Barbare au rhum

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le Jeu 18 Jan 2018 - 5:22

En général, une fois venu la fin de l’hivers, le climat s’adouci. Même en Mongolie Occidentale.  Mais parfois… Parfois, non. Parfois, un blizzard vient s’abattre sur les steppes, juste pour rappeler à tous que la Sibérie n’est pas loin.
Et cette tempête-là s’était écrasé sur la plaine en milieu de matinée, sans prendre le temps de prévenir. Un voile de neige, d’abord : De gros flocons poudreux qui recouvrirent bientôt Naran et sa monture. Puis un vent fort, tranchant, qui barrait leur route aussi sûrement qu’une montagne. Et enfin, un froid brûlant, insidieux, qui parachevait la calamité.

Même s’il n’est jamais possible d’être véritablement prêt pour un blizzard, il est possible de développer quelques reflexes de survie. Parmi ceux-ci, le plus central, le plus essentiel : Trouver un abri. En extérieur, on ne survit pas face à un blizzard. C’était une leçon de vie que Naran, comme tout bon Mongol, avait appris dès son enfance.

Mais, dans une plaine, les abris sont rares. D’autant qu’avec la neige qui s’empêtrait partout, le vent sifflant qui gênait tout mouvement, la peur qui désorientait jusqu’au plus habitué, retrouver une corniche ou un dénivelé vaguement protégé était quasiment impossible.

Tant bien que mal, Naran avait profité des premières minutes pour se repérer, et ordonner à sa monture de rebrousser chemin vers un terrain plus inégal. Elle n’eut toutefois pas le temps d’atteindre pas sa destination… Ou alors la neige était trop épaisse pour qu’elle s’en rende compte.


Perdu dans la tornade de neige, son cheval refusa soudainement d’avancer.
Exaspéré par la fragilité de sa monture chinoise, Naran mis pied à terre. Elle avait rabattu sa capuche, sa cape et ses écharpes : Ne laissant à découvert que son nez et le bout de ses doigts. Aveugle et pressée par le temps, elle se colla, elle et son rapace encore endormi, au flanc de son cheval terrifié.

Elle pouvait entendre les battements frénétiques du cœur de l’animal.
Ses lèvres commençaient à piquer, se gerçant à vue d’œil. Ses doigts, à peines couvert sous les manches de son manteau, brûlaient déjà de l’assaut du froid. Il fallait bouger, et vite.

Ses mains trouvèrent l’encolure délicate et l’épaule presque effacée de sa monture, pour la pousser hors de leur route. L’animal n’était pas coopératif, mais Naran insistait, poussait, pestait pour qu’il se déplace. Du pied, elle avait senti une élévation à sa droite ; Une colline, ou une aspérité quelconque : Bref, de quoi construire un abri. Les vents chaotiques ne permettaient pas de deviner en quelle direction le gros de la tempête viendrait, mais au moins un flanc protégé ne serait pas de refus.


Après ce qui lui parut comme des heures d’efforts, l’animal s’était décalé que d’une malheureuse dizaine de mètre. La bête était tremblante, sa robe pie et ses fines jambes inhabitué à de tels intempéries : Naran finit par l’allonger à terre, et se glisser entre la bête et la colline.

Elle sentait ses dents claquer, son corps entier pris d’un frisson incontrôlable. Le temps était compté. De ses bras engourdis, Naran amassa autour du cheval et d’elle un dôme de neige, tassé dans un igloo improvisé. Le froid la transperçait peu à peu, alors qu’elle s’activait pour isoler et réchauffer son abri de fortune.

Ses os allaient percer sa peau. Ses orteils allaient geler puis tomber, laissant la gangrène et le gel s’occuper de ses jambes. Ses doigts sentaient encore la morsure de la neige ; son nez pourtant plat était rougi et glacial.

Pelotonnée contre son cheval, son oiseau léthargique dans les bras, la Mercenaire contemplait les ténèbres feutrées de son refuge. Les congères bloquaient tout son de l’extérieur, ne laissant que le souffle peiné de sa monture. L’épuisement la gagnait. Exténuée par ses efforts, elle finit par sombrer dans le sommeil.

Ses yeux s’ouvrirent sur une obscurité complète. Un moment de panique la pris : désorientée, Naran tâtonna le long de son mince lit de glace, ses cils battant frénétiquement dans l’ombre. Elle finit par se calmer, retrouvant contre sa poitrine un oiseau endormi, son cheval affalé derrière elle, ses affaires éparses…

Couvrant sa main d’une manche, la Mercenaire commença à creuser une fenêtre à son refuge. Pas besoin d’atteindre l’extérieur : Elle entendit très vite les bourrasques furieuses. La tempêté était loin d’être passée.
Il allait falloir tenir.

Ça devait faire plus d’un jour. Certainement. Peut-être même trois ?
Naran avait dormi six fois. Au moins. Sûrement.

Mis à part le sommeil, il n’y avait pas grand-chose à faire, si ce n’est mâchonner ses rations de viande séchée, bouger un peu pour réchauffer l’espace ou faire fondre un peu de neige.
Les secondes passaient lentement.

Le blizzard semblait sans fin. Périodiquement, Naran vérifiait, ouvrant une mince fente pour aérer son abri. Elle sentait son cheval s’affaiblir derrière elle ; Encore quelques heures, quelques jours, et il allait mourir.

Naran hésitait à l’achever tout de suite, pour pouvoir se nicher dans ses entrailles et profiter de leur chaleur.
Il avait été une bonne monture, malgré son âge avancé et sa robe trop fine pour résister au froid. Désœuvrée, Naran lui composa une eulogie. Elle avait du temps à perdre, pour louer l’existence d’un vieux hongre grisonnant.

Elle s’était endormie, encore. Le sommeil la prenait de plus en plus rapidement ; Tout comme le froid, qui s’emparait peu à peu de tous ses membres. C’était une pente dangereuse, elle le savait.

Seul son aigle était encore à température normale. Ses plumes isolant mieux que les quelques couvertures de Naran. ; Son organisme ne nécessitait pas de repas fréquent : il pourrait tenir un bon moment… En fait, le rapace serait probablement le dernier survivant. Naran hésita à le libérer de ses liens, avant de se rappela l’opiniâtreté de l’animal.

Ses yeux étaient ouverts. Pourtant, Naran ne pouvait plus bouger. Seulement fixer l’obscurité. Attendre.
Le froid ne brûlait plus. Il faisait presque parti d’elle-même désormais.
Un dernier sommeil. L’idée ne paraissait pas si mauvaise, finalement. Naran était fatiguée. Elle ferma les paupières.
⁎⁎⁎

Froid. Faim. J’ouvre les yeux. Un rayon de lumière.
Où suis-je ?
L’humain est là. Bleui, rougi, blanchi par le froid…. Endormi. Impuissant ! Est-ce un piège ?
Je m’approche. Je le pique de mon bec. Une fois, puis deux. Ses doigts ne bougent pas. Ses yeux sont fermés. Son souffle est presque éteint…

J’enfonce mes serres dans son bras. Pas de réaction.
Toute mes plumes frissonnent de plaisir.
Je déchiquète ses couvertures, Je mets ses manches en charpie. Ma revanche est à portée, ma chance, mon occasion-
Là ! Sa peau, sa vrai peau, fine, délicate, fragile. A portée. Mon cri de victoire me surprend moi-même, passe mes poumons pour résonner à travers l’abri de glace. Enfin !!

Je mords à plein bec dans sa chair.
Son sang coule à flot. Je serre ma mâchoire sur un lambeau de viande, puis, lentement, je l’arrache. Le bruit des tendons, des veines, de l’épiderme qui lâche… Il n’y a pas meilleur délice.

L’humain hurle. Son cri de douleur me soulève le cœur, tant de peur que de ravissement. Finalement, les humains aussi peuvent produire de joli sons…
Je plonge à nouveau mon bec dans son bras en sang.


⁎⁎⁎

Naran fut arraché à son sommeil par une douleur déchirante. Son bras était tout entier enflammé par une plaie ouverte, sanguinolente. La douleur était insoutenable, incendiaire.

Malgré son corps gelé, malgré le sommeil qui avait enserré ses membres, Naran arracha son rapace de la blessure. Son hurlement ne semblait pas avoir de fin : Tout son corps la brûlait, ravivé par son réveil. Son aigle se débattait férocement, ses cris venant se mêler aux siens.

D’un coup sec, Naran tira la longe de l’oiseau. Dans un râle, l’animal fut trainé de côté, puis peu à peu maitrisé.
La Mercenaire haletait. Malgré le froid, malgré son hypothermie naissante, elle suait à grosse goutte. Tremblante dans son réduit de glace improvisé, Elle passa sa main valide sur les poils froids de son cheval. Mort, évidemment.
La fine fente d’aération qu’elle avait oubliée de refermé laissait un rayon de lumière percer. Au moins, le blizzard avait fini par cesser. Naran banda à grand peine son bras meurtri, puis referma autant que possible ses manches déchiquetés.

Son corps était poussé à ses limites. Il lui fallait une source de chaleur, et vite. Naran sorti son couteau de chasse, pour dépecer maladroitement sa monture. Après avoir éventré la bête, Elle en sorti les abats encore chaud.

Creusant le sol à main nue, Naran finit par atteindre le sol aride de la steppe. Elle grapilla et frictionna les quelques brins d’herbe encore humides qu’elle y avait trouvé. Une étincelle jaillie de son briquet, et vint les enflammer. Finalement, la Mercenaire jeta sur le foyer les organes gonflés de sang de son cheval.
Le feu pris.


Naran se pressa sur la source de chaleur, ses bras si proches qu’il faillirent prendre feu. Obnubilée par les sensations qui doucement regagnait ses extrémités, elle en oublia presque de creuser une cheminée. A mesure que ses membres se remettaient, une démangeaison terrible l’animait ; Son bras blessé combinait la brulure du froid et celle de sa chair à vif.

Elle pris de longue minutes – heures ? – pour reprendre des forces. Les flammes dansaient devant ses yeux, dévorant les abats, puis la tête gauchement décapitée de sa monture.

Quand Naran se réveilla, le feu s’était consumé. Ne restaient que quelques braises, un crane brunit, et l’odeur de viande carbonisée. Le corps de la Mercenaire n’était qu’un amas de nerf à vif ; une boule de douleur pure. Et pourtant, elle trouva dans un recoin de son âme suffisamment d’énergie pour se lever.

Déblayant la neige autour de son abri, elle s’approcha de la carcasse de sa monture.
Le dépeçage de la bête était épars, désespéré. Tant bien que mal, Naran essaya de réparer ses erreurs. Elle tira une vingtaine de kilo de viande, une partie de laquelle elle fit cuire dans les braises restantes. Arrachant tant bien que mal la peau, elle en fit un tannage minimal, puis y stocka la viande crue.


Finalement, elle décapuchonna son rapace, et le laissa manger ce qu’il pouvait des restes sur la carcasse.
L’aigle avait beau avoir un solide appétit, après ces quelques jours à jeun, il ne mangeait pas très vite. Il glissait régulièrement des coups d’œil inquisiteur vers la Mercenaire, tout en arrachant des pans de viande de plus en plus impressionnant. Naran le fixait, perplexe et encore grelottante.

C’était grâce à lui qu’elle avait survécu. Ne l’aurait-il pas réveillé, elle aurait continué son sommeil jusqu’à la mort. Naran ne pouvait s’empêcher un semblant de reconnaissance envers l’animal encore sauvage, malgré la douleur lancinante de son bras meurtri.

Il ne lui serait pas si inutile que cela, finalement…
⁎⁎⁎

Une fois tous ses bagages empaqueté, Naran scruta la plaine. Elle ne pouvait être sûre de sa position exacte, sans étoiles pour la guider. Elle s’assit donc dans l’ossature éventrée de son abri, et réfléchis à une direction.
Originellement, elle avait prévu de rejoindre les grands lacs, aux confins de la steppe mongole.

Mais, à pied, ses options étaient plus limitées. Même sans un nouveau blizzard surprise, Naran n’était pas sûre de s’assurer un flot de viande suffisant pour elle et son oiseau, sans monture sur laquelle chasser.
Avec la viande de son cheval, enfin, ce qu’elle pouvait en porter, Naran comptait peut-être une semaine de nourriture, en rationnant. Trop peu pour rejoindre son clan, et de loin. Quant aux grands lacs…


Le soleil hivernal, de retour après quelques jours d’absence, la toisait froidement. Il se couchait peu à peu, derrière les montagnes de l’Altaï. Ses derniers rayons apportaient pourtant un semblant de réconfort à son corps engelé.

Naran finit par se lever. Sur son dos, elle avait affixa les essentiels : Matériel de voyage, armes et nourriture. Puis, avant de partir à l’assaut de la steppe, Naran s’accroupi au côté de sa monture défunte. Le visage grave, elle lui murmura une prière.

Son aigle volait déjà, tirant impatiemment sur sa longe. Naran réajusta ses bagages, et s’avança à son tour. Par reflexe, elle siffla son oiseau, le bras tendu. Le rapace fondit sur son gant, avec une avidité inhabituelle. Eberluée, Naran senti ses serres, et même son bec presser contre le cuir épais du gant.

Elle s’empara des jets qui pendaient des pieds de l’animal, le stabilisant sur son bras pourtant lancinant. Après une grimace de douleur, Naran s'étonna. Après des semaines d’entrainement… Voilà qu’enfin il s’était habitué à revenir au poing ? Le blizzard lui avait peut-être appris à respecter celle qui le nourrissait…


Dernière édition par Narantuyaa le Ven 23 Mar 2018 - 15:19, édité 3 fois
Maître brasseur

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le Jeu 18 Jan 2018 - 22:49
Tu sais, quand j’ai regardé la mise en situation de ton rp, j’ai eu la scène de SW5 où Han Solo éventre la bestiole pour se tenir chaud. Genre, j’ne sais pas, c’est comme s’il devait y avoir cette scène dans un blizzard.

Bref ! Passons à la suite.

Mise en situation : Ok. Décors : Ok. Empathie : Ok ! V’là le résumé de dingue, j’ai presque envie de laisser ça comme ça.

Sauf que, moi, j’ai pas envie d’me contenter de ça. Pour autant, j’ai pas vraiment de critique à faire sur ce texte. Parallèlement, il s’agit d’un rp en huis clos et d’un bon dans son style. Laisse-moi m’expliquer.

J’adore particulièrement les films de huis clos car nous avons le même paramètre qui revient sans cesse : nous ignorons ce qu’il se passe en dehors. Il y a juste la promesse du fait que ce soit un blizzard, en dehors de ça, il n’y a rien du tout. Une information de temps à autre et la solitude de Naran dans son igloo. Le plus important dans l’histoire, c’est d’avoir l’oppression de l’endroit.

Aussi, c’est de pouvoir jaugé la tension dans le texte. Pour moi, il faut absolument rester dans le ressentit direct et ne pas commencer lamenter pendant des heures.

Heureusement que Naran est le plus bad de tous les boys. Dans le cas contraire, nous n’aurions pas été dans la merde ! Bref, j’aime beaucoup cet état constant et le fait que nous aussi, nous ressentions le froid nous envahissant dans ton abris de fortune. Bon choix, celui de ne pas avoir fixé le nombre de jours exacts, ça aurait gâché le concept.

Interrogation de ma part, tout de même. Brûler l’herbe sous la neige ainsi que les abats ? J’ai pas été vérifié, j’suis confiant sur le coup, mais j’me demande si c’est réellement possible de faire cela. Dans l’idée, les abats sont quand même des morceaux gorgée sang et pareil pour l’herbe. Même, l’herbe verte est difficile cramer. Enfin, c’est de l’interrogation ! Clairement, je cherche aussi la bête pour trouver un truc à redire.

Bon, j’pense l’avoir répété pas mal de fois, j’ai vraiment beaucoup apprécié le rp. Par contre, là, j’suis vraiment dans la curiosité de savoir quelle difficulté te noter…


Facile : 13 points d'expérience + 133 munnies + 2 PS. Deux en Psychisme et un bonus en Défense !

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