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 Entre ciel, terre et campagne
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Mar 20 Juin 2017 - 22:41
« Je vais tout expliquer. »

Cette phrase était porteuse de beaucoup de sens pour Fabrizio. Il l'avait utilisée un bon nombre de fois dans sa vie, trop pour les compter à vrai-dire. Cependant, il devait admettre qu'il ne l'avait que peu utilisée dernièrement, car sa position au Sanctum l'immunisait contre le genre de situation où, justement, il serait amené à se justifier. Jusqu'alors, il n'avait jamais vraiment considéré qu'il était bien loti quant à cette immunité justement ; c'était aujourd'hui, sous ce magnifique soleil de printemps, qu'il réalisait son ultime privilège et vivait un moment de choix dans sa vie ; il s'expliquait devant une bande de paysans en colère. Et jusqu'ici, il ne rencontrait pas un grand succès.

« Ah oui ? Et bien je vous en prie, aidez-moi à comprendre comment vous pouviez avoir besoin de- » le paysan lui présenta sa main, et énuméra sur ses doigts ses exactions du jour. « Troubler le calme du village, ignorer de présenter vos requêtes au conseil municipal, sciemment entrer dans des réserves de grain qui ne vous appartiennent pas, mettre à sac lesdites réserves tout en y étant entré par effraction ! »

Le maire de la ville le regardait avec insistance ; l'homme était tout de même resté fort courtois et n'avait pas hurlé un instant. La crédibilité de son interlocuteur fut alors mise à rude épreuve puisque, expliqué sans vraiment trop de sens, le raisonnement de Fabri quant à l'étrange épidémie que subissait le village était tout sauf clair. Alors, bien entendu le seigle était infesté de champignons, mais il fallut une vingtaine de minutes pour que le maire passe outre son précieux silo violenté. Il regrettait d'avoir envoyé Ian Goguen faire état de l'avancée – et la complétion, par ailleurs, de la mission, car dans son envie d'éviter un aller-retour, il s'était retrouvé en face d'un type qui n'avait pas du tout envie de le laisser parler.

Le maire n'était pas un mauvais gars, ce n'était que légitime de se demander ce qui avait bien pu se passer. Fabrizio comprenait ses torts ; il aurait du prévenir qu'il avait carte blanche pour trouver la ou les causes de l'épidémie. Il n'en avait pas fait grand chose et n'avait prévenu personne, choisissant de battre la campagne avec pour toute indication ses intuitions pas forcément justes. Au moment de rendre les comptes, il se trouvait légèrement stupide.

« Vous comptez peut-être remplacer notre stock de grain en allant saccager le silo d'un autre village peut-être ? »

« Mais non, la situation était exceptionnelle, vous comprenez bien que le Sanctum n'opère pas comme ça par plaisir ni par habitude. »

Mais oui bien sûr.

« Vous ne répondez pas du tout à ma question jeune homme, nous sommes à la fin de la saison, les récoltes n'ont pas commencé et nous n'avons pas de quoi tenir. Expliquez-moi donc comment vous allez procéder en réparation. »

Fabri haussa les épaules, par réflexe. Il préférait encore relaver le corps de Swain. Lui au moins il ne parlait pas.

« Il y a certaines propriétés fermières qui posséderaient assez de grain pour assurer la subsistance du village jusqu'au temps des récoltes. » s'entendit-il dire. « Ça éviterait d'impliquer un autre village, et j'ai l'assurance que le grain n'est pas contaminé. Je me chargerai de ça personnellement. Je vais m'occuper de... de ça. »

Il ponctua sa phrase d'un geste en direction du silo et des grains éparpillés sur son porche. Le maire parut satisfait de l’explication, comme le prouva son hochement de tête et son souhait d'une bonne journée au soldat du Sanctum, qui resta sur place. Il regrettait déjà son idée. Et il n'aurait jamais du renvoyer Ian, d'ailleurs.

Considérant qu'il avait là aussi carte blanche quant à sa manière de se débarrasser des derniers sacs de la récolte de l'année passée, Fabri prit sur lui et retourna dans le silo les récupérer. Si l'atmosphère et la température de l'intérieur du bâtiment de pierre était plu qu'agréable, le soleil était monté haut dans le ciel et tapait fort ne cette fin de matinée. Il était accompagné d'un très léger vent qui n'était définitivement pas assez fort pour rendre la température plus supportable. Et du chant des oiseaux qui ne servaient à rien. Non, définitivement, renvoyer Ian à au château n'avait pas été une bonne idée, pensait Fabri alors qu'il accomplissait son cinquième aller-retour.
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Sam 24 Juin 2017 - 0:14
« Je l’ai trouvé ! » — Rhys trotta avec aisance vers Fabrizio, tandis qu’Agon le suivait à quelques mètres de distance.

Ah, Fabrizio. Le Fabrizio Valeri ! Le seul, l’unique ! Il faisait moins le fier hein, maintenant qu’il avait lui aussi passé un moment à Mornevie ! Le prêtre esquissa un sourire au souvenir de sa première mission, et de celui qui la lui avait donné.

Un petit gars plutôt jeune, mais qui avait sa place au Sanctum. Cheveux bruns, un peu longs, yeux verts marquants et corpulence à la graisse à jamais bannie. Il s’entraînait régulièrement, à n’en pas douter. Et puis l’armure en jette toujours.

Un petit gars qui avait ses amis, des gens pour l’estimer. Puis d’autres pour ne pas l’apprécier. Mais qu’en dire ? Fabrizio Valeri était au-dessus de ça disait-on. Au-dessus d’eux — ceux qui avaient pu ou pouvaient maugréer de se voir commandés par un individu qui put être leur petit frère pour certains, ou leur fils pour d’autres.

Fabrizio Valeri, en somme.

Le prêtre non plus n’avait pas eu pour le jeune homme les pensées les plus tendres. Longtemps, il lui avait gardé un petit ressenti pour son « voyage chez les bouseux incendiaires ». Ou encore, sa « farandole des obligations cléricales ». Des expériences qu’il aurait préféré ne jamais avoir vécu.
Mais tout aussi désagréable qu’elle lui avait été, cette mission lui avait permit de rencontrer Gregor Martigan. Ce paysan qu’il finissait (à l’usure) par apprécier. Lui, et d’autres, comme le jeune Ian ramené dans les ordres.
— Et il fallait rappeler que si Fabrizio avait envoyé Agon calmer les ardeurs de certaines familles de Mornevie en premier lieu, c’était car il espérait un règlement pacifique de la situation. Ce pour quoi, en toute honnêteté, on ne saurait le blâmer.

Agon devait-il ajouter à cela qu’il lui devait probablement la vie, comme beaucoup d’autres ? N’était-il pas celui qui avait ordonné l’évacuation des civils ? Pendant l’attaque de la Citadelle par la Coalition.

Alors à la réflexion, il avait passé l’éponge sur l’ardoise de sa propre mauvaise foi. L’homme de foi n’avait jamais pesté contre le garçon que parce qu’il l’avait envoyé, lui, faire un office bien peu enthousiasmant. En théorie déjà, puis surtout en pratique.
En théorie, faire oeuvre de médiation entre familles paysannes n’était pas aisé de l’avis du prêtre. D’une part.
Mais en pratique, jamais Fabrizio n’aurait pu savoir que son émissaire manquerait de se faire démolir le visage par un chef de famille, ou brûler au Brasier. Il pouvait donc difficilement le retenir à son compte.

Que de rencontres charmantes, n’est-ce pas ?

A dire vrai, parler de quelques anecdotes autour d’une limonade bien fraîche n’aurait pas été de refus. Le soleil tapait sur la tête des deux acolytes depuis quelques heures désormais. Rhys était un monstre de sang froid et d’endurance (ou alors de comédie) à ses heures perdues. Ce n’était pas le cas du prêtre. Pas face à cette chaleur en tous les cas. Il y avait des limites à ce qu’il pouvait supporter. Il tentait de faire bonne figure, mais la perfide sueur se faufilait par gouttes à la racine de ses cheveux ! — Etro ! Comme la terrasse d’un quelconque café eut été la bienvenue, dans la douceur d’une brise maritime… mais l’heure n’était pas à cela. Et il n’y avait pas de café bercé de brise maritime non plus en ces lieux.

Agon et Rhys était supposés rejoindre une équipe du Sanctum envoyée à Mornevie. Soit, comme ils semblaient le constater, Fabrizio en seul et propre. Le village avait été la cible d’une épidémie, empoisonnement, ou qu’en savaient-ils encore : ils n’avaient pas eu les détails, mais tout ceci était apparemment une affaire close.
Close. A moins que l’Archiviste Heltzer n’ait été un peu rapide en besogne..? Maintenant qu’il approchait, Agon voyait son confrère en proie avec un énorme sac de grains qui avait l’air de tout… sauf d’un incident résolu.

Le but de sa venue était aussi simple que nécessaire. Le prêtre avait déjà passé un temps au village. Désormais que le Sanctum lui était une fois encore venu en aide il s’agissait de faire un peu de représentation. Montrer que l’ordre était là, qu’il était bon, être proche de la population.

Pourtant sans s’attendre à être reçus tels des héros (loin de là)… ni Agon, ni Rhys (son accompagnateur en armure), ne s’étaient préparés à un accueil si… malaisant.

Ce n’était pas que les hommes et les femmes de Mornevie les regardaient hostilement. Non. Ou refusaient de leur parler. Moins encore. Mais quelque chose n’allait pas. Et ils s’étaient convaincus que le héros mondial qu’était Fabrizio saurait leur expliquer ce qui avait pu instaurer cette gêne. Aucun d’eux ne pouvait se douter de la sombre inquiétude qui planait sur Mornevie tandis que les récoltes du village paraissaient filer entre les doigts de ses habitants, malgré la promesse que « les choses seraient arrangées ».

« — Ah Monsieur Valeri, nous vous trouvons enfin, souffla Agon en arrivant à portée.
- J’espère que vous n’avez pas prit un coup de chaud ! Tenez prenez un peu de mon eau. Il faut boire par ce temps. »
Sans beaucoup plus de cérémonie, le templier aux cheveux de jais tendit sa gourde au garçon. Pendant un instant, l’idée qu’ils aient déjà pu travailler ensemble effleura l’esprit du prêtre. Mais peut-être était-ce tout simplement que son protecteur était familier avec tout le monde.

« Rhys a raison. » Il préférait dégager rapidement le débat sur le comportement à adopter en cas de fortes chaleurs. Et que « Rhys le Grand Frère » aurait abordé s’il avait eu une demi-seconde pour ce faire. « Agon Wiley, dit-il en s’inclinant légèrement. Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi. Vous m’aviez envoyé ici pour ma première mission au retour d’Illusiopolis. Enfin inutile de s’attarder là-dessus. J’ai été, ainsi que le templier Rhys — il le désigna un geste de la main — envoyé par l’Archiviste Heltzer pour vous rejoindre. L’Archiviste a eu vent de la fin des troubles de Mornevie et m’a fait parvenir ses désirs. A savoir, que nous vous rejoignions afin d’en apprendre plus sur ce qui avait pu se produire et accompagner la population. Certains ont sûrement des craintes, des questions. Ou simplement besoin d’une oreille attentive. » Voilà une introduction qui était faite. Le prêtre prit une inspiration. L’une des questions à venir était délicate, et il craignait la réponse. « Ca a été pour vous ? Le bilan n’est pas trop lourd..? Pour le village. »


Dernière édition par Agon Wiley le Dim 10 Sep 2017 - 0:43, édité 2 fois
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Ven 30 Juin 2017 - 23:16
La fin des troubles de Mornevie ? Ian devait être arrivé. Cette révélation lancée sur le ton de la conversation, dramatisant quelque peu les faits, mettait en relief toute la journée. Fabri haussa un sourcil ; combien de temps avait-il bien pu se passer depuis qu'il avait commencé à consciencieusement vider le silo ? Combien de temps depuis qu'il avait envoyé Ian prévenir les autorités compétentes que l'épidémie n'était rien d'autre qu'un probable effet boule de neige lié à une mauvaise récolte et des forces de la nature ? Il n'en avait, mais alors, aucune foutre idée.

En prenant la gourde tendue par le Templier, qu'il connaissait forcément de vue, il fallait juste se rappeler d'où, et le remerciant au passage, Fabri regarda Agon du coin de l’œil. « Alors, pour faire court, disons que... »

Il chercha ses mots, le temps de quelques secondes. Pendant ce temps et de manière fort involontaire, il se résumait ce qu'il connaissait d'Agon Wiley. Agon, c'était un prêtre, qui avait écrit un rapport de six pages sur une mission dont personne n'avait voulu et qu'au final, Fabri lui avait balancé en priant qu'il ne voie pas les tâches de trois tasses de café sur la lettre dudit paysan. Qui avait envoyé cette lettre déjà ? D'un côté, il espérait que Wiley ne lui en voulait pas ; cette mission devait être faite. Ce n'était pas pour autant qu'il allait s'excuser, ceci dit.

Agon était légèrement plus grand que lui, et ne semblait pas bien vieux. Fabri ne savait bien entendu pas quel âge il avait, il n'avait jamais vraiment eu besoin de le savoir. Il avait l'air de souffrir de la chaleur. Bon, c'était un prêtre, il devait probablement vivre dans le temple d'Etro. Rhys avaient l'air de supporter cette magnifique journée bien mieux que lui. Bien mieux qu'eux-deux, en fin de compte.

« Alors déjà, personne n'est mort. On arrête de s'inquiéter, c'est pas conseillé avec la chaleur. »
ajouta-t-il avec un regard appuyé à Rhys. « Ensuite, pas de maladie, juste des plantes moisies, et comme beaucoup de gens en ont mangé, ils sont tombés malades. »

Il se trouva légèrement négligé, à hausser les épaules aussi simplement en face d'un clerc et d'un soldat du rang, mais les faits étaient là ; la mission s'était en fait conclue de manière fort simple. Beaucoup de panique pour peu de choses. Il y avait eu beaucoup de raisons de s'inquiéter, tout d'abord parce qu'une épidémie dans un village de paysans sans réelle indication de sa provenance avait tout d'inquiétant. Surtout après un hiver fort étrange où le mouvement des troupes locales vers la Citadelle, en cruel manque d'hommes, n'avait fait que brasser des personnes en des lieux qui leur étaient inhabituels. Il y avait eu tellement d'indices trompeurs, tellement d'idées qui dirigeaient vers une fausse piste. « Alors c'était ni la peste, ni le choléra, ni aucune autre saloperie. »

Le bilan était lourd, parce que le bilan se résumait en sacs de seigle, sacs de farine, sacs de n'importe qui qui avaient étés stockés dans ce silo et qui avaient pu être contaminés par la saloperie qui avait rendu le père d'Ian Goguen à l'état de limace – il allait épargner la version crue à ce pauvre prêtre.

Subitement, en terminant de faire un tas net avec les sacs, il se demanda comment le prêtre aurait pu se débrouiller, si ça avait été son devoir de découvrir quelle était la mystérieuse maladie. Oh, c'était un prêtre, il s'y connaissant probablement en maladies, en soins et en prières curatives. Quoique, parmi ses connaissances, Fabri avait peut-être une ou deux personnes qui n'y connaissait rien en magie mais qui faisaient preuve d'une grande sagacité quant à l'univers médical. Aub' n'en était qu'un exemple, mais sa mère était médecin. Et Aleile, qui avait, depuis le décès de sa sœur Sedris lors de l'attaque de la Coalition Noire, entamé une formation d'apprenti alchimiste dans une boutique de bonne réputation de la ville.

Tous les habitants de ce monde avaient, cependant, une affinité quelconque avec la magie. Cela avait tout d'abord étonné Fabrizio, qui avait compté au sein de sa famille nombre de chasseurs de sorcières de renom. Il avait passé des années à essayer de comprendre, puis de cesser de craindre cette magie, qui étaient présente dans chaque être et dans chaque pierre de ce monde.

Il s'était toujours considéré comme imperméable à la magie, mais, comme l'indiquait sa facilité à faire naître une petite flamme dans le creux de sa paume afin de mettre le feu aux sacs de céréales, ce monde avait fini par détendre sur lui. Il y aurait pu avoir des manières bien pires de ressembler à un local que de connaître trois sorts et d'en utiliser au moins un par an, tout de même. Il aurait pu se trouver un amour pour la culture de pommes de terre et la cuisine du terroir - Etro soit louée, ce n'était pas le cas.

«  Je vous déconseille d'aller essayer de démarcher le maire pour des détails supplémentaires, ce type est con comme un poulet sans tête et il va encore refaire un sermon. »

Fabri recula de quelques pas, et fit signe au prêtre comme au soldat de faire de même alors que la fumée, naissant sous le tas commençait à s'élever dans le ciel. Elle fut bientôt accompagnée de flammes grandissantes. Il recula d'un pas supplémentaire, pour faire bonne mesure, n'ayant pas un excellent souvenir de l'effet dévastateur des flammes sur sa propre peau.

Non, il n'avait aucune peur de tout ce qui était feu et incendies, même si les événements de l'année passée avaient largement réduit sa propension à se tenir proche de flammes, fussent-t-elles bougies ou tas de sacs brûlants allègrement dans la brise d'un début d'après-midi.

« J'y pense. » reprit-il après quelques instant de silence. « Vous connaissez pas mal de gens dans le coin non ?  Est-ce que vous êtes familier avec les Arsenault ? Il faudrait réussir à les convaincre de prêter gentiment un peu de leur réserves de grain au village, histoire de les dépanner. Je sais qu'ils ont de quoi. Mais c'est pas comme s'ils avaient envie de partager quoi que ce soit. »
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Jeu 20 Juil 2017 - 9:49
« Eh bien… » — Agon tourna la tête vers Fabrizio. Il avait jusque là été occupé à regarder les récoltes prendre feu. Oh bien sûr, il avait remarqué les brûlures qui tapissaient la joue du garçon, et coulaient le long de son cou. Il savait très bien d’où elles lui venaient. Son regard se fit et plus grave et plus posé, pendant une demi-seconde de silence qui le ramena aux évènements qui suivirent l’attaque.
Lorsqu’il était revenu à la Citadelle, enfin.
Lorsque le lendemain il s’était pris de la morbide inquiétude de savoir si ceux qu’il avait pris en sympathie ne le gratifieraient plus de leur présence.
Lorsqu’il avait été jusqu’au dispensaire de fortune de Ruth, indéboulonnable médecin.

L’endroit ne semblait plus, de la vision qu’il en avait eue à la porte, qu’un amas de corps agonisants presque posés les uns sur les autres — une sorte de fosse commune, au détail près que ceux qui y avaient été jetés vivaient encore. C’était cette vision qui lui était revenue lorsqu’il tourna la tête vers le garçon. Valeri était sûrement passé par là.
Une demi-seconde introspective bien peu enchanteresse, suivie d’un sourire aussi forcé qu’il pouvait l’être à la seule évocation du buffle Arsenault. « … dire que je leur suis familier, c’est peut-être s’avancer un peu. »

Après tout, le chef de famille le prenait pour un abruti complet. C’est le moment où vous avez le droit à un résumé des épisodes précédents.

Tout s’était décidé quelques mois auparavant. Tandis qu’Agon prenait ses marques en tant qu’ecclésiastique. Un gamin (Fabrizio) lui avait donné pour mission de se rendre à Mornevie. Petit bled autour duquel gravitaient cinq terres tenues par des familles tantôt paysannes, tantôt artisanes.

Les faits tels qu’ils lui furent énoncés étaient simples : Arsenault et Bourget se livraient une guerre des champs sans merci, et cette dernière avait même eu des retombées sur les terres d’une pauvre petite vieille qui n’avait rien demandé : Marguerite Givry.

La vérité, c’était que Ian (celui-ci même qui avait accompagné Fabrizio à Mornevie, exactement), avait sévèrement en travers de la gorge que la grabataire qui ne se servait plus de ses terres, en refuse l’exploitation exceptionnelle à sa famille dont le terrain avait été plus que tout autre fortement touché par la sécheresse. Pour faire simple, ils étaient vraiment dans la merde et elle leur avait tourné le dos avec un petit sourire tout doux.
Sa vengeance serait terrible, et il prit sur lui d’empoisonner le peu de cultures qu’elle se réservait au vinaigre. Pour éviter qu’on ne se concentre trop sur Givry, il avait commis quelques actes de vandalisme sur les terres des Bourget ou des Arsenault. Affaire de brouiller les pistes.
Sauf que ça avait trop bien pris et que les deux familles avaient commencé à sérieusement s’en prendre l’une à l’autre. A un point tel que le père Arsenault, découvrant les dons mystiques de sa fille, lui avait forcé la main pour qu’elle joue les incendiaires chez les Bourget. Elle irait, ou bien il irait, et cela risquait d’être plus violent.

Autant vous dire qu’Agon n’avait pour lui aucune sympathie. Quand bien même les Bourget auraient effectivement vandalisé les terres des Arsenault (et ils l’avaient sûrement fait en quelques occasions), le chef de famille Arsenault était d’un sang chaud dangereux. Dans l’escalade vers la violence, il était celui qui montait le premier à la marche supérieure.

Mais lorsque le prêtre découvrit la vérité derrière cette affaire, il prit sur lui de sauver la mise au jeune Ian Goguen. Un gosse qui avait sacrément dévié du droit chemin. Les morts ne parlent pas, et il y avait eu un mort sur lequel Agon avait pu rejeter la responsabilité que Ian aurait dû supporter. Le gosse avait été embrigadé par cet homme plus âgé. Pour faire amende honorable il rejoindrait Etro au sein du Sanctum, et caetera. Et voici comment Ian rejoint les rangs de l’ordre religieux. Une recrue peut-être peu honorable, mais Ian avait de bons côtés que l’on savait apprécier. Il avait déraillé, et Agon avait été son ange de la seconde chance.

Côté Arsenault, Agon ne s’était pas senti de priver Alice de futur en expliquant que c’était elle qui avait mis le feu chez leurs rivaux. Bien que, quelque part, contrainte par son père, elle devrait payer pour ce crime qui, au-delà du vandalisme pur, aurait pu coûter la vie aux Bourget.
Alors il avait expliqué que selon lui, les feux avaient été du fait de son bouc émissaire, pour faire grimper d’un cran la violence attisée chez les deux familles. Et que cela aurait bien pu fonctionner.

Alors Arsenault père se sentait sûrement bien malin de n’avoir pas été démasqué. Au-delà du fait que pour lui, Agon était un fouille-bousin. Le type envoyé par une quelconque autorité religieuse pour fouiner dans ses affaires !

Imaginez bien, il dépréciait le prêtre autant que le prêtre pouvait le déprécier.

Agon prit une inspiration. « Le chef de famille n’avait pas trop apprécié que je sois envoyé pour régler ses différends avec les Bourget. Honnêtement, ce n’est pas par sa collaboration que les choses se sont calmées ici… 
- Sa femme peut-être ?
- Peut-être… j’avais pas pu lui parler réellement lors de mon passage. C’est surtout son mari qui a parlé pendant notre entrevue. Pour être franc, ses enfants ont été ceux avec qui j’ai eu le plus de retour. Jérémie et Alice. Les deux plus âgés.
- C’est un début ! — Rhys sourit avec enthousiasme. Agon, lui, ne semblait pas gagné par son positivisme.
- Ce n’est pas comme si Arsenault père allait se laisser influencer par ses enfants, et c’est lui qui a le dernier mot. Enfin. Je crois savoir qu’ils ont une partie des grand-parents chez eux, dont ils s’occupent. Peut-être écouterait-il plus les anciens, et encore. S’il apprenait qu’on avait essayé de les convaincre précisément pour toucher sa corde sensible, je ne sais pas comment il le prendrait. »

Petite moue de réflexion sur le visage, le prêtre fit craquer ses doigts avant de reprendre. « Je l’ai connu pendant une période de trouble, si je peux le dire ainsi. Peut-être ne sera-t-il pas aussi braqué aujourd’hui. Vous l’avez vu vous ? » — il avisait Fabrizio, interrogateur sans pour autant croire à un miracle.

Rhys passa la main sur sa nuque. « J’ai du mal à comprendre. Je veux dire, mettons même qu’il ne soit pas quelqu’un de généreux, vous imaginez les retombées que son refus pourrait avoir ? Le village va être à cran. Ce ne serait même pas un bien pour sa famille de refuser, si ? »
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Sam 29 Juil 2017 - 0:27
Les deux énergumènes y mettaient de la bonne volonté. En les écoutant parler, gardant le silence, Fabri aurait juré qu'il y avait une solution à portée de main. Oh il y en avait probablement une, mais elle était probablement bien plus loin qu'ils ne croyaient.

« Il m'a gentiment dit d'aller chasser des dragons ailleurs que chez lui. Honnêtement je crois qu'il appréciera pas vraiment me revoir pour lui lui mendier à manger. Mais Rhys a raison, si jamais on lui sort que la prochaine fois, c'est les villageois qui vont venir lui quémander son blé, il va peut-être se faire une raison. »

Ou alors il prendra une fourche. Ou alors il vendra son blé. Ou il leur claquera juste la porte à la tronche hein. Faire preuve d'autant de pessimisme alors qu'ils ne connaissaient que vaguement le personnage était probablement une mauvaise idée. Mais le père Arsenault, ce n'était pas un personnage dont il avait envie de faire l'effort de connaître. Il connaissait suffisamment de cons comme ça, pas besoin d'en rajouter un au fond de la campagne.

«  Pour ce qui est d'autres membres de sa famille, c'était assez clair quand il s'est pointé, personne n'était là pour le contredire ou parler sans y être invité. Je suis pas un expert des coutumes locales mais ils ont pas l'air d'être le genre de famille à s'écouter parler. »

C'était à peine si tout le monde ne s'était pas planqué sous un meuble à peine le patriarche entré.

« J'ai toute confiance en vos capacités de conciliation pour régler cette affaire. Vous avez une connaissance beaucoup plus étendue que la mienne en ce qui concerne... ce village, ses alentours ainsi que les propriétés attenantes. J'attendrais votre rapport avec le plus vif intérêt. »

Son marasme ne lui ôtait pas sa légendaire capacité à être un con, ceci dit.

Mais dans le fond, il savait foncièrement qu'Agon Wiley était la bonne personne pour exécuter cette mission. Il ne se souvenait pas de tous les détails de son rapport, mais il avait trouvé une solution décente en cherchant à ouvrir le dialogue. Fabri avait toujours eu un respect pour les prêtres, même si lui-même n'était que peu pratiquant, bien que tout de même religieux et croyant. Il accordait une grande importance au dialogue, certes, mais il n'allait pas le considérer comme sa seule solution. Sa première solution probablement, mais il avait le privilège d'avoir, littéralement, d'autres cordes à son arc. Il ne savait pas si Agon était un bon combattant, n'ayant pas encore eu le loisir de le voir combattre, mais ses qualités de réflexion ne faisaient absolument aucun doute.

Il surveilla le feu encore quelques instants, le trouvant absolument inutile tant comme source de chaleur que de lumière, principalement car il était midi et qu'il faisait une chaleur à tuer quelqu'un. Il jugea rapidement que le grain avait probablement presque terminé sa combustion et que, en l'état, les flammes n'étaient un danger pour personne.

Il ne fallut qu'un instant – dont il ignora précisément la longueur, beaucoup plus intéressé par le fil de ses propres pensées, pour qu'une voix qu'il connaissait mais ne s'attendait pas à entendre, le fasse réatterrir sur le plan du commun des mortels.

Il n'entendit pas clairement ce que Ian Goguen, essoufflé et s'approchant d'eux à grands pas, venait de leur dire. Peut-être s'adressait-il à lui ou bien à Wiley, ou à eux tous. Sa présence ici... signifiait bien des choses. Il pouvait bien avoir eu un problème en chemin, de l'ordre d'une attaque, d'un vol ; mais son état n'accusait rien de grave. Il avait juste l'air d'avoir battu le record de trajet jusqu'à Mornevie.

En réalité, il avait tout à fait eu le temps de faire l'aller-retour ; Fabri y songea avec surprise alors qu'il observait le jeune homme, lui adressant le signe équivoque du " mais qu'est-ce que tu fous ici ? " . Dans quel coin s'était donc barrée sa perception du temps ?

« Me regardez pas comme ça, j'ai prévenu les autorités compétentes ! » rétorqua-t-il à la question, certes silencieuse, mais parfaitement compréhensible, de son supérieur. « Vous devez repartir, je crois que le clergé s'inquiète. Ils l'ont pas dit mais ils vous ont demandé de démarcher des propriétaires terriens du coin pour- »

Et merde.

« J'ai dit un truc qu'il fallait pas ? »

Ian alla saluer le prêtre ainsi que le Templier, comme pour enfoncer le clou.
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Dim 6 Aoû 2017 - 3:42
AH DANS TA GUEULE VALERI !Hem. Ressaisissons-nous.

Agon n’avait, pas plus que Fabrizio, prêté attention à ce que Ian avait hélé en s’approchant d’eux. Il était bien plus occupé à se dire que, pour la prochaine fois, il se souviendrait que s’il a une ardoise mentale au compte d’une personne, elle le mérite. D’une façon ou d’une autre. « J’attendrai votre rapport avec le plus vif intérêt. » Et puis quoi encore ?! Lui tout seul (avec Rhys certes, mais laissons-le hors de ça) paumé à Mornevie avec pour interlocuteur l’autre buffle ?! Non, il y avait des limites à ce que sa cléricalité pouvait supporter.

Alors quand le garçon était arrivé, quand il avait commencé à parler, quand il avait vu la tronche de Valeri se défaire dans une subtilité délicieuse… le prêtre avait prit son pied.
A la vérité, s’il n’avait pas pointé le bout de son nez, Agon se serait sûrement fait une raison. Ca n’aurait pas été la première fois qu’il se serait farci quelque chose de lourd et que d’autres n’auraient pas voulu faire.
Mais cette situation avait un brin d’ironie spécialement savoureuse.

Revenons à Ian.

« — Salut toi, comment tu te sens ? lâchait Agon en serrant la main de l’arrivant.
- Mhm. Fait aller — cette réponse ne voulait jamais dire « tout va bien c’est super ».
- Tu viens d’ici toi non ? Pas de problèmes avec les proches ? »

Rhys avait posé la question en type attentif et concerné qu’il était, mais la grimace de l’aspirant ne trompait pas. Il y avait un lézard. Il se contenta toutefois de répondre que « maintenant qu’on sait ce qui a merdé, on devrait pouvoir arranger le coup. » Inutile de le forcer à s’exprimer plus avant là, ce ne serait rien d’autre que purement invasif — le templier semblait lui aussi être de cet avis. Agon et Ian parleraient certainement de ce qu’il avait sur le coeur plus tard, s’il le désirait.

Depuis que le jeune homme avait rejoint les ordres, quand bien même ils ne se voyaient pas chaque jour qu’Etro faisait, il était souvent venu trouver Agon pour lui parler de choses et d’autres. Ce pouvaient être des choses communes, comme des questions plus profondes sur la Foi. Une Foi que Ian découvrait au contact des gens du Sanctum et qui le travaillait. Et l’homme (de foi, justement) lui semblait le plus approprié pour en parler. Le prêtre était après tout le confident de l’une de ses plus grosses bévues — et aussi celui qui devait lui avoir évité de sacrées démêlées avec la justice. Alors petit à petit, le prêtre était devenu une sorte de référent. Le seul à qui il pouvait parler ouvertement de ce qu’il pouvait ressentir par rapport à sa situation. Car le seul à connaître les réelles raisons de son intégration au culte.

« — Monsieur Valeri, ou plutôt Fabrizio si vous permettez..? — il jetait un oeil au combattant pour s’enquérir de son approbation ou non — nous a un peu parlé de la situation. Il faut qu’on voie avec les Arsenault pour qu’ils partagent leurs réserves avec la communauté.
- Le Clergé est inquiet ? Ce Arsenault n’a pas l’air sympathique mais nous n’avons même pas encore commencé à lui parler ! Il est si connu que ça par ici ?
- Oh non, non, rien de tel. C’est juste que… »

Et merde.

« — En fait, les prévisions sur la nourriture qu’on a besoin pour la Citadelle ont été révisées et ça a l’air d’être vraiment pas joyeux. Mornevie est assez proche et permettrait un ravitaillement rapide. L’idée c’est qu’il faut convaincre les propriétaires terriens du coin de filer de leurs ressources. Et de c’que j’ai compris, celles détenues par les Arsenault sont spécialement visées. » Ian n’avait pas l’air bien heureux. Il savait très bien ce que cela induisait, et Agon avait bien saisi le problème que percevait le garçon.

Non mais. Sérieusement. Qui était le con qui avait monté cet ordre de mission ? Valeri renvoyait Ian en disant que les réserves de Mornevie étaient cuites et qu’il fallait qu’il négocie avec Arsenault (ce qui allait déjà être difficile) et ses supérieurs renvoyaient le garçon avec pour ordre de récupérer ce que les Arsenault avaient au bénéfice de la Citadelle ? Mais. Mais ! Comment est-ce qu’ils allaient présenter ça ?! Les Arsenault, ce n’était pas non plus un royaume agraire au service du Domaine ! Juste une famille paysanne avec ses terres. Une famille paysanne avec des terres ET un chef de famille peu coopératif.

Le prêtre soupira. Dans quelle sombre pagaille s’était-il mit ?

« — Ca me paraît complexe… comment dire. Arrêtez-moi surtout si je me trompe, disait-il en avisant Fabrizio avant de poursuivre, mais les réserves personnelles des Arsenault sont déjà bien entamées d’une part, et de l’autre l’idée était de les mobiliser pour Mornevie. Ou du moins essayer de convaincre le père Arsenault de les laisser à ses… voisins. Si on peut dire que la communauté à laquelle il est censé appartenir n’est que sa voisine… enfin. On ne peut pas les envoyer à la Citadelle sans causer du tort au village. Et puis honnêtement je doute que ça change grand chose par rapport à l’approvisionnement général en nourriture à la Citadelle.
- Je sais bien ! Mais ils veulent vraiment avoir de la nourriture qui aille vers la ville. Ils ont même dit qu’il la fallait par tous les moyens.
- Une solution serait peut-être d’essayer de temporiser jusqu’aux récoltes ?
- Ils ont l’air sur les nerfs en tout les cas… »

Réfléchir… en soi, la proposition de Rhys se tenait. Temporiser. « C’est normal qu’ils soient nerveux… ils doivent gérer une population en difficulté, et un problème se présente. Mais la Citadelle doit avoir des réserves et je sais que certains paysans la soutiennent en dons. En tous les cas ça va être difficile voire impossible de leur ramener quelque chose de Mornevie immédiatement. Ou alors le reste de réserves des Arsenault, et c’est le village qui souffrira.
- Et Etro ne cautionnerait pas ça — brave avocat de la cause de son patelin.
- Disons que ça ne me semble pas tout à fait correspondre à ses valeurs. Par contre, si Mornevie se remettait, notamment avec le don des Arsenault qu’on pensait négocier… alors la communauté pourrait s’adonner sereinement aux récoltes et là le village entier pourrait contribuer aux besoins de la Citadelle… ce qui serait un bien meilleur gain.
- Exactement ce à quoi je pensais. »

Et il souriait.
A croire qu’il était ce genre de professeur qui avait la solution, mais laissait tout de même son élève trimer pour qu’il ait la satisfaction de travailler son propre raisonnement. Comportement témoin d’une certaine sagesse. Peut-être. Pour un professeur envers un élève.

Agon n’était sûrement pas dans l’attente d’un enseignement du templier et ce sourire en devenait presque déconcertant. « Qu’en pensez-vous ? » — il remonta ses manches, puis posa le regard sur Fabrizio. « Vous avez peut-être une meilleure idée. D’autant que l’idée est de pouvoir obtenir l’aide du village dans son ensemble par la suite mais qu’on a pas de garanties. C’est une autre négociation à faire — et qu’on ne pourra peut-être pas faire avant qu’ils aient une idée des récoltes en quantité et qualité. »


Dernière édition par Agon Wiley le Mar 29 Aoû 2017 - 4:13, édité 1 fois
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Lun 28 Aoû 2017 - 23:55
« On a plus de chances en commençant à semer des orties pour les bouffer en automne que d'aller voir Arsenault et lui demander de partager ses récoltes. »

Les idées et les propositions défilaient. Si Fabri n'avait pas eu le respect qu'il avait pour Wiley, il l'aurait quand bien même renvoyé tout seul chez le paysan, avec ses bonnes idées. Son respect, il l'avait principalement parce que le prêtre avait déjà été voir l'homme en question, surtout qu'il l'avait fait sous ses ordres. Ce serait mauvais de sa part de ne pas y aller. Le problème, c'était surtout que la situation était dans une impasse. Jamais il n'accepterait de partager ses récoltes, point. D'où la pique acerbe du soldat qui n'avait tout simplement pas envie de retourner se faire claquer une porte à la figure.

A contrecœur, il continua d'écouter le prêtre, qui n'en finissait plus de parler.

Mais aussi, Agon avait eu une bonne idée. S'il comprenait bien, il faudrait convaincre les Arsenault -enfin, surtout la tête pensante, de donner de leur grain à Mornevie pour que, une fois la récolte engrangée et le village reparti, ce dernier puisse en donner au Sanctum . C'était simple, presque trop simple. Le seul problème, c'était probablement que ça prendrait du temps. Immédiatement, Fabri songea à répliquer, mais il ne trouva rien à redire, considérant les plans en croisant les bras et observant le tas de céréales qui achevait sa combustion. Réduit à un amas de cendres, il ne laissait s'échapper qu'un peu de fumée.

La cendre, la fumée. Des mauvais souvenirs sous forme de corrélation bancale.

« Ton idée reste la meilleure, parce qu'Arsenault acceptera plutôt d'aider le village. Et ensuite, le village aidera le Sanctum... hypothétiquement. »

Même s'il n'y avait qu'une petite chance pour que le fermier accepte, il fallait la tenter. Au cas contraire, il y aurait probablement beaucoup trop d'argent dépensé en achat de grain à d'autres mondes, ou de parties de chasse qui ressemblaient à des expéditions durant des semaines. Il fallait se débarrasser de cette corvée maintenant.

L'été, au Domaine Enchanté, ce n'était pas grand chose. Quelques jours de beau temps, idylliques. Un millier d'éclats de soleil dans les cours d'eau, des nuages flottant dans le ciel. Et, alors que l'on s'y perdait, l'hiver s'en venait. Fabri n'oubliait pas les leçons de l'année passée, et comprenait les appréhensions du clergé.

« En route, alors. En attendant, si vous avez un plan d'attaque, je vous écoute. Ce type a l'air d'être... » Quel vocabulaire utiliser ? Mais aussi, question plus générale, comment s'adresser à ce prêtre, ce soldat ? « Assez spécial, dans son genre. »

Oui, ce type était un con tout simplement.

Fabrizio profita du moment de répit alors qu'il s'éloignait du groupe pour aller récupérer son cheval laissé dans un coin d'ombre, pour y songer plus longuement. Parler avec Ian avait été étrange tout d'abord, mais la tâche était devenue plus aisée alors que la conversation eut commencé. Il n'avait rien dit alors que le prêtre avait hésité quant à comment l'appeler.

Le cercle des connaissances de Fabrizio s'était étendu l'hiver durant à trois personnes, peut-être quatre. Il ne reprenait du service que maintenant, au cœur de l'été. Aussi, il mesurait ses paroles en présence de ces énergumènes. Ils n'avaient pas un grade plus élevé que le sien, au contraire, aussi pouvait-il leur donner des ordres. Mais ils semblaient, avec la notable exception du fils de fermier, plus âgés que lui. En temps normal, cela ne l'aurait pas dérangé le moins du monde. Désormais, il gardait une attention toute particulière à des détails inutiles. Une certaine appréhension dans un recoin de son esprit. Un sentiment dérangeant, particulièrement ennuyeux.

En définitive, il aurait préféré accomplir cette mission seul. Il aurait forcément fini par trouver une solution, même si elle impliquait d'aller acheter du blé ou n'importe quelle autre céréale à un autre village, ou dans un autre monde.

« Après, il y a toujours sa fille mais... comme je l'ai dit, il y a peu de chances qu'il l'écoute. Peut-être qu'on arriverait à le convaincre à nous quatre, si on avance assez d'arguments. » lança-t-il, en revenant vers le groupe.

Quels arguments ?

Aucune foutre idée.
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Sam 2 Sep 2017 - 16:22
Avancer des arguments à quatre… fut un temps, ce type de tournure de phrase pouvait laisser imaginer à Agon un tout autre genre de discussion.

Il était en tous les cas hors de question de commencer à aller chercher la gamine, Alice, pour rajouter à cette histoire un degré de complexité supplémentaire. Il n’allait bien sûr pas le dire de cette façon… mais même à contrecoeur c’était le moment de se bouger les miches. Un peu plus et ils se retrouveraient tous à choper une insolation !

Rhys tâchait de donner au petit groupe une ambiance décontractée, par anecdotes et courts échanges amicaux. Mais le pessimisme de ses trois camarades quant à la négociation à venir mettait un sérieux handicap à son initiative. Oh Agon ne s’affligeait pas d’une tronche d’enterrement, non. En vérité, il partageait bien volontiers la bonne humeur du templier.

Simplement, un coin de son cerveau réfléchissait à comment rendre l’après-midi plus supportable.

D’un certain côté, c’était la mission de Valeri. A lui de la gérer.
Et puis de l’autre il était « le prêtre ». Celui qui devait discuter avec tout un chacun.

Pourtant, il savait que c’était une très mauvaise idée que de laisser reposer sur ses épaules tout échange avec Arsenault père. Ils se voyaient mutuellement comme des cons, et leur rencontre avait failli finir en paysan-empoignant-prêtre-et-le-décollant-du-sol.

Qui alors, si ce n’était lui ?

Manifestement, ça ne s’était pas passé au mieux avec Valeri non plus.

Ian, n’en parlons même pas. Il était censé avoir tout de même mis un peu le bazar sur sa propriété quelques temps auparavant. Il lui arracherait la tête s’il le pouvait.

Rhys…? — Agon pouffait un rire à une petite histoire racontée par le templier quand ses réflexions en tâche de fond revinrent en premier plan. Rhys ? … non. Il était trop… trop. Souriant, décontracté. L’opposé d’Arsenault père en fait. Le prêtre n’avait aucune envie de tenter le Sycophante en les faisant parler l’un avec l’autre.
Quoiqu’encore. A situation désespérée, solution désespérée.

Il n’eut pas le temps de réfléchir plus. Venait dans leur direction la sombre masse d’un paysan bourru qui avait vu venir sur ses terres, encore une fois, les indésirables. Les parvenus. Revoir aussi vite une personne aux couleurs du Sanctum, la même que celle qu’il avait chassé plus tôt qui plus était, n’était absolument pas de son goût. « Ian, tu peux nous attendre à la sortie de la propriété. » rassurait Agon en adressant un regard à l’aspirant avant l’impact fatal. Le garçon ne se fit pas prier.

Machinalement, le prêtre avait subtilement ralenti sa marche. Rhys se trouvait donc un pas devant lui, tandis que Valeri se tenait près deux, monté.

Impact dans trois…

Deux…

Un…

« — JE PEUX SAV -
- Bonjour Monsieur Arsenault ! Rhys ! Templier au service du Sanctum, enchanté de faire votre connaissance. On me dit grand bien de votre exploitation ! »

Boum ?

Ca ne s’était pas passé comme prévu. Agon s’attendait à avoir un feu d’artifice sanglant, et tout ce qu’il avait devant lui était un templier tendant vigoureusement la main en signe de salut à… un ogre. Arsenault père avait forcément un ogre quelque part dans sa généalogie.
Bien sûr, il ne répondrait pas poliment à Rhys, mais son ton avait diminué d’au moins trois intensités. « — Je n’veux plus vous voir ici.
- Nous souhaiterions parler de - tentative d’amorce du prêtre coupée net par le paysan.
- Vous, vous la fermez, tonnait Arsenault qui ne l’avait manifestement pas oublié. Je me fout que vous vouliez me parler de la pluie ou de votre sainte que sais-je. Vous êtes chez moi ici ! Vous n’débarquerez pas comme ça quand ça vous chante.
- On aurait dû vous prévenir qu’on passerait c’est vrai.
- Nous sommes ici pour le village. »

Agon profitait d’une ouverture créée par Rhys et d’une reprise de souffle chez Arsenault pour caser le thème général de la négociation. Inutile de tout expliquer en long en large et en travers pour l’heure, le chef de famille ne l’aurait pas laissé finir. La Phase 1 : explication du problème semblait d’ores et déjà mal s’annoncer.
Alors la Phase 2 : négociation…

« — On a personne de malade ici.
- Ce n’est pas -
- Pas quoi ?! Vous voulez foutre un hospice dans ma maison ?! »

Mais ils n’allaient jamais y arriver ! Bordel de m… si Etro en avait quelque chose à faire c’était le moment de se manifester. Autrement ce village est foutu ! La patience d’Agon s’effritait, elle, aussi vite que le débit de paroles du paysan, et proportionnellement au grave hostile de son ton.

« Ronnie..? Ronnie mon poussin ce sont tes amis ? »
La voix chevrotante de sa mère parvenait jusqu’à eux, suivi du petit bruit de ses pas chancelants et de sa canne sur le chemin de terre séchée. Le paysan se retournait prestement, agacé sans pouvoir être furieux. « Maman ! » implorait-il, comme si elle eut détruit tout ce qu’il avait pu être, mais ne pouvait le tenir contre elle.
Ce qui n’était pas totalement faux. Arsenault père, ou Ronnie le poussin. L’idée était charmante.
« — Que nous vaut la visite de tous tes amis ? Ce n’est pas poli de les faire attendre ici mon poussin.
- Agon, madame. Enchanté de faire votre connaissance, glissait-il en se détachant du chef de famille pour lui tendre la main.
- Brunhilde Arsenault. Enchantée de même mon petit. »

Elle lui serra la main avec un sourire.

Ca, c’était leur porte d’entrée. Et il ne fallait pas la laisser passer.
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Jeu 14 Sep 2017 - 23:11
« Nous venions ici requérir votre aide, en réalité. »

Il fallait pas attendre, se jeter dans la mêlée. Si Fabri avait été laconique au mieux, mort cérébralement au pire depuis ce matin, là, c'était sa chance. Sobrement, il réitérait les idées lancées – sans succès, par Rhys, puis par Agon. Cette vieille, c'était leur porte de sortie. C'était leur unique chance. S'il fallait en finir vite, ne pas impliquer plus de personnes, cette Brunhilde était leur seule chance.

S'il avait bien interprété le regard d'Agon, lui aussi comprenait l'idée. Ronnie, putain.

« Le village de Mornevie se trouve sans ressources, jusqu'à la prochaine moisson. Et il se trouve que votre propriété est la seule à des lieues à la ronde qui soit en mesure de venir à son secours. »

Oui, des lieues, oui encore, venir à son secours, dramatique mais nécéssaire.

« Oh, mais c'est quelque chose de très sérieux que vous venez tous nous annoncer là. » répondit-elle dans un sourire. « Entrez-donc, ne restez pas devant la porte ! »

Fabri regarda Agon, puis Rhys, et son regard se dirigeait vers Arsenault père mais ce dernier répliqua avant-même que l'un des membres de leur petit groupe n'ose passer le seuil.

« Ça ne va pas se passer comme ça ! »

« Agon, la dame nous invite, on va pas se faire prier non ? » Fabri ponctua sa phrase en attrapant le prêtre par l'épaule et en le tirant vers le seuil.

Comme si les mots de la petite grand-mère faisaient loi, ils outrepassaient ainsi la colère du paysan qui voyait ses hurlements ignorés. Cependant, la chose la plus surprenante, c'était bel et bien qu'il ne cherchait pas à les rattraper pour les traîner dehors. Une chose qu'il aurait pu faire aisément, peut-être même sans requérir à la violence tant il était imposant.

Il était donc de retour chez les Arsenault. Et l'intérieur n'avait pas changé. Fabrizio avait cet étrange sentiment auquel il ne pouvait pas donner de nom. C'était à mi-chemin entre une revanche pour s'être fait dégager de ce même endroit un peu plus tôt dans la journée et l'impression qu'il n'avait pas à être ici. Mais il y était, et il était temps pour lui d'arrêter d'être aussi en vie qu'une peinture sur un mur.

« Je vous en prie, ne prenez pas racine dans l'entrée, venez par ici, il y a plus de lumière à cette heure ! » continuait madame Arsenault dans un flot continuel de paroles. « Je l'ai toujours dit, l'hospitalité reste un fondement du savoir vivre, mais vous savez comment sont les jeunes, n'est-ce pas ? Les temps ont étés durs, passer par le village et voir ses habitants si mal en point, si tristes ! Affreux. Alice ! Va donc voir s'il nous reste de la brioche ! »

Elle allait et venait d'une pièce à l'autre avec le petit rythme tranquille d'une dame âgée. Cependant, s'il y avait quelque chose de notable avec cette petite bonne femme, c'était que sa présence n'était pas à discuter. Petite, ramassée sur elle-même, elle n'en était pas moins d'une vivacité surprenante et sa voix résonnait dans toute la maison lorsqu'elle s'exprimait.

Fabri, lui, surveillait le patriarche. En vérité, il n'eut pas grand chose à surveiller puisque l'homme en question faisait les cents pas dans l'allée de terre qui menait à la maison. De toute évidence, sa mère faisait la pluie et le beau temps. Il se trouvait en ce moment même, par ailleurs, que le soleil brillait haut et clair pour leur petite équipée.

Peut-être que son nom et son grade feraient office d'un dernier ressort si jamais la famille ne se montrait pas coopérative ? Etait-il assez fourbe pour donner du 'par ordre du Sanctum, aboulez le blé !' ? Silencieux, il se posait la question en se dirigeant vers la salle à manger qui, comme madame Arsenault l'avait dit, était la pièce la plus lumineuse de la maisonnée.  Ce qui signifiait qu'elle était un peu moins sombre que les autres, tout simplement. Le toit était bas, une âtre d'où pendaient nombre de casseroles, de plantes séchées et d'ustensiles de cuisines prenait l'un des murs.

« Alors, vous allez tout me dire maintenant, les enfants. Asseyez-vous, enfin, quelqu'un va vous jeter de l'eau sur la tête en vous prenant pour des plantes vertes si ça continue ! »

Elle souriait toujours et s'était elle-même assise sur une des chaises autour de la table.

« Tu es passé tout à l'heure avec le petit Ian Goguen, c'est bien ça ? Ton nom, c'est ? »

« Fabrizio, madame. »

« Bien, bien. Je dois vraiment m'excuser du comportement de mon fils, j'ai cru entendre qu'il vous as quelque peu malmenés, Ian et toi. »

Le souvenir de cette allégorie du mur de briques qu'était le père Arsenault n'était pas des plus agréables, en effet. Toutefois, qu'elle raconte ceci devant les deux autres ne le laissa pas de marbre. C'était comme un coup porté à son orgueil, que le prêtre et le Templier prennent connaissance de plus de détails qu'il ne le fallait sur cette fâcheuse rencontre.

« De l'eau a coulé sous les ponts, si je puis me permettre. A vrai dire, je comprend sa réticence. C'est pour ça que je vous remercie bien avoir voulu nous écouter. »

« Je suis toute ouïe, chaton. »

Fabrizio lança un regard à Agon ; un coup d’œil discret, qui voulait dire bon nombre de choses. En réalité, arrivé au bout de es arguments et admettant volontiers son entière remise aux dons de concilliation supérieurs du prêtre, il espérait que ce dernier comprendrait. Prends le relais, faut pas la perdre.
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Sam 16 Sep 2017 - 5:28
Au Domaine des Ténèbres Valeri ! Ca allait donc être au prêtre de se retrousser les manches. Et que faisait le d’ordinaire si loquace Rhys ? — Il regardait d’un air distrait par la fenêtre. Magnifique.

Non en vérité, il comprenait. Avec Ian resté à l’orée du domaine des Arsenault, et le paysan qui faisait les cent pas dehors, mieux valait garder un oeil sur eux.

« — Comme vous l’a dit monsieur Valeri, commença Agon en prenant place, le village est dans une situation critique. Votre aide serait précieuse.
- Oh oui, oui, j’ai bien entendu votre ami, répondit Brunhilde en souriant au prêtre puis adressant un regard bienveillant à Fabrizio. Dites-moi de quoi il retourne.
- Vous avez pu vous tenir au courant des nouvelles du village ?
- Vous faites allusion à cette sombre affaire d’épidémie n’est-ce pas ? Une véritable horreur. Même si je ne peux plus me rendre au village j’essaie d’être aussi informée que possible. Ma chère Marguerite est comme mon Eclaireur personnel.
- Monsieur Valeri ici présent a enquêté —
- Alice m’a raconté oui. Pourriez-vous me rappeler votre nom jeune homme ? Je suis presque sûre que…
- Agon Wiley.
- Oh, mais vous êtes l’ami de ma petite Alice !
- Mamie, je ne t’ai pas dit que c’était mon… « ami » ! »

Alice protestait en entrant dans la cuisine. Mais son visage se fit embarrassé lorsque son regard croisa celui du prêtre. Il y avait, dans ce qu’elle avait dit, tout pour être mal interprétée. Il fallait qu’il comprenne ! « Enfin m’sieur Wiley c’est pas que je vous apprécie pas bien sûr ! Au contraire, vous êtes très bien ! Juste je…
- C’est bon Alice, j’ai bien compris, la rassura-t-il.
- Vous allez bien ? Enfin peut-être que je devrais attendre que vous ayez fini.
- Allons allons mon sucre — la petite dame la rouspétait avec gentillesse tandis qu’Agon mimait un « je vais bien » à l’aînée des Arsenault — S’il nous reste de la brioche, sers-en donc à ces messieurs. Tu pourras rester avec nous. Vous voulez quelque chose à boire ? Par cette chaleur, il faut se désaltérer.
- C’est exactement ce que je leur disais tout à l’heure, intervint Rhys.
- Un sage conseil. Et vous êtes..?
- Ah ! Le soleil doit m’avoir tapé sur la tête, j’ai oublié la plus élémentaire bienséance. Je m’appelle Rhys — le templier s’inclina devant leur hôte, qui hocha la tête doucement.
- C’est un joli nom. Mais, je m’égare. Vous désiriez boire ?
- Je pense que de l’eau sera suffisant, à moins que monsieur Valeri ne désire autre chose.
- Alice pourras-tu..?
- Oui mamie ! — répondit l’intéressée le nez dans un placard.
- Mais revenons à notre affaire, voulez-vous ? Qu’est-ce qui a pu causer une telle tragédie dans le village ? Avez-vous pu régler ce problème ?
- Pour être honnête je viens d’arriver à Mornevie. Monsieur Valeri sera plus à même de vous donner des détails sur son enquête si vous en voulez. Le village n’est plus menacé par le risque de nouveaux cas a priori, mais ce n’est pas pour autant que la situation est tout à fait arrangée.
- Ce pour quoi vous êtes ici donc ? — la dame écoutait avec attention, et derrière sa grand-mère, Alice jeta un oeil sur la tablée tout en coupant une brioche.
- Exactement. Le problème venait du grain stocké dans les silos du village, un souci de pourriture. Encore une fois si vous désirez plus de détails…
- Je pense voir ce qu’il s’est passé. C’est malin d’y avoir pensé — elle félicitait amicalement Fabrizio par la parole comme par le regard comme s’il eut été son garçon.
- Comme vous l’avez sûrement remarqué, personne n’a été atteint par chez vous.
- Car nous conservons notre propre grain ?
- C’est exact.
- Je vois. Dites-moi donc ce que vous vouliez. »

Voici que le moment important de cette conversation arrivait. Alice revenait vers la table avec une planche de bois sur laquelle trônait la brioche tranchée et un pichet d’eau, s’apprêtant à servir les hommes du Sanctum alors que le prêtre prit une inspiration.

« — Vous devez comprendre que nous sommes conscients que ce que nous allons demander est un effort considérable. Mais avec l’attaque qu’a subie le Domaine récemment, nous n’avons pas les moyens d’approvisionner le village efficacement. Nous sommes venus vous demander s’il serait possible de partager vos réserves avec le village jusqu’à la moisson. »

Un petit silence se fit, où la vielle femme parut réfléchir. Ses doigts croisés, mains posées sur la table, petite moue aux lèvres.

Elle paraissait tellement plus ouverte que son fils. Si elle disait non… qui accepterait dans cette fichue famille ?!

« — Oh mamie je t’en prie on ne va pas laisser le village comme ça tout de même ?! » — la voix d’Alice avait brisé cet instant de quiétude d’une protestation vivace. Et sa grand-mère leva sur elle un regard étonné. Jamais la jeune fille ne laissait ses convictions s’exprimer aussi librement. Pas aussi loin que sa mémoire la portait du moins. Alice reprit sa contenance rapidement, gênée. Le regard que son aïeule lui avait lancé… elle venait de lui manquer de respect, elle l’avait blessée c’était sûr !
En vérité, la vieille dame était fière. Et sa petite-fille ne fut que déstabilisée en la voyant lui sourire.

« — Evidemment.
- Hem, je… bafouillait Alice sans savoir où se mettre.
- Ne t’en fais pas ma petite, tu as eu raison de dire ce que tu pensais, et c’est une pensée très juste. Mornevie est notre village, qui serions-nous si nous ne l’aidions pas ? — et si tu nous servais un verre chacun ? »

« Allez dire ça à votre amie Givry tiens, qu’il faut aider ses voisins » Le prêtre ne pouvait s’empêcher de penser au pourquoi de sa première mission — Marguerite Givry avait tourné le dos à Ian Goguen et son père.
Quoiqu’il devait admettre que le garçon avait réagi d’une façon particulièrement revancharde et pernicieuse.

« — Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis heureux de vous entendre dire ça, dit Agon en souriant chaleureusement.
- Toutefois, il y a un problème. Une petite formalité plutôt.
- Une formalité ? »

Pourquoi le prêtre n’aimait-il pas ça ? Il pouvait presque sentir son cerveau en connexion instantanée avec celui de son voisin de table, Valeri.

« — Vous savez, je suis d’accord avec vous. Le point ce n’est pas ça. Le point c’est que je ne suis pas toute seule à pouvoir décider. »

Par pitié… qu’ils n’aient pas à aller négocier avec l’autre buffle !

« — Il va falloir en parler avec Constanze et Theophil. Mais ils sont en forêt actuellement. Ils seront de retour avant la tombée de la nuit.
- Qui sont —
- Les parents de mère, interrompit Alice.
- Oh, je vois. Et pour votre fils ? — la question avait son importance.
- Vous savez, cette exploitation est familiale, mais avant tout c’est encore nous qui avons le titre. Légalement j’entends. Ronald n’obtiendra un réel intérêt dans cette propriété qu’à ma mort. — Agon ne savait trop quoi ajouter, aussi reprit-elle — Et je sais qu’il est un peu à vif en ce moment. Il vaut mieux s’occuper de cette affaire entre vieilles personnes. Je vais les consulter.
- C’est… gentil à vous. Je veux dire, de bien vouloir faire ça.
- Je pense en fait qu’il serait mieux que vous veniez dîner avec nous. Nous pourrons en parler à ce moment-là.
- Vous pensez qu’ils préfèreront entendre les faits de notre bouche ?
- Je parlerai avec eux de votre proposition, vous n’aurez pas à répéter une nouvelle fois tout ce que vous m’avez dit. Mais ils seront sûrement ravis de vous avoir à la maison ce soir, surtout pour négocier. »

Négocier ? Nouvelle connexion mentale avec son voisin.

« — Dites-m’en plus, tenta un Agon dont le soupir par anticipation resta intérieur.
- Cela ne tiendrait qu’à moi, vous pourriez repartir avec tout ce que vous voudriez, mais je ne suis pas la meilleure femme d’affaires de la région — elle sourit tranquillement. Constanze et Theophil voudront sûrement parler de compensation avec vous.
- Vous devez savoir qu’actuellement nos fonds sont tournés vers la reconstruction de la Citadelle et l’organisation de ressources pour les survivants..
- C’est pourquoi il s’agit de négocier. Je sais, comme ils le sauront aussi, que cette transaction n’est pas ‘normale’. Mais ils insisteront pour une compensation. Peut-être pas immédiate, mais une compensation. Vous êtes formellement invités à venir passer la soirée chez nous. Je suis extrêmement enthousiaste à cette idée, nous avons rarement des invités de marque ici. Et Alice est responsable du repas aujourd’hui. Une véritable cordon bleu. Je suis sûre que vous apprécierez. »
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Jeu 28 Sep 2017 - 16:08
A voir la tête du père Arsenault, Fabri n'était pas le seul à avoir envie de mourir. La chose la plus intéressante qu'il pouvait se passer durant ce dîner, c'était quand même si quelqu'un s'étouffait avec un os de poulet. Pas que le poulet était pas bon, bien au contraire, mais il y avait maintenant une heure qu'il était sur la table -enfin que ce qu'il en restait était sur la table, et le sujet de Mornevie n'avait toujours pas été abordé de nouveau.

Tous les autres sujets avaient étés abordés, pourtant. Les événements de la semaine passée, avec un passage obligé sur l'étrange épidémie de Mornevie en premier lieu. Fabrizio ne détailla pas vraiment l'état général et les symptômes présentés par les personnes atteintes mais il eut l'occasion de remercier Alice pour son aide. La jeune fille, s'étant chargée dîner, lui répondit qu'elle n'y était pour rien. Et pourtant, il pensait en tout honnêteté qu'il serait encore en train de battre la campagne à la recherche d'indices ou de quoi que ce fut qui puisse faire avancer les choses.

Toutes les conditions étaient réunies pour que la soirée soit des plus réussies. La température avait regagné un seuil supportable alors que le soleil avait disparu derrière les collines bordant la propriété. La famille Arsenault, dans sa plus grande intégralité avait décidé que ce serait l'occasion parfaite pour dîner dehors. Fabrizio avait considéré ça comme une prise à parti polie et sans échappatoire, il aurait fui depuis des lustres s'il n'avait eu de solides raisons de devoir rester.  

Situation : tout le monde attendait le dessert. Deux invités étaient bien plus que suffisants pour élargir les horizons de tout le monde le temps de manger toute la réserve de poulets de la région - même s'il s'agissait en fait de dinde, mais aussi la moitié des pommes de terre d'un champ et, comme la coutume semblait le vouloir, de la soupe en plein été. Ah, oui, et du vin aussi ? Pas toujours du vin, cependant, ce serait une insulte – comme cité trois fois durant le dîner, de ne présenter que du vin à des invités. Tour à tour, verre après verre venaient des questions d'ordre personnel, professionnel. Fabri s'exaspérait dans la discrétion la plus avancée de son état de délabrement relationnel tandis que Agon semblait peut-être mieux s'en sortir. Il ne se permettait pas de juger ; le prêtre et lui étaient dans la même galère.

Mais, cependant, au fil des questions, au fil de la discussion qui suivait son cours – et au fil de la disparition progressive de la montagne de choux à la crème qui composait le dessert, la réserve du soldat avait quelque peu disparu et il s'était joint à la conversation de manière moins sporadique.

Il y avait quelque chose de particulier dans cette si grande famille réunie autour d'une même table. Il y avait des détails qui ne trompaient pas, peut-être déjà pour commencer le fait qu'ils semblaient tous se connaître par cœur. Ensuite, bien évidemment les fils ressemblaient au père, qui lui ressemblait à sa propre mère. C'était tout à fait logique, en y repensant, et ç'aurait été étrange qu'ils ne se ressemblent pas. La jeune génération ressemblait aussi aux grands parents maternels, et bien entendu à leur propre mère. Pour quelqu'un qui n'avait jamais vraiment eu de ressemblance avec ses parents – pour les raisons évidentes qu'il avait été trouvé devant leur porte, Fabri ne pouvait pas s'empêcher de le remarquer. Il l'avait toujours plus ou moins su, et ça n'avait jamais été un problème pour lui. Mais les interrogations demeuraient.

La discussion s'étendait, et il avait jusqu'à présent été plutôt adroit quant à éviter toute réponse qui aurait sciemment pourri l'ambiance. Il était resté vague, usé de généralités. Sa famille allait probablement bien, ils étaient juste un peu loin. Non pas morts et enterrés. Quelques secondes après avoir actuellement répondu ceci, il songea à ce mensonge qui lui était venu de manière aussi naturelle que lorsque quelqu'un lui demandait l'heure et qu'il répondait, la vérité, cette fois. Mais quel con. Pourquoi mentir sur ça ?

C'était stupide.

Personne ne savait, la question allait être enterrée sous l'eau de vie dans quelques minutes. Mais avant, il restait encore à aborder le sujet de cette fameuse compensation. Bien qu'à ce moment, Brunhilde Arsenault se soit adressée à Agon, Fabrizio n'était pas passé outre et avait tout de même passé une bonne partie des dernières heures à se demander en quoi elle allait consister.

«   Vous prendrez bien un peu d'eau de vie ? Nous la faisons nous-même.
- Il y en avait déjà un peu dans le dessert mais c'est pas comme si ça comptait ! 
- Ce serait avec plaisir, cependant, si je puis me permettre, Madame Arsenault vous aura probablement parlé d'une certaine proposition concernant Mornevie ? »

C'était probablement le moment ou jamais. Dans l'ensemble, Constanze et Theophil ne s'étaient pas montrés pingres, bien au contraire. Les Arsenault avaient, ce soir, contredit toutes les rumeurs sur eux.

«  Ah oui, c'est vrai. C'est certainement une situation très fâcheuse pour le village. Oh ça me rappelle bien cette disette, tu te souviens Theophil ? C'était y'a bien une quarantaine d'année, l'hiver avait été aussi humide que celui qu'on a eu. La terre était tellement mauvaise que l'année qui a suivi, c'était à peine si on a réussi à avoir un quintal de navets.
- Oh tu dois avoir raison, répondit son mari. Je sais que les Givry nous avaient bien aidés en ce temps là.
- C'était un hiver comme on en voit très peu. »

Le silence s'était installé, ceci pendant que les plus anciens présents à table se remémoraient les événements de décennies passées.

«  On peut pas laisser le village comme ça, non ? Alice, accoudée la table, se joignait à la discussion.
- Ce serait compréhensible que vous ayez quelques réserves, sachez simplement qu'il ne s'agirait pas d'un don mais d'un emprunt. A ce que j'ai cru comprendre, la moisson aura lieu dans quelques semaines.
- Je crois encore avoir mon mot à dire. »

Arsenault père, silencieux jusqu'alors, avait brutalement posé son verre sur la table. Ayant probablement bu autant que tout le monde, il n'en demeurait pas moins d'une sobriété exemplaire. Mais Fabri n'en avait pas présumé moins. A son plus grand malheur, ce dernier n'en avait pas fini avec la discussion.

«  Des réserves, c'est un mot bien gentil pour dire que oui, j'ai pas vraiment envie de filer le moyen de subsistance de ma famille vers un village qui ne nous doit rien depuis des dizaines d'années. Son ton était calme, mais sans équivoque.
- Avec ce don, vous aideriez Mornevie, qui aidera ensuite le Domaine, vous n'avez pas à vous inquiéter, puisqu'il me semble qu'il y ait une compensation quoi qu'il arrive.
- Et qui peut m'en assurer ? Votre déesse ?! »

L'échange n'allait pas vraiment bien. Arsenault n'hésitait pas à hausser le ton, et sous prétexte de débarrasser la table, ses enfant prirent sur eux de débarrasser le plancher avant l'arrivée, dans les mains de Bruhnilde, de la dernière bouteille de contenant alcoolisé du dîner. Un liquide désespérément clair qui, selon toute rumeur, pouvait serveur d'alternative pas dégueulasse au feu grégeois.

«  Ronnie, j'ai proposé l'idée d'une contrepartie. J'en ai parlé à Constanze et Theophil, ils sont tout à fait d'accord, les deux partis sont d'accord.
- Et je refuse. Qu'est-ce qu'ils vont nous inventer après, une taxe pour avoir des soldats sous notre porte !?
- Monsieur Arsenault, vous ne donneriez qu'à Mornevie. Le Sanctum n'est pas impliqué dans l'affaire, pas dans cette partie. Je vous donne ma parole, si seulement vous voudriez la prendre en compte. Nous ne sommes que des intermédiaires, Agon et moi. Nous n'avons aucune intention de vous spolier de vos biens. »

Fabri sentait que la discussion tournait en rond, alors que les verres étaient remplis. Le liquide était, bien évidemment, d'une clarté désespérante.
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Sam 7 Oct 2017 - 23:31
« Votre parole ne vaut rien. Vous « n’avez pas l’intention de nous spolier » parce que vous n’avez pas encore eu ce que vous voulez. Mais on verra dans trois mois quand tout ira bien pour vous ! »

Arsenault père — le retour de la revanche de la belle, troisième opus, cinquième édition.

Agon n’était même plus intimidé ou réticent à l’idée d’une confrontation avec le paysan. Simplement profondément déconcerté. Quand par le Sycophante allait-il s’arrêter ?! — Sa mère, pauvre âme, se massait les tempes en fronçant les sourcils. Elle se redressa un peu sur sa chaise faite d’un bois vieux et épais. « Ronnie écoute, énonçait-elle sèchement, détachant chaque syllabe, je ne voulais pas en arriver là mais si tu te montres si peu coopératif je vais devoir te demander de quitter cette table.
- Mais vous ne savez pas ce que vous faites !
- Et tu vas expliquer que nous ne sommes plus sains d’esprit ? Que je suis tout juste bonne à mettre à l’hospice ?!
- Ce genre de chantage affectif ne fonctionne plus avec moi — l’homme grinçait des dents.
- Ronald Urbain Arsenault ! — Teophil durcit le ton — Tu oses dire que ta mère te fais du chantage ? Retire ça immédiatement et débats comme un adulte ! »
La vieille génération Arsenault-Gainville avait de la bonne volonté, mais savait fermer le poing si nécessaire. Chacun avait eu une vie derrière lui, souvent faite de sacrifices et de moments difficiles. Tout respect qu’ils avaient (ou non) pour notre cher « Ronnie », il était hors de question qu’il dépasse les bornes qu’ils se posaient.
« — Et qui rejette tout simplement mon avis ? Alors que je suis celui qui fait tourner cette exploitation !
- Eh bien, enchaînait rapidement Constanze, si tu cessais de hurler ton refus comme un loup agonisant, peut-être qu’on pourrait en tirer quelque chose.
- Mère ! »

La femme d’Arsenault avait protesté si vivement que le prêtre en sursauta. Il ne savait même pas qu’elle avait une voix en fait. Cette femme était si effacée qu’on en oubliait jusqu’à son existence. Taille moyenne, cheveux d’un brun sombre classique et traits communs, elle se fondait dans le décor sans effort. « — Je vous permets pas d’lui parler comme ça. Ronald donne beaucoup à c’terres, alors la moindre d’choses c’est d’l’écouter aussi. N’oubliez pas qu’vous dépendez d’lui.
- On dépend de lui ? — son père la toisa en plissant les yeux — Je crois que tu n’as pas bien compris qui dépend de qui ici. L’avis de ton mari a sa place ici tant qu’il l’exprime avec respect. S’il n’est pas capable de ça, et qu’il pense qu’on lui doit tout… ce que tu sembles penser aussi ma fille, je vais devoir vous expliquer une petite chose. Nous, nous pouvons engager des gens pour gérer cette exploitation, et nous passer de vous. Et nous pouvons choisir de transférer nos parts non pas à vous mais à vos enfants. Alors vous devrez vous débrouiller. Ceux qui n’en ont pas dépendent de ceux qui possèdent la terre, remets-toi bien ça en tête. 
- Teophil ce que tu es dur… tu vas faire fuir ta fille — sa femme soufflait doucement. Le but n’est pas de leur faire peur mais d’éduquer ce garçon.
- Ca ne devrait pas être nécessaire à son âge.
- Dites que je ne me suis pas occupée de lui.
- Brunhilde, ce n’est pas que qu’on dit, rajoutait l’ancêtre Gainville, mais ton cadet a pris la grosse tête.
- Il porte cette exploitation à bout de bras, le défendait son épouse. 
- Dis-moi ma petite — la mère du fougueux paysan posa ses coudes sur la table, mains jointes, avisant sa belle-fille — que penses-tu de cette affaire ?
- Comment ce que… 
- Que tu défendes mon fils est louable je dois le dire. Mais je ne t’ai pas entendue donner ton propre avis. Devons-nous laisser notre village dans la difficulté pendant que nous nous permettons de tels festins ? »

C’en était manifestement trop pour ledit fils. Ronald se redressa, la mine fermée. Un silence lourd tomba sur la table. Agon n’avait aucune envie de le briser, tout comme il n’avait eu aucune envie de s’immiscer dans la grande discussion familiale que cette levée théâtrale avait close. Bien peu clérical et sage, peut-être.

« Assez. »

Presque inaudible, la voix grave du paysan s’était échappée de ses lèvres entrouvertes. Tête basse, il avait gardé ses mains collées à la table un moment, et tous l’avisaient.

« — Ch…
- J’ai dit assez. »

Il referma ses poings avant de tourner les talons, et se diriger vers la maison.

« — Ronald attends ! — Sa femme s’empressait de poser sa serviette sur la table, coupée en l’acte par son paternel.
- Tu restes ici. Cette conversation n’est pas terminée. »

Ambiance. Agon fixait le rebord de son verre.

« — Monsieur Wiley ? risqua Brunhilde en posant sa main sur son bras.
- Oui madame ? répondit-il en reportant son attention sur elle.
- Pourriez-vous s’il vous plaît aller trouver mon fils ? J’aimerais qu’il nous revienne raisonné.
- J… »

Evidemment. Qui de mieux pour le raisonner que le prêtre qu’il prend en idiot et en ennemi dans sa demeure ? Pour autant, il était inutile de froisser la vieille Brunhilde. Toute l’opération du Sanctum pour Mornevie reposait sur sa bonne volonté. Alors Agon prit une inspiration silencieuse, suivie d’un sourire amical. « Je vais le trouver. »

Arsenault père — le retour de la revanche de la belle, quatrième opus, première édition. Le prêtre se leva avant d’exécuter une sobre révérence. L’air se faisait frais désormais.

En route pour la maison. Agon tapota l’épaule de Valeri en passant derrière lui. « Je vous laisse avancer sur cette conversation. Je vais tâcher de faire au mieux. »
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Ven 13 Oct 2017 - 23:56
«  Compris, je te garde de l'eau de vie ? »

C'était plus une blague qu'une vraie question ; alors que le prêtre s'en allait, Fabri se demandait s'il allait oser retenter un verre de ce machin. Ce liquide avait de bonnes chance, si un jour trouvé par un vendeur zélé, finir comme décapant à vitres ou bien... est-ce que ce serait efficace sur la rouille ? C'était une question qui, au milieu de la discussion avec cette famile butée comme un troupeau d'ânes, gagnait en intérêt.

Le père Arsenault, aîné de leurs soucis, s'ne était allé fulminer dans son coin. Bon débarras. Il ne restait que les trois grands parents ainsi que sa femme.

« Je ne cherche pas à vous duper en vous soutirant vos réserves, ce serait vraiment l'espace de quelques temps, en dépannage si vous voulez. 
- En toute honnêteté, petit, nous possédons suffisamment de grain pour subvenir à nos besoins et à ceux du village, même aussi tard dans la saison. Si je comprends bien, une fois aidé, le village aidera le Sanctum en retour, c'est ce qui semble irriter Ronald. »
   
Le nerf de la guerre. Il avait été atteint avant-même que Fabri ne le cherche. Il hocha la tête, signifiant qu'il avait compris la situation. Ce n'était pas vraiment une surprise.

« Je ne connaît pas votre opinion sur le sujet, en revanche je sais que la présence de troupes de Sanctum à Mornevie existe depuis quelques temps déjà mais qu'ils ne passent ici que rarement, je me trompe ?
- C'est exact. Non pas que nous en ayons besoin, les environs sont calmes. répondit Constanze.
- Y a-t-il eu un problème au village ? Est-ce que les soldats se comporteraient mal ? »

Les époux Gainville partagèrent un regard avec la vieille Arsenault, créant un instant de silence durant lequel Fabrizio attendit leur réponse, à la fois curieux et inquiet. Peut-être y avait-il eu des problèmes qui n'avaient pas étés rapportés au château ? Il espérait qu'il n'en était pas ainsi, tout de même. Il ne savait pas vraiment comment les petits villages opéraient, mais ces gens semblaient farouchement indépendants. Si problème il y avait, il resteraient entre eux et feraient face à ce problème entre eux.

« Pas que je sache. Mais je vais jouer franc-jeu avec toi. Il ne s'agit pas du Sanctum, il s'agit tout simplement de Mornevie.
- Oh, Theophil tu ne pense tout de même pas remettre ça sur le tapis !
- Brunhilde, ça a toujours été ainsi, Ronald n'a jamais été prompt à se rendre en ville, il n'a jamais apprécié cet endroit. Tu ne diras pas le contraire n'est-ce pas ?
- Brunhilde resta silencieuse un instant, soupirant. Tu n'as pas tort. Mais bien qu'il ait son mot à dire, son tempérament est malvenu, et sa petite guerre contre Mornevie n'a aucun fondement 
- Soyons honnêtes jusqu'au bout, qui ne l'a pas entendu dire qu'il ne croyait pas un mot de ces 'ragots de bonne femme' sur Etro ? Tout le monde le pense ici, mais moi je le dis. Il n'est pas à compter parmi les pratiquants, ça c'est sûr.
- De toutes manières, qu'est-ce que ça puisse bien faire, qu'il y croie ou pas ? Ronald a raison sur un point, nous ne devons rien à personne. »

Sa femme venait de parler ; elle semblait tenir le même discours que son mari. Fabrizio n'aurait pas su dire si elle le tenait d'elle-même ou si elle ne cherchait pas à s'aventurer plus loin. Elle suivait très probablement l'opinion de son mari qui semblait tenir toute sa descendance à carreau. Il n'y avait que les ancêtres qui semblaient penser librement, et c'était ces derniers qui possédaient encore les lieux. Doucement, Fabrizio se faisait son idée de ce qui se passait ici alors que la discussion s'acheminait vers un domaine qu'il connaissait mieux. Tout ceci alors qu'une autre tournée d'eau de vie était servie.

«  Sa réserve est compréhensible. J'espère cependant que... Agon puisse lui faire outrepasser certains des préconçus qu'il pourrait avoir. Je ne suis pas un prêtre, à sa différence, je suis un soldat. Je ne prétend pas avoir réponse à tout mais il y a une chose que je puis vous assurer. Vous serez remboursés pour chaque once que vous donnerez, et vous ne verrez pas de Templiers rôder près de chez vous à moins que vous en fassiez la demande expresse. Le Sanctum n'est pas là pour causer de problèmes, bien au contraire.
- Ne pas causer de problèmes.  Ah ! Le monde se portait très bien avant que vous rameniez votre Déesse. Pas de choses étranges, pas de dragons ! rétorqua madame Arsenault.
- Et des sbires de Maléfique qui se baladaient librement sur les routes, aussi loin que la propriété des Goguen ! Allons, je ne pense pas que ressasser tout ça ne fasse avancer la discussion.  »

Sans Agon pour avoir une argumentation plus sobre et détaillée, Fabri se s'entendait répéter les mêmes conneries depuis une demi heure, alors que la discussion continuait à tourner autour des mêmes sujets. Toute la première génération des Arsenault-Gainville semblait des plus déterminées à donner son accord pour aider Monervie qui, à son tour aiderait le Sanctum une fois que son grain serait récolté. Mais le nœud du problème résidait dans leurs enfants. Arsenault et sa femme nourissaient un individualisme tout à fait logique qui n'était, en définitive, que louable. C'était leur grain, et ils ne le devaient qu'à leur travail...

« S'il vous arrivait quelque chose. Dans l'hypothétique. reprit Fabrizio, son verre dans les mains. Vous pouvez être sûrs que le Sanctum viendra à votre aide. Ce n'est pas parce que vous nous auriez aidés ou quoi que ce soit, mais parce que c'est son devoir, tout simplement. Nous avons passé un accord avec le Roi, et nous nous devons de le tenir. »

Il ne connaissait pas tous les tenants et les aboutissants de cet accord, ou si même il s'agissait d'un accord à proprement parler.

Peut-être qu'il racontait n'importe quoi. Mais il devait avoir l'assurance que les Arsenault apporteraient leur aide au village.

« Hm. Nous habitons à des heures de la Citadelle. Il n'y a aucun moyen que vous soyez prévenus à temps, et que vous veniez.
- Alors je prendrais mon dragon et je viendrais aussi vite que possible. »

Brunhilde Arsenault éclata de rire alors que sa belle-fille, surprise, restait silencieuse.

« Je crois que cet accord mérite une petite tournée. Restez-là, je vais chercher une bouteille, je dois encore avoir une cuvée de trente ans d'âge...
- Brunhilde ! Nous n'avons pas l'accord de tout le monde ! Constanze restait assise, sévèrement, bras croisés. Elle n'avait que peu bu durant la soirée.
- Je vous souhaite bonne chance pour que mon mari change d'avis. Je veux bien croire en la bonté du Sanctum, mais il n'est pas simple de se rire de Ronald.
- Je ne prétend rire de personne, Madame Arsenault. lui répondit Fabrizio. Je vous dit la vérité. Il en revient à Monsieur Wiley de convaincre votre mari. »
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Dim 22 Oct 2017 - 8:57
Sur le pas de la porte, Agon prit une inspiration de courage. Il n’avait pas tant peur du buffle que de la connerie et de l’étroitesse d’esprit qu’il lui prêtait.
Mais le prêtre était résolu. Il marcha dans la salle principale, s’apprêtant à rejoindre la cuisine — un bruit de vaisselle s’entrechoquant et la voix d’Alice lui firent ralentir le pas.

« Papa… tu ne devrais pas… »

Il la sentait hésitante. Mal à l’aise. Ses mots prenaient des intonations tantôt murmurées tantôt brisées d’un trémolo inquiet. Un conflit qui animait la jeune fille et qu’Agon croyait déceler : elle qui était la fille que son père voulait qu’elle soit — autant qu’elle le pouvait — lui tenait aujourd’hui tête. Comment pourrait-elle alors parler avec l’assurance de ceux qui se sentent à leur place ? Dans leur droit ? Assurément, ce n’était pas dans cet état d’esprit que l’adolescente se trouvait.

Arsenault ruminait sa frustration, soufflant un « Pas quoi ? » rauque et profond.

A l’entendre simplement, le prêtre se raidit d’une tension qu’il connaissait bien. Intérieurement.

Le sixième sens de celui qui avait été assez confronté aux ennuis pour sentir quand il ne fallait pas insister — quand il fallait se détourner, fermer les yeux. Lâcher prise. Là, presque collé au mur, tout proche de la porte de la cuisine, son visage mutait lentement de l’exaspération soupirante à l’attention vigilante. L’éveil des sens.
Il était bien dissimulé. Cette affaire comme cette discussion ne le concernaient pas. Pas directement. Ne devrait-il pas se calmer et attendre qu’Alice et son père en aient fini, quels que soient les injures qu’ils se jetteraient — ou au moins que le paternel lancerait — à la figure ?

Mais quelque chose le maintenait là. En alerte.

Ô comme il faisait bien. Arsenault haussait le ton.

« — Pas m’emporter alors que ta grand-mère se moque de c’que j’peux bien lui dire ?! Mais ça crois-moi ma petite… c’est pas elle qui aura fait la pire erreur…
- Papa écou —
- Que ma mère veuille jouer les savantes alors qu’elle fait plus rien depuis des années c’est quelque chose. Elle a donné pour c’terres. Mais toi… il va falloir que je te rappelle ta place. »

Ses mots jouaient comme une sombre mélodie de froide intimidation. Une inquiétude glaciale qui vous grimpait l’échine. Agon tournait la tête, cherchant quelque chose d’utile à avoir en main — bien que sévère, sa mère n’avait jamais été une personne que l’on aurait pu qualifier de trop violente. Mais le père Arsenault pouvait évoquer la terreur dans le regard de ses enfants ; cela, le prêtre le savait. Il le savait depuis qu’il était venu pour la première fois à Mornevie et quelque chose en lui, tout individualiste qu’il fut, l’empêchait de briser son ‘plancher de morale’. Plancher qu’il situait déjà bien bas. En d’autres termes : il avait des limites bien personnelles à ce qu’il laisserait ou ne laisserait pas passer.

Napperon ou vase vide ?

« Qui tu crois être pour t’opposer à moi dans ma maison ? Devant ces étrangers ?! — son intonation basse gagnait progressivement en intensité — T’estimes que t’es une grande fille ? Une bonne femme de la haute qui peut s’permettre de cracher son v’nin comme un vieux serpent ?! »

Alice lâcha un cri étouffé qui fit sursauter le prêtre. Agon prit sa décision.

Le bruit d’un bol brisé au sol — « Pa… » implorait l’enfant.

Il saisit le vase.

« T’es qu’une gamine et sous mon autorité ! »

Le jeune homme se sentait soudain pris de l’un de ses coups de sang. L’un de ces moments où la prudence se taisait au bonheur de cet instinct primaire, permanent — ne pouvoir attendre. Le même instinct, sens aigu qui soufflait quand les choses allaient mal tourner, et pourtant tenait aux tripes et donnait des ailes pour bouger — faire quelque chose, n’importe quoi. Ne pas attendre que la tempête succède à la brise légère.

Là, vase à la main, Agon se tenait dans l’encadrement de la porte. A deux mètres à peine de lui, le colosse  lui faisait dos. Il tenait fermement le bras de sa fille d’une main tendis qu’il avait saisi ses cheveux de l’autre — lentement le regard rougi d’Alice coula sur le prêtre. Synchrone, Arsenault tournait la tête. Ses yeux écarlates de colère et d’orgueil brisé se posèrent sur l’arrivant alors que sa bouche se déformait de mépris. Puissamment, il rejeta son enfant. « Qu’est-ce que vous me voulez, vous ?! Vous n’avez pas eu c’que vous cherchiez ?! »

Alice avait reculé autant qu’elle avait pu, rabattue contre le plan de travail — tentant au mieux de dissimuler les tremblements qui l’agitaient et la confusion honteuse qui marquait son visage. La peur qui l’étranglait et qu’elle voulait tant ne pas laisser paraître.
— Agon aurait pu balancer le vase au visage d’Arsenault juste pour le principe.

« Vous, vous vous écartez de votre gosse tout de suite ! — Sa voix tonnait comme pour décharger cette énergie qui frappait à ses tempes par vagues ; il sonnait plus provocateur qu’il ne l’avait initialement voulu — Si vous faites un millimètre dans sa direction je vous jure que je vous balance ça à la tronche et ce sera que le début de ce que vous vous prendrez. »

Le paysan aurait probablement ri au nez du jeune homme s’il n’avait pas été profondément excédé.

« — Le début de ce que je me prendrai ? Et de quoi je dois avoir peu au juste ? De vos guiboles de môme et d’vos p’tits bras d’gratte-papier ?! Allez-y, approchez-vous. Venez me montrer la toute-puissance de votre connerie de déesse ! Par contre une fois qu’vous aurez fait un pas dans ma direction c’est pas de me supplier qui va m’empêcher de vous fourrer mon poing dans la gueule. 
- J’ai pas b’soin de prier Etro pour vous en foutre de quoi vous souvenir de moi.
- J’ai toujours rêvé de me faire un petit con dans ton genre… »

Le prêtre voyait le buffle faire craquer ses doigts. Et le but de sa venue ici revint frapper à la trappe de sa conscience. Un instant, il avisa Alice dont la voix restait coincée dans sa gorge, horrifiée à l’idée de ce qui allait se passer. A la voir, c’était comme si elle se représentait déjà son géniteur battre son protecteur à sang.

« STOP ! »

Arsenault sourit d’un air mauvais, allant un pas après l’autre vers Agon. Le jeune homme resserrait son emprise sur son arme de fortune. S’ils engageaient les hostilités, il n’y aurait aucun retour en arrière. Mais il n’allait pas non plus se laisser tabasser sans répliquer. Si ? — « Avant même de t’y mettre tu veux courir dans l’autre sens ? Bien… repars faire ton beau parleur avec ton vieux mensonge de déesse de compassion et de tout c’qui est bon devant les vieux. J’vais me retenir de te rappeler qu’on doit le respect à ses hôtes. Mais t’avises plus de v’nir me chier dans les bottes quand je m’occupe de mes gamins. » Ce con allait essayer de l’empoigner au col. Agon recula en déviant sa main d’un coup ferme de son bras non-armé. Le paysan tint son poignet endolori et son visage mua en colère brute. « J’v — 
- Ta gueule ! » lança le prêtre pour le couper net. Loin d’avoir l’effet escompté, Arsenault lui carra son poing dans les côtes. Alice lâcha un sanglot effrayé.

Accuser le coup — et ne pas lui rendre. A la réflexion. Accuser le coup. Penser à Mornevie, tout ça. Ne pas se laisser aller.  Ne pas lâcher ce vase à la con. Le prêtre s’était plié, prenant pour lui la douleur, le souffle coupé — mais loin de chuter ou de s’incliner devant le colosse, il finit par relever le regard vers lui. Lentement, l’air lui venait. Cette brute n’était pas la première à lui en coller une. Mais Arsenault avait été trop prompt à croire qu’il suffirait d’un seul élan de force pour le mettre à terre.

« Vous me refaites ça… je vous appelle l’autre bourrin. Je s’rais vous… je réfléchirais. »

En fait, le paysan était presque étonné. Il restait là, à le regarder sans savoir s’il devait en remettre une couche ou si le prêtre avait compris malgré ses menaces.
Il avait bien mieux encaissé qu’il ne l’avait imaginé. Quelque part, au fond de lui, Arsenault était perplexe. Mais il était trop pris d’énervement pour s’en rendre pleinement compte. Ce qui le dérangeait plus était la perspective de Valeri se ramenant l’épée au côté.

« - Et ça me parle de valeurs…
- Non. Vous... vous ne me parlez pas de valeurs. Et vous rentrez sagement dans votre cuisine. On va discuter.
- Si vous croyez que je vais me mettre à vous lécher le cul..
- J’en ai rien à battre que vous m’aimiez ou non. Vous rentrez. Si vous tardez, vous augmentez les chances qu’on nous surprenne et que j'doive expliquer à quel point je douille. Grouillez. »

Cette bête allait le tuer. Cette bête aurait voulu le tuer. Et il allait devoir lui montrer qu’il n’était pas une souris pour un vautour mais un loup pour un mulot. Le paysan fit quelques pas en s’écartant, permettant à Agon de retourner dans la pièce.

« — Alice, essaya-t-il de dire calmement, tu prends un peu de pain. Quelque chose. Et tu vas à l’auberge trouver Rhys et I —
- Vous n’avez pas à dire quoi que ce soit à ma fille.
- Détrompez-vous. On doit parler entre grands garçons. Alice, l’interpela-t-il, tu inventes quelque chose. Tu leur dis que tu voulais partager un peu de ce que tu avais préparé pour ce soir avec eux. Je m’en fiche, mais tu sors.
- Je…
- Est-ce que tu as compris ce que j’ai dit ? — elle hocha la tête fébrilement — Alors fais-le. Tu me fais confiance. Tu sais que tu peux. 
- Vous allez telle —
- Je vais appeler à l’aide comme une fillette je vous préviens, coupa-t-il sans sourciller. Le Fabrizio est armé et lui il défonce des dragons. Je me moque complètement de c’que vous pensez de moi mais on va avoir cette discussion, et vous allez laisser votre fille partir. »

Arsenault n’adressa qu’un regard froid à l’adolescente qui prépara un panier aussi rapidement que son état le lui permettait.

Un silence entrecoupé du bruit de ses pas maladroits dans la cuisine et du reniflement de ses larmes contenues.

Elle partit aussi discrètement qu’elle avait l’habitude d’être là.

Les deux hommes se regardèrent.

« — Et maintenant ? sifflait le paysan entre ses dents.
- Vous vous asseyez.. lui répondit Agon en posant le vase sur l’établi — le paysan ne s’assit bien sûr pas — Vous allez accepter le marché pour Mornevie.
- Allez crever.
- Je vais vous expliquer pourquoi.. »

Le prêtre marqua un temps.

« Je vais jouer franc jeu avec vous. Valeri et moi, on veut aider Mornevie. Ce qu’on espère, c’est que le village nous aidera ensuite à approvisionner la Citadelle en récoltes.
- C’est beau la charité, ironisa son interlocuteur. Comme si j’allais vous aider à régler vos petites embrouilles et magouilles.
- Faites-moi un sourire à la noix tant que vous l’voudrez, je m’en bats la race. Je vais vous expliquer pourquoi notre problème c’est en fait votre problème. 

Vous savez, tout le monde est à cran en ce moment. Et surtout à la Citadelle. Et les Haut-prêtres vont pas laisser tout le monde mourir de faim après avoir manqué de passer en rôti. Donc en apprenant qu’on était ici, ils ont envoyé ce bon Ian nous dire qu’ils voulaient des vivres — les vôtres — par ‘tous les moyens’. Je cite.
 »

La bête rit. Pas un rire amusé.

« — Eh bien envoyez votre armée d’fanatiques saisir mes biens, j’aurais eu raison !
- Oh non. Vous n’aurez pas eu raison.
- Vous vous s’riez trahis.
- En fait, je crois que vous n’êtes pas si con. Ou… j’ai envie de le croire — Agon passa la main sur ses côtes ; ce con avait frappé fort. Donc je vais retenter ma chance à vous expliquer. S’ils viennent, ils vont prendre. Et ils en auront rien à foutre de ce qu’il restera. S’ils viennent, vous n’aurez aucun contrôle sur ce qui partira. Ni sur ce qui sera fait à vos terres ou à la réputation de votre famille. 

Je vous vois énervé, je vous vois les maudire… mais allez me dites pas que vous souhaitez vraiment que vos vieux et vos gamins en prennent plein la tronche juste pour montrer que les gens en place seraient vraiment prêts à pas se ménager pour votre confort personnel ?! Si ? Vous pensez que de tenir tête là ça va vous aider ? Vous le faites exprès ?! On essaie d’être accommodants et vous voulez faire votre petit chef ?
 »

Arsenault restait contenu. Impossible de savoir ce qu’il pensait au-delà du fait qu’il en aurait bien remis une au prêtre.

« Vous voulez vraiment voir le Sanctum comme des connards ? — le jeune homme prit le temps de jauger le paysan avant de poursuivre — Eh bien je vais vous expliquer comment ça marche avec les connards. Dans les mondes comme Illusiopolis, ce sont des groupes de types qui font la loi à coup de règlements de compte et d’armes. On appelle ça un gang. 

Ils ont un territoire. Comme des petits royaumes dans la ville. Et les commerçants qui sont sur leur territoire, ils font mieux d’avoir leur ‘protection’.


Vous savez, comme vous avec vos taxes et vos obligations féodales.


Alors les commerçants, ils paient. Et quand quelqu’un leur dit de se la fermer ou de faire quelque chose, ils le font. S’ils le font pas, il y a des conséquences. Sérieuses. Et pas que pour eux.

Le Sanctum, croyez-moi, ce sont des gentils comparé à eux. Mais là c’est pas la période pour venir leur faire des bras. Ils sont un peu à cran…
 »

Arsenault le laissait vraiment parler comme ça ? C’en était presque inquiétant. Agon commençait à chercher de l’oeil ses retraites potentielles en cas d’explosion de rage.

« Valeri comme moi on essaie d’arranger tout le monde. Donner à Mornevie. Ce que vous pouvez faire sans trop en pâtir. Mornevie va bien. Mornevie aide la Citadelle.

Mais si vous préférez que tout le monde y perde tout, alors je peux pas vous en empêcher. Mais ce seront les templiers qui viendront vous rappeler à la réalité.

Eux ils rendent les coups.
 »

Le paysan demeurait silencieux. Pensif sous le dédain et le mépris qu’il avait pour Agon, ce suppôt du mal en soutane.

Agon dont c’était la dernière préoccupation. Quel intérêt accordait-il à ce qu’un homme que lui-même dépréciait ait pour lui des sentiments positifs ? Aucun.
Si on pouvait « choisir ses amis », Arsenault n’en serait sûrement pas un pour lui. Et il était fatigué d’essayer d’être accommodant pour lui. S’il voulait se foutre en l’air à la fin, qu’il le fasse.

« J’vais vous laisser y réfléchir. J’vous attend dans la pièce voisine. »

Ce n’est qu’une dizaine de minutes et le bruit d’un vase brisé de frustration plus tard, que les deux hommes revinrent à la table.

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Mar 31 Oct 2017 - 0:06
La discussion s'était aventurée de nouveau vers des sujets plus agréables. Le fait était que l'alcool aidait grandement. Il y avait quelque chose de familier qui naissait, qui grandissait au fur et à mesure que cet extrait d'un fruit étrange se vidait verre après verre. Fabrizio restait aussi raisonnable que possible ; il ne savait pas combien de temps le dîner allait encore durer, et ce même après que les dernières assiettes restaient, vides, abandonnées sur la table.

Tout le monde se tut alors qu'au bout d'un nombre incertain de minutes, la patriarche Arsenault ainsi que le prêtre sortirent de la maison. Il y eut un silence, d'une seconde, deux secondes... Jusqu'à ce que la porte se ferme. Elle ne se ferma pas totalement, et le battant manqua, elle se rouvrait donc lentement, laissant une ouverture noire vers l'intérieur de la maison. C'était un détail que Fabrizio, soudainement ôté de la conversation, remarqua d'emblée.

« Bon, qu'est-ce que vous avez convenu sans moi ? »

La voix d'Arsenault, forte et grave, sembla résonner. Fabrizio, en un instant, se rapella de ce que Sedris disait alors qu'elle était surprise. Un mot qu'il ne comprenait pas et que – maintenant que Sedris était partie, ne comprendrait jamais. Elle n'avait jamais parlé de ses origines, jamais de ses parents, jamais de son monde. Mais tout en elle avait indiqué une provenance étrangère. C'était ces instants de surprise qui la laissaient paraître dans son entièreté, alors que sous l'armure des Templiers, sous son entraînement à l'épée, au bouclier, elle restait cette femme qui venait d'ailleurs. Aussi ses expressions restaient, inconnues, gravées dans un recoin de son esprit embrumé. Aussi incongru que lui était ce souvenir soudain, il en était rassuré.

« On a ouvert la bouteille de mirabelle qu'on avait faite l'année de cette récolte, là, tu t'en souviens ? Histoire de partir sur de bonnes bases !  Alors, tout s'est arrangé ? »

La mutisme du fils face à sa mère était des plus... évocateurs quant à son état d'esprit, aussi Fabri jugeait au dépourvu que la situation n'avait probablement pas changé entre Arsenault et l'idée de venir en aide à Mornevie. Il échanga un regard avec ce dernier, et ne comprit pas. Ce dernier arborait un air des pus sombres.

« Sers-moi un verre, j'ai quelques petites choses à mettre au point avec le deuxième emmerdeur. »

Ah, ça, ça devait être lui.

Fabrizio mettait en revue ses arguments. Il n'avait rien pour lui ; étant naturellement plus prompt à la critique qu'à la défense,il lui avait toujours été ardu de défendre le clergé et les apparences du Sanctum alors que ces derniers étaient pris d'assaut par la critique pleine de contradictions et de sillogismes de ceux qui y étaient étrangers. Pour l'oeil extérieur, le Sanctum étant tantôt une secte, tantôt une relique d'un temps passé à l'heure ou certains mondes avançaient au plus mieux sans croire en une puissance supérieure. Fabri voyait cette situation par deux prismes bien différents.

Tout d'abord, il y avait le sien. Celui de quelqu'un qui n'avait pas cherché à croire en quoi que ce fut et qui avait fui jusque dans les bras de la Divine, jouant de malchances et de rencontres fortuites. Mais il y avait aussi celui de quelqu'un qui avait renoncé à une fois et qui pouvait la regarder de loin, comme il avait vu les rues de Paris, méconnaissables. Son ancienne vie, son ancienne croyance. Source de sa peur d'être un jour abandonné de nouveau. De perdre tout ce qu'il cherchait à protéger.

Le médaillon que son père lui avait donné, ironiquement représentant le saint chassant le dragon. Et la larme de Noel ; dernier présent d'un homme qui avait aussi été un père. Tous deux à son cou, tenus par le même lien.

Ces deux regards, ces deux vies qu'il avait eues pouvaient ête un atout mais il se retrouvait incapable de l'utiliser. Incapable de nouer une conversation. Il repensait à Sedris. Il pensait à sa petite sœur, il pensait à Aubrey. Dan ces moments perdus, il pensait beaucoup et n'accomplissait rien. Pendant ces moments où même l'idée d'ouvrir les yeux était inssuportable. Il ne pensait plus à rien.

Il n'allait pas pouvoir tenir la garde haute face à cet homme et, en cet instant, se préparait au pire alors qu'Arsenault descendant son verre cul-sec. Il hocha silencieusement la tête, semblant apprécier le millésime infernal préparé par sa famille. Ce liquide brûlait tout sur son passage. Quoi de plus seyant pour un homme de sa trempe ?

« On va commencer la récolte des céréales plus tard cette année. Le printemps a été humide. Je suppose que Mornevie fera pareil, à un ou deux jours près comme d'habitude. Theophil, vous êtes d'accord ? 
- Hm-hm, cela me semble correct. Le colza, mi-juillet ? 
On va pas filer du colza, ils ont besoin de blé, d'orge, de seigle ! »

Fabrizio ne comprenait pas. Ne devait-il pas lui dire s'il acceptait ou pas son accord ?

« Bon, ça laisse à peu près un mois de céréales. Avant qu'ils puissent récolter eux-mêmes, c'était bien ça l'accord ? Les aider jusqu'à ce qu'ils puissent s'aider eux-mêmes ? »

La question lui était adressée. Il maudit ce léger moment de doute.

« Oui. Les cultures impactées, elles étaient surtout composées de céréales. »

Arsenault se resservait en eau-de-vie. Ou en liqueur. En vérité, Fabri ne savait pas ce qu'ils buvaient. Sans rien dire, il le laissa lui remplir de nouveau son verre. Qu'il refuse aurait été malvenu, et probablement inutile. Il hésitait à boire, se sachant bien moins résistant à la boisson que son interlocuteur.

« Bien. Je pense pas qu'ils laisseront de la pourriture s'installer à nouveau dans leurs greniers. »

« Vous acceptez l'accord, donc ? »

Vision des plus inquiétantes ; l'homme souriait.

« Je suis bon seigneur. Et puis vous l'avez dit et répété depuis trois heures, ct'un emprunt, pas un don. Croyez pas que je vais oublier ça. 
- Ce n'est pas dans nos intentions de mentir quant à votre aide au village.  Mentionner le Sanctum était un risque. Car à tout moment, le patriarche pouvait rentrer dans sa coquille. Nous avons des opinions qui diffèrent, mais il ne faudrait pas oublier que nous vivons sur le même monde, et je ne pense pas que vous semblez prêts à en partir ? 
J'crois pas, non. Contrairement à certains, je peux affirmer que ces terres sont celles de ma famille depuis des générations. Et en donnant ce grain à ces crétins, j'assure la pérennité de mes terres en assurant qu'aucun machin en armure ne vienne parader et me coller sa déesse sous le nez. Vous m'entendez ?  répondait Arsenault, sa voix montant en intensité à chacun de ses mots.

«  Je comprends. Et je vous en remercie, au nom du Sanctum. »

Fabrizio sourit, tendant sa main au patriarche, en signe de paix probablement. Il l'espérait, du moins. L'homme sembla réfléchir un instant avant de la lui serrer. Chacun respectant l'autre – en essayant d'assoir sa domination en un combat silencieux, probablement.

La nuit était des plus noires alors que tout le monde rentra chez soi. Ce n'était pas sans compter Brunhilde qui clamait haut et fort qu'ils pouvaient rester s'ils le voulaient – Fabrizio s'en remettait entièrement à Agon pour retrouver le bon chemin, en jurant de ne plus jamais boire autant qu'il l'avait fait.

Il avait d'abord songé à un miracle d'Etro ; comment Arsenault avait-il pu accepter, si ce n'était par intervention divine ? Puis il songeait, aussi sciemment qu'il le pouvait en essayant de marcher droit. Agon avait-il vendu son âme au Sycophante pour influer sur l'esprit du paysan ? Non, c'était plus compliqué que ça. Au final, il devrait lui poser la question. La conversation, cette nuit là, avait de quoi être plus particulière.

Son esprit complètement éteint avait, pour une fois, envie de fonctionner et de bouger. Ils avaient réussi leur mission. De manière peu orthodoxe, mais ils avaient réussi et c'était tout ce qui importait. Pour la première fois depuis des mois, il avait envie d'agir. Il avait envie de vivre.
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