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Le Magelame

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le Mar 6 Fév 2018 - 17:10


"T'as perdu la tête ou quoi?!"

"Tu m'as pas adressé la parole depuis des semaines et t'as le culot de surgir dans ma chambre et de me hurler dessus comme une barjo? Tu me dois au moins un petit bonjour, non?"

La tension est palpable dans la petite pièce. La musique du Saloon en fond, je me tiens devant la porte de la chambre, les yeux sur lui. Avoir traversé la foule de cow-boys complètement hors d'eux à force d'alcool, subi des regards, sifflets et commentaires lourds, avoir déchiffré le patois incompréhensible et enduré l'haleine pleine de fumée de la vieille Cookie, tout ça pour lui, c'est plutôt lui qui me devait quelque chose.

Mais non, il est là, tranquillement assis sur son lit, à défaire sa veste, puis sa chemise. Je fulmine intérieurement. Je suis en colère, oui, mais pas seulement. Je panique, surtout. J'use quand même de toute mon énergie pour ne rien laisser transparaître. Je ne peux pas me permettre de lui montrer que je suis dans cet état, non. Il faut que je me montre persuasive et autoritaire. Il faut qu'il m'écoute. Au moins cette fois.

"Ne fais pas l'idiot. Tu sais bien de quoi je suis venue te parler."

Il ne répond pas. Il se moque de ce que j'ai à dire, en vérité. Je l'ennuie? Toute cette situation, elle l'ennuie, aussi, peut-être? Quoi, il se croit au-dessus de tout, c'est ça? Sale gamin. Si seulement je pouvais encore lui flanquer une fessée déculottée. Ça lui remettrait peut-être pas les idées en place, ça ne l'a jamais fait. Petit salopard têtu. Ça me ferait du bien, en tout cas.

"Réponds moi."

Silence.

"Hé oh !"

Rien.
Il souffle, il s'ébouriffe les cheveux, comme si je n'étais pas là. Il tire sur sa botte, l'enlevant. Il sait que je déteste ça. Je serre le poing, alors qu'il attrape son autre botte. Je déglutis. Tant pis pour le calme.

"Parle moi, bon sang!!", lui hurlais-je.

Il enlève sa botte, la jette à côté de moi, et se lève d'un bond.

"Quoi?!"

Je sursautais. Mon coeur tambourine dans ma poitrine. Le silence reprend son règne entre les murs de l'étroite chambre, et nos yeux ne se rencontrent pas. Le malaise s'était installé. J'ai perdu mes moyens, et il reprend donc la parole.

"Qu'est-ce que tu me veux, Lucy?", grognait-il. "Vas-y, dis-le, tu penses comme les autres, que je vais pas y arriver?"

Être comparée aux autres était déjà assez insultant, mais le comme si ça ne suffisait pas... Il a raison. Mais ce n'est pas de ma faute. Qui pourrait penser le contraire? Avec tout ce que l'on raconte sur l'Étranger. Face à lui, il n'avait pas la moindre chance, réalistiquement. Pourquoi ne le voit-il pas?

"Tu étais là à la dilligence, non? Les gens m'ont raconté... Des choses. Il est capable d'accomplir des prouesses, à ce qu'on dit. Ils disent qu'il bouge si vite qu-"

"J'étais là! Il connait plein de tours de passe-passe, et d'ailleurs, le plus fameux d'entre eux, c'est de pouvoir mettre les petites aubergistes pucelles à genoux pour se faire sucer la queue!"

J'écarquille les yeux, le temps que mes oreilles transmettent ce que je viens d'entendre à mon cerveau, et que ma conscience me confirme que je n'étais pas en train de rêver. Je bouge, vite, très vite, le mouvement le plus rapide de ma vie; deux pas en avant et un coup de poing dans la figure. Du moins j'aurais voulu. Il me repousse, ne faisant qu'attiser ma frustration, et mon indignement.

"Regarde ce que t'es dev'nu, putain d'bordel de chiottes! Un sale cow-boy crasseux et stupide! Tous les soirs t'es là à te ridiculiser devant chacun des trous du culs qui arpentent cette baraque puante, et le peu d'argent que t'as, tu le dépense dans du putain d'tord-boyaux qu'a un goût d'pisse de ch'val et dans ces salopes qui passent s'font fourrer par un connard différent chaque soir! Alors tes sous-entendus, tu te les carre !"

Je suis enragée. Je n'ai qu'une envie, c'est de l'étrangler. Et il se met à rire. Il éclate de rire, même, d'un rire tellement fou, qu'il finit par moi aussi m'atteindre. Et nous rions, comme deux simplets. Et la joie calme mes nerfs. Elena n'était pas la seule à pouvoir faire ça. Elle n'avait même pas été la première. Non, lui aussi avait ce pouvoir.

"Bon, allez, 'faut que tu partes maintenant."

"N'y va pas, s'il te plaît."

"T'as vraiment bon dos de me demander ça. Toi t'es tranquille dans l'auberge du paternel, t'attends qu'les gens aillent et viennent. Tu sais pas comment c'est. Ce que je dois faire pour survivre sans me faire bouffer."

"C'est du suicide, Marcus !"

"Mais PUTAIN! C'est vraiment trop te demander de croire en moi? De tous les gens ici, je pensais qu'au moins toi, tu serais de mon côté."

Je me mord la lèvre. C'est dur, mais je ne peux pas lui répondre. Je ne peux pas lui mentir.

"Je sais qu'on est plus très proches depuis que papa... Tu sais. Mais à chaque fois que tu t'en vas j'ai peur pour toi. Je m'inquiète toujours pour toi, tout le temps. Ce duel, c'est une mauvaise idée. Tu le sais. J'espère que tu le sais. Marcus, s'il te plaît, réfléchis un peu, et dis moi que tu n'iras pas. J'ai déjà perdu mon père, je ne veux pas non plus perdre mon petit frère."

"Je sais, Lucy."

Le silence suit ses paroles, alors qu'il lève se yeux pour qu'ils rencontrent les miens. Une boule se forme dans ma gorge, et mon coeur se serre. Son regard était plus lourd qu'il ne l'avait jamais été. La peur qui s'en dégageait était indescriptible.

Frustration. Tristesse. Désespoir. Je suis impuissante. Il est terrifié, mais résolu. Sa fierté stupide allait le mener à sa perte, et il n'y a rien que je puisse y faire. Je ne peux supporter de le voir une seconde de plus. Je quitte la chambre, puis le saloon. Je traverse la rue, puis j'entre dans l'auberge. Je me terre dans ma chambre. Et c'est seulement lorsque j'ai atteint mes quartiers, que je laisse les premières larmes d'une longue série couler.



Je me lève en sursaut. Vite, l'heure. Le temps. Peu importe. J'observe le monde extérieur de par ma fenêtre pour constater que le soleil était déjà levé. Je panique, je m'habille, le souffle court; il n'est pas encore midi, mais il ne me reste que peu de temps. Mais que faire ?

Je ne possède pas plus de moyens qu'hier soir. Je ne peux pas dissuader mon frère de renoncer à ce stupide duel; et si je n'arrivais pas à convaincre ma propre famille, je n'avais aucune chance avec un étranger. Je n'ai même pas d'arme. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je n'arrive même plus à réfléchir correctement.

Elena.

Elena sait toujours ce qu'il faut faire. Elle m'aiderait. Elle est plus forte que moi. Vite, je sors de mon établissement, dans la rue principale. Elle est là, déjà dehors. Je l'intercepte, et elle semble surprise, mais elle s'approche les sourcils froncés, l'air inquiète. Je lui explique la situation.

"Il faut l'arrêter!"

"J'ai déjà essayé, il-"

"L'Étranger! Il dort ici, non?! Et tu vas rester là à ne rien faire?!"

Elle a raison. Je peux faire quelque chose. Je peux encore sauver mon frère.

"Pas un geste !"

Je sursaute. Mes yeux se posent sur Elena, qui tient dans ses mains une arme. Une sorte de revolver, différent de ceux que l'on voit d'habitude. Je me tourne dans la direction vers laquelle elle le pointe, et je le vois, là, dans l'escalier.

L'Étranger.

"Qu'est-ce que c'est ?"

"Tu ne vas pas plus loin."

"Une aubergiste et une instit' essaient de m'arrêter."

Il rit. Et il a raison. Nous sommes ridicules. Je me tourne vers Elena, pas sûre de quoi faire, maintenant. Elle me jette un regard glacial. Puis elle s'adresse à l'homme.

"Tu ne me reconnais même pas. Je n'ai pourtant pas pris une ride..."

Et sur ces mots, ses cheveux, depuis la racine jusqu'aux pointes, deviennent noirs, et s'évaporent pour ne laisser qu'une coupe mi-longue. Elle n'a plus le même visage; ses traits sont étrangés, les yeux en amande et d'un marron foncé, la peau légèrement hâlée d'une couleur que l'on ne voit que rarement.

Je suis paralysée.
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