appris la mort de Mukuro. Elle était en mission, à Port Royal, et tandis qu'elle était seule dans la cabine du capitaine du navire de transport, elle avait pleuré son ami et s'était jurée de tuer le coupable. Ce souvenir était si vivace qu'elle éprouvait encore du mal à ne pas être émue en se le remémorant.

Et Kefka... Cette ignoble vermine. Cet incroyable salaud... Il lui sembla que tout remontait à présent à lui. Si ce n'avait été un ordre, la providence aurait tout de même mené Ravness jusqu'à ce misérable. Pour lui, elle n'aurait aucune miséricorde. Elle l'avait détesté jusqu'à présent, dorénavant elle le haïssait... Elle ne partirait pas de ce monde avant de l'avoir taillé en pièces pour ses péchés !

" Comment avait-il pu ?! ", ruminait-elle sans cesse dans sa tête, depuis son retour dans la forêt.

A cette pensée, Ravness remonta légèrement le menton. Son visage semblait pourvu de la même haine qui animait son cœur, mais vint alors briser ce masque de fureur un soupçon de doute. Kefka avait exterminé Mukuro, calciné un quartier de la cité des rêves, sans que le Consulat ou la lumière n'aient le temps de l'en empêcher.
Pourrait-elle seulement, à son tour, vaincre ce démon que son vieil ami n'avait pu défaire ? Rien ne pourrait entraver sa volonté, toutefois, elle devait reconnaître au régent une puissance qu'elle ne détenait pas.

Ou... peut-être que si. Son bouclier, le Bouclier. Lui allait peut-être changer la donne.


" Le baron qui vit dans le château ne nous mettra pas des bâtons dans les roues. "

Elle leva son regard en réponse à Robin des bois qui à ses côtés parlait à la quinzaine de brigands dont elle faisait partie.

" Il a toujours été fidèle au Roi Richard, il lui doit beaucoup. Et quand bien même ce ne serait pas le cas, c'est tout le pays qui a grand faim de la faute de Kefka. "

Beaucoup regardaient le château mais son regard à elle se posa sur l'église normande, une vraie église... Depuis combien de temps ne s'était-elle pas recueillie dans la demeure de Dieu ? Il y avait Frère Tuck, qu'elle appréciait mais qui n'était toutefois qu'un frère. Et... Notre-Dame, elle n'y était jamais retournée depuis son entrée dans la lumière.
Cela lui manquait. Mais elle devait se faire une raison, aussi amère soit-elle. A présent il y avait le Consulat. Tout chez elle lui faisait penser à eux. Son armure forgée par leur meilleur forgeron, sa propre jument, capturée et élevée par le Consulat et qui venait des terres des dragons. Son propre passé était emprunt de ce groupe. Elle ne l'avait point connu, toutefois... elle avait été garde pendant quelques temps dans leur armée, et... était née dans un monde qui leur appartenait désormais.
Jamais elle n'aurait cru les avoir contre elle un jour. Longtemps elle avait pensé qu'ils n'étaient que des artistes et non des soldats. A vrai dire, elle ne les avait jamais craints mais depuis la déclaration de guerre, avait revu son jugement. Aussi ridicules que soient des guerriers en chausson, ils restaient des guerriers.

Et il y avait Freyja, alors qu'Oakley elle, était absente. Ravness ne pouvait croire en sa mort ou même en sa disparition et pourtant, commençait à ne plus espérer recevoir une de ses lettres dorénavant. Diable... Elle aurait livré cette ratte complètement gauche à Kefka lui-même si cela avait pu lui ramener ne serait-ce qu'une rumeur concernant son amie. Oui, c'est cela, une rumeur. A y penser, cela lui aurait fait tellement de bien. Pouvoir se rattacher à n'importe quoi, qu'importe sa plausibilité, pourvu que le nom Oakley s'accompagne d'une bonne nouvelle.

A se demander pourquoi elle était partie. Parfois, elle regrettait cette vie qu'elle avait décidée de vivre. Si... lorsqu'elle rencontra la mercenaire, elle avait directement emménagé avec elle ou en tout cas à Port Royal, et bien jamais elle ne se serait réconciliée avec Mukuro. Il serait mort sans lui causer le moindre chagrin, Ravness n'aurait pas laissé Oakley disparaître et elle serait libre de toutes contraintes dans un monde tout aussi libre.


" Quel est le plan, Robin ? "

" Nous n'avons pas le temps d'en élaborer un trop compliqué. Nous devons tomber sur les percepteurs de taxe avant qu'ils n'aient le temps de s'enfuir. "

A entendre Robin, Ravness aurait pu croire que leur seul objectif était de mettre la fessée à un cavalier rabougri monté sur un poney, percevant les taxes des pauvres gens. Non il y avait évidemment un bon nombre de gardes avec lui. Ce nombre, toutefois, était le facteur inconnu. Pour cette raison, une quinzaine d'entre eux étaient partis. Cela serait peut-être exagérément trop ou plus probablement un peu peu pour lutter contre des dizaines de gardes.

" Je vous demande une attention toute particulière aux villageois, compagnons. C'est eux que nous sommes venus aider. "

Ravness acquiesça. Lorsque Robin avait proposé cette attaque lors du conseil de guerre, elle avait voté en sa faveur, persuadée qu'en plus de soulager les citadins d'une ville voisine, cette mission pourrait être un avantage stratégique certain. Des hommes les rejoindraient peut-être dans leur rébellion et les brigands auraient l'occasion d'éliminer quelques gardes du régent. Pour Robin toutefois, ce n'était qu'une occasion de rendre aux pauvres ce que les riches leur ont précédemment volé.

" A l'attaque. Et pas de survivants. "

Les brigands commencèrent à galoper, derrière Robin. Les capes grises, le signe distinctifs qui couvrait leur tête d'une capuche et leurs habits, traversaient à dos de cheval, comme des fantômes, la lisière de la forêt, en direction de la herse d'une des portes de la ville qui n'était alors clôturée que de barricades en bois. Rien qu'elle n'aurait su détruire avec ses pouvoirs psychiques, à présent. Etait-ce de la chance ou un complot ? Dieu seul le sait, mais il n'y avait aucun garde sur le chemin de ronde, aucun homme du baron pour les cueillir de flèches. Cette aide officieuse allait sauver bien des vies du camp des brigands, toutefois, Ravness savait, alors que la troupe de brigands approchait des remparts, que bientôt Doncaster et ses gardes devraient rejoindre Kefka pour la guerre. Ils n'oseraient lui refuser leur aide.

La cavalcade des cavaliers ne manqua guère d'alerter les gardes à l'intérieur de la ville, mais trop tard, par chance. Déjà les brigands galopant serrèrent les rangs, à trois de front, et franchirent les portes avant de se déployer dans la ville, éliminant déjà quelques soldats de Nottingham.
Ravness passa à son tour mais ne quitta pas les talons de Robin. Certains brigands oubliaient parfois, lors d'un excès de zèle, que le roi des voleurs devait survivre à cette guerre, pour construire un avenir meilleur auprès du Roi Richard. Ici, lui et le Shérif étaient nettement plus importants et qu'elle, ce qui justifiait tous les sacrifices nécessaires.

Le renard justement prenait la direction du centre de la ville où siégeaient les plus imposants bâtiments. C'était bien sûr là qu'était le gros des troupes du régent ainsi que la caravane chargée de récolter les taxes. Ils devaient être cinq à s'y diriger, en groupe.
L'endroit était tel un rond-point. Au centre de la petite place se trouvait un puits et la terre meuble tout autour témoignait d'un passage régulier de chariots, de bétail et de chevaux. Devant le puits ils pouvaient observer, grandissant dans leur point de vue au fil de leur avancée, un peu plus de cinq hybrides, colossaux, portant des armures lourdes et escortant de leur incroyable carrure le carrosse transportant le trésor de la ville. Ils se préparaient à la bagarre, dirait-on, sans beaucoup de discipline.
Ce n'est qu'un instant plus tard qu'elle vit quelques archers, et non des arbalétriers, puisque ces derniers avaient rejoint la rébellion, un peu éloignés du centre de la place. Elle ne les vit, à vrai dire, que car ils tirèrent leur flèche dans leur direction. Sans rompre les rangs, les brigands galopèrent à la même allure. Seule à s'intéresser aux flèches, Ravness identifia bien leur position avant de lever la main vers elle. Tournant le poignet, se concentrant un instant, elle dévia leur trajectoire, comme d'un coup de vent, les faisant se planter contre la façade en bois d'une villa.

Elle vit Robin encocher une flèche tout en galopant, avec une telle aisance que c'en était époustouflant. Ravness qui était une piètre archère, même immobile, bien posée sur ses deux pieds, devait s'incliner devant le meilleur archer du royaume, capable d'atteindre l'oeil d'un lapin, un pied sur un ballon et l'autre chatouillé par des plumes. Il abattit d'une flèche un des soldats et d'un saut léger, descendit de cheval avant de se mettre à couvert derrière un établi de forgeron qu'il avait renversé au préalable.

Les autres cavaliers chargèrent. Enfin concentrée dans la bataille, Dame Ravness fit apparaître son épée dans sa main droite. Se laissant tomber légèrement sur la droite, un peu plus près du sol, elle tira les rênes de Beth vers la gauche pour passer à côté du groupe d'ennemi, et frappa à la tête un des soldats, avant de se redresser et de continuer à galoper. Elle se tint debout quelques secondes sur les étriers et regarda par-dessus son épaule, cherchant Robin du regard, qui encochait et tirait ses flèches sans sembler y réfléchir. Le vacarme de la bataille résonnait déjà dans la ville. L'attaque avait été violente et n'avait pas laissé grande chance aux soldats royaux. L'effet de surprise passé, le tout était de maintenir la pression. Ravness s'éloigna au galop de la place, chargeant sur un fantassin qui courait vers elle armé d'une épée bâtarde. Beth passa au trot quand les lames s'entrechoquèrent et tourna autour du soldat tandis que la capitaine des gardes frappait avec puissance le soldat, le forçant à parer chacun de ses coups sans pouvoir en asséner un seul. Elle pensait avoir l'avantage quand de sous sa ceinture, de son autre main, le loup extirpa une petite dague qu'il planta vivement dans la cuisse de la jeune femme, juste au-dessus de son genou. Elle émit un cri aigu de surprise et de douleur, et cette seconde d'inattention lui valut de ne pas faire immédiatement attention à l'épée du fantassin qu'il brandissait de nouveau, prêt à la frapper.
C'est par réflexe avant tout que son corps agit. De sa main gauche qui tenait jusque là les rênes, elle saisit le poignet de l'hybride avant qu'il ne l'atteignît de son épée. Un instant, ses yeux croisèrent ceux de son opposant. Et de sa main droite elle frappa le bras de ce dernier, qu'elle tenait dans sa menotte. La seconde d'après, elle lâcha le bras arraché au corps de l'hybride qui commençait d'ors et déjà à se vider de son sang.

Beth, d'elle-même, fit face à la place tandis que Ravness enlevait la dague plantée dans sa jambe, retenant sa respiration quelques secondes. Lorsqu'elle releva le menton, elle aperçut un éléphant en armure lourde charger vers elle, une  hallebarde dans les mains. A son tour, elle chargea, brandissant déjà son épée. Quelques secondes avant l'impact, toutefois, l'éléphant s'écroula, touché à la nuque par un des traits de Robin.

Un léger sourire fendit le visage de la jeune femme qui d'un coup de rein, entraîna sa jument à galoper de plus vite. Elle se sentit alors propulsée en avant. Ses pieds se détachèrent de ses étriers, sa tête passa au-dessus de l'encolure, son corps tout entier bascula en avant. La violence de ce mouvement l'empêcha même de garder son emprise sur les rênes. A quatre mètres de là, elle s'écrasa sur le sol, la tête en avant. Une douleur aiguë vint tirailler son menton, et la poussière soulevée l'empêcha de voir durant deux bonnes secondes;

Tout d'abord sonnée, elle réalisa enfin. Les yeux écarquillés par une crainte, elle se releva brusquement. Ravness vit Beth, étalée au sol. Elle s'apprêtait à courir auprès d'elle mais en fut empêchée par un rhinocéros qui chargea en sa direction. Il était vrai qu'elle n'était plus qu'à quelques mètres du puits, elle devait faire, ou en tout cas aurait du faire preuve de vigilance; Mais la peur l'avait saisie, et cette peur n'avait que peu de raison.
La garde se retourna vers le rhinocéros dont le vacarme de sa course trahissait l'approche. Elle avait lâché son épée dans sa chute et n'était pas assez rapide pour la récupérer, pourtant Ravness n'en avait cure. Les sourcils froncés, les traits durs, elle leva son bras gauche perpendiculairement à son corps. Une longue hampe apparût par symbiose dans sa main, au bout duquel se trouvait le drapeau immaculé. La combattante planta l'étendard au sol et courut, elle aussi, vers l'hybride.

La force d'un rhinocéros, sa rapidité, tout ça elle s'en moquait. La douleur même, lancinante, de sa plaie à la jambe ne représentait rien pour elle. Tandis que sa course la rapprochait de son ennemi, la lueur du jour commença à faiblir, bien avant l'heure. Il ne fallut que quelques secondes pour que naquît un astre noir, masquant le soleil. L'on pouvait voir, oui mais différemment.
Le soleil était devenu aussi noir que le jais. Et l'effet de ce ciel sur la jeune femme fut immédiat, sa course fut de suite plus rapide, plus audacieuse encore.

Elle leva son bras et fit apparaître son bouclier, l'arme unique, qu'elle lança aussitôt en direction du rhinocéros, de toute sa force. Sa trajectoire parfaite mena le bouclier des valkyries jusqu'à la corne de l'animal que celui-ci pointait vers la garde avec véhémence, brisant celle-ci avec facilité.
Le soldat ralentit significativement tandis qu'elle ne cessait de courir plus vite, repoussant ses limites, serrant les dents pour lutter contre sa souffrance. Lorsqu'elle fut arrivée à moins de deux mètres de lui, Ravness fit un saut, particulièrement haut par rapport à son habitude. La lance du rhinocéros ne fit que transpercer un pan de sa cape. A plus de deux mètres dans les airs, elle frappa son ennemi au visage, qui n'était plus protégé par sa corne. Elle atterrit lourdement tandis que le rhinocéros était sonné. Son abdomen étant lourdement protégé d'une armure, l'animal ne craignait pas les coups dans le ventre. Elle frappa donc d'un direct droit la gorge de l'hybride avant de sauter à nouveau sur ce dernier. Elle enlaça de ses deux bras le cou de la bête et passa au-dessus de son épaule, tombant dans son dos, toujours hissée à la gorge du soldat. De toute sa force, elle serra ses bras, renforça son emprise, jusqu'à étouffer durant de longues secondes le rhinocéros.

La jeune femme laissa le soldat derrière elle, courant déjà vers Beth, sans rompre l'hypnose qu'elle s'était infligée en faisant apparaître le soleil noir. Celui-ci la rendait imparable. Dans les faits, elle abandonnait toute prudence pour redoubler de force, de violence et de rage contre ses ennemis. Et contre ses hypnoses, elle ne pouvait lutter.

Une flèche la manqua de peu. Trop bornée pour faire attention jusque-là, elle leva le regard vers le toit des bâtiments. Il y avait trois archers qui y siégeaient et qui chacun encochait une flèche. Un regard sur Beth suffit à la convaincre que l'un de ces trois soldats avait touché sa jument...

Elle courut, à toute allure, vers la porte de la maison qu'ils occupaient. Une flèche ricocha contre son épaulière, tandis qu'une autre se planta dans sa hanche. Elle ne retint pas un cri de douleur mais dans son élan, atteignit la porte de la maison en un seul morceau, qu'elle brisa d'un coup d'épaule.
Ravness s'effondra aussitôt sur le seuil d'entrée, ses deux mains contre la blessure, lovant la flèche entre ses doigts.
Elle prit une nouvelle et longue inspiration, fermant les yeux, avant de retirer brusquement la pointe de la flèche de sa chair, arrachant quelques lambeaux de peau supplémentaires, emportés par les ailes de la pointe.
Cependant, elle ne fut pas la seule à crier cette fois-ci. Un autre cri, plus aigu encore, vint soutenir le sien, la surprenant. Elle se releva aussitôt, se mettant en garde, bien que n'ayant pas d'armes, et vit dans un coin de la pièce une petite hybride, une cane anthropomorphe, dans les bras de son père, au moins tout aussi effrayé.

Ne sachant que faire, elle baissa légèrement la tête et courut vers l'escalier. Alors qu'elle gravissait les marches, Ravness fit apparaître sa hallebarde dans les mains, étant en trop piteux état pour se risquer à poursuivre cette bataille sans arme.

Elle arriva sur le toit quelques dizaines de secondes plus tard. Les trois archers bandaient déjà leur arc et s'apprêtaient à tirer. Ravness allait les déséquilibrer de sa force psychique. Elle leva sa main vers eux, se concentra un instant, sans effet. Elle ne vit aucun arc se briser sous la puissance de sa volonté, non. Il fallut une petite seconde pour qu'arrivât un effet, certes, mais pas celui escompté.
Une lueur brilla du bout de ses doigts et cette dernière se répandit incroyablement, telle une onde dans l'eau, venant frapper les quelques archers. Cette lueur, qui ne la fit pas cligner des yeux, sans surprise, vint pourtant secouer les trois soldats, qui semblèrent suffisamment gênés, sans tellement de souffrance toutefois, pour baisser leurs armes.
Ravness se rua vers eux, resaississant la hampe de sa hallebarde de ses deux mains. Elle profita de l'étourderie d'un premier hybride pour pointer la pointe de sa hallebarde juste en-dessous de ses deux jambes écartées, le fer de hache dressé vers le ciel. Elle fit de suite une frappe ascendante, tranchant le soldat des entrejambes jusqu'au menton. Il était sans doute vaincu, mais son hypnose la força à en rajouter quelque peu, puisqu'elle frappa finalement le cadavre encore debout de l'homme d'un puissant coup de pied.

Elle fit quelques pas en arrière tout en faisant danser sa hallebarde autour d'elle, s'approchant d'un deuxième archer, avant d'arrêter le ballet de son arme d'hast sur la gorge de l'ennemi. Trop proche d'elle, le troisième archer laissa tomber son arc, lui profitant une dague. Ravness répondit en lâchant sa hallebarde et en s'avançant vers lui sans prudence. Elle attrapa le poignet de l'homme avant de le briser d'un mouvement sec, sans le lâcher toutefois. Sa deuxième main vint attraper le poignard avant que ce dernier ne tombe, poignard qu'elle planta dans le coeur de son adversaire avant de pousser de ses deux mains ce dernier du toit.

Ravness Loxaerion s'approcha du rebord, regardant les quelques cadavres sur la place qu'elle avait laissés derrière elle. D'un regard plus panoramique, elle vit d'autres cadavres semés par d'autres qu'elle. De nombreux soldats avaient été criblés par les flèches de Robin, deux brigands étaient tombés non loin. Finalement, elle retrouva Beth, gisante et seule. La jeune femme sauta du toît, ralentissant sa chute et atterrissant aussi légère qu'une feuille sur la terre, et courut jusqu'à sa jument.

L'hypnose cessa, son drapeau planté dans le sol redevint aussi blanc que d'origine, bientôt imité par le ciel qui revint à ce qu'il était quelques minutes auparavant.
Une flèche avait atteint son poitrail, elle avait déjà perdu beaucoup de sang mais respirait encore. La poussière et le sang avaient déjà fait perdre à sa robe palomino de sa superbe. Ses narines étaient encrassés de la même façon, laissant Ravness imaginer à quel point elle devait souffrir. Oui, elle aussi, était blessée, mais devant ce spectacle, elle trouva ses plaies bien risibles.
Elle s'était entraînée pour ne plus souffrir physiquement. Beth, elle, n'était qu'une jument qu'elle avait habituée à la guerre.

Ravness se mit à genoux, juste à côté de la tête de la jument et carressa cette dernière. Son geste était lent, emprunt d'une tristesse vivace.

Finalement, tout semblait logique. Elle pouvait se souvenir du consul qui lui avait vendu Beth, un gitan qui lui avait craché sa haine au visage parce qu'il se souvenait d'elle tuant des gitans, durant le génocide perpétré par Frollo. Celui-ci avait été d'une dureté inouïe et avait causé chez elle un remord qu'elle avait eu du mal à apaiser, les semaines qui suivirent. Ce gitan l'avait menacée de lui faire payer au centuple la moindre égratignure que pourrait endurer ce cheval avec elle...

Comme quoi. Elle-même se rendait coupable devant le Consulat.

Mais c'est surtout pour Beth, à cet instant, qu'elle ressentit des remords. Elle se coucha en avant, posa sa joue sur le long cou de sa jument, laissant ses cheveux tremper dans le sang de l'animal souffrant.
Elle put sentir les palpitations secouer le cheval durant de longues secondes. Ravness ferma les yeux avant de se redresser, certaine de pouvoir faire quelque chose pour sa tendre amie.

Un filet blanc, magique, apparût, liant la jument à Ravness. Ce fil ressemblait à s'y méprendre à une toile d'araignée ayant cueillie la rosée du matin, et ce simple mais beau spectacle était tout entier fait pour apaiser Beth. La douleur de la jument disparut puisque dorénavant, c'était Ravness qui l'endurait. Son cheval n'avait plu qu'à supporter la fatigue et les forces qui la quittaient, car son sang ne cesserait de couler malgré le lien de douleur que lui avait offert Ravness comme un linceul.

La garde se coucha de nouveau sur sa jument qui partait doucement, en paix. Elle avait envisagé de l'achever mais n'acceptait pas l'idée que l'animal souffre davantage. Ainsi, c'était bien... C'est ainsi que tout homme voudrait partir, capable de vivre sa dernière minute sans être sonné par la douleur, et sentir ses forces le quitter.
Fatiguée par sa propre souffrance, Ravness ferma les yeux et attendit. Lorsque sa jument rendrait son dernier souffle, elle aurait de nouveau la force de se lever. Jusque-là... attendre auprès d'elle était un hommage qu'elle jugeait correct en temps de guerre.

Elle pouvait entendre des hommes se rapprocher, sans doute les brigands qui s'interrogeaient sur ce spectacle navrant qu'elles offraient. La voix de Robin perça le tout, exigeant que la troupe se recentre sur l'essentiel, ils appelèrent le peuple de Doncaster à venir et rendirent à chacun l'or qui leur avait été volé.
Ravness et Beth, traînant là à côté d'une place bientôt remplie, restèrent immobiles et personne ne vint les déranger. La capitaine des gardes put entendre Robin distribuer l'excès d'argent aux citadins, juste avant que ce dernier ne commence un discours ralliant les hommes et les femmes vaillantes à se battre du côté des rebelles.

Au fond, elle ne s'intéressait guère à tout ce qu'il pouvait se passer autour d'elle. Malgré la particularité de cet instant, il leur appartenait, à Beth et à elle. Qu'avait-elle fait avec ce cheval, à part la monter et guerroyer ? Elle l'avait emmenée dans des contrées humides, froides, dans des étables en toc, sans jamais vraiment rester avec elle pour rester avec elle. Soudain, il semblait à Ravness qu'elle avait été une cavalière pitoyable, incapable d'accorder à cette jument le tier de ce qu'elle méritait.


" Au revoir, Beth. "

La jument s'éteignit quelques secondes après. Ravness le sut aussitôt puisqu'elle se sentit délestée d'une grande douleur ainsi que d'une grande partie d'elle-même.

Au final, que lui restait-il ?

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le Sam 3 Oct 2015 - 22:25
Et bien... Je dois dire qu'encore une fois, j'adore cette guerre!

Mais avant de dire ce qu'il m'a plu, je vais commencer par ce qui m'a déplu. C'est pas exactement ça, disons plutôt que ça m'a gêné.
C'est au tout début quand tu fais face à la ville de Doncaster. Tu évoques ton lien avec Mukuro, Kefka, Oakley et Freya. D'habitude, j'aime bien les éléments de background, j'aime qu'on m'explique ce qu'il s'est passé dans la vie du perso avant, les relations qu'il a établi et tout. Mais là, je ne sais pas si c'est la manière dont tu as abordé les choses, ou l'idée de prédestination, mais ça m'a un peu refroidi, et j'avais qu'une hâte, que tu passes à la suite.

Sinon, je n'ai rien de négatif à dire. J'ai aimé l'attaque de la ville, la manière dont tu décris la bataille, dont tu souffres et le fait que tu ne gagnes pas à toi tout seul même si on pourrait penser le contraire. On n'a que ta vision des choses, tu te bats de manière extraordinaire... et pourtant tu nous montres que les autres ne sont pas inactifs pour autant (les flèches de Robin tout particulièrement, tu ne te concentres pas vraiment sur les actions des autres).
Et puis la mort de ton cheval! Maintenant que j'y pense, c'est assez... drôle. Après tout, c'est une guerre, mais ça doit être la première fois où tu t'arrêtes vraiment pour "pleurer" une mort. Tu as beau entrainer les brigands, il n'y a aucun lien entre eux et toi, au contraire d'avec Beth. C'était bien trouvé, et bien écrit.

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