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Feuille de personnage
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le Dim 16 Sep 2018 - 19:09


[Mini-série]

« Ah t’es là Xupeng ? Pas encore couché ? »

La voix de Francis résonne dans la pièce bien vide, juste à côté des jardins. Je ne pensais pas qu’il restait debout si tard dans la nuit… Il a pourtant déjà bien bu au dîner. Cet homme a réellement des dons surnaturels lorsque l’on vient à la nourriture et la boisson.

Je pose ma tasse de thé sur le petit plateau et je lui souris calmement.


« J’ai du mal à dormir ces temps-ci. Je m’inquiète de l’état de ma Maîtresse. » répondis-je, naturellement.

Sa mine s’assombrit à l’évocation de Huayan. Il s’assoit sur un coussin sur ma droite, il a une sorte de marteau dans la main. Francis est un homme étrange. Certains diraient qu’il est fou. D’autres que c’est un génie. Tout est une question de point de vue.


« Il est tard, l’invité de Madame devrait aller se coucher. Je vais aller m’occuper de votre lit pour…
- Déconne pas Xupeng. J’suis pas un invité, sort moi un peu d’alcool de riz ça ira très bien. On va pas faire des manières entre nous, on aide tous les deux la même personne. »

Je me lève pour aller ouvrir un meuble de bois accolé au mur, j’en sors une tasse en porcelaine et une petite bouteille. Francis n’est pas un être difficile, au moins ça m’évite d’acheter des produits trop chers au marché quand il vient.

Je lui sers un peu de boisson et lui apporte sur la table. Il l’attrape et le boit d’un coup sec.


« Un autre. Apporte la bouteille ça ira plus vite mon grand. »

Je m’exécute. Puis me rassoit.

Je jette un œil rapide vers l’extérieur, l’hiver sera bientôt là. Même s’il est doux dans le sud, je vais devoir acheter un peu de linges de maison supplémentaires au cas où. Je ne veux pas que le petit Wang tombe malade à cause d’une misérable faute de ma part. C’est mon rôle. Je suis l’eunuque de cette famille, et j’en suis fier.


« Tu penses que ça va aller ? Pour Huayan je veux dire. » demande t-il, visiblement préoccupé.

Je soupire en regardant mon thé.


« Elle a perdu beaucoup de sang pendant l’accouchement. Elle est sauve je crois, mais elle va rester quelques jours au lit et nous aviserons après.
- Tant mieux, tant mieux. J’aimerais pas me retrouver sans ma patronne. »

Je souris à l’évocation du terme « patronne ». Huayan a toujours été directive, même enfant. J’ai eu du mal à la discipliner elle et son frère. Je les ai vu grandir et malgré les mauvaises farces qu’ils m’ont fait dans leur jeunesse, j’ai une certaine fierté à voir ce qu’ils sont devenus, l’un un militaire prometteur, l’autre une femme d’affaires redoutable.

Nous autres, eunuques, nous avons des destins bien différents des uns des autres. Ma vie d’avant mon… Opération ne compte plus maintenant. J’ai erré sur les routes, m’instruisant toujours plus. Moi qui venait d’une famille pauvre, j’ai soudainement accédé à un statut : un serviteur de confiance, et d’autant plus estimé que j’étais éduqué.

Ma vie aurait pu être différente, avec un sexe fonctionnel. Avoir des enfants, construire un foyer et une famille. Quelque part, les eunuques n’ont pas de valeur humaine. Ils sont remplaçables et meurent souvent dans l’indifférence. Ne laissant qu’une maigre trace dans la vie de leurs maîtres. Grâce à la famille Song, j’ai eu le droit à une vie meilleure que mes congénères. Certes, je n’ai pas pu me marier, mais j’ai voyagé et j’ai donné du sens à mon existence : servir Song Huayan. Mon élève. Et je n’oserai jamais le dire à voix haute mais, je la vois un peu comme la fille que je n’ai jamais eu.

Je l’ai nourri, je l’ai éduqué, j’étais présent à chaque instant de son existence. Et maintenant qu’elle devient mère, je ressens une profonde satisfaction. Comme un devoir accompli. Bien sûr, des vies furent perdues ainsi. Mais je n'ai pas le statut pour juger ses agissements. Je continue de servir et je continuerai jusqu'à ma mort. Telle est ma vie : au service de Song Huayan. La "femme de ma vie" comme certains pourraient dire.


« Qu’est-ce que vous aimez tant que ça chez Huayan, Francis ? Vous semblez bien inquiet pour un subordonné de cette étrange compagnie interstellaire. » dis-je, amicalement.

Il pouffe un peu de rire. Il se reprend en me regardant, le sourire béat.


« Je te répondrais bien son petit cul, mais ce serait pas très correct ! Ahah ! »

Quel dévergondé ! Je souris vaguement à sa remarque, tandis que lui rigole de sa propre phrase.

« Non… Plus sérieusement. » se reprend-il.

« J’sais pas, j’ai un feeling avec elle. Quand elle me regarde, je sens qu’elle me considère comme quelqu’un avec une valeur. Pas comme un énième larbin avec un gros cul et un talent pour fendre des gueules. Ou pire. Un vieux. » dit-il, comme en colère contre certaines personnes.

Il regarde son verre et mime un non de la tête. Je l’observe, je vois dans ses yeux qu’il est sincère.


« T’sais, je t’ai peut-être déjà dit mais bon… Tant qu’on est là. J’étais un sacré soldat autrefois. Quand je fendais encore autant de crânes que de petits culs. La « Furie Rouge » qu’on m’appelait, monsieur ! Ouais, ouais ! Puis un beau jour : « merci monsieur vous pouvez aller au placard, on veut des jeunes. ». Déjà celui-là, je lui ai pété la gueule direct. J’ai eu un mois de retenu pour salaire pour ça, mais ça valait le coup en vrai. » se remémore t-il.

Il boit encore un verre. Il se resserre.


« Quand on m’a affecté pour piloter Huayan sur ses missions. Y avait un renouveau. Elle me donnait des ordres, elle m’a fait rentrer dans ses combines… Bon au début on a dû se calibrer un peu pour se comprendre mieux, c’est vrai. Mais après ça a bien roulé. T’vois, j’avais une utilité. Elle m’a fait confiance. Chose que plus personne n’a fait depuis des lustres. Même ma connasse de femme. Quand je pense que Huayan a eu la générosité de nous offrir un logement à la Costa del Sol aux frais de la Shinra… Ma gonzesse le mérite pas, je te le garantie.
- Je comprends ce que tu veux dire. Comment s’appelle ta dame ?
- Appelle-là comme tu veux. Ah ça quand j’étais frais et avec plein de primes de risques, elle était amoureuse. Je suis sûr que si on avait pas eu un gosse, elle se serait barrée avec un autre connard d’Illusiopolis.
- Ah charmant…
- Clair. T’vois le genre : gros seins, blonde, toujours avec ses copines entrain de faire du shopping ?
- Je peux très vaguement imaginer, oui.
- Au moins Huayan elle a déjà ouvert des livres dans sa vie et ça se ressent. On monte un peu de niveau.
- On a pas toujours le choix, c’est sûr… »

Il s’enfile de nouveau un verre. Il prend la bouteille pour se resservir.

« Vas-y doucement Francis quand même sur l’alcool de riz.
- Ouais, t’inquiète c’est le dernier. Pour la route et tout ça.
- Tu vas te coucher après j’espère.
- Certainement pas non.
- Que vas-tu faire à cette heure-ci ?
- J’vais monter la garde à côté de la chambre de Huayan. Le premier fils de chien qui s’approche sans s’annoncer je le défonce avec le marteau. » dit-il tout en me montrant l’arme avec sa main droite.

Je ne dis pas un mot, Francis n’est pas un homme difficile à cerner. Je peux ressentir en lui un sens de l’honneur, certes bien enfoui mais pourtant bien présent. Lorsque Huayan l’a ramené pour la première fois, j’avais des doutes sur son utilité ou sur ses intentions, après tout : c’est un étranger.


Puis, au fil des récits de Huayan et de ses venues, j’ai appris à le connaître un peu mieux. C’est une bonne chose pour elle d’avoir des serviteurs comme lui, fort et avec une expérience des combats. Je suis peut-être d’une quelconque aide dans les domaines intellectuels et linguistiques, mais le combat… Cela n’a jamais été mon fort. Je sais manier une arbalète, c’est tout ce dont je suis capable. Les eunuques sont rarement entraînés pour se battre : nous ne sommes pas des hommes.

Les nobles nous considèrent souvent des êtres inférieurs. Nous sommes soumis, car c’est notre rôle dans le système. Nous en tirons parfois bénéfice, mais gare à celui qui trahit son maître. Un eunuque trahissant ses maîtres, cela équivaut à une exécution immédiate. C’est un crime grave selon la Loi. Mais nous nous éloignons du sujet.


« Francis pendant que vous êtes en ville… Vous pourriez peut-être montrer quelques passes d’armes avec le jeune Noah ? Nous n’avons pas encore trouvé de maître d’armes adapté à sa condition.
- Ah ouais, pourquoi pas. J’l’aime bien ce gosse. Puis ça évitera que je vide le garde-manger du Manoir Song, ahah ! Pas qu'on se fait chier mais un peu quand même.
- Ce serait formidable en effet ! C'est fatiguant d'aller au marché tous les jours. Vivement que Huayan nous donne de nouveaux ordres. » dis-je avec un peu d’enthousiasme.

Nuages flottants, grues sauvages.
Solitaires et sans demeures fixes.
Nos destins tout deux unis, au service du même maître.
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