Le Pardon Enchaîné

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le Jeu 1 Nov 2018 - 2:00
Fabrizio songea au bien-fondé de son idée alors que sa main allait frapper sur la porte en bois. Une hésitation le prit, comme sortie de nulle part. Elle s'imposa ensuite avec toutes les raisons possibles. Que faisait-il là ? Pourquoi ? Comment ? Il pensait aux Templiers qu'il avait laissés, injustement. Il pensait au Domaine, et s'il arrivait quelque chose ? Le temps d'un souffle, d'une pensée, et le voilà qui doutait encore.

On va pas prendre une journée pour dynamiter le château tout entier, hein. Lui avait assuré Aubrey. Elle avait dit ça avec un froncement de sourcils assez caractéristique. Ça voulait dire qu'elle ne le prenait pas au sérieux. Mais pourquoi ? Ses inquiétudes étaient valides ! Vas-y, avait-elle surenchéri. Presque comme un ordre. Ça fait combien de temps que tu repousses ça, hein ? Trois ans, quatre ? Plus encore.

Sa voix s'était radoucie. Il avait mentionné un retour à Paris, d'abord timidement, sans poser de date, ni rien. Il lui en avait parlé à elle, d'abord. Parce qu'ils étaient proches, avait-il pensé. Les mots de Kurt étaient encore quelque part dans son esprit, qu'avait-il dit, quelque chose comme 'ne la laisse pas filer' ? Et des choses à propos d'oiseaux. Ses souvenirs n'étaient pas clairs sur ce point, mais une choseétait sure ; non il n'avait pas envie qu'elle parte. Donc il n'avait pas envie de la laisser. A chaque fois qu'il pensait à elle, c'était la même inquiétude qui revenait. Pour se dédouaner, alors, il avait du lui en parler. Pour s'excuser d'avance. Elle ? Elle avait souri. C'est génial ! Elle savait à propos de Marie, parce qu'ils avaient souvent le temps de parler. Le soir, quand les gardes filaient le long des heures de la nuit. Quand ils étaient tous les deux de quart ; elle, s'affairait partout dans la Citadelle, patrouillait dans les rues, trouvait le temps de faire du café. Lui, toujours en train de courir après un soldat ou l'autre, à chercher une preuve ou une signature. Il n'avait jamais imaginer que prendre la tête des Templiers impliquait autant de papiers. S'il avait su, il y aurait pensé à deux fois.

C'était au cœur de la nuit d'encre qu'ils abordaient les sujets les plus fous. Leurs rêves, leurs peurs, leurs envies. Partout, dans les couloirs, sur un pan de muraille, juste derrière les créneaux sous les étoiles. A l'abri d'un appentis de bois quand le temps devenait mauvais. Il avait commencé à pleuvoir beaucoup dès que les jours étaient devenus plus courts. Le teps s'était raffraîchi ; la matinée grise où il avait débarqué à Paris était semblable d'ailleurs à celles du Domaine. Les couleurs étaient un peu différentes.

C'était en cette saison que Paris célébrait ses morts.

Il l'avait expliqué à Aubrey ; les esprits, la Toussaint et le jour des Morts. Elle l'avait écouté, patiente. Cette nuit là, ils avaient parlé presque autant qu'ils avaient travaillé. Ça arrivait, parfois. Tant que les dossiers avaient trouvé une placé et que rien d'étrange n'avait franchi les portes de la Citadelle durant la nuit, la mission était considérée réussie. Il lui avait exprimé son souhait d'un jour visiter la tombe de ses parents. Ce n'était pas la première fois qu'il lui en parlait, mais c'était probablement la première fois qu'il faisait autre chose qu'une mention timide, presque vespérale. Un code qui lui-seul pouvait comprendre.

Devant la porte de l'atelier de Marie, il se demandait si Aubrey ne lui avait pas menti, qu'elle ne lui en voulait pas en vérité. Qu'elle cachait son ressentiment pour une foi qui restait là, sous-jacente dans ses pensées. C'était plus compliqué que ça. Il avait fait la paix avec les deux fois, comme pouvait en témoigner, pendus à son cou la larme de Noël et un médaillon représentant Saint Michel, le pourfendeur de dragon.

Il frappa. Il regretta presque, mais fut soulagé. Il ne pouvait plus reculer, désormais. Peut-être n'allait-elle pas répondre ? Fabrizio était sûr d'avoir eu cette pensée la dernière fois. Mais la porte s'ouvrit.

Et ce n'était pas Marie, qui était derrière.

Énergiquement, la porte s'était ouverte pour laisser apparaître, devant l'air rempli d'incompréhension du Templier, une jeune femme aux yeux sombres et aux cheveux noirs. Ses cheveux – c'était le plus frappant. La chose qu'il eut le temps de remarquer avant sa prise de parole quasi-immédiate. Une lourde masse de boucles noires en désordre.

« MARIE ! » cria-t-elle. Une voix lui répondit, de l'intérieur ; Marie, en effet. Entendre sa voix était surprenant ; elle n'avait pas changé. « UN REMBOURSEMENT, VU LA TETE, C'EST SÉRIEUX ! Attendez ma collègue va vous recevoir. »

Venait-elle vraiment de-

Oui, vraiment.

Elle sembla attendre quelques instants. Ses yeux faisant des allers-retours entre lui et l'intérieur de la bâtisse. Il avait toqué à la porte de l'atelier ; évidemment, Marie n'allait pas être chez elle à cette heure. Il était encore tôt mais suffisamment tard pour qu'un artisan soit déjà au travail. De toute évidence, il avait vu juste.

« Je suis pas là pour un remboursement ! » protesta-t-il. Pour toute réponse, elle haussa les épaules, croisa les bras et continua d'attendre, en portier de fortune. Elle avait visiblement l'air agacé. « Vous habitez ici ? » Tenta-t-il.

« Mh. » Une réponse des plus équivoques.

Marie arriva ; quelques secondes de plus auraient étés plus longues que tout. La jeune femme – les cheveux tirant toujours vers un rouge passé, le toisa de haut en bas. « Mais qu'est-ce que tu fais ici ? » Elle fronçait les sourcils.

« Bonjour, Marie. J'ai reçu ta lettre et je me suis dit... que j'allais passer, voilà. 
- Je t'ai envoyé la lettre l'année dernière, Fabrizio. »

Elle la fixa, de ses yeux bruns. Lui, haussa les épaules. Il ne savait plus où se mettre. La femme aux cheveux en bataille recula d'un pas. « Je vous laisse, hein, j'ai un lavis qui sèche en bas. »

Et la brune était partie.

« Je sais, oui, j'étais euh... occupé.
- Allez entre, il fait froid. »

L'endroit n'avait pas changé. Les fenêtres donnant vers le fleuve inondaient la large pièce d'une lumière venue de l'est. Le soleil tardait, paresseux en ce début d'automne. Marie claqua la porte « Allez descend, t'as déjà fait le tour du propriétaire. Feng ! Il reste du café !? »

La jeune femme brune, retournée au fond de l'atelier et s'affairant devant une toile montée sur un châssis de bois ne leva même pas le regard. Marie comme elle devaient probablement être habituées aux hurlements de l'autre. « Je vais en refaire !
- T'as pas l'âge de boire du café, sale gosse ! 
- Quoi mais c'est pas moi ! C'est l'autre artiste paumée là ! Elle siphonne une cafetière par heure !
- Et le respect tu connaît pas !? Il me reste deux jours pour finir ma commande et j'ai pas encore commencé ce putain de visage !
- Commence à peindre plus tôt alors ! »

Réponse après réponse ; les invectives fusaient d'un bout à l'autre de l'atelier. Feng était un jeune garçon vêtu d'un large tablier. Fabri remarqua que Marie portait le même ; il y avait un insigne sur le côté gauche. Une fleur de lys emblasonnée dans une étoile ; l'étoile du Consulat. Mais les deux étaient noirs, brodés simplement. « On prend des locataires ? » demanda-t-il avec un sourire. « Ta boutique s’agrandit. 
- Feng, je l'ai en apprentissage. Celestina, c'est mon associée. Elle est peintre, lui parle pas de caravagisme elle va sûrement hurler. Cel ! Je t'ai parlé de Fabrizio, hein ? »


La brune – Celestina, leva les yeux, un pinceau entre les dents.

« Un gars d'Chaint Martin ?
- Pas loin.
- ... Chainte Catherine ! »

Il hocha la tête avec un sourire.

« Chi cha ch'trouve – ah, merde, si ça s'trouve on est voisins ! Enfin on était, t'es... parti y'a un moment, non ? Marie m'a raconté, j'écoutais pas.
- Ça va faire... je sais pas, cinq ans ?
- Sept. » corrigea Marie.

Sept ans qu'il était parti. La réalisation le frappa comme une vague pouvait frapper quelqu'un et le balancer à la renverse sans pour autant le foutre par terre. Il réalisa ; prit quelques secondes pour que l'information passe. Dans sa tête, il s'était passé moitié moins de temps. Il était venu hier, parti la veille. C'était tout comme. Celestina siffla. « Sept ans, quand même. »

Oui, sept ans. « Sept ans. » continua Marie.

« Oui sept ans on a compris, sept ans d'accord ! » conclut Fabrizio, agacé par la tournure de la conversation.

Un silence. Gêné.

« Feng, le café ! 
- Je sais pas le faire apparaître par magie, vous êtes trois, merde achète une machine si tu veux que ça se fasse plus vite-euh ! 

- C'est toi ma machine à café ! »

Celestina pouffa d'un rire sonore. « C'est vrai, le tien est dégueulasse, Marie.
- On aime pas tous la mélasse comme toi ! Que ça t'bouche les veines tu nous foutra la paix !  Tiens Fabri, tu vas m'aider. »


Marie décolla de la table où elle avait été se percher. Elle fit signe au Templier de la suivre vers le mur où quelques caisses étaient entreposées. « On va les bouger, toujours au Sanctum, toujours en train de faire le con avec une épée ? 
- Si c'est comme ça que tu dis, ouais.
- A la bonne heure. » elle sourit ; un sourire en coin, comme il les lui connaissait. « On va les foutre près de la grande porte là, elle donne sur la Seine, y'aura qu'à ouvrir quand les bateliers passeront l'embarquer. »

La caisse pesait peut-être dans les trois tonnes – sans rire. « Mais t'as foutu quoi... là d'dans !?
- Une partie de... de la commande de poudre pour... le dauphin !
- T'as des clients sympas... mais avance, tu vas te faire écraser !
- Tu vas trop vite merde ! »

Une caisse, puis une deuxième furent ainsi acheminées en un temps passablement long. Qui était, en fait, un temps record. « Feng est une nouille... C'est le dernier fils d'un soldat, sur la Grande Muraille. Celestina veut jamais bouger son cul. » conclut Marie en s'adossant à l'une des caisses. Les deux étaient à bout de souffle. « Tout ça, ça part pour la Touraine. Le roi et toute sa famille ont pas foutu les pieds à Paris depuis... pff, des siècles.
- J'étais plus là, y'avait rien à voir.
- Pff, t'es con.  Allez viens, je sens le café d'ici. »

L'atelier bénéficiait d'un petit coin sans chevalets ni établis chargés de plan et sentant la poudre. Il y avait une antique cafetière et quelques tabourets qui donnaient sur une longue planche de bois fixée au mur ; un établi de plus. Quoique celui-ci fit alors office de bar. Feng leur donna leurs tasses respectives, en gardant deux également – une pour lui, et la dernière pour Celestina. Toutes les tasses avaient des motifs différents ; des chats aux clochers de Notre-Dame.

« Alors, visite de courtoisie ? Mon anniversaire c'est en mars, je prends quand même le cadeau. »


Il y avait une pointe d'ironie dans sa voix.

« Je te disais, j'ai lu ta lettre. Et je suis là maintenant. »

Elle hocha la tête, silencieusement, remuant le bout d'un stylo dans son café faute d'une cuillère. « Ça t'aura pris un bout de temps pour te décider à venir, qu'est-ce qui t'a fait bouger ? »

Pour toute réponse, il haussa les épaules. « Je sais pas trop, enfin, je... 
- Ça va, fais pas ta princesse. On a fait affaire, on s'dit tout !
- C'est la Toussaint. »

Marie haussa un sourcil. « T'es redev'nu catholique ? 
Mais non ! »

Il avait répliqué sèchement. Un peu trop, même. Il savait que le sujet était plutôt sensible. Ou du moins, l'avait été. C'avait été le cœur du problème, le nerf de la guerre lorsqu'ils avaient repris contact quelques années auparavant. Alors que Fabrizio avait embrassé la voie d'Etro, Marie était restée – semblait-il, une fervente catholique. Malgré les événements qui avaient conduit à la mort de beaucoup de leurs connaissances communes, et surtout d'un frère pour l'un, d'un fiancé pour l'autre, leurs points de vue restaient divergents sur ce sujet. L'aborder aussi tôt dans sa visite avait peut-être été une erreur, aussi, il n'osait rien dire, regardant sa tasse. C'était une des tasses où il y avait des chats. Un motif tout simple, un noir à points blanc, un blanc à points noirs. Elle était mignonne comme tout, cette tasse.

« Je voulais aller voir les tombes, c'est tout. Les nettoyer, un peu, tu sais.. »

Un silence accueillit sa remarque. Marie... avait-elle remarqué la date ? Aussi certain que lui l'avait remarquée, probablement. « Le jour des Morts, c'est demain tu sais. »

Sa voix était calme, presque douce. Elle avait ces intonations familières ; il connaissait sa voix. Pas comme celle de Celestina ; ils partageaient bien évidemment une intonation particulière, bien qu'il ne la connût pas, cela faisait sens vu qu'ils venaient presque exactement du même endroit. Elle lui dirait son nom et il saurait probablement où elle vivait. Où elle avait vécu, peut-être, plutôt.

« Je sais, mais je vais pas rester, je vais faire ça tout à l'heure, je passais, c'est tout. »


Son sourire s'élargit. « Ça a aucun sens. Tu serais pas venu juste pour dire bonjour, si ?
- Et pourquoi pas ? » s'insurgea-t-il. « Tu sais, les gens polis font ça, hein ? 
- Oui. Bein oui évidemment. »

Elle l'observait d'un air goguenard. « Qu'est-ce que t'as changé. T'étais un petit con et t'es presque quelqu'un de respectable ! »

Elle riait à gorge déployée désormais alors qu'il tentait de se justifier maladroitement. Ses épaules étaient secouées par un fou-rire qui ne lui laissait pas le temps d'en placer une. Elle riait sans parvenir à s'arrêter.

« Tu veux qu'on y aille ensemble, crétin mais t'as qu'à le dire ! » le coupa-t-elle en posant sa tasse sur le bar de bois brut – c'était littéralement une planche de bois accrochée, sans apprêts ; quelques gouttes s'en échappèrent. « Ah, merde ! »

« Te dérange pas !
Hé. Ta famille c'est ma famille. On ira d'main, tu m'expliqueras comment tu t'es fait ça. » répondit-elle en désignant son visage avec sa tasse avant d'en boire de nouveau une gorgée. « C'est vraiment mes explosifs qui ont fait ça ? Merde qu'est-ce que t'as foutu ?
- Rassure-toi, nan. Je te raconterais.
- Génial ! On a de la place à la maison, CEL, TU DORS SUR LE CANAPE CETTE NUIT ! 
- D'LA MERDE OUI 
- Marie, je peux faire ça aujourd'hui, je veux pas te déranger. » Il appuyait sur chacun de ses mots.

Ses joues étaient en feu. Ce n'était pas le café. Il avait vraiment l'impression qu'il ne devait pas être là mais, au fond de lui, c'était peut-être sa meilleure idée. Il n'y avait pas de gêne, ici. A part la sienne. Mais ça il ne le réalisait pas.

« Mais elle va finir son tableau cette nuit. T'inquiète. Et t'as des fleurs au moins, hein ? De quoi nettoyer, un peu ? 
- …
- T'es comme ton frère. Vraiment, son portrait craché. Et que je te finis vainqueur d'un tournoi et que je sais même pas ce que je vais manger à midi ! Bon bein c'est réglé, on va acheter des fleurs! »
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