Le Tragédien

Feuille de personnage
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le Jeu 17 Aoû 2017 - 5:27
« Hum ? »

Le porte-parole se retourna vers un des jeunes gens qui étaient avec lui. Celui-ci semblait concentré et prenait de plus en plus de temps pour concentrer assez d’énergie magique pour produire un sort d’eau assez important pour rapidement éteindre un feu.

« Tu as dit quelque chose ? »

« Non monsieur. » répondit le jeune homme poliment sans toutefois le regarder dans les yeux plus d’une seconde.

« Bizz…

« Monsieur Rhapsodos ! » cria une voix au loin, à peine audible depuis sa position. Il chercha l’origine de ce bruit de ses yeux fatigués et aperçut à une trentaine de mètres un homme assez large d’épaules et visiblement chauve. C’est seulement plus proche qu’il put l’observer plus distinctement… Il était en robe de prêtre, et c’était bien le premier qu’il voyait en ce jour. De plus en plus de soldats revenaient dans la ville pour aider à l’extinction des feux, aidé par le vaisseau libérant les flots sur la ville… mais les prêtres étaient gardés en sûreté, sans doute.
Il décida de s’accorder cette pause pour accueillir le prêtre, le visage sombre, fatigué. Le prêtre lui avait une barbe rousse et un surpoids évident, témoignant des rites prolifiques propres à la religion du Sanctum.


« Monsieur, que puis-je pour vous ? »

Les rues étaient beaucoup plus sûres et pourtant, le prêtre semblait peu rassuré. Il prit quelques secondes pour se concentrer, détourna les yeux de ceux du tragédien et commença.

« Monsieur Rhapsodos, je suis le haut-prêtre Martin. Je vous prie de m’excuser mais vous devez partir. »

Genesis arqua un sourcil, laissa un petit sourire en coin fendre son visage et fit un geste de la tête désignant les quelques bâtiments encore en flammes, parlant aussitôt.





« Merci de me rappeler à mes obligations consules, monsieur Martin, mais j’ai encore un peu de travail… Et j’aimerais au moins... » Genesis n’acheva pas sa phrase. Tout devint beaucoup plus clair. « Vous auriez localisé votre ennemi ? Les soldats m’ont parlé de la... »

Mais il fut coupé, très vite, par le haut-prêtre Martin qui d’un geste embarrassé, d’une voix serrée, poursuivit sans plus de politesse.

« Non monsieur Rhapsodos. Le… Le Primarque ordonne votre départ immédiat et vous signale que… » Pour la première fois, le prêtre supporta le regard du tragédien avant d’avouer : « vous et le Consulat êtes l’ennemi du Sanctum désormais, et que si vous recroisiez notre route, vous… seriez confronté à sa... »

Genesis n’attendit pas. Bien que dans de bonnes dispositions au début, il en entendait un peu trop à son goût. Il saisit le col du prêtre, le ramena vers lui et le somma de se taire d’un index levé de son autre main.

« Vous avez du mal comprendre les mots de votre magistère, Martin. » cracha-t-il avec agressivité. « Et si Angeal doit me faire passer un message, que ce soit sans messager. »

« Monseigneur Hewley est... »

Genesis poussa l’homme, relâcha son emprise et le laissa tomber devant lui, se retenant à peine de lui asséner une raclée mémorable. Il n’avait jamais désiré de quiconque qu’on l’appelât monsieur ou monseigneur ou qu’on le vouvoyât encore… mais il détestait l’effronterie.
Le prêtre poussa un cri de surprise, parût effrayé mais finit avec un semblant de courage.


« Il est mort, monsieur. »

Toute envie de parler lui fut enlevée dès lors qu’il ouvrit la bouche. Bouger même devint interdit. Il ne lui restait que le regard farouche de l’homme d’église et un mince bruit… celui des deux étudiants qui semblaient se rapprocher de lui. Il détourna les yeux, voulut se retourner mais s’en sentit incapable. Ce n’était pas ses membres qui refusaient de lui obéir, c’était la peur de pleurer, elle seule. Car cela arriverait, car Angeal était une des dernières choses qu’il avait, et la dernière qui le faisait sourire. Il ne restait que les pleurs pour le tragédien.

Et Néron avait tué Sénèque.

Il sentit une main se poser sur son épaule, celle du jeune homme… Il devait avoir à peine dix-huit ans et il était ici, embarqué entre les flammes et les pleurs, à devoir être là devant lui… à ce moment. C’était un geste tendre mais Genesis n’y réagit que par l’indifférence. Il regarda de nouveau le haut-prêtre, sentant en lui monter la colère et les ténèbres.


« Tu vas me montrer son corps. »

« Le Primarque v…

« Tu vas me montrer le corps du Primarque, et je partirai... » cracha-t-il avec haine, les yeux rouges de sang, les larmes prêtes à couler comme sa colère à exploser.
Il marcha à travers la ville, accompagné, sans qu’il ne s’en soucie, des jeunes étudiants, sans doute effrayés à l’idée d’être dans une ville où l’on ne voulût plus d’eux. Et arrivés devant les portes de la ville, non loin de l’entrée du château, il vit un attroupement, une dizaine d’hommes en armure parmi une trentaine d’autres dans la cour, déplaçant les nombreux cadavres eux aussi en armure. Le gros de la bataille s’était déroulé là, oui. Et à n’en pas douter, l’attroupement devait le cacher. Genesis dépassa le prêtre, ignora son avertissement et commença à se faufiler entre les templiers, ou les paladins peut-être.

Beaucoup de ces soldats surent bien vite qui il était. Un allié, leur plus grand. Le seul qui était venu.

Il y avait un corps, caché sous un drap que les soldats avaient du mettre là en attendant que commencent les préparations funéraires, car oui sans doute, les médecins et prêtres préféraient s’occuper des vivants. C’est précisément ce qu’Angeal aurait voulu.

Genesis se mit à genoux, s’approcha du corps imposant de son ami, approcha ses mains du drap et sans écouter les nombreuses remarques, l’enleva. C’était son ami. Le sien. Angeal n’en avait d’autres plus importants et lui, plus le moindre maintenant.
Il baissa le drap jusqu’à la taille du roi défunt, ne put empêcher ses yeux de s’écarquiller et… approcha sa main des cheveux d’Angeal, tombant en arrière, sous son crâne. Son visage était déjà blanc, presque gris et… Il aurait aimé le voir un visage heureux, libéré mais non, ses traits parlaient de douleur, de fatigue.
Il glissa ses doigts dans les cheveux du surhomme, fixa son visage, comme pour se souvenir du moindre de ses traits. De ses cheveux jusqu’à l’arrière de son crane, Genesis glissa sa main, commençant à sourire… Un sourire nerveux, qui annonçait seulement ses pleurs. Il voulut tirer vers lui la tête de son ami mais une voix parvint à ses oreilles malgré le silence, alors qu’une main ferme se posait sur son épaule.


« Monsieur Rhapsodos ! Vous êtes priés de quitter le domaine enchanté sur le champ et…

La main gauche du tragédien saisit le poignet du haut-prêtre, le tira vers lui avant de le lâcher et de s’emparer de son avant-bras avec force et violence, forçant l’homme à se baisser de tout son corps vers le consul.

« Vous n’avez pas connu le feu… » dit-il en grinçant les dents, en serrant la mâchoire, en fixant le prêtre avec des yeux déchirés, et d’une voix sourde, sombre. « Je mourrai en brûlant votre château, votre terre, vos fils et vos âmes. » Il le lâcha et une nouvelle fois le saisit par le col, le faisant ployer encore. « Je mourrai et vous connaîtrez les flammes si vous ne me laissez pas le pleurer ! » cracha-t-il alors que sa voix se brisait peu avant la fin de sa phrase. Il se retourna vers Angeal qu’il tenait encore d’une main, sentit son visage se déformer par la peine alors que les sanglots commencèrent. De son mieux, il le redressa, se logea juste à ses côtés et mit son crane tout contre sa poitrine alors que ses larmes coulaient.

Il ferma les yeux, sentant sous son menton l’enveloppe froide de son plus grand ami, de son frère… du seul homme qu’il avait aimé, adoré. Il aurait tué pour lui, aurait enchaîné le Consulat pour l’aider à s’épanouir avec son groupe, aurait saigné son sang pour que son visage soit à nouveau comme avant. Solennel, doux, confiant.

Mais quel naïf avait-il été… Toute sa vie, il se savait promis à la mort la plus horrible, il se savait condamné à une éternité de douleurs. Il avait imaginé la mort de sa femme, de ses enfants, la destruction de son groupe et de son pays. Mais jamais il n’avait même cru un instant à la mort de son ami.
Il se voyait, s’imaginait, comme il se l’était souvent imaginé… à la fin de sa vie, quelques minutes avant de mourir… volant, malade, seul, banni, dans les ténèbres à la recherche de quelqu’un qui l’aimait pour l’aider à s’éteindre. Et Angeal, qu’il n’espérait plus, seule lumière dans cette tragédie, lui aurait accordé son pardon, l’aurait pris dans ses bras qui étaient pour son corps, le seul cercueil qu’il avait jamais imaginé.

Et les vautours au-dessus de son cadavre… Son titre dont on le dépouillait avant qu’il ne soit enterré… Son combat qu’on insultait avant qu’il ne soit pleuré.
Il ouvrit les yeux. Les ténèbres. Un océan de ténèbres. Le Sanctum n’avait pas encore connu le feu. La Coalition noire n’avait pas encore connu les flammes.

Genesis prit une inspiration, reposa le corps d’Angeal, prit sa main dans la sienne et l’embrassa en fermant quelques secondes et pour la dernière fois les yeux. À vrai dire… Il n’y aurait plus de sommeil.

S’il y avait un paradis, si Etro existait vraiment, alors… Angeal y serait seul quelques temps, adossé  à un mur, tapotant du pied sur une plaque de tôle, attendant que ses deux frères l’y rejoignent.

Genesis se releva, sans cacher le visage du mort du voile blanc. Il se retourna et s’éloigna, séparant la marée de gardes en deux sans même un regard. Il rejoignit les deux étudiants, attendit que le prêtre revienne et lui parla de son initiative pour une fois.


« C’est au Jardin radieux qu’il est né. Et c’est là-bas qu’est enterré son père. Sa mère voudra le pleurer… Envoyez-nous sa dépouille, tout sera fait par votre église, je vous en supplie. » soupira-t-il en baissant les yeux, honteux de supplier une fois dans sa vie. « Son épée appartenait à sa famille. Parlez-lui-en... »

« Je verrai ce que je peux faire. »

Genesis hocha la tête et se tourna vers le jeune étudiant qui avait tenté de le réconforter.

« Ton nom ? »

« Aaron, monsieur. De la cité des rêves. »

Le tragédien s’approcha de l’oreille d’Aaron et lui murmura :

« Tu vas mettre les neuf autres au courant de la situation. Tu n’es pas encore consul et tu n’es même pas un adulte… Toi et les autres avez le droit de rester ici pour aider à éteindre ce qu’il reste des feux. Le Sanctum n’osera pas emprisonner des étudiants au risque de perdre ce qui lui restera d’égard aux yeux du peuple quand l’éclaireur sera mis au courant de cette déclaration de guerre. »
Genesis s’éloigna un instant mais changea d’avis et acheva son message. « Vous n’êtes obligés de rien. Si vous n’êtes pas rassurés, rejoignez-nous devant le pont dans une trentaine de minutes. Mais si vous restez, vous serez rémunérés plus encore et félicités par vos professeurs. Pars maintenant, Aaron. »

Genesis se retourna vers le haut-prêtre après que les jeunes gens sont partis. Il essuya son visage sous ses yeux calmement et reprit la discussion. Angeal était mort, oui. Et en ce jour, un homme voulait salir son combat, aussi… Genesis ne pouvait se contenter de cela.

« J’ai confronté la lumière pour lui déclarer la guerre et la Coalition noire pour lui déclarer la paix. Tous les chefs de groupe se sont un jour réunis pour parler de l’avenir et je leur ai parlé sans peur… J’ai tué Astral de mes mains et épargné la Princesse Ariez de ma voix. Haut-prêtre Martin, qui est l’homme trop lâche pour congédier le Tragédien lui-même ? »

L’homme d’église ne répondit pas de suite, sans doute découragé de voir son vis-à-vis émettre encore de la résistance. Mais là était toute l’affaire. La clémence inspirait le Consulat, alors que celui-ci, suite à une déclaration de guerre faite par son plus cher allié, avait la capacité et le pouvoir d’anéantir dans la journée le domaine enchanté. Avait succédé à un homme promis aux anges, un homme promis aux cendres.

« Alexis Fitzgerald, monsieur Rhapsodos. Il est le Primarque depuis quelques jours à peine, ou du moins le deviendra-t-il d’ici peu. »

« C’est un prêtre ? »

« Un nouveau venu. Partirez-vous, à présent ? »

« Après ceci, haut-prêtre Martin. Une parole, une promesse que j’aurais faite directement à ce Fitzgerald, s’il avait eu l’inspiration nécessaire pour marcher jusqu’à l’homme qui éteint avec les siens les flammes de sa ville… La même promesse que celle que j’ai faite à la Générale Cissneï lorsque dans son château, menacé, je lui ai déclaré la guerre sans craindre même un instant de mourir sur le champ... »

Beaucoup de paroles… seulement pour rappeler qu’il n’avait jamais craint même le plus terrifiant des ennemis et qu’il était encore l’un des hommes les plus puissants de ce monde.

« Le Consulat ne condamne ni votre peuple, ni votre groupe pour l’erreur que le Sanctum vient de commettre. Et chacun sera épargné si nous en avons la possibilité. Nous serons magnanimes dans la  victoire, continuerons d’accepter les vôtres dans notre maison et clamerons consules toute personne venant maintenant ou plus tard, nous rejoindre. Votre bon pape ne devrait pas hésiter à répéter tout cela aux médias. Dans tous les cas, je le ferai moi-même. »

Il salua Martin d’un bref signe de tête et fit volte-face, se dirigeant vers la forêt où devaient l'attendre Medusa, les médecins et son vaisseau.  

« Si vous trouvez mon épée… Vous pouvez la garder. »
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