Barbare au rhum

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le Mar 16 Jan 2018 - 3:03

Les aspérités de la roche laissaient quelques grottes et corniches. Suffisamment pour s’assoir, et tenter d’observer le ballet des différents oiseaux : Oies, perdrix, faucons… Et quelques lièvres et chèvre de montagne, qui venait chercher subsistance dans ces collines escarpées.
Il y avait pourtant peu de végétation, comme souvent dans la toundra : Mais, ici, on croisait à la fois l’herbe basse des steppes, et de jeune conifère typique des montagnes de l’Altaï. Et, au milieu de ce paysage accidenté, dissimulée entre la roche et quelques jeunes pins… Naran était à l’affut.

Dans ses mains, un filet. Le cordage rêche râpait sous ses doigts.
Immobile, la Mongole scrutait le ciel. L’aube se fondait lentement dans un ciel azur, sonnant la fin de la matinée hivernale. Elle avait placé à côté d’elle deux lièvres, abattu à son arrivée. A moitié enfoui dans la neige pour camoufler l’odeur de cadavre, seul leurs livrées blanches étaient visibles.
Le ballet allait commencer.
⁎⁎⁎

Il y a une beauté, une grâce dans la chasse d’un faucon. Une véritable danse aérienne, un vol parfait et délicat… En comparaison, un aigle est beaucoup plus brouillon. Plus lent, plus gros… plus fort, aussi : Ce n’est pas pour rien qu’ils étaient utilisés pour chasser les renards.
Et celui-là avait la palme de la maladresse. Naran l’avait suivi des yeux, depuis son long vol de reconnaissance, jusqu’à son piqué droit sur une chèvre des montagnes. Dans l’approche, il avait un certain style ; Un côté menaçant, une trajectoire déterminé… Le voir piquer vers le sol, ses pattes sorties, avait quelque chose de terrifiant.
Le souci vint quand l’aigle fondit sur sa victime. Naran réalisa alors que l’animal ne faisait pas encore la moitié de sa taille adulte, rendant son attaque… suicidaire.

Oh, il avait de la technique. Et, évidemment, de l’ambition à revendre. Même confronté à la différence de taille, le petit rapace ne se laissa pas abattre, et planta ses talons dans l’épaule de sa proie. Amusée, Naran regarda la chèvre se débattre, envoyant l’aigle en l’air dans un rodéo frénétique.
Le pauvre présomptueux se trouvait éjecté dans tous les sens, ne retenant prise que du bout de ses serres. Il tentait tant bien que mal de porter des coups, de becqueter sa proie… Sans succès. Sa ténacité n’avait d’égal que son ridicule, malmené ainsi par une chèvre.
Rendue furieuse par la douleur, cette dernière s’élança pour dévaler la colline. Ses sabots d’abord agiles perdirent peu à peu en précision, pour finalement trébucher, glisser, et se vautrer au sol. Mais, avec la vitesse, sa chute se poursuivait en culbute violente, brève reprise de contrôle, et nouvelles chutes. La pente était abrupte, couverte de rocs saillant : A chaque choc, chaque roulade, la roche venait s’enfoncer dans la chair de prédateur et proie.

Leur débâcle semblait durer une éternité. L’épaule de la chèvre était maintenant à vif, son sang venant tâcher la neige. L’aigle n’était pas en reste, bon nombre de ses plumes ayant été arraché par leur descente débridé. Quand vint le creux de la colline, les deux belligérants étaient éreintés.
D’un dernier coup d’épaule, la chèvre se débarrassa du rapace, puis claudiqua hors de portée. L’aigle se redressa, jetant un dernier regard à la chèvre qui se distançait… Et entama de se réarranger les plumes, avec toute la grâce et la noblesse d’un chat qui a perdu sa proie.

De derrière ses broussailles, Naran souriait. Les cascades du gringalet lui avaient plu. Il allait être son premier choix.
⁎⁎⁎

En vérité, attraper un aigle est relativement facile. D’abord : Un morceau de gibier, le plus frais possible. En l’occurrence, nous utiliserons un blanchon fraîchement tué. Ensuite, un filet de 3 mètre carré, solide, sans trou de plus d’un demi mètre de large.
Prenez le leurre, et écorchez-le. Placez le filet sur le sol, recouvert et entremêlé par la viande fumante et rouge de sang. Disposez-vous à quelque distance de la scène, mais prêt à intervenir.
Une fois l’aigle attiré dans le filet, attendez qu’il s’épuise pour l’enrouler dans un pan de tissu, et lui bander les yeux.
Simple, n’est-ce pas ?

Affamé, abîmé et encore déboussolé, la cible de Naran ne pris pas de précaution. Une fois ses plumes réarrangées, il décolla à nouveau. En quelque minutes, il avait repéré le leurre, et tombait en piqué sur le piège de la Mercenaire.
Ses serres encore démesurées pour lui s’enfoncèrent dans le cadavre mis à nu. Il voulut arracher un morceau du lièvre, et tira sur un morceau de corde. Etonné, il répéta la manœuvre, sûr de pouvoir bientôt gouter la chair savoureuse présentée à lui… Sans effet, bien sûr.
L’aigle s’était emmêlé dans le piège tout seul, et réalisa soudain son erreur. Ses ailes se mirent à battre, ses serres venant s’agripper au fils du filet. Naran s’approcha alors, marchant tranquillement, un linge à la main.

En voyant la Mercenaire, les cris de l’aigle se firent agressif… puis plaintif… Puis, finalement, il se tu, le bec rageusement fermé sur un bout de filet. Naran s’accroupi devant lui, sa main ganté venant l’examiner.
Les yeux encore grands ouvert du rapace la fixaient, plein d’une férocité grondante. A chacun de ses geste, l’animal émettait un piaillement furieux, exaspéré par le filet et son épuisement. D’un mouvement vif, Naran s’empara du rapace, le tirant hors du filet et l’emballant dans son linge. Puis, elle couvrit sa tête d’un capuchon de fortune, un simple morceau de de tissu serré d’un bout de cuir.

Ramenant son captif, Naran enfourcha sa monture et repris son chemin, l’animal calé entre elle et son pommeau. Elle lança son cheval à l’assaut de la plaine, essayant de distancer son esprit de tous les calculs nécessaires à l’élevage du rapace.
Il faudrait de la viande à profusion, en été comme en hivers. Un capuchon, du cuir pour faire une longe, une bride, un leurre… Et puis, le dressage, soit au moins trois semaines sans quitter les steppes, pour qu’il soit capable d’obéir et de se tenir en ville… C’était une mauvaise idée. Terriblement mauvaise. Naran n’avait nulle part où nicher un aigle royal en pleine croissance. Elle avait encore des missions à accomplir, en Terre des Dragons et ailleurs.
Et pourtant, Naran souriait, une excitation prenant racine au fond d’elle.
⁎⁎⁎

La journée prenait fin. Son cheval s’essoufflait, malgré le rythme modéré auquel Naran l’avait soumis.
Lâchant la bride de sa monture, la Mercenaire pris un moment pour examiner son nouveau compagnon. Elle le déballa du linge gris où elle l’avait niché, et détailla le petit être d’à peine quelque kilo, rendu docile par l’aveuglement. Il était minuscule. A peine 30cm de hauteur : moitié moins grand qu’un adulte. Et son plumage ! Encore plein de son duvet infantile, clairsemant aléatoirement ses plumes noires.
Reprenant des gestes d’habitude, Naran inspecta à nouveau ses ailes, son camail qui commençait à roussir, ses pâtes encore délicates, son bec à peine noirci. Guidant son cheval de ses genoux, elle arrangeait les plumes ébouriffées de l’animal, et vérifiait que ses acrobaties ne l’avaient pas blessé outre mesure.

La lutte avait été intense. C’était une bonne chose, en un sens : L’animal avait prouvé son endurance, son agilité. Son indiscipline aussi… Enfin, Naran n’était plus à ça prêt.
Mais l’aigle ne piaillait plus. Aveuglé par son capuchon, bercé par le rythme tranquille de leur monture, il semblait même s’endormir. Flasque, tout son corps dodelinant à chaque enjambée. Naran compta les marques blanches sur sa queue. C’était bien un aiglon, âgé d’une huitaine de mois à tout casser.
Plus facile à dresser, les jeunes étaient aussi plus instables : Il n’était pas donné que cet animal-là se soumette au dressage. Caressant doucement le duvet du rapace, Naran se décidait pourtant à essayer. Ce serait celui-là, ou aucun autre. Elle n’avait pas le loisir de rester trop longtemps en Mongolie : Plusieurs missions d’importance l’attendaient en Chine, et de par les Mondes.
⁎⁎⁎

Jour… Jour ? Pourquoi ? Silence.
Coincé. Attaché. Capturé.
Pourquoi ?
Nuit.

Jour, encore.
J’ouvre les yeux, et je suis toujours en vie.
Pourquoi ? Qu’est ce qui empêche cet humain de me faire frire, rissoler, fricasser avec des carottes sauvages ? J’ai été attrapé, j’ai été vaincu !
Mes plumes sont propres, rangées. Mais j’ai beau essayer, mes ailes ne m’obéissent plus. Je suis piégé. Mon bec pique et taille, mes liens ne tremblent même pas. Ma mère se moquerait de moi si elle me voyait. « Tête brulée, tu finiras dans la gueule d’un ours avec tes acrobaties ! » Eh bien non, c’est dans les bagages d’un humain que j’ai fini mon vol. Satisfaite, maman ?
Le capuchon revient. Non ! Tue moi, mais ne m’aveugle pas, espèce de brutasse écerve-
Nuit.

Jour.
Je crache, je hurle, je glati à lui en écorcher les oreilles. L’humain ne bouge pas. Ses yeux me fixent. Des prunelles noires, sans fond. Je ne suis pas un trouillard. Mais je n’aime pas ses yeux.
J’enfonce mes serres sur mon perchoir. J’ai un perchoir désormais. Un perchoir mouvant. Pas une chèvre, non. Un cheval. La viande de cheval, c’est sec, dur. Comme la chèvre, mais c’est plus rare.
L’humain a changé mes liens. J’ai de la place. Un peu. La longe finit toujours par se tendre. Pourquoi ?
Si tu ne pas me manger, lâche moi. J’ai à faire. Lâche-moi j’ai dit !! Je me débats à nouveau, plus fort, plus longtemps. Mes liens ne cèdent pas. Qu’est ce qu’il me veut, cet humain ?
Nuit.

Jour.
Je mords, immédiatement. Tu ne m’auras pas, sale bête !!
Pas de réaction, pas de sang, pas de chair, juste de la peau et plus de peau. Maudit soit ton cuir, je t’aurai, je t’aurai !!! Je mords, je mords, et rien ne lâche.
L’humain me regarde. J’ai son doigt dans la bouche. Enfin, je crois que c’est son doigt. J’entends sa voix. Un son horrible, discordant. Ils ne savent pas chanter, glousser, glatir, piauter ou trompeter. Ignares !
Rouge. De la viande ! Saignante, fraiche… à portée.
Je lâche le doigt, à regret.


⁎⁎⁎

Jour.
Combientième ? Ce n’est pas une question que se pose un rapace.
J’attends ma viande. J’attends aussi le jour où l’humain me touchera sans gant, ou je pourrai planter mes serres et mon bec dans sa chair fragile.
J’attends longtemps. Je suis patient.


Dernière édition par Narantuyaa le Ven 23 Mar 2018 - 15:14, édité 1 fois
Maître brasseur

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le Mar 16 Jan 2018 - 21:44
Bon, j’vais me dépêcher de te noter avant que la suite soit sur le forum. Ouais, j’ne dois pas perdre un instant !

Alors, une fois n’est pas coutume, j’ai pas de négatif à donner pour cet exploit, j’ai plutôt bien apprécié pour être honnête. Ce qui est bien, c’est qu’il s’agit d’un rp étant fait quasiment que d’exposition. Nous sommes assez peu dans le ressenti du personnage, comparativement au rp précédent avec ta « famille ».

C’est pas un mal, c’est surtout le ton général de ton exploit qui est intéressant. Vraiment, j’ai l’impression qu’il s’agit d’un document sur « Discovery Channel ». C’est pour dire à quel point c’est intéressant à voir ! Bon travail de renseignement.

Par ailleurs, par rapport à un truc que j’balance pour la troisième fois dans un commentaire… Bon choix de titre ! J’ai même été jusqu’à google le mot pour découvrir de quoi il s’agissait exactement. Même si j’avais une petite idée en ayant lu les évènements précédents. Franchement, ouais, j’ai apprécié l’idée.

Et… J’ai rien à rajouter ! Si, l’épisode dans la tête de l’oiseau m’a fait rire. Par contre, ce que j’me pose comme question, c’est de savoir le temps qui se passe dans sa p’tite tête de piaf.

Seulement, est-ce que ce n’est pas un peu de l’omniscience ? Attention, j’suis en train de dire cela dans un sens « il n’y a pas place à l’interprétation » et clairement pas dans un sens péjoratif. Ici, l’artifice est marrant, mais j’me demande son effet si celui-ci est utilisé plusieurs fois dans la quête de dressage.


Facile : 11 points d'expérience + 100 munnies + 2 PS en Psychisme

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