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le Jeu 7 Fév 2019 - 14:33

Au moins, il fait moins chaud dans cette partie de l’univers ! Et c’est pas les centaines de fontaines d’la ville qui vont m’contredire. Qu’est-ce que ça fait du bien d’rev’nir au Jardin Radieux. Du moins, d’y revenir en coup de vent. Là, dans l’fond d’ma poche, il y a l’invitation d’Aqua à la rejoindre à la Contrée du Départ. Enfin, j’ai juste le temps d’me balader avec l’gamin et lui présenter mon atelier ! Ensuite, disons que, j’vais p’tet le confier à Ulthane le temps d’me rendre voir mon maître.

C’est pas comme si j’allais partir et n’jamais revenir ! Voyons, ce serait cocasse comme situation.

Bref, là, nous v’nons de poser pied à terre et j’laisse deux minutes à Ioan de découvrir la ville. Généralement, la première fois que tu t’ramènes au Jardin Radieux, tu t’rends compte de l’influence du Consulat sur ce monde.

Il y a pas un endroit moche ou un sale mioche qui laisse trainer l’emballage de son goûter. Limite, l’seul truc que nous avons à reprocher, c’est l’immense soleil qui a été peint par Arthur au sommet du dôme en pierre. Bon, d’accord, il y avait l’visage de Roxas avant ! Mais bon, c’est un peu comme pousser la poussière sous l’tapis.

Enfin, v’là le Jardin Radieux ! Tu verras, c’est cool et il ne fait pas trop gris dans c’monde, sauf les jours de pluie… Enfin… Tu m’comprends.
Ouais, j’suis pas tellement inspiré que ça. Au final, c’est juste la visite qui doit marquer l’gamin ! Sauf qu’ici, j’suis un peu l’vieux d’la vieille. Est-ce que j’vais commencer à lui montrer chaque coin de rue en contant un bout d’histoire ?

Ce serait vachement long. Il y a vraiment beaucoup d’rue dans cette ville et d’truc à raconter. Sans oublier les artistes ambulants qui s’amusent avec leurs trucs.

D’ailleurs, j’emboite le pas et j’évite soigneusement d’marcher sur un dessin à la craie à même le pavé d’la ville. Ce serait mentir d’vous dire que j’sais de qui sa vient, il y a tellement d’originaux dans c’monde que j’suis incapable d’en citer la moitié. Il y a déjà certains noms qui sont capables de franchir ma bouche ! Mais j’vais pas directement balancer le gamin en direction du Poète. Il aura vite fait d’le noyer sous un flot d’parole.

Déjà que j’ai parfois du mal à saisir c’qu’il raconte.

Bon ! J’me perds encore et c’est pas comme ça que j’vais faire avancer les choses.

Après l’voyage en vaisseau et la glace qui commence à s’faire lointaine, il commence pas à s’faire faim ? Si tu veux, il y a de quoi faire chez moi. C’est pas d’la gastronomie ! Mais tu risques pas d’mourir de faim. À moins que tu préfères que l’on s’arrête pour prendre un truc en chemin ?
Depuis l’temps que j’suis ici, j’peux vous faire la carte complète des boulangeries et des autres commerçants. Et puis, j’connais les meilleurs. De plus ? Un p’tit emblème à l’effigie du Consulat et j’ai la certitude de pas recevoir le pain d’la veille. Et puis, les restaurants et p’tit revendeur de rue, ils me connaissent plus que c’que j’les connais. Dans l’idée, j’dois surement être leur meilleur client.

Surtout la pizza de la place voisine de ma brasserie. En même temps, l’gars reste ouvert jusqu’à vingt-trois heures !

Alors, le soir, quand j’sors de l’atelier pour m’changer les idées, autant vous dire que j’sais où aller ! L’gars, il doit avoir gagné des concours ou utiliser des ingrédients spéciaux. À côté ça, l’chef du Sommet des Arts, il te sort pas des pizzas comme lui il fait. Tout ça pour dire que, un soir sur deux, j’me retrouve dans mon fauteuil à bouffer la pizza dans l’plus grand des calmes.

Dans l’doute, j’vais pas lui en parler maintenant, ce sera une surprise pour plus tard. Genre, ce soir à vingt-deux heures pour la fringale de minuit.



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le Lun 11 Fév 2019 - 22:26
Si différent. Tout était si différent ! Pour sûr, l’inattentif aurait rétorqué que bien des demeures ici se paraient des mêmes pierres blanchies que les maisonnées de la Costa del Sol. Mais quelle erreur !

C’eut été oublier les originales, grises et orangées.
C’eut été oublier les charpentes de bois que certaines exposaient sans honte.

Surtout. C’eut été ignorer la fierté pompeuse qui les gardait droites et hautaines, pour la plupart, bordant en un défilé rigoureux la place que l’enfant et son ami traversaient.

— Ioan avait-il seulement le droit d’en voir tant en une journée ? N’était-il pas trop ambitieux ? Pouvait-il espérer en découvrir tant et plus chaque jour, et ne jamais avoir fini de parcourir les étoiles ? Il n’osait imaginer parvenir au terme de ce périple, que ses rêves n’avaient pu lui offrir. « Tout c’que tu voudras ! » lança-t-il après trois enjambées excitées, suivant le mouvement de deux pigeons s’envolant ! Avait-il faim ? Non, tout au moins ne le ressentait-il pas. Mais si le Père Noël le désirait, quel nouveau plaisir rencontrerait-il à le suivre ? Quels mets pouvaient satisfaire son monstre généreux ? Seraient-ils sucrés, comme la mélodie dont s’enivrait le violoniste, de garde dans la rue qu’ils avaient quitté ? Seraient-ils amers, semblables aux tristes vers du poète, criant son âme depuis sa fenêtre ? Peut-être épicés, tels le piquant vif des peintures qu’une artiste exposait là ? — Une jeune demoiselle dont les apostrophes, adressées aux passants, relevaient l’attitude énergique. Ou alors, tout ceci à la fois ? Ou toute autre chose ? Le garçon était, pour sûr, curieux. Il lui suffisait, afin de satisfaire cet intérêt, de tenir bon face à son nouvel adversaire.

Le Soleil, las de le poursuivre, laissait l’enfant se perdre dans les rues qu’il veillait depuis le Sommet des Arts. Si Ioan se félicitait d’avoir réussi à tenir face à l’agacement manifeste de l’astre… sur son épaule, sa fatigue tapait du pied. Irritée, elle s’accrochait à ses tempes avec toute la volonté des mondes ! Mollement, elle se laissait traîner, pesant de ce qu’elle avait de poids, sans ménagement. Ne lui avait-il pas promis qu’il s’y laisserait aller, plus tard ? Il trichait ! Il veillait bien trop ! Déjà, dans le cocon de métal à la traîne de feu, il ne lui avait pas accordé d’attention. Il avait regardé dehors, de lointaines constellations s’imprimant sur ses rétines — Ioan n’avait pourtant jamais été connu pour sa grande endurance. Alors pourquoi luttait-il aujourd’hui ? N’aimes-tu pas t’asseoir au bord du lac, et sentir la brise légère caresser tes joues alors que tes rêves dansent devant tes yeux ? N’aimes-tu pas t’effondrer au côté des jardinières et regarder le ciel, simplement ? N’aimes-tu pas écouter le chant des gens et des jours, spectateur silencieux et respectueux ? demandait la fatigue. Alors pourquoi te presses-tu ? N’es-tu pas déjà venu dans ce monde ? — Si, cela était bien vrai. Alors, la ville s’était parée de mille costumes. Elle s’était couronnée d’un labyrinthe aux figures de roses et valsait sur les têtes des passants. Alors, ses plus beaux trésors chantaient des contes d’hommes effrayants, de lapins pressés, et de créatures dînant aux chandelles. Ses toits couvraient une forêt sombre, et ses ruelles dégageaient l’odeur du houblon.

Désormais, la ville se montrait telle qu’elle aimait être au naturel. Cela, Ioan voulait le découvrir. Alors oui, promettait-il encore, il se laisserait tomber au sommeil, lourdement.
— Mais plus tard. Pour le moment, l’enfant bondissait légèrement, au rythme des balles du jongleur, et glissait entre les badauds comme l’archet sur les cordes du violon, humant l’odeur des fleurs. Jaunes, blanches, rouges ! — Elles s’étendaient en tapis sur la place que le monstre généreux et lui-même rejoignaient. Là, s’affairaient chanteurs de rue et danseurs en quête de public. Relevant la tête, le garçon s’arrêta, muet, devant un tableau mouvant et brillant, sur lequel les images se succédaient sans s’interrompre. Quelle était cette merveille ?! Surtout… ce qu’il entendait, ou croyait entendre, correspondait-il à ce qu’il voyait ? Il ne pouvait pas le rêver ! Les lèvres de ce monsieur sévère bougeaient, et il était certain d’entendre quelqu’un parler comme si cela venait de lui ! Comment était-ce possible ?! Il n’avait jamais vu de peinture s’animant ainsi, c’était étrange. Mais merveilleux ! Intrigué, il se tourna vers Chen…

… Chen ?

Où était-il..?
Pas là.

Pendant une seconde, le reste du monde s’effaça.
Puis il entendit sa voix.

Suivant le pétale d’une fleur bleue, dessinée par les pavés, Ioan se hâta. Voilà bien un ami qu’il ne désirait pas perdre. Et il n’eut guère de mal à trouver l’imposante créature, dépassant d’une tête la plupart des inconnus qui honoraient la place. Rapidement, encore secoué, peut-être, par sa presque-perte, l’enfant saisit des deux mains la patte du Père Noël. Souriant finement. Après un instant, il avisa la toile parlante et mouvante, les yeux brillants de curiosité. « Dis-moi, comment ils font ça ? » questionna-t-il.
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le Mar 12 Fév 2019 - 22:24

Oh, on dirait pas comme ça, mais ça m’fait un bien fou d’avoir Ioan à mes côtés. Pas pour dire que, j’aime avoir un faire-valoir ou un apprenti. Plutôt que, de l’voir s’émerveiller à chaque coin d’rue ? Il y a un élan d’nostalgie qui s’installe en moi.

Enfin, j’suis pas comme l’gamin ! À son âge, j’étais plutôt l’gars qui s’arrêtait pour demander une glace à la place de m’interroger.

Nah. L’truc, c’est simplement d’voir ses yeux pétiller d’joie. Un peu comme un gars qui a abusé d’la bière, à la différence qu’Ioan est pas en train de vomir ou de provoquer la moitié d’la ville. Ça m’fait penser, il faudra éviter d’lui faire goûter les alcools. Il est forcément trop jeune pour vivre cette expérience. Lui, j’le retrouve dans cinq ans. À ce moment, j’vais pouvoir être le tonton qui offre la première bière.

En attendant c’moment, ce sera ceinture pour l’gamin ! Et v’là qu’il m’file une nouvelle question et une réponse à trouver.

Ça ?!
La tête qui s’lève sur l’écran d’la télévision, ou du moniteur comme apprécie l’dire l’mec qui a installé ces machins.

Attends, tu viens d’quel monde déjà… Hum… C’pas important. Donc ! Il s’agit d’un téléviseur. M’demande pas comment ça marche exactement, j’en ai pas la moindre idée.
Oh, j’me souviens, il y avait les images du concert des sirènes qui passaient en boucle il y a encore deux ans ! Après, il y a eu les journaux télévisés de l’Éclaireur et finalement les avis d’recherche sur Ukiyo, Roxas et Kefka. Ah, il y a aussi eu l’attaque du dragon sur l’Domaine Enchanté. P’tet que j’vais éviter d’lui dire.

Tout c’que j’peux te dire, c’est que cette machine est capable de retransmettre des images qu’une autre machine capture. L’but ? C’est simplement de montrer et d’faire entendre c’qui se passe ailleurs. Ici, ça ressemble à un reportage sur la Cité du Crépuscule… Non. J’ai envie d’dire que c’est Grimm ! Oui, c’est ça. Ou p’tet Illusiopolis. Enfin, il te suffit d’regarder et écouter pour comprendre.
V’là le bonhomme. Si avec ça, il comprend pas l’utilité du bouzin, j’suis prêt à lui offrir une nuit à l’hotel le plus en vogue de la Costa ! Ou pas. Ouais, j’ai pas un portefeuille avec budget illimité et j’suis pas du genre à taper dans les réserves du Moulin Rouge. Il m’reste ma dignité. Sinon…

Alors, comme j’me retrouve à choisir, on fonce directement à la brasserie ! Inutile de t’faire languir plus longtemps. C’est par là.
Au milieu d’la foule, il m’suffit d’lever le bras et d’pointer la direction à suivre. Pas moyen d’avoir si c’est vraiment utile parce qu’il risque d’me suivre, sauf que c’est juste pour la forme. En route !



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le Mar 12 Mar 2019 - 14:28
En route, oui ! — Ioan était à la Lune. Il accompagnait son monstre généreux, tenant sa patte d’une main. L’enfant comprimait un sautillement excité comme bienheureux. Il s’interrogeait : à quoi pouvait bien ressembler l’atelier de son ami ? Sa brasserie ? Que reflèterait-elle de lui ? Le lieu aurait sûrement bien des histoires à lui conter. L’enfant ne pouvait pas attendre, il voulait savoir ! Et pourtant… il n’aurait guère su s’y transporter instantanément.

Qu’importe ! Il y avait, sur le chemin, tant de merveilles à contempler, petites et grandes ! Il ne verrait pas le temps passer — le temps. Le temps qui s’écoule et s’échappe ; le temps qui s’arrête et se tord ; le temps qui s’en va mais s’en revient… Le temps, sur lequel il n’avait jamais eu d’emprise. Le garçon ralentit, son regard glissant sur les jardinières peintes qui paraient les fenêtres. Le tableau parlant qui l’avait tant prit fuyait sa considération, au profit d’autres trouvailles enchanteresses.
Souriant, Ioan s’amusait des scènes que les poteries jouaient pour lui : les ciels bleus des enfants, les motifs abstraits mais travaillés des adultes — les plaines fleuries des uns et les épisodes héroïques des autres. Elles avaient toutes, pour lui, un charme fascinant. Un éclat singulier. De l’excellence technique des plus abouties, au cœur des plus innocentes.

Il s’y serait arrêté, nul doute, si le bras de son monstre généreux n’avait pas agi comme la laisse d’un animal trop curieux. En deux enjambées maladroites, prenant garde de ne pas estropier les pavés les plus fatigués, il revint au niveau de son ami, relevant la tête vers lui. Son regard croisa ses massives épaules. Il y avait trôné, tantôt. Le monde était si différent pour les géants ! se souvenait-il. Il y avait tant de choses qu’ils pouvaient voir, et lui non ! C’était là toute une perspective. A quoi ressemblait cette rue, vue du haut de cette tour poilue ? Les chapeaux des passants étaient-ils le flot d’une rivière calme, reflétant les couleurs du soleil ? Les jardinières qu’il admirait composaient-elles une envoutante mosaïque de vie, que seule une vue d’ensemble pouvait révéler ? Les demeures qui l’encadraient se suivaient-elles ici sagement, ou tentaient-elles chacune de paraître plus avenante que leur voisine ?
— Tiens, coupa-t-il lui-même ses pensées, comment avait-il fait pour ne pas repérer ce chemin ?

Là, celui qui commençait à gauche d’un chat redressé bien droit dans ses bottes ; qui continuait en bifurquant près du landau d’agate et de tourmaline ! Puis, qui semblait se perdre, jusqu’à un banc aux planches réservées du matin au soir.
Le garçon ne pouvait voir plus loin, mais la voie était claire.
Il s’y engouffra.

Prenant les devants, il entraînait Chen sur son propre sentier : une route peu lisible leur offrant passage malgré l’agitation ambiante. De sa main libre, l’enfant indiquait à son ami ce qui les attendait, dessinant un périple sans réel danger, dans une ville couvée par le soleil. Le banc, enfin ! Chargé, bien évidemment. La suite du chemin… où était-elle, la suite ?

Les maisonnées se penchèrent pour mieux l’entendre, et leurs fenêtres brillèrent par anticipation.

Quand réaliserait-il, oui, qu’il n’y avait plus de voie à suivre ? — Pourquoi ? Il y en avait toujours, pourtant.
L’enfant se stoppa net.

Où aller ?

Il examinait calmement l’endroit, en quête d’inspiration.

Non.

Il désirait examiner l’endroit, en quête d’inspiration.

Il le désirait.

Mais d’un coup bref, la foule bougeait ! La foule remuait ! La foule venait se presser contre lui ! Le flot tranquille de la rivière se jetait dans l’océan, et il semblait prit, perdu. Ioan coulait sans se noyer, emporté — mais il n’était pas seul.

Ainsi plutôt que de sombrer, son dos rebondit contre le ventre dodu de son monstre généreux. D’un air confus, Ioan l’avisa, ses lèvres s’étirant finalement en un sourire étincelant. Il ne put retenir un léger rire. « Merci ! » s’exclama-t-il simplement. D’un geste sans heurt, le Père Noël lui désigna la bâtisse à laquelle ils faisaient face.

C’était donc pour cela qu’il n’y avait plus de chemin.
Ils étaient arrivés.
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le Jeu 14 Mar 2019 - 19:18

Ouais, là ? C’est mon moment. J’le regarde avec l’plus beau d’mes sourires en m’frottant l’bout du museau.

Show must go on, comme ils disent au Moulin Rouge.

Donc, j’balance ma grosse patte on fond d’ma poche et j’tourne dans celle-ci. Alors… Les piécettes, emballage de carton, carte de visite, dépliant qu’une dame m’a donné à Costa Del Sol et… Voilà ! Un peu comme s’il s’agissait d’une victoire sur l’humanité, j’dresse ma patte avec la clé d’ma brasserie.

Bon, j’en fais p’tet un peu trop. Bom, j’enfonce la clé dans la serrure et il me faut deux tours à gauche pour ouvrir la porte devant l’gamin.

Si Votre altesse veux m’faire cet honneur…
Hop, j’tends l’bras dans la demeure et j’invite Ioan à s’y glisser en premier . Bon, j’suis pas pingre, j’laisse quand même mes doigts effleurer l’interrupteur pour qu’il puisse voir à l’intérieur.

Bon, après, j’vais vous dire, c’est pas l’grand luxe. L’entrée de l’atelier ? C’est rien d’plus qu’une grande salle avec des futs percés pour les visites et les dégustations, c’est l’côté rentable de l’faire. J’me contente pas d’avoir mes cuves et d’envoyer mes cuvées jusqu’au Moulin Rouge. Donc, il y a les brochures, les chaises et les chopes de dégustation jusqu’à mon « bureau » qui sert surtout à noter c’que j’dois faire. Un escalier sur la droite, pour ma chambre et un autre sur la gauche jusqu’au cave.

Pour ceux qui s’pose la question du pourquoi dans les caves, c’est pour une raison très simple. Moins il y a d’interférence du type « solaire », mieux la cuvée se portera ! Le brassage, ça requiert de faire ça dans l’noir.

Ouais, j’avoue, c’est pas l’plus intéressant, il te suffit d’prendre l’escalier qui descend et c’est la qu’la magie opère… C’est une expression, j’souffle pas l’vent dans ma cave.
J’ai fini par l’comprendre, il vaut mieux éviter les quiproquos.

Donc, s’il descend, il verra quelque chose d’unique ! Déjà, mes cuves de brassage, elles sont par trois. Et puis ? La dizaine d’alambic qui y tourne.

Là, c’est la folie !

Ouais, s’il me l’demande… Et même s’il me demande pas… J’peux en parler des heures et des heures.

Car, c’que j’fais ici, c’est de l’art. Bon, pas autant que l’ébéniste qui t’fou trois castors et cinq colibris sur une tête de buffet. Mais moi, j’te fais des choses que les gens apprécient. Ils se retrouve avec ça dans leurs gobelets ? Ils sont contents et ils en demandent encore.

Alors qu’un buffet ? Ils en ont besoin que d’un.

Enfin, j’me perds. J’vais laisser l’gamin avancer et voir c’qu’il veut voir. Au final, c’est lui l’gars d’la visite. Pas moi.



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le Lun 8 Avr 2019 - 17:47
Il l'avait d'ores et déjà vu commander au vent, mais voici que Chen dirigeait la lumière. Invitée en ces lieux, elle s’ajoutait aux éclats diurnes par de petites orbes jaunies, pendant ça et là. Ioan en avait aperçu de similaires à la Costa del Sol. Cependant, l’aura de ce lieu ne les rendait que plus chaleureuses ! Il le sentait : il aimait déjà l’endroit. Après un hochement de tête docile, remerciant sans un mot son nouvel ami, il prit ses premières marques.

Tout y transpirait la présence de son monstre généreux : de grands fûts arrondis et joyeux, comme le propriétaire de l’atelier ; un bois rayonnant, comme ses yeux safrans, mêlés de mimosa ! Se déroulaient, aussi, quelques étoffes rouges cousues d’or, apportant leur lot de noblesse silencieuse, mais intrépide.

Les tonneaux s’exposaient devant une assemblée de chaises, frémissantes mais patientes, désireuses d’accueillir leurs premiers partenaires de la journée. Les chopes, quant à elles, se serraient dans un coin, rongeant leur frein. Plus, peut-être, que tout client ou curieux, c’étaient elles les supportrices inconditionnelles de Chen Stromstout, le célèbre brasseur. Les premières à célébrer chaque dégustation, chaque nouvelle commercialisation ! Si leur bois gardait en mémoire toute boisson qu’elles avaient chéri, elles s’attardaient à donner leur meilleur, pour que chacune des nouvelles créations de leur idole et artisan ait sa part de gloire.

Nul n’aurait pu rêver plus fidèles alliées. L’enfant espérait que son ami en était conscient.

Allant de curiosité en errance, le garçon s’interrogeait quant aux quelques cicatrices du parquet : un objet lourd traîné ici, et là ; plus loin, un mauvais coup de marteau sur un clou trop résistant. Son regard se leva finalement sur le bureau, simple mais de bonne qualité. Y reposaient quelques papiers colorés amoncelés en tours, aux inscriptions savantes. En retrait, une imposante chaise, sur laquelle trônait un coussin moelleux, surveillait le rez-de-chaussée.

Son attention piquée, Ioan saisit l’un des feuillets délicatement, bien peu désireux de faire tomber ces œuvres architecturales, toutes de papier qu’elles fussent. Avisant le prospectus, il fronça légèrement les sourcils, concentré. Les lettres y étaient aussi belles que régulières. L’enfant ne put retenir un soupir attristé. Quel dommage. Elles semblaient avoir plus à lui dire, que de lui montrer leur belle chorégraphie sur le papier. Pourtant, il peinait à en saisir tout le sens. Ioan revint à Chen avec un sourire gêné, d’abord ; mais il s’illumina bien rapidement.

Ne lui avait-on pas, après tout, annoncé quelque merveille au sous-sol ? Un lieu où la magie opérait, disait son ami — qui disait aussi que ce n’était qu’une expression.

Ioan n’avait jamais été doué pour attraper ces dernières.

« Je suis prêt ! » déclara-t-il, bien trop curieux par anticipation. Sans attendre Chen, qui évoluait encore entre les chaises du rez-de-chaussée, il prit les devants. L’enfant laissa néanmoins reposer un regard ennuyé sur les marches allant vers l’étage. Plus tard. Plus tard, il découvrirait ce secret-ci. Convaincu et résolu, le garçon dévala les escaliers d’un pas hâtif, laissant sa main effleurer les murs peints jusqu’à l’antre de son monstre généreux.

— S’en dégageait une odeur presque familière.

Mais la porte était close.

Ioan s’arrêta. Si ce qu’il sentait l’intriguait, il ne se pensait pas avoir l’autorité de forcer ce passage-ci. L’atelier n’avait qu’un maître, et ce dernier descendait d’un pas lourd et tranquille. Le garçon se retourna, l’observant venir à lui. Il demandait, ingénu : « Tu vas me montrer comment tu travailles ? Je pourrai essayer ? »
Maître brasseur

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le Mar 9 Avr 2019 - 18:14

Ouais, c’est l’moment du patron ! Là, j’le regarde en passant ma patte sur l’museau pour ensuite m’mettre devant la porte.

Pas d’surprise, j’vais pas laisser la porte de l’atelier ouverte.

Consigne de sécurité, il faut qu’la porte soit close quand j’suis pas là.
Hop, j’prend l’trousseau au fond d’ma poche j’laisse la clé en fer rentrer dans la serrure. Un quart de tour sur la droite et deux sur la gauche pour que l’loquet m’offre la vision sur l’atelier ! Tiens, j’devrais p’tet lui dire que j’ai monté la porte à l’envers et que c’est une bizarrerie. Oh, ce s’ra pour plus tard.

Donc, patte sur la poignée et j’pousse. L’bois grince contre le sol, une erreur de moi, celle de fermer la porte avec le haut de celle-ci et pas la poignée. Donc…

Un coup à droite et voici qu’la lumière soit 

Les néons s’éclaire et affiche la totalité de l’atelier, mes alambics en bronze aligné contre le mur et les grosses cuves dans l’fond d’la pièce.

Pour le reste ? Pas d’mystère.

Il y a mon bureau avec mes notes et mon carnet de recette, mes outils d’travail qui se résume à… Soyez pas pressé… Mes couteaux, ma louche, mes doseurs, un canneleur, des cuillières torsadé, des filtres à glaçons, des pipettes de deux mètres, un potentiomètre, un chalumeau, une chope de bois et finalement un frigo. Bon, j’ai fait un résumé ! Il reste pas mal de truc et j’ai pas l’courage d’innonder l’gamin avec ça.

Mais il y a aussi plein d’autres trucs ! V’là un temps que j’ai cesser de compter les marchandises. Les herbes séchées, les fruits frais, l’orge et le seigle et sans oublier les alcools artisanale que j’prépare à l’avannce ! Ouais, c’est tout une mise en place.

En attendant, c’est un beau bazar ! Une chatte n’y retrouverait pas ses p’tits. En même temps, j’pense pas qu’il y ai d’chat chez moi. A moins que, ça expliquerait la disparition des noix. Attends, j’suis bête, ça mange pas d’noix, les chats. Ou ce sont les chiens ? Oh, trop compliqué, ce sera pour plus tard. Quand j’aurais le temps d’y réfléchir.

Alors, est-ce que c’est pas mignon ?! Bon, j’avoue qu’il y a un poil trop d’poussière et qu’il est temps de respecter les mesures d’hygiène, mais c’est mon p’tit atelier. Mon père, un grand gars, il a un truc six fois plus grand que ça, la fierté d’la famille. Enfin, j’te laisse découvrir ou…
Oh, j’me disais bien que j’avais oublié un truc.

Viens là, il y a un truc à faire.
Hop, j’vais vers la troisième cuve et j’invite Ioan a attraper un tabouret pour rejoindre. Il est temps de remuer l’tout !

On fait ça, vite fait, et j’te laisser regarder. Là, utilise ton nez.
Hop, j’ouvre la trappe et v’là que la pièce s’innonde des vapeurs de la cuve ! Tournée spéciale. Orge, pointe de pomme, quelques poires et assez d’sucre pour faire oublier l’alcool aux filles d’la ville. Tiens, si j’ajoute de la framboise. Il faudrait essayer.

Tiens, passe-moi l’grand bâton et nous allons remuer la bouillie. Enfin, ça porte pas l’nom, mais c’est pour que tu vois. Tu comprends ? Le bazar est chauffé et c’est pour permettre au goût d’se mélanger à l’eau. Dans une heure ou deux, on s’ra bon pour filtrer !
Ah, j’ai réellement bien fait de revenir.

Tu veux essayer ?
P’tet qu’il a de p’tit bras, mais ça l’aidera à être grand et fort !



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le Mer 17 Avr 2019 - 14:36
Le garçon saisit l’épais bâton. Il voulait essayer, bien évidemment. Ioan eut un sourire fugace, puis il tâcha de reproduire, au mieux, les mouvements amples mais fermes de Chen. L’exercice demandait une certaine force, que l’enfant ne possédait pas. Aussi, ne parvint-il pas à retranscrire la fluidité, tissée d’habitude, qui émanait de son nouveau mentor.

Cela ne l’empêchait guère de s’appliquer, fronçant momentanément les sourcils ; de concentration, comme d’effort. Régulièrement, il ajustait sa position. Il tentait de retrouver la posture stable et vigoureuse, forte sur ses appuis, qu’il avait observée chez son ami.

Entrer dans cette pièce l’avait brusqué. Ioan s’était perdu sur chaque objet que son regard avait pu saisir ; certains, aux formes connues, et pour d’autres improbables et curieuses. Ce que Chen considérait comme un chaos à arranger, était pour lui un trésor empli de promesses. Même sa fatigue, qui reposait lourdement sur ses épaules, n’avait pu s’empêcher de le quitter, faisant probablement son propre inventaire des lieux. Les joues rougies, piquées d’intérêt, l’enfant avait commencé à errer, de-ci, de-là, avant que le monstre généreux ne le rappelle à l’ordre.

Désormais, les odeurs sucrées — rondes et agréables — qui se dégageaient de la cuve l’enivraient. Le garçon se laissait porter, tranquillement, par quelques doux souvenirs, guidé par les senteurs distinctes des pommes qui infusaient le mélange. S’il peinait, agrippé à l’ustensile dont il se servait avec une force ridicule, on ne pouvait lui enlever, pour la tâche qui lui avait été confiée, son investissement.

« Tu dois faire des choses avant de tout mettre là-dedans ? Il faut faire quoi, après avoir filtré ? » s’enquit-il, marquant quelques pauses afin de se concentrer. « Et… il faut forcément que ce soit chaud, pour que ça se mélange ? »

Répondre par l’affirmative ne l’aurait trop surpris : les gens et les lieux, pour ce que Ioan en avait observé, étaient similaires. Ceux qui rayonnaient, chaleureusement, tendaient à attirer. Les autres, au contraire, étaient souvent moins fréquentés, ou avec plus de retenue. Autrement dit : l’on se mélangeait plus aisément, semblait-il, avec ce qui était « chaud. »

L’enfant esquissa une moue légère. L’idée ne lui était pas si douce.

Ceux qui se trouvaient être plus froids, il le pensait, avaient aussi beaucoup à dire.

Le garçon vacilla légèrement, déstabilisé par la brève résistance que lui offrit l’épaisse préparation. L’une de ses mains glissa sur le bois lisse qui composait son outil du jour. Un bois clair, net, et sans aspérités. Simple et nu ; le vaillant lieutenant du brasseur, l’instrument de son œuvre… et pourtant, inconnu.

Ses yeux y demeurèrent un moment.
Peut-être Chen le laisserait-il l’orner de quelques parures.
Maître brasseur

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le Mar 23 Avr 2019 - 19:14

Dans l’doute, j’reste pas trop loin. Dans l’sens où, j’suis à portée pour l’rattraper dans l’cas où il passe par-dessus l’entrée d’la cuve ! Une patte pour le gamin et la seconde pour l’bâton !

Parce que, une fois, j’ai fait tomber l’bâton dans la cuve. Ça a été une histoire dingue pour l’récupérer.

Aussi, j’ai eu l’malheur d’avoir une bière au goût d’hêtre. Alors, c’était une expérience ! Mais c’était pas bon. D’ailleurs, j’y pense, va pas falloir qu’il mélange trop longtemps au risque de contaminer la préparation avec c’que j’viens de raconter. Dans l’pire des cas, il fait encore cinq tours et j’l’invite à l’en extraire.

Avant d’mettre les ingrédients ?! Alors, là, il y a de quoi faire. Déjà, il fait préparer et nettoyer les ingrédients, c’est très important. Même si nous faisons généralement bouillir les cocotions dans de l’eau à plus de quatre-vingts degrés, il faut éviter un maximum de contamination.
Ouais, les règles sur la propreté ! Vous pensiez pouvoir y échapper ?

Prends une pomme. Si elle vient d’un verger en Terre des Dragons ? Il y a peu de risque. Alors que si elle vient d’une serre d’Illusiopolis ? Il utilise des désherbant ou d’autres trucs et machin. Alors, on rince les fruits avant d’le découper pour qu’il soit bien propre. Le mieux, avec de l’eau de source ou de l’eau légèrement salé pour dégager le plus d’impureté.
V’là, c’est déjà une question de répondu. Il peut attaquer l’gamin, j’suis paré à tout ! Enfin, j’crois.

Dans l’ordre, une fois que nous avons filtré, il suffit de laisser le produit refroidir afin que les arômes se calme. Il faut généralement attendre plusieurs jours, selon la quantité et… Attends, encore un coup et tu enlèves le bâton… Et donc ! Il faut aussi goûter ! Et garder la bouilli pour en faire d’autre chose. Par exemple, ici, tu peux les malaxer afin d’en extraire un jus très concentré et le mélanger à un alcool déjà distiller et créer ainsi un bitter.
Attends, j’suis pas en train d’aller un peu vite en besogne ? Au pire, j’peux répéter. Et même donner exactement la même réponse.

n bitter est très amère mais extrêmement fort en goût. Ainsi, tu peux l’utiliser pour aromatiser n’importe quoi. Comme des pâtisseries !
V’là que j’me donne faim.

Enfin, on mangera plus tard. Là, j’vais l’aider à enlever le bâton et refermer la cuve derrière nous afin de l’inviter à reculer un peu. Mine de rien, il fait chaud ici et ce serait pas l’premier à tourner de l’oeil ;

Et tu demandais pourquoi ça doit être chaud ? La réponse est simple, gamin. Souvent, avec la nourriture ou les épices, c’est la chaleur qui dilate les pores et expriment les ingrédients. Imagine de la cannelle. Un bâton à une odeur très forte. Alors, soumet celui-ci à une forte chaleur et ce sera multiplier par deux ou trois ! Par contre, l’inverse, ça casse un goût. Prends une mûre. Si celle-ci gèle, elle perd toute odeur et cela de manière irréversible.
Pour l’explication, j’me suis un peu reculer et j’me suis poser avec lui. En soit, c’est du lourd c’que j’raconte. Moi, mon père à répéter l’histoire cinq fois et avec des dessins pour que j’arrive à capter.

On appel ça la torréfaction, le but d’exprimer en arôme en le brûlant. Tu vois l’idée ?
Ouais, j’ai un four qui traîne, j’vais pouvoir l’allumer et lui montrer l’idée. Si jamais. Rien n’est trop coûteux pour exprimer une idée.



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le Mer 1 Mai 2019 - 19:27
Que de nouveaux mots ! Ioan pensait avoir saisi ce que son ami tâchait de lui transmettre. Pourtant, une brève confusion le traversait : l’enfant était plus sensible à la démonstration, qu’à l’explication seule. Il tournait et retournait les phrases dans sa tête — leur sens. Il essayait de s’imager les procédés qu’on lui donnait en lettres. Il en caressait la signification, en frôlait la compréhension globale… tout en peinant à en appréhender les subtilités. Ces dernières s’étiolaient et se dilataient, s’enivrant de chaleur, comme les arômes que le garçon poursuivait du nez. Il les perdait, n’en captant qu’un ensemble flou, mais, il lui semblait, harmonieux.

Ioan dodelina de la tête, les sens titillés puis assommés, sinon l’inverse, par les odeurs et la chaleur. « Torréfaction. » Il s’en souviendrait. Assis sur l’une des chaises grinçantes qui tenaient compagnie au bureau de Chen, son attitude traduisait une certaine attente, teinte de curiosité : ses pieds balançaient et raclaient contre le sol ; ses mains, resserrées sur le siège, s’impatientaient ; et ses yeux, posés sur son monstre généreux, s’aiguisaient d’attention. Il en voulait plus !

— Mais son ami s’était tu. Les habitants de l’atelier en profitaient déjà ! Chaque seconde se faisait mille tentations, que l’enfant repoussait avec difficulté : un objet brillant au coin de son œil, ou une forme sombre, dissimulée derrière une étagère. Un bruit étrange dans son dos, peut-être.

Ils l’appelaient, piquant son regard, et tirant le bout de ses oreilles. Il faillit y céder ! Mais, le rattrapant une fois encore, son ami s’écarta de lui pour s’approcher d’un immense coffre de métal rutilant, paré de becs et de manivelles. Ioan savait désormais où accorder toute sa considération. Aussi, se concentrait-t-il sur les mouvements de son camarade, inscrivant dans sa mémoire chacune des étapes qu’il semblait suivre. Qu’était-ce ? Le torse de l’apprenti se bomba d’un intérêt contenu.

Bientôt, il le saurait.

Le garçon prit une inspiration. Sa gorge se chargea d’un air lourd et chaud. Ses épaules se raidirent. Il espérait secrètement que Chen reprenne — que s’anime, encore, le bois blanc de ses crocs. Mais rien. Ses doigts, agrippés à la chaise, se relâchèrent le temps d’une effluve sucrée, avant de s’y contracter de nouveau. L’enfant se conforta dans le toucher agréable d’un bois imparfait. Il hocha la tête, tâchant de réaffirmer sa compréhension, même indistincte, avant d’oser quelques notes sur la symphonie d’enseignements qu’on lui prodiguait : « Dis Chen, tu voudrais bien qu’on en fasse ensemble, depuis le début ? »

Sa voix se faufila jusque dans ses chaussettes, timide, et ses pieds se rentrèrent vers l’intérieur. Il voulait essayer ! Il voulait tant essayer. Ioan comprendrait mieux, ainsi. Il s’en imprégnerait. Ses pensées s’arrêtèrent sur le bitter — et, immédiatement, il sentit un picotement descendre de ses omoplates jusqu’à ses mains, qui frétillaient à la simple promesse d’un peu d’activité. Le garçon s’imaginait déjà les plonger dans l’appareil compact qu’il avait remué avec difficulté. Il se projetait dans la sensation que cela lui procurerait, au toucher. Les odeurs qu’il sentirait, ressentirait. Mais aussi, peut-être… « Oh ! Et... je pourrai goûter ?! » se coupa-t-il. « Ca fait envie. »
Maître brasseur

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le Jeu 2 Mai 2019 - 23:09

L’gamin, il sait comment m’parler. V’là qu’il ouvre la bouche et qu’la mienne lui arbore ma plus belle rangée de crocs. Dans l’sens positif, bien entendu.

Oh, tu veux essayé. Il te manque juste un truc pour ça…
Hop, demi-tour et j’vais vite à l’une des armoires à l’entrée de l’atelier. Pas la peine de perde du temps, j’chope mon tablier que j’glisse à mon cou et attache à l’arrière de mon dos. L’étape suivante ? J’prends le tablier, taille gamin, et j’vais l’tendre à Ioan.

Déjà, nous allons protéger ta tunique avant d’nous lancer à l’assaut d’une préparation ! On dirait pas, comme ça, mais les taches de houblons sont les pires à r’tirer.
Direct dans les mains du gamin. Ah, j’dois aussi lui dire un truc.

Sinon, pour goûter ? J’ai rien contre. On va juste éviter d’te refiler d’alcool, histoire d’éviter à c’que la ligue des familles s’retrouve à hurler devant mes portes et qu’il enlève ma licence.
V’là que j’suis accusé quand trois gamins à l’académie s’retrouve à boire trois bière à une soirée d’étudiant, alors j’imagine même pas c’qui se passera à l’instant où ils apprendront qu’un gamin s’retrouve avec dix gouttes d’alcool dans l’gosier. Et puis, c’est une mauvaise idée. Il y a une p’tite voix au fond d’mon coeur qui m’incite à n’pas l’faire.

Donc. Four à torréfaction ? Check. Gamin en tablier ? Check. Un alambic de propre et dans un coin ? Check au carré. Il reste plus qu’à préparer l’reste de l’histoire !

Alors, on commence les choses dans l’ordre ! On va d’jà nettoyer les fruits et les aromates pour la création de ton choix, à moins que tu préfères suivre une recette. D’mon point de vue, c’est quand on avance à tâtons que l’on apprend le plus, comme nous risquons de faire des erreurs ! Et c’est pas en faisant c’qui marche que nous parviendrons à en faire. Donc, fait ton choix.
Hop, j’me retrouve avant d’préparer l’reste et j’lui montrer un vieux livre relié en cuir. Pas la peine d’vous faire un dessin, il y a mon nom d’ssus ainsi que l’emblème du Consulat.

Là, c’est mon libre de recette et tu y trouvera tout c’que j’y fait depuis l’moment où cette brasserie est à mon nom. Alors, fait ton choix ! Et dans l’armoire, juste là… Tu trouvera les ingrédients et aromate pour faire c’que tu veux. Nous allons commencés à bien tout rincer. Toi, tu fais ton choix et moi ? J’vais préparer l’reste.
Donc, j’vais lui filer une grosse bassine d’eau pour nettoyer les ingrédients et pour l’reste ? Ahaha ! J’ai au moins dix minutes à le laisser seul et à faire mes affaires. On commence par démarrer l’four avec quelques buches et du charbon, ensuite on rince l’alambic avec de l’eau claire avant l’passage des ingrédients et finalement… l’passage à l’acte !!!

Tiens, est-ce que j’ai bien donné c’qui faut pour le nettoyage. Ah, oui ! Il faut aussi que j’préparer un couteau pour la préparation. Ça ira. Il y a c’qui faut. Maintenant, laissant l’gamin s’exprimer, se torréfier devant cette expérience !



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le Sam 11 Mai 2019 - 22:28
L’armoire ouverte, l’enfant resta silencieux.

Il n’y avait guère, il ne lui semblait, plus que lui, et les caisses empilées dans l’imposant meuble. Ses yeux en exploraient les recoins ; grossièrement, d’abord. Puis, le garçon s’accroupit. Il souhaitait découvrir tout ce qui était stocké là, de bas en haut. Calmement, attentivement. La curiosité l’avait mordu, repoussant la fatigue qui, une fois de plus, promettait vengeance. Elle avait, aussi, écarté une idée fébrile que le garçon avait eue : celle de consulter le livre mis à disposition par son ami. Il n’aurait su, en tout état de cause, le comprendre.
Alors, tout naturellement, il se laisserait porter.

Il y avait, ici, des aliments de toutes les formes, de toutes les couleurs ! Petits, grands ; tassés, allongés, ronds ; des plantes et des fruits ; des fruits et des légumes ; des choses qu’il ne savait comment nommer. Il reconnut les pommes empilées sur sa droite. Vertes, pour certaines. Rouges, pour d’autres. Les premières lui étaient faciles à atteindre. Aussi, en sortit-il quelques-unes, qu’il trouvait aussi rondelettes qu’appréciables, et qu’il déposa à ses côtés. Il peina, ensuite, à soulever leur cageot, afin d’atteindre leurs cousines : de superbes reinettes étoilées, d’un cinabre profond et constellé.

Elles lui rappelaient le marché, tel qu’il était la première fois qu’il avait vu la Grande Ville. La première fois qu’il s’aventura au-dessus des eaux claires la bordant, par le chemin de pierre qui les survolait ; la première fois qu’il passa sous la bienveillante arche de grès, à la toiture plus bleue que le ciel, surplombée d’une couronne de fer sombre.

Ioan se souvenait des pavés orangés et inégaux qui tapissaient l’avenue principale, remontant vers la grand-place. Son regard s’arrêta sur une boule ronde, posée dans l’une des caisses dissimulées dans l’armoire. Elle avait une teinte similaire. Il s’en saisit. La chose avait la taille d’une petite balle, comme celles dont jouaient les jongleurs, et une peau robuste. L’enfant sourit, satisfait de ce que cela lui évoquait. Il la déposa, de même que l’une de ses sœurs, près des pommes. Il y en avait d’autres, constatait-il. La même circonférence, à peu de choses près, mais la peau douce, tirant du jaune au rouge. Comme elles étaient agréables au toucher ! Sans s’interroger plus, il en isola quelques unes, qui rejoignirent sa petite famille fruitée. Son regard parcourut les autres cageots de l’étagère du bas, mais il ne vit rien qui l’inspira.

Prenant garde de ne pas écraser ses futurs collègues, le garçon se redressa. Immédiatement, il fut intrigué par un ensemble de légumes à la peau lisse, brillante, et aux couleurs variées : jaune, rouge, vert, orange ! Leur queue s’y accrochait encore fermement, et ils semblaient s’être ratatinés aux extrémités. Cachés sous d’autres caisses, Ioan ne put, dans un premier temps, que glisser ses doigts afin d’en apprécier la texture.

Il lui en fallait.

L’enfant jeta un œil à ses nouveaux camarades. De peur de les blesser d’un geste maladroit, il les accompagna jusqu’à la table, avant de revenir à son labeur. Concentré, la mine déterminée, il convoquait en lui toute la force d’un souvenir — celui d’un homme puissant, qui lui avait laissé forte impression. Il prit une profonde inspiration, avant de soulever le premier cageot lui interdisant l’accès à ses légumes. Ce dernier se faisait aussi lourd que possible, manifestement fâché qu’on le dérange ! Il luttait, et luttait, menaçant Ioan d’échardes perfides. Le garçon relâcha son emprise, soupirant : il n’avait pas pu le faire bouger d’un pouce. Il se prit, dès lors, d’intérêt pour les énormes sphères qui assistaient le cageot dans sa lourdeur. Elles avaient la taille d’un ballon, et la surface verte et craquelée, striée de lignes plus sombres. Que pouvaient-elles renfermer ? Interrogateur, Ioan se saisit de l’une d’elles, l’inspectant sous tous les angles. Il y avait, là où les stries se rejoignaient, le reste d’une queue — mais aucune ouverture qui lui permette de jeter un œil à l’intérieur. Son appétit insatisfait, l’enfant la transporta jusqu’à la table : il apprendrait ce secret.

Il observa brièvement son monstre généreux, encore occupé. Mais de nouveau devant l’armoire, le garçon dû réfléchir à une solution. Le cageot ne voulait guère bouger, et ses acolytes n’aideraient pas l’apprenti.

Une idée lui vint ! — Ioan s’illumina d’un large sourire. Prestement, il prit en main l’une des sphères, et la déposa délicatement au sol ; puis il répéta l’opération plusieurs fois. « Désolé monsieur, » murmura-t-il à son adversaire lorsque, privé de ses complices, il ne parvint plus à lui résister. « Je vous remets à votre place tout de suite. » L’enfant ne tarda pas à emprunter, à son voisin du dessous, deux légumes d’un vert bouteille. Il hésita, il est vrai, à en choisir plus… mais il se figura que du jaune, du orange, ou du rouge, feraient ombrage aux autres ingrédients qui l’avaient attiré. De ce vert-ci, profond, il n’en avait pas. Content, il replaça ensuite avec attention, le cageot qui le maudissait, et ses amies.

Une odeur provenant des hauteurs l’intrigua. Aidé par un tabouret au port impeccable, délaissant tout le reste, le garçon s’éleva, avisant l’étagère supérieure. Une main sur le meuble, il s’assurait une relative stabilité.

Lorsqu’il vit ce qui s’y trouvait, ses yeux se plissèrent de joie ! Se tenaient, entassées sous son nez, quelques lavandes.

Leurs senteurs le renvoyaient, loin ; à la première maison qu’il avait aimée, et connue. Une vieille maison, entourée de fleurs, et aux fenêtres rieuses.

Ioan ferma les yeux — et pourtant, il voyait.

Il voyait le soleil entre les arbres, et les chemins de terre que seuls leurs passages avaient tracé. Il voyait le lac, et les biches qui s’y abreuvaient. Il voyait un autre temps, un autre lieu. Guère meilleur — mais différent. Ses doigts effleurèrent les fleurs légères.

Puis un bruit. Derrière lui.

De nouveau, Ioan se trouvait dans la brasserie.
Maître brasseur

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le Mar 14 Mai 2019 - 16:16

La discrétion, c'est clairement pas ma passion. Ouais, tu l'comprends à l'instant où j'fais tomber le couvercle de l'alambic et que ça fou un bordel pas possible.

Ahaha ! Tu es prêt ? Parfait !
Faire croire que c'est normal, première étape. Du coup, j'pose le couvercle et j'vais pour me mettre pas trop loin et j'dégaine mon couteau pour la suite des opérations.

Alors qu'est-ce que tu nous réserve, petit chef...
Donc, qu'est-ce que nous avons là... Mmmh... Pomme, orange, pêche, melon et des poivrons verts ! Touche du jardon avec de la lavande. Tiens, j'ai pas souvenir d'avoir mélanger des trucs comme ça. Du moins, pas avec du poivrons !

Alors, avant d'continuer, nous allons nous faire une idée des goûts à la bouche. Tu as déjà eu ça à manger, non?
Plus rapide que l'éclair, j'dégaine le couteau et j'prends la planche à découper. D'un geste minutieux, j'vais pour prend un bout de tout et j'fais l'étale sur la planche. Rien de grave, on va surement pouvoir utiliser tout ça dans pas trop longtemps. Il manque juste la p'tite étape intermédiaire que j'ai plus fait d'puis v'là le temps !

Bien, c'que j'te propose maintenant et de prendre un morceau de c'que tu viens d'amener et d'passer au stade dégustation. Il faut, qu'avant d'faire un truc, ça te donne envie. Tu vois l'idée ? Alors, vas-y, c'est l'panda qui régale alors n'hésite pas. Est-ce qu't'imagines que la pêche et l'melon vont bien donner ensemble ? Et l'poivron, alors !
Bon, ça fait un peu salade de fruit... Jolie jolie... Mais c'est l'idée ! Dès que l'gamin à c'qui lui fait envie, on embraille sur la suite et ça laisse le temps au four de ce lancer.

Surtout, garde bien en mémoire les gouts et les ingrédients. Ici, t'es un chef d'orchestre qui écrit sa partition. Un do, c'est plutôt cool, alors s'il est suivi d'un fa ? C'est encore mieux. Donc, maintenant, compose ! Ensuite, nous écouterons ça ensemble.
Attends, ça m'trotte dans la tête. Du poivrons ?! Mais, ça doit être dingue. En dégager son acidité, c'est facile. Mais le goût propre ? Ouah, j'ai envie de lancer un deuxième alambic sur le côté. Et dans l'pire des cas, faire un sirop de poivrons. Il doit y avoir un truc à exploiter. Oh, non. Ça me rappel mon essai avec le radis, c'était pas dingue.



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