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Dim 23 Juil 2017 - 10:38
HRP : ce RP est une suite directe à Bouc Emissaire.

Non Agon ne s’était pas offusqué que l’on parle de prêtre comme d’un « métier ». Après tout, c’était bien la vision qu’il en avait. Un médiateur-psychologue-orateur aussi loin que l’avaient porté ses missions. Il n’avait pas non plus vraiment relevé que l’on puisse remettre en doute l’existence des Eternels. Après tout, ce ne serait pas la première non-croyante qu’il croiserait, bien que la Citadelle soit particulièrement exposée au Culte d’Etro. Vesper, sous le masque d’une simple civile, avait en fait eu bien de la chance.

Néanmoins… question difficile que cette jeune femme lui posait. «  Je le prends pas mal non, vous en faites pas. » Comment lui répondre ? — Agon prenait un court instant de réflexion. « Comment vous dire… »

La voix sèche de Villiers le coupa net. « La Foi ne s’ébranle pas à la première épreuve venue. Ou bien ce n’était pas de la Foi. Mais une sorte de croyance, juste là pour se dire que tout ira bien et que si ce n’est pas le cas, on peut rejeter tout le mal subi sur elle. » Son regard, passé sur ses deux protégés, était aussi dur et aiguisé que l’était la lame de son épée.
Il y allait… peut-être fort.
Cette Claire semblait toute fébrile et tremblante depuis qu’ils étaient partis, et s’il y avait une chose que le paladin ne possédait manifestement pas, c’était du tact. Ou de la diplomatie. Il était temps de rattraper tout ça. Agon avisa la réfugiée d’un sourire qui se voulait rassurant.

« Mon camarade est un peu à cran, dit-il en baissant d’un ton. Il faut lui pardonner son ton dur. Je vais essayer vous répondre un peu mieux. »

Ce n’était pas la première fois qu’on le questionnait sur l’objet, ou bien la difficulté, ou non, de son office. Souvent, dans de petits villages de campagne où il n’y avait guère de prêtre pour résider à l’année. Et Agon avait fini par trouver des éléments de réponse qu’il jugeait assez satisfaisants.
En fait, selon les grands spécialistes de la doctrine religieuse, il faisait partie de la mouvance tolérante du culte. Il en était des plus rigides et fanatiques donc, mais lui préférait se représenter un Sanctum à l’image de celle qu’il avait de son entité patronne. La générosité, le pardon, la tolérance.

Claire avait peut-être froissé Villiers. Quelque part, elle sous-entendait que la Foi puisse être bien aisément balayée. Mais aussi loin qu’Agon était concerné, il ne s’en refroidirait pas.

« En vérité, c’est compliqué de vous répondre. Enfin, oui et non. Ce que je peux dire déjà, c’est que ce ne sera pas facile pour moi, oui, mais comme pour tout le monde. On va tous avoir des tâches difficiles. Vous aussi. Alors… — lâcha-t-il tout en soulevant un pan de sa soutane, afin d’éviter de se prendre les pieds dans une racine — je serai présent comme possible.
J’ai bien conscience que les gens du Domaine ne sont pas des enfants qu’on pourrait « cajoler ». Comment dire… dont on sècherait les larmes, et puis tout irait d’un coup mieux. L’une de mes tâches, c’est de les accompagner en veillant à ce que les valeurs de celle que je sers demeurent. Pour moi de la générosité, du courage, de la tolérance. De la compassion aussi.

Aider à se relever, ne pas sombrer, d’un côté. Et puis de l’autre ne pas se redresser porté par la haine, la recherche de la violence.
Croyez-moi. On peut parfois se « remettre » d’une tragédie, mais d’une façon bien plus néfaste qu’autre chose. Pour l’âme s’entend.
 »

Le prêtre prit le temps de lever le nez vers les branches des arbres au feuillage verdoyant. Le soleil perçait de quelques rayons dorés et chaleureux ces ramées en un spectacle apaisant. C’est un bruit qui avait attiré son attention — et ce n’était au final, rien qu’un écureuil qui s’échinait à rejoindre son abri. Une petite boule de poils rousse aux yeux ronds et brillants, qui s’arrêta un tout petit instant pour observer ces intrus qui composaient l’expédition du Sanctum en quête d’eau. Puis qui repartit aussi vite qu’il était venu. Agon ne l’avait même pas vraiment observé.
Il en avait vu bien trop, de ces gens qui avaient sombré plus qu’ils ne s’étaient remis.
Et il n’y avait souvent rien à y faire. Pas sans déployer des efforts surhumains. Malgré son discours optimiste, il doutait franchement de sa capacité à pouvoir réellement changer les choses.
C’était bien un propre des tragédies.

« Enfin, bref, s’entendit-il souffler en revenant à son interlocutrice, peu aisé, mais aussi… ou peut-être surtout parce qu’extrêmement difficile et douloureux pour… « ces gens », comme vous di — … disons pour tous. » — après tout, elle en faisait elle aussi partie, même si elle semblait se considérer hors du groupe. Il l’examinait rapidement du regard, jusqu’ici encore un peu ailleurs. Veiller à ne pas l’avoir plus retournée que Villiers. Il sourit, mais de façade. Quelque chose dans ce qu’il avait dit, dans cet échange, le dérangeait un peu. Sans qu’il sache quoi. Sûrement son discours bien trop positif par rapport à sa pensée, il s’en convainquait. « Pour ce qui est de la Foi, reprit-il, je crois qu’elle vient ensuite. Il faut déjà voir et croire en ce qu’Etro incarne, pour voir et croire en elle. Et puis j’aime me dire qu’elle préfère un monde où ses valeurs sont en chacun, qu’un monde où on s’attache à tout prix à ce qu’on vénère son nom. » Villiers leur jetait des regards de temps à autres, tendant l’oreille à ce qu’ils pouvaient se dire. Sans nul doute, il grincerait des dents à entendre les propos de l’homme de foi. Heureusement, peut-être, ce ne semblait pas être le cas.

« Nous nous arrêtons ici. » — encore caché par quelques fourrés, l’un des étangs clairs de la forêt s’apprêtait à se dévoiler à eux. Ses oiseaux chantants, son eau calme, sa brise légère. Au loin, une petite file de canards qui profitait de cet espace de quiétude infinie et éternelle. Agon avisa Claire avec un léger haussement d’épaule qu’il n’avait su contenir. « Il faut croire que même cette forêt trouve que ma réponse prend des tournants bien trop philosophiques. » — il esquissa un sourire tandis que le petit groupe d’intrus progressait jusqu’aux berges.

Remplir les gourdes, ou encore le petit gobelet, ne prit pas bien longtemps. Villiers avait insisté pour que le prêtre et la civile restent en retrait, couverts par la végétation, pendant qu’il s’exposait en allant chercher l’eau. Quelques aller-retour qui furent l’occasion de brefs échanges.

« — Quand avez-vous perdu trace des membres de votre famille ? Villiers est plutôt bien au courant concernant l’évacuation, il saura peut-être vous aider à les retrouver plus facilement.
- De quel quartier venez-vous ? Ce sera un début. »
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Mer 1 Nov 2017 - 11:50
Je pus croire un instant qu'il était devin. Je ne pouvais que me sentir que concernée par cette idée. Une personne qui se serait remise d'une tragédie en prenant un chemin qui destinait son âme aux enfers. Et s'il y avait quelque chose en laquelle je devais croire, n'était-ce pas ces Enfers, qu'elles soient d'Hadès, sous terre ou parmi les autres, parmi les vivants ? Je n'avais eu de cesse de rencontrer ces Enfers au long de mon parcours, et à chaque fois que la lumière s'était faite un peu plus forte on m'avait rappelé qu'il était déjà trop tard pour ça, « trop tard pour toi ».

Mais il ne pouvait parler directement de moi, car il ne me connaissait pas, il ne connaissait qu'une « Claire » perdue.

Je restai en retrait comme ordonné lorsque nous nous arrêtâmes à proximité des étangs, admirant le paysage si placide qu'il semblait n'avoir jamais été touché par main d'homme. Je regardais les bottines boueuses de notre accompagnant maculer le tapis vert. A première vue, il était totalement inoffensif mais s'il on y mettait le pied, on n'était pas totalement sûr d'en sortir vivant.

Je m'étais contentée de rester muette lorsqu'il m'avait parlé de la dure tâche qui l'incombait. Cela pouvait passer pour une forme de respect de la part d'une personne ne croyant pas mais respectant l'espoir des autres. La vérité était toute autre, je préférais ne pas me risquer à parler d'une culture que je connaissais mal.

Il allait par contre bien falloir répondre à la question qui me fut posée ensuite. Et je ne connaissais ni nom de rue, ni place, ni quartier. Une peur certaine s'empara de mon esprit car le jeu allait prendre rapidement fin s'ils doutaient de ma version. Mais après tout, pourquoi en douteraient-ils ? Je n'étais qu'une femme parmi les autres, pourquoi douter d'une survivante parmi tant d'autres ?

Dans le cas contraire, il allait falloir fuir dans un terrain que je ne connaissais pas et/ou me débarrasser définitivement de cette petite escorte. Je n'avais rien contre ce jeune prête mais au jeu de sauver la vie d'un autre ou la mienne, le choix avait souvent été défavorable aux autres. Dans quelle situation houleuse m'étais-je encore coincée, je ne cessais de me le demander.

J'improvisai rapidement une version vague, peut-être celle d'une femme ne s'attendant pas à être interrogée sur les coordonnées précises de sa maison.

-Ils étaient dans la maison, je... je pense. J'étais partie le matin pour aller chercher un peu de blé.  Allez savoir pourquoi, dans la fumée et en évitant des brasiers, je ne suis même pas parvenue à retrouver ma propre maison.


J'arrivais presque à avoir de la pitié pour cette femme qui avait peut-être perdu pour toujours sa famille dans le souffle infernal du dragon. Non, elle n'existait pas, elle n'était que le fruit de mon imagination survivaliste.

Je reposai mon regard sur notre escorte qui semblait attendre quelque chose. Je sursautai d'un coup, me rappelant la question qu'il avait posée en suite de celle du prêtre.

-La porte, nous n'habitons pas très loin de la porte et de sa herse, vous voyez ? A quelques pâtés de maison de là. Vous pensez qu'ils ont pu sortir par la porte et prendre le pont ?


Je savais que Death et ses sbires étaient entrés justement par cette position et qu'ils avaient du faire beaucoup de victimes. Mais Claire ne pouvait pas savoir tout cela. Quant au dragon, avait-il embrasé cette partie de la ville par laquelle le chef de la Coalition noire avait du s'échapper ? A quel point cet énorme monstre avait-il été contrôlé en vérité ?
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Jeu 16 Nov 2017 - 5:58
Que sa famille ait pu fuir par la Grand-Porte était à la vérité moins que probable. Prêtre qu’il était, ou prêtre ayant aidé à l’évacuation qu’il était plutôt, Agon savait très bien que les templiers et paladins avaient justement tout fait — tout — pour éviter d’y rapatrier les civils. Les attaquants au sol avaient percé les défenses de la Citadelle à cet endroit.

Mais cela, Claire ne le savait peut-être pas. Claire n’avait peut-être pas, comme il l’avait fait, tendu l’oreille à chaque échange rapide entre les hommes d’armes pour se tenir au courant de l’évolution de la situation. Pour se tenir au courant de tout danger, comme de toute opportunité supplémentaire de survie.

Agon préférait chasser de son esprit que la famille de cette fragile fleur puisse être enfermée vive dans une quelconque cave dont la sortie fut encombrée, ou avoir fini rôtie sur les pavés. Une légère sensation de dégoût lui monta à la gorge, et l’odeur de chair brûlée qu’il avait sentie plus tôt gagna son palais. Sans vouloir mentir — il savait que le paladin ne le laisserait pas passer, pas si ouvertement — il cherchait à la rassurer. Tentait d’arborer une expression calme. Le prêtre posait une main aussi chaleureuse et réconfortante que possible sur l’épaule de Claire. « Nous allons vous aider à les retrouver. »

Son regard fuit la jeune femme pour trouver refuge chez Villiers. Le rouquin conservait des traits emprunts de sang froid — mais il lisait la fatigue dans ses yeux. L’adrénaline qui l’avait porté tombait sur ses épaules, et il réalisait concrètement ce qu’il s’était passé, et ce qui était était à venir. Son ardeur jusque là tenace laissa place à une blessure invisible mais profonde. De celles que les médecins ne savent guérir — mais son ascétique rigidité demeurait là pour cacher cette plaie de l’âme.
L’épuisement qu’Agon lut dans les prunelles de son camarade vint le frapper comme de plein fouet.

Ils étaient vivants.

Mais nombreux ce soir pleureraient plutôt que de se réjouir.

Esquissant un sourire compatissant, Agon savait qu’il devrait briser le silence. « Villiers. Comment devrait se passer la suite des évènements ? »
Il n’avait pas voulu risquer de demander quand la famille de la réfugiée avait pu être évacuée selon ses estimations. Ni même si elle avait pu l’être. Il ne voulait pas lui donner plus d’espoirs qu’elle ne devait déjà en nourrir — et devoir supporter en plus de ses pleurs potentiels, de l’avoir poussée à croire.

« Nous devons attendre, commença-t-il. Lorsque les cloches retentiront ou que les cor résonneront, nous pourrons nous organiser. J’enverrai Allis aux nouvelles. »

Il marqua un temps de réflexion.

« Nous devrons sûrement camper en forêt cette nuit si nous n’avons pas d’instructions. »

Il faudrait, une fois l’attaque passée, éteindre les incendies. Cela prendrait du temps. Il faudrait que les hommes du Sanctum sécurisent la zone. Plus de temps.
Un campement s’organiserait sûrement mais cela ne se ferait pas si vite. Certains civils seraient sûrement redirigés vers les hameaux voisins… mais ils ne pourraient contenir toute une vague de réfugiés.

Le prêtre réalisait bien ça. Un profond sentiment d’usure vint polir son esprit — lui donnant un regard aussi doux que mélancolique. Et qu’il n’avait que rarement arboré.

« Je vois — il dit ces mots en un soupir éreinté. Chaque chose en son temps. Rentrons calmement. L’eau est attendue je crois. »

Il sourit finement.

Ses yeux passèrent de Villiers à Claire, afin de jauger s’ils étaient prêts à se mettre en marche. Un détail qu’il n’avait su remarquer plus tôt accrocha son regard, qui se fit rond une fraction de seconde — « Vous êtes pieds nus ?! »
Une constatation simple mais qui l’arracha à ses réflexions pour une surprise légère. « Attendez on doit… » Villiers fronça les sourcils, alors qu’Agon regardait autour de lui — c’était idiot, aucune paire de bottes n’allait demeurer, là, pendue à une branche. « Je vais vous passer les miennes… on se mettra en route ensuite. »

Il se réconfortait en se disant qu’il avait au moins des chaussettes pour protéger ses pieds…
Il n’était plus à ça près.

Qu’est-ce qui le chiffonnait..? Ah. « Pourquoi vous les avez retirées ? Vous n’en mettez pas pour aller dans les champs ? » demandait-il en s’abaissant.
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