Barbare au rhum

Feuille de personnage
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le Mer 19 Sep 2018 - 19:26


Serjee hurlait comme un cochon.
Ce n’était pas étonnant : L’homme avait toujours eu une apparence porcine.
Abattant sa tête dans la boue, Nergueï le fit taire.

Après quelque trémoussement grotesque, le guerrier égorgé finit par rendre l’âme.
Le transfuge essuya soigneusement sa lame.
Et d’un.

C’était un poids de moins. Un boulet qui aurait pu mettre à mal tous ses plans…
Et pourtant. Serjee avait été juste, à sa façon.
Brusque, imbécile, exubérant au possible, oui, aussi. Mais un solide compagnon d’arme.

Laissant le cadavre au milieu de la steppe, Nergueï repris le chemin du campement.


Au garde, il montra les armes de la famille Ubilai. Le bout de chiffon lui valut un hochement de tête désintéressé.
Quelques pas de plus, et il parcourait le quartier des nobles.
Invisible parmi la multitude de serviteurs et d’esclaves.

La yourte qu’il cherchait ne payait pas de mine. Elle était mal entretenue, et dissimulée derrière celle, plus imposante, de la branche principale.
Oirot. Un petit clan de l’Est, que rien ne différenciait des autres.

Loin des quelques flambeaux encore allumé, l’obscurité était presque totale.
Nergueï remonta son col pour masquer son visage.
Évitant deux chèvres errantes, il s’approcha du foyer mourant.


La yourte était close.
Personne aux environs.
Il entra.

Les tentures glissèrent autour de lui. Un froissement léger, qui aurait dû attirer l’attention de son hôte.
Chuluun était pourtant bien là. Profondément… engagé avec une jeune femme qui, même de quelques mètres, n’était clairement pas mongol. Ni même asiatique d’ailleurs, au vu de ses cheveux jaune paille.

Nergueï soupira. Intérieurement, mais… avec une certaine lassitude.
De l’ombre de l’entrée, il se prépara à bondir avant que-

« Qu’es- »
Deux têtes rougies par l’effort se tournèrent vers lui, les yeux ronds.
Pris au dépourvu, Chuluun se jeta sur son sabre…
Mais Nergueï pressait déjà sa lame à sa gorge. Le nobliau déglutit.

Son amante, elle, recula. Nergueï ne lui laissa pas le temps de s’armer : un poing viens la cueillir en pleine omoplate.
Le visage de la jeune femme se figea sur le coup de la douleur.
La laissant s’effondrer, Nergueï empoigna Chuluun, et le força lui aussi à terre.

Forçant une voix grave, il interrogea sa prise.
« Le sceau. »
« Qu-quel… »

D’un coup de genoux, Nergueï mit fin à toute tergiversation.
« Va t’f- »
Visiblement, il n’avait pas été suffisamment persuasif.

Gardant Chuluun sous sa botte, il attrapa la blonde par les cheveux.
Son couteau vint souligner la trachée de la jeune femme.
« Parle. »
Furieux, Chuluun lui cracha à la figure. « Tu peux l’étriper si ça t’chante. »

Nergueï échangea un regard avec la jeune femme.
Cette dernière toussota.
« Bon, tu peux m’lâcher, on a compris. »
Se dégageant de la prise de Nergueï, elle se recoiffa avec une grimace. Sans ciller, elle épousseta le bleu qui fleurissait sur son épaule, puis laissa ses yeux noisette tomber sur Chuluun.
« Presque deux semaines que je traine dans une yourte puante, pour rien ? Pas même le moindre regret ? » Elle cracha de dépit. « Nergueï, je te le laisse, je vais fouiller l’endroit. »

Toujours aussi impétueuse.
Nergueï retint un sourire.
Yoska lui avait été assigné par ses commanditaires. Elle était là pour veiller à ce que la mission se déroule bien, et faire un rapport à ses supérieurs. Fallait pas s’en fier à sa carrure en allumette : La gamine était plus vicieuse qu’un serpent.

Pendant qu’elle sortait de large bande de lin d’un des coffres, Nergueï s’installa avec son nouveau prisonnier. Ce dernier les regardait comme un halluciné, muet comme un poisson.
« Il va t’égorger si tu parles pas, tu le sais ? »
Nergueï fronça les sourcils. Elle était plus léthale que lui, déjà, et ensuite, d’où elle se permettait de le faire passer pour un sauvage -
Il eut un regard pour le nobliau sous son couteau, et ses reproches s’évaporèrent.


Chuluun avait repris du poil de la bête. Ses yeux exorbités passaient de la honte, à la colère, à une fureur terrifiée.
« Vous m’tuerez quoiqu’il arrive ! »
Sa réplique aurait été plus convaincante sans le trémolo humide à la fin. Bel effort néanmoins.

« Vrai. »
Sobrement, Nergueï acquiesça, avant de décapiter son otage.

« Et encore une mine d’information qui s’évapore… »
Yoska fixait le cadavre encore chaud, déçue. Nergueï la fusilla du regard.
« Ecoute, je sais que tu n’aimes pas la torture, mais tu aurais simplement pu me laisser faire… »
Elle soupira, puis claqua des mains, effaçant instantanément sa moue boudeuse.
« Soit ! Puisque monsieur ne veut pas se salir les mains… - Nergueï leva un sourcil, exposant ses gants couverts de sang – On va devoir faire sans. Je te laisse trouver le sceau, et pendant ce temps, je vais trouver de quoi m’habiller. »


Quelques heures plus tard, la yourte avait été passé au peigne fin. Nergueï en avait déniché quelques feuilles, un matériel d’écriture, et le précieux sceau des Oirots.
Il traçait les idéogrammes avec application, appelant à lui ses plus lointain souvenirs.
« T’es pas doué avec une plume, dis-moi ! »
Yoska regardait son œuvre par-dessus son épaule.
« Tu peux parler. »
Elle lui lança un regard assassin. Bâtarde comme lui, elle était en plus presque illettrée… Et n’aimait pas qu’on le lui rappelle.

Sa lettre fini, Nergueï en appliqua le sceau, aussi délicatement que possible.
« Tu as tout mis ? »
« Oui. »
« Sûr ? »
« … »
« Tu penses que ça va marcher ? »

Il réfléchit un instant.
Une demande en rançon, d’un clan à un autre. Rien d’anormal à ça.
Un otage suffisamment important pour lever des fonds. La lettre exigeait le prix habituel, une douzaine de juments dans la force de l’âge.
De quoi handicaper les Jirgin. Fragiliser leur alliance avec les Oirot. Ajouté aux morts du troisième tournois, et c’était toute leur faction qui s’effondrait.

Leur représentant devant le Khan de l’Est ne tarderait pas à être rappelé. Puis… Le reste n’était qu’une affaire de temps.
« Ça marchera. »

La confirmation arriverait vite, de toute façon…
Nergueï se saisi d’un autre feuillet, et y coucha quelques notes inintelligibles.
« Tu veux que je transmette ça ? »
Il avait retenu la main inquisitrice de Yoska, apposant d’abord un cercle d’or, entouré de neufs plus petit.

Elle s’empara ensuite de la missive, la glissant au sein de son nouveau décolleté. Sa fouille de la yourte avait été fructueuse : Elle portait maintenant une robe de soie fine et deux boucles, de jade cette fois ci, tintaient à ses oreilles.
Plus menaçant, peut-être, était le gros paquet d’étoffe qu’elle avait entre les mains.
« C’est pour toi. Tu peux plus te permettre de te promener en va nu pied. »
Dubitatif, Nergueï souleva la ceinture dorée incrustée de pierreries.
« J’suis sûr que tu seras ravissant. »

Se pavaner avec autant d’or à la taille…
La mission l’exigeait.

Cinq ans de service.
Cinq.



« Oh, et, j’ai entendu un truc intéressant. »
C’était toujours quand il se retrouvait en caleçon que Yoska ressortait ses ragots.
« Apparemment, le Khan a accepté à sa cour un nouveau venu qui pourrait intéresser nos commanditaires. »
Yoska leva les yeux au ciel. Il faut dire qu’ils étaient aussi imprévisibles que généreux.
« Un intello un peu… » Elle rit. « L’imbécile s’est présenté à la cour, pour "étudier les Huns". »
Nergueï enfila sa tunique, puis ferma une ceinture qui valait sans doute plus qu’un an de nourriture.

« Il a beau être con, il semble connaître son taff. Il a pas fallu longtemps pour que le Khan l’attache à son service, de façon… permanente. »
Elle sourit, admirant la tenue horriblement clinquante de Nergueï.
« Enfin, si tu as l’occasion, dis-toi que ça pourrait faire un beau présent ! »
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