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le Ven 22 Mar 2019 - 23:27


[Mini-Série]
Suite de C'est mon Rêve

Encore une belle journée à Grimm. Le soleil semblait roussir les murs des bicoques et le ciel bleu et clair invitait à la fête. Pourtant, dans les rues montantes et sinueuses du Mont des Lanternes, Sesheta ne ressentait pas la joie de vivre qui aurait du satisfaire au lieu. Le village semblait dépeuplé et la légère brise ne portait que des rires forcés.  Ca et la, les habitants, surtout des hommes et des enfants, se laissaient guider par leurs jambes, l'air morne et hagard. Ils vaquaient à leurs occupations, tentaient des conversations, jouaient à quelques jeux mais l'enthousiasme n'y était pas. Il manquait quelque chose. Dans son petit village, ca ne l'avait pas marquée. Ici, alors qu'elle prenait le temps d'observer, de penser à autre chose qu'à son quota de missions à remplir, c'était flagrant.

La jeune fille rajusta la bandoulière de son sac sur son épaule et accéléra la cadence de ses pas, ignorant la douleur dans ses mollets. Elle n'était pas là pour les mères. Sa mission était de retrouver la trace de Lenore et, si possible, en savoir plus sur Lenore. Elle n'avait plus beaucoup de temps. Si elle trainassait, ses supérieurs finiraient par se demander ou elle était passée et ça poserait tout un tas de problèmes. La veille, à la taverne du Canard Boiteux, elle avait pu glaner quelques informations mais toujours rien sur l'endroit ou pouvait se terrer la rousse. Une mercenaire ? Les mercenaires trainaient à Port Royal, mais Port-Royal c'était grand et sous blocus. Peut-être qu'elle n'était même pas avec ces Mercenaires là, qu'elle faisait ça toute seule de son côté ? Pourvu qu'il y ait une autre piste là, dans cette boulangerie...

La boulangerie de Pierrot, Pierrette et leurs enfants. Une famille qui aurait recueilli Lenore, d'après le très succinct rapport A-412. A croire qu'on en avait sciemment retiré des bouts.

La maison était semblable aux autres, accueillante avec ses décorations aux fenêtres, son toit de chaume et son petit panneau suspendu près de la porte, sur lequel était gravé une belle miche de pain. Sesheta s'était attendue à une agréable odeur de pain chaud, mais elle avait beau renifler l'air ambiant, ça sentait surtout les fleurs de la boutique d'à côté. Elle poussa la porte et une petite clochette retentit, annonçant gaiement son entrée. La porte se referma doucement derrière elle, taisant les bruits de la rue, la plongeant dans le silence et la pénombre de la pièce. Devant elle tronait un comptoir de verre à trois étages sur lesquels étaient disposés quelques bagels qui ne semblaient plus tout frais, un quart de pain de campagne et des miettes de viennoiseries.

"Bonjour ?" tenta Sesheta en s'approchant du comptoir. Elle ne voyait personne. Un rayon de soleil transpercait la fenêtre de derrière pour aller toucher la caisse du magasin. En promenant son regard, l'enquêteuse vit que la boutique était bien tenue, mais quand même... à cette heure-ci, le comptoir aurait du déborder de patisseries. A sa gauche, une porte à battants qui devait mener à l'arrière boutique. Derrière le comptoir, au fond, un escalier qui faisait le coin et menait au premier étage.

"Bonjour Bonjour !" fit une voix fluette et amicale. De l'arrière boutique apparut une fille plus jeune qu'elle à la chevelure rousse et au visage fatigué, qui trotta jusqu'à la caisse. Le soleil fit flamber ses cheveux. Elle joignit ses deux mains pleines de farine contre son ventre : "Désolée, mais nous n'avons pas grand chose aujourd'hui. Mon père ne se sent pas très bien." Un petit sourire désolé se dessinait sur sa figure triste. A ses traits crispés, Sesheta devinait même un peu d'angoisse.

"Oh, ce.. c'est pas grave. Je ne suis pas venue pour du pain." L'estomac de Sesheta gargouilla de mécontentement à ses paroles. "Mais... je vais quand même vous prendre le pain de campagne qu'il vous reste, là."

La jeune vendeuse resta interdite un moment à scruter sa cliente, mais elle sortit vite de sa torpeur avec un resplendissant : "Très bien ! Ca fera 5 munnies, s'il vous plaît." Sesheta sortit sa bourse et compta l'argent, s'approchant du comptoir tandis que l'autre fille enveloppait soigneusement le pain de campagne dans du papier. L'échange se fit avec des sourires. Sesheta déballa immédiatement le pain et mordit dedans à pleines dents. C'était bon. En même temps, elle avait tellement faim que même des miettes lui auraient paru succulentes.

"Vous... vouliez autre chose ?" demanda la vendeuse en entortillant distraitement ses cheveux autour de son index.

"Hm ouich. Che foulai foir... pardon." Sesheta avala le pain un peu trop sec qui coula difficilement au fond de sa gorge. "Je voulais voir votre père. Je cherche quelqu'un qu'il connait bien. Mais.. vous la connaissez aussi." Elle força un sourire pour montrer qu'elle n'avait aucune mauvaise intention. Elle n'en avait pas. Si ?

"Nous connaissons presque tout le monde ici", répondit prudemment la jeune rousse. Elle observait Sesheta de la tête aux pieds, les mains toujours croisées comme pour se protéger. "Qui cherchez vous ?"

Sesheta avala sa nouvelle bouchée de pain et farfouilla dans son sac pour en sortir son carnet qu'elle posa devant la caisse. D'un doigt, elle l'ouvrit et le feuilleta jusqu'à trouver le bon croquis, puis fit pivoter le carnet pour que la vendeuse puisse voir le dessin. Elle tapota trois fois du doigt dessus. "Lenore ?"

Des pas lourds se firent entendre à l'étage. Devant elle, la jeune fille palissait un peu. "Ecoutez... ce n'est pas le moment. Mon père est déjà..."

"P... Pas la peine de déranger votre Père", assura Sesheta en ouvrant grand les yeux. Quel genre d'ogre pouvait faire autant de bruit en marchant ? Dans quoi était-elle tombée, encore ?

"Oui. Vous feriez mieux de part-"

"Laisse, Amanda." La voix grave, profonde avait surgi du haut des escaliers. Une figure se dessinait, imposante et puissante, dans la semi-pénombre. Sesheta serra les dents, ne pouvant détacher son regard de cette créature légèrement bedonnante qui descendait les marches une à une, lentement. "Pourquoi cherchez-vous Lenore ?", grondait-il avec la lassitude des êtres trop puissants. Oh, ses gros bras musclés d'ogre-boulanger pouvaient la pétrir façon puzzle à tout instant.

Sesheta ne répondit pas tout de suite, prisonnière de son imagination. Amanda, de son côté, attendit que son père ait fini de descendre les escaliers pour lui prendre un bras et le passer derrière ses frêles épaules. "Papa, tu sais que tu ne devrais pas te lever", lui chuchota-t-elle. Alors la voix grondante du monstre se fit douce et rassurante : "Je ne suis pas mourant, ma chérie. C'est juste un sacré rhume. Et puis je voulais un thé. Tu veux bien aller en préparer un pour ton pauvre père ?" Maintenant qu'il s'approchait du rayon de soleil, Sesheta se rendit compte de sa bêtise : ce n'était qu'un grand homme un peu enveloppé, fatigué, aux cheveux roux, à la moustache rousse mal taillée et avec un début de barbe. Amanda lui caressa le dos et lui adressa le plus beau des sourires. De mémoire, Sesheta n'avait jamais regardé son propre père comme ça. La fille fila dans l'arrière boutique, et Pierrot posa ses deux grosses mains de part et d'autre de la caisse pour plonger le regard sur le carnet.

"Alors ?" fit-il simplement, la toisant de son regard absent.

Sesheta inspira profondément, ancrant ses talons au sol. Elle n'était pas douée pour le mensonge, elle ne l'avait jamais été. Pierrot n'avait pas l'air d'un mauvais bougre. D'après les statistiques, les boulangers étaient rarement des méchants. Pourquoi ne pas jouer franc jeu ?

"Je la cherche parce qu'elle a volé quelque-chose."
"Vous insinuez que Lenore est une voleuse ?" Il s'était penché en avant. Il aurait été menaçant sans ce visage abattu, les cernes sous ses yeux.
"Ou.. je veux dire, oui. Techniquement oui. Je l'ai vue faire." Sesheta tenait bon, les poings serrés.
"Vous voulez la remettre en prison ?"
"N.. Non. Pas du tout. Je veux juste..."
"Qu'est-ce qu'elle a volé ?"
"Un fragment."
"Un fragment de quoi ?"
Sesheta soupira. La vérité n'était pas toujours facile à expliquer.
"Je ne sais pas. Il émettait une sorte de lumière."
"A qui l'a-t-elle volé ?"
"A... un cerf ?" tenta-t-elle en grimaçant avant de continuer plus vite : "Mais en fait, le fragment appartient à un jeune homme qui s'appelle Sora. Je crois."
"Vous croyez ?"
"Euh... oui ?" Elle afficha un sourire gêné, révélant le coté droit de ses dents.

En fait, intérieurement, elle flanchait. Ce n'était pas la première fois. Pierrot devait trouver tout ça tellement absurde. Et elle, elle avait plongé là dedans, prise dans l'engrenage de l'histoire. Et si ce n'était pas son histoire, après tout ? Si son rêve de vivre une véritable aventure tournait court ? Elle aurait mieux fait de se mêler de ses affaires, de rester tranquillement dans sa Brigade à faire ses missions et ses rapports. Là, elle passait juste pour une illuminée.

Le boulanger avait posé son gros doigt sur le dessin qu'elle avait fait de Lenore. Il caressait doucement sa joue. "Alors elle est vivante", fit-il dans un grand soupir soulagé. Les larmes lui montaient aux yeux. Il se redressa brutalement. "Mes filles ne sont pas des voleuses. Lenore... n'est pas une voleuse."

Sesheta serra les dents. Pourtant, Lenore l'avait bel et bien dérobé, ce fragment. Mais était-il nécessaire de convaincre Pierrot ? Etait-ce même possible ? Elle dut faire un effort pour adoucir sa voix. "Ecoutez... je n'ai aucune raison de mentir. Mais si je la retrouve, je pourrai mieux comprendre ce qui s'est passé. Et vous aussi." Les brigands lui avaient au moins rappelé que tout était plus compliqué qu'on le pensait, à défaut de lui donner des informations tangibles.

"Et qu'est-ce que ca vous apporte à vous ?" s'enquit-il, les sourcils froncés.

"J'aurai le fin mot de l'histoire", fit-elle simplement en haussant les épaules, l'air réjouie. Bien sûr, ce n'était pas tout. Elle voulait aussi avoir son mot à dire.

Pierrot toussa bruyamment plusieurs fois, le bruit tonitruant résonna contre les murs de la boulangerie. Sa gorge était salement prise, ses poumons aussi à en croire le sifflement de sa respiration. "Vous êtes bizarre, vous le savez, ça ?" Il ne l'avait pas dit méchamment, elle croyait même déceler dans son ton une pointe.. de sympathie ? Il fallait en profiter. "Arrêtez, on dirait mon père", plaisanta-t-elle, lui arrachant un sourire. Mais les yeux verts de Pierrot restaient las, ailleurs. Bon sang, c'était évident. Il avait au moins une fille, donc sa femme pouvait faire partie des mères disparues. Ce n'était pas surprenant qu'il soit dans cet état, et la maladie n'arrangeait rien. Le pauvre homme... perdre sa femme, ne pas savoir si elle était vivante... et ne pas savoir pour Lenore.

"Je.. je vous promets de la retrouver", affirma Sesheta un peu vite. Elle voulait aider cet homme comme elle avait voulu aider Sora. Pierrot ne réagit pas tout de suite, sans doute sonné par cette soudaine détermination. "Pour lui reprendre le fragment ?" tenta-t-il, maussade. Alors elle se pencha a son tour au dessus de la caisse et posa sa petite main droite sur celle, bien plus large, du boulanger. "Pour qu'elle vous permettre de la revoir."

Elle était déjà plongée jusqu'au cou dans toute cette affaire. Et les affreux de la Brigade d'Acquisition des Contes, qui étaient sur la même piste qu'elle, eux se fichaient bien de Lenore. Ils voulaient juste le fragment et ses pouvoirs. Sora aussi, sans doute. Après tout, elle en savait si peu sur celui qui prétendait être le propriétaire légitime du fragment. Il n'avait qu'a le récupérer lui-même si c'était si important pour lui. Elle n'avait aucune fichtre idée de comment elle allait réussir, passer tous ces obstacles et ramener Lenore à Pierrot, mais... c'était peut-être son rôle ? Tout ce qui s'était passé jusque là l'avait amenée cet instant, dans cette boulangerie en sommeil, face à cet homme sans espoir. Sa chance de briller. Sa chance de changer la donne.

Pierrot la regardait comme si elle s'était transformée en ondine. Il retint une nouvelle quinte de toux et gronda faiblement, comme gêné par ce qu'il voyait : "On vous a déjà dit que vous étiez bizarre ?"
"Oui, vous... il y a une minute", répondit-elle doucement.

***

Quand le thé fut prêt, Amanda appela son père. Sesheta voulut l'aider à se déplacer mais un simple regard lui fit comprendre qu'elle en faisait trop. Elle le suivit dans l'arrière boutique, il ne l'arrêta pas. L'odeur de farine monta aux narines de l'enquêtrice une fois franchie la porte à battant. Elle s'installa sur une chaise autour de la table à pétrin, à l'invitation silencieuse du boulanger. Alors, tandis qu'il sirotait son thé (auquel la prévoyante Amanda avait ajouté du miel) et qu'elle finissait son pain, il répondit à ses questions, toussant parfois, regardant ailleurs souvent.

Il se souvenait de la jeune femme rieuse, facétieuse, qui était venu apprendre le métier chez eux. Elle dansait parfois sur la grand place, devant le portrait de la princesse. Et puis, comme dans toute bonne histoire, un drame l'avait changée. Son village brûlé. La population décimée, dont ses parents.

"Lenore a perdu ses parents", répétait Sesheta, la tête baissée sur le croquis qu'elle avait dessiné.

Oh. Elle tapa doucement du poing sur la table. Que disait l'analyse de Lutz ? La personne qui a le cristal le garde comme s'il s'agissait d'une personne disparue. Sesheta se redressa sur sa chaise, ne pouvant se retenir de partager son eureka. "Le cristal fait ressurgir des souvenirs passés. C'est pour ça qu'elle le garde ! Bambi voyait sa mère, lui aussi." Quelle idiote, vraiment. Elle aurait du faire le lien bien plus tôt. Si Lutz avait été là, ils auraient gagné du temps.

"Si ce que vous dites est vrai, Sesheta... alors tout ce que nous avons fait pour elle n'a servi à rien." Pierrot grondait sourdement.
"Père..." essaya de le réconforter sa fille en posant une main dans son dos.
"Nous l'avons recueillie chez nous peu après. Il a fallu du temps pour qu'elle s'en remette. Et ce fragment vient tout gâcher." Le boulanger était en colère, il soufflait bruyamment et ne put retenir une nouvelle crise de toux. Amanda lui tapotait le dos avec tant de compassion que Sesheta se sentait un peu jalouse.

"Elle est bien chez les mercenaires, à Port-Royal. Nous avons une adresse, mais..."
"Le blocus. Je sais." Sesheta soupira. Comment pouvait-elle imaginer passer les vaisseaux de la Shin'Ra ? Elle n'était pas une guerrière, ni une grande négociatrice, elle n'avait pas de grand réseau d'influence et elle ne pouvait pas se rendre invisible. Non, elle n'avait aucun talent hormis dessiner. Elle s'adossa à sa chaise, laissa retomber ses bras. "Retour à la case départ. Je ne vois pas comment la retrouver."

La déception. C'était tout ce qu'elle ressentait à cet instant. N'avait-elle chassé qu'une chimère ?

"Je vous laisse quand même mon adresse", grimaça-t-elle en écrivant sur une page vierge de son croquis, qu'elle déchira pour la poser sur la table. "Si jamais vous avez besoin de moi, ou vous apprenez quelque chose."

Elle se leva, laissa Pierrot et sa fille là, dans l'arrière boutique ou le foyer restait éteint. "Merci", leur souffla-t-elle en partant, se sachant déjà de trop. Elle quitta rapidement la boulangerie, inspira à fond une fois dehors, la tête levée au ciel.

"Où es-tu, où es-tu, où es-tuuuu ?" Sa question s'envolait dans le vent. Toutes ses pistes s'arrêtaient là. La fatigue se faisait d'autant plus ressentir qu'elle ne savait plus quoi faire. Elle trouva la première taverne venue et commanda une Stormstout. Installée à sa table, sa main alla machinalement trouver le carnet dans son sac et le posa devant elle. Ses doigts feuilletèrent jusqu'à tomber sur ce qu'ils cherchaient. Sur la gauche, le croquis de Lenore, plus proche d'elle que jamais, si loin. En face, sur la droite, celui de Sora. Elle ne s'était dessinée nulle part.

Elle referma sèchement le carnet. "Je rentre à la maison." C'était le mieux à faire pour l'instant, pensait-elle.
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