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 Metal Slug
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Mar 8 Aoû 2017 - 19:59
Cela faisait des semaines que Lenore se limitait aux entraînements sur la plage. Elle avait récupéré ses derniers achats pour palier à ses doigts manquants ainsi que le bracelet en os polis dont elle avait plusieurs fois testé le déclenchement, s’assurant ainsi de son efficacité. Elle trépignait d’impatience à voir ses collègues partir en mission pendant qu’elle s’ennuyait sur place à ruminer ses plans.

Elle s’était débarrassée de la présence de son chaperon à force de lui fausser compagnie et de râler auprès du boss comme une adolescente rebelle ayant passée l’âge. Stephan, le camarade chargé de la surveiller, était pourtant un excellent pisteur avec une bonne expérience du mercenariat et il lui avait été difficile de lui fausser compagnie, mais la rousse était motivée et imaginative. Il y avait des lieux auquel il n’avait pas accès en tant qu’homme contrairement à elle. La mercenaire n’avait pas besoin de chaperon, ni de pitié. Elle était encore capable de faire son travail comme avant et comptait bien le prouver malgré certains regards, malgré les derniers événements. Rien ni personne ne l’empêcherait de remplir ses contrats, surtout ceux qui pourrait démolir le travail de leur ennemis… de son ennemi. Mais il était encore trop tôt pour le cibler.

La rousse avait choisi une mission simple dans un monde encore assez neutre pour qu’il n’y ait aucune excuse pour l’empêcher de quitter Port Royal. Elle devait leur prouver, et se prouver à elle-même également, qu’elle avait retrouvé ses capacités de combat dans un affrontement réel contre des sans-cœurs. Elle avait choisi de ne pas prendre son vaisseau nouvellement acquis d’une part parce qu’elle n’avait pas encore cartographié les routes stellaires à prendre pour se rendre au monde de la Borne d’Arcade, mais aussi parce qu’elle ne savait pas comment aller se déclencher la «  numérisation » pour la téléporter dans ce monde et l’idée d’une disparition soudaine du pilote laissant le vaisseau à la dérive ne la réjouissait guère, au vu du prix de l’engin si durement acquis !

C’est au bout d’un voyage bien trop long à son goût que Lenore se laissa désintégrer par la compagnie Shinra, les yeux fermés avec force pour ne pas voir de nouveau son corps disparaître pour réapparaître dans ce monde particulier. La sensation de fourmillement était toujours aussi désagréable mais cette fois, elle y était préparée, tout comme à la population hétéroclite et dense en mouvement permanent dans la Gare Centrale.





La mercenaire se rendit à la borne d’information, énorme cube central munis d’écran répétant inlassablement des consignes de sécurité, comme il était précisé dans l’énoncé de la mission. Elle ne put retenir sa surprise lorsqu’un trombone métallique géant se retourna, tournant ses grands yeux ronds et son sourire niais dans sa direction.


« Je suis Clipsy, l’assistant de recherche. Voulez-vous consulter la liste des jeux actuellement disponible ? Voulez-vous vous déclarer en tant que DLC ? Voulez-vous déclarer la présence d’un bug ? Voulez-vous consulter l’arborescence des questions usuelles ? Autres ?

- Je suis… du Centurio. Répondit-elle. Bien que la Coalition Noire ne semble pas avoir d’intérêt dans ce monde et que son nom commence à se répandre, elle ne pouvait toujours pas se résoudre à agir sous son propre patronyme. Question de prudence…

- Vous nous avez demandé de vous débarrasser de sans-cœurs dans un jeu nommé… Metal Slug. » Précisa-t-elle après avoir vérifié dans un petit carnet de notes le titre du jeu.

- Veuillez poser la main ici. Je vais procéder au téléchargement du code Easter Egg qui vous permettra de passer la sécurité antivirus. Cela peut prendre quelques instants. Merci de votre compréhension. Dit-il en désignant du regard un petit cube de couleur bleu avec l’empreinte d’une main jaune.

Lenore posa la main droite sur l’empreinte et sentit une vive douleur au moment où le cube vira au rouge suivi d’un son de clochette.


- Qu’est-ce que vous avez fait ?! Hurla-t-elle en vérifiant sa paume pourtant intacte, retirée précipitamment.

- J’ai procédé au téléchargement du code Easter Egg. Vous pouvez désormais rejoindre la ram au départ du jeu de votre choix. Passez une agréable journée ! Conclut-il en se tournant vers la voie correspondante, l’indiquant du regard à défaut de mains.

- Vous auriez pu prévenir… » Maugréa-t-elle en s’éloignant de cette … chose improbable.


La mercenaire se faufila à travers la foule pour rejoindre le quai désigné précédemment, suivi la file passant sous le portique de sécurité s’illuminant de vert à chaque personne y entrant, principalement des soldats en uniformes armés jusqu’aux dents, lourd sac à dos, et casque bombé kaki.

La seule fois où le portique s’illumina de rouge, un homme longiligne à grosse moustache habillé en salopette et casquette verte fut lourdement plaqué au sol par deux sentinelles. Il fut renvoyé manu militari sous les rires gras des soldats et les injonctions pour «  retourner ramasser des champignons et courir les tortues dans son monde ».

A son tour, Lenore se présenta avec une petite appréhension. Son regard passait entre les sentinelles et le portique mais le code qui lui avait été injecté devait lui permettre de passer d’après les termes du trombone. Elle se promettait de le tordre dans tous les sens et de le faire fondre si elle finissait par se faire tabasser sans même avoir pu commencer sa mission. Difficile de savoir si cela pouvait compter pour de la torture pour un être au « corps » si étrange. Elle porta la main à son corset, réfléchissant à l’endroit où elle devrait planter son aiguille si elle devait se défendre quand le bip et la lumière verte du portique, ainsi que l’impatience du passager suivant la sortirent de ses pensées.

Elle s’installa avec un soupir de soulagement sur une plateforme sur rails qui démarra aussitôt remplie. Des soldats en tenue vérifiaient leurs équipements. Trois clochards, la longue barbe blonde fournie, habillé uniquement d’un short en haillon, égayaient la troupe. L’un d’eux assis en face s’adressa à Lenore.


«  Vous n’êtes pas du coin vous. Vous venez faire quoi aux heures d’ouvertures ?

- Je viens vous débarrasser de quelques sans-cœurs. Cela vous parle des euh… beug ? Fit la mercenaire en se remémorant l’intitulé de la mission.

- Ah oui ! Dit-il en se tapant le genou. Il était temps. C’est que ça commencerait presque à se voir. Hey les gars, vous avez entendu ça ! On ne va peut-être pas se faire débrancher au final !

Les soldats s’échangèrent des murmures plus ou moins discrets puis il reprit.

- Par contre, vous n’allez pas pouvoir rester habillée comme ça, ça ne le fait pas, ça va se voir si vous entrez dans le jeu. Vous semblez tout droit sortie de Castelvania. Sans vouloir vous offenser. Ce n’est pas très raccord niveau ambiance, ça m’étonne que la sécurité vous ait laissé passer… Dit-il en se frottant la barbe.

- Ne vous en faites pas, je compte bien rester dans l’ombre…

- Bah c’est que c’est une vieille plateforme 2D. Les joueurs le connaissent comme le dos de leur main. Ils fouinent le moindre recoin pour un bonus ou un niveau caché, et le décor est escamotable, fait pour voler en éclats, ils ne s’en privent pas les saligauds. Ha-ha !

- … Lenore aurait été ravie d’avoir des informations sur l’endroit mais ne comprenait clairement rien à ce discours et son vis-à-vis devait s’en apercevoir vu que le clochard se racla la gorge après un silence.

- Enfin faut bien que vous fassiez votre boulot, hein… Hey Johnny ! File lui ton uniforme !

- Quoi ?? Ah non pas question ! C’est bon j’ai fait mes semaines clodos, maintenant j’suis soldat ! Je l’ai mérité cette promotion bordel… Toi file lui ton rôle. Répondit vivement le voisin de la mercenaire.

- Déconne pas c’est une nénette et j’ai qu’un short ! Allez file-lui ton matos merde c’est pour pas se faire débrancher !

- Pas question ! J’ai eu ma dose. Fit-il en croisant les bras.

- Ne m’oblige pas à parler à ta femme de tes dettes, Johnny…  Allez fait pas ton chien devant la mignonne, je te paierai une bouteille de ‘sky chez Tapper’s et t’essaiera encore une fois d’effacer ton ardoise au poker.

- T’es un enculé Charly. Laisse ta sœur en dehors de ça. Je vais me refaire la prochaine fois, tu vas voir. Tu me devras un service et compte sur moi pour te le rappeler. Maugréa-t-il en fouillant son barda pour en sortir une barbe postiche. Le soldat retira son casque laissant tomber sa tignasse blonde sur ses épaules. Il retira son uniforme jusqu’à finir en caleçon, tendant au fur et à mesure ses affaires et son sac à dos à sa voisine. Il finit par enfiler un short et se rassit en croisant les bras d’un air contrarié et défait.

Lenore avait enfilé le déguisement trop grand par-dessus sa tenue personnelle et jetait un regard sur l’arme à feu qui lui avait été prêtée parmi les possessions du pauvre soldat déclassé. Elle coinça ses cheveux en chignon sous son casque sous le sourire satisfait du dénommé Charly.


- Voilà qui fera l’affaire. Vous faites maigrichonne mais dans le feu de l’action, ça ne devrait pas se remarquer. Vous savez vous en servir ?

- Il ressemble à une carabine. J’ai appris à me servir d’une Winchester. Affirma-t-elle en se remémorant Hill Valley.

- Vous faites dans l’archaïque. C’est plus costaud, c’est du matériel de bonhomme. Un Walther MPK, il vide un chargeur de 32 cartouches en automatique avec un recul limité mais qui risque de vous marquer l’épaule. Rétorqua Johnny avant de lancer un regard noir à son beau-frère. De toute façon, ça n’élimine pas les bugs sinon on n’aurait pas besoin de mercenaires avec toutes les balles perdues de Rossi…

-  C’est pas con pour une fois. Ouais du coup, vaut mieux pas vous en servir du tout au final. Non le mieux pour vous c’est de vous jeter au sol et faire la morte dès que vous entendrez les coups de feu et d’attendre comme ça que le calme revienne pour faire votre enquête et le reste.

- Pardon ? Lenore leva un sourcil, vexée. Ils la prenaient pour une petite chose fragile incapable de se défendre eux aussi ? Depuis quand devait-elle se faire pousser une carrure de bodybuilder ou cumuler les cicatrices au visage pour être prise un minimum au sérieux?

- Oh faut pas vous inquiéter, y en a pas pour dix secondes en général. La caméra suit Rossi, le héros. Il débarque détruit tout, tue toute l’Armée Rebelle, et sauve les Peregrine Falcons prisonniers. Fit-il en désignant tour à tour les types en uniformes puis les clochards. Après vous pourrez agir comme bon vous semble.

- On arrive. Souligna Johnny.





Lenore regarda au loin, l’obscurité du tunnel éclairée de néons intermittents, était percée d’une lueur émeraude. Elle débarqua avec tout le monde alors que chacun prenait sa place dans un décor de forêt vierge inextricable où un seul chemin de terre battue permettait d’avancer. Elle avait demandé à être conduite à l’endroit où les bugs avaient été aperçus.

L’air n’était pas lourd et humide comme au Pays Imaginaire et des cris d’oiseaux et d’animaux sauvages peuplaient la forêt, mais elle était incapable de les apercevoir ou même d’en déceler des traces de présence. Elle ressentait un certain malaise tant ce décor lui paraissait familier mais anormal. Une sensation de vide qu’aucun bois de Grimm et des autres mondes qu’elle avait déjà visité ne lui avait laissé.

Le groupe restant avec la mercenaire prit position dans une petite base d’opération constituée de plusieurs cabanons de bois, chaotiquement répartis d’un seul côté du chemin, parfois les uns au-dessus des autres, accessibles par des échelles. Ils installèrent divers bidon de carburant inflammable et des cubes colorés à des endroits stratégiques, sous le regard perplexe de Lenore qui se demandait pourquoi ils affaiblissaient potentiellement leur propre structure en offrant des solutions faciles au premier ennemis qui voulait débarquer.

Ils placèrent les « prisonniers » a des poteaux de bois bien visibles, mains attachés dans le dos avec de la corde, puis commença une phase d’attente. Les conversations s’engagèrent naturellement un peu partout dans le campement. Lenore en profita pour en faire le tour et chercher des traces de sans-cœurs, elle n’était pas là pour se tourner les pouces.

La rousse s’approcha d’un local suspendu en hauteur semblant déserté. L’échelle lui donnant accès était privée de ses premiers barreaux, empêchant d’y monter, même pour elle. Cherchant du regard de quoi l’aider à grimper, elle repéra un soldat et son prisonnier en pleine conversation. Peut-être pourraient-ils lui trouver des bidons, de quoi lui permettre de bricoler un escalier pour accéder à ce poste en hauteur qui lui assurerait discrétion et visibilité sur une bonne distance. En s’approchant, elle put entendre la teneur de leurs propos.


« - Hey, tu passes chez Félix ce soir ? Demanda le baroudeur.

- J’sais pas, en ce moment y a un Pacman dépressif qui casse l’ambiance avec ses histoires de couple…

- Oh sérieux ? Merde, un couple aussi mythique. J’espère que ça va aller pour leurs enfants…

- Quels enfants ? S’étonna le clochard.

- Y avait pas eu un DLC avec leurs rejetons ?

- Non tu  confonds avec un autre jeu.

- Oh peut-être… Hey ! Dit-il avec un sourire complice après un silence. S’ils avaient des triplés, tu sais ce que ça ferait ?

- Dis voir ? Répondit le prisonnier après un instant de réflexion infructueuse.

- Des points de suspension !

- Oh putain… T’es con. Ha ha ! »

Lenore, n’ayant rien compris à l’histoire se permit de les interrompre froidement dans leurs éclats de rire.

« - Hey vous ! Y a quoi là-haut ?

- Où ?... Ah ! y a rien, on ne peut plus y monter, vous avez vu l’échelle ? Satanés bugs.

- Avant y avait Nils, il faisait un carton en sniper, beaucoup de joueur ne le voyait pas venir.

- Maintenant il est au niveau 9. Casa le soldat.

- La chance…

-Tu parles, maintenant il se fait dessouder au lance-flamme.

- Outch…

- Y a moyen d’amener des bidons en bas ? Interrompit-elle en perdant patience.

- Désolé ma p’tite dame, mais ils resteront où ils sont. Ils sont programmés à des places définis, je n’ai pas envie que la sécurité me tombe dessus pour si peu.

Lenore n’eut pas le temps de s’emporter et de le menacer de lui raboter elle-même la face que les premiers coups de feu retentirent.

- Ah ça y est ! Au boulot… On se revoit après.

- Ca marche… Répondit calmement l’acolyte ligoté alors que le soldat partait en courant, serrant son fusil contre lui.

- Vous aussi vous êtes sensé y aller hein… »





Le chaos assourdissant d’un feu nourri retenait Lenore sur place. Foncer tête baissée au milieu d’une scène de guerre était contre-nature pour elle, incompatible avec son instinct de survie. L’amplitude du bruit annonçait l’avancée rapide de l’ennemi. Les structures de bois commençaient déjà à voler en éclats autour d’eux, ravagés de milliers de trous, les bidons de carburants touchés éructaient des colonnes de flammes vers le ciel. La Winchester de Hill Valley n’avait pas une telle cadence de tir ! La mercenaire regardait le décor se faisant mutilé rapidement avec un air de panique cherchant ce qui résisterait à la dévastation avant de se souvenir du conseil de Charly.

Elle se jeta au sol, jouant la morte, dans la lâcheté la plus complète. Elle ferma les yeux aussi fort que possible, comme si cela lui permettait d’esquiver les balles, se rappelant soudain pourquoi elle détestait tant les armes à feu. Leur pouvoir de destruction incontrôlé, sans aucune discrétion, ne laissait aucune place pour la défense de la victime. Elle les détestait d’autant plus quand elle n’était pas du bon côté du canon.

Pourtant le boucan insupportable finissait par s’éloigner. Avec prudence, elle commença à ouvrir les yeux devant l’hécatombe. Il ne restait guère plus que des ruines devant elle. Un prisonnier s’enfuyait gaiement les bras en l’air, libéré. Les cadavres de soldats de l’Armée Rebelle s’accumulaient au sol.

Les bruits de rafales s’éloignaient de plus en plus. Lenore sentait un goût amer remonter dans sa gorge et avec lui la lourde responsabilité du survivant. Elle serrait les points devant son comportement de faible. Depuis quand avait-elle si peur de mourir ? Comment allait-elle affronter la Coalition Noire si elle se laissait ainsi dominer par ses instincts? Que diront les mercenaires devant un tel échec alors qu’ils avaient aujourd’hui plus que jamais besoin d’elle ? Est-ce, ce qu’elle aurait fait pendant que l’on s’en prenait aux siens ?

Le dégoût d’elle-même s’apprêtait à surgir de sa gorge, accompagné d’un cri de rage quand le cadavre le plus proche ouvrit soudain les yeux et lui murmura quelque chose.


« Ne bougez surtout pas »

Lenore cligna des yeux, perdue et il répéta sa consigne pour être sûr qu’elle ait compris.

Avait-il simulé lui aussi pour sauver sa vie ? Son corps était pourtant troué de plusieurs impacts bien qu’aucunes traces de sang ne soit visible. Un rapide coup d’œil alentour lui permit de confirmer qu’aucun des corps ne perdait de ce précieux et vital liquide.

Alors que le silence revenait peu à peu, un seul mouvement fut perceptible : le tremblement d’une fougère du décor. Un cube noir monté sur quatre pattes insectoïdes en sortit, marchant avec hésitation. Son œil unique doré parcourait la scène à la recherche de quelque chose. Le voisin de la mercenaire devint nerveux.


«  Merde pas maintenant ! Le joueur est encore trop prêt, il peut revenir… »

La mercenaire comprit rapidement à la panique dans sa voix qu’il s’agissait d’un sans-cœur, l’un de ceux qu’elle était venue éliminer. Parfait ! Ce petit truc allait servir de défouloir à toute la frustration du moment qui s’accumulait dans l’esprit de la rousse.

Elle appuya les mains au sol, s’apprêtant à se relever lentement quand un murmure insistant de son camarade au sol le lui interdit.


«  Il ne faut pas bouger… jusqu’à ce que l’on disparaisse… C’est une règle absolue ! »

Ils posèrent de nouveau un regard inquiet sur la petite créature qui se baladait nonchalamment entre les débris, attardant son œil unique sur chaque élément, l’étudiant avec assiduité. Elle s’approchait doucement de leur position, faisant insidieusement monté la tension jusqu’à ce que son œil se fixe sur le soldat au sol. Elle se dressa un instant davantage sur ses pattes avant de s’élancer rapidement droit sur lui.

L’homme lutta dans un premier temps contre son envie de fuir attendant impatiemment de juste disparaître. Mais le sans-cœur était de plus en plus proche. C’est au moment le plus critique, où il était prêt à prendre ses jambes à son cou malgré les lois de ce monde, qu’agit Lenore. Elle avait attendu le bon moment, le bon endroit, pour pousser une planche du bout du pied, en toute discrétion. Celle-ci provoqua telle une chute de domino, l’effondrement « naturel » d’une partie des ruines du décor en équilibre précaire, en plein sur la bête.


« Il était temps.  Lâcha après un long soupir le soldat. Les corps au sol commençaient à briller et à se désintégrer, de la même façon que Lenore à chaque fois qu’elle était transposée dans la Borne d’Arcade.

-  On se revoit après le reboot… merci… » Dit-il en disparaissant progressivement. «  Attend… elle n’a pas fait pouf ?? Se rappela-t-il avec angoisse alors que son visage s’évanouissait.

- Comment ça pouf ? Tenta en vain la mercenaire alors que son interlocuteur n’était déjà plus en face d’elle. Par les larmes du Soleil, qu’est ce qui doit faire pouf ? Hurla-t-elle dans le vide en connaissant déjà parfaitement la réponse.

Il n’y avait eu aucune volute de fumée noire. Déjà les éléments du décor s’illuminait et regagnait leur place. Les bâtiments se recomposaient comme par magie. Seuls restaient en place Lenore et sous ses yeux agacés, les planches tombées sur le sans-cœur.

Pourquoi ne revenaient-elles pas en position ? Pourquoi devenaient-elles progressivement noires ?
Lenore se releva, son arme à feu dans les mains.

Les planches se séparèrent en plusieurs cubes.

La mercenaire se rappela que les balles de cette arme étaient inutiles et le jeta pour libérer ses mains.

La dizaine de petits cubes firent pousser leurs pattes et ouvrirent autant de petit œil doré cherchant leur cible.

La rousse ronchonna en fouillant son uniforme qui l’empêchait d’utiliser plusieurs de ses armes mais qu’elle ne pouvait pas retirer de peur que le jeu ne recommence trop vite. Elle allait devoir se contenter de ses griffes métalliques en retirant la partie de son gant les dissimulant et de la chaine lui servant de collier. Le tout contre des sans-cœur dont elle ignorait tout mais qui pouvait se reproduire rapidement !

Elle ne devait pas perdre ses moyens de nouveau. Elle respirait lentement pour se forcer au calme et prendre le temps, quelques secondes à peine, pour observer. Elle reculait doucement, gardant un maximum de ces bestioles dans son champ de vision, sans se faire encercler, et trouver LA faille, avant qu’elle ne se décide à se jeter sur elle.

La dizaine de bestiole la fixait avec intérêt, étirant de plus en plus leur alignement en un demi-cercle. Quelques-unes quittaient le groupe pour s’approcher d’un élément du décor isolé et cassé.
C’était celle-là que Lenore devait observer avec attention. Leur comportement différent devait être la clé, plus parlant que la simple menace et agressivité des autres au profil de prédateur en meute.

Elles prenaient le temps de choisir un objet qu’elles touchaient, comme une morsure, celui-ci prenant une teinte progressivement noir à son tour… comme une contamination, une transformation pour obtenir davantage de sans-cœur.

Une douleur vive au mollet fit revenir la rousse à la masse d’ennemis à ses pieds. Elle détestait être la proie. L’un d’eux avait eu l’audace de profiter de sa concentration sur ses collègues pour la mordre. Il fit un vol plané lorsque les réflexes de la mercenaire reprirent le contrôle de son corps. Jusque-là, elle avait utilisé sa chaine en cercles rapides et larges pour se créer un «  bouclier », un mur de protection que celui-ci avait su contourner. D’un geste précis, elle s’était débarrassé du parasite le long de sa jambe, l’envoyant valser d’un coup de chaine.

Elle jeta un regard à son pantalon, à l’endroit où la douleur persistait, craignant d’y voir une gangrène sombre s’y propager mais rien ne se passa.

Les bugs commencèrent à perdre patience, sautant par groupe sur elle alors que celles restée en arrière créaient davantage d’ennemis encore.

Pivotant tout en lacérant l’air, le sol et les bestioles avec sa chaine, la mercenaire prenait la mesure du problème. Bien qu’elle parvienne ainsi à blesser voir détruire ces sans-cœurs, elle se retrouverait vite submergée par le nombre, sans compter les dégâts irréversibles sur le jeu, risquant de provoquer sa destruction.

Elle devait se rapprocher des « mères ».

Un dernier coup d’œil pour s’assurer qu’elle n’avait toujours pas commencé à noircir et lâcher un soupir de soulagement, avant de se forcer un passage vers la matrone la plus proche.

La bestiole était en train de contaminer le fusil qu’elle avait abandonné plus tôt, trop occupée pour se défendre de l’attaque de la rousse. C’était peut-être la faille qu’attendait Lenore.

Elle planta s’agenouilla pour planter ses griffes dans le corps du sans-cœur faisant crépiter d’étincelles la plaie. Le coup de jus remonta le long du bras de la mercenaire lui arrachant un hurlement de douleur masqué d’un juron avant que la bestiole ne disparaisse en volute de fumée noire ainsi que certaines des prédatrices sans raisons apparentes. Celles qu’elle avait créées peut-être ?

Les bestioles restantes n’en devinrent que plus agressives et frénétiques encore. Il en grimpait de partout tombant sur ses épaules et la rousse luttait pour s’en débarrasser sans s’auto mutilée de ses griffes, ni perdre de vue les « mères » qui continuaient d’œuvrer. Elle avait beau utiliser ce qu’elle avait autour d’elle, rien qui n’appartenait à ce monde ne semblait capable de les blesser. Seules ses possessions avaient un réel effet. Ses griffes, sa chaine, même ses coups de poings et de coude. L’idée qu’elle parvenait à leur faire des dégâts parce qu’elle venait d’ailleurs germa dans sa tête, expliquant l’inefficacité des balles des soldats.
Ces saloperies s’étaient adaptées, utilisant les éléments de ce monde pour le submerger sous leur masse et le détruire…





Des silhouettes se dessinèrent dans ce chaos, les soldats et les clochards réapparaissaient, fuyant rapidement en apercevant les sans-cœur, laissant la mercenaire seule dans le combat. Il fallait faire vite avant la reprise de la partie !

Pendant qu’elle se débattait sous le nombre des prédatrices qui la griffaient, mordaient, tailladaient,  la mercenaire tentait de réfléchir. L’équation était simple. Puisque Lenore venait d’ailleurs, elle pouvait les détruire. Puisqu’elle venait d’ailleurs, ils ne pouvaient pas la contaminer. Et tuer les alphas permettait de grandement réduire le nombre.

L’idée d’être comme immunisée fit se dessiner un sourire malsain sur son visage. Puisqu’il fallait faire vite, la rousse devait se déchaîner sans craindre les conséquences des blessures.

Sous les yeux médusés des habitants de ce jeu, Lenore se lança dans une danse macabre, jonglant avec sa chaine comme d’un fouet et d’un fléau d’arme à la fois. La douleur ne faisait qu’alimenter sa colère. Elle ne se concentra plus que sur la traque des bugs mère, forçant son passage avant de finir de décimer les derniers sans-cœur visibles alors que de nouvelles rafales de fusils automatiques approchaient.

Les personnages du jeu se précipitèrent à leurs places dans la panique. L’un d’eux vint saisir la mercenaire par l’épaule alors qu’elle s’apprêtait à courir après les derniers bugs survivants s’enfuyant à travers la jungle.


«  Il faut reprendre votre place. »

Lenore hésitait, haletante et blessée en plusieurs endroits, l’esprit encore embrumé du combat.

«  MAINTENANT »

L’injonction la ramena à la réalité et lâchant un grognement de désapprobation, elle revint près des cabanons de fortune, aux murs plus éclaircis qu’à l’accoutumée, pour de nouveau se jeter au sol au moment du passage du héros, cette fois sans le moindre scrupule et profitant du sursis pour reprendre quelques forces.

Une fois l’apocalypse passée, elle s’adressa à son voisin au sol dans un murmure se voulant discret.


«  Y a quoi par là. Désignant du regard l’endroit où avait fuis les bugs à travers les fougères.

- Y a rien…

- Elles sont venues de là-bas et y sont retournées... Y a forcément… Commença-t-elle avant d’être coupée.

- On est une plateforme 2D… Le décor n’a pas été programmé, je vous dis qu’il n’y a rien. » Articula-t-il pour mieux se faire comprendre. En vain.

Lenore se contenta de se taire, serrant les dents, agacée de ne pas comprendre ce monde et regardant vers le décor à l’affut du retour des bestioles.

Le temps lui parut interminable, mais quand enfin personnages et décor en ruines se mirent à briller pour revenir une nouvelle fois à leur état initial, la mercenaire se précipita vers les fougères, se heurtant à un mur peint en trompe-l’œil. Elle chercha à tâtons une faille possible pendant un bon quart d’heure avant de se rendre à l’évidence…

Elles avaient fuis dans un autre jeu.

Lenore devait les pourchasser ailleurs. Elle frappa violemment du poing sur le mur par exaspération avant de remonter le chemin de terre vers l’entrée et la rage ram, courant à toute allure avant que la partie ne recommence encore.
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