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La Danseuse

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le Mar 5 Fév 2019 - 0:00



Cinq jours avant le départ


Un vent frais soufflait dans les rues de la ville, agitant avec douceur les branches de quelques platanes bordant les trottoirs ; orchestrant ainsi la mélopée des feuilles à la découverte d’un printemps naissant. Un jeune couple se trouvait dans la rue en contrebas, témoin de cette promesse de la nature, tout en l’ignorant. L’un contre l’autre, le col de leurs blousons relevé, ils avançaient dans la rue à l’encontre d’un doux zéphyr chahutant leurs cheveux tel un enfant à la recherche d’attention.

Cependant, aucun ne prenait le temps d’observer les jeux du farceur et celui-ci s’en allait boudeur. L’élément soufflait et s’essoufflait pour continuer son parcours dans le dédale d’immeuble qu’était la ville. Il ne fallut que peu de temps avant qu’il réapparût ; le voilà qui revenait, jouant avec une feuille de papier qu’il s’efforçait d’emporter pour brusquement s’en lasser.

Une adolescente, proche d’être femme, s’accaparait le ballet pour elle seule. Ses yeux, empruntant une teinte différente l’un de l’autre, s’attardaient sur la dernière vrille opérée par le hochet des vents. Tournant, s’engouffrant et se pliant, la feuille vint finalement se poser sur un lit de bitume. Elle offrait sa révérence à qui le désirait, profitant de la chaleur enivrante d’un astre inondant celui qui s’y attardait. La pièce se clôturait alors sur la chute du rideau, celui-ci se caractérisant par le passage d’une voiture, éclipsant le dernier acteur et faisant quitter ses rêveries à la jeune fille.

Interloquée, elle relevait sa tête, recherchant l’objet de son attention du regard.  Abandonnant tout aussi rapidement, elle retrouva sa position sur ses deux bras croisés. Elle accompagnait la lassitude depuis son poste d’observateur, attentive à capter la beauté du quotidien et ses tracas de passage.

Affalée sur l’appui de sa fenêtre, elle attendait que démarre le prochain spectacle, avide de découverte. Le visage arrondi par sa position, soupirant sans bruit, elle se laissait subjuguer par ce qui s’y passait. C’est à ce moment qu’un autre véhicule aux vitres baissées fit irruption sur la rampe, l’autoradio jouait un air de musique populaire, baignant les rues de ses sons. Guidant le parcours de son regard, elle se dandinait au rythme des mélodies au même ton que ses doigts tapotaient la pierre, accompagnant quelques instants l’écho qui se taisait au croisement d’une rue.

Ma chérie ?

Une voix douce, promesse de tendresse, se joignit avec joie aux percussions de la jeune fille. Changeant de position, elle se redressa et laissa tomber sa chevelure d’un noir d’ébène sur ses épaules, accordant un sourire à son visage quand il s’illuminait devant celui de sa mère.

Encore et toujours la tête dans les nuages, tu ne changeras jamais.
Il fait si beau, aujourd’hui.

Airi avançait dans la chambre avant d’y déposer un carton au seul endroit absent de tout désordre. Irelia restait immobile devant elle, croisant les bras dans son dos, détaillant les gestes de sa mère qui s’asseyait au pied d’un lit défait.

Nous pourrions sortir, toi et moi, avant que papa ne revienne et…
Irelia…

Elle étirait volontairement la dernière lettre de son prénom, pinçant ses lèvres avant de l’inviter à se joindre à ses côtés. Celle-ci laissait chuter ses épaules, les traits de son visage s’allongeant alors qu’elle entamait sa marche jusqu’à la main tendue. Prenant place à ses côtés, elle ramena ses deux jambes sur les draps puis les croisa en ciseau tout en déposant sa tête sur l’épaule de sa mère. Cette dernière glissa lentement ses doigts dans la tignasse, l’enlaçant dans un instant silencieux avant de continuer d’une voix conciliante.

La maison doit être vide pour samedi, tu ne l’as pas oublié.
Oui, maman.
Tu m’as promis de ranger ta chambre, aujourd’hui. À moins que tu ne veuilles rester à la maison jeudi…

Irelia laissait le silence reprendre la place qui lui revenait de droit, levant les yeux en direction de la fenêtre avant de pousser un nouveau soupir.

Il n’est pas impossible que nous allions prendre l’air, dès que papa sera rentré et que tu auras fini de ranger.
D’accord…

Elle se redressa, passant ses jambes par-dessus le matelas, fixant ses orteils qui dansaient dans une minute qui semblait s’étirer dans le temps. Elle sentit alors une frêle caresse parcourir son échine, ravivant ses espoirs, alors qu’un nouveau sentiment s’emparait des courbes de son visage.

La jeune fille se leva d’un bond, partant balayer un espace sur le bureau d’un revers de la main, y posant ensuite le carton qui agrémentait l’endroit d’une nouvelle atmosphère. Irelia se retourna suite à cela, saluant d’un geste et guettant le départ de sa mère. La porte claqua. Atone devant la tâche à accomplir, ramenant l’une de ses mèches derrière l’oreille, la jeune fille retourna à son poste d’observation d’une envolée semblable à l’atterrissage d’un épervier.

Curieuse de découvrir ce qu’elle avait pu manquer lors de son absence, elle se pencha au travers de l’encadrement, retrouvant le chignon de sa mère en lieu et place sur la scène de rue. Les poings posés sur ses hanches, elle hochait lentement la tête en maquillant ses traits d’accusation. La pauvre fille, dont le rouge montait aux joues, retourna sur l’instant devant ses responsabilités en enjambant les collines parsemant le plancher de sa chambre.

Une brise légère s’engouffrait au travers de la fenêtre, faisant virevolter les rideaux, alors que l’adolescente s’attelait à la tâche d’une vie. De part et d’autre de la pièce, naissaient de nombreux agrégats prouvant le passage d’Irelia dans cette maison.

Il y avait, non loin de son lit, un amoncellement plus important que ne l’étaient les autres. Un tas, informe et pointant à des hauteurs proches de celle de l’adolescente, reposait et accumulait tout ce qu’elle avait jamais porté sur ses épaules. Le creuset d’une palette de couleurs et de textures, tissus et teintures se mélangeant uniformément dans une oeuvre impalpable, méconnue. Représentation et attestation de la honte qui s’invitait sur les joues d’Irelia, les traits de son visage changèrent dans une expression d’émerveillement alors qu’elle s’abaissait et s’extasiait devant la relique d’une réalité. La sienne.

Emportant la robe par ses bretelles, la rêveuse plaquait celle-ci contre son buste tout en tournant sur elle-même. Défiant les lois de la gravité en tenant l’équilibre sur un pied, elle virevoltait dans une ronde insouciante, balayant l’air de la jupe qui s’engouffrait sous cette agitation soudaine.

Brisant la farandole, la pointe de la toupie retrouva son jumeau, Irelia venait de conclure sa danse en faisant face à son miroir. Dévoilant l’adolescente de tout son long, jouant de son reflet, pliant et étirant la soie d’une robe qui empruntait sa couleur du plus pur des nuages. Des années étaient passées depuis la dernière représentation de ce vestige, tendresse d’un spectacle dont-elle avait été l’étoile. Fâcheusement, celle-ci avait été relayée au titre de vieillerie par les courbes d’une enfant ne cessant de grandir.

Le vague à l’âme, elle plia l’étoffe sur elle-même, scellant la réminiscence d’une pièce en deux pliures et la déposa finalement au fond du carton. La tenue prônait tristement, seule dans un espace sans soleil, vivant ses derniers moments de gloire sous le regard nostalgique de sa détentrice. Irelia reporta de nouveau son attention sur le monticule, guenilles et costumes, elle venait de s’y atteler et rien ne semblait avoir été chambardé. Elle se tassait dans une plainte, opérant une vrille lui faisant tourner la tête jusqu’à l’ivresse. Concluant sa complainte silencieuse, elle s’effondra dans son lit, bras et jambes écartés.

Le regard perdu, un oeil aux aguets, rien ne semblait combler le mutisme de l’ennui. Amorphe, elle laissa chuter sa tête sur la droite, les murs semblaient s’étirer sous sa prunelle en cadence avec la pile de souvenir qui prenait l’allure d’une montagne infranchissable. Un murmure quittait son sommet pour se glisser jusqu’aux oreilles de la paresseuse, vicieux, l’accablant jusqu’à ce qu’elle cède et reprenne sa longue et fastidieuse tâche. Un glas résonnait ainsi dans la pièce, se propageant, ayant comme point de départ le talon de l’adolescente percutant le plancher.

D’un pas léger mais quelque peu nonchalant, elle tourna tout autour du monticule. Buste en avant, poignets croisés sur les reins, elle attendait l’Inattendu. Préférant observer la beauté s’offrir à ses yeux, rejetant le fait d’être l’initiatrice de ce mouvement. Au bout d’un temps indéfiniment long, l’instant arrivait, se caractérisant par la chute d’un vêtement du haut de cette montagne informe.

La chose s’étalait sur le sol, s’ouvrant au monde telle une fleur de lotus au matin de sa vie. La joie rayonnait sur le visage d’Irelia qui, malgré le tissu froissé, ravivait le doux souvenir du jour de leur rencontre. Un haut simple dont le col partait telle une pointe, un noir des plus simple, accompagnant les couleurs délavées d’une estampe représentant l’un des musiciens de la ville. Agrippant celui-ci de ses mains, elle amena le tissu à son visage et ressentit encore toute la tension du spectacle durant lequel ils ne faisaient qu’un. La rétine brillante, la jeune fille déposa celui-ci sur son lit avant d’attraper le pyjama qui n’avait eu de cesse que de l’accompagner lors de la morosité de cette journée.

Ses doigts se resserrant autour du tissu, pendu aux côtés de ses hanches, elle releva ses bras et fit ainsi glisser son vêtement de minuit jusqu’au sommet de son corps, libérant Irelia de ses désirs de songes. Dorénavant le dos nu, caressé par les doux rayons du soleil, elle finissait de se dévêtir. Ses cheveux tombèrent jusqu’au bas de son dos, masquant l’intimité ainsi dévoilée le temps d’un changement de costume.

L’espace d’un battement de cils, l’astre solaire au travers de la fenêtre fut témoin des traits dessinés à l’encre noire au dos de la jeune fille. Ils étaient longs et fins, parfois imposant, marquant la peau de l’adolescente et représentant un ciel sans nuage. Un astre nacré et fendu en croissant, bercé dans le firmament de quelques étoiles éclatantes, semblant s’agiter avant de s’évanouir sous le coton de cette nouvelle source d’inspiration. Ajustant son t-shirt, tendant celui-ci alors qu’il s’étirait sous les formes d’une presque-femme, elle laissait la poésie des chants et les accords de la guitare lui revenir à l’esprit. Les paupières closes, l’iris dansant sous la paupière, son nez pointait vers les cieux dans une satisfaction nouvelle.

We got a ride, we got the night

Prenant place sur son lit d’un bond, s’appropriant les paroles qu’elle avait entendu il y a des années, elle s’invita dans la salle de spectacle improvisé qu’était le matelas usé de son lit.

I got the bottle, you got the light !

Elle glissa ses jambes l’une contre l’autre, levant cuisses et genoux avant que la pointe du pied ne s’enfonçat avec mollesse dans le rembourrage du matelas par sa marche flâneuse. Les paupières dorénavant mi-closes pour embrasser les yeux de ses spectateurs, elle pointait son public imaginaire d’un revers de la main. Finalement, elle dévoila ses paumes, invitant quiconque le désirait à la rejoindre dans ses chants et cette danse ; gardant le même enthousiasme malgré le manque de volontaire.

Irelia ramenait ses bras, s’enlaçant d’un geste lent, tournant le dos à son imaginaire pour laisser ses doigts glisser le long de son dos.

We got the stars, We got audio !

Les percussions de la batterie, le pincement des cordes de la guitare et l’engouement du chanteur semblait avoir prise au coeur de ses souvenirs. La jeune fille accompagnait ses chimères tout en sautant sur son lit, reprenant l’air qu’elle chantait à perdre haleine, tournant dans une valse infinie. La guitare dans son esprit donnait tout ce qu’elle possédait pour satisfaire l’hilarité d’Irelia. Celle-ci bondit une dernière fois, embrassant le plafond, se laissant ensuite tomber dans l’effort cotonneux que représentait son matelas.

Pour la deuxième fois de la journée, ses pupilles roulaient vers la pile de vêtement, la voix éreintante de la tâche à accomplir lui parvenait une fois de plus et vrillait ses tympans. Il y avait encore tant à faire.



Quatre jours avant le départ


À l’abri des feuillages, sous le damier offert d’un vieux chêne et des rayons girasol d’un astre en déclin, trois silhouettes s’avançaient.

L’une d’entres-elles n’était pas inconnue. Un chignon strict prônait au sommet d’une chevelure jumelle à celle de la jeune fille, cette dernière marchant en tête de cette formation. Airi semblait fatiguée, preuves en étaient les deux sillons tracés sous les pupilles vert de jade. À ses côtés, soutenant son bras, un homme aux tempes grisonnantes et au regard bienveillant gardait un oeil sur sa tendre épouse. Ils flânaient, traînaient, accompagnaient le rythme hésitant de la marche d’Airi.

Il se fait tard et tu es fatiguée, nous devrions rentrer… Irelia ?
Ça ira Hamako, ne t’inquiète pas.

Surmontant l’épreuve de force, le regard de la mère s’éclaircissait devant l’émerveillement qu’éprouvait son enfant devant l’un des portails au bois carmin du parc.

Nous le voyons chaque jour, ma chérie.

Elle laissa échapper un rire moqueur, détournant l’attention d’Irelia. Cette dernière proposa la plus radieuse de ses mimiques en guise de réponse. Emballant ses doigts les uns avec les autres, orchestrant un ballet gêné, elle conclut son geste d’une enjambée en direction de sa mère. Emprisonnant sa main dans la sienne, elle guidait Airi dans une valse juvénile pour ensuite l’enlacer avec tendresse.

Irelia…

Puis, on entendit le grondement d’un orage, la colère d’un éclair, les nuages noirs d’un père passablement énervé. L’adolescente baissa le menton, honteuse, agrippant l’une de ses mèches et emprisonnant ses doigts dans ses cheveux. Fébrilement, le regard confus, elle murmurait malgré ses lèvres tremblantes une brève excuse.

Désolé, papa.
Attends.

Hamako détourna son attention de sa fille, ravivant la tendresse qui l’habitait lorsqu’il posait son regard et qu’il guidait son amour jusqu’à la providence. Immobile, le regard dansant, l’adolescente fixait la marche silencieuse de ses parents. Il était fort, strict et tellement dévoué. Irelia s’attardait sur chacun des détails, sur chacune des preuves, sur la moindre attestation d’amour que les deux moitiés pouvaient exprimer.

Le silence d’une caresse discrète, l’éclat d’un regard, le sourire sincère suite à une œillade. Ils étaient si beaux. Ensemble.  Amis et amoureux. Cependant, une ombre passait sur le visage d’Irelia.

Elle était passive, patiente durant une attente qui semblait éternelle, réprimant gestes et mots. Elle n’y parvenait tout bonnement pas. La mèche qu’elle entortillait autour de son index resserrait lentement son étreinte, tel le serpent emprisonnant sa proie, le désir de s’exprimer était si puissant. Finalement, le reflet de son père quitta l’iris de sa mère pour la rejoindre. La figure paternelle fixait la jeune fille de sa hauteur, victorieux de l’attente jusqu’à ce que le son de sa voix franchît ses lèvres.

Irelia.

Un ton plus doux, tendre, mais toujours autoritaire. Nerveuse, elle relâcha ses cheveux pour croiser ses mains devant-elle. Les pointes devenues boucles glissaient dans les airs, ondulant au gré des vents du printemps. Un frisson, le souffle d’Aquilon caressa sa nuque, forçant à Irelia de redresser le regard.

Oui ?
Maman est malade, tu le sais.

Honteuse, ses yeux prirent naturellement la direction du sol. Elle ne voulait pas le décevoir. Contrastant avec le souffle du vent, la douceur d’un pouce lui attrapant le menton stoppa sa course vers la terre pour qu’enfin elle remonte jusqu’aux paroles de son père.

Tu nous rabâche sans cesse que tu n’es plus une enfant, oui ?
Arrête avec ça…
Le jour où tu te comporteras en adulte, pas avant.

Il tentait de gagner la complicité de sa fille, jouant les charmeurs qui offre un sourire. Toutefois, il n’obtenait rien d’autre que le refus et le revers d’une main.

Pourquoi il faut toujours que tu fasses ça ?! que tu gâches nos moments !
Irelia.
Tu accuses toujours sa fatigue pour que nous rentrions, toujours !
Arrête tout de suite.
Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il faudrait agir différemment à cause d’une stupide maladie ! Elle est bien ! Arrête de faire comme si…
Irelia !

Le père énervé refit surface, refusant la vérité, abandonnant la sagesse pour la violence. Un bruit sec résonna dans les tympans de l’adolescente au même rythme que les battements de son coeur. Les flots montèrent à son visage, ainsi qu’une terrible chaleur à sa joue s’empourprant.

Tu te tais et tu écoutes ce que j’ai à te dire.

Les poings serrés, la rage au ventre, l’adolescente fixait le père de famille avec rancoeur.  Les deux traits à son front, souvent léger, s’étaient accentués en un terrifiant col pointant vers la colère de ses lèvres. Alors que son attention était focalisée ailleurs, Irelia ne se rendit pas compte que ses talons venaient de quitter le sol.

Arrête ça, tout de suite !
Tout ce que je veux, c’est passer du temps avec elle, rien que nous deux.

Les épaules à nu, le regard curieux pouvait assister à la naissance du pigment charbon gagnant le chemin de l’échine de l’adolescente. Les traits doux qui embrassaient sa chair changeaient, se modifiaient, grossissaient. S’il n’avait pas été caché, le tatouage ornant le dos d’Irelia se serait exprimé en affichant l’orage qu’il venait de créer.

Un trait, puissant et terriblement rapide, venait de naître dans les cieux de ce dessin pour frapper le bas des reins de la jeune fille. Toutefois, personne ne pouvait assister à cette scène-là.

Irelia, tu arrêtes ton cirque maintenant et…

Il l’empoigna. Les jointures blanchies par l’effort agrippèrent le poignet de sa fille, tirant celle-ci vers le sol dans un élan de colère. La réaction était sans appel. Imitant son père, la main d’Irelia partait de son épaule et fendait l’air sans un bruit. Éphémère. Le bruit de la chute brutale de son aîné ainsi que la pluie battant le sol furent les seuls sons qui traversèrent l’esprit de l’adolescente. Elle ne l’avait pas touché de sa chair, pourtant, il venait de goûter à sa propre médecine.

La foudre frappait, des nuages noirs dans les cieux jusqu’à la cime d’un arbre assistaient impuissants à ce triste spectacle. À cette tragédie. Tombant à la renverse, glissant l’une de ses mains dans son dos, Irelia se retrouva au même niveau que son père. Les paupières fermées avec force, la paume de sa main les massant avec vigueur, les nuages disparurent aussi vite qu’ils n’étaient venus.

Hamako, Irelia !

Elle avait dressé une main, autoritaire malgré ses suppliques, espérant abattre le conflit avant qu’il ne dégénère.  Airi avait eu tort. Le souffle lent, la marche rapide, elle tomba à genoux devant son mari et prit sa tête sur ses jambes. La caresse de l’amour passa des tempes jusqu’au menton de l’homme inconscient. Les larmes aux yeux, la jeune fille se joignit à sa mère, elle la supplia de lui accorder le pardon. L’esprit embrumé, l’orage avait laissé sa place à d’épais nuages sombres. Un crachin aussi soudain avait déjà trempé la famille, soutenant l’histoire de ses larmes et ses pleurs.

Les traits sur son épaule dansaient encore, patients.

Un nouvel acteur se joignit à la scène, la pièce l’obligeait à proposer son aide sous les suppliques d’une enfant craintive. Le visage juvénile se plongea sur le torse d’un père rendu sourd par un choc invisible, la chevelure recouvrant celui-ci tel un linceul noir. Seul le faible son de sa voix en émanait, lent, saccadé de pleurs, honnête.

Tout ce que j’avais envie, c’était d’être avec maman, plus de maladie ou de peur. Elle et son sourire… C’est tout ce que je voulais… Rien d’autre…

Ferme et solide, une paire de main s’agrippèrent aux épaules de l’adolescente, la tirant en arrière et libérant le père du fardeau des mots.

Les branches des arbres ne s’accommodaient pas de cette scène, soulignant leur désintérêt par le bruit de leur feuillage. Le temps s’allongeait, une nouvelle forme de crainte venait de naître chez ces deux adultes qui ne surent comment réagir à cette dernière réplique. En lieu et place d’un grognement, la poigne du patriarche se guida d’elle même vers son crâne encore traumatisé. Hamako se releva, profitant de l’aide de sa femme alors que ses paupières venaient de gagner en poids. Il n’osait pas observer sa fille, celle-ci réfugiant son visage dans ses mains.

Une voix lente, fatiguée, endolorie, le père attrapa son aimée et la guida vers les portes de fonte délimitant la ville de la nature. La balade était terminée. Ni l’un, ni l’autre ne voulaient parler de ce qui s’était passé.



Trois jours avant le départ


La main sur son menton, l’esprit et les sens ailleurs, l’adolescente ignora jusqu’à son nom prononcé à plusieurs reprises. Il fallut attendre le claquement de deux paumes, l’une contre l’autre, pour l’extraire de sa torpeur.

Nous avons enfin ton attention ?
Oui…

Elle se redressa alors, quittant son reflet dans la coiffeuse, délaissant ses artifices pour la morosité de Jackson. Il bloqua alors sa tablette sous le coude, filles et garçons se pressant autour de lui en attente des consignes pour cette soirée. C’était un vieil homme aux yeux clairs, à la peau mate, aux traits tirés par les années. Il avait été un excellent danseur à son époque, à moins que les histoires qu’il contait se limitaient à son imagination.

Dans les songes les plus fantasques d’Irelia, elle l’imaginait tourner et vriller sur la planche cirée, s’appropriant ainsi le regard du spectateur : un artiste pleinement satisfait, vivant et partageant ses pas au plus grande famille de San Fransokyo. En d’autres pensées, elle ne le voyait pas semblable à cette image, professeur dans un petit théâtre de banlieue sans autres prétentions que de pavaner devant les plus jeunes.

Voici des lustres qu’ils se côtoyaient, instructeur et élève, elle ignorait encore à cet instant s’il était artiste ou faussaire.

Comme vous le savez, aujourd’hui, c’est le dernier spectacle qu’Irelia fera a nos côtés.

Les regards fusaient sans se croiser, désignant l’adolescente à la moue distraite pendant que tous lui souriaient. Le temps s’étirait en cadence avec son visage, affichant une mimique polie à ses compagnons de scène. La troupe, semblable à une fratrie, gagnant et perdant des comparses au rythme des saisons.

Après une décennie à se côtoyer, partenaires et connaissances, elle ignorait toujours à cet instant s’ils partageaient tous la même passion ou s’ils ne s’agissait pour eux que d’une distraction.

Elle endossera le rôle de première danseuse pour cette représentation, et nous savons tous qu’elle le mérite plus qu’une autre.
Merci.

Irelia souriait timidement, guidant ses pupilles d’océan et de nuage grisonnant jusqu’au sol dans le fol espoir d’être oubliée.

Au milieu de toute cette attention, un sentiment se cachait derrière les rires et applaudissements. Pour certaines, il y avait cette honte nourrie par la jalousie d’être relayée au second plan pour le départ de la petite sotte. Un claquement moins frénétique, un murmure insolent ou un soupir résigné alimentaient la bête. Quelles raisons poussaient donc l’adolescente à prendre cette récompense comme un fardeau ?

Elle, dont l’assiduité à cette scène n’était plus à remettre en question. Toujours à l’avance et à s’entraîner alors que d’autres n’attendaient qu’une rumeur pour délaisser cet endroit.

Myrenda, Elise, Naomi. Vous serez avec elle pour la première partie, vous connaissez vos pas ?
Ça fait des mois que nous y travaillons, Jackson.
Des mois que tu te trompes au même enchaînement, Elise. Garde la cadence, c’est tout ce que je demande. Pour le final, vous n’aurez qu’à suivre Irelia.
Comme à chaque fois…

Un oeil à l’affut, l’adolescente tourna le regard à la remarque de Naomi. Elle désirait tant rouler des yeux jusqu’à en perdre la raison, par simple agacement. Irelia se releva rapidement, s’éloignant de l’attroupement et des paroles perfides de la danseuse au cheveux d’avoine. Elles auraient pu être amies, s’amuser et s’élever sous les projecteurs ! Le destin s’était résolu à résumer cette histoire à celle d’une rivalité. Si seulement elle pouvait l’assumer, ce rôle, toujours une gamme de retard.

Pourtant, elle était presque aussi belle qu’Irelia. Les traits fins, les courbes élancées et une vigueur unique dans le regard. Un nez léger sur un visage affiné. La peau nacrée était la preuve qu’elle passait beaucoup de temps dans une salle d’arcade, et non à se pavaner dans les rues de la ville et sous son soleil. Naomi et Irelia, de fausses jumelles qui méritaient de s’aimer, qui auraient gagné à se rapprocher.

Écoutez bien, vous serez tous en duo pour la deuxième partie. Elise avec Iro, Noami avec Jefferson, Myrenda sera avec Rick, Summer avec Tanaka et pour finir, Mago et Elliot. Votre métronome sera la musique, pas de folie et vous serez parfait dans vos rôles.
Tu tâcheras de ne pas me marcher sur les pieds, Tanaka.
Du moment que tu ne te colles pas trop à moi.
Vous garderez ça pour plus tard. Irelia, tu seras dans le fond de la scène. Inutile de jouer l’original, tu connais le rôle.

Le ton montait dans les coulisses, un rire s’éleva chez les danseurs devenu spectateur de la dispute entre deux amoureux. Des railleries, furtives, s’invitaient à l’encontre de l’adolescente suite à la dernière remarque. Le regard cendré de sa rivale s’éclairait devant la mine boudeuse qu’elle affichait suite à ça. Il suffisait de peu pour la contenter.

Le dernier acte, comme à l’entraînement, rien de plus ou de moins. Irelia passera dans les couples et accompagnera un danseur à tour de rôle. Summer, Noami et Rick. C’est retenu ?

L’esprit ailleurs, une fois de plus, elle répondit avec un temps de retard. Dans un ultime effort, soulevant ses pommettes, elle sourit à l’attention de Jackson et retourna à sa place. Les doigts harmonieux de l’adolescente jouaient avec le bois de la coiffeuse, son regard fixait le reflet des autres filles, cherchant à combler l’attente en captant une mimique dont elle désirerait garder le souvenir.

Rien n’y faisait. Il n’y avait qu’elle, occupant la glace, fixant ses propres pupilles et soulignant les traits des crayons sous ses paupières.

Un espace vide, un temps indéfiniment long pour une scène fugace. Assise sur son tabouret, Irelia s’élevait lentement alors que l’appel résonnait dans la pièce. Le souffle court, la sensation de lourdeur dans les chevilles, elle craignait un désintérêt face à cette prestation. Elle ordonna à ses paupières de se refermer, calmant son esprit et les tensions de son corps, passant une main leste sur le tissu d’un bleu marin. Une robe de soirée pour une dernière danse. Elle palpait la joie, oubliant l’angoisse, s’imaginant en une silhouette brillante à la lueur d’un projecteur.

Dorénavant rayonnante, elle guidait ses bras au sommet de sa tête, attrapant ses cheveux et nouant ceux-ci dans l’empressement. L’encre s’immobilisait entre ses épaules, mêlant flocons et pluies dans une harmonie éphémère. Irelia s’avança alors, faisant suite aux autres danseurs jusqu’à rejoindre la scène et le public qu’elle allait découvrir.

Après tant d’années, il n’y avait plus la surprise de la première fois, cet éclat avait quitté le lieu. Ce plancher, elle l’avait arpenté plus que de raison. Et cette salle, elle l’avait fixée lors de nombreuses représentations. Les enceintes délivraient sans cesse la même intensité, les mêmes mélodies. Et devant la scène, étaient alignées les places assises, au ton de glace enlacé dans le métal froid, sur lesquelles se trouvaient les habitants du quartier.

Le coeur d’Irelia se serra lorsqu’en balayant la salle de ses iris, la tête dépassant du rideau, elle remarqua qu’une personne n’était pas présente. Il était là et elle, elle était restée à la maison. Le sourire triste, gardant les apparences devant son public, elle partit quérir la place qu’elle s’était vue offerte.

Alors que son attention se baladait sur la scène, elle s’émerveillait une fois encore face aux efforts de Jackson. C’était une scène aménagée pour la soirée, copie conforme de sa chambre, clôturant sa vie à San Fransokyo, comme ces années entre ces quatre murs. Un lit aux draps blancs, défait comme il désirait l’être, accueillait myriade de coussins aux couleurs criarde. Glissant ses doigts sur la couverture, elle se retourna et chuta dans son nuage terrestre. Dans peu de temps, elle abandonnerait sa dernière empreinte, une façon de clôturer cette aventure avant la prochaine.

D’un geste vif, elle agrippa un oreiller qu’elle colla à son ventre, le couvrant d’affection comme l’on pouvait le faire avec un ours en peluche.

Dans son dos, un écran géant, mimant mur et fenêtre, un artifice pour le moral. Pour le reste, l’armoire de chêne ornant un coin de la scène, les nombreux vêtements trainant à même le sol, tout cela était réel. Irelia avait la nostalgie de sa propre chambre dorénavant vide qui l’envahissait. Il ne manquait plus que le souffle du vent et la chaleur du soleil pour la guider vers les songes la berçant il y a encore une semaine.

Myrenda, dépêche toi ! Il ne manque plus que toi.

Maintenant complète de ses acteurs, une aura se dégageait de la scène, impalpable, excitante, bienveillante. Inspirant longuement, elle accueillit cette douce sensation ayant le pouvoir de chasser la crainte trop audacieuse pour s’immiscer dans son coeur.

Telles les portes menant au paradis, le rideau s’ouvrit lentement sous les directives de Jackson sur sa tablette. Les spots tournaient sur eux-même, guidant le regard du public jusqu’à la scène, la halo lumineux s’arrêtant et désignant quatre position sur la scène. Naomi, Myrenda, Élise et Irelia. Allongée dans son lit, l’adolescente attendait qu’on lui donne la réplique. Quant à Naomi, elle se joignit aux côtés de la rêveuse.

Que se passe-t-il, ma chérie ? C’est l’audition ?
Ce n’est rien.

Jouant, mimant, s’invitant dans son rôle, l’adolescente tournait sur elle-même et faisait dos à Naomi. Au fond de son lit, recroquevillée, elle n’attendait qu’à sauter cet acte. Ce qui l’enivrait, lui permettait de bouger, c’était d’accompagner les mélodies. La comédie ? Elle n’y appréciait rien. C’était un accessoire avant la véritable représentation, un besoin à combler avant d’imager les émotions.

Il y avait Rachel ou Yuki ?
Qui sont-elles, encore ?

Deux danseuses arrivèrent, chacune dans un ton de couleur propre. Elles étaient semblables à quatre points lumineux. L’unique raison pour laquelle elles étaient regroupées sous le feu des projecteurs, l’unique point qu’elles avaient en commun et qu’elles n’auraient jamais. Elles se contentaient de mimer l’amitié.

Elles sont toujours là, toujours à faire les yeux doux.
Tu frises l’obsession !
Et toi, ton entretien ? Tu as eu le rôle ou tu as trainé au cyber-café ?
Je n’ai pas envie d’en parler, non plus.

Irelia restait stoïque, plus que quelques instants pour que son coeur puisse bondir. En cadence, les autres danseuses s’avançaient sur la scène, s’attachant à leurs rôles.

Alors, ce soir sera dédié aux banalités !
Sans moi, les filles.
Est-ce que j’ai bien entendu ?!
Ce n’est rien, il suffit de lui donner l’envie…

Délicatement, les paupières d’Irelia se fermaient et ses pommettes s’élevaient pour cacher l’impatience. Elle anticipait Jackson, depuis les coulisses, enclencher la musique. En crescendo, les accords et les percussions parvenaient à faire vibrer ses tympans. L’état qu’elle attendait tant, au point de s’en languir, allait décidément commencer.

L’orchestre virtuel se leva au pied de la scène, des hologrammes de bas-étages, des enceintes qui s’adaptaient au chant des copies de musiciens.

Tambour, violon, cymbale, trompette. Tant de sons et de mélodies qui s’envolaient dans les airs et n’attendaient qu’un instant pour faire vibrer son public. Malgré le masque, Irelia ne parvenait à faire taire son corps, ses pieds battant la cadence. Elle dut se contenter de se redresser, conservant l’oreiller sur ses genoux, observant les autres danseuses entamer la chorégraphie. Plus que quelques instants.

Myrenda, à la robe couleur flamme et à la jupe finissant en dentelle, s’élança tel un vinyle vintage, silencieuse jusqu’à s’élancer sur sa piste. Tournant sur elle-même au travers de la scène, partant en vrille jusqu’à l’armoire, elle saisit un foulard pour se l’offrir et porter sa voix par-delà les notes.

— You got the invitation
— You got the right address
— You need some medication ?
— The answer's always yes

Un vêtement s’apparentant au vert de la pistache s’ajoutait aux côtés d’Irelia, Naomi s’asseyait et croisait les jambe dans un geste orchestré par les percussions. Elle souriait, elle aussi, semblait heureuse et jouait merveilleusement le rôle de l’amie d’enfance. Il n’en était rien. Au yeux de l’adolescente, cette expression semblait diablement fausse. Elle mimait l’étonnement, détournant le regard pour rire au passage de la dernière robe aussi éclatante que l’astre à son zénith. Elise passait et repassait, levant les cuisses à en faire claquer ses talons. Accentuant ainsi le sifflement des cuivres.

Elles avançaient, tournaient, comme si elles étaient en orbite autour de l’adolescente. Bientôt, elle allait pouvoir s’élancer. Il suffisait d’observer la lueur de son regard pour réaliser son empressement.

— A little chance encounter
— Could be the one you've waited for
— Just squeeze a bit more

Elise terminait sa démarche, se précipitant en cadence vers l’adolescente, l’agrippant à la main et l’élevant sur la scène.

Abandonnant momentanément son rôle, Irelia riait à cette invitation, s’élançant à son tour et dévoilant un visage d’une rare sincérité. Accompagnant le mouvement, elle suivait à grande enjambée le chemin tracé par la fille à la robe ensoleillé, terminant sa course à proximité de la fenêtre grimée par les écrans. Ci-gisait un rideau qui n’était pas un artifice, une onde traversa la danseuse, ayant ses pieds pour origine et n’ayant autre destination que sa tête. Le corps entier de l’adolescente se mit en mouvement, courbant à chaque articulation et s’attachant le temps d’une valse aux tissus.

D’une vrille discrète, une pointe marquant son axe, elle s’enroulait dans la tenture et s’imaginait à parader dans ce tas de fripes. Myrenda, aussi ardente que son vêtement, arriva et contraria sa mimique, la forçant à l’étonnement.  Agrippant et soulevant l’adolescente au ventre, bombant les courbes de son corps.

— Tonight we're on a mission
— Tonight’s the casting call
— If this is the real audition
— Oh, God, help us all

Abandonnant son emprise, Myrenda emporta l’adolescente par le poignet et le guida au sommet de son crâne. En sens inverse, telle la trotteuse remontant le temps, elle se libéra des voilages et suivit sa partenaire au travers de la chambre de fiction.

L’une et l’autre franchirent l’entièreté de la scène, pas léger et menton dressé, s’envolant sous la pulsion d’un trombone. La course s’arrêta d’un plaquage, la danseuse l’abandonnant sur un pan du décor, une représentation à l’échelle du monument de sa ville. Surprise, choquée ou intéressée ? Le visage d’Irelia jonglait d’une expression à l’autre, l’une de ses mains rencontrant sa hanche dans un angle improbable alors que la seconde battait l’air tel un éventail. Dans une cacophonie, Naomi revenait sur le devant de la scène, faisant quitter ses pieds du sol pour que ses mains supportent la gravité de cette cabriole. Elle tournait et vrillait, se collant aux côtés de l’adolescente pour dresser l’un de ses folios. Masquant ainsi son visage derrière un masque dont l’expression avait été figée sur la pellicule.

D’un geste maîtrisé, Irelia attrapa la maquette entre ses doigts et dissuada sa comparse de l’exposer, expédiant celle-ci aux vents de la climatisation. La pauvre, se désintéressant volontairement de la chorégraphie, marchant en roulement d’un point à l’autre de la scène.

— You make the right impression
— Then ev'rybody knows your name
— We’re in the fast lane

Myrenda, Elise et Noami se rassemblaient, s’attardant à la démarche d’Irelia, mimant la surprise de la voir s’en aller ainsi. Comme un seule être, elles amenèrent leur mains à la bouche et provoquèrent un raclement d’une délicatesse inexistante. Contraignant Irelia à pivoter sur elle-même et à battre des talons à l’intonation des cuivres.

La rivale s’avança d’un pas, entre deux pincements, appela le projecteur à l’éclairer. Elise recula d’une enjambée, attrapant une décoration quelconque pour lui offrir d’une envolée.

Allant pour la chorégraphie, Naomi recula d’un geste, jouant l’étonnement devant cette récompense inattendue. L’adolescente, continuant son jeu à l’exigence de la partition, claquait dans ses paumes dans un simulacre de félicitations. Suite à cela ? Les rôles s’inversaient alors que la babiole et l’éclat du faisceau s’en allaient sur Irelia dans un envol majestueux. Elle chérissait son présent, tendant les bras et vrillant sur elle-même, la vitesse grandissant au rythme de son évasion.

— Someone in the crowd could be the one you need to know
— The one to finally lift you off the ground
— Someone in the crowd could take you where you wanna go
— If you're the someone ready to be found

Une paire de bras, désireuse de l’enlacer, s’agrippa avec douceur et stoppa aussitôt la vrille. Emplie de tendresse l’une envers l’autres, les danseuses s’en allèrent en une douce cadence. Elise lui souriait, semblant presque sincère, dévoilant son dos et posant la main d’Irelia sur ses épaules. L’une et l’autre, marchant et se dandinant vers le centre de la scène. Il y a encore un instant, un lit s’y trouvait. Dorénavant, elles retrouvaient un canapé teinté aux couleurs d’un jardin d’été et aux motifs d’un rosier.

Occulté par les danseuses, nul n’avait eu le regard sur les autres membres de la troupe et leur manutention de l’extrême.

L’une et l’autre se jetèrent dans le recueil, se lovant en celui-ci, éclatant ensuite. Elles se redressèrent de part et d’autre pour y replonger une fois encore. D’une paire de roulade, Myrenda et Naomi s’invitèrent à la scène et s’installèrent au pied du monticule aux teintes hétéroclites. Ensemble une fois de plus, leurs jambes et bras s’organisaient dans un ballet inattendu.

— you’re the someone ready to be found

L’intimité semblait éclater tel une corole. Irelia en était son bouton, les filles s’appropriaient le rôle des pétales. Croisant les jambes, jouant du pied avec l’explosion qu’était en train de créer l’orchestre virtuel, l’adolescente tourna le regard d’une danseuse à l’autre. Leurs voix, tantôt lointaines, s’arrangeaient et se mélangeaient dans une harmonie nouvelle. Nul ne pouvait s’y soustraire.

— Do what you need to do
— ’Til they discover you
— And make you more than who
— You’re seeing now

Bondissant tel un fauve, Myrenda se colla à l’adolescente et fit éclater une gerbe multicolore aux milles reflets sous la lumière du projecteur. Inondant alors le canapé et invitant l’étonnement. Sa rivale glissa sur le plancher et s’arrêta contre ses jambes, laissant son échine embrasser la cuisse d’Irelia. Le regard vers le ciel et la main contre le front, elle jouait l’artiste exténuée, jusqu’à ce qu’un guide ne l’invite à prendre place au tableau.

Il ne manquait qu’une fille, celle-ci enjamba le reste de la troupe et envahit le dossier pour en faire sa propriété.

— So with the stars aligned
— I think I'll stay behind
— You’ve got to go and find

Aux paroles d’Irelia, les trois regards fusaient et se croisaient avec inquiétude. Les sons, pourtant si dociles, semblaient ne pas avoir attendu cette réponse.

L’archet frottait ses cordes, le moindre de ses à-coups forçaient les danseuses à la retraite. Les lumières baissaient, abandonnant l’adolescente à son public. Il ne restait bientôt plus qu’un unique halo blanchâtre, irradiant Irelia, forçant la jeune fille à se recroqueviller. Les genoux contre le coeur, elle y déposa sa tête avec nonchalance dans un soupir à peine dissimulé. Implacable, le silence s’invita dans la salle, rappelant à tout un chacun la solitude de cette triste fille.

Le pincement d’une corde, le souffle d’un instrument à vent, la vibration d’un cuivre. Semblable à un vieux moteur, la représentation redémarrait devant une nouvelle scène, il ne restait plus rien des vestiges de sa chambre.

La nuit venait de naître sous la lueur bleutée de l’éclairage. Un simulacre de rue de la ville, celles tombant et retombant pour le passage des trames, les enseignes aux glyphes brillants et illuminants la salle d’un nouvel éclat. L’adolescente tournait sur elle-même, grimpant sur le dossier et fixant la rue qui n’en finissait pas. C’était ça la magie du spectacle. Irelia jouait en connaissance de cause, prise par l’habitude de son metteur en scène, elle s’extasiait un instant de trop face à ce qu’il offrait.

— That someone in the crowd !

Des éclats de rire, la frénésie des talons sur le plancher et voici qu’Irelia se retournait. Devant-elle se trouvaient ses comparses sous les projecteurs qui n’attendaient plus qu’une d’entre elles pour que s’en suive la représentation.

Bondissant aux percussions des tambours, l’adolescente s’envola et rejoignit la ronde de danseuses en une marche cadencée. À leur hauteur, elle attrapa un pan de sa robe couleur ciel et battit le rythme des pistons. Allers et retours firent virevolter le tissu dans une expression proche de l’hystérie. Les autres filles, elles aussi dans l’excitation de la représentation, battaient la cadence jusqu’à ce qu’elles se dressent les unes aux côtés des autres.

Quatre étoiles alignées, bras dessus et bras dessous, se serrant et avançant jusqu’à la limite même de la scène.

Elles s’arrêtèrent, tournant du même axe, déviant de peu pour se dresser l’une face à l’autre. Sourires et regards. L’une guidait sa main vers les cieux alors que ses hanches rejoignaient la sol. L’autre offrait sa révérence la plus discrète pendant qu’une rivale prenait la main de son némésis, déposant un baiser avant d’inviter la dernière dans une pirouette.

Il ne fallut pas plus de temps pour que la formation ne se brise et qu’une nouvelle ligne soit créée. À la subtile différence qu’un écart était creusé entre chaque danseuse. En rythme, copiant l’une et l’autre, elles attrapèrent les pans de tissu et enchainèrent avec une valse solitaire et salutaire. Les quatre tons se répondaient, brillant sous les projecteurs alors que les danseuses s’arrêtaient. Les talons frappèrent le sol et raclèrent le bois dans un mouvement ample.

Le bout de la scène arrivait, elle se rejoignirent une dernière fois, croisant leur mains en étoile avant d’élancer celles-ci vers les projecteurs qui s’éteignirent aussitôt. Plongeant le cabaret dans le noir le plus total avec un seul cuivre pour combler l’attente.

Un ballet discret s’orchestrait au coeur de la pénombre, les quatre danseuses avaient stoppé toute activité alors que leurs poitrines s’en allaient dans de multiples va-et-vient. Irelia quittait d’instinct les devants pour rejoindre l’écran devenu aveugle. Le plancher, lui aussi, devenait orphelin de tout accessoire. Cadençant son coeur, Irelia se posa alors, bras croisé dans le dos et le regard vers l’imaginaire. Il n’y avait que ses oreilles qui captaient l’activité grandissante non loin, la troupe  entière qui s’animait et se disposait pour qu’arrive le grand final de cette représentation.

Avec alternance, guidé par le bruit sourd d’un tambour, les faisceaux de lumière venaient perler et annoncer chacun des couples.

Il fallut attendre l’enclenchement des violoncelles pour que la salle fût de nouveau illuminé, dévoilant le nouvel artifice de l’écran : une salle de réception aux décors somptueux. Irelia trônait au fond, passant son regard d’un couple à l’autre, tous immobiles et patientant devant les exigences de l’orchestre virtuel.

Le sifflement d’une harpe.

Rick glissa sa main dans le creux de celle de sa partenaire, amenant son bras dans le bas de son dos, l’enveloppant et la guidant. L’un droit, l’autre envoutée. Ils tournaient, oeuvrant pour le spectacle, prenaient les pincements de la harpe comme guide à leur pas. Un oeil habile pourrait remarquer cette tension dans le regard, le sourire en coin, un moment qu’ils aimaient à partager. Il y avait une telle douceur, une alchimie palpable, un désir de briser la formation pour qu’un visage rencontre l’autre.

Le soufflement d’un cor.

Il ne restait qu’eux pour enivrer le public avec une proximité toujours autant controversée. L’un et l’autre se comportaient comme deux joueurs à la salle d’arcade, enchaînant les mouvements imaginés à un écran, côte à côte et cherchant à vaincre l’autre. Le bas du corps en activité, il n’y avait que leur visage pouvant guider le public vers leur complicité. Elle jurait de vaincre. Il promettait de perdre. Les iris se croisaient, les lèvres s’étiraient et la cadence augmentait avec pour récompense de jouer cette partie inexistante.

Le bombardement d’un tambour.

Ils étaient deux à s’éveiller, glissant l’un contre l’autre, les visages dans une proximité rarissime. Un doigt tendu, masculin, glissa du coin du regard et rejoignit la base du cou. Les lèvres se rapprochèrent sans pour autant se croiser, il n’y avait qu’un souffle tendre qui les accompagnait. Une main glissa le long du dos, forçant l’inclinaison, guidant un geste pour effleurer le plancher du bout des doigts.

L’éclat des cymbales.

Voici qu’un couple s’élançait, mains jointes et bras tendus dans une farandole continue. Ils vibraient dans cet instant, partageant cette complicité alors que leur apparition s’échappait dans un tourbillon de couleurs. Irelia enviait presque cette toupie, imaginant les deux danseurs enfermés dans cette bulle, loin des craintes qu’apportait le spectateur, un lieu où ils seraient les seuls invités.

La vibration des cordes.

Un enchaînement bien moins solennel, la guitare accompagnait un couple aux couleurs d’une époque révolue. Talons et mains claquaient avec frénésie. Ils étaient semblables à deux reflets, l’un mimant l’action de l’autre. Il suffisait que sa semelle n’ait glissé vers l’arrière pour qu’elle copiât le geste. Une communion dans la joie. Leurs rires s’élevaient dans la salle en comparaison avec la quiétude des autres couples.

Ils étaient tous là, unis, ébahis à encadrer la musique. L’adolescente restait dans le fond, souriant timidement et gardant en mémoire ce qu’il était souhaitable de corriger.

Puis il y eut un ton de retard, un claquement de trop, un désintérêt pour les notes et un besoin d’être l’unique sur cette scène. Le crescendo touchait à son apogée pour se conclure sur un tintement sinistre qui mit fin aux mélodies.

Un signal silencieux, un ordre muet, la troupe entière claqua ses talons sur le plancher et éleva ses bras vers les cieux pour crier en choeur et à l’unisson. Seule Irelia conservait son regard sur la scène, s’avançant d’un pas leste, les bras ballant et désireuse de clôturer le spectacle. Voici que ses joues s’empourpraient, à la lueur du faisceau qui la guidait sur les planches jusqu’à ses partenaires éphémères.

— That someone in the crowd

L’adolescente baissa le rythme de sa marche, se calibrant à la note plus lente du violon, posant ses pieds parallèlement à ceux de Rick. Tel l’envol, sa main s’éleva pour atterrir sur l’épaule du danseur et réveiller l’intérêt qu’il devait lui accorder. Il revêtit un masque dénué émotion, courbant légèrement le dos et l’invitant par une courte révérence.

Il s’avança, elle l’accueillit. Il posa sa main dans la sienne, elle frémit en ressentant son étreinte caresser le bas de son dos. Il y eut un hochement de tête et la valse débuta.

Enlaçant son épaule, ils s’avancèrent comme un seul être. Zigzaguant entre les danseurs, orchestrant leur mélodie, la lueur des projecteurs guidait la démarche. Leurs bras étaient tendus, telle une pique. Leurs pieds frôlaient l’empreinte du pas de l’autre, s’invitant à se suivre, progressant dans l’espace qui leur était réservé. Ils retrouvèrent leur public, s’écartant l’un de l’autre par une douce révérence. Lui tendait les deux bras en guise de baiser, elle, soulevait le bout de sa jupe,  offrant son respect.

Ils retournèrent dans cette ronde, ensemble, complétant un tour, délaissant aussi subitement l’adolescente qui n’avait daigné s’intéresser à elle.  Au centre de la scène, un nouveau partenaire signalait sa présence d’un claquement de talon contre le plancher.

— Is someone in the crowd the only thing you really see?
— Watching while the world keeps spinning 'round ?
— Somewhere there's a place where I find who I'm gonna be
— A somewhere that's just waiting to be found

Oscillant d’un quart, dévoilant son épaule à nue, Irelia fixait sa rivale et elle lui rendait la pareil. Ce moment n’appartiendrait qu’aux deux filles. Elles se mimaient l’une et l’autre, approchant à chaque saccade musicale.

Le violon s’intensifia, la distance diminuant, un claquement signa leur rencontre. Paume contre paume, leurs iris ne se relâchaient pas, leurs paupières refusaient de se fermer, leur expressions restaient muettes. Le soubresaut d’un réflexe, l’instinct fit reculer Naomi maintenant que l’adolescente lui faisait face. Leurs souffles se mêlaient tant leurs visages semblaient proche.

L’enivrante chaleur de leurs mouvements irradiait la scène. Il y avait comme un parfum de désir et tentation. Elles s’écartèrent un instant, affectionnant leurs charmes, entamant une rivalité mettant leurs propres corps à l’épreuve.

Naomi laissa glisser ses gestes le long de sa peau, affectionnant ses courbes et étirant son geste. L’adolescente le capta, attrapant le flux et guidant celui-ci. Irelia s’avança, plaçant ses paumes contre ses chevilles et remontant langoureusement jusqu’à ses cuisses. Elle agrippa ses reins, mordant ses lèvres, et continua sa course jusqu’à élever ses coudes. Elle tangua alors, la rivale se joignit à cet élan, pour que l’une se jette contre l’autre.

Elle éclata et s’échappa une fois de plus. Irelia conserva sa position au centre de la pièce et relâchant la tension qui l’enivrait, sa partenaire s’échappa dans les ombres de la représentation, fuyant en cadence pour qu’un nouvel éclat brille.

— Someone in the crowd could be the one you need to know
— The someone who could lift you off the ground
— Someone in the crowd could take you where you wanna go
— Someone in the crowd could make you
— Someone in the crowd could take you
— Flying off the ground
— If you’re the someone ready to be found

Suite à l’éclat des violons, les percussions d’un tambour résonnèrent dans la salle ainsi que le cuivre des trompettes. La chaleur des chants précédents s’écarta à la douceur d’un rythme d’il y a cent ans. Les voix s’élevèrent en onomatopée. Spectateur et acteur mêlaient leurs paroles. La représentation manquante débuta sous le bond de Summer et Irelia, qui s’avancèrent au devant de la scène.

Un regard complice, un sourire amusé, elles clôturèrent leurs poings et le claquement des phalanges annonça l’ouverture.

Le torse incliné, les deux danseuses se dressèrent sur la pointe de leur pied et leur corps entier orchestra le mouvement. Ce fut comme une mouvance inversée. Un coude partait en avant pendant que le second saluait le public. Les talons restaient parallèle pendant que les hanches oscillaient tel le pendule de l’horloge. Ensemble, elles provoquèrent les sifflements du public et les applaudissement des artistes.

Irelia vivait pour cet instant, le calme régnant dans son coeur et dans son corps, la fierté envahissait son être. Un tremblement de saxophone changea le rythme, forçant les deux comparses à se fixer et à partager cet ultime moment.

Paume contre paume, elles se tenaient l’une à l’autre, s’écartant pour former un arc. Elles relâchèrent leurs emprises et saluèrent la foule pour revenir face à l’autre. Elles firent une révérence, le même mouvement, un roulement d’épaule, et une jambe dressé. Un enchaînement simple, qu’elles répétèrent à la perfection. Irelia retrouva son égale, la joie l’habitait et ce masque ne pouvait l’empêcher d’afficher l’hilarité pour ce grand final.

Voici ce dont il s’agissait réellement. L’holographie s’effilocha aux sons des dernières notes, disparaissant progressivement et invitant le rideau à masquer les songes de cette représentation.

********************


Les heures venaient de défiler, depuis l’instant où le rideau fut baissé et que la famille retrouva son foyer. Irelia décomptait la moindre minute jusqu’à pouvoir rejoindre ce qui était encore son cocon. Plus que deux jours, et ils donneraient ce privilège à une autre enfant.

Au bas de la porte, elle s’immobilisa et n’imagina plus rentrer chez elle.

Que se passe-t-il, ma chérie ?
Ce n’est rien.

Elle éprouvait une étrange sensation, celle de répéter le rôle de cette soirée et de prolonger la pièce d’une paire d’heures supplémentaires. Une fausse expression s’invita à son visage, se voulant rassurante, elle tourna la poignée et retrouva la délicatesse de sa maison.

Rien n’était semblable à ses souvenirs. Ses iris occultaient les apparats disparates de carton et autres vieilleries destinées à quitter ce lieu. Elle en faisait partie d’une certaine façon. L’endroit était plongé dans la pénombre, il n’y avait qu’un seul faisceau qui semblait naître depuis les hauteurs de la rampe d’escalier. Un long souffle traversa son corps. L’éclairage soudain enclenché par son père la contraignit à clore ses paupières. Hamako s’avança dans la pièce et délaissa les souvenirs que la troupe lui avait offert à son dernier instant.

Elle n’y prêta pas attention, ce n’était pas ce qui la préoccupait.

Absente, elle commença son ascension silencieuse des marches. Un poids était en train de naître à ses épaules et grossissait à chaque enjambée. Le palier était finalement atteint. Lé porte était mi-close, responsable de cette lumière qu’elle avait distinguée à son arrivé. La charge était trop lourde,  désormais elle se sentait contrainte à baisser le regard. Un pas après l’autre, un geste et puis le suivant, tout se résumait à une danse. La paume de l’adolescente repoussa la porte, élargissant la vision qu’elle refusait de voir.

Airi était là, dans son lit, le teint livide et relevant péniblement le regard à l’apparition de sa fille.

Tu n’étais pas là, maman.

Irelia ne prononça rien de plus, rien de moins.

Elle ne lui adressa pas un regard.

Ses épaules se retournèrent et l’adolescente regagna sa chambre.

À la lumière du couloir, le dessin de charbon s’immobilisa dans une fresque semblable aux brumes, n’épargnant que son visage du dessin à l’encre.


Dernière édition par Irelia Alishina le Ven 8 Fév 2019 - 17:21, édité 2 fois
La Danseuse

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le Mar 5 Fév 2019 - 0:00

Deux jours avant le départ


Une porte claqua au sommet d’un perron, s’en suivit la démarche précipitée de l’adolescente dégringolant les marches quatre à quatre. Irelia laissa son visage s’inviter à la joie, ses iris volant des cieux jusqu’à la terre, elle s’affaira à remonter la fermeture éclaire de son gilet pour finalement rejoindre le trottoir.

Elle s’enchantait de cette journée, perdant son regard sur ce qu’elle se disposait à lui offrir.

Peut-être qu’elle ne s’attendait pas à tant pour un rencard. Le tintement d’une cloche de trame, l’éclat d’une enseigne silencieuse, les feuilles d’un cerisier s’envolèrent au gré des vents. Irelia avait en affection son poste d’observation, à la fenêtre de sa chambre. Pourtant, la proximité de la scène éclaircirait des plus splendides mystères.

Elle pouvait sentir ses oreilles vibrer à la cloche, être éblouie par le reflet de l’enseigne et saisir le nectar sucré que guidait l’air jusqu’à ses narines.

Irelia renoua les manches à hauteur de coude et brida ses mains au fond de ses poches. Elle n’avait besoin que de ses jambes pour la guider, nulle raison d’en douter, elles savaient où il fallait se rendre. Arpentant les trottoirs, contournant les cerisiers, patientant à l’autorisation colorée d’un feu, décrochant son portable en s’inquiétant de l’heure.

Loin de la piste, elle en oublia ses responsabilités, voici qu’elle ne cessait d’agrandir l’écart qu’elle accumulait, elle en devenait une piètre amie.

Bridant son attention, l’adolescente accéléra la cadence au risque d’en louper la beauté de San Fransokyo. Cette ville et ses toits de tuiles et de pointe, cette cité et ses éoliennes volantes sillonnant les cieux, cette métropole et ses habitants étaient aussi divergents qu’unique. La rêveuse s’en mordait les lèvres, occultant son regard devant le cohorte d’élèves partant vers un endroit inconnu mais établi par la maîtresse en tête de formation.

La marche se ralentissait et l’adolescente se retourna, abandonnant le vide à son dos, curieuse de voir quel embranchement ils allaient choisir. L’accident était inévitable. Une démarche interrompue en une collision, elle frotta l’arrière du crâne sous une grimace, elle ne s’y ferait plus prendre à ignorer les lampadaires. Ou au moins jusqu’à la prochaine distraction de ce spectacle éphémère, le seul qui ne manquait pas de spectateur, seulement d’auditeurs attentifs.

Ce divertissement se manifestait d’une bien curieuse manière. À la poche de son short, la vibration d’un portable remonta le long de sa cuisse jusqu’à ce que sa main parte à sa recherche. Un nom, un numéro, une photo ainsi qu’une invitation à y répondre.

Promis, je ne suis plus très loin.
Loin comment ?
Au coin de la caserne… Celle de Lombard Street…

Au travers du téléphone, elle imaginait son visage sans mal. Un claquement de langue, un soupir suivi d’une inspiration. Elle ne se privait pas de sourire nerveusement dans l’attente d’une réponse qui ne parvenait pas à ses oreilles.

Désolé ?
C’est bon, je t’attends.

L’écho du combiné. Irelia leva ses iris, rangeant téléphone à sa place et reprenant sa marche.

Elle s’élança à l’entrée d’une ruelle couverte de millier de parapluies aux tons bariolés ainsi qu’aux échoppes affriolantes. En d’autre temps, en d’autres exigences, elle se serait baladée d’un marchand à l’autre afin d’en admirer leurs merveilles. Il lui manquait le loisir de choisir. L’oeil se baladant en lieu et place de ses mains, elle s’offrait l’enthousiasme de quelques brins d’émerveillement, s’attachant à un objet sans avoir le luxe de s’acquitter de son éclat.

Pressant le pas, l’une de ses mains quitta le foyer de sa poche et subjuguant sa paume à son dos. Irelia se concentra, fermant ses paupières, visualisant l’objet de son désir. Celui-ci s’envola de son étalage et immisçant le chemin assuré par le jeu des doigts de l’adolescente, elle brisa finalement sa concentration quand sa main se referma sur le fruit de son larcin. Une fleur de soie, aux pourtours se dégradant du jade au grenat, s’en allait devenir une excuse. Invitant une nouvelle fois l’euphorie, elle croisa les mains dans son dos et s’élança dans plusieurs enjambées, car ce jour signerait les aveux d’un coeur.

Le nouveau tintement d’une cloche, plus délicat que celui d’un ferry, retentit à l’instant où elle poussa la porte du restaurant. Il se voulait gai, empli d’assurance, invitant celui qui l’entendait à prendre place chez Cass’ Coffee. L’illusion d’une scène, ses iris aux couleurs contradictoires parcouraient la salle jusqu’à ce qu’ils se perdent sur le visage de Yukiiro attelé à pianoter sur son téléphone.

Et voici !

Elle prit place devant son ami, il sursauta à la surprise et rangea son portable en lui accordant un geste. Elle s’accorda un bombement du torse, il avait changé ses habitudes pour ce jour, abandonnant ses vieux pulls, revêtant une chemise aux traits droits et une odeur légère printanière dans l’air.

Moins d’une heure de retard, tu es en nette progression, encore une dizaine d’années et tu ne manqueras plus aucun rendez-vous.
Très drôle.

Elle émit un rire clairement forcé, réponse à sa remarque, saisissant l’un des menus qu’elle guida vers son regard.

Alors…
Bagel à l’oeuf, milkshake framboise et cake au matcha ?

Arquant un sourcil et pivotant le regard, elle réprima l’étonnement pour laisser place à l’enjouement. Lui et elle, elle et lui, se connaissaient depuis ses premiers pas sur scène et partageaient plus que des souvenirs. Du moins, elle songeait à cela depuis bien des saisons.

Tu as déjà commandé ?
Et ça arrive dans cinq minutes. Une fois encore, je parviens à te surprendre et à viser juste.
Yukiiro, tu es impossible.
Pas impossible, improbable.

Elle laissa sa main flâner sur leur table, jouant de ses doigts avec ses couverts, attendant l’arrivée de Cass’ et de ses plats. Une explosion s’invita dans son coeur pour cette occasion. Heureusement que tout ceci se prolongerait jusqu’à ce que la lune ne fasse place au soleil.

Alors, quoi de nouveau ?
Depuis hier ? Rien.
Tu as été voir ta mère avant de venir ?

Irelia baissait le regard, ramenant sa main à elle jusqu’à la poser sur ses genoux, un voile caressait son visage et dessinait la culpabilité sur ses traits

Yukiiro, arrête de jouer les grands frères avec moi.
C’est juste que… je m’inquiète, Irelia. Toi et ta mère ? Vous êtes si proches l’une de l’autre que de vous imaginer en froid, j’y arrive juste pas. Et après ce que tu m’as raconté hier soir ? Pardon, mais…
Pour une fois, en dix ans, j’ai eu le droit à être au centre de l’attention. Il n’y avait que moi. Et… Elle n’y était pas.
Ton père n’a pas filmé le spectacle ?
C’est pas pareil. Comment tu réagirais si ta mère ne venait pas voir tes travaux au laboratoire ?
Tu sais très bien qu’elle s’en fiche.

Il tentait de reprendre possession de la discussion, posant coude et main sur la planche de bois, une tentative pour reprendre le contact. En d’autres temps, elle aurait répondu à cette invitation, sauf qu’une marque à l’encre passait sur son avant-bras.

Tu te trompes.
Le moins du monde. Elle et papa ne rêvent qu’à me voir derrière le comptoir de la boutique, ils n’ont toujours pas digéré le rachat de mon brevet par la Shin’ra.
Ça se passe comment ?

Irelia fixa l’occasion filer sous son nez, une corde de sortie, un échappatoire à d’autres paroles entre sa mère et elle. Un acte lâche. Elle connaissait son ami depuis tant de temps qu’elle était sans ignorer la méthode à utiliser, quelles distractions user, le subterfuge à dessiner. Une pointe perçait son coeur à l’usage de cet artifice, criblant la cible de sa rancoeur, usant de cela à son encontre.

Ça avance, tu n’y croirais pas. La semaine dernière, nous avons transporté l’esprit du chien sur une plage de Costa !
Tu sais qu’aucun n’a besoin de ta machine pour voyager, il lui suffit d’imaginer.
Pour quelqu’un comme toi, c’est facile. Mais pour quelqu’un comme ton père ? Ou mes parents ? Ils en auront bien besoin. Toi et moi pourrions créer l’univers qu’ils pourront visiter.

Yukiiro venait de profiter d’un moment envolé, l’un où l’adolescente venait de remettre ses mains sur la table. Il enfermait sa poigne dans la sienne. Elle était transportée, s’attardant un instant de trop sur ce geste, éclaircissant son visage d’une rare douceur.

Arrête, c’est impossible pour moi de faire ça. Le génie ? C’est toi.
Taper des lignes de code, c’est facile, la moitié de la ville est capable de le faire. Il suffit de te voir danser pour comprendre que tu voyages sans vaisseau.
Qu’est-ce que tu attends de moi, exactement ?

Il souriait, revenant en arrière et amenant son téléphone. Un fantôme déposa sa griffe sur les épaules d’Irelia, inondant de froid son corps, l’attristant à l’instant où la chaleur de Yukiiro l’avait quittée. Il dévoila son écran où se trouvait l’image d’une autre. Le froid s’immisçait au plus profond d’elle. À cette vision, elle s’interdit de lui parler de ce qu’elle ressentait, à son plus grand regret.

Tu sais qui elle est ?
Même mon père connait son nom, avec son dirigeable tâchant le ciel, c’est impossible de l’oublier.

Un ton acerbe, fourchant sa langue, attira le regard de Yukiiro ainsi que son interrogation. Il se contenta, néanmoins, de laisser son empressement poursuivre la démarche.

Oui, c’est vrai. D.Va est ambassadrice à la Shin’ra et c’est elle qui décide pour le patron des projets à financer ou à couler.
Elle te fait peur ?
Non, elle est trop cool pour ça. Tu savais qu’elle hébergeait une famille d’un autre monde ? Comme ça, par simple altruisme.

Il rangea de nouveau son portable, plongeant ses coudes contre la table, appuyant son regard et cherchant à plonger le sien dans les iris de la rêveuse. Il fallait être à deux pour jouer à ce jeu. Irelia se contentait de le chasser d’une envolée de cils, reposant l’attention vers d’autres horizons.

Il paraît, oui. Pourquoi est-ce que tu me parles d’elle ?
Ça fait bientôt un an que j’ai reçu ma bourse…
J’y étais, tu te souviens ?
Oui, mais… Dans un mois, il y aura…

L’ami de l’adolescente avait été stoppé, le repas étant arrivé à table et la gérante ayant offert le plus grand des appétits qui marqua ainsi le début du dîner. Dans l’empressement, elle chipa sa boisson qu’elle guida à sa bouche afin de s’exalter sous les saveurs sucrées et vanillées du milkshake. Elle avait besoin de ça. Avant de s’exaspérer sur le cheminement vers lequel tendait cette journée.

Il y aura une inspection du bâtiment des sciences par la Shin’ra, pour s’assurer de l’avancement des brevets et de savoir s’il ne s’agit pas d’un investissement à perte.
Et l’esprit du chien sur les plages ?
Ce n’est pas suffisant et… Enfin… Il est possible que, lors de mes rapports, j’ai exagéré l’avancement du projet…

Il murmurait presque ses mots, baissant le regard, honteux de cette révélation. Inconsciemment, Irelia se redressa sur sa chaise et passa le bout de ses doigts sur la joue de son ami, ravivant son coeur au tracé qu’elle guidait. Il suffisait d’un rien et le masque se fracassait sur le visage de la jeune fille, elle était donc incapable de lui en vouloir sur quoi que ce soit. Une pommade à sa rancoeur.

Tu es brillant, Yukiiro. Ça, j’en suis certaine. Il te suffit d’y travailler à fond et tu y arriveras.
Merci.
Allez, on mange maintenant ?
Est-ce que je peux te demander un service.

Une tentative infructueuse de taire cette discussion, elle aurait dû s’en douter et il ne lui restait plus qu’à observer l’expression qu’il lui offrait. À mi-chemin entre le supplice et la crainte.

Tout naturellement.
Il me faudrait un mois de plus, rien que ça.  Et…
Et…?
Pour D.Va.
Quoi ?

Le visage de l’adolescente se refermait de nouveau, guidant d’autres fresques à se dessiner, se former.

Elle est accro aux jeux-vidéos et elle est pas du genre à refuser un défi… En plus d’être l’émissaire de la Shin’ra.
Alors quoi ?
Moi, c’est pas la peine de me mettre sur une console, je ne vaux rien. Alors que toi ? Tu es brillante à ta manière et tu es capable de lui tenir tête sur l’un de ses jeux, il te suffira de parier un mois de travail supplémentaire sur mon projet.
Yukiiro, je suis aussi naze que toi.
Même sur les jeux de rythme ? Réfléchis, Irelia ! Il n’y a personne à l’école qui n’a jamais réussi à faire un meilleur score que toi à Just Dance ou à Dance Revolution, c’est du gâteau. Et puis, tu m’aiderais énormément. S’il-te-plait.

Glissant sur sa chaise, heurtant le dossier de ses omoplates, l’adolescente croisa les bras dans une mine renfrognée. Elle ne lui adressa, dorénavant, plus le moindre regard, allant jusqu’à la pointe du regret. Lui ? Il s’attelait dans ses éloges pour que la balance penche en sa faveur. En venait-elle à trop demander pour cet ami, à exiger plus que ce qu’il avait à offrir. Pécher par avarice. Les paroles de sa mère venait à la guider, lui rappelant que toute l’aide était bonne à offrir. Oserait-elle s’avouer comme moitié en refusant de l’épauler ?

Dans deux jours, je quitte la ville pour rejoindre les Jardins Radieux.
C’est pour cette raison que j’en parle maintenant et…
Il n’y a même pas internet là-bas ! On ne pourra plus se voir, j’avais idée que cette journée serait pour nous, rien qu’à nous.

Négligemment, elle amena sa main au visage, essuyant ses larmes avant qu’elle ne vienne à ses joues. Ignorant jusqu’à sa présence, elle fixa le ciel au travers de la fenêtre, cherchant à échapper à cette avalanche qui désirait l’emporter. Calmant sa respiration, rongeant ses ongles, un trait perla du haut de son épaule et périt à la base de son poignet, dessinant une trainée de flocons éphémères.

Pardon.

Il n’y avait ni joie, ni tristesse à l’apparence sur son visage.

Je peux le faire, pour toi.
Merci ! Merci Irelia… Tu iras la voir avant de partir ? Si t’y arrives, je jure de venir voir ton premier spectacle au Consulat.
Ça ira. Même si ton plan est stupide !

Un sourire pointait à la hauteur de ses lèvres. Elle était soudainement devenue distante à cette histoire, oubliant presque ce qui venait de déferler ses sens.

J’irai après-demain, avant le décollage, tu m’y retrouveras avant qu’il ne décolle ?
Quel ami serais-je, si je ne venais pas ?
Tu pourrais être plus que ça…
Il neige dehors, comment est-ce que c’est possible… Pardon, qu’est ce que tu as dit ?

Elle détourna le regard, observant maintenant la fenêtre, de fins flocons chutaient du ciel. Cette vision possédait le don de la calmer. Ephémère neige. Elle aurait espéré pouvoir y jouer avec Yukiiro, disposer de son temps à ses côtés et ne pas avoir eu à répondre à cette demande. Ne pas se sentir aussi idiote. Une étincelle de joie pointait au visage de l’adolescent. Elle était parvenue à réussir cet exploit.



La veille du départ


Une toile rendue vierge par aplat unicolore, un endroit mort d’émotion, l’espace vide de tous les souvenirs qu’avait tant affectionné Irelia. Au centre du tableau, encadrée par la fenêtre, l’adolescente égarait son regard dans le vide de la ville.

Ceci, son poste d’observation, perdait en saveur au crépuscule de sa dernière nuit.

Les pieds dans le vide, battant ceux-ci au gré du vent, elle jouait de son pouce sur l’écran de son portable. Ses iris se figeaient sur une image, un moment capté de Yukiiro et elle-même, métamorphosant les courbes de son sourire afin de les élever. L’âme scindée, une partie se réjouissait et la seconde maudissait la veille. Elle plongea sa main libre au fond de sa poche, libérant la fleur de soie de sa prison sans lumière et déposant l’origami en tissu sur l’appui de fenêtre. Ils auraient pu passer de meilleurs moments, jusqu’à ce que l’un redécouvre l’autre.

Irelia jonglait entre ses applications, se plongeant dans celle qu’elle recherchait et agrippant une paire d’écouteurs. Le jeu des doigts sur le clavier bicolore, les cordes frappées avec délicatesse, une voix envoutante. Elle changeait de position, collant son échine à l’encadrement et guidant ses genoux à la poitrine.

Morning sunshine, you are always smiling when I open my… My eyes do shine, radiate like a nuclear dense cloud.

En canon, la rêveuse accompagnait la chanteuse de sa mélodie. L’une de ses jambes se séparait de sa jumelle, s’appuyant contre l’encadrement, laissant ses doigts prendre la place du pianiste. L’index tendu, elle martelait sans cesse, guidant jusqu’à la note suivante. Un courant d’air vint la cueillir, sa chevelure charbon s’envolant aux cieux et obscurcissant son visage. Une ombre au coin de l’oeil, une crainte, un nouveau souvenir qui s’en allait  disparaître. L’orchidée s’envola. L’adolescente tendit son bras d’un geste. Inutile, le débris d’un souvenir était déjà loin.

Une inspiration courte, elle bloqua sa respiration et déclina sa main pour élever sa paume aux cieux. Un torrent semblait traverser ses iris. Deux doigts se joignaient à la paume, laissant trois autres tendues, happant l’objet sous son désir. La fleur de grenat et de jade se stoppa dans les airs.

Na nana nana nananana boy you make me dance. Na nana nana nananana you put me in a trance

Le souffle reprit, bombant le torse, la chanson reprenait alors que sa main se joignait à elle. Dans une valse, la fleur de soie retourna à sa place, tournant et virevoltant jusqu’à atterrir sur ses genoux.

Avec délicatesse, elle caressa les pétales de tissu pour s’acquitter de son éclat de mémoire. Les paupières se refermaient alors qu’elle déposait son crâne contre le bois. Elle aurait apprécié jouer du piano. Elle aurait aimé être la vedette d’un groupe. Elle aurait désiré que son koto ne soit pas enfouie sous la masse de carton. Elle aurait préféré que cette journée soit sous d’autres augures. L’extirpant de la morosité, la chaleur d’une caresse s’invita à son épaule, lui dégageant l’esprit. Irelia détourna son regard de la fenêtre, découvrant les traits fatigués de sa mère.

Un moment gênée, elle hésitait entre répondre à son sourire et retourner à son observation silencieuse. Certaines paroles entendues la veille revenaient à son esprit. L’adolescente enlevait ses écouteurs d’un air nonchalant, gonflant sa poche à l’ajout de ses écouteurs.

Il y a un problème ?
Aucun, je voulais te demander de descendre pour m’aider. C’est d’accord ?

Irelia acquiesça silencieusement, tournant sur elle-même dans une vrille pour rejoindre le parquet sans âme. À hauteur de sa mère, elle se permit un sourire. Elle y répondit en la copiant. D’un mouvement de tête, l’une invitait la seconde à la suivre jusqu’à la cage d’escalier et ensuite le salon.

Elle avait la sensation de chemin de croix, traversant le berceau de sa vie en envisageant ce qu’il était devenu et ce qu’il allait devenir.

Il y avait là, dans le couloir, les meubles vides d’apparat et aux marques de poussière. Des espaces aux murs, des places déteintes, des marques de son passage dans ces galeries et le manque de ce qui faisait de cette maison un endroit magique. On pouvait deviner le spectre de ses jeunes années, arpentant les couloirs et glissant sur la rampe d’escalier jusqu’à la cuisine. Le visage de sa mère, autrefois si radieux, l’accueillait aux pieds des marches et l’enlaçait dans un boogie. Elle détourna lentement le regard, invitant un sourire gêné sur son visage. La rêveuse se désirait sincère, elle avait besoin d’être pardonnée. Il avait eu raison de lui rappeler.

Tenant la rampe d’une main, glissant ses doigts le long du mur au papier défraîchi, elle atteignit les canapés du salon sous leur linceul de plastique. Ci-gisait, sur les meubles de cette pièce, l’ultime marque de la famille Alishina entre ces quatre murs.

Maman.

Irelia tournait sur elle-même, pivotant à la recherche de sa mère s’asseyant à un fauteuil sans douceur. Elle grimaça, l’espace d’un battement de cils, chassant ses expressions lorsque sa fille s’y attardait.

Ça va ?
Il y a des jours avec, d’autres sans.

L’adolescente reflétait l’idiotie, cherchant à nimber sa vision sous d’autres songes, cachant ce qu’elle se refusait à défier.

Maman, pour avant-hier, je veux…
Ce n’est pas la peine.

Airi invita le sourire à son tour. Elle tendit la main, incitant sa fille à la rejoindre, l’engageant naturellement à poursuivre leur rituel. Douce, elle laissait sa fille se poser auprès d’elle, conviant cet enfant au creux de son cou et glissant sa main dans sa chevelure, délicatement.

Lors de ton entrée à l’Académie, je fais le serment d’être présente pour chacune de tes représentations.
Et ta maladie ?
Une fois là-bas, ça ira mieux. L’air d’un nouveau monde me fera le plus grand bien.
Si ça ne vas pas mieux…?

L’adolescente émergea de son cocon, se redressant, tournant et attachant ses iris aux siennes.

Ça ira, tu peux me faire confiance.

Les traits figés, s’étirant à un rythme traînant. Irelia ne guidait pas cette danse et se contentait de suivre les pas. Enrôlant son masque, elle dégagea son visage pour replonger à son étreinte. Elles partageaient ce moment bercé. La rêveuse aurait apprécié qu’il s’agisse d’un moment sincère, que les décombres de ses chamailleries seraient balayées et non enfouies au plus profond d’un mensonge. Une épreuve parvint à défaire cette toile, une vibration remontant aux oreilles des deux acteurs, le portable d’Irelia exigeant sa part d’attention.

Elles étaient figées, brisant cette union pour que l’adolescente puisse répondre à cet appel. Il n’y avait qu’une invitation à décrocher sans nom et sans indication. Bridée par l’interrogation, elle attendait le quatrième rappel avant de guider l’appareil à son oreille. Ni souffle ni voix, le simple crissement d’un haut-parleur silencieux.

Allo ?

Un silence lourd, le simple crépitement d’une enceinte silencieuse. Hésitante, Irelia ramena le portable à ses yeux dans le doute d’avoir répondu, puis guida l’appareil une seconde fois à son oreille.

— Dans leur course vagabonde

— Les mortels sont entraînés,
— Ta destinée se guide à un monde,

— Soufflent les brises des envolés,
— Et à l’ombre du rotonde
— Le Poète saura te diriger

Les mots s’éteignirent dans le combiné, conclus dans une tonalité et le signal du portable. Intriguée, la rêveuse fixait l’écran. Interpellant la mère qui s’en allait au questionnement.

Qui était-ce ?
Rien, ce n’était rien.

Elle rangea l’appareil dans l’une de ses poches, reportant cette interrogation à un autre moment et accordant l’attention qu’appelait sa mère. L’esprit de l’adolescente se permit de divaguer, ouvrant la porte de l’imaginaire, esquivant la théorie de l’erreur de cet appel. Une farce d’un vagabond de la ville, cherchant à induire l’inquiétude dans un coeur pour le plaisir de la caricature. La persistance d’une déclaration perdue dans l’immensité de l’univers. L’appel à l’aide d’un aéronef dérivant dans l’immatérielle bleuté d’étoile.

La tête dans les nuages ?
Pardon…
C’est bon signe, tu restes toi-même.

Airi osait l’interpeler, glissant une caresse à sa fille avant de l’inviter à s’écarter.

On s’occupe des derniers cartons, ensemble ?
Demain sera une grosse journée, laisse-moi faire pour cette fois.
Tu n’es pas obligée de le faire « normalement ».

Irelia tourna le regard, dévisageant sa mère, curieuse des mots qu’elle venait d’entendre.

Mais papa…
Ce qu’il ignore ne le tracasse pas.Vas-y, tu es si calme quand tu fais ça et puis… Ça nous fera moins d’effort.
D’accord.

Elle souriait, délicatement, guidant ses jambes à se croiser à hauteurs des chevilles. Inspirant, exprimant. Une étreinte se glissa à son poignet et gonfla jusqu’au frisson. Le regard d’Irelia reflétait un étrange éclat alors qu’autour d’elle, la pièce semblait prendre vie.

Levant ses mains en cadence, les doigts chutant sous la gravité, elle dirigea ses iris jusqu’au carton bordant les murs du salon. Semblable à l’envol des éléphants, les boxes de rangements s’élevèrent du sol et empruntèrent une trajectoire imaginée par la rêveuse, atterrissant en silence sur le sol et ouvrant leurs oreilles dans l’attente d’être comblées. Plongeant dans les coussins, Airi fixa par alternance  le spectacle irréaliste et les mimiques de sa fille, cette dernière ayant effacé sa présence de ce monde, se glissant dans ses fantasmes pour orchestrer la pièce.

D’une poigne assurée, l’un des membres se redressa et s’élança en pointe. L’esprit de la rêveuse se liait à chaque trace de passage de sa famille en ce lieu, accordant une pensée à ce qui changeait le bibelot en artéfact. Dévoilant sa paume telle la naissance d’une fleur, les décorations du salon s’envolèrent et s’affairèrent à joindre la ronde que venaient de quitter les cartons à ses pieds.

Le corps en silence, ses doigts en cadence, Irelia se sentit pareille au chef d’orchestre tout en dirigeant la vie éphémère qu’elle accordait aux breloques.

Semblable à une caresse, la seconde main de la rêveuse glissa et s’affréta à habiller de plastique ou de papier la guirlande d’objets. Elle s’autorisait à l’enthousiasme. Brillant à ce spectacle où les mouvements qu’elle dessinaient se transmettaient à l’air. La ligne de souvenir, s’emballant et terminant sa course dans les cartons, approcha du final qu’ils attendaient. La vie qu’elle offrait s’éteignit alors, accordant ses gestes dans la fermeture des oreilles de carton.

La représentation se clôturait, sans applaudissement, n’ayant pour récompense que la satisfaction de l’auditeur et une douleur pointant au front de la rêveuse.

Tu m’impressionnes chaque jour un peu plus, ma chérie.
Demande à papa de lever l’interdiction et je ferais plus souvent la vaisselle.
Qu’est-ce qu’il répondrait à ça ?

Elle resta silencieuse, le temps un battement de coeur, baissant les yeux au sol.

Il a peur de ce que je suis.
Pourquoi est-ce tu dis ça, ton père t’aime et…
Ça fait trois jours qu’il ne me parle plus, depuis l’incident au parc.
Irelia, écoute.

La mère se redressa, quittant le plastique d’un canapé recouvert, posant ses genoux au sol. Emprisonnant ses mains à son visage. La supplique glissait sur ses traits.

Ton père est ce qu’il est, ton devoir est de ne pas le juger. Il a sacrifié plus que tu ne crois pour toi. L’Académie du Consulat, notre nouvelle maison, ton avenir ? Il n’y a pas une de ses pensées qui ne t’ait pas été adressée.
Alors, pourquoi est-ce qu’il m’interdit de faire quoi que ce soit ?
Il a peur.
C’est ce que j’disais…

Elle se détacha du regard de sa mère, plongeant après un autre songe tandis que les pigments à son échine s’animaient dans une nouvelle fresque.  Airi, le corps lasse mais le regard vif, distingua ce changement et s’attela à prendre le pas face à ce changement.

Il n’a pas peur de toi, ma chérie.
Maman, je n’aime pas quand tu me mens.
Ton don est aussi une malédiction et il a peur que tu ne l’utilises mal. Au parc ? Tu t’es laissé emporté et regarde ce qui c’est produit.
Ce n’était pas ma faute.

Le pigment se figea alors, creusant le peau de noir et laissant un astre unique au sommet de sa mosaïque. La nuit prenait place sur son corps et la lumière se tamisait au travers des fenêtres. La rêveuse s’immobilisa, se calma, passant ses mains sur ses paupières.

Pardon, maman.
Irelia, ça va ?
Oui, oui. Il faut que je me calme, tu as raison.

Elle se redressa, heureuse en apparence, s’écartant de sa mère pour attraper l’un des cartons qu’elle venait de remplir. La rêveuse était détendue. Elle n’avait besoin de rien de plus ou de moins.

Tu veux ranger ça où ? Dans le couloir ou on laisse les cartons dans un coin du salon ?
Est-ce que ça va, Irelia ?
Oui maman ! Je suis calme, maintenant. Une fois que j’aurai terminé, nous pourrons nous rendre au parc et terminé notre ballade ?
D’accord, mais ne te fatigue pas pour ça.

Irelia haussa les épaules, les cartons au bout de ses bras, reflétant une joie nouvelle à ses traits alors qu’elle s’affairait à sa nouvelle corvée. Airi retourna à son fauteuil en ne délaissant pas sa fille de ses yeux. L’une comme l’autre se connaissaient. L’une et l’autre savaient à quoi s’en tenir. Loin du réconfort, l’inquiétude s’immisçait à son visage face à l’automatisme dénué des empreintes de la rêveuse. Elle semblait s’être évanouie, baignant à l’excès de l’euphorie.

À l’aube d’une nouvelle vie, d’un monde nouveau, du rêve de sa fille,  Airi ne parvenait pas à se réjouir devant ces changements de comportement toujours plus fréquents.



Questions


1) Votre personnage est-il capable d’aimer, d’avoir une relation ?
— Oui, par ailleurs, elle a déjà quelques sentiments envers Yukiiro. Il n'est pas impossible que ça change.

2) Si l’esprit de votre personnage s’incarnait en un animal mythologique ou chimérique ou réel (nuances acceptées). Que serait-il ?
— Le lémurien, cet animal aux grands yeux et observant toujours ce qui l'entoure au sommet de son perchoir.

3) Qu’en est-il de la fidélité et de l’esprit de camaraderie de votre personnage ?
— Avec son éducation, elle estime que la fidélité est primordiale et que ses besoins doivent passer au deuxième plan. Pour ce qui est de la camaraderie, il ne suffit pas de partager quelque chose avec Irelia pour qu'elle vous considère comme ami. Il s'agit d'un travail de longue haleine pour y parvenir.

4) En vue de votre race, quand pouvez-vous dire que votre personnage a forgé une amitié. Citez quelques unes de vos relations amicales.
— Elle n'a réellement qu'un ami et il s'agit de Yukiiro, un ami d'enfance et avec qui elle a grandi. Rien d'exceptionnel pour un humain !

5) Quelle est la devise de votre personnage ? S'il y en a plusieurs, donnez les toutes.
— L'impossible est à un baiser de la réalité.

6) Vis à vis de votre façon d'écrire, quels sont vos points forts et points faibles?
— Les points faibles, ils ne sont pas difficiles à connaître et il reste le même depuis longtemps. L'orthographe, la conjugaison et la grammaire. Il y a aussi un problème de flemme inhérent à mon envie, ou non, à faire sciemment de la merde ! Même si, j'me soigne, c'est déjà un effort.
Pour les points forts, j'estime être une personne qui n'a peur de prendre des risques et j'essayerai toujours d'innover. À l'inverse de bonnes idées, j'ai des idées inédites !

7) Pourquoi incarner ce personnage ?
— Il y a deux raisons à ça. La première ? Il s'agit de l'envie d'utilisation d'une série de compétences, j'ai eu un feeling et j'ai clairement eu envie d'en faire quelque chose. La seconde ? Parce que je pense que ce personnage réunit mes qualités et mes défauts des quatre personnages que j'ai interprété sur le forum.

Comme j'le dis au-dessus ? J'ai envie d'innover et de faire quelque chose d'autre. Ici, j'pense qu'Irelia est typement le truc qui me fera évoluer en bien. Toutes les choses que je maîtrise sont poussés au stade supérieur et j'me lance dans le domaine de la danse auquel je n'y connais rien. C'est un défi total, l'écriture de cette fiche n'à clairement pas été facile mais ça à été une joie de la créer et d'imaginer jusqu'où elle ira.

Et puis, j'aime le Consulat. C'est un choix du coeur. Après l'artisan, place à l'artiste !


Dernière édition par Irelia Alishina le Ven 8 Fév 2019 - 17:21, édité 1 fois
Le Drapeau Blanc

Feuille de personnage
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le Ven 8 Fév 2019 - 16:12
Salut ! Alors… Une nouvelle fiche qui vise le Maréchal. Je vais donc la traiter comme telle, c’est-à-dire de manière pointue et hyper-critique. Je compte tout traiter en jugeant davantage la fiche comme « maréchal ou non » plutôt que comme une autre fiche. Qu’est-ce qui fait de cette fiche une fiche de Maréchal, qu’est-ce qui fait que ça n’en est pas une ?
Je dis nouvelle mais c’est du coup un exercice que je n’ai pas fait depuis longtemps.


Bon. Déjà, j’ai commencé à lire la fiche en me disant « Irélia… ». L’avatar n’induisant pas qu’il s’agit d’une façon ou d’une autre de celle de League of Legends, mais ne l’excluant pas non plus… Disons qu’il n’y a pas de hasard. Je me suis dit qu’il devait forcément y avoir un lien. Connaissant ton projet quant à son groupe, j’ai commencé à lire. J’ai vite compris, mais ce n’était pas forcément un secret. Tu joues beaucoup au début avec tout ce qui tourne autour du vent. Ca va un peu se diluer au fil du rp. Le tout début me plait pas mal, donc tout le passage où elle regarde le vent soulever des feuilles, « embêter » des gens, ainsi que sa discussion avec sa mère. On a la surprise du style qui est vraiment très différent de ce à quoi tu nous as habitués, je dois dire que je ne t’ai pas reconnu derrière le texte, donc c’est une très bonne chose. La description du début est sympa, je comprends très vite le rapport à la danse, et c’est une bonne chose de manière générale puisque tu vas t’amuser à décrire beaucoup d’éléments avec du lexique de danse. Bon tu vas pas nous parler d’entrechat mais des trucs du genre :


« Emballant ses doigts les uns avec les autres, orchestrant un ballet gêné, elle conclut son geste d’une enjambée en direction de sa mère. »


C’est assez classique pour un consul, c’est quelque chose qu’on voit souvent, de s’arranger pour voir l’univers entier à travers le prisme de l’art. Mais c’est bien, ça donne un style.
Il y a depuis le début et jusqu’à la fin, une véritable recherche dans la construction d’une description. Et je dois dire que ça m’épate. Je n’ai pas tout aimé, genre vraiment pas tout, mais… j’ai par exemple beaucoup aimé :


« Elle accompagnait la lassitude depuis son poste d’observateur, attentive à capter la beauté du quotidien et ses tracas de passage. »


Donc tu ornes, tu agences bien tes phrases, ça fait un tout très joli, c’est assez poétique, ça chante bien. Bref, il y a de la recherche et ça c’est déjà excellent puisqu’on ne va pas se mentir… Un Maréchal sans BEAUCOUP de boulot, sans un gros travail, ce n’est pas possible. Ici, je suis vraiment content de voir à quel point tout ça n’est pas naturel. Ca a l’air péjoratif mais non. Comme je complimente un style comme celui d’Arthur parce qu’il accomplit un travail difficile, je complimente celui-ci. C’est pas facile, moi-même, je ne peux pas faire pendant 25 pages word ce que toi tu as fait.


Viens le dialogue, qui est encore dans le « début » que j’ai bien aimé, jusqu’au départ de la mère. Je l’aime bien, c’est agréable à lire mais v’là le dialogue de tutoriel de jeu vidéo que tu nous sers. J’ai pas trop envie de développer ça, je trouve que c’est un dialogue qui… sert trop au lecteur et qui ne sert pas le récit. Genre « Ah je comprends qu’elle est très tête en l’air, que c’est un esprit libre et… oh ! Ils vont s’en aller ! » Choses que, pardon, on avait déjà comprises. Donc le « Tu n’oublies pas qu’on va bientôt déménager » ou que sais-je assez… faux et inutile. Bien sûr qu’elle ne l’oublies pas. Bon heureusement tu fais pas non plus croire que c’est une vraie question, c’est rhétorique mais enfin. Je l’aurais aimé plus… probable.


Et on entre dans une partie qu’honnêtement, je n’ai pas aimée. En lisant ça, j’ai eu assez peur. Elle commence à « ranger » sa chambre et… et bien je trouve qu’on va dans l’exagération au niveau du style. J’aime quand les mots sonnent, quand on agence les mots de telle manière à ce qu’ils résonnent entre eux, qu’on comprenne moins pour davantage se dire « Woah, c’est bien écrit ». Mais je n’aime pas quand dans ce genre de texte, les mots servent juste à alourdir le texte. Alors t’aurais incarné Dracula, j’aurais rien dit. Mais pour moi, alors que tu veux incarner un symbole de légèreté, quand tu veux incarner un esprit libre et jeune, ton style doit être léger, libre, jeune.
Prenons ça :
« La chose s’étalait sur le sol, s’ouvrant au monde telle une fleur de lotus au matin de sa vie. La joie rayonnait sur le visage d’Irelia qui, malgré le tissu froissé, ravivait le doux souvenir du jour de leur rencontre. Un haut simple dont le col partait telle une pointe, un noir des plus simple, accompagnant les couleurs délavées d’une estampe représentant l’un des musiciens de la ville. Agrippant celui-ci de ses mains, elle amena le tissu à son visage et ressentit encore toute la tension du spectacle durant lequel ils ne faisaient qu’un. La rétine brillante, la jeune fille déposa celui-ci sur son lit avant d’attraper le pyjama qui n’avait eu de cesse que de l’accompagner lors de la morosité de cette journée. »


Ca c’est très bien. On comprend tout, on comprend la scène, on imagine l’explosion de souvenirs et de sentiments chez ton personnage. On sent l’émotion.


« Il y avait, non loin de son lit, un amoncellement plus important que ne l’étaient les autres. Un tas, informe et pointant à des hauteurs proches de celle de l’adolescente, reposait et accumulait tout ce qu’elle avait jamais porté sur ses épaules. [b]Le creuset d’une palette de couleurs et de textures, tissus et teintures se mélangeant uniformément dans une oeuvre impalpable, méconnue. Représentation et attestation de la honte qui s’invitait sur les joues d’Irelia, les traits de son visage changèrent dans une expression d’émerveillement alors qu’elle s’abaissait et s’extasiait devant la relique d’une réalité.[b] La sienne. »


Alors on comprend. Mais je trouve ça lourd, et je trouve que c’est beaucoup pour pas grand chose. Prends « Représentation et attestation de la honte qui s’invitait les joues d’Irélia » C’est une bonne idée, comme écriture. C’est bien vu de se dire « Ah ! La pile de vêtements, c’est honteux pour Irélia donc… La pile de vêtements représente la honte qui fait rougir Irélia. »
C’est bien. Mais… Allez, je vais avoir l’air d’un gorille mais y a beaucoup de mots de plus de trois syllabes. Tu vas me dire qu’on s’en fout mais… Impalpable, uniformément, représentation, attestation. C’est pas très aéré, en fait.
Déjà, puisque représentation et attestation viennent plus ou moins dire la même chose, pourquoi ne pas virer l’attestation. C’est bon, représentation fait le taf. Ton but, je pense, avec ce personnage, n’est pas de faire un style intelligent. Ton but est de faire quelque chose de beau à l’oreille, de léger mais clairement… de confus. Au lieu de quelque chose de clair, on voit et on imagine des taches, un fourmillement d’idées et de couleurs, comme ici : « Bondissant tel un fauve, Myrenda se colla à l’adolescente et fit éclater une gerbe multicolore aux milles reflets sous la lumière du projecteur. Inondant alors le canapé et invitant l’étonnement. Le regard vers le ciel et la main contre le front, elle jouait l’artiste exténuée, jusqu’à ce qu’un guide ne l’invite à prendre place au tableau. » Ca c’est très bien.


Un autre moment :


« Le regard perdu, un oeil aux aguets, rien ne semblait combler le mutisme de l’ennui. Amorphe, elle laissa chuter sa tête sur la droite, les murs semblaient s’étirer sous sa prunelle en cadence avec la pile de souvenir qui prenait l’allure d’une montagne infranchissable. Un murmure quittait son sommet pour se glisser jusqu’aux oreilles de la paresseuse, vicieux, l’accablant jusqu’à ce qu’elle cède et reprenne sa longue et fastidieuse tâche. »


Alors ici, c’est un petit peu différent, je l’accorde. Ton personnage s’ennuie, il est donc cohérent que le style soit plus ennuyeux. Oui mais ton but n’est quand même pas d’ennuyer, à mon sens. Ici, c’est assez lourd.
Plus tard tu utiliseras girasol. Sérieusement je connais l’étymologie (hum hum) mais dans le contexte de la phrase j’ai juste pas vraiment compris ce que ça voulait dire parce que j’ai pas trouvé de définition pour un adjectif « girasol ».


Bref, je suis passé dans ce passage, jusqu’à la promenade, d’un paragraphe lourd à un paragraphe léger. Et j’ai trouvé la lecture assez pénible, je vais clairement pas m’en cacher. Ca s’améliore quand même quand elle commence à danser, là j’ai trouvé ça assez bon. L’image de la toupie était bonne.


Alors la promenade. En fait je vais remettre ça dans le contexte de la lecture. Comme tu l’as compris, je n’ai pas aimé le passage avant. Oui c’était très bien écrit et le style est excellent mais j’étais… ennuyé par le texte. Du coup j’avais peur d’un Axio, j’avais peur de lire quelque chose qui est bon mais de m’ennuyer jusqu’à la fin. Alors… si ton style va quand même garder ses excès de lyrisme de temps en temps, à mon sens… j’ai au moins trouvé le passage de la promenade vraiment chouette. Il est très fort. Ton idée pour ce tatouage (si j’ai bien compris, hein. Clairement ta description est confuse et c’est une très bonne chose) qui vient gagner du terrain, qui vient colorer sa peau et bon (Chevalier du ciel, on s’est bien compris) c’est super j’aime beaucoup. J’aimais pas trop de base l’idée d’utiliser sa peau comme support, mais ici c’est vraiment excellent, la description et la tension sont très fortes, la dispute est assez bonne.


Il y a quand même une chose que je n’ai pas comprise : « Il tentait de gagner la complicité de sa fille, jouant les charmeurs qui offre un sourire. Toutefois, il n’obtenait rien d’autre que le refus et le revers d’une main. »


Pour moi ces deux phrases ne reflètent pas vraiment la réalité du moment ou une autre d’ailleurs. Irélia ne veut pas décevoir son père mais en a marre qu’il la bride. Lui, il… l’engueule déjà plus ou moins en la prenant pour une gamine et tu écris qu’il veut gagner la complicité de sa fille en jouant les charmeurs qui sourit. Il vient de la traîter de gamine. Je comprends pas.


Autre chose, j’en parle maintenant mais j’aurais pu en parler à n’importe quel autre moment. Tu as une certaine cohérence dans tes descriptions et dans ta narration. Mais sur les dialogues, y a un problème. Ton personnage, Irélia… parle parfois de manière aussi élégante que la narration, et puis de temps en temps comme une ado normale. Genre elle dit « Tu accuses sa fatigue pour pouvoir rentrer » à son père. C’est très imagé, c’est bien dit pour une ado. Alors peut-être qu’elle parle juste bien. Comme quand elle dit « Nous pourrions sortir toi et moi avant que papa ne revienne ». Bon ça a l’air très bête mais imagine-le à l’oral, peu de personnes parlent vraiment comme ça. J’ai même envie d’aller jusqu’à « Plus de maladie et de peur » qui est… une parole vraiment belle mais… quand je regarde toutes ses autres paroles :


« — Tu veux ranger ça où ? Dans le couloir ou on laisse les cartons dans un coin du salon ? »
— Yukiiro, je suis aussi naze que toi.
— Arrête, c’est impossible pour moi de faire ça. Le génie ? C’est toi. »


La différence est pas énorme mais elle est là. Il faut être attentif à ça. Ca pourrait être expliqué par l’interlocuteur à qui elle parle. Oui sauf que elle peut changer de registre de langage avec la même personne.


Par ailleurs je suis content d’avoir l’occasion de dire ce que je vais dire officiellement, même si tu m’as déjà entendu à ce sujet : Les points d’interrogation que tu fous partout. « Le génie ? C’est toi. » C’est pas une question, le génie, c’est une emphase (donc une manière de mettre en évidence un groupe de mots). Au lieu de dire « C’est toi le génie » (qui est déjà une emphase sur « toi »), tu isoles « le génie ». Donc à mon sens, c’est pas juste « bizarre », c’est une faute. D’ailleurs quand on lit une phrase avec une emphase de ce genre, l’intonation ne marque pas une interrogation.

Par exemple si je dis : le meilleur admin, c’est Xaldin. Je ne pose pas de question (déjà parce que c’est évident) mais surtout parce que si je lis « Le meilleur admin, c’est Xaldin », on n’entend pas l’interrogation.

« Tout ce que j’avais envie, c’était d’être avec maman, plus de maladie ou de peur. Elle et son sourire… C’est tout ce que je voulais… Rien d’autre… »

Alors « tout ce que j’avais envie », c’est pour le coup une faute grammaticale, on ne peut même pas ranger ça dans le registre familier. Tout comme on ne peut pas dire « le livre que je parle est vraiment chouette », on ne peut pas dire « tout ce que j’ai envie. » Il faut bien sûr dire « Tout ce dont j’avais envie ». Anéfé… on a envie de quelque chose. On ne dit pas « J’ai envie quelque chose. » C’est un verbe qui appelle un complément indirect introduit par « de ».

Vient la troisième grosse partie qui est elle-même divisée en trois moments : les coulisses du spectacle, le spectacle, l’après.

Pour faire un topo rapide, le spectacle et l’après, pas de souci, c’était chouette.

Les coulisses du spectacle, j’ai pas aimé.

Alors les coulisses du spectacle. Franchement, je me suis demandé à quoi servait tout ça. Pour moi, à nouveau, ça sert plus le lecteur que le récit… Et on aurait pu tout apprendre durant le spectacle, ça aurait été parfait.
Clairement, le fait que je n’ai pas aimé cette partie vient d’une première appréciation : j’ai trouvé tout ce que faisait le metteur en scène méga con. Toutes ses répliques sont connes. Alors, c’est pas un crime de faire un personnage qui est un peu plus obtus. Est-ce que c’était fait exprès, c’est la question qu’on peut se poser. Mais en admettant que oui… Bah… Pourquoi ? Je veux pas être méchant mais pourquoi on se tape un moment assez long de « toi tu fais ça, toi tu fais ça » ordonné par un gros con, si derrière notre vision de ton personnage n’est pas vraiment… impactée. Genre j’ai pas appris grand-chose. Alors si, on apprend qu’elle est pas vraiment Miss Popular parce que… en substance, elle est parfaite. Bon déjà… J’ai pas trouvé que c’était une idée sensationnelle, mais surtout, on le « découvrira » plus tard durant la danse où tu préciseras que toute l’amitié de la scène n’est que feinte. Bah voilà, très bien.

Est-ce qu’un passage dans un rp doit être utile ? Je me pose du coup cette question et j’ai bien sûr envie de dire non. Mais comme je le conclus souvent : ça ne doit pas être utile/original mais ça doit être intéressant.

Et il n’y a qu’une seule chose qui m’intéresse vraiment dans cette partie, et malheureusement je ne pense pas que c’était aussi volontaire que ça, de ta part : la confusion autour de l’égo d’Irélia. Pour moi, (je peux me tromper, t’as peut-être voulu toucher une telle subtilité mais pour être honnête, on dirait un petit accident de récit (très intéressant tout de même)… ) le narrateur qui est clairement au-dessus de l’épaule d’Irélia, nous décrit une Irélia très humble.

Une dernière parenthèse avant de continuer, je distingue l’Irélia qui danse de l’Irélia qui ne danse pas. En effet, je crois qu’il n’y a aucune humilité chez elle quand elle danse, parce que c’est la passion qui parle.

Mais donc, tu nous décris une Irélia très humble, qui a un peu honte d’être récompensée, qui ne veut pas être au centre de l’attention, blablabla. Et… « Un oeil à l’affut, l’adolescente tourna le regard à la remarque de Naomi. Elle désirait tant rouler des yeux jusqu’à en perdre la raison, par simple agacement. Irelia se releva rapidement, s’éloignant de l’attroupement et des paroles perfides de la danseuse au cheveux d’avoine. Elles auraient pu être amies, s’amuser et s’élever sous les projecteurs ! Le destin s’était résolu à résumer cette histoire à celle d’une rivalité. Si seulement elle pouvait l’assumer, ce rôle, toujours une gamme de retard. »

Autant il est clair ici que c’est le point de vue d’Irélia qui est décrit par le narrateur, autant ça passe tellement inaperçu dans le tout que j’étais là en mode… Attends, elle a dit quoi là ? C’est une bonne punchline, mais c’est clairement prétentieux et franchement pas mérité. Naomi, moi, je suis à 1000% d’accord avec elle. Plus tard, tu nous lâches un « Pour une fois, en dix ans, j’ai eu le droit à être au centre de l’attention. Il n’y avait que moi ». C’est clairement des conneries, c’est totalement évident que Irélia est très souvent au centre de l’attention, sinon Naomi n’aurait pas dit ce « Comme toujours ». En plus, sérieusement… Un show centré autour d’elle ? Sa chambre reproduite ? Quel intérêt de faire le plus réaliste possible ? Les spectateurs ont vu sa chambre avant pour comparer ?
Alors je ne pense pas que tu te sois un peu embrouillé sur ce point-ci. Pour moi, ton intention est quand même de nous faire comprendre subtilement qu’Irélia est assez égocentrique.

Mais il y a une confusion autour de son humilité. Un coup tu nous montres une Irélia très complexée par rapport au regard des autres, honteuse d’être au centre de l’attention, incapable de profiter du fait d’être la star… Un autre, c’est une Irélia qui aime être au devant, qui compare les autres à elle et qui, à mon sens, ne s’aperçoit pas du tout de la place qu’elle prend.

Alors cette confusion (ou pas) et ces petites découvertes sont intéressantes mais… c’est subtil, c’est très caché dans beaucoup de texte peu intéressant, à mon sens.

On passe au moment de la danse. J’ai pas très envie d’aller dans le détail, je vais faire plus « global ». J’ai vraiment trouvé ça très bon. Alors… Je suis pas sûr d’avoir compris l’intérêt de prendre ça, Someone in the crowd. Enfin… J’ai pas mal de choses à dire.
Ce qu’elle aime, c’est la danse. Pas le rôle, pas le chant. Si j’ai bien compris. Alors pourquoi aller dans un cours qui amène à un spectacle à la Broadway, comédie musicale et tout ? Le problème est qu’on ne peut pas chanter quand on danse quelque chose d’épuisant (en témoigne ma longue carrière de danseur à Curitiba).
Et donc tu vas me dire : Kewa ?! Tu me dis qu’elle ne peut pas savoir chanter et danser sur someone in the crowd en même temps ?

Si, elle peut. Précisément parce que Someone in the crowd, c’est pas compliqué à danser. Et donc… qu’est-ce que tu montres vraiment comme danse quand tu fais someone in the crowd ? Comme tu as plus ou moins repris la chorégraphie, et tu l’as très bien fait, bah concrètement… y a pas grand-chose. En fait c’est surtout de l’interprétation et des jolis pas mais… peu nombreux. Une danse, puis une autre danse, puis… mais voilà. Du coup, est-ce que le choix était judicieux pour montrer qu’elle gère la danse ?

Alors tu vas inventer des pas et rendre le truc plus sportif sur la fin mais ma critique reste… Je crois.

Ok, sinon, la description est vraiment excellente. Très confuse à la première lecture, mais comme je l’ai déjà dit : pas grave, tant que les phrases sont belles. En relisant, on comprend. J’ai trouvé l’exercice vraiment intéressant, t’as vraiment bien fait ça. Oui. Qui plus est, c’est vraiment pas bâclé, on a vraiment des pages et des pages de danse.
Partie suivante : la rencontre avec le petit copain ET LES NINJAS.

Une heure de retard. C’est chaud. En fait c’est à ce moment que je me suis dit qu’on est dans une époque où on a pas mal de personnages très… distraits. C’est l’année des rêveurs (même si Ioan est là depuis plus longtemps qu’un an si je ne m’abuse). Bon ! J’ai pas énormément à dire. En fait c’est intéressant. Le personnage montre un autre aspect de sa personnalité. Par ailleurs, il y a une réplique, je me suis dit « Euh… c’est pas sympa ». Machin dit à Irélia que sa machine avance et…

« — Ça avance, tu n’y croirais pas. La semaine dernière, nous avons transporté l’esprit du chien sur une plage de Costa !
— Tu sais qu’aucun n’a besoin de ta machine pour voyager, il lui suffit d’imaginer. »

Ouais autrement dit :

« Tu sais, ta machine, là. Bof. »

Sinon… Parlons de ce qui nous intéresse : D.Va !

Ou plus généralement, de cette histoire. J’avoue avoir été un peu sceptique. Donc je résume : Yukiiro est l’une des personnes ayant reçu un soutien financier de la part de la Shinra pour ses études, en acceptant de signer un contrat. En gros, si je me souviens bien (je ne peux pas vérifier à l’heure où j’écris ça), l’étudiant fait ses études et ensuite… bosse pour la Shinra quelques temps OU (il me semble) leur vend à eux, et seulement à eux, le projet qu’il a mené à bout pendant ses années d’étude. Bon c’est un truc comme ça. Et là, Yukiiro, il est à la fin de sa première année et il est embêté par « — Il y aura une inspection du bâtiment des sciences par la Shin’ra, pour s’assurer de l’avancement des brevets et de savoir s’il ne s’agit pas d’un investissement à perte. »

Alors… Je sais plus quelle idée est de moi avec D.Va, pour être honnête. Mais il me semble que ces plans de financement ont été amenés dans mes rps. Enfin bon ça ne change pas vraiment quelque chose au fait que la Shinra n’a pas besoin de l’autorisation de D.Va pour faire ce genre de choses… mais elle a de l’influence.

En fait ce que je me demande, c’est : est-ce qu’une telle inspection peut exister ici ? Parce qu’il existe déjà une sorte d’inspection, j’imagine. Une inspection propre à l’université : les examens. Genre… Si l’étudiant passe les examens, sachant qu’il doit y avoir un cours lié au projet (genre tout le monde en a un), la Shinra doit bien se dire « Ok bon… C’est qu’il est ok. »
Si l’étudiant rate ses examens, d’accord, là elle peut se dire : « Frère, on te paie pas pour que tu rates. » mais est-ce que Yukiiro s’est planté ?

Alors moi mon idée est pas de sabrer ce que tu proposes d’autant que moi-même, ce dont tu parles par rapport à ça m’intéresse et m’amuse. Maintenant faudra peut-être… rajuster le truc pour que ce soit plus cohérent avec la situation.


Sinon ! Alors Yukiiro… il montre à Irélia une photo d’une autre meuf (dva) pour lui dire « tu sais qui c’est ? ». Alors… ^^ C’est chelou. « Tu sais qui c’est D.Va ? » ça marchait aussi. Surtout que visiblement il avait déjà l’image sur son écran avant de commencer à parler d’elle, donc… ouais. Je me demande si c’est ça qui explique l’aversion que Irélia semble avoir pour D.Va. Enfin voilà, tout ça est sympa, je suis quand même content qu’il y ait une mention de D.Va dans ce monde, et il m’en faut peu pour être acheté.

La dernière partie ne me fera pas beaucoup parler. Elle est pas mal mais…je n’y ai pas vu un intérêt énorme. Mais bon, c’est ok.

Par contre le coup du suzain par téléphone j’ai adoré, j’ai vraiment trouvé ça drôle.

Et donc… Commentaire global : C’est évidemment une bonne fiche. Et je l’ai appréciée. A mon sens, la description physique et toutes les descriptions sont vraiment le point fort de ta fiche. Elles sont super. En fait c’est pas une fiche pour laquelle on va se dire : physique ok, caractère ok, histoire non. Par exemple. Bon certaines fiches maréchales ou presque peuvent être un peu étudiées ici mais clairement… le physique, le caractère, l’histoire, sont très bien décrits.

Je vais te donner Général. Parce que je ne pense pas que cette fiche vaille Maréchal. Elle est très bien (général, comme je le disais), mais elle souffre vraiment d’une erreur de style à trop de moments. On devrait toujours avoir un style léger avec quelques variations (léger mais parfois un peu plus lent, plus triste, plus dynamique, etc), même si le vocabulaire est fleuri, même s’il y a une recherche dans la construction des phrases… et jamais, genre JAMAIS quelque chose de lourd. Etant donné qu’en lisant certains passages, je me suis ennuyé, c’est que j’ai trouvé le style de temps à autre lourd.
Alors c’est plus ou moins le seul vrai défaut de ta fiche, si ce n’est un petit qui ne fait pas pencher la balance : Ta fiche est longue mais elle est finalement coupée en peu de parties. Et ces parties, comme tu as pu le comprendre, je ne les ai pas toutes trouvées intéressantes. Donc allez… 5 parties et… quand même une ou deux qui m’ont laissé un peu… Meh. Je ne dis pas qu’il doit toujours se passer plein de trucs, surtout pas, c’est une fiche d’une personne assez ordinaire à la base. Mais… voilà, y a moyen de donner un intérêt à tout et… je prends le moment du metteur en scène, le style était pas franchement meilleur, y avait pas de nouvelle idée de narration, y avait pas de fond vraiment intéressant.


Mais donc bon, je diverge, le gros défaut, c’est le style qui est excellent, vraiment… mais que tu vas perdre dans des envolées juste trop compliquées et trop lourdes. Tu dois regarder ce qui marche dans ton texte en terme de légèreté, et te contenter de ça. De base si toi, tu lis et que tu ne trouves pas ça chantant, juste compliqué, alors ça va pas.


Donc ! Général. Fiche validée et toutes conneries du style.

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