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L'Assassin écarlate
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Mar 12 Sep 2017 - 0:40




[Mini-série]Une décision importante













Aujourd’hui




Ce n’était pas la première fois que Luna mettait les pieds dans la cité béni par le soleil couchant, mais elle s’étonna lorsqu’elle constata qu’il avait été corrompu par les ténèbres. Elles avaient dû être très présentes dernièrement en ce monde pour l’y imprégner complètement de la sorte.  

La Chat-pardeuse, dans ses habits des jours sans contrat, c’est-à-dire une robe chinoise courte, laissant voir ses longues jambes fines, s’était réfugiée au sommet de la tour d’horloge. S’étant étendue sur le rebord, elle abandonnait sa jambe gauche dans le vide et contemplait le ciel gris, y cherchant la réponse à son interrogation. Ses cheveux bruns étaient coupés court, mais la brise légère qui soufflait ce jour-là arrivait quand bien même à les faire bouger à son bon vouloir.

Que devait-elle répliquer à sa vieille amie et rivale, Abigail Underwood ?  Elle avait disparu si soudainement lors d’une de ses missions. « La Main de l’ombre » n’avait pas donné plus d’explication qu’un simple « nous avons dû nous séparer d’elle ». Depuis pas une lettre, pas un mot de sa part. Elle n’avait même pas cherché à réapparaître devant Luna. Mais la jeune femme finit par se dire que ce n’était pas si étonnant de la part de l’assassine écarlate, elle n’était pas du genre à aller vers les gens de la sorte.

Tandis que ses pensées divaguaient çà et là, la brune se remémorait d’innombrables souvenirs tels que celui de la première fois qu’elle avait rencontré la rouquine. Du plus loin qu’elle se souvînt, Abigail avait toujours été là pour la soutenir.




Dix-neuf ans plus tôt




Cela faisait déjà deux ans qu’Abigail Underwood était arrivée dans l’ordre de « la Main de l’ombre » quand Luna Lestrange y fut… convié par la force des choses. On pouvait dire que, pendant ces deux années, elle n’avait pas chaumé. Elle jouissait d’une solide réputation auprès des instructeurs et des autres « élèves ».

Toutes les nouvelles recrues s’imaginaient que leur première session dans le donjon d’apprentissage des arts de l’ordre serait simple, car ils étaient des néophytes. Mais que nenni, il s’agit en réalité du plus dur. On les livre, telles des bêtes de foires, en pâture au bon vouloir de ceux qui sont là depuis plus longtemps afin de forger leur caractère dès leur premier pas dans cette assemblée. Peu de personnes, on put résister et sortir vainqueur de cet affrontement déloyal. La rouquine était l’un d’entre eux, sa vie démunie dans la rue du Monde de la Bête l’avait déjà bien endurcie et préparée à toute cette hostilité. Donc, avec un certain étonnement de la part de leurs instructeurs, on la vu tenir tête à des armoires à glace bien plus expérimentées qu’elle. Dès lors, sa réputation de combattante calme et réfléchie ne cessa de grandir avec le temps.

C’était lors du premier entraînement de celle qu’on surnommera « la Chat-pardeuse »  que les deux futures rivales se rencontrèrent. Comme à l’accoutumée, Luna ainsi que les autres nouveaux furent conduits dans le donjon où étaient dispensés les cours de combat. À peine entrée dans la pièce, la brune put remarquer que plusieurs petits groupes étaient déjà formés parmi les résidents plus vieux. C’était parfois des armoires à glace qui parlaient ensemble ou alors de longues asperges qui se concertaient sur leurs futures victimes. Seule Abigail restait à l’écart, observant les arrivants avec une grande attention.

Et ce qui devait se produire se produisit. Chacun des groupes se trouvant là prit en aparté un aspirant et le bizutage put commencer. Luna ne parvenait pas à réellement voir comment cela se passait pour les autres, mais les deux seules choses dont elle avait une certitude, c’était qu’elle arrivait partiellement à tenir tête aux mastodontes qui lui faisait face et que la rouquine du fond ne participait aucunement à ce rituel barbare, préférant contempler les évènements de loin. Bien que sa volonté, sa hargne et son agilité lui en donnaient la possibilité et, bien qu’elle ait mis l’une ou l’autre brute au tapis, Luna fut rapidement submergé par leur nombre et maîtrisé. La dernière chose dont elle se souvient avant de se faire martyriser, c’était Abigail qui l’observait avec une étincelle dans le regard et ensuite partir de la salle, l’air satisfait.

Par la suite, on ramena mademoiselle Lestrange dans la chambre commune qu’elle partagerait avec ses tortionnaires. Elle les toisa livide et avec une pointe de terreur dans les tréfonds de son être. Cependant, une voix, provenant d’une personne dont elle ne pensait pas obtenir de l’aide, vint la sortir de sa frayeur.

— Le premier qui la touche aura affaire à moi, lâcha Abigail posément, tranquillement étendue sur son lit, se curant les ongles à l’aide d’un couteau finement ciselé.

Les gens qui se tenaient menaçant devant la brune pâlirent et écarquillèrent les yeux comme si c’était si étrange et inhabituel d’entendre la rouquine parler. Ils se retournèrent, deux-trois d’entre eux s’approchèrent d’elle, ce qui ne la fit même pas tressaillir, et la menacèrent afin de montrer leur supériorité.  

— Et que comptes-tu nous faire ? lâcha l’un des malabars. Tu nous as peut-être eus, il y a deux ans, mais on a progressé depuis !

Sans vraiment lui répondre, la jeune assassine joua du couteau, le faisant rouler entre ses doigts, et le saisit violemment avant de se relever rapidement et le planta d’un geste vif dans la jugulaire de l’un des malheureux qui avaient eu l’audace de la défier. Il porta la main à son cou, voulant tant bien que mal retenir tout son liquide vital dans l’artère sectionnée. L’un de ses alliés essaya de lui porter secours, mais il était déjà trop tard pour le bougre, le cœur avait cessé de battre dans son giron gangrené par la cupidité et l’imbécillité. Plus d’une fois, la rousse s’était fait la réflexion que dans cette communauté macabre on ne recrutait des personnes sans réelle capacité intellectuelle et qu’aucun ne valait vraiment la peine de se pencher sur leur cas. Mais cette fois-ci, le pari pouvait être différent. Quelque chose avait attiré l’attention d’Abigail sur la nouvelle brunette. Elle ne comprenait pas pourquoi, mais quelque chose en elle suintait l’intérêt. Elle pouvait peut-être accomplir de grande chose ensemble ici.

— Moi aussi j’ai évolué. Vous savez que je me mêle pas de vos histoires puériles et j’en veux pas. Mais j’hésiterais pas à en envoyer d’autres six pieds sous terre si vous vous mettez en travers de ma route. Alors, vous lui foutez la paix, elle est avec moi. Compris ?

En soi, si toute l’assemblée décidait de se liguer contre la jeune rebelle, ils avaient une chance, les filles aussi bien que les hommes, mais quelque chose dans les yeux d’Abigail, peut-être sa détermination ou la hargne dont elle pouvait faire preuve, les faisait tous hésiter quelques instants. Ils se jetaient des œillades furtives, se concertant discrètement sur leurs futurs agissements. Pour finir, ils commencèrent par reculer un brin et décidèrent de suivre l’injonction qu’on venait de leur faire.  

Luna avait observé la scène qui s’était déroulée avec la plus grande stupéfaction, un peu comme tous ceux qui comme elle n’avaient pas bougé. Comment une jeune fille aussi frêle qu’elle avait pu tenir tête à des géants tels qu’eux se demanda-t-elle. Elle avait tout intérêt à côtoyer la rouquine à l’avenir. Elle ne s’étonna donc pas quand les gens s’écartèrent autour d’elle et la laissèrent passer en direction de son miraculeux mécène. Bizarrement, bien que le rapport de force était à l’envers de ce qu’aurait voulu la logique des choses, la jeune assassine avait décidé de faire sa couche le lit qui était le plus loin de l’entrée de la pièce, comme préférant la solitude des matelas les moins douillets qu’au confort de ceux près de la porte. Cette dernière d’ailleurs, à l’approche de la brunette, lui indiqua le lit qui se trouvait à sa gauche.

— Merci, balbutia légèrement Luna, ne sachant pas quoi vraiment répondre.
— Ne me remercie pas si rapidement, même si je suis là, les choses sérieuses commencent maintenant. Au fait, je m’appelle Abigail. Abigail Underwood.
—Luna Lestrange.

C’était donc ainsi que les deux femmes s’étaient rencontrées il y a longtemps, mais ce n’était pas la seule tribulation marquante qu’elles avaient vécue toutes deux.


Neuf ans plus tôt




Dix ans. Dix longues années s’étaient écoulées depuis la rencontre des deux jeunes femmes. Et c’était tout ce temps qu’il leur a fallu pour s’apprivoiser, se comprendre, définir leur propre style, ainsi que développer leur propre personnalité.

Abigail, déjà plus encrée en elle-même, avait continué à exacerber son caractère. Elle parlait peu en société, voire jamais, seulement quand cela était une nécessité pour elle de s’exprimer. Elle montrait, néanmoins, une parfaite maîtrise de la langue de Molière et de ses subtilités, n’accordant ses conversations qu’à son unique amie, ici bas. Son visage, autrefois plus communicatif, était devenu un véritable mur en marbre. Plus rien ne filtrait à travers lui pour quelqu’un qui ne la connaissait pas. Seul Luna parvenait à discerner les émotions enfouies au plus profond d’elle, mais c’était dû au prix de côtoiement de dix ans. On pouvait donc dire que la rouquine avait épousé à la perfection son métier d’assassin. Ironiquement, l’unique partie qui s’était développée chez elle pour exprimer quelque chose, c’était ses courbes que n’importe quelles femmes auraient jalousées. Elle ne les exhibait pas comme une personne superficielle aurait pu le faire, mais elle n’hésitait pas à en jouer quand elle en avait besoin. D’ailleurs, on n’aurait pu croire que cela était d’un handicap certain durant ses déplacements, mais on pouvait observer qu’elle n’en avait cure et, malgré ses attributs, ne perdait en rien de son agilité.

À l’intelligence qu’elle possédait naguère, c’était rajouté un esprit tacticien des plus brillants qui lui était d’une grande aide durant les missions qu’elle réalisait pour le compte de la « Main ». D’ailleurs, ses compétences martiales n’étaient pas non plus en reste. Comme pour chaque aspirant, il leur avait été offert la possibilité de se spécialiser dans le maniement d’une seule arme. Mais ce n’était pas à son goût, si elle devait manipuler un engin de mort, autant savoir les manœuvrer tous. Elle était donc la plus polyvalente. Certes elle n’en maîtrisait pour l’instant aucune arme blanche dans ses moindres tréfonds, mais au moins rien ne lui était inaccessible. Cependant, l’emploi d’une dague, de l’art subtil de la séduction, même si elle n’avait jamais consommé un acte jusqu’au terme, et des poisons était devenu naturel pour elle lors d’assassinats. Durant les combats au corps-à-corps, elle privilégiait l’utilisation de deux sabres ou alors des techniques que l’ordre lui avait appris. De surcroît, elle avait aussi acquis une certaine aptitude dans l’invention de gadgets avantageux. Elle s’était notamment créé une paire de gantelets avec grappin et fléchettes empoisonnée. Elle avait également mis au point une queue artificielle mécanique pour compléter le costume de chat de sa partenaire.  

C’était bien là tout ce que l’on sous-entendait quand le nom d’Abigail Underwood, l’Assassine Écarlate, était évoqué.

Pourtant, Luna Lestrange, la Chat-pardeuse, n’avait pas à pâlir face à elle. En comparaison de la rouquine taiseuse, c’était elle qui parlait le plus, maniant la rhétorique avec aisance et verve. D’ailleurs, d’elles deux, c’était elle qui maîtrisait le mieux l’étiquette. Elle ne se serait pas permis d’afficher une mauvaise note devant un noble ou un membre de la royauté. Autant la première convoitait le pouvoir pour tout gérer et pallier le manque de son enfance, autant elle ne rêvait que de liberté. Elle s’était donc forgé une personnalité indépendante, cherchant parfois la solitude non moins à Abigail elle-même. Elle aimait virevolter de toit en toit pour sentir la douce bise du vent sur sa joue. Mais elle s’était aussi découvert une tendance plus dominatrice. Son expérience dans le donjon avait radicalement changé son fusil d’épaule. Elle s’était endurcie et, en ayant appris à bonne école avec sa comparse, avait réussi à surpasser les autres élèves de l’ordre. Ce n’était pas devenu une pin-up comme l’était la rouquine, mais malgré des formes moins généreuses, elle restait une jolie femme.

La brunette n’avait pas vraiment le caractère pour prétendre être un assassin comme sa rivale, mais elle n’en était pas moins compétente. Elle possédait les réflexes et l’agilité d’un chat, ce qui lui donna la possibilité d’être une voleuse de renom. Rien n’était hors de sa portée ou ne restait bien longtemps en dehors de celle-ci. Aucun verrou ou cadenas ne lui résistait. Au départ, sa kleptomanie naissante fut un problème, car elle chapardait tout ce qu’elle pouvait trouver, mais elle parvint, grâce à l’aide de son amie, à maîtriser cette envie et à en faire sa force. Sa science du combat n’était pas à discuter également. Elle ne manipulait certes pas autant d’armes qu’Abigail, mais elle pouvait se vanter de dompter le fouet à la perfection et de lutter à main nue aussi bien qu’elle.

Autant dire que l’Assassine Écarlate et la Chat-pardeuse étaient une fine équipe se complétant avec une minutie digne des plus grands travaux d’horlogeries. D’ailleurs, l’une de leurs missions le prouva très bien. Il leur fallait voler le coffre fort d’un noble local, papier important incriminant le commanditaire et autres objets de valeur, ainsi que de mettre fin à la vie de cet homme pour y mettre un pion de ce même mécène.

***


Le manoir de ce notable était bien imposant pour un homme vivant ici bas. Une vie faste et luxurieuse était son quotidien, le délester de quelques avoirs et de son âme à son insu ne devrait donc pas lui poser de grands problèmes. L’Assassine Écarlate propulsa son grappin au moyen de son gantelet sur le rebord du toit de la demeure et s’y fit tracter à l’aide du mécanisme planquer dans celui-ci, tandis que la Chat-pardeuse escaladait la façade avec discrétion, grâce et agilité. On pouvait la voir sauter de prise en prise et même parfois s’essayer à l’une ou l’autre cabriole pour sa satisfaction personnelle.

En moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, les voilà toutes deux postées sur le sommet de l’édifice. Elles repérèrent ensuite une lucarne entrouverte sur leur gauche et s’y engouffrèrent. Une fois à l’intérieur, elles savaient parfaitement ce qu’il leur restait à faire. D’après les informations qu’elles avaient en leur possession, l’endroit où étaient dissimulés les documents et les bijoux était situé dans le bureau du maître de la maison. Ce dernier, par contre, était au beau milieu d’une réception culinaire avec d’autres aristocrates de la région et, bien évidemment, le commanditaire en faisait partie.

En sortant de la chambre d’ami où elles se trouvèrent, elles se séparèrent d’un simple regard complice afin de rentabiliser leur temps. Comme de bien entendu, Luna prit la direction du premier étage, là où, selon les plans qu’avait fournis « La Main », devait se trouver le lieu tant convoité, tandis qu’Abigail, elle, partait pour la salle à manger du rez-de-chaussée.

La brune se fit donc discrète afin de ne pas se faire prendre par les domestiques pendant son escapade à travers les différents couloirs de la demeure. Après avoir arpenté l’endroit pendant quelques minutes, elle tomba enfin nez à bouton de porte devant le bureau. Elle voulut y pénétrer, mais constata que la barrure faisait son office et condamnait l’accès aux éventuels intrus. Mais qu’importe, cela n’affectait en rien la mission de la voleuse. Après s’être avisée que personne n’était aux alentours, elle sortit sa trousse et y piocha deux outils de crochetage. Elle inséra dans un premier temps le crochet dans la gueule de la serrure et ensuite son tenseur. Elle prit d’abord connaissance du nombre de goupilles qui s’y trouvait afin de déterminer le temps que cela allait lui occuper. Elle en sentit quatre sous son attirail, ce qui devait lui faire au bas mot vingt bonnes minutes pour un voleur lambda. Cependant, il ne fallait pas la comparer à ces vauriens de bas étage, elle était la crème de la crème. En moins de temps qu’il ne fallait pour dire « Schnitzel », elle avait déjà amené les quatre chevilles à leur point de césure et ouvert la porte.

Tout dans la pièce suintait le faste. Un cabinet fait à partir d’un bois exotique, sûrement de l’ébène au vu de sa teinte, trônait au milieu de la salle. On pouvait y voir une décoration des plus raffinées, réaliser par l’un des plus grands maîtres-ébénistes. La griffe de l’auteur discrète, mais judicieusement visible à celui qui s’intéresserait à ce meuble de plus prêt pouvait en attester. Deux immenses bibliothèques s’élançaient contre les murs de part et d’autre du bureau, comme si elles voulaient atteindre le plafond afin de signifier leur importance. Leurs rayonnages étaient encombrés par d’imposants livres à la rainure richement ornée. Cependant, d’aucuns n’auraient pu dire que ces bouquins avaient servi, car aucune pliure n’était visible sur leur tranche. La facétie des nobliaux venait de trouver son prince, selon elle. Le dernier aménagement qu’on ne pouvait rater en rentrant de cette salle était l’immense peinture représentant le maître des lieux. C’était un homme élancé, portant un costume coloré à la mode en ces temps sombres du Monde de la Bête. Il se reposait sur une canne en argent et tenait entre son coude et son flanc un chapeau haut de forme. Bref, le stéréotype du gentleman fier de lui.

Luna ne perdit pas de temps et se glissa vers le fond de la pièce. Elle inspecta d’abord le mur près de l’encadrement du tableau à la recherche de rainure ou d’un mécanisme quelconque pour faire basculer celui-ci, mais ne trouva rien. Elle porta alors son attention sur le cabinet en ébène et le palpa dans tous ses recoins. S’apprêtant à fouiller ailleurs, elle découvrit un bouton caché sur le sommet d’un renfoncement de tiroir. En l’actionnant, un cliquetis se fit entendre et la peinture commença à tourner sur ses gonds, laissant apparaître à hauteur d’homme un coffre massif à plusieurs verrous rotatifs numéraires. Il ne lui restait plus qu’à en trouver la combinaison afin de pouvoir crier victoire.

Elle suréleva son masque afin de pouvoir coller son oreille sur le métal froid, lui permettant dès lors d’avoir une meilleure audition du mécanisme interne. Elle se concentra, se coupant du monde et oubliant tout ce qui l’entourait. Rien n’importait plus, en cet instant précis, que sa respiration et le déclic des rouages à l’intérieur du coffre. Elle commença par faire pivoter le premier cadran, doucement, lentement, comme pour s’imprégner avec enivrement la moindre variation de sons que pouvaient produire deux engrenages s’imbriquant ensemble. Un tic… Un tac… Ça y est, le premier verrou était passé, plus que deux. L’opération, en soi, ne fut pas tant compliquée que longue. À un moment, elle eut même peur d’exploser d’effroi quand un bruit dans le couloir vint la sortir de son monde, mais elle se ressaisit rapidement lorsqu’il repartit aussi sec qu’il n’était arrivé.  

Une fois l’imposant caisson fortifié ouvert, elle put distinguer plusieurs objets précieux de grande valeur, ainsi que les documents tant convoités. Saisissant le tout avec délicatesse, elle engouffra ses trouvailles dans un baluchon prévu à cet effet qu’elle portait à bout de queues pour ne pas s’encombrer inutilement. Elle replaça tout comme c’était avant de repartir attendre son ami sur le toit du manoir. Une mission faite dans les règles de l’art, sans bavure.

***


Abigail, de son côté, avait fini par trouver le lieu où elle devait perpétrer son crime macabre. Elle s’était positionnée en hauteur, assise sur une des poutres apparentes de la pièce, adossée contre l’un des murs, et écoutant la rumeur des conversations que pouvaient bien avoir les convives à cette table pour tromper son ennui. Ça y allait de bon train, crachant sur la plèbe et les malheureux qui habitaient les bourgs avoisinants. En un sens, cela révulsait l’assassine de par sa condition initiale de va-nu-pieds. Si son contrat le lui avait autorisé, elle aurait bien éliminé tous ces notables, mais elle devait faire preuve de réserve et ne supprimer que sa proie afin de ne pas éveiller de soupçons sur le commanditaire. Elle se contint donc pour ne pas commettre d’impairs.

Sortant une bombe renfermant du chlorure de potassium et du lactose de sa poche, elle en alluma la mèche rapide et la balança en plein milieu de la table. Une fois que l’explosion retentit, une énorme fumée se répandit dans toute la salle à manger. Les aristocrates commencèrent à être effrayés et certains d’entre eux crièrent comme des demoiselles en détresse. Ce subterfuge faisait toujours son petit effet.

La rouquine porta à ses yeux une paire de lunettes protectrice aux verres polarisés et sauta de son perchoir afin d’atterrir en plein milieu de l’assemblée. Elle profita donc que personne n’arrivait à distinguer réellement à plus de deux mètres d’eux pour sortir un couteau et trancha la gorge de sa proie. Une gerbe de sang se dégagea de la jugulaire du bougre et vint éclabousser celui ou celle qui se trouvait à sa gauche qui poussa un cri de plus belle.

Il lui fallait donc faire au plus vite et rejoindre sa partenaire. Elle se faufila discrètement hors de la zone de crime et retrouva Luna en passant par une fenêtre du premier et en escaladant la gouttière. Elle revit sa comparse adossée contre la cheminée, contemplant la voûte étoilée. Abigail lui accorda l’un de ses rares sourires, en signe de travail accompli, et elles repartirent pour faire leur rapport aux dirigeants de « la Main ».  

Aujourd’hui




Ces souvenirs et bien d’autres étaient les choses les plus précieuses de la Chat-pardeuse. Au fond, elle voulait pardonner à sa partenaire de toujours pour cette disparition soudaine et inexpliquée si c’était pour retourner en mission avec elle et retrouver la complicité qui les soudait. Elle revint à la réalité, joua du bassin et fit balancer ses jambes dans les airs afin de se redresser dans un mouvement gracile. Contemplant l’immensité des toits de la ville qui s’offrait à sa vue, elle ressentit une certaine admiration face à l’étendue infinie.

Elle redescendit par l’escalier en silence, toujours rêvant au passé. Le voyage jusqu’à la base de la Garde Noire se déroula sans encombre. Elle profita du confort du train pour se reposer un peu, cherchant le courage d’affronter la femme qu’elle considère encore maintenant comme sa meilleure amie. Une fois devant la caserne du couchant, elle commença à ressentir une certaine excitation à l’idée de cette confrontation, mais aussi une peur qui se matérialisa en un tremblement nerveux. On l’accueillit comme si on avait prévenu les soldats en faction de l’arrivée imminente d’une personne de marque. Abigail devait penser encore bien la connaître pour agir de la sorte, ce qui n’était pas bien faux. Luna n’avait pas tant changé que cela. On la conduisit devant l’office de l’intendante de la Garde Noire. La jeune brune frappa fébrilement à la porte. On lui signifia d’entrée d’une voix forte. Elle s’exécuta et un sentiment de contentement envahit son corps. Elle put réaliser que le ressenti était partagé. Force est de constater qu’elle pouvait toujours lire dans son amie. Les choses n’avaient donc pas tant changé que cela. Aucune d’elles deux n’arrivait à prononcer le moindre mot, mais il fallait rompre le silence pour enfin se dire tout ce qu’elles avaient besoin de se raconter.

— Tu savais que j’allais venir, hein ? demanda la jeune brune à son amie.
— Bienvenue chez toi, dit la rouquine de son ton neutre habituel, mais avec des mots lourds de sens.
— Et, c’est où chez moi ?
— Là,
désigna l’assassine du bout de sa plume une chaise non loin d’elle.

La Chat-pardeuse sourit et vint s’asseoir sur ce même siège. Elle intercepta une expression infime qui voulait dire qu’elle s’excusait de ne pas avoir donné de nouvelle.

— Tant que cela ne se reproduit plus, c’est rien. Après tout, la fine équipe est de nouveau réunie, non ?

On put voir Abigail esquisser un rictus à la suite de cette affirmation, comme la promesse d’un futur des plus intéressants.

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