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 Lessive à Port Royal
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Mer 13 Sep 2017 - 5:54

Port Royal, Centurio

Citation :
« On nous signale des attaques de sans-cœur par moment. Ça change à chaque fois, soit il s’agit de bestioles faibles mais formant un groupe suffisamment élevé pour faire peur à la sécurité locale. Soit ce sont deux ou trois créatures redoutables qui font pas mal de grabuge. Rendez-vous sur place et exterminez les. »

Naran parcourait des yeux le tableau des missions. Elle avait été accepté dans l'ordre le soir dernier, et était impatiente de faire ses preuves. Elle venait à peine de s'arrêter sur cette notice, que Natsu s’approcha d’elle, un sourire malicieux aux lèvres.
« Avant d'aller casser du Sans-cœur à cœur joie, laisse-moi te présenter Daigoro et Brutus… Daigoro, Brutus, dites bonjour à Naran.
Alors tu vois ma p'tite Naran....ces deux cabots cabotins sont très joueurs et adorent les promenades.... Et devine quoi ! ils ont envie d'aller se promener... là... tout de suite ! Vu que tu sors, je te les confie le temps de ta petite ballade
Fait attention à eux ! ils sont très précieux pour le Centurio, ce sont quand même nos mascottes quoi ! Du coup… si jamais je les revois revenir avec la moindre égratignure ou le moindre grain de poussière dans leur doux et soyeux pelage... tu pourras dire adieux à la récompense de ta mission.
Voila ! Amuse-toi bien avec eux ! Et surtout, ne foire pas ta mission.
»

Des… cabots ?? Ces mercenaires étaient complètement chtarbées. Ces êtres avaient certes une apparence vaguement canine ; Leurs babines retroussées, truffe noire et langues pendantes... Mais ils tenaient plus des démons que de simples chiens.
Daigoro, le premier des deux monstres, tenait plus de l’ours, ou au moins de ces énormes mastiffs tibétains. Ses pattes étaient aussi larges et griffues que celle d’un lion, et son cou invisible sous son épaisse fourrure rouge violacée, qui se tordait en volute orangée autour de la mâchoire et de la queue. C’était, très clairement, un démon, une divinité gardienne chinoise venue la hanter pour ses crimes passés.
Paniquée, Naran détournait les yeux, pour tomber sur le deuxième animal, jusqu’à présent resté dans l’ombre. En comparaison, Brutus avait une apparence presque conventionnelle. Un pelage dru noir et brun, une mâchoire carrée qui dévoilait une belle rangée de crocs jaunes, des oreilles qui retombaient sur les côtés de sa tête, tandis que ses yeux bruns scintillaient de malice. Mais Naran n’était pas dupe, et le classifia aussitôt comme esprit vengeur lui aussi.

Déjà à l’origine, Naran n’avait jamais été très friande de chiens. C’étaient les bêtes utilisées par les Chinois pour garder le bétail et les demeures. En fière Hun, elle avait fait de nombreux raids, et gardait un mauvais souvenir de ces foutues sentinelles : combien de fois une attaque surprise fut délayé à cause de l’alerte inopportune d’un de ces clébards ? Et combien de fois, alors que le pillage battait de son plein, ces mâtins était venu défendre leurs maîtres jusqu’à leur dernier souffle ?
Mais maintenant qu’elle avait aperçu les bêtes, Naran était horrifiée. Ce qu’elle pensait une mission de repérage était devenu un véritable cauchemar.

Les deux monstres reniflaient et renâclaient, impatients. Visiblement, leur première volonté n’était pas de l’étriper, mais de sortir. Naran reculait inconsciemment, puis sentit la porte dans son dos. Bloquée, elle eut un regard affolé vers Natsu, mais ce dernier s’était déjà évaporé. Prenant une grande inspiration, elle ouvrit la porte aux deux démons, qui s’élancèrent dehors. Naran les suivit, sur ses gardes.

Port Royal, Place du Centurio

Alors que Naran sortait du Centurio, le soleil se levait à peine sur Port Royal. Quelques rares passants pressaient le pas vers le marché, de larges paniers à la main, tandis que d’autres étendaient leur linge de leurs fenêtres. L’odeur puissante du jasmin recouvrait presque les effluves alcoolisées de trois ivrognes avachis sur le pavé.

Au milieu de la place, les deux molosses s’étaient jetés sur un rat à demi mort, qu’ils se disputaient joyeusement à grand coup d’aboiement. Chassés par le bruit, le groupes de mouettes qui festoyaient sur les déchets du caniveau s’enfuirent avec empressement, ne laissant que des miettes et quelques plumes sales. Les soulards qui jusqu’à présent cuvaient leur vin sous l’auvent du Centurio finirent par se lever, et partirent en maugréant.
Bouche bée, Naran observait les deux cerbères. Les deux dieux vengeurs se comportaient comme de vulgaires clebs. Peut-être que leur apparence monstrueuse n’était qu’une illusion ? Ou peut-être qu’ils se dissimulaient au sein de Port Royal sous les traits de chiens normaux, et qu’elle était la seule à avoir percé leur glamour ? Une multitude de théories défilaient dans son esprit, toutes aussi absurdes les unes que les autres.
Après quelques instants de contemplation muette, Naran se ressaisit. Si ces démons voulaient agir comme des chiens, elle saurait les mater.  En principe, elle savait y faire avec les animaux, même si elle était plus proche des chevaux et des rapaces que des… chiens des enfers. Pour dresser, ou au moins apprivoiser de telles bêtes, il allait lui falloir de quoi les appâter. Ensuite, suffisamment d’autorité et de prévenance suffirait pour les rendre aussi obéissants que des chiens de manchon.

Déterminée, Naran prit le chemin du marché, sifflant résolument les deux cerbères. Après avoir envoyé valser leur rongeur éviscéré, les molosses hésitèrent un instant, puis finirent par lui emboiter le pas. Ils se gardèrent bien de la suivre sagement, évidemment, et préférèrent caracoler autour d’elle. Ils bondissaient sur chaque attraction, fussent-elles arrêtes de poisson, porcelets errants ou gamins en guenilles.
Naran était d’abord inquiète que les monstres ne décapitent quelqu’un par maladresse, mais elle découvrit que les bêtes savaient se tenir : Malgré les multiples pots et étals qu’ils renversèrent, les « cabots » restaient relativement inoffensifs envers les humains, et ne leurs infligeaient que de copieux bains de salive.

Port Royal, Place du Marché

Bientôt, le marché de Port Royal se profila à l’horizon. Juste à côté du port pour pouvoir vendre les marchandises qui en provenaient, la foire remplissait une large esplanade d’étals colorés. Sur les abords, des maisons de chaux ou de pierre contenaient les échoppes les plus riches : banques, cordonniers, tailleurs… Et surtout, boucher. Parmi la foule bariolée qui emplissait le lieu, les bêtes démoniaques faisaient sensation : les badauds les applaudissaient ou les aguichaient de friandises, tandis que les marchands les foudroyaient du regard. Clairement, les molosses étaient connus des riverains, qui ne les craignaient pas.
Laissant les chiens démoniaques au centre de l’attention, Naran se glissa chez un boucher, et y demanda innocemment des tripes ou des os à moelles. La bouchère, une dame d’une quarantaine d’années affublée d’un tablier sanglant et d’un air pas commode, lui adressa un regard dédaigneux.
« Vous croyez que je n’ai pas vu votre petit manège ? C’est vous qui avez mené ces pestes ici. » Elle désigna les deux molosses qui se pavanaient dans la ruelle d’un mouvement de menton rageur. « Ils ont une sacrée ardoise, que le Centurio n’a toujours pas daigné payer. Si vous voulez quoique ce soit, vous allez devoir raquer ! »
« Ah… » Croassa Naran, qui se fit toute petite. Vu l’état de ses finances, elle n’avait vraisemblablement pas de quoi payer grand-chose… Elle sortit de la boutique, gênée, et aperçu Brutus qui plantait ses crocs sur une large épaule de mouton suspendue devant l’échoppe.

Horrifiée, Naran vit la scène comme au ralenti. Brutus resta suspendue à la pièce un instant, avant que l’auvent ne craque dans un bruit sec. Pendant ce temps, Daigoro s’était emparé d’un jambon voisin. En quelques secondes, les deux molosses avaient projeté au sol l’étal entier, et le trainèrent sur plusieurs mètres avant qu’enfin, le lien qui retenait les charcuteries ne cède. Les deux démons bondissaient joyeusement vers les quais avec leurs proies respectives, tandis que le reste des pièces de viandes gisait au sol, mêlé à la terre et aux ordures.
Comme mue par un réflexe, sûrement dû à ses longues années de larcins, Naran s’élança dans une ruelle parallèle, sans laisser le temps à la bouchère de l’écorcher vive.

Port Royal, Port

En suivant les éclats de rire, elle rejoint les appontements. Là, les marins et commerçants avaient arrêté leur marchandage pour observer la folle échappée des molosses. Il ne lui fut pas difficile de suivre leur trace. Un groupe de matelots qui descendait d’un beau trois mâts sifflait une chanson en leur honneur, tandis que les quelques militaires qui patrouillaient riaient aux éclats.
Poursuivant sa course, Naran atteint bientôt l’arsenal, puis le port de pêche. Malgré la foule en ce début de matinée, la piste des deux cerbères était plutôt claire : il suffisait de suivre les cris et railleries à travers le Port.

Port Royal, Plage périphérique

Après une dizaine de minutes de course effrénée, Naran retrouva les molosses au bout des quais. Assis sur la plage désertée, ils mordillant fièrement leur prise. A côté d’eux, un soldat l’observait, hilare.
« Ils vous ont bien fait courir à ce que je vois ! Faut pas vous en faire, c’est une sorte de rite chez les Mercenaires… » Le militaire devait avoir une quarantaine d’années : bien qu’assuré et bien bâti, les rides au coin de ses yeux et les taches blanches dans sa barbe brune trahissaient son âge mûr. Il tapotait la tête de Daigoro avec une aisance déconcertante, gratouillant le démon sous les oreilles comme si ce n’était qu’un mâtin ordinaire.

Naran n’était pas très à l’aise face à cet homme qui portait l’uniforme avec une telle tranquillité. Elle n’aimait pas les gens d’armes, et encore moins les militaires, ayant été souvent arrêté par les premiers, et circonscrit par les autres. Aujourd’hui tout particulièrement, Naran n’avait pas envie de se trouver face à une figure d’autorité, alors que les démons dont elle avait la charge se faisaient les crocs sur un larcin pour le moins indiscret.

Voyant la méfiance de la jeune femme, le militaire eut un sourire taquin. « Il ne vous ont pas encore parlé de nous, au Centurio ? » Il poussa un soupir faussement déçu, puis reprit d’un ton professoral : « Je vais vous expliquer dans ce cas. Voyez, comme vous le savez sans doute, les Mercenaires contrôlent ce monde. Toutefois, c’est nous, la marine Anglaise, » Il pointa son torse vêtu du costume rouge vif, « qui sommes chargés de faire régner l’ordre. Enfin, en théorie tout du moins. Or, il faut que les deux institutions -Mercenaires et Marine- s’entendent sur les pouvoirs de chacune. » Il baissa d’un ton, et murmura en un pseudo aparté : « Soit, dans les faits, que la marine ne contrôle pas les vaisseaux de contrebandes Mercenaire, et que les Mercenaires ne décrédibilisent pas totalement le gouverneur et ses forces… »

Le soldat s’arrêta un instant, pour s’assurer que Naran le suivait dans son exposé. « En conséquence, certains membres de la marine sont donc aussi employés par le Centurio, pour veiller au respect des intérêt des Mercenaires. Des membres en apparence tout à fait commun, voyez, je ne suis que sergent, mais doté de quelques privilèges particuliers… »
Naran le fixa, pas convaincue pour un sou. « Donc… Vous êtes acheté par le Centurio pour regarder ailleurs ? »
« C’est bien réducteur comme vision ! Nous servons aussi d’intermédiaire entre le Centurio et la Marine en cas de désaccord, d’agent diplomatique, de forces spéciales dans certains cas… Si on empoche une petite prime de la part du Centurio en sus, ce n’est que justice pour tous ces services annexes. Et puis, on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, moi par exemple, j’ai bien 6 bâtards à nourrir entre ici et le fort… » Le sergent eut un petit sourire, son regard se perdant sur les bas quartiers de Port Royal qui s’étendaient devant eux.

Naran profita de ces quelques secondes de silence, jusqu’à ce que le soldat ne reprenne subitement son monologue : « Ah, mais je ne me suis pas présenté ! Toutes mes excuses ! Je suis le Sergent Peter Davis, pour vous servir. » L’officier s’inclina brièvement, les yeux toujours pétillants de malice.
Malgré son inimitié envers cet homme, qui avait la double tare d’être militaire et corrompu, la jeune femme répondit poliment : « Je suis Narantuyaa, nouvellement enrôlée au Centurio. » Elle inclina la tête, puis poursuivit : « J- »
« Ah, mais voilà qui tombe miraculeusement bien ! C’est vous qui avez pour mission de nettoyer un peu la ville, non ? C’est parfait, il fallait justement que je vous parle. » Davis l’avait coupé sans aucun remord, et continua sur sa lancée : « Voyez-vous, nous avons quelques problèmes de Sans-Cœur dans la région, rien de bien méchant notez, mais un peu au-dessus de mes moyens je dois l’admettre… » Le sergent semblait honnêtement contrit, et pourtant Naran avait la distincte impression qu’il avait juste pas envie de perdre son temps à chasser des fantômes.

« Vous connaissez la ville ? Non, pas encore ? Vous vous y ferez vite, ne vous en faites pas. Eh bien, au Nord d’ici, un peu en recul de la ville et de ses effluves, vous pourrez trouver les villas du gotha local - le gouverneur, quelques notables, ce genre de chose. Or, il se trouve que quelque uns de ces derniers se plaignent d’invasion de Sans-Cœurs, probablement venus des jungles et plantations environnantes. Je suis certain qu’ils récompenseront généreusement toute intervention de votre part… »
Soupçonneuse, Naran pressentait que Davis y gagnerait une petite commission lui aussi, mais il ne lui laissa pas le temps de formuler quoique ce soit. « Par ailleurs, si vous avez le courage, il faudrait s’occuper du fort d’observation à l’Est de la ville… depuis quelques temps les vigies n’osent plus y aller de peur de se faire dévorer… Et je crois que c’est tout pour le moment. Prenez soin des chiens, surtout, et bon courage ! »

Le sergent lui adressa un dernier sourire, avant de reprendre son chemin vers la ville, la saluant de la main au passage. Naran dû se contenir de faire une remarque désobligeante, et se contenta de grincer des dents. Ce Davis avait beau l’énerver passablement, au moins il était utile : elle avait quelques pistes de contrats juteux, que ce soit pour l’armée ou les nobles.

Naran se mit en route, suivant le chemin du littoral. Elle en profita pour jouer avec les molosses, leur lançant du bois flotté ou les coursant sur quelques mètres. Petit à petit, elle cernait un peu plus leurs caractères. Elle dut admettre qu’ils se comportaient effectivement comme des chiens, bien que plus malins, plus puissants qu’aucun qu’elle ait déjà côtoyé. Daigoro était le plus énergique des deux, joueur et bon vivant. Brutus en comparaison était plus malicieuse - car oui, en plus de lui avoir refourgué deux cerbères démoniaques, Natsu ne lui avait pas précisé qu’il s’agissait d’un mâle et d’une femelle. Fort heureusement, ce n’était pas la saison des amours. Tout au plus Brutus acceptait-elle que Daigoro lui fasse la cour, se jouant narquoisement de ses avances.

Après une heure de balade, Naran avait bien étudié ses charges. Elle avait apprit à discerner certains signes avant-coureurs : quand un chien s’apprêtait à bondir sur elle, à détaler à toute vitesse, ou à faire une connerie. En sifflant, ou en les réprimandant, elle pouvait parfois prévenir une catastrophe. Toutefois, le remède le plus efficace aux problèmes restait de les maintenir en permanence occupés ; à chasser une souris, ramener un bâton…
Les molosses appréciaient beaucoup les gratouilles derrières les oreilles, qui suffisait à les motiver à des tâches simples.

Pour atteindre les beaux quartiers, ils y avait plusieurs chemins. Naran avait la possibilité de traverser les bidonvilles et les bas quartiers, bondé à cette heure, ou de suivre les remparts qui entouraient la vielle ville, en profitant par la même occasion pour enquêter sur les problèmes rencontrés par les soldats du coin. C’était de loin la meilleure option, et Naran se dirigea donc résolument vers les murailles.

Port Royal, Remparts

Quels drôles de remparts. Leurs murs étaient lisses et massifs, et formaient des pointes régulières vers l’extérieur, comme des dents mordant la terre alentour. Les cadavres qui les décoraient n’était pas ou peu mutilé, mais simplement et proprement pendu, voir enfermé vivant dans d’étroites petites cages.

Quand, finalement, Naran atteint la porte du port, elle fut accueillie avec un silence froid. Les soldats locaux ne semblaient pas très enthousiastes de la présence de Mercenaires… Sans daigner lui adresser la parole, on lui fit signe de parler à un des officiers, un petit homme rondouillard qui jouait aux cartes non loin. L’homme était engoncé dans son uniforme rouge vif ; la tête couverte d’une perruque bouclée et blanchie, les joues pleine et roses d’un fils d’aristocrate, le délicat parfum de l’eau de rose mêlée au rhum. Il jurait et riait à la table de jeu, pendant que son pactole diminuait de tour en tour.  

Voyant Naran arriver, l’officier s’excusa auprès de ses partenaires de jeux, puis quitta la table. Il se dandinât vers la jeune femme, lui souriant niaisement. “Eh bien, vous êtes déjà là ! Tant mieux, tant mieux.” Il hochait la tête, satisfait. « Je suis le caporal James Waddington, en charge de cette joyeuse bande. » L’officier désignât de la main les hommes qui l’entourait, l’air content de lui. Naran se dit qu’elle n’avait probablement pas besoin de se présenter, et, effectivement, le petit caporal repris son discours sans lui prêter attention.

Oui, voyez, nous avons quelques soucis avec des activités Sans-Cœurs ces derniers temps. Ces petites pestes attaquaient une de nos tours d’observations, à l’Est d’ici. Entre nous, cette tour n’était pas bien utile, donc nous avons vite fait de l’abandonner. Depuis, les Sans Cœurs traînent dans les jungles au Nord de la Ville, gobant un ou deux vagabonds de temps à autre… En temps normal, nous n’en aurions que faire, mais il se trouve que ces horripilante créatures ont récemment infesté le champ de tabac d’Isandro !
L’officier fixa Naran, l’air soudainement très sérieux : “Vous connaissez Isandro, n’est-ce pas ?” Indigné du silence de son interlocutrice, l'officier s’exclama : “C’est le meilleur tabac des Iles ! Ces cigares, ce ne sont pas de simple cigare. C’est… C’est de l’Art !” Abasourdie, Naran observa l’officier s’émouvoir.  “Vous comprenez donc que la situation est insoutenable. Evidemment, il faut que vous interveniez. Vous serez généreusement récompensés, ne vous en faites pas. Maintenant, allez ! Avant que toute la récolte ne soit perdue !” Et le caporal lui indiquât de partir de vigoureux gestes de la main, pour retourner s’installer à sa table de jeux.

Reprenant la route, ses deux molosses aux talons, Naran ne put s’empêcher de grommeler tout bas que ces foutu militaires commençait à la prendre pour leur homme à tout faire. Mais la promesse d’une récompense faisait son chemin dans sa tête, et Naran repris du poil de la bête.

Port Royal, Quartier du Gouverneur

Avant de visiter les champs d’Isandro, Naran préférait s’informer sur son deuxième contrat. Elle pris donc la large route pavée qui menait du fort aux beaux quartiers, sifflant à sa suite les deux monstres qui lui avaient été confiés.

Arrivée à mi-chemin, Naran s’arrêtât un instant à une fontaine publique, pour se passer le visage sous l’eau. Le soleil était désormais haut dans le ciel, brulant impitoyablement le pavé. Avec la chaleur, les rues s’étaient vidé, et même le vent s’était éteint, comme si lui aussi avait été endormi par la fournaise. Les deux cerbères étaient peut-être la seule exception à la somnolence généralisée : Ils ne cessaient de fouiner dans tous les recoins, reniflant les tas d’ordures, les poulaillers grillagés ou encore les rares mendiants avachis sur le côté de la route.

Après quelques minutes de marche, Naran approcha les premiers manoirs. C’étaient de larges bâtisses coloniales, faite de briques et de bois, de colonnades arrogantes et de rosiers impeccables. Les parcs qui entourait ces ambitieuses propriétés était couvert de gazon rigoureusement égalisé, parsemés çà et là de tonnelles ombragées et de quelques chaises de fer forgés. Quelques domestiques pliaient les nappes de lin immaculées qui avaient servie pour le déjeuner, tandis que d’autre profitaient de la léthargie de leurs maîtres pour sortir discrètement en ville.

Naran errait dans ce monde étrange, épiant ce luxe au travers des larges haies qui bordaient la route. Alors qu’elle rêvassait, un jeune garçon vêtu d’une livrée rouge et or sortit d’une des maisons, pour se diriger droit vers elle. Il l’apostropha d’un ton irrité : « Dehors la vaurienne !! On ne veut pas de votre espèce ici ! » Voyant que Naran ne réagissait pas, il continua : « C’est un quartier de qualité ici ! Dégagez, retourner à vos tavernes et ne remettez plus les pieds ici !! ». Naran avait du mal à réprimer un rire : Le garçon était à peine plus grand qu’elle, maigrichon et bien peu menaçant malgré son torse bombé et son air important. Mais la mercenaire décida finalement que sa récompense serait plus conséquente si elle jouait la diplomatie, et répondit d’une voix douce : « J’ai affaire ici pourtant. On dit que vous avez un problème de Sans-Cœur… »

S’arrêtant net, le jeune homme s’exclama : « Ah ! C’est vous la nouvelle que les Mercenaires envoient ? » Le jeune domestique la jaugea un instant, l’air peu convaincu.  « Eh bien, dans ce cas, suivez-moi. » Il jeta un regard mauvais aux deux chiens, puis lui indiqua une petite porte de service sur le côté d’un des manoirs. Une fois Naran entrée dans le petit vestibule, le jeune homme claqua fermement la porte, laissant les chiens à l’extérieur. Il eut un petit soupir de satisfaction, puis se tourna vers la mercenaire. « Je suis Edmund, premier domestique de Monsieur Giles de la Tourbière, avoué du Gouverneur et sixième intendant de la Grande Couronne d’Angleterre. » Le garçon rayonnait de fierté en énonçant son titre, que Naran eut vite fait d’oublier.
« Mon maître, Monsieur de la Tourbière, a requis les services de votre organisation pour mettre un peu d’ordre par ici. Les parcs les plus en extérieurs subissent depuis quelques semaines des attaques répétées d’on ne sait quoi. Au début, ces mystérieux assaillants ne s’attaquaient qu’aux esclaves des plantations, quand ceux-ci s’aventuraient trop près de la jungle… Mais récemment, ces lâches ont attaqué le jardinier favori de Henrietta Claudia von Ustenberg !» Edmund était outré. « En conséquence, Monsieur de la Tourbière, qui courtise actuellement Mademoiselle von Ustenberg, a généreusement accepté de monter une expédition punitive en représailles. Il a donc payé un des domestiques de sa Maison, qui, à travers plusieurs intermédiaires, a fini par joindre les Mercenaires de votre Centurio, qui vous ont visiblement chargé de cette tâche. Vous serez donc son représentant sur le terrain. Vous êtes priée d’agir avec tout l’honneur et l’étiquette requise. » Le ton du domestique était d’un sérieux absolu.
Après un temps, il reprit : « Monsieur de la Tourbière sera prêt à vous accorder un bonus si vous rapporter un trophée. Quelque chose de bon gout, si possible, comme une tête empaillée, une toison animale, peut être des boucliers tribaux… Inventez s’il le faut, Monsieur de la Tourbière prévoit d’insérer cette expédition dans la chronique de sa dynastie, et des preuves matérielles seraient très appréciable. »

« Des questions ? » Le jeune domestique la toisait, un sourcil levé. Naran, amusée de voir ce garçon se prendre autant au séreux, répondit avec un sourire : « Avez-vous des témoins des attaques ? »
Le gamin répondit sèchement : « Aucun qui n’ai survécu. Les esclaves racontent qu’Isandro, un paysan perdu au Nord d’ici, a été capable de les repousser. » Voyant Narantuyaa en pleine réflexion, Edmund lui indiqua la porte, avant de se diriger vers l’escalier de bois qui flanquait le vestibule.

Narantuyaa finit par sortir, fermant précautionneusement la porte derrière elle. Elle se raidit un instant sous l’assaut baveux de ses deux molosses, auxquels elle avait apparemment beaucoup manqué. Finalement elle sut se libérer de leur affection, pour se diriger vers les plantations. Tout semblait converger vers ce mystérieux Isandro : il était temps de lui rendre une petite visite.

Port Royal, Piste vers le Nord

Les Plantations d’Isandro étaient bien plus éloignées que Naran avait d’abord pensé. En posant quelques questions aux rares passants du quartier des notables, la mercenaire appris qu’Isandro résidait sur une plantation isolée, au cœur de la jungle limitrophe, et se mis en route dans la direction indiquée.

En traversant le reste des beaux quartiers flanqué de ses deux cerbères, Naran faisait un peu tache. Des chariots de marchand venaient livrer des mets délicats ou de belles étoffes, pendant que des domestiques en livrée s’activait à astiquer les essieux des calèches de leurs maîtres. L’heure de la sieste était passé : L’activité reprenait lentement, notamment pour préparer les tea parties des notables. La mercenaire ne se souciait guère de l’attention qui lui était porté, et continua son chemin, impassible. Ses deux accompagnateurs dissuadèrent tout autre brimade. Naran se surpris à penser que ces deux molosses pouvaient parfois s’avérer utile, une idée qu’elle chassa bien vite de son esprit.

Une fois arrivée aux bordures des impeccable parcs à l’Anglaise, Naran fut soudainement confronté à une jungle touffue, totalement impénétrable. Seule s’offrait à elle une piste à moitié effacée, gravée dans le sol et la végétation par le passage répété d’un petit chariot. La mercenaire eut un dernier regard pour le ciel, avant de s’avancer dans un tunnel de verdure luxuriante.

Entrer dans la jungle était comme passer dans un autre monde. Les sons étaient soudain diffus, étouffé ; les odeurs lourdes et étrange. À travers la canopée, les rayons de soleil passaient à peine, mais Naran distinguait une multitude de couleur : Des oiseaux étranges, aux crêtes mordorées ; des grenouilles rougeoyantes et silencieuses ; des fleurs chatoyantes ou immaculée ; De bourdonnant nuages de moucherons (qu’elle évita avec soin) ou encore des ruisseaux scintillants qui coulaient entre les racines d’arbres vénérables.

Après quelques heures de marche sur ce chemin de terre inégal, entourée par une végétation étrange et étouffant, Naran se lassait de l’air chaud et omniprésent. Ses deux chiens, enthousiastes, jouaient dans les fougères et pourchassaient les rongeurs, lui ramenant occasionnellement un cadavre à moitié dévoré d’étrange rongeur ou de lézard argentés.

Enfin, elle sentit une fine brise sur son front. En levant les yeux, elle vit que la canopée, jusqu’ici oppressivement renfermée sur elle, s’ouvrait progressivement. Quelques mètres plus loin, la jungle s’estompa totalement, pour dévoiler une vue à couper le souffle.

Port Royal, Plantations d’Isandro

D’ici, elle pouvait voir la jungle qu’elle avait parcouru, mais aussi les demeures, modeste et opulentes, qu’elle avait longé, les remparts, et la mer, bleue et chatoyante sous le soleil tropical. Un vent fort battait les hautes herbes, balayant l’humidité et la chaleur, dévoilant le soleil de l’après-midi.

Naran était en haut d’une colline, sur un petit plateau cultivé. L’espace avait été consciencieusement défriché : La terre arrangée en sillions réguliers, soigneusement semé et entretenu, une maison et un séchoir complétant le tableau. En bordure de la petite plantation, une figure courbée martelait une barrière brinquebalante.

S’approchant, Naran réalisa qu’il s’agissait d’un homme à la peau sombre et ridées, coiffé d’un large chapeau de paille. Ses cheveux étaient blancs comme neige, et pourtant elle ne pouvait le considérer comme vieux : de ses mouvements et de ses yeux se dégageait une énergie certaine. Il sourit en la voyant arriver, et se leva.
« Vous êtes Isandro ? » L’homme inclina la tête, rangeant ses outils dans sa ceinture. « Je suis Narantuyaa. J’ai entendu dire que vous aviez un problème de Sans-Cœurs… » Encore une fois, Isandro hocha la tête amicalement, la laissant poursuivre. « Je pense pouvoir m’en charger. » Naran tira son arbalète à elle, époussetant l’objet un instant, avant de reprendre : « Mais il me faut d’abord quelques informations. Vous avez une idée de leur nombre ? De leur composition ? »

Isandro eu un sourire, mais ne répondit pas. Ses mains s’agitèrent devant lui un instant, pour finalement retomber à ses flancs. Il signifia à Naran de le suivre, et se dirigea vers la petite maison qui occupait le haut de la colline. Il en ouvrit la porte, puis se glissa à l’intérieur. Naran rangea son arme et le suivit, mais la forte odeur de tabac qui habitait l’endroit rebuta ses chiens, qui préférèrent rester dehors.

La maison tenait plus d’une cabane que d’une véritable habitation. Les murs étaient de chaux et de bois, avec une charpente apparente d’où était suspendu guirlande d’ail, d’herbes, d’oignon et de saucisses séchés. Un mince rayon de lumière filtrait de la seule ouverture, à l’opposé de la porte. Le sol était de terre recouverte de paille propre ; Le mobilier était rare : Une table, une chaise, et un petit buffet. De larges sacs de jute s’amassaient dans un coin, et une échelle menait vers un grenier où l’on devinait une couche parmi les stocks de graines.

De son buffet, Isandro extrait précautionneusement une unique lettre, qu’il tendit à Naran. La mercenaire la parcouru des yeux. Sur le recto, un certain James Waddington s’étonnait de ne pas avoir reçu son pot de vin habituel. Il semblait plus inquiet que menaçant, et signait même d’un « Cordialement vôtre » ornementé de fioritures. Sur le verso, quelques notes maladroites indiquaient « Sans Cœurs », « Menace », et quelques nombres. Plus étonnant encore, un petit schéma détaillée et bien plus habile de l’endroit marquait les points concentration d’ennemis. Le tout ressemblait fortement à un plan de bataille, le genre de chose qu’un officier vous met sous le nez au petit matin avant un raid.

Naran leva les yeux vers son hôte, inquisitive. Il était probablement l’auteur de cette note, et son tracé, sa façon de faire faisait pensé qu’il n’avait pas toujours été agriculteur. Comme pour confirmer ses suspicions, Isandro sortit deux sabres de derrière son buffet.
Un ancien soldat… ? Les lames auraient dû être rouillée, et pourtant elles ne portaient même pas de trace de poussière. Isandro lui adressa un sourire gêné, comme s’il était un gamin pris la main dans le pot à cookie. Il attacha ses armes à ses hanches, à la place de ses outils, et sortit avec une assurance jusqu’ici dissimulée. Naran le fixa un instant, jeta un œil à la carte, puis pris sa suite.

Alors qu’elle passait la tête à l’extérieur, Naran pressentit très vite que quelque chose ne tournait pas rond. Instinctivement, elle se mis en garde. À sa droite, Isandro avait fait de même. Brutus montrait les crocs. Daigoro émis un long grondement, le poil hérissé.

Au pied de la colline, la jungle s’assombrissait. L’ombre des arbres semblait s’agiter. Une ondulation obscure habitait les broussailles. Fluide. Vivante. Une bulle sombre se formait sur le sol, à l’orée de la jungle. Puis une autre, et encore une autre… Naran en compta quatre avant de dégainer son arbalète. A sa droite, Isandro s’avancait d’un pas assuré.

D’un geste, Naran arma son arme. Elle attendait un signe, une alerte. Il n’en eu aucune. Les bulles jaillirent de terre, brutalement, avec un sifflement étouffé. Par pure reflexe, Naran relâcha son carreau. L’une des ombres fut touchée, et s’estompa.

Un instant, Naran fixa la créature qui se dissipait dans l’obscurité. Elle n’avait ni forme ni texture. On aurait dit une poupée de tissu, rempli d’ombre, transpercées de deux pupilles jaunes. Vide.

Avec un rugissement, Daigoro chargeait. Naran se repris. Son carreau transperça une deuxième créature. Daigoro arracha la tête d’une troisième. Brutus se jeta dans la mêlée avec un grondement féroce. Au sol, d’autres bulles se formaient, l’une après l’autre. Naran pris trente seconde pour recharger. Quand elle releva son arme, cinq ombres s’avançaient vers elle.

Isandro était prêt. Interposé entre elle et les créatures, il avait une garde ambidextre impénétrable. Naran entendit l’acier siffler, décrivant des arcs précis. En un instant, deux ombres furent réduites en lambeaux.
Deux autres furent dépécée par Daigoro et Brutus, à grand renfort de crocs et de griffes. La dernière fut transpercée d’un carreau, alors même que Isandro s’apprêtait à l’embrocher sur l’un de ses sabres.

Une fois la dernière ombre dissipée, Naran relâcha sa respiration. L’attaque n’avait duré qu’une minute, et pourtant elle était tendue comme après un long combat. Ces Sans-Cœurs avaient le don de la prendre par surprise. Si elle en avait déjà entre aperçu dans son monde d’origine, elle n’avait jamais pu s’habituer à leur… aura.

Isandro inspectait ses lames. Sur son front perlait quelques gouttes de sueur, mais il semblait indifférent à la noirceur de leurs adversaires. Il fit quelques moulinets avec son arme, comme pour en enlever le sang. Il rengaina, et croisa son regard. Encore ce sourire innocent, presque enfantin.
Les molosses, frustré de ne pas pouvoir évacuer leur agressivité sur une carcasse, grondaient et se chamaillaient. Naran les approcha progressivement. Elle du les calmer tant bien que mal, à grand renfort de cajolerie, de jeu et de mot rassurant.

Pendant ces manœuvres, Isandro fixait la jungle, ses sabres à la main. Une fois les chiens repris en main, il fit signe à Naran de le suivre vers la jungle en contrebas. Non content d’avoir repoussé leur assaut, il comptait apparemment les anéantir dès maintenant.

Naran aurait préféré avoir plus de temps pour préparer un plan d’attaque, mais dû admettre que les ombres posaient un danger certain à la plantation du guerrier. Et, là où beaucoup rechignait à se battre dans la jungle, Naran s’en accommoderait. Elle avait de très bons sens, au point de pouvoir percevoir ses ennemis dès qu’ils s’approchaient. Ce sixième sens était d’ordinaire une vraie bénédiction. Le problème étant que ces foutu Sans Cœurs avaient une… Texture ? Signature ? Bref, une présence qui lui donnait la chair de poule.  

La mercenaire vérifia rapidement l’état de son arbalète, puis s’approcha d’Isandro. Ce dernier examinait l’orée de la jungle, et la piste qui s’y enfonçait.

Port Royal, Jungle

Une fois Naran à son niveau, Isandro se baissa, et lui fit signe, l’index sur la bouche, de se faire discrète. L’homme s’avança avec aisance sous les fougères, totalement silencieux. Peu habituée à ce genre de terrain, Naran était moins adroite, mais l’exemple de son guide lui suffit pour passer inaperçue. Elle s’inquiétait plus du comportement de ses chiens, peu adepte de la discrétion.
Mais, pour une fois, les molosses semblaient suivre son exemple. Ils flairaient la chasse, un exercice auquel ils étaient génétiquement prédisposés, et se glissaient à travers les fougères avec agilité, les devançant aisément. Faites qu’ils ne se fassent pas bêtement dévorer…

Pendant de longue minutes, Naran suivi son guide à travers la jungle. Le bruit d’une rivière proche était presque assourdi par le bourdonnement des insectes du soir. La nuit allait tomber dans quelques heures, et combattre dans l’obscurité absolue relevait du suicide. Alors que la mercenaire hésitait à questionner son compagnon, ce dernier s’arrêta brusquement.

Ils étaient sur une petite corniche, au-dessus d’une série de cascades. La végétation s’écartait légèrement, laissant voir, un peu en dessous d’eux, la roche s’ouvrait en une plaie béante. Une large grotte, derrière la cascade. Quelques rochers offraient un passage jusqu’à l’endroit, et Isandro s’y avança. Naran suivi. Les deux molosses hésitèrent, puis Brutus fini par faire un premier saut.  

Après quelques mètres d’escalade, ils atteignèrent le sol de la caverne. Zigzagant entre les stalactites et stalagmite, Isandro avançait rapidement. Naran le suivait plus prudemment, observant que le sol caverneux laissait place à du sable fin. Une odeur de sel et d’algue se fit sentir. Naran réalisa qu’elle se trouvait dans une des nombreuses criques cachées autour de Port Royal.

Port Royal, Crique Sigiloso

Quand elle sortit enfin de la grotte, la mercenaire repéra une large baie, entouré de pics rocheux et de banc de sable. À moitié enfoncé dans un de ces banc gisait un large navire, entouré de Sans Cœur. Ils étaient à une centaine de mètre, mais semblait les avoir déjà repérés.

Les créatures bondissaient vers eux, leur forme plus claire sous la lumière du soleil déclinant. Ils avaient une apparence vaguement humaine, presque enfantine. Ramassé sur eux même, ils se projetait, mains avides en avant.
Naran n’hésita pas cette fois, et tira coup sur coup. Ses deux premiers carreaux vinrent cueillir un couple des bestioles en plein visage. Les créatures se dissipèrent sans résistance, ses carreaux venant se ficher dans le sable de la plage.

Elle rechargea, tira à nouveau ses deux charges. Un tir seulement atteint sa cible. Pendant ce temps, Daigoro et Brutus avait réduit en charpie les deux ombres les plus proches. Attisé par le combat, les molosses s’élancèrent pour rejoindre Isandro, qui se battait comme un beau diable au milieu des Sans Cœurs.

Isolée, Naran se savait vulnérable. Elle tirait encore une salve, avant que des ombres entrent son périmètre. Les créatures semblaient converger vers elle, ignorant presque Isandro et les deux bêtes de guerres.
Jetant son arme à la figure d’une des ombres, elle pivota pour asséner un méchant coup de pied à une seconde.
Trois créatures avaient maintenant pénétré son périmètre. La mercenaire se mis en garde, tirant de sa main gauche le poignard qui pendait à sa ceinture. Les Ombres l’entouraient, sautillant autour de la mercenaire avant de se jeter sur elle.

Naran tomba en une roulade avant, passant sous les créatures pour cueillir une d’un féroce uppercut. Elle concentra sa force dans ses jambes, et envoya au deux autres un coup de pied circulaire qui les projeta à quelques mètres. Comme insensibles, les créatures se relevèrent, et l’encerclèrent.
Trois autres Sans Cœurs vinrent compléter la ronde qui s’était formée autour de Naran. Au loin, elle percevait les aboiements de ses chiens, qui luttaient encore contre leurs propres ennemis. Il allait falloir tenir jusqu’à ce que Isandro et les molosses en aient fini de leur côté.

Enchainant les coups et les esquives, Naran se laissa sombrer dans l’adrénaline du combat. Chaque coup, chaque mouvement, ses sens l’informait de la localisation des cinq ombres qui l’entouraient, et accordement, comme mue par reflexe, la mercenaire enchainait les mouvements les plus approprié : Coup de pied direct, direct gauche, parade, crochet droit, roulade, coup de pied retourné, taillade de sa dague…
Ce mantra intérieur envahissait son esprit tout entier, rythmant ses mouvements, sa respiration, jusqu’aux battements de son cœur. Elle ne sentait plus la douleur, que ce soit les griffures des ombres ou ses propres membres à l’agonie. L’adrénaline, la peur, et l’horreur révoltante que lui inspirait les sans Cœurs suffisait à la mouvoir.

Perdue dans sa transe, Naran perdu toute notion du temps. La fin du combat lui était flou. Elle avait, elle en était certaine, détruit certaines des ombres, que ce soit par des coups de dagues bien placé ou des projections suffisamment violentes. Pourtant, la vague qui l’assaillait lui avait paru ne jamais diminuer, jusqu’à ce qu’enfin Daigoro perce les rangs, la fourrure rousse tachée de sang.

La bataille avait cessé, mais Naran était sonnée. Hypersensible de toute présence autour d’elle, tendue comme la corde d’un arc, elle voyait trouble. Après quelques minutes, l’excitation du combat commença à descendre. Ses mains tremblèrent quelques temps. Ses avant-bras commencèrent à saigner, tailladés de griffures pour la plupart superficielles.
Une fois n’est pas coutume, Naran n’avait trouvé aucun plaisir au combat. Les Sans Cœurs lui étaient si écœurant que leur simple proximité la mettait mal à l’aise. Toutefois, elle se relaxa peu à peu, reprenant pied.

La mercenaire avisa l’état des troupes. Isandro était blessé à l’épaule, mais semblait avoir vu pire. Il coupait avec application sa chemise, se préparant un bandage. Daigoro avait le pelage plus rouge que d’ordinaire, mais se déplaçait sans handicap. Brutus par contre, portait quelques nouvelles cicatrices, dont une sur le museau. Aie…

Laissant Isandro et les deux chiens lécher leurs plaies, Naran s’approcha du large bateau échoué. Une forte puanteur s’en dégageait. Inspectant le pont, la mercenaire réalisa bien vite qu’il s’agissait d’un vaisseau négrier. Vraisemblablement, le navire s’était échoué à charge, laissant sa « cargaison » agoniser dans les cales.
Le bois était trop mouillé pour bruler, Naran aurait donc à laisser le navire tel quel. Après tout, cela n’avait que peu d’importance : Bientôt la mer percerait la coque, et emportera les corps putréfiés au fond de l’océan. Sur la plage, elle retrouva une menotte un peu rouillée, qu’elle empocha.

Après avoir aidé Isandro à panser ses plaies, ce dernier indiqua à Naran une petite barque abandonnée sur la plage. Il lui signifia que prendre la barque lui permettrai de rentrer à Port Royal rapidement, grâce aux courants de la lagune. Elle inspecta le bateau, qui malgré son âge avancé semblait encore capable de naviguer.
Elle dû longtemps négocier avec les chiens pour qu’ils acceptent de monter sur la barque. Quand, finalement, Brutus sauta dans l’embarcation, son poids suffit à désensabler l’embarcation, qui pris rapidement le courant. Elle adressa un signe d’adieu à Isandro, qui le lui rendit de son bras valide.

La mer scintillait sous le coucher de soleil à demi obscurcit par un nuage. Sur les rivages, des mangroves grouillait de son et d’odeur, laissant apercevoir tantôt un saurien, tantôt une libellule géante. Dans des aspérités du roc s’étaient amassé des flaques d’eau croupie, où pullulait algues, larves et crevettes.
Portée par les flots, Naran n’avait qu’à ramer pour éviter les bancs de sable. Une ou deux fois, la barque finie à demi enfoncée, ou cogna quelque roc ou corail, mais après une heure de navigation Port Royal était en vue.

Port Royal, Port

Naran amarra son embarcation sur la plage un peu avant le port, pour éviter d’avoir à payer le dock. Elle irait chercher paiement plus tard, pour l’instant la priorité était de s’occuper de ses chiens.
D’abord, il fallait trouver un endroit où les laver. L’eau salée n’était pas idéale… Finalement, Naran pris le chemin de la rivière. En amont de la ville, l’eau était encore à peu près propre. Cela suffira.
Brutus gambadait gaiement devant Naran, malgré la méchante zébrure qui adornais son museau. Daigoro et elle semblait avoir apprécié la sortie, sautillant autour de la mercenaire en jappant.

La nuit tombait alors qu’ils atteignaient un petit lavoir en bordure de ville. Le quartier était désert, la plupart des habitants étant parti festoyer en centre-ville.
La mercenaire enleva ses bottes et descendit dans le bassin de pierre.  A force de cajolerie, Naran fini par obtenir des deux molosses qu’ils viennent la rejoindre dans l’eau fraiche. Avec soin, elle les examina. Protégé par son épaisse fourrure, Daigoro semblait quasiment indemne, si ce n’est deux trois griffures au niveau des épaules. Brutus, fort heureusement, n’avait rien de majeur non plus. Toutefois, son poil plus court laissait distinguer quelques cicatrices roses, dont une sur son museau et une sur son épaule gauche.
La mercenaire pesta. Natsu aurait sa peau ! Elle fit de son mieux pour nettoyer les plaies. Bientôt, l’eau pure du lavoir était trouble de sang séché, de sable et de boue. En sortant du bassin, Naran eu une grimace. Elle n’aimera pas être à la place des lavandières demain matin, vu l’état du lavoir.

Port Royal, Place du Centurio

Il était presque minuit quand Naran atteint la place du Centurio. Elle espérait trouver la bâtisse endormie, mais comme la plupart des tavernes de la ville le Centurio battait de son plein. Alors que trois marins éméchés poussaient la porte du bar, Naran fit signe aux deux chiens d’entrer à leur suite. Elle en profita pour se glisser par une porte de service plus éloigné, espérant disparaitre dans sa chambre avant que Natsu ait le temps de l’ébouillanter.
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Lun 18 Sep 2017 - 17:55
Alors... premier problème... la citation. Personnellement, et c'est très subjectif, je n'aime pas. Pourquoi ? Et bien parce que... tu te passes de nous décrire le tableau comme les contrats qui y sont affichés. Sérieux, imagine un tableau dissimulé derrière des contrats en papiers différents, usées, chiffonnés... qui viennent de tout les mondes, écrit différemment. Sans même nous décrire ça, je suis de ceux qui préfèreront que tu mettes les contenu du contrat en italique tout en nous précisant que c'est le contenu du contrat. Ou bien ce contrat est passé oralement ? De toute façon, je ne le sais pas.

Très clairement... c'est excellent. Bien mieux à mon sens que ce que j'ai pu voir dans notre rp duo ou ton autre mission -même si c'était bien aussi, je ne dis pas que c'était mauvais, juste qu'ici c'est mieux-.

Ta manière de cisailler ton rp avec tes gros titres... je reste mitigé. Ca donne un côté très hachuré au rp et je ne trouve pas que ça apporte grand-chose, sinon un peu de lisibilité. Franchement, je pense que tu pourrais t'en passer aisément et qu'on s'y retrouverait quand même.

J'aime bien n'empêche... Natsu t'as donné une mission autre que le contrat que t'avais choisis et pourtant, tu arrives à concilier les deux, t'emmènes le truc dans ta direction. Je suis sidéré de la visite que tu m'as offertes de Port Royal, des explications sur la compagnie des indes, de l'ambiance et... c'est détaillé et complet.

Je suis sur le cul, honnêtement ^^ Et je note que ton style, très fouillé, ressemble un peu à celui d'Agon.

La relation avec Daigoro et Brutus est super, je ne pense qu'on est fait mieux au Centurio. Par contre, je ne vois pas ce que le jasmin fout là-dedans... c'est à mon sens bien plus typique des pays arabes mais soit, on va passer sur ce détail qui m'a fait tiqué.

Je ressors d'une mission où Lenore m'a fait plaisir en détaillant un univers... et ici, on est dans le même registre, j'en suis très content. Le combat, par contre, m'a un peu laissé sur ma faim. Ce ne sont que des ombres, certes... mais ce n'est pas très détaillé. Par chance, ce n'est clairement pas le point central de cette mission bien plus basé sur l'exploration et la découverte.

Je reviens rapidement sur un passage...

Citation :
Enchainant les coups et les esquives, Naran se laissa sombrer dans l’adrénaline du combat. Chaque coup, chaque mouvement, ses sens l’informait de la localisation des cinq ombres qui l’entouraient, et accordement, comme mue par reflexe, la mercenaire enchainait les mouvements les plus approprié : Coup de pied direct, direct gauche, parade, crochet droit, roulade, coup de pied retourné, taillade de sa dague…
Ce mantra intérieur envahissait son esprit tout entier, rythmant ses mouvements, sa respiration, jusqu’aux battements de son cœur. Elle ne sentait plus la douleur, que ce soit les griffures des ombres ou ses propres membres à l’agonie. L’adrénaline, la peur, et l’horreur révoltante que lui inspirait les sans Cœurs suffisait à la mouvoir.

Perdue dans sa transe, Naran perdu toute notion du temps. La fin du combat lui était flou.

Autant, le combat est rythmé et tendu mais... allez. Naran' a eu une sacrée expédition avec de la grimpette et de l'excursion en jungle, elle a couru après les clebs et tout... donc ouais, elle est loin d'être en pleine forme. Ce ne sont que des ombres, j'entends ! Par contre... on va vite fait parler de cet instant où on se bat et où on ne réfléchit plus, où on se laisse porter.

Avec sa fiche, Naran' est une combattante athlétique et douée, aucun souci là-dessus. C'est quelque chose sur lequel j'ai énormément joué avec une foule de perso guerrier que j'ai eu... et même si j'ai été le premier à faire cette erreur, je te le dis... c'est un peu facile. En plus de ça, avec tes seize en défenses, il est hors de question que tu puisses "outrepasser" la douleur.
Au fond, ce n'est pas si grave... même si j'assimile ça à un petit abus. Honnêtement, concernant cette partie baston... j'aurais préféré moins de sans-cœurs -quitte à en avoir de plus puissants- mais quelque chose de plus lisible.

Ca, ça ne concerne que la crique... parce que même là, avant le passage que je cite, c'était bien. Quand à la plantation d'isandro, j'ai beaucoup aimé aussi, on ressent la tension de voir des sans-cœurs surgir de nulle part.

On ne va pas se mentir... j'ai trouvé ça vraiment bon. Je te met un petit bonus pour celle-là puisque j'ai trouvé cette petite aventure excellente. A partir de maintenant, si c'est moi qui te note, sache que je considère cette mission comme la mission de référence. Pour t'expliquer, je donne un bonus en fonction du niveau que je connais du rpiste. Ici, je trouve dans ce rp... une ambiance et un souci du détail qu'il n'y a pas dans tes autres rps. Raison pour laquelle je met un bonus. Et faudra faire mieux que ce rp-là pour avoir un autre bonus (et même faire beaucoup mieux puisque je n'aime pas distribuer des bonus à tout-va).

Pour résumez ? J'ai beaucoup aimé l'exploration de l'île, les nombreux pnjs et la relation aux chiens... c'était très vivant. Je vais notez ça normal... "Lessive à Port Royal", c'est la mission par excellence.

25 points d'expérience (dont 5 xp bonus avec ta découverte de l'île et tous ses attraits) + 200 munnies + 3 PS. (je te les mets tous en défense pour le coup, t'as pas eu une minute pour souffler vers la deuxième moitié du rp)
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