Feuille de personnage
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le Jeu 4 Oct 2018 - 14:35
Le crépuscule se noyait sans les eaux de la baie. Erik observait, depuis la promenade, ce spectacle singulier.

Voilà quelques jours qu’il résidait à San Fransokyo, dans un petit hôtel sans prétentions. La ville lui avait plu ça allait sans dire : elle respirait d’une modernité qui lui avait manqué au Domaine Enchanté. Il s’était racheté quelques vêtements, et avait profité de la terrasse des cafés. Il était passé chez un coiffeur, histoire de changer un peu de tête. Cheveux plus courts, blonds. Le matin-même, Erik avait visité le campus universitaire par curiosité, puis il s’était traîné jusqu’à sa chambre pour récupérer ses affaires. Enfin, il avait erré. Il s’était arrêté dans une petite ruelle (qui n’avait rien de glauque) et avait vérifié d’un regard habitué qu’il n’y avait aucune caméra de sécurité. Puis il avait fini par y laisser tomber sa vieille soutane, dissimulée dans un sac en plastique.

Ca avait été idiot de sa part de la conserver. Cet accoutrement avait son volume, puis ce n’était pas comme s’il comptait s’en resservir. Pourtant, Erik n’avait pu se séparer de son « collier sanctuméen » — une lanière sombre à laquelle était attachée une médaille en forme de torture, breloque d’un argenté qui ne lui paraissait pas avoir une réelle valeur marchande. Pourquoi l’avait-il gardé ? Il ne le savait pas trop lui-même. Une sorte de souvenir, peut-être, de ce qu’il avait vécu. Il l’avait attaché à son poignet, comme un vieux bracelet que l’on conserve pour se donner un « style. » Et puis si on lui demandait, il dirait qu’il aimait bien les tortues.

Il soupira.

Agon Wiley. Et dire qu’il ne l’avait jamais réellement connu. Quelle ironie. Les bras croisés sur la rambarde qui bordait la promenade, Erik ferma les yeux. C’en était presque déplorable. Il avait été pour « eux » plus Agon Wiley qu’Agon Wiley l’avait jamais été. C’était pourtant cet homme qui avait choisi de se joindre au Sanctum, et lui qui avait perdu la vie en portant leurs couleurs dans une ville sale parcourue de vies miteuses. Pendant un bref instant Erik s’était demandé comment il était, Agon Wiley. Puis il avait balayé la question. Pour l’importance que ça avait désormais…

« De chacun tu te souviens, et jamais tu n’oublies. » murmura-t-il sur un ton monocorde.

Allait-elle encore mettre longtemps à se ramener ? Il allait finir par faire nuit. Ce serait dommage.

« Erik ? »

Ce serait dommage de venir d’Illusiopolis, et de ne pas profiter du soleil.

« T’as fait quoi à tes cheveux ? »

L’escroc avait fait parvenir un message à un vieux contact. Celui qui lui avait fait quitter la Cité du Crépuscule des années auparavant. Il lui avait fait savoir qu’il lui enverrait quelqu’un.

« Laisse tomber… Erik ? »

Une jeune femme qu’il avait bien connue avant de disparaître. Erik avait été surpris d’abord d’apprendre que cette fille travaillait pour le contrebandier, puis il s’était dit que ce n’était pas si incroyable. Les aléas d’Illusiopolis, dit-on.

« Erik ! »

Eh ? — Il sentit une pression sur son bras. Ses yeux coulèrent sur la petite brune à ses côtés ; cheveux mi-longs et yeux noisette. Le teint pâle. Un long caban noir pas trop mal taillé mais d’une qualité discutable si on y regardait bien.



Mais ce con n’avait pas réagi à son propre nom ! Il éclata d’un rire nerveux. « Ah-ah j’étais dans mes pensées ! Je t’ai pas entendue.
- J’ai remarqué, trancha-t-elle d’un ton sec.
- Alors, comment vas-tu ?
- Normal. Toi ? La mort te va bien, t’as pris des couleurs.
- Ec —
- Finalement j’ai pas envie d’en parler. J’ai tes papiers, et un billet pour Illusiopolis.
- C’est vraiment obligé ? J’avais juste plus les papiers alors bon…
- T’y as consenti, c’était une des conditions. Jimbo a hâte de te voir. »

Elle tourna les talons. Hélène.
C’était amusant, les gens n’avaient jamais su les jauger correctement. Ils les avaient pensés amants quand ils n’étaient rien, puis frère et soeur — il fallait le dire, bien que ça n’ait pas été le cas ils avaient un petit air de famille — quand ils étaient amants. Leur histoire avait connu une fin abrupte.
Erik était mort.

« — Tu viens ?
- Tu veux pas profiter de la vue ? »

Son regard se posa sur lui, se plissa légèrement. Le reste de son expression était aussi contenu et neutre que possible. « Pas là, non. 
- Bon. J’arrive. »

Evidemment, elle n’en avait pas envie. Pas avec lui du moins. L’escroc se saisit de son sac, le fichant sur son épaule. Le soleil s’était déjà perdu dans les eaux de la baie. Sur le chemin de l’astroport, il repensa à ces derniers jours. Comme il avait fuit le Sanctum, comme il avait prit contact avec Jimbo pour ravoir des papiers… Franchement, pourquoi ce type avait absolument voulu qu’ils se voient comme condition pour accéder à sa demande ? Le contrebandier n’était pas exactement un sentimental, et cette histoire de vol qui avait amené Erik à quitter Illusiopolis devait s’être tassée en deux ans. « Pas trop de monde qui veuille ma peau à la maison ? » demanda-t-il par sécurité. Hélène n’avait pas été une bonne menteuse du temps où ils se connaissaient bien. Il comptait là-dessus. « Non. Puis ta résurrection ne s’est pas ébruitée. »
Bon, bien. Il ne décelait pas de doute dans sa voix, ou de cachoterie.
« Pas de raison d’ailleurs. C’est pas comme si t’étais important. »
Aïe, ça c’était pas nécessaire. « Ok » se contenta-t-il de dire pour marquer réception.

Le duo passa devant une ruelle. Une petite ruelle pas glauque, qu’Erik avisa un instant.
Ci-gît, Agon Wiley, pensa-t-il.
Désormais, il ne pourrait plus faire machine arrière. Il avait prit sa décision, il allait de l’avant. Agon Wiley était définitivement mort. Il ne referait pas surface. Celui du Palais des Rêves, comme celui qu’il avait été.
Ci-gît, Agon Wiley. Et la vie continue.

« — Ah au fait Erik.
- Ouais ?
- Joyeux anniversaire. »
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